CHAPITRE IV
LES NYMPHES
Attributs dos nymphos. — Alphée ot Âpéthuse. — Snlmacis ol Ilormaphrodito. l'xho ol Niiroisso. — Hvlas entraînô sous les eaux. — |{vl)lis chaiméo ou l'outaiuo
Attributs des nymphes. — Les nymphos sont les sources personnilu'es. Filles des bois, des fleuves, des montagnes, elles participent à la fois des dieux et des hommes. ?]lles ne sont pas immortelles, mais vivent fort longtemps, car leur vie moyenne a la durée de celle du chêne. Amies de la fraîcheur et de l'ombre mystérieuse d(\s forets, elles résident dans les grottes et reposent sur la mousse humide. Les nymphes sont habituellement représentées nues ou h demi nues, et comme dit André CKénier :
La nymphe blanohe et nue
Sur un l)anc de gazon mollement étendue. Qui dort et sur sa main, au murmure des eaux, Laisse tomber son front couronné de roseaux.
Dans la plupart des statues antiques, les nymphes sont vêtues jusqu'à mi-corps, et ont seulement le torse et les bras nus. La Renaissance lésa souvent représentées dans un état de nudité complète, comme on peut le voir dans les jolies figures de Jean Goujon (fig. 125) et dans la belle statue en bronze de Benvenuto Cellini, représentant la nymphe de Fontainebleau, qui se trouve au Louvre. La nymphe de Fontainehlean enlace son bras droit autour d'un cerf et appuie la gauche sur l'urne d'où s'échapjte sa source.
Toutes les nymphes n'ont pas les mêmes emplois. Ainsi les Dryades; et les Tlamadryades sont la sève vivante et l'humidité des arbres dont elles partagent le destin. Les Hamadryades sont un peu plus vêtues que les nymphes des eaux, mais elles conservent toujours une extrême légèreté dans la draperie qui les recouvre. C'est ce que Coysevox a très-bien observé dans sa statue AqV Hamadryade (fig. 126).
Les Naïades, qui expriment le murmure de l'eau, reviennent fréquemment dans les légendes, et leur rôle comme principe du mouvement des eaux est très-bien rendu dans cette petite pièce de YAntholof/ie yrecfjue, faite à propos de l'invention des moulins à eau : « 0 vous qui fatiguez vos bras à moudre le blé. o femmes ! rejtosez-vous maintenant : laissez les co([s vigilants chauler au lever de l'Aurore et dormez
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à votic aise : ce i[uv vous faisiez de vos mains laborieuses, les Naïades le l'eroiiL Cérès le Irura ordonné. Déjà elles obéissent ; elles s'élaneent au lioul d'une roue et font tourner un essieu ; l'essieu par les rayons qui l'enlourenl fait tourner avee violence la masse pesante des meules
Fi"-. 125. — Nyniplir de la Seine (par Jean Goujon, musée du Louvre'.
(ju'il entraine. Nous voilà donc revenus à la vie heureuse, paisible et facile de nos ancêtres : nous n'avons plus à nous in{[uiéterde nos repas, nous allons jouir enfin sans peine des dou\ présents de Cérès. »
Alphée et Aréthuse. — Les Naïades ont pour attribut spécial le coquillag-e, et hi jolie statue dite Vénus à la coquille est une Naïade. Les Naïades sont souN eut poursuivies par les Fleuves, qui veulent s'unir à elles, mais elles s'y refusent ipielquefois comme on le voit par l'histoire de la nymphe Aréthuse. Cette nymphe, se baignant un jour dans le fleu\e Alphée, s'aperçut que le tleuve s'était épris d'une passion pour elle et s'enfuit précipitamment. Mais le tleuve la poursuivit avec tant d'ardeur, (pic la pauvre nymphe n'eut d'autre ressource que d'invoquer Diane, dont elle était la compagne habituelle et qui, touchée de sa situation, la transporta dans un autre [)ays. Le tleuve amoureux ne se tint {)as pour
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battu, et \oiilnt absolument luèlei- ses eaux à celles de la nymphe, ce qui arriva en effet, quoique la fontaine Arétliusc; soit en Sicile près de Syracuse, tandis que le lleuve Alphée coule en Grèce ; le mariage eut lieu sans'doute par une i>ermission spéciale de Neptune. En elîet, d'après une
Fi". 12G. — llainadryado (d'api-ùs une statue du Coysuvox).
tradition antique, le lleuve Alphée, se jetant dans la mer, ne mêle pas ses eaux à Teau salée, et les porte droit en Sicile, à l'endroit même où la fontaine Arétlinse déverse aussi les siennes.
Salmacis et Hermaphrodite. — Quelquefois les nymphes sont exposées à des dédains, l.a nymphe Salmacis n'aimait ni la course, ni lâchasse, ni à tirer de l'arc; on ne la voyait jamais dans le cortège de Diane. Ses sœurs lui disaient souvent : « Salmacis, arme-toi d'un javelot, prends un carquois, parta[,^e ton temps entre les exercices de la chasse et Iç repos ; » leurs discours étaient inutiles, une indolente oisi-
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veté faisait toutes ses délices. Elle n'avait de plaisir qu'à se baigner, qu'à prendre soin d'orner ses cheveux, et à consulter dans le cristal de l'onde quels ajustemeuts lui siéraient le mieux. Quelquefois, couverte d'un voile transparent, elle demeurait couchée nonchalamment sur
l'^ig. Ii7. — Salmacis et Hermaphrodite -d'après un tableau de l'Albane, musée du Luu\re).
l'herbe et sur le gazon ; sou^ent elle samusait à cueillir des Heurs : c'était à quoi elle s'occupait quand elle aperçut le jeune Hermaphrodite. »
(Ovide.) Hermaphrodite était lils de Mercure et de Vénus, comme son nom l'indique (Hermès-Apbrodite) ; il avait quinze ans et était d'une beauté
— Hermaplirudite id'après une statue antiiiue. musée du Louvre).
ravissante. La nymphe qui l'avait aperçu au moment oii il se baignait, voulut s'approcher de lui; mais le jeune garçon rougit et tenta de s'enluir. La nymphe le poursuivit dans l'eau, suppliant les Dieux de permet-
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Ire (|u'<'ll(' lui unie .1 lui pour toujours. Les dieux rexaueèreul, et à [uirlir (le ce moment ils ue tirent plus ([u"uu. [j'art a piolilé de cette légende pour ci'éer un type mixte (pii Joint la beauté diiu jeune gareon a celle (Tune jeune fille: la l'orme féminine est })lus })rononcée dans l'ilermaplirodite du Louvre (,tig-. \2S), et la forme masculine dans la belle statue du musée de lîerlin. Dans un charmant })etit tableau du Louvre, LAlbano a représenté la nym|die Salmacis, qui se cache derrière des arbres pour Noir llermaplirodite se baigner dans ses eaux (fig 127).
Écho et Narcisse. — La nymphe Echo sïdait rendue insupportable a Junon par son bavardage et ses discours trompeurs. Pour l'obliger a ne rapjiorter désormais cpie des propos qu'elle aurait réellement entendus, la déesse la condamna à ne répéter jamais que les derniers sons qui \ enaieni de frap|)er son oreille. La nymphe étant un jour occu[>ée à chas- S(M\ rencontra un jeune gar(j'on de la })lus grande beauté : il se nommait
Fig 120. — >îarcisse (d'api-ès une peinture aiiti(iuc).
Narcisse et était tils du lleuve Céphise. Dès qu'elle le vit elle en de\int éprise et forma la résolution de s'unir à lui. Mais la [>unition que lui avait infligée Junon ne lui permettait pas de parler la première, et tout ce ({u'elle pouvait faire c'était de lui répondre s'il commençait. Narcisse était justement perdu dans le bois et ne voyant pas ses compagnons, il s'écria : « Ya-t-il quelqu'un près âe?noi? — Moi, répondit Echo, cachée derrière lui rocher. Mais ne voyant personne : Approchez donc, cria-t-il, Joi(/non.s-)to((s. — Joi(j/tons-/ious, « répéta Echo en se montrant et courant à lui. Narcisse, désappointé de ne pas trouver le compagnon qu'il cherchait et voulant s(> débarrasser de cette nymphe importune, la repoussa disant : « Ah 1 ne crois pas que je t'aime. — Je t'aime, » redit encore Echo, s'enfuyant toute confuse dans les bois où elle se laissa dévorer par la langueur et le chagrin. Elle devint en effet si maigre, qu'il ne resta bientôt d'elle que ses os qui furent changés en rochers, et sa voix qu'on entend encore dans les vallons.
Le beau Narcisse était un peu sauvage ; cela tenait à l'éducation qu'il
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NEPTUNE I:T CKIIKS.
;iN;iit reçue. Son père, le fleuve Cépliise, était deNeiiu amoureux <le la iuiui>lie Lii'io[)e, sa voisine, qui ne répondait à sa passion ([ue par des dé- <lains ; mais le rusé fleuve a^ant lait del)order ses eaux, la panvrc nymphe, qui n'était sans doute qu'un faible ruisseau, fut obligée de s'unir à son puissant voisin, et Narcisse na(piit de eet hymen. Le devin Tirésias, consulté par Céphise sur la destinée de cet enfant, répondit qu'il [lourraitvivre fort longtemps s'il ne se voyaitpas lui-mènu'. Cette réponse; parut frivole et on la crut telle pendant longtemi)s, mais l'événement prouva que le devin ne s'était pas trompé.
Dans une vallée charmante, était une fontaine, dont leau extrème-
Fig. loi.— Xarcisse (statue par Caklciiini. nuiséc du Louvrot.
ment claire n'avait jamais été troublée ni par les bergers, ni par les troui»eau\ : environnée d'un gazon toujours vert, l'ombre des arbres la défendait contre l'ardeur du soleil. Invité par la beauté d'un lieu si charmant, Narcisse, que la chasse et la chaleur avaient extrêmement fatigué, vint un jour s'y reposer, et frappé de son image, qu'il vit au fond de l'eau, il en fut si enchanté qu'il en devint amoureux : •< Insensé, il s'imagine que l'objet de sa passion est quelque objet réel; et ce n'est qu'une vaine représentation de lui-même. Il s'admire et demeure attaché sur cette image. Penché sur cette fontaine, il regarde ses yeux, qui paraissent brillants comme deux astres; ses cheveux aussi beaux que ceux de Bac-
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t"hiis ou d'Apollon, ses joues où était peinte toute la tleur de la jeunesse; son cou plus blanc que lïvoire; sa bouche et son teint, où les lis se confondaient avec les roses : il admire enfin tout ce qui est admirable en lui. Amant, il est lui-même l'objet aimé et il est consumé d'un feu qu'il allume lui-même. Ah! combien de vains et inutiles baisers donna-t-il à l'eau de cette séduisante fontaine ! Combien de fois s'y plongea-t-il les bras pour se jeter à son cou, qu'il ne retrouve plus lorsqu'il croit l'embrasser. Infortuné, il ne connaît point l'objet charmant qu'il contemple, et cependant il l'aime avec une passion extrême et chérit l'erreur qui l'enchante. » (Ovide.) Le pauvre Narcisse tout en pleurs voulut s'approcher encore une fois de l'objet de sa tendresse et lui cria : Adieu. Mais la nymphe Écho, dont la voix subsistait encore, fut seule à répondre: Adieu. Narcisse disparut sous les eaux, et s'il se montre encore quelquefois au bord des ruisseaux, c'est sous la forme d'une fleur qui penche la tète pour se voir dans l'eau.
La légende de Narcisse est figurée sur plusieurs peintures antiques, à Pompéi. L'amour est ordinairement placé derrière lui et tient quelquefois son flambeau renversé, pour indiquer la mort du jeune garçon. L'amour apparaît aussi dans le Narcisse du Poussin qui est au Louvre et dans le joli tableau de Lépicié (fig. 130). Parmi les statues qui représentent le même sujet on peut voir au Louvre celle de Caldenari (fig. 131), et au musée d'Angers celle que Cortot a fait figuier au salon de 1819.
Hylas entraîné sous les eaux. — Les nymphes entraînent quelquefois dans leurs eaux les mortels assez imprudents pour les ap-
Fig. 13?. — Hylas entraîné par les nymphes (d'après une peinture de Ponipei).
prêcher de trop près. Le jeune et bel Hylas. favori d'Hercule, avait accompagné le héros dans l'expédition des Argonautes. Tandis que l'armée est arrêtée sur le rivage, cet enfant, chargé d'une urne d'airain, va
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chei'clier l'eau qui doit rafraîchir Hercule. Il découvre au pied de la colline une source où croissent en abondance les plantes odoriférantes. Au fond de l'eau se jouaient des nymphes folâtres, au regard doux comme le printemps. « Déjà, dit Théocrite, Ilylas avait approché l'urne aux vastes contours; déjà, penché sur les bords de la source, il la plongeait dans l'eau frémissante, quand, brûlant pour lui d'un amour violent, trois nymphes le saisissent et l'entraînent au fond des ondes, dont sa ('bute ternit un instant la lini])idité. Les nymphes consolaient j)ar (\r
Fig. 1^:1. — Hylas (d'après une peinture anti<iiie).
douces paroles le jeune enfant qui fondait en larmes. Mais Hercule, troublé par l'absence d'Hylas, court à sa recherche. Trois fois, d'une voix forte, il appela Hylas, trois fois Hylas répondit, mais sa voix n'arrivait qu'à peine à travers les ondes, et quoique près elle paraissait lointaine. " Une peinture d'Herculanum, endommagée dans une partie, nous montre les nymphes entraînant Hylas au fond des eaux (fig. \'^2).
Byblis changée en fontaine. — Quoique leur pouvoir ne soit pas fort étendu, les nynijdies ont pu associer à leur divinité une simple mortelle. Byblis avait conçu pour Caunus une passion funeste, et Cauruis. que des liens de parenté empêchaient de s'unir à elle, voyant le mal sans remède, quitta le pays pour aller bâtir une ville dans une autre contrée. Byblis, en proie au plus violent désespoir quand elle vit Caunus parti, déchira ses habits, s'arracha les cheveux, se meurtrit le sein ;
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puis, abcandonnant sa patrie et ses dieux pénates ({iii lui étaient deNcnus odieux, elle se mit à chercher par toute la terre celui qui l'avait quiltcc Elle parcourut tout en larmes la Carie, la Lycie, les rives du Xaiillic et le pays des Lélèges. Fatiguée enfin de tant de courses, sans avoir aucune nouvelle, après avoir traversé tant de campagnes et de forets, elle s'arrêta couchée sur quelques feuilles; triste et les cheveux épars, elle gardait un morrffi et profond silence.
Les nymphes de la contrée n'oubliaient rien pour la secourir et mettaient tout en usage pour la guérir de sa fatale passion. Sourde à leurs re-
Fig. 134. — Byblis changée en fontaine d'après une statue do C. Dupaty. musée du Louvre;.
montrances, et sans répondre à des soins si obligeants, Byblis demeurait obstinément couchée sur l'herbe, qu'elle arro><ait de ses larmes. Enfin les Naïades, ne trouvant d'autre remède à apporter aux malheurs de Byblis^ la changèrent en une source intarissable. Comme on voit la glace se fondre peu à peu aux premières chaleurs du printemps, ainsi Byblis fondit en larmes et devint elle-même une fontaine qui a depuis porté son nom et dont la source est sous un chêne de la vallée où elle coule. (Ovide.) Il y a au Louvre une statue de Dupaty, qui est iïititulée lii/blis chaur/ér oi} fontaine.