CHAPITRE VI
LA iNAVIGATIO.N
Phrixus et Hellé. — Le pied sans chaussure. — La Toison d'or. — Le na\ire Argu. — Les femmes de Leninos, — Le roi des Bébryces. — Phinée et les Harpies. — Les roches Cyanées. — Les oiseaux de Mars. — La magicienne Médée. — Les taureaux de Colchos. — Les filles de Pélias. — Les fuieurs de Médée.
Phrixus et Hellé. — L'expédition des Argonautes est la manière dont la Fable exprime les terreurs des premiers navigateurs à une époque
Fig. 140. — Hellé (peinture dans une coupe:.
où on était encore fort ignorant dans l'art de diriger les navires, et où les écueils, les tempêtes et tous les accidents des voyages prenaient l'apparence de faits surnaturels. Le but de cette expédition était la recherche de la Toison d'or, que portail autrefois un bélier prodigieux, fils de Neptune.
Ce bélier était doué de la parole et parcourait à volonté les terres et les mers. Mercure en avait fait don à Néphélé, femme d'Athamas, roi desMinyens d'Orchomène. Après la mort de Néphélé, ses deux enfants. Phrixus et Ilellé, se virent en butte aux persécutions de leur belle-mère.
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Ils résoliircMil donc de s'enfuir, et comme ils connaissaient les étonnantes vertus du bidier à la toison d'or, ils s'en servirent comme d'une monture, et furent emportés avec la rapidité du vent. Mais pendant la traversée d'Europe en Asie, Ilellé lâcha la toison du bélier, à laquelle elle se retenait, et ayant [)erdu l'équilibre elle tomba dans la mer. qui prit de cet
Fig. 14-
Pliri\us et Hello peinturo d'IIorciilanuin
événement le nom d'Hellespont(merd'Hellé)(fig. 147). Phrixus, qui s'était mieux tenu, arriva en Colchide, et suivant un ordre qu'il avait reçu de Mercure, il sacrifia le bélier merveilleux à Mars, et suspendit la toison <ror à un hêtre placé dans un bois consacré à ce dieu. Un dragon terrible" ([ui ne s'endormait jamais fut préposé à la garde de cette toison, dont la possession devint bientôt le rcve de tous les héros grecs.
La toison d'or était donc dans une contrée extrêmement lointaine, où aucun navigateur Ji'aurait osé s'aventurer.- Néanmoins les vertus attachées à cette toison, la rendaient bien enviable pour de hardis aventuriers. Voici dans quelles circonstances , le héros Jason partit à sa rei-h(n*che.
Le pied sans chaussure. — .Eson, roi d'iolchos, avait été chasse du trône par son beau-frère Pélias, et son fils Jason avait été envoyé chez le centaure Chiron, pour y faire son éducation. Un jour que Jason était au bord d'une rivière il rencontra une vieille femme qui désirait passer l'eau et ne le pouvait à cause de sa faiblesse et de son âge. Jason la prit sur ses épaules et lui fit traverser la rivière; la vieille le re-
Fig. Ii8. — Juson d"apW's une statue antique, musée du Louvre)
iiRM'cia, et reprenant sa lorme véritable (car c'était Jiinoii elle-même, qui avait pris cette forme pour éprouver la bienfaisance du héros), elle l'assura de sa protection dans toutes les choses qu'il entreprendrait. En passant l'eau, Jason y avait perdu une de ses chaussures, mais il fut si ravi de son aventure, qu'il ne s'en aperçut même pas et se rendit à lolchos avec un pied nu. U n oracle avait prédit à Pélias qu'il devait se défier d'un homme qui n'aurait qu'une chaussure ; aussi conçut-il de grandes inquiétudes à l'arrivée de cet étranger, surtout quand il vit que c'était Jason dont il avait détrôné le père. Il s'avança vers lui en disant : « Que ferais-tu à un citoyen que l'oracle t'aurait dénoncé comme devant attentera ta vie? — Je l'envei'rais chercher la toison d'or, répondit Jason, sans hésiter. » La recherche de la toison d'or était regardée comme une expédition tellement périlleuse, qu'on ne doutait pas que celui qui serait assez téméraire pour tenter l'entreprise n'en reviendrait jamais. La réponse de Jason devint son arrêt, et le roi lui signifia d'avoir h se préparer. La belle statue du Louvre intitulée Jason montre le héros au moment oii il attache la fameuse chaussure qui fut cause de l'expédition des Argonautes (fig. 148).
Jason fut bientôt entouré des héros les plus illustres, désireux de l'accompagner à la recherche du trésor : Hercule, Méléagre, Castor et Pollux. Thésée, etc., firent partie de l'expédition.
Le navire Argo. — La construction du navire Argo, sous la direction de Minerve, et l'expédition des Argonautes paraissent se rattacher a Torigine des vaisseaux à voiles. Un bas-relief antique nous représente la déesse qui montre à un ouvrier debout devant elle la manière de fixer la voile après le niàt (fig. 149). Le poète latin Sénèque présente Tiphys, le pilote du navire Argo, comme le premier qui fit usage des voiles : « Tiphys eut l'audace de déployer les premières voiles sur l'immensité des mers et de dicter de nouvelles lois aux vents, tantôt en développant toutes ses toiles pour recevoir dans leur surface l'haleine de Notus [le veut du Midi), tantôt en les repliant autour des antennes, au milieu du mât et quelquefois à l'extrémité, lorsque le nautonier imprudent attisait les souffles trop impétueux, et que le faisceau de lin tremblait sur la partie la plus élevée du navire... Le vaisseau de Thessalie réunit des mondes que la nature avait si bien séparés pour notre bonheur ; il dompta la mer et à toutes nos craintes il ajouta celle de ce cruel élément... Mais quel fut le prix de cette expédition dangereuse? Une simple toison d'or et avec elle un monstre plus terrible que la mer elle-même, Médée, digne prix de la première navigation du monde... » Ce qui est bien curieux, c'est que l'auteur latin, dans l'énumération qu'il fait des pays découverts par les progrès de la navigation, semble prédire Christophe Colomb : <( Il viendra un temps, dans les siècles
NEPTINK HT f/KRES.
Iiiturs, où rOeran élargira le ^lobc «laiis toiitt; son rtniKlnc, où un (lutrf Tiphys nous (h'couM'ira de nouveaux mondes, oii Tliulé (l'Islande) enfin ne sera jilus |»()ur nous r(>\fi'en)ile de l'univers. »
l-"ij.'- !'»■>• - Coiistnictiou du navire Argo (d'après un bas-relief antique).
Le navire Argo, malgré ses voiles, avait aussi des rameurs, qu'on voit figurer dans les monuments antiques. V\\ màt fait avec un chêne prophétique de la foret de Dodone, avait la propriété d'annoncer le vent (piil ferait.
Les femmes de Lemnos. — Ouand le navire fut terminé, toutes les forces des Argonautes furent impuissantes à le lancer à la mer, et il fallut les accents de la lyre d'Orphée, pour l'obliger à s'y rendre lui-même. Les débuts de la navigation furent heureux et Lemnos fut le premier point où on s'arrêta.
Les femmes de cette île, lassées des perpétuelles infidélités de leurs maris, avaient pris le parti de les tuer tous sans aucune exception. Venus, outrée de ce crime, leur inspira une envie folle de se remarier : entourées de mer de tous les cotés et n'ayant pas de vaisseaux pour la traverser, elles se consumaient en larmes inutiles. Aussi les Argonautes furent-ils bien reçus : plusieurs d'entre eux auraient même trouvé là des établissements très-avantageux, si Jason, qui était un lionune positif, n'avait eu vent de la chose. Mais ayant réuni tous ses hommes sur le navire, sous prétexte de leur faire une allocution, le héros coupa lui-même le câble, et il fallut bien partir.
Le navire Argo, longeant les cotes de la Thrace, fut jeté par une
LA XAYIGATIUX. 163
tenipêto sur une cote de la Chersonèse, où il y a une grande montagne habitée par des géants à six Lras, fils de la Terre, qu'on appelle les Dotions. Ceux-ci furent beaucoup moins aimables avec les Argonautes que ne l'avaient été les Lemniennes, et un combat furieux s'engagea bientôt. Mais Hercule^ qui en avait vu bien d'autres, les extermina tous avec ses flèches. Les Argonautes arrivèrent bientôt sur les côtes de Mysie, où ils eurent la douleur de se voir séparés d'Hercule, quiiiif nécessité impérieuse appelait dans une autre direction.
Le roi des Bébryces. — Us se dirigèrent alors du côté de la Bithynie, où habitaient les Bébryces ; leur roi Amycus était fils dt; Neptune et de la nymphe Melia. C'était le plus féroce et le plus orgueilleux des mortels. Par une loi barbare, il obligeait les étrangers à se battre au pugilat contre lui, et avait déjà fait périr ainsi plusieurs de ses voisins. Quand il aperçut le vaisseau des Argonautes, il arriva sur le rivage, et sans leur demander qui ils étaient, il leur cria insolemment : (( Vagabonds, écoutez ce qu'il faut que vous sachiez. De tous ceux qui abordent chez les Bébryces. aucun ne s'en retourne sans avoir auparavant essayé ses bras contre les miens ; choisissez donc le plus habile d'entre vous au combat du ceste, afin qu'il se mesure à l'instant avec moi. Telle est la loi que j'ai établie; si vous refusiez de vous \ soumettre, la force saurait bien vous y contraindre. »
Ce discours remplit d'indignation les Argonautes. Pollux, plus vivement offensé du défi qu'aucun autre, s'empressa de l'accepter et répondit ainsi : « Arrête, qui que tu sois, et cesse de parler de violence. Nous obéirons volontiers à ta loi ; tu vois ton adversaire et je suis prêt a combattre. » Amycus, étonné de sa hardiesse, le regarde en roulant des yeux farouches, comme un lion environné par les chasseurs fixe ses yeux ardents sur celui qui lui a porté le premier coup.
Les serviteurs du roi jettent devant les combattants des cestes d'une force et d'une dureté à toute épreuve : « Prends sans tirer au sort, dit fièrement Amycus, et choisis ceux que tu voudras, afin qu'après le combat tu n'aies aucun reproche à me faire ; arme tes mains, et bientôt tu pourras dire si je sais porter un gantelet de cuir et faire couler le sang des joues de mes adversaires. » Pollux ne répondit qu'en souriant et ramassa les cestes qui étaient à ses pieds.
Les deux combattants.se font attacher les gantelets et s'avancent l'un contre l'autre en tenant leurs mnins pesantes élevées contre leurs visages. Le roi des Bébryces fond sur son adversaire comme un fiot impétueux. Semblable à un pilote habile (fui détourne adroitement son vaisseau pour éviter la vague qui se précipite et menace de le submerger, Pollux, par un mouvement léger, se dérobe aux coups d'Amycus qui le poursuit sans relâche. Ensuite ayant bien examiné les forces de son
If)^ NKPTUNE ET GÉRÉS.
adversaire et coimaissiuil sa manière de coinl)atlie, il tient fenne a son tour, déploie ses bras nerveux et cherche les endroits quAmycus sait h' inoins garantir. Comme on voit des ouvriers assembler à grands coups les pièces d'un navire et faire retentir l'air du bruit de leurs marteaux, ainsi les deux combattants se frappent avec furie les joues et les mâchoires et font sans cesse résonner leurs dents sous la pesanleur de leurs poings. La fatigue épuise enfin leurs forces, ils se sépai-ent, et tout hors d'haleine essuient la sueur qui coule à grands flots de leins fi'onts.
Bientôt ils courent de nouveau Fun sur l'autre : Amycus, se dressant sur la pointe des pieds, connue un homme prêt à assommer une victime, lève avec fureur un bras redoutable. PoUux penche la tète, évite adroitement le coup qui ne fait qu'effleurer son épaule, et, s'avan-cant aussitôt sur son adversaire, le frappe de toutes ses forces au-dessus de l'oieille. L'air retentit au loin, les os sont fracassés. Amycus, vaincu j»ar l'excès de la douleur, tombe sur ses genoux et rend le dernier soupir. Tandis que les Argonautes poussent des cris de joie, les Bébryces, irrités de la mort de leur roi, s'avancent vers Pollux, en levant leurs massues et brandissant leurs lances ; ses compagnons se précii)itent à l'instant devant lui et lui font un rempart de leurs épécs. Un combat furieux s'engage et se termine à l'avantage des Argonautes : les Bébryces j)rennent la fuite et vont })orter la nouvelle de la mort du roi dans le fond de leur pays. (Apollonus.)
Une admirable statue du Louvre représente Pollux, le patron des pugilistes, au moment où il s'apprête à frapper Amycus. 11 porte les cestes ou gantelets dont on se servait pour la lutte au pugilat. La mort d 'Amycus est présentée sous un aspect tout particulier sur une bande circulaire qui décorait une ciste étrusque trouvée à Préneste. Amycus n'a pas été tué dans le combat; mais après sa défaite, il est attaché à UM ai'bre par Pollux qui lui réserve probablement un sort analogue à celui (|u'Apollon a iniligé à Marsyas (tig. 150). Le génie de la mort, figuré selon l'usage étrusque }tar un vieillard ailé, a le pied posé sur un rocher, dans l'attente de la proie qu'il va saisir. Minerve et Apollon assistent à l'exécution du roi barbare. La continuation du même sujet se déroule sur la ligure 150 f)is, qui présente l'autre côté de la ciste. On y voit le navire Argo, contenant encore une partie des héros: d'autres sont descendus pour l)oire ou puiser de l'eau à une fontaine gardée par un silène et (|ui jaillit de la bouche d'un lion.
Phinée et les Harpies. — Les Argonautes^ avançant toujours sans accident par l'adresse <!(> Tiphys, l'habile pilote, arrivèrent bientôt vis-à-vis des côtes de la Bithynie. Un lils d'Agénor, Phinée, avait sa demeure sur le rivage. Apollon lui avait accordé depuis longtemps
-NEPTUNE ET CÉRES.
If (Ion de piM'voir l'avenir; faveur dangereuse ([ui dcNinl la source de fous SCS malheurs. Sans respect pour le maître des dieux, il découvrait hardiment aux mortels ses décrets sacrés. Jupiter irrité le condamna à une éternelle \ieillesse, priva ses yeux de la douce lumière du jour, et voulut qu'il ne put jamais se rassasier d'aucun mets. I^n vain, ceux (pii >enaient consulter ses oracles, lui apportaient sans cesse de nouveaux aliments ; les Harpies, fondant tout à coii[i du haut des cieux, les hii arrachaient de la houche et des mains. (Juehjucfois, pour prolonger ses tourments en soutenant sa misérahle vie. elles lui ahandonnaient de légers restes, sur lesquels elles répandaient une odeur si infecte que
Harpie».
Fig. l.M. — l'hinôc délivré <lcs Harpies (d'après une peinture de vase;.
liai- pic
l''ig. Ijl Li:i. — Siiiti' du nn'-nio sujet.
l)ersonne n'aurait eu le courage non-seulement de s'en nourrir, mais même d'en supporter de loin la puanteur.
Phi née n'eut pas plutôt entendu la xoix des Argonautes et le hruit (le leur débarquement qu'il compjit aussitôt qu'ils étaient les étrangers (It^nt l'arrivée, suivant les décrets de Jupiter, devaient mettre fin au pins cruel de ses maux. Semhlahle à \\n fantôme, il sort de son lit, et. s'appuyant sur un hàton. il traîne en tâtonnant le. long des murs ses pieds chancelants. Tous ses membres, épuisés par la faim et la vieillesse, tremblent à chaque pas. Son corps est sale et hideux. Une peau desséchée recouvre à peine ses os. Il arrive au seuil de sa porte et s'y assied accablé de lassitude.
Les Argonautes, touchés de compassion, se tiennent derrière lo vieillard, et quand les Harpies arrivent les chassent avec leurs épées. Elles seraient revenues un peu jdiis tard, si Zéthès et Calais, fils de Borée et pourvus d'ailes comme leur |jère, ne les eussent poursuivies à travers l'espace et obligées à fuir dans des contrées lointaines.
La délivrance de Phinée fait le sujet d'une peinture de vase (fig. loi). Le vieux roi est couché près de la table oi^i était servi le festin que les Harpies veulent emporter. Celles-ci n'ont pas la forme horrible que l'art leur donne quelquefois ; ce sont des femmes drapées et ailées, qui se livrent, conformément à leur nature, à des mouvements violents et désordonnés. Zétes et Calais, qui faisaient partie de l'expédition des Argonautes, sont des personnages ailés dont le type est tout à fait semblable à celui de Borée, leur père, que nous avons montré enlevant Orithye (fig-. 144), d'après une peinture de vase d'un style analogue à celle-ci.
Phinée qui était devin, voulant remercier les Argonautes du secours ((u'il en avait reçu, leur parla en ces termes : « Ecoutez, mes amis, ce ((ii'il m'est permis de vous apprendre ; car Jupiter, dont j'ai déjà trop mérité le courroux par mon imprudence, me défend de vous révéleientièrement tout ce qui doit vous arriver. En quittant ce rivage, vous verrez à l'extrémité du détroit deux rochers que jusqu'ici nul mortel n'a pu franchir. Ils sont mobiles, et se réunissent souvent pour n'en former qu'un seul. L'onde agitée s'élève alors en bouillonnant audessus de leurs cimes, et le rivage retentit au loin du bruit de leur choc. Avant de tenter le passage, vous lâcherez dans les airs une colombe ; si elle traverse heureusement, faites force de rames, sans différer un instant, car votre salut dépendra de la vigueur de votre bras. Si la colombe périt an milieu du détroit, retournez en arrière ; céder aux Dieux, c'est le parti le plus sage. »
Les roches Cyanées. — Prévenus par Phinée, les Argonautes embarquèrent avec eu\ une colombe. Parvenus au détroit tortueux bordé d'écueils menaçants, les navigateurs s'avançaient en tremblant au milieu du courant qui les repoussait sans cesse, et chacun, excité par Tiphys, ramait avec ardeur. Après avoir franchi le dernier détour, ils aperçurent ce qu'aucun mortel ne devait voir après eux. Les roches Cyanées s'ouvrirent et demeurèrent écartées l'une de l'autre. A ce spectacle, la frayeur redouble ; Euphémus lâche la colombe ; chacun lève la tète et la suit des yeux. Tout à coup les roches se rapprochent et se joignent avec un bruit épouvantable; l'onde jaillit au loin, lair frémit, la mer se précipite en mugissant dans le creux des rochers, le ri\age est couvert d'écume, et le vaisseau tourne plusieurs fois sur lui-même. Cependant la colombe échappe au péril, ayant seulement perdu, par la rencontre des roclicrs, l'extrémité de sa queue. Les Ar-
fronnufos pousseront dos oiis do joio. Tiphys los oxoila do ))lus on plus a laii'o force (\o ranios, afin do passor lapidonioiif ontro los roches qui s'oiivraiont do nouveau. (Chacun oltcil ou ti-euildanl, lorsque tout à coup los Ilots qui xionnontse hrisor c(Mitro le rivage les jtoussèrent on refluant au milieu du passage fatal ol lidée de mort, suspendue sur leurs lotos, glaça enfier(>ment leurs cœurs d'effroi.
Au mémo instant, une montagne d'eau s'éleva devant eux; ils liaissèrent la tète et se crurent engloutis. Tiphys, par une adroite manœuvre, évita le péril ; mais les vagues, retombant avec violence dans la mer, soulevèrent le vaisseau et le reportèrent bien loin en arrière. Les Argonautes redoublent leurs efforts, et, secondé par Minerve, le navire, aussi rapide ((u'uno tléche, glisse à travers les rochers qui brisent en se liourtani l'extrémité t\i' la jtoupo.
Les oiseaux de Mars. — Après avoir échappé au détroit, les Argonautes s'approchèrent de l'île de Mars, infestée d'oiseaux terribles dont les [dûmes sont comme autant de flèches qu'ils décochent aux voyageurs. Un des leurs ayant été tué de cette façon, ils usèrent d'un stratagème. Chacun se couvrit la tête d'un casque surmonté de hautes aigrettes. Ils ramaient alternativement, et tandis que les uns faisaient avancer le vaisseau, les autres les couvraient de leurs boucliers et de leurs lances. En même temps, frappant sur leurs boucliers, ils poussèrent de grands cris ])Our épouvanter les oiseaux, qui bientôt obscurcirent le ciel de leur troupe innombrable, lançant dans leur fuite leurs traits emplumés qui ne blessaient personne. Les oiseaux finirent par traverser les mers en s'envolant vers les montagnes éloignées.
Délivrés de ce danger, les Argonautes continueront leur route : ils aperçurent bientôt los cimes élevées du Caucase, où ils entendirent les gémissements de Prométhée que le vautour déchirait. Enfin, après avoir déjdoré la mort de Tiphys, l'habile pilote qui avait guidé leur marche, et qui succomba en route, ils arrivèrent en Colchide oii était la toison d'or. (Apollomus.)
La magicienne Médée. — Le roi .Eétès, ayant appris qu'il arrivait des étrangers, alla au-devant de Jason, qui lui fit part du but do sou voyage. •« Etranger, lui dit-il, do plus longs discours seraient inutiles ; je puis consentir à \o donnoi' la toison, mais il faut auj)aravant que j'éprouve si tu es vraiment du sang des dieux et assez fort pour me disputer (.-c i\u\ m'appartient. L'épreuve que je te propose est un combat dont j(^ \iens facilement à bout, quelque» périlleux qu'il paraisse. Dans un chamj) ([ui poito le nom de Mars, j'ai doux taureaux dont les pieds sont d'airain, et dont la bouche vomit dos tourbillons de flamme. Je los attoll(> moi-même à une charrue, et j(> leur fais labourer quatre
arpents d'un tormin àprc et sauvage. Ce travail achevé, je sème, au lieu des dons de Cérès, les dents d'un horrible dragon, d'où naissent aussitôt des géants armés qui m'environnent de toutes parts. Je les attaque, je les renverse et les fais expirer sous le fer de ma lance. Jai commencé le matin à atteler mes taureaux, et ma moisson est achevée le soir. Si Jason peut faire éclater sa valeur par un semblable exploit, qu'il emporte au même instant ma toison ; mais sans cela qu'il n'espère pas l'obtenir. Il est indigne d'un homme de cœur de céder à quiconque ne peut l'égaler. » (Apollomus.)
Les Argonautes frémirent en entendant les conditions imposées a leur chef; car, en admettant qu'il sortît victorieux de ces épreuves, il fallait encore pouvoir se saisir de la toison d'or, qui était gardée par un horrible dragon.
L'arrivée des Argonautes chez .Eétès est figurée sur une peinture de vase où elle se déroule en deux scènes séparées par une colonne. Dun côté de la colonne, .Eétes, roi de Colchos, est debout et tient en main un sceptre, insigne de sa puissance. Un vase placé à ses pieds symbolise ses immenses richesses. Jason, en face de lui, tient en main la tessère de l'hospitalité qu'il présente au roi. Derrière Jason, Médée, fille d'-Eétès, communique à l'une de ses femmes Fimpression que produit sur elle la beauté de l'étranger. De l'autre côté de la colonne, Médée fait alliance avec Jason et se laisse prendre la main par le héros qui a planté sa lance en terre. Les Argonautes, couronnés de lauriers, accompagnent leur chef, et l'un d'eux désigne du doigt la princesse qui doit les tirer du danger qu'ils courent (fig. 153).
Le même sujet est encore représenté sur un autre vase, mais d'une façon toute différente. Jason, tenant deux javelots, se présente devant le roi de Colchos, assis sur son trône. Médée, en costume asiatique et entourée de ses femmes, tient un ciste et s'avance derrière le héros qu'elle doit épouser.
En effet, Médée, qui était une puissante magicienne, avait éprouve en présence de Jason un tressaillement inconnu, car Vénus lui avait inspiré une violente passion pour le héros. S'approchant de lui, elle tira de sa ceinture un charme qu'elle avait préparé, et lui dit : « Quand mon père aura remis entre tes mains les dents de dragon que tu dois semer dans le champ du dieu Mars, attends le retour de la nuit. Alors, revêtu d'habits noirs et après t'être purifié dans les eaux du lleuve, tu creuseras seul une fosse ronde dans un lieu écarté. Tu y égorgeras une brebis, et tu la brûleras 4»ut entière sur un bûcher que tu dresseras au bord de la fosse. Tu invoqueras la fille de Perses, la puissante Hécate, en faisant en son honneur des libations de miel. Eloigne-toi ensuite de la fosse sans regarder derrière toi, quel que soit le bruit des pieds et les hurlements des chiens qui frapperont tes oreilles. Au
I7(» -N Kl» TU NE ET CEUKS.
IcNci- Je l'aurore, tu hunu-eloras le chainie que je \ieus de le donaer. ri lu en frotteras non-seuleuient ton corps, mais encore ton épée, ta lance et ton bouclier. Une foycc plus qu'humaine se répandra alors dans tous tes membres. Le fer des guerriers qui naîtront de la terre s'émoussera sur toi et tu braveras les llaninies ([ue vomissent les taureaux. ( A' charme puissant ne doil (huer (|ii"iiii jour : mais \oici un moyen deterluinei- |tronii»(em(Mil le comhal. Lors(|u"api'('s avoir su]ijiii!U('' l(>s taur(>aii\ cl labouré le chani|t. tu verras les lils de la terre sortir en tirand nombre des dents (jue tu auras semées, jette alors au milieu d'eux une grosse pierre. Semblables à des chiens qui se disputent une |)rûie,ilsse bâtiront à l'entour; prolitc du moment et fonds sur eux. " (Apollonius.)
Les taureaux de Golchos. — Jason lit tout ce qui lui avait été pi-escrit et se rendit ensuite au champ de Mars, oîi il trouva le joug d'airain et la charrue fabri(juée d'un seul morceau de fer. Les taureaux sortent bientor en vomissant des llammes : les Argonautes sont saisis