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I.i' loi de (".olchos

Viii. \îi'2. — Jasoii (liiiiiiit;uit les taureaux de Colclios (d'après un bas-relief aiiti<iue.

Hiusée du Louvre}.

d ( |ioii\ante, mais Jason les attend de pied ferme. Ils frappent en mugissant son l)ouclier de leurs cornes sans qu'il en soit ébranlé.

La llamine brille par éclairs autour de Jason; mais le charme' qu'il a reçu de Médée le rend in\ ulnérable. Il saisit par une corne le taureau (|ui était à sa droite, le tire de toutes ses forces, l'amène prés du joug cl d'un coup de pied le fait tomber adroitement sur les genoux. Le second (|ui s'avance est également terrassé. A l'instant il jette par terre son bouclier, et, de ses deux mains, il les tient l'un et l'autre couchés sur les genoux, insensible à l'ardeur des llammes au milieu desquelles il e>t |dongé. Castor etPoUux, suivant l'ordre qu'ils en avaient reçu aupara\ant, accourent aussitôt, prennent le joug et le présentent à Jason, qui l'attache fortement, saisit ensuite le timon et l'adapte au joug. Les lils de Tyndare s'éloignent alors des flammes et retournent au vaisseau.

In bas-relief du Louxre leprésente Jason doniidant les taureaux de (".(.Iclios (Tig. 152). Le héros, doni la léle mancpie. saisit avec force une

(les cornes du tauroau et l'attire à lui pour l'abattre. A ses pieds on voit la charrue au joug de laquelle il doit soumettre les taureaux aux pieds d'airain. Le roi de Colclios, assis sur un rocher, sa main gauche appuyée ^^ur un long sceptre, admire la force prodigieuse du héros et paraît anxieux de connaître l'issue du combat. Le jeune homme placé près de lui est probablement son fils Absyrte. La scène qui se passe derrière représente JVlédée enveloppée d'un long voile et donnant la main à Jason pour s'unir à lui. Junon, protectrice du héros, est placée entre eux comme pour consacrer leur hymen. Médée est suivie de sa vieille nourrice et l'Amour tient son arc derrière Jason. Ce bas-relief est incomplet et il y manque, outre la tête de Jason, un des deux taureaux, et d'autres personnages qui accompagnaient probablement le héros.

Jason après sa victoire ramasse son bouclier, le suspend à ses épaules, prend le casque qui renfermait les dents fatales, et tenant le manche de la charrue, il pique les taureaux de sa lance, comme un laboureur thessalien presse les flancs de ses bœufs avec la perche dont il mesure son clianip. Les taureaux, devenus furieux, vomissent des torrents de llamme et frémissent comme les vents impétueux qui font la terreur des nautoniers. Cependant, pressés par les lances, ils sont contraints d'avancer. La terre cède à leurs efforts et à ceux du vigoureux laboureur qui les conduit. Des mottes énormes, détachées par le soc tranchant, se brisent avec un fracas horrible. Le héros, marchant d'un pas ferme, jette au loin derrière lui les dents du dragon dans la terre qu'il a labourée et tourne à chaque instant la tète de peur d'être surpris par les guerriers qui en doivent sortir. (Apollomls.)

Ils arrivent en effet et la terre est bientôt hérissée de boucliers, de lances, et de casques portés par des combattants furieux. Jason, se souvenant des conseils de Médée, prend une pierre énorme et la jette au milieu des géants, qui aussitôt se précipitent dessus en frémissant et, se frappant mutuellement de leurs lances, tombent sur la terre qui lésa produits.

Jason alors se dirige vers un enclos derrière lequel est un bois épais, en compagnie de Médée qui est venue le rejoindre, et ils cherchent l'arbre antique auquel était suspendue la toison d'or, semblable à un nuage que les rayons du soleil font paraître tout en feu. Le dragon, dont les yeux perçants n'étaient jamais fermés par le sommeil, les voit s'approcher, et, allongeant une tête effroyable, remplit l'air d'horribles sifflements. Il agite avec fureur les replis innombiables de son corps couvert d'écaillés éclatantes. Médée s'avance hardiment vers lui en in- \oquant la redoutable Hécate, et Jason la suit, non sans effroi. Mais bientôt le dragon, dompté par la force du charme, abaisse ses replis menaçants et s'étend en une infinité de cercles, semldable à un flot qui se répand sans bruit sur le rivage. Cependant il lève encore la tête et

cherclio de tous cotés sa proie eu ouvraut uuc gueule effroyable. Médée, secouaut uu rameau de genièvre nouvellement coupé, lui répand sur les yeux une liqueur enchantée qui l'endort : sa tète retombe siu' la terre et son corps tortueux couvre au loin la forêt.

Jason alors, par ordre de Médée, qui se tenait toujours auprès du monstre et ne cessait de faire agir le charme, enleva la toison de dessus l'arbre. Ils sortirent ensuite de la forêt et se dirigèrent vers le vaisseau. Les précieux flocons dont la toison est chargée éclairent les pas du héros, qui tantôt la tient entre ses mains, tantôt la laisse pendre de dessus son épaule, et craint sans cesse qu'un dieu ou quelque mortel ne vienne la lui ravir. En arrivant, il la recouvre d'un manteau, la place près de la poupe et fait asseoir Médée par-dessus. (Apolloxius.)

Une peinture de vase nous montre Jason combattant le dragon qui garde la toison d'or (fig. 154). On remarquera que cette version est différente de celle que nous avons rapportée d'après Apollonius de Rhodes. En effet, nous avons vu que le dragon a été endormi par les enchantements de Médée, tandis qu'ici le héros s'avance fièrement contre lui l'épée à la main. Médée est debout près de lui, tenant à la main la cassette mystique, et derrière elle on voit les Argonautes, parmi lesquels Zétès et Calais sont facilement reconnaissables aux ailes dont ils sont pourvus.

On voit également sur une pierre gravée Jason avec le casque et le

Fig. lôô. — Jusoii contemple la toison d'or (d'après une pierre gravée antique .

bouclier, contemplant la toison d'or qui est suspendue après un chêne, autour duquel est entorlillé le dragon chargé de la garder.

Absyrte, frère de la magicienne Médée, était encore très-jeune lorsque celle-ci prit la fuite avec Jason. Poursuivie de près par son père ^^étès, elle imagina pour retarder sa marche de couper son frère par morceaux, qu'elle dissémina sur le chemin, en ayant soin que la tête fût placée dans un endroit très-apparent, pour que le malheureux père la reconnût aussitôt. En effet, cet horrible spectacle arrêta le roi qui ne connaissait pas la cause du meurtre, et la magicienne i)ut ainsi trouver le temps nécessaire pour sa fuite.

Les filles de Pélias. — Pélias, lorsqu'il envoya Jason à la recherche d(î la toison d'or, comptait bien ne plus le revoir. Le bruit s'étant répandu que tous les Argonautes avaient péri dans leur avcntu-

174 NEPTUNE ET CÉUÈS.

reiiso expédition, Pclias s'empressa de faire périr .Esoii, père de Jasou. ainsi que toute la famille du héros. Quand Jason fut de retour, son épouse Médée se chargea de la vengeance : elle arriva à lolchos déguisée en vieille femme, et prétendit avoir le moven de ressusciter les morts et de rajeunir les vieillards. Devant les yeux de Pélias, elle de- \int une jeune personne, et changea en agneau un bélier qu'elle avait mis en pièces et fait cuire. Les filles' de Pélias, trompées par les artifices de Médée, et désirant rajeunir leur père, le coupèrent en morceaux et l(> firent cuire dans un vase de terre, comme elles a\aient \ii

Fig. l.")(i. — Mikli'C et los tilles de Pélias (^d'après une peinture de vase.

l'aire pour le bélier. Sur une peinture de vase, on voit Médée tenant une épée et donnant ses instructions aux filles de Pélias (fig. 156).

Pélias naturellement ne rajeunit pas du tout, mais Médée espérait, en le faisant tuer par ses filles, assurer ainsi le trône à son mari, qu'on ne ne pourrait en aucune façon accuser de complicité dans la mort du roi. Elle fut déçue dans son espoir, carie fils de Pélias monta sur le trône, et Jason fut obligé de s'exiler. Il partit avec Médée et les enfants qu'il en axait eus, et se réfugia àCorinthe où régnait alors Créon. Celui-ci, désireux de s'unir à un héros aussi illustre que Jason, lui proposa d'épouser sa fille Créiise qui était d'une admirable beauté ; mais, craignant la vengeance et les artifices de Médée, il chassa la magicienne de ses Etats. Jason, à (pii cette alliance plaisait, fut impitoyable, et tout ce que Médée put obtenir, ce fut un délai d'un jour pour préparer son départ : elle le consacra à accomplir ses sinistres projets. Feignant de reconnaître ses torts, elle voulut donner à Jason un gage de réconciliation, et chargea ses enfants de présents (ju'ils j)ortèrent à la jeiuie mariée. Ces présents

étaient une couronne fror([ue Médée avait reruc (\u Soleil, son aïeul, el une robe niagnitlque dont elle-même avait préparé le tissu par ses sortilèges. Les enfants apportèrent c(?s cadeaux à Créiise, qui fut ravie envoyant cettesuperbe parure. La jeune fille s'ensaisit, mais ji peine eut-elle touché les objets qu(> la magicienne avait envoyés qu'elle se sentit brûlée [lar un feu intérieur et expira bientôt dans dhorrildes convulsions.

Les fureurs de Médée. — Méib'e pourtant n'est pas encore satisfaite : tant qu'il reste sur la terre ({uelqu'un (jui puisse aimer son intidelc époux, elle ne regarde pas sa vengeance comme complète. Dans sa fobc

Fig. Iô7. — Vlédée égorgeant ses enlaiits (d'après au groupe anti(iue, trouvé à Arles).

furieuse, elle prend ses enfants et les couvre de ses caresses brûlantes : « Donnez, mes enfants, donnez à votre mère votre main à baiser. 0 main chérie ! ô bouche chérie! maintien, noble visage de mes enfants, je vous souhaite le bonheur, mais là-bas, aux enfers; car ici votre père vous Ta ravi... 0 doux embrassements ! joues fraîches et délicates, délicieuse haleine de mes enfants.... Ah ! sortez ! sortez !... je ne puis soutenir votre vue.... mais.... ma colère est plus forte que ma volonté, et cette passion cause les plus grands malheurs des hommes... » (Euripide.)

Les pauvres petits ne comprennent pas, ils sont épouvantés, mais leur mère qui ne se connaît plus les égorge l'un après l'autre, et quand Jason, accouru au bruit, se présente devant elle, la magicienne Médée. montée suruncharque traînent deux dragons ailés, s'envole danslesairs.

NEPTUNt: ET GERES.

Le pointre Timomaqiie avait fait sur les fureurs de Médée un tal)leau qui avait unej^'^raude eéléhiité t't(|ui fut emporté à Uoine avec les autres chefs-d'œuvre de l'art grec. Plusieurs auteurs en parlent avec admiration, et il en est souvent (picstion dans lM//^//oA>y/> : «Lorsque la main de Timomaque peiguait la meui'trière Médée tiraillée par une jalouse haine et par l'amour matciiiel, Tartiste fit des efforts infinis pour bien rendre les deux passions contraires, la colère et la pitié. Il parvint à les exprimer; voyez son œuvre. La colère paraît sous les larmes, et la

Fig. lôS. — Médée (d'après Raphaël).

pitié n'est pas sans colère. L'hésitation de la mère suffit à mon œuvre, s'est dit le peintre; c'est à la main de Médée à verser le sang de ses enfants, et non à la main de Timomaque. » — Et ailleurs : « Approche, et vois avec admiration la colère et la tendresse qui brillent dans les yeux, le feu (|ui rayonne sous les paupières, la main de la mère et de l'épouse outragée, qui. d'un élan contenu, s'arme pour le meurtre. Le peintrea bien fait de ne pas nous montrer la scène de carnage; il n'a pas voulu que l'horreur émoussàt notre admiration. »

Un groupe antique trouvé à Arles, mais qui n'est pas un ouvrage de

premier ordre, représente Médée debout et tirant son épéc pour é"-orger ses deux enfants.

Dans l'art moderne, Eugène Delacroix a donné du même sujet une interprétation vraiment saisissante ; la magicienne est représentée dans une grotte tenant un poignard à la main. Son visage effaré et le geste de lionne ramassant ses petits, avec lequel elle retient ses enfants qui s'échappent est superbe d'invention. Ce tableau, une des œuvres capitales de Delacroix, fait partie du musée de Lille.

Un bas-relief antique conservé a Mantoue, et dont le musée du Lonvrc

Médée,

Créou. Creuse. Médée.

Fig. 159. — L'histoire de Médée (d'après un bas-relief antique).

possède une répétition avec de légères variantes, représente plusieurs groupes qui reproduisent les principales scènes de la tragédie d'Euripide (fig. 159). En partant de la gauche, on voit d'abord Jason, dans une attitude pensive, devant la porte du palais de Créon à Corinthe. Le palais est orné de festons, comme pour un mariage. La scène suivante se passe dans un appartement, indiqué selon l'usage des sculpteurs anciens, par une tenture. Médée assise semble en proie à de sombres réflexions, et sa nourrice placée près d'elle essaye en vain de la calmer. Elle regarde ces deux enfants qui portent les fatals présents destinés à Créiise. et

ilS NEPTUNE ET CÉRÈS.

(lorrière lesquels apparaît le génie de l'Hymen, tenant d'une main le llamboau nuptial prêt à s'éteindre, et dans Tautre des pavots, symbole de; l'oubli. Dans le groupe sui\ant Creuse, en [)roie à d'horribles douleurs, est déjà embrasée et a a tomber sur un lit, au pied du buste de Neptune, protecteur de Corintiie. Le vieuv Créon s'arrache les cheveux <le désespoir. Puis les entants de Médée sont en train de jouer, sans voir que leur mère est prête à les liapper. I]nlin, dans le dernier groupe, Médée, montée sur le char que traînent les dragons, tient sur ses épaules im de ses enfants qu'elle \icnt d'égorger, tandis que l'autre est couché .sur le char. Cette figure a été très-heureusement imitée dans une composition mythologique de r{a[)ha('l sur le mènn^ sujet.

Nous avons suivi dans le récit de l'histoire de Médée la tradition rapportée par Euripide, et il est facile de voir dans le tableau qu'il fait de son caractère l'horreur qu'inspirait aux Grecs cette magicienne venue d'une contrée lointaine. Dans d'autres pays, Médée a été au contraire fort honorée. « Selon Elien et quelques historiens évhéméristes, tout ce (jue l'on publiait au désavantage de Médée était faux. Une tradition en vogue à Corinthe rapporte ([ue Médée, venant régner dans cette ville par droit d'héritage, après la mort de Corinthus, cacha ses enfants dans le temple de Junon pour les rendre immortels. Jason, irrité, s'en retourna alors à lolchos, où Médée le suivit. Des légendes, provenues d'une même souche, nous montrent l'épouse de Jason tuée par les Corinthiens, et ajoutent que ceux-ci ayant lapidé ses enfants pour les punir d'avoir présenté à Creuse la cassette fatale, une peste frappa leur ville jusqu'à ce qu'ils eussent institué une fête expiatoire en l'honneur de ces infortunés. » (Jacobi, Dictminaii'e tni/t/iolotjique.)

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