CHAPITRE PREMIER
LATONE ET SES ENFANTS
Nabsiancc cl Apollon et Diane. — l.atone elle serpent P\ thon. — Les paysans caiiens.
Naissance d'Apollon et Diane. — Apollon et Diane sont enfuntr^ de Jupiter et de Latone, personnification de la Nuit, divinité puissante dont l'union avec Jupiter avait produit TUnivers. Selon la traditiou. Latone se trouve ensuite reléguée au second rang et n\apparaît guère dans la mythologie que comme une victime de Junon. La Terre, à l'instigation de Junon, voulut lempècher de trouver un endroit oii elle pût mettre au monde les enfants qu'elle portait dans son sein. Cependant Neptune, vovant que la malheureuse déesse ne trouvait nulle part un ahri, fut ému de compassion et fit sortir de la mer l'île de Délos. Comme cette île était flottante à l'origine, elle n'appartenait pas à la Terre, qui ne j)ut exercer là son action malfaisante.
(c Délos, dit l'hymne hoiuérique. se réjouit de la naissance du dieu qui lance au loin ses traits. Alors pendant neuf jours et pendant neuf nuits, Latone fut déchirée par les cruelles douleurs de l'enfantement. Toutes les déesses les plus illustres sont rassemblées autour d'elle, Dionée. Rhéa, Thémis qui poursuit les coupables, la gémissante. Amphitrite; toutes, à l'exception de Junon aux bras d'albâtre; celle-ci resta dans le palais du formidable Jupiter. Cependant la seule Ilithyie, déesse des accouchements, ignorait cette nouvelle ; elle était assise au sommet de l'Olympe, dans un nuage d'or, et fut retenue par les conseils de Junon, qui ressentait une fureur jalouse, parce que Latone à la belle chevelure devait enfanter un fils puissant et irréprochable.
« Alors pour amener Ilithyie, les autres déesses envoyèrent de Délos
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la légère Iris en lui |ii(^mt'ttaiil un cdiliiM' nu'lé de fils d'or et long de ueuf coudées. I']lli>s lui iceoiuniaudcut surtout de ravertir à l'iusu de .lunon, de peui' (pTidie ne lanète par ses paroles. Ii'is, aussi pi'oni|»te (pie les \ents, ayant reeii cet ordre, s'élance et franchit l'espace en un instant.
«■ Arrivée à la demeure des dieux sur le sommet de TOhnipe, Iris persuada l'àme dilithyie,et toutes deux s'envolent semblables à de timides colombes. Lorsque la déesse qui préside aux enfantements arriva
Fig. 194. — Apollon, Diane et Latone d'après Flaxman),
à DéloS; Latone était en proie aux plus vives douleurs. Sur le point d'accoucher, elle entourait de ses bras un palmier et ses genoux pressaient la molle prairie. Bientôt le dieu paraît à la lumière; toutes les déesses poussent un cri religieux. Aussitôt, divin Phébus, elles te lavent chastement, te purifient dans une onde limpide et t'enveloppent dans im voile blanc, tissu délicat nouvellement travaillé, qu'elles nouent avec luie ceinture d'or. Latone n'allaita point Apollon au glaive étincelant. Thémis, de ses mains immortelles, lui otîrit le nectar et la divine ambroisie. Latone fut alors comblée de joie d'avoir enfanté ce lils vaillant qui porte un arc redoutable. »
Apollon et Diane naquirent donc à Délos, et c'est pour cette raison qu'Apollon est souvent appelé le dieu de Délos. Une jolie composition de Flaxman montre llithyie qui vient d'assister Latone dans le pénible enfantement des deux jeunes divinités.
LATONE ET SES ENFANTS
Latone et le serpent Python. — Cependant Jimon, ne pouvant pardonnera sa rivale d'avoir été aimée de Jupiter, suscita contre elle un monstrueux dragon, fils de la Terre, appelé Dclphyné ou Pvthon, qui avait été préposé à la garde des oracles de la Terre, près de la source de Castalie. Obéissant au\ suggestions de Junon, Python poursuivait sans relâche la malheureuse déesse, qui se sauvait devant lui tenant ses enfants serrés dans ses bras. Sur un vase antique, nous le voyons sous la forme d'un long serpent qui dresse la tète en déroulant ses
Fig. 195. — Latone poursuivie par le serpent Python (d'après une peinture de vase).
anneaux et poursuit Latone. La déesse fuit épouvantée, tandis que ses enfants, qui ne soupçonnent pas le danger, tendent leurs petits bras au monstre.
Les paysans cariens. — Quand Latone, poursuivie par Timj.lacable Junon, fuvait partout avec ses deux enfants, qu'elle tenait dans ses bras, elle arriva en Carie. Un jour de grande chaleur, elle s'arrêta accablée de soif et de lassitude au bord d'un étang dont elle n'osait s'approcher pour s'y désaltérer. Mais des paysans occupés à arracher des roseaux vinrent l'empêcher de boire et la chassèrent brutalement. La malheureuse Latone les supplia, au nom de ses petits enfants, de lui permettre de prendre quelques gouttes d'eau, mais ils la menacèrent de la maltraiter si elle ne s'éloignait aussitôt, et troublèrent l'eau avec les pieds et les mains, afin que la boue qu'ils faisaient sortir du fond l'empêchât de boire. La colère dont Latone se sentit émue lui fit oublier sa soif, et se rappelant qu'elle était
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APOLLON ET DLVNE.
déesse : « lié bien, Iciii- dit-elle en levant les mains vers le ciel, vous demeurerez à jamais dans cet étanp^. » L'effet suivit de près la menace, et ces hommes inhumains furent changés en grenouilles. I)c|tuisce temps, ils ne cessent de coasser dune \oi\ rau(]ue et de harliotei- dans la boue. Des loups, })lus humains (juc les |>aysans, conduisirent la déesse aux bords du Xantlie, cl Jjatone put acc(unplir h's
Fig. lOC. — Latone et ses enfants (bassin de Latonc. à Versailles).
ablutions dans ce fleuve, qui fut consacré à Apollon. Rubens, au musée dv Munich et l'Albane au Louvre ont des tableaux où l'on voit Latone et ses enfants en présence des paysans de Carie, qui la repoussent et qui se métamorphosent en grenouilles. Dans le bassin de Latone, à Versailles, Balthazar Marsy a représenté la déesse, avec ses deux enfants, implorant la vengeance du ciel contre les insultes des paysans. Çà et là, au pourtour, des grenouilles, des lézards, des tortues, des paysans et jtaysannes dont la métamorphose commence, lancent contre Latone des jets d'eau, qui croisent dans tous les sens leurs gerbes brillantes.