CHAPITRE IX
LES FLEURS ET LES FRUITS
Ylorc — Sylvain. — Vertumno et Pomone. — Pritipo.
Flore. — Flore est la véritable divinité des fleurs en Italie ; elle est leprésentée snr une peinture d'Herculanum. Beaneoup de statues aii-
Fis-. 188. — Flore (d'après iino pointure de Pompéi).
tiques ont été restaurées en Flores, sans que l'attribution en soit bien certaine. Quelques-unes d'entre elles sont néanmoins fameuses. On peut citer entre autres la Flore du Capitole (fig. 190) dont Clarac donne la description suivante : « Ce chef-d'œuvre a été trouvé à Antium selon les uns, ou selon d'autres à la villa Tiburtine d'Hadrien. La tète lui appartient, mais a été cassée. Le bouquet, la main gauche et les quatre premiers doigts de la main droite sont modernes. Les draperies quoique finement travaillées et cà plis fort saillants, sont demeurées intactes. La déesse est représentée debout, le pied droit un peu avancé; elle porte des sandales; ses cheveux, peignés avec soin, sont ceints d'une couronne de roses. Par-dessus la tunique dont est vêtue cette Flore, est une
Fig. 180. — Flore (d'après une statue aiiti<iu«'j.
Fig. lî)(). — Flore (mu^ci' du Capitule h HouK")
NEPTUNE ET CÉUÈS. -Ml
seconde tunique qui n'est pas retenue par une ceinture. La couronne de roses que porte cette divinité lui a fait imposer le nom de Flore; mais cette couronne ne constitue pas nn attribut exclusivement propre à cette déesse; on la donne encore au\ Muses, aux Grâces, aux Heures. De plus, le bouquet, n'étant pas antique, ne prouve rien à cet égard. L'ignorance où l'on est de figures certaines de Flore, laisse beaucoup d'incertitude dans l'attribution des statues à cette divinité. »
Nous donnons figure 188 une autre statue antique de Flore, dont le type se trouve dans plusieurs musées, mais dont nous ne saurions garantir l'attribution, la couronne étant moderne ainsi que le bouquet.
Dans l'art moderne, Rubens a fréquemment représenté cette divinité et le Poussin a fait sur le triomphe de Flore un admirable tableau (jui est au Louvre. La déesse, assise sur un char richement orné, est traînée par deux zéphirs et est accompagnée d'un nombreux cortège de nymphes, de jeunes gens, d'amours portant des fleurs, les uns dans leurs mains, les autres dans des corbeilles. Des femmes et des enfants précèdent le char en chantant et en dansant.
Flore a raconté elle-même son histoire et ses fonctions : «Autrefois, dit-elle, j'étais Chloris, maintenant on m'appelle Flore. C'est ainsi que mon nom, tiré du grec, a été corrompu dans l'idiome latin ; j'étais Chloris, nymphe de ces champs fortunés, oii autrefois les hommes coulèrent des jours délicieux. Quant à mes traits, il en coûterait à ma modestie de les peindre, mais ils valurent à ma mère un dieu pour gendre. C'était un jour de printemps; j'errais seule, Zéphire me voit ; je me retire, il me suit et bientôt me donne le nom d'épouse. Au milieu des champs dont me dota mon époux est un jardin fécond ; un souffle pur le caresse, des eaux limpides l'arrosent. Mon époux le sema des plus belles fleurs et me dit : Déesse, règne à jamais sur ces fleurs. C'est moi qui préside à leurs nuances diverses, car autrefois le vaste univers ne présentait qu'une teinte uniforme. » (Ovide.)
Sylvain. — Originairement Sylvain était simplement le dieu des forêts, qui préside à la végétation des arbres, mais plus tard il a eu aussi dans son domaine les arbres fruitiers, les troupeaux, et est devenu une divinité complètement pastorale. Les charpentiers, les menuisiers, et en général tous les ouvriers qui travaillaient le bois, formaient à Rome une corporation puissante, jdacée sous la protection de Sylvain, le dieu des forêts, et nommée pour cette raison le grand collège de Sylvain. Ce dieu est habituellement représenté avec une serpe à la main, quelquefois aussi avec une branche d'arbre ; ses temples sont toujours placés dans les bois. Plusieurs fois par an les ouvriers se réunissaient au temple de leur patron pour y faire des sacrifices, et chaque année il y avait une procession solennelle. Une section importante de la corporation, les
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dctidrophores, portant à la main' des ramoanxtlo pins ou de cyprès, escortaient les images des dieux ou des empereurs, dont ils étaient dépositaires. A Athènes les mêmes personnages figuraient à la grande procession des Panathénées, où ils étaient (lésig:nés sous le nom de Thallophores.
Fig. 191. — Sylvain d'après un bas-relief antique
Vertumne et Pomone. — Vertumne, divinité étrusque, inconnue des Grecs, mais adojitée parles Romains, est un dieu champêtre qui préside à la maturité des fruits et surtout des légumes. Il avait en Italie un rôle assez analogue à celui que les Grecs donnent à Bacchus^ avec lequel son culte a fini par se fondre tout à fait quand les idées grecques ont commencé à prévaloir. Ses statues sont rares et n'ont pas le caractère efféminé que lart donne à celles de Bacchus. Vertumne avait la propriété de changer de forme, et c'est à ses métamor|thoses qu'il a dû de devenir l'époux de Pomone, déesse latine des fruits, qui avait repoussé avec fierté toutes les demandes des autres dieux latins.
« Parmi les hamadryades du Latium, dit Ovide, aucune ne fut plus habile dans la culture des jardins, aucune ne connut mieux celle des vergers : c'est môme de là qu'elle tire son nom. Elle n'aimait ni les bois ni les fleuves ; les champs et les arbres fruitiers avaient seuls des charmes |»our elle. Sa main, au lieu du javelot, portait une serpe. Tantôt elle retranchait le lu\e des rameaux ([ui s'étendaient trop loin, tantôt elle grefl'ait une branche sous l'écorce entr'ouverte, et fournissait d'heureux sucs à ce rejeton étranger. Ces soins l'absorbaient tout entière et la rendaient insensible aux douceurs de l'amour. Pour se soustraire à la violence des habitants des campagnes, elle fermait l'entrée de son jardin
LES FLEURS ET LES FRUITS
et lii\ait la présence des hommes. Oiie de \aines tentatives ne firent pas, pour obtenir ses faveurs, les satyres amis de La danse, les Pans couronnés de pins ! Vertumne, qui brûlait d'un amour plus grand encore, n'eut pas plus de succès. Combien de fois, sous un costume rustique, neporta-
Fig. 19?. — Vertumne 'd'après une statue antique).
t-il pas une corbeille d'épis, comme un véritable moissonneur I SouNent sa tête était couronnée d'un vert gazon qui semblait fraîchement coupé ; souvent en le voyant armé de l'aiguillon, on eût juré qu'il venait de dételer ses bœufs. Tenait-il la serpe, on le prenait pour un émondeur. Une échelle surl'épaule, on aurait dit qu'il allait cueillir des fruits. Avec l'épée, c'était un soldat, avec la ligne, c'était un pécheur. A la faveur de mille déguisements, il s'ouvrit enfin un accès auprès de Pomone et put jouir du bonheur de contem[iler sa beauté. Un jour, le front ceint d'un bonnet bariolé, un bâton à la main, les tempes garnies de cheveux blancs, il se travestit en vieille et entra dans les riants vergers de Pomone. En admirant ces fruits, il s'écria : « Quel art merveilleux ! » Aux éloges succédèrent quelques baisers, mais bien différents de ceux (ju'eût donnés une vieille. Il s'assit sur im tertre et regarda avec surprise les branches pliant sous les trésors de l'automne. Vis-à-vis d'eux, un
ormeau étalait au loin ses rameaux cliar^^és de raisins déjà murs. 11 loua son union avec la vigne. « Si cet arbre, dit-il, toujours [uive de sa compagne, lût resté séparé du sarment, on ne le rechercherait que pour son feuillage. Si cette vigne, qui embrasse l'ormeau, ne lui était pas unie, elle ramperait à terre. Cependant son exemple ne te louche pas, lu crains de contracter un doux lien !... » En disant ces mots, le dieu
Fig. 193. — Pomoiie icVaprès une statue antique .
re|>rend les grikes du jeune âge, et il apparaît à la nymphe dans tout l'éclat du soleil, lorsqu'il sortvainqueur du sein des nuages et resplendit sans obstacle. Sa beauté a charmé Pomone qui ressent à son tour les blessures qu'elle a faites. "
Les statues antiques de Pomone sont encore plus rares que celles de Vertumne ; mais les sculpteurs français du dix-septième siècle ont souvent associé ces deux divinités dans des groupes qui décorent les jardins.
Priape. — Priape est une divinité grecque, bien qu'elle ait été aussi lobjet d'un culte pour les Romains. Il est d'ailleurs assez secondaire dans la Fable, et son rôle consistait à garder les légumes dans les jardins et à les faire prospérer. Les écrivains français et les artistes du dix-huitième siècle ont prêté à ce dieu une im|)ortance qu'il n'a jamais eue dans lantiquité.