‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 29 sur 111 · LA LYRE D'APOLLON · texte numérisé non relu

LA LYRE D'APOLLON

MarsyasquG les monuments figurés nous montrent souvent donnant une leçon au jeune Olympus, son élève (fîg. 218), est une personnification de la musique phrygienne, et surtout de la flûte, par opposition à la Ivre dont on se servait en Europe. Dans une invasion que les Galates firent en Phrygie, Marsyas fit déborder les eaux des fleuves au son de sa flûte, et préserva le pays de la conquête.

Fig. 218. — Marsyas et Olympus.

Marsyas, fier de son talent sur la flûte, osa défier Apollon, et il fut convenu que le vaincu serait à la merci du vainqueur. Apollon chanta en même temps qu'il jouait de sa lyre, et les Muses, choisies pour arbitres du différend, lui décernèrent la victoire. Le pauvre Marsyas fut suspendu à un pin et impitoyablement écorché. Les satyres et les nymphes pleurèrent tant, que leurs larmes formèrent un fleuve qui porte son nom. Les flûtes du malheureux Phrygien tombèrent dans cette rivière, et furent emportées par le courant. Le mouvement des flots les amena sur le rivage de Sicyone. Un berger les recueillit, et les consacra dans un temple dédié à Apollon. Quant à la peau du vaincu, on en fit une outre qui fut placée dans la ville de Célène, patrie de Marsyas, et suspendue à une colonne. Quand on jouait de la flûte sur le mode phrygien, cette peau s'agitait en signe de satisfaction, tandis que quand on jouait de la lyre, elle demeurait dans une immobilité complète. Le jeune Phrygien qui, dans les représentations antiques du supplice de Marsyas, apparaît derrière Apollon et tient quelquefois sa flèche, paraît être Olympus, qui plus souventintercède pour son maître.

Marsyas est souvent représenté suspendu à un arbre : telle est la célèbre statue du Louvre, où le silène a les pieds posés sur une tête de

APOLLON ET DLVNE.

bouc (fig. 220). Dans lo Marsyas de La galerie Giiistiniani, Apollon tient la peau du silène, qui dans d'autres occasions est accrochée à La lyre du dieu de Delplies. Le supplice de Marsyas figure également sur un bas relief du musée Pio-Clémcntin et sur une multitude de pierres gravées. C'est quelquefois Apollon qui écorche lui-même sa victime, mais plus souvent il assiste au supplice qui est infligé au malheureux par des esclaves scythes. Une frès-belle statue anticpie du musée de Florence, connue sous le nom de Rémouleur, représente un Scythe aiguisant son

Fig. 319. — Apollon et Marsjas (d'après une pierre gravée antique, jaspe sanguin).

couteau. Il y avait en effet à Athènes une compagnie de Scythes chargés de faire les exécutions, et c'est ce qui explique cette tradition.

La lutte entre Marsyas et Apollon figure dans les monuments antiques aussi souvent que le supplice. Sur des vases on voit Apollon jouant devant les Dieux assemblés, tandis que Marsyas et son élève Olympus l'écoutent avec attention ; sur d'autres c'est au contraire Marsyas qui Joue devant Apollon couronné de lauriers et Bacchus assiste à la scène. Enfin plusieurs médailles, notamment celles d'Apamée, en Phrygie, montrent Marsyas jouant de la flûte. Un tableau de Zeuxis, représentant le supplice de Marsyas, avait dans l'antiquité une très-grande célébrité. Après la conquête romaine, il fut enlevé aux Grecs et vint k Rome décorer le temple de la Concorde. Rubens, le Guerchin, le Guide et autres maîtres ont peint le supplice de Marsyas.

La rivalité de LOrient et de l'Occident reparaît sous mille formes dans la Fable, mais plus particulièrement sous le rapport musical. L'histoire de Marsyas nous la montre avec le caractère sauvage que les peuples primitifs prêtent toujours à la lutte. 11 ne semble pas que les

Fig. 220. — Marsyas (d'après une statue antique, musée du Louvre'

Page 1