LA LYRE D" APOLLON
écrivains de l'antiquité aient été bien vivement touchés par la cruauté du dieu de la musique, mais plusieurs ont émis des doutes sur la légitimité de sa victoire.
Voici comment .l'historien Diodore de Sicile raconte cette aventure: « Apollon et Marsyas, dit-il, disputèrent à qui ferait le plus de plaisir et d'effet, chacun sur son instrument ; ils curent pour juges les habitants de Mysa, Le dieu joua d'abord un air sur sa lyre. Ensuite Marsyas
Fig. 221. — Apollon et Marsyas, sur une médaille d'Antonin, avec les attributs du dieu (composition de G. de Saint- Aubin).
emboucha la double flûte, et les juges, enchantés de la douceur et de la nouveauté des sons qu'il en sut tirer, lui donnèrent la préférence. Apollon, ayant obtenu qu'on en vînt à une seconde épreuve, mêla les sons de sa voix à ceux de la lyre et emporta les suffrages. Alors Marsyas représenta qu'il s'agissait de juger de l'instrument et non de la voix, et que d'ailleurs il était injuste d'opposer un seul art à deux arts réunis. A cela le dieu répondit qu'il n'employait d'autres moyens que ceux dont Marsyas se servait lui-même, la bouche et les doigts : la raison fut trouvée bonne, et à la troisième épreuve Apollon fut de nouveau déclaré vainqueur. Indigné de l'audace de Marsyas, ce dieu l'écorcha tout vif. »
Les poètes comiques se sont emparés de Marsyas, pour en faire le type de l'ignorant présomi>tueux , et il devint un personnage burlesque. Ce mythe prit sous la domination romaine une importance tout autre : il fut alors considéré comme une allégorie de la justice é([uitable, mais inexorable. C'est ce qui e\plit{ue pourquoi cette fable
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est si fivqiiemmont représentée dans les monuments des arts. Les statues de Marsyas écorché figuraient sur les places publiques oii se rendaient les jugements, et dans toutes les colonies romaines, on le voyait près du tribunal.
Les oreilles du roi Midas. — Un concours analogue, mais suivi d'cdets plutôt ridicules (juc désastreux, eut lieu entre Apollon et le dieu Pan. Ce dieu, très-fier de son talent musical, poussa un jour la vanité jusqu'à porter un défi à Apollon, dont la lyre et la voix ne sauraient avoir de rivaux. Tous les assistants donnèrent la victoire au dieu de la lumière, à l'exception de Midas, roi de Phrygie, qui seul osa contredire ce jugement. Apollon TUi voulant pas que des oreilles si grossières conservassent plus longtemps la figure de celles des autres hommes, les lui allongea, les couvrit de poil, et les rendit mobiles ; en un mot, il lui donna des oreilles d'âne. Le reste de son corps ne fut point changé.
Midas, pour cacher cette difformité, la couvrait sous une tiare magnifique. Le barbier qui avait soin de ses cheveux s'en était aperçu, mais il n'avait osé en parler à personne. Incommodé de ce secret, il va dans un lieu écarté, fait un trou dans la terre, s'en approche le plus près qu il lui est possible, et dit d'une voix basse que son maître avait des oreilles d'âne ; ensuite, il rebouche le trou, croyant y avoir enfermé son secret, et se retire. Mais des roseaux ayant poussé à cette place trahirent son secret, car chaque fois qu'il y avait du vent, on les entendait répéter : Le roi Midas a des oreilles d'cmc, le roi Midas a des oreilles d'âne. Le Guide a fait un Jugement de Midas oii Apollon est représenté jouant du violon. Rubcns a peint le môme sujet dans un tal)leau du musée de Madrid.