‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 4 sur 111 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LA VOUTE CÉLESTE

Type claltributs de Jupiter. —Jupiter Tonnaut. — Jupiter Nicéphore. — Jupiter Aétophore. — Enlèvement de Ganymède. — Jupiter Hospitalier. — Philémon et ï^aucis. — Jupiter Olympien. — Jupiter Panhellénien. — Eaquc et les fourmis. — Jupiter Cretois. — t^nlévement d'Europe. — Jupiter Arcadien. — Lycaon. — Jupilci' l»odou('en. — Jupiter Capitoliu. — Jupiter Aunnoii.

Type et attributs de Jupiter. — Jii[titer (Zous), fils de Saturne (Cronos) et de Rhée, frère de Nejdune et de Phiton, époux de Junoii, roi des dieux et des hommes, représente, dans Tordre pliysique, l'air vital qui pénètre toutes choses, et^ dans l'ordre moral, il est le lien des sociétés humaines, le gardien des traités^ le protecteur des pauvres, des suppliants et de tous ceux qui n'ont que le ciel pour abri : « Vois-tu, dit un fragment d'Euripide, cette immensité sublime qui enveloppe la terre de toutes parts? C'est là Zeus, c'est le dieu suprême. » Ennius dit de même : « Regarde ces hauteurs lumineuses qu'on invoque j)artoiit sous le nom de Jupiter. » Yarron, qui cite ce passage, ajoute : « Voilà pour- ([uoi les toits de ses temples sont ouverts pour laisser voir le divin, c'est-à-dire le ciel; on dit môme (pi'il ne faut le prendre à témoin qu'à ciel découvert. »

Les temples de Jupiter, en elï'ef, étaient toujours découverts par le haut ; ce sont les dieux de la terre dont les temples ont des toits fermés. Jupiter étant physiquement la voiite céleste personnifiée, on pensait n'être pas vu de lui dans les lieux fermés. Aristojthane raille ces croyances populaires, lorsque, dans sa comédie des Oiseaux, il montre Prométhée, (jui, entrant dans luie conspiration contre le roi des dieux, invente uu procédé pour n'être })as vu: « Silence! dit-il, ne prononce pas mon nom ; je suis perdu si Jupiter me voit ici. Mais si tu veux que je te dise ce qui se passe là-haut, prends-moi ce parasol et tiens-le élevé sur ma tète, pour que les dieux ne me voient pas. »

Il était difficile à l'art de figurer sous la forme humaine ce caractère de voûte céleste que représente à proprement parler Jupiter. Cependant une pierre gravée antique nous montre le roi des cieux assis sur son trône, qui repose sur un voile enfié par le vent que tient Neptune place au-dessous de lui. Neptune personnifiant la mer, c'est comme si on disait: l'esprit de Dieu plane au-dessus des eaux. Le ciel ([ue Jupiter représente est ici caractérisé par les signes du Zodiaque placés autour de

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la composition, et Jupiter est en outre escorté par deux divinités, Mars et Mercure (fig-, 19).

Bien que, pris isolément, Jupiter représente plus spécialement la voûte céleste, il est, comme nous l'avons déjà dit, le dieu suprême dont les autres divinités représentent simplement les qualités personnifiées.

Fig. 19. — Jupiter considéré comme la voûte céleste. (Pierre'gravée antique, cornaline.)

Creuzer, pour montrer le caractère d'universalité de Jupiter, s'appuie sur un hymne orphique conservé par Stobée : (( Jupiter fut le premier et le dernier, Jupiter la tète et le milieu ; de lui sont provenues toutes choses. Jupiter fut homme et vierge immortelle. Jupiter est le fondement delà terre et des cieux; Jupiter le souffle qui anime tous les êtres; Jupiter l'essor du feu, la racine de la mer; Jupiter le soleil et la lune. Jupiter est roi, seul il a créé toutes choses. Il est une force, un dieu, grand principe de tout; un seul corps excellent, qui embrasse tous ces êtres, le feu, l'eau, la terre et l'éther, la nuit et le jour, et Métis, la créatrice première, et l'Amour plein de charmes. Tous ces êtres sont contenus dans le corps immense de Jupiter... »

L'art a donné à Jupiter la forme d'un homme barbu, dans la force de l'âge; ses attributs ordinaires sont l'aigle, le sceptre et le foudre. Considéré comme Dieu actif, Jupiter est debout, mais les sculj)teurs l'ont plus souvent représenté assis et se reposant dans le calme et la victoire (fig. 20). Il est généralement nu depuis la tête jusqua la ceinture; sa chevelure retombe comme une crinière des deux cotés du front, qui est clair et radieux dans sa partie supérieure, mais bombé dans sa partie

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inférieure. Il a les yeux enfoncés quoique très-ouverts, une barbe épaisse et touffue; sa poitrine est ample, mais il n'a pas les formes d'un athlète. Son attitude est toujours majestueuse et l'art ne l'a jamais représenté dans un mouvement violent. Jupiter a reçu plusieurs surnoms (pii

Fig. 20. — Jupiter (d'après une statue antique).

répondent à différents côtés de sa face divine, et sont caractérisés par des attributs spéciaux.

Jupiter tonnant. — Les anciens ne comprenaient pas qu'il put t^xister une force comparable à celle du tonnerre. Le foudre que Jupiter lient cà la main est donc l'image de la puissance soudaine et irrésistil)le. Tous ceux qui ont tenté de lutter contre lui, hommes ou dieux, ont été foudroyés. C'est ainsi ([lu' les monnaies le représentent monté sur un

Fii;. 21. — Jupiter foudrojaut (d'après une monnaie de la famille l'orcia'i.

char du haut duquel il frappe ceux ([ui osent lui résister. On le voit représenté de la sorte sur une monnaie de la famille Porcia, frappée en riîonneur d'une victoire remportée sur Antiochus par Scipion l'Asiatique (fig. 21). Mais parmi les monuments de ce genre, aucun n'est aussi célèbre que la belle pierre gravée du musée de Naples, où on le voit foudroyant les géants, et que nous avons reproduit (fig. 18).

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Le culte de Jupiter Tonnant était établi dans toute la Grèce. Auguste lui fit élever un temple à Rome. Le tonnerre était tombé la nuit sur sa litière et un esclave avait été tué sans que l'empereur en fût atteint. Ce fut en mémoire de cet événement qu'on bâtit au Capitole un temple de Jupiter Tonnant, dont il reste encore des vestiges et qui est figuré sur plusieurs médailles.

Virgile, dans les Géorgiques, décrit les terreurs qu'inspire la foudre de Jupiter quand elle gronde au milieu des tempêtes. « Souvent, dit-il, s'amassent au ciel des torrents de pluie, et, dans leurs flancs obscurs, les nuages amoncelés recèlent d'affreuses tempêtes. Le ciel se fond en eau et, sous un déluge de pluie, entraîne les riantes récoltes et le fruit

Fig. 23. — Jupitin- nu et imberbe (d'après une pierre gravée antique).

du travail des bœufs. Les fossés se remplissent, les fleuves s'enflent à grand Ijriiit. et dans les détroits, la mer s'agite et bouillonne. Jupiter lui-même, au sein de la nuit des nuages, lance la foudre d'une main étincelante. La terre s'en émeut et tremble jusqu'en ses fondements: les animaux fuient et l'effroi vient abattre les faibles cœurs des mortels. Le dieu, de ses traits enflammés, renverse l'Atbos, le Rhodope ou les monts Acrocérauniens; les vents redoublent, la pluie s'accroît, et le bruit de l'ouragan fait retentir b^s bois et les rivages.»

Quand Jiipiter est jeune, et qu'il se prépare à combattre les Titans, il apparaît quelquefois sous une forme différente de celle qu'on lui donne lorsqu il est roi des dieux. C'est ainsi qu'une belle pierre gravée antique nous le montre, contrairement à l'babitude, entièremenl nu et dépourvu

20 JUPITER ET JLXOX.

de barbe. 11 est accompajine de soiiaiple el se prépare à la gi-andc lutte (pii doit lui assurer reuijure du nioudc (lig. '2^2).

Jupiter Nicéplîore, ou portant la Victoire. — Psicé, la Victoire, apparaît quelquefois sur la main de Mars ou de Minerve, mais le plus souvent sur celle de Jujtiter, C'est un attribut qui ne peut être mieux i)lacé qu'en conijiaguie du roi des dieux. La Victoire n'a aucune légende spéciale dans la mythologie, mais elle apparaît fort souvent dans l'art. Placée sur des monnaies, elle semble avoir pour mission de perpétuer le souvenir d'un événement glorieux pour le pays. C'est ainsi ([ue, sur une médaille parthe, on voit une image de Jupiter Nicéphore, au revers d'un portrait du roi, dont l'armée avait vaincu Crassus.

Fig. :i'-i. — La Victoire sur un bigo (d'après une pierre gravée antique).

La Victoire est toujours caractérisée par des ailes, sans doute pour indiquer son caractère fugitif. Cependant les Athéniens avaient élevé un temple à la Victoire sans ailes, voulant montrer par là qu'elle s'était fixée chez eux. A Rome, il y avait au Capitole une célèbre statue de la Victoire qui fut enlevée plusieurs fois dans la lutte du christianisme et du paganisme et finit par disparaître définitivement en 382 par ordre de Gratien qui se rendit par là odieux aux Romains, et se vit abandonné de ses sujets dès qu'on apprit que Maxime s'était fait })roclamer empereur dans la Grande-Bretagne. Les païens étaient encore fort nombreux à Rome, et on comprend l'indignation qu'ils éprouvèrent en voyant enlever la Victoire, au moment même où les Barbares envahissaient l'empire de toutes parts.

La Victoire tient presque toujours en main une palme ou une couronne

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de lauriers ; on la voit souvent couronnant un héros ou se tenant en l'air au-dessus de lui. Quelquefois elle élève des trophées ou grave sur un houeher les exploits des guerriers. Les pierres gravées la montrent aussi conduisant un char (fig. 23).

L'art moderne n'a pas sensiblement modifié le type laissé par l'antiquité, et, sur plusieurs de nos monuments, on voit des Victoires, sous la forme déjeunes filles ailées, qui portent des couronnes ou des j)almes.

Jupiter Aétophore, ou portant l'aigle. — L'aigle est, suivant les Grecs, l'oiseau qui vole le plus haut dans les airs, et par conséquent

Fig. 24. — Aigle de Jupiter (d'après une monnaie des rois de Macédoine).

celui qui répond le mieux à la majesté divine. C'est en cette qualité qu'on le représente tantôt aux pieds de Jupiter, tantôt sur son sceptre. Quelquefois il fient dans ses serres puissantes la foudre du dieu : on le voit figurer sous cet aspect sur le revers d'une monnaie macédonienne (%.^ 24).

L'aigle de Jupiter a d'ailleurs joué un rôle important dans la mythologie. C'est lui qui apporte à Jupiter enfant le nectar dont les nymphes l'abreuvent dans l'île de Crète. Mais c'est surfout lui qui enlève le jeune berger Ganymède pour en faire l'échanson du roi des dieux. Ce bel adolescent était fils de Tros, roi de la Troade ; selon Homère, Jujtiter le fît enlever pour donner aux cieux un ornement dont la terre n'était pas digne. Une jolie statue antique nous montre le berger Ganymède entièrement nu et appuyé contre un arbre. Il est coiffé du bonnet phrygien et tient à la main son bâton de pasteur (tig. 26).

Ganymède conduisait ses troupeaux sur le promontoire dardanien. quand eut lieu cet enlèvement sur lequel d'ailleurs les poètes ne donnent aucun détail. Mais quand le rapt fut consommé, le roi de la Troade fut inconsolable de la perte de son fils : Jujiiter soulagea sa douleur en lui montrant qu'il avait déifié Ganymè(K^ et l'avait placé dans le ciel, où il devint effectivement le signe du Zodiaque, que nous appelons Verseau. En outre le roi des dieux fil présent à Tros d'un magnifique cep d'or et d'un attelage de chevaux qui couraient plus vite que le vent.

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L'enlèvement de Ganymède forme le sujet d'une belle statue antique du musée Pio-Clémentin : on la regarde comme la repétition d'un groupe sculpté par Leocharès et très-fameux dans l'antiquité (fîg. 25).

Cette statue de Léoeliarès est citée dans l'ouvrage de Pline et on croit que ce fat elle qui fut enlevée par Néron pour orner le temple de la Paix. On remarquera le soin que prend l'aigle pour ne blesser en aucune façon le jeune garçon qu'il est chargé d'enlever ; qucl([uefois Ganymcde est représenté assis sur le dos de l'aigle. Lucien au reste raconteen détail

Fig. 25. — Enlèvement de Ganymède (d'après une statue antique du musée Pio-Clémentin).

les circonstances de l'enlèvement, c'est ^lercure qui parle : «Je prêtais, dit-il, mon ministère à Jupiter, qui, s'étant déguisé en aigle, s'approcha de Ganymède et voltigea quelque temps derrière lui. Puis, appliquant doucement les serres à ses membres délicats et saisissant du bec son bonnet, il enleva ce beau jeune homme (jui. dans la surprise et le trouble où il était, tournait la tête et les yeux vers son ravisseur. » Une médaille de Géta, frappée dans la ville de Dardanus en Troade, et plusieurs pierres gravées, représentent ce fait d'une manière à peu près conforme au récit de Lucien. Dans une peinture antique du musée de JNaples, c'est un Amour qui amène l'aigle près de Ganymède assis au pied d'un

Fig. 2(j. — Gaiiyniùdc i^d'après une btaliuj aiitiiiiu

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arbre. Un grand nombre de pierres gravées représentent sous une forme variée la même k^gende qui était fort popuLiire.

Dans un tableau du musée de Madrid, Rubens a représenté l'enlèvement de Ganymède. Le Corrége en a fait un également, mais parmi les interprétations de ce sujet, aucune n'est plus célèbre que le tableau de Rembrandt du musée de Dresde. L'artiste a montré un enfant qu'un aigle tient par sa chemise, et que la peur fait pleurer, avec une exprès-

Fig. 27. — Enlèvement de Ganymède [tableau de Rembrandt, musée de Dresde].

sion d'une vérité indescriptible. Malgré sa terreur, l'enfant ne lâche pas la grappe de raisin que le peintre lui a mis dans la main pour montrer sans doute que Ganymède était destiné à servir d'échanson (fig. 27). Mais s'il avait été tel que l'a peint Rembrandt, il est prol)able que Ju]Mter. qui ne se piquait pas de réalisme, l'aurait laissé bien tranquille sur la terre et aurait choisi un autre échanson.

Sur une pierre gravée du musée de Florence, on voit Vénus caressant Ganymède qu'elle informe sans doute des fonctions qu'il aura à rem-

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plir : un vase placé au pied du bel adolescent en indique la nature. Au lieu du honiu^t phivfrion, Ganymède porte celte fois le casque des chasseurs, et Jupiter, (pii veut le contempler à son aise sans être aperçu de lui, est presque entirrenienf caché par Taigle aux ailes déployées.

Nous ne connaissons pas de uioiuinients célèbres rej)résentant Ganymède remplissant auprès du roi des dieux, ses fonctiojis d'échanson.

Fif;;. 28. — Ganymède tenant la coupe (d'après une statue antique du musée Pio-Clémentin}.

Mais une jolie statue du musée Pio-Clémentin le montre tenant dans sa main une coupe d'ambroisie qu'il va juésenter à l'aigle de Jupiter, j)lacé près de lui (fig. 28).

Jupiter hospitalier. — Jupiter est le protecteur des hùtes, et il parcourt sans cesse la terre pour savoir comment les hommes pratiquent l'hospitalité. Il était un jour en Phrygie, accompagné de son fidèle Mercure, qui avait eu soin de quitter ses ailes pour n'être pas reconnu. Après avoir été dans un grand nombre de maisons pour demander l'hospitalité, qui leur tut refusée partout, ils arrivèrent à une petite cabane couverte de chaume et de roseaux, oii ils lurent reçus avec cordialité par Philémon et Baucis. Ces deux époux étaient du nuMue âge, ils s'étaient mariés fort jeunes, et avaient vieilli dans cette chaumière. Pauvres et sans bien, ils avaient su par leur vertu diminuer les rigueurs de. l'indigence. Seuls dans cette cabane, ils n'avaient qu'euxmêmes pour domestiques et composaient seuls toute leur famille.

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Lorsque Jupiter et Mercure furent entrés en se baissant, parce que la porte était très-basse, Phibîmon leur présenta des sièges en les priant de se reposer, et Baucis y mil un peu de chaume pour les faire asseoir plus à leur aise. Ensuite elle se mit en devoir de faire du feu en ranimant quelques élincelles qui étaient sous la cendre : pour Tentretenir et faire bouillir la marmite, elle ramassa des copeaux et arracha quelques branches qui soutenaient la cabane. Pendant qu'elle épluchait les herbes que son mari avait été cueillir dans le jardin, Philémon prit du vieux lard qui était pendu au plancher et, en ayant coupé un morceau, il le mit dans le pot. En attendant que le dîner fut prêt, il entretint ses hôtes pour les empêcher de s'ennuyer.

Dans un coin de la chambre était suspendu un vase de hêtre que Philémon remplit d'eau chaude pour leur laver les pieds. Au milieu de la chambre était un lit de bois de saule dont quelques feuilles d'arbre faisaient toute la garniture; pour le décorer, ils étendirent dessus un tapis dont ils ne se servaient que dans les grandes fêtes, et ce tapis, digne ornement d'un tel lit, était un vieil habit fort usé : ce fut la quils firent placer pour dîner Jupiter et Mercure (fîg. 29).

Cependant Baucis préparait le couvert : comme la table avait un pied plus court que les autres, elle y remédia en mettant une brique dessous. Après l'avoir bien essuyée, elle y plaça des olives, de la chicorée, des raves et du fromage blanc ; un rayon de miel formait le plat du milieu. Le repas était frugal, mais il avait bonne mine et il était donne de bon cœur. Cependant ces braves gens craignirent que le dîner ne fût pas suffisant; ils avaient pour tout bien une oie qui gardait la cabane. Ils voulurent le prendre pour le tuer et se mirent l'un et l'autre à courir, d'un pas chancelant, après le pauvre animal qui, voulant leur échapper, les mit tout hors d'haleine et finit par se réfugier entre les jambes de Jupiter qui les pria de ne pas le tuer : car l'oie était devenue son hôte.

Cependant les deux époux s'aperçurent que la coupe se remplissait d'elle-même à mesure qu'elle se vidait et que le vin augmentait au lieu de diminuer. Saisis d'étonnement à la vue de ce prodige, ils levèrent l'un et l'autre leurs mains tremblantes vers le ciel, en demandant pardon à leurs hôtes de leur avoir donné un repas si pauvre et si mal apprêté. Jupiter alors se fit connaître et leur dit de le suivre sur la montagne voisine, ce qu'ils firent à grand peine, à l'aide de leur bâton. Le roi des dieux leur demanda ensuite ce qu'ils désiraient, et leur promit de les exaucer. Après s'être consultés, les deux époux demandèrent à ne pas se survivre l'un à l'autre.

Quand ils furent arrivés sur la montagne, Philémon et Baucis se retournèrent et virent que tout le pays était couvert d'eau, à l'exception de leur cabane. Et comme ils s'étonnaient que dans ce désastre leur

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demeure fût seule épargnée, ils virent qu'elle prenait un aspect dilîérent. Des colonnes inaLrnifKjnes s'élevaient à la place des fourches de bois qui la soutenaient auparavant, le chaume (jui la couvrait s'était converti en or; la terre cpii lui servait de plancher était pavée de marbre, la porte ornée de sculptures et de bas-reliefs ; l'humltle luaison s'était transformé(^ en un tem|>le éblouissant. Jupiter institua les deux époiix prêtres du nouveau temple; ils vécurent unis dans la prospérité, comme ils l'avaient été dans l'indigence, et arrivèrent exempts d'intirmités à la plus extrême vieillesse. Quand vint l'heure marquée par la destinée, Philémon et Baucis étaient assis devant les marches du temple : Baucis s'aperçut tout à coup que le corps de Philémon se couvrait de feuilles et celui-ci remarqua de son côté que la même chose arrivait à sa femme. Voyant ensuite l'un et l'autre que l'écorce commençait à gagner jusqu'à la tête, ils se parlèrent ainsi : «Adieu, ma chère épouse,» lui dit tendrement Philémon; « Adieu, mon cher mari », lui répliqua Baucis. A peine avaient-ils prononcé ce peu de paroles, que leur bouche se ferma pour jamais. Les deux arbres placés l'un à côté de l'autre ombragèrent l'entrée du temple, et la piété des peuples couvrit leurs rameaux de bouquets et de guirlandes. (Ovide.)

Jupiter Olympien. — C'est près du temple d'Olympie, en Elide,

Fig. 30. — Jupiter (d'après une médaillo anticiue}.

que les Grecs se réunissaient pour célébrer les jeux Olympiques institués par Hercule, le plus grand des héros, en l'honneur de Jupiter, son père, le plus puissant des dieux. Une médaille antique (de Prusias)nous montre Jupiter tenant la couronne destinée aux vainqueurs (fig. 30). Jupiter Olympien était considéré comme dieu national hejléniquc. Le temple d'Olympie renfermait la fameuse statue de Phidias ([ui passait pour le chef-d'œuvre de la statuaire dans l'antiquité. Elle était en ivoire et en or. Ouoique assise, la statue s'élevait jusqu'au plafond : de la main droite le dieu tenait une Victoire et de la gauche un sceptre enrichi de métaux précieux et surmonté d'un aigle. Le trône était orné de basreliefs. Cette statue n'existe plus, mais on croit en avoir des imitations,

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sur une médaille des Séleucides. Un très-beau camée du musée de Florence^ connu sous le nom de Jupiter Olympien, montre le dieu tenant

Fig. 31. — Jupiter Olympien ^d'après un camée antique du musée de Florence;.

le foudre avec un aigle à ses pieds (fîg. 31). Parmi les bustes de Jupiter, le plus fameux est celui qui est connu sous le nom de masque d'Otricoli.

Jupiter Panhellénien, ou adoré de tous les Grecs. — Le

culte de Jupiter Panbellénien remonte à une fable relative à Tîle d'Égine. La nymphe OEgine était fille du fleuve Asope. Elle fut aimée de Jupiter, qui la visita sous la forme d'une flamme. Son père, courroucé du rapt de sa fille, la chercha partout : étant arrivé ta Corinthe. il apprit de Sisyphe le nom du ravisseur et se mit à sa poursuite. Jupiter le frappa de sa foudre, et transporta la nymphe dans Tîle qui depuis porta son nom.

De leur union naquit Éaque, qui, avant d'être juge aux enfers, régna

32 JUPITER Eï JUNON.

sur l'île d'Egino. Mais Junon, ne pouvant souflVir qu'une île portât le nom de sa rivale, résolut de se venger en dépeuplant l'île. Des nuages sombres et obscurs couvrirent l'air, on sentit une ebaleur étoulVante. les lacs et les fontaines furent infectés. Le mal attaqua d'abord les chiens, les brebis, les bœufs, les oiseaux et tous les animaux. Le laboureur consterné vif expirer à ses yeux, au milieu des sillons, les taureaux (pii laboiiraiiMit. Les brebis, dépouillées de leur toison, maigres et décharnées, remplissaient la campagne de cris lugubres et languissants. Li' coursier vigoureux, dédaignant les combats et les victoires, languissait sur la litière. Le sanglier avait oublié sa férocité natiu-elle; la biche n'avait plus cette légèreté qui lui est ordinaire ; l'ours n'osait plus attaquer les troupeaux ; tout languissait ; les forêts, les campagnes et les grands chemins étaient jonchés de cadavres qui infectaient l'air de leur puanteur ; les loups même n'osaient plus y toucher, et ils pourrissaient sur la terre portant partout la contagion.

Des animaux, le mal se répandit dans les villages, parmi les gens de la campagne et de là elle pénétra dans les villes. On sentit d'abord ses entrailles brûler d'un feu dont les rougeurs, qui paraissaient sur le visage, marquaient l'ardeur. On ne respirait qu'avec peine et la langue sèche et enflée obligeait de tenii' la bouche ouverte. Sur de mourir dès qu'on était attaqué, on négligeait les remèdes, et on faisait tout ce que l'ardeur du mal faisait désirer. Chacun courait aux puits, aux fontaines, aux rivières, pour étancher la soif dont il était dévoré ; mais on ne l'étanchait qu'en mourant, et la langueur empêchait ceux qui s'étaient désaltérés de se relever et de se retirer de l'eau où ils expiraient. De quelque côté qu'on jetât les yeux, on apercevait des monceaux de morts; vainement on voulait oiîrir des sacrifices, les taureaux qu'on menait aux autels pour y être inmiolés, tombaient morts avant d'être frappés. On ne voyait point couler de larmes pour la mort des ]>ersonnes les plus chères ; les âmes des enfants et des mères, des jeunes et des vieux, descendaient sans être pleurées sur les rives infernales. On manquait de place pour les sépultures et de bois pour les bûchers.

(Ovide.)

11 y avait dans l'île d'Egine un vieux chêne consacré à Jupiter : le gland qui l'avait produit venait de la forêt de Dodone. Éaque alla sous cet arbre sacre invoquer Jupiter, et, tandis ([u'il priait, il regardait une multitude de fourmis qui montaient oi descendaient sur son écorce ; voyant leur nombre incalculable, il pleurait en songeant à son royaume dépeuplé. Quand il eut terminé son invocation, le roi Eaque s'endoimit à l'ombre du chên(; sacré. Le dieu cependant avait entendu sa prière : les fourmis transformées en hommes s'approchèi'ent de lui et vinrent lui rendre les hommages dus à son rang. Éaque rendit grâces au roi des dieux : puis, il distribua ces nouveaux habitants dans la

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ville et la campagne. Pour conserver le souvenir de leur origine, il les appela Myrmidons. Ils gardèrent les mêmes inclinations que les fourmis : ménagers, laborieux, ardents pour amasser du bien, ils mettaient le plus grand soin à conserver ce qu'ils avaient acquis. (Ovide.)

Les descendants des Myrmidons furent les soldats d'Achille, car Eaque est père de Pelée, père d'Achille. Cependant les Myrmidons d'Achille n'habitaient pas l'île d'Egine ; mais ces confusions, si fréquentes dans l'âge héroïque, peuvent venir de migrations et de colonies, gardant les mêmes traditions, dans des contrées dilïérentes. D'ailleurs la légende d'Eaque présente des variantes : ce serait à la suite de ses prières qu'une épouvantable famine suivie d'une peste aurait cessé non-seulement dans l'île d'Egine, mais même dans la Grèce entière. Ce fut après cet événement qu'il fonda un temple et des cérémonies auxquelles tous les Grecs devaient assister. Jupiter reçut à cette occasion

surnom de Panhellénien (adoré de tous les Grecs).

Jupiter Panhellénien avait dans l'île d'Egine un temple très-connu, oij on célébrait des fêtes en son souvenir. Adrien lui éleva aussi un temple à Athènes.

Jupiter Cretois. — L'île de Crète passait dans l'antiquité pour le lieu de naissance de Jupiter et une foule de traditions locales se rattachaient à sa première enfance. C'est dans les grottes du mont Dicté ([u'il avait été caché par Rhéa, protégé par les Curetés et élevé parles

Fig. 32. — Europe sur le taureau (pieiTC gravée antique).

nymphes. C'est là qu'il avait tété le lait de la chèvre Amalthéc et mange le miel que lui apportaient les abeilles. C'est pour les récompenser que Jupiter avait donné aux abeilles le privilège de braver le vent et la tempête, et qu'il avait teint leurs corps délicats d'une belle couleur d'or.

JUPITER ET JUNON

Oiih'o cela, les Cretois avaient eu pour roi et pour léj^islaloiir Miiios, fils de Jupiter ci d'Europe. L'enlèvement d'Europe par Jupiter est une des fables que les artistes de l'antiquité, et notamment les graveurs on pierres fines, ont le plus souvent représentées.

Un puissant roi de Tyr, Afrénor, avait une fille, nommée EurojR', dont la beauté était célèbre par toute la terre. Jupiter, qui du liant du ciel voit tous les mortels, inénie ceux qui habitent l'Asie, devint épris de cette jeune fille et usa d'un stratagème pour l'altirei' à lui :

l'"ig. 33. — Enlèvement d'Europe (d'après une pierre gravée antique).

il abandonne son sceptre et toute la grandeur qui l'enNironne jiour prendre la figure d'un taureau, et, se mêlant à un lrou|)eau qui paissait au boi-d de la mer, dans le royaume d'Agéuor, il marche en mugissant à travers les pâturages. Il ne différait des autres bœufs que i)ar sa blancheur de neige ; son col était musculeux, son fanon pendait avec grâce ; SCS cornes, petites et polies, avaient l'éclat des perles, et on aurait cru qu'un habile ouvrier avait pris soin de les façonner. Son front n'avait rien de menaçant, ses yeux rien de farouche; il était doux et caressant. La fille d'Agéuor admirait sa beauté et sa douceur; cependant elle n'osait pas d'abord s'en approcher; elle s'enhardit enfin et lui présenta des fleurs que le dieu mangea en se jouant, allant, revenant, bondissant autour de la jeune fille et se couchant ensuite sur le sable. Europe, rassurée, le caresse avec la main, pare ses cornes de guirlandes de fleurs, et s'assied sur lui (mi riant (fig. 32). Ses compagnes se disposaient à l'imiter, mais le taureau s'élance et l'emporte vers la mer. Europe, se tournant vers ses chères compagnes, les appelle et leur tend les bras. Lui, il se précipite dans la mer, s'éloigne avec la rapidité d'un dauphin

LA VOUTE CÉLESTE. 33

et marche d'un pied sec sur les vastes flots. A son approche, la mer devient calme, et, tout autour, lesb aleines bondissent devant le maître des dieux. Le dauphin, joyeux, plonge dans les profondeurs des vagues ; toutes les néréides sortent de leurs grottes, et, assises sur le dos des monstres marins, elles défilent en ordre. Neptune lui-même, si bruyant sur les mers, aplanit les flots et guide son frère dans sa course. Autour de lui se rassemblent les Tritons, habitants des vastes abîmes, qui, avec leurs conques recourhées, font au loin retentir le chant nuptial.

Europe, assise sur le divin taureau, se tient d'une main à l'une de ses cornes majestueuses, de l'autre abaisse les plis ondoyants de sa robe de pourpre, en sorte que l'extrémité en est mouillée par l'onde blanchissante. Son large voile, enflé par les vents, se gonfle sur ses épaules comme une voile de navire et soulève doucement la jeune vierge. Elle était éloignée déjà des bords de la patrie; les rivages battus par les flots, les hautes montagnes eurent bientôt entièrement disparu ; elle ne découvrait en baut que l'immensité des cieux, en bas que l'immensité des mers; promenant alors ses regards à l'entour, elle laisse échapper ces mots : « Oii me portes-tu, divin taureau? Oui es-tu? Comment peux-tu fendre les flots avec tes pieds pesants et ne pas craindre les mers? Les navires voguent légèrement sur les eaux, mais les taureaux craignent de s'exposer sur la plaine liquide. Les dauphins ne marchent pas sur la terre, ni les taureaux sur les ondes : toi, tu cours également sur la terre et sur les flots-... Hélas ! Infortunée que je suis ! J'ai abandonné le palais de mon père, j'ai suivi ce taureau, et, par une étrange na\igation, j'erre seule sur les ondes. Mais, ô Neptune ! toi qui règnes sur les flots blanchissants, deviens-moi favorable; j'espère connaître enfin celui qui dirige ma course, car ce n'est pas sans le secours d'une divinité que je traverse ainsi ces routes humides. »

Elle dit, et le taureau majestueux lui répond en ces termes : «. Courage, jeune vierge, ne redoute pas les flots de la mer. Je suis Jupiter lui-même, bien que je semble être un taureau; car je puis prendre toutes les formes que je veux. L'île de Crète va bientôt l'accueillir, elle qui éleva mon enfance; nous y célébrerons ton hyménée. Tu auras des fils fameux qui tous régneront sur les peuples. » Il achève et tout se fait ainsi qu'il a dit. L'île de Crète apparaît déjà et Jupiter a repris sa forme première.

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