IL'IUTKU KT JLNO.N
('•^alcinciif iK's ilii Ciel, apparaissent un monionf. |>iiis disparaissent sans (piOn saelie oii ils sont passés. C'est que le CirI, (piand il lui naît des en la II Is de cette espèce, les replonj^e aussitôt dans le sein de la Terre, leur mère. Celle-ci, ponrtant. irritée de ce procédé, cn^ag-ea les Titans a se iH^olter contre leur père : l(> Temps (Cronos) se mita lenr tête, et, arme d"iine sorte de laueille appidée liarpè, que lui a\ait remise sa mère, il lilessa ,tzrie\ement son père et le réduisit à rimpuissanee. Le san^ ([ui, de la plaie céleste, tomba sur la terre, en lit sortir les Furies ; celui qui tomba sur la hum- fit naître Apbrodite (ou Vénus), personnification (k V Attrait.
Ces antiques légendes. Tort oubliées dans la grande épo([ue lielléniqiie, sont très-vagnemenl indicjnées dans les poètes et n'apparaissent jamais dans l'art sous leur forme primitive et archaïque.
L'atlas de Guigniaut, ([ui sert de commentaire au grand ouvrage de
l'iii'. 8. — Ourar.os (le ciel), d'après une lanii)e antique).
Creuzer, donne comme une représentation d'Ouranos une ligure de Aieillard enveloppé d'un ample manteau et placé dans le firmament entre le soleil et la lune. Ce document est tiré d'une lampe antique, mais il s'éloigne beaucoup des habitudes des artistes anciens pour la re- [irésentation des divinités ; et c'est donc uniquement à titre de curiosité (pie nous le reproduisons (fig. 8).
Lne jolie pierre gravée antique nous montre le Temps, personnifié sous la l'orme d'un homme assis, et tenant en main la Jiarpè avec laquelle il a mutilé son père (fig. 9).
Onand le Temps eut chassé son père, celui-ci lui prédit ([u'il serait à son tour détrôné et chassé par ses fils. Le Temps nous apparaît bientôt comme l'époux de la Terre (Rhéa, plus tard identifiée avec Cybèle), et comme il détruit tout ce qu'il produit, les Grecs disaient qu'il dévorait
LENFANGE DES DIEUX. 3
ses enfants dès leur naissance. C'est ainsi qu'il fit disparaître successivement Vesta, Cérès, Junon, Pluton et Neptune. Cette table a fourni ])eu de sujets aux sculpteurs anciens, mais l'art moderne s'en est empare et a produit sur ce thème bizarre plusieurs ouvrages intéressants. Hubens, dans une composition sur Saturne décorant ses enfants (à Madrid), nous montre le dieu pourvu d'un appétit digne d'un carnassier
Fig. 9. — Le Temps tenant la liarpè (d'après une pierre gravée antique).
et l'ait preuve d'un entrain et d'une passion qui font honneur à la vive imagination du peintre flamand, mais qui sont peu en harmonie avec l'esprit calme de l'art antique. Goya * traduit le même mythe avec plus de violence encore. Le sculpteur anglais Flaxman a donné du même sujet un croquis, qui traduit très-bien le récit de la Fable, quoique fort éloigné du style employé dans les pierres gravées antiques (fig. 10). Quand le Temps a ainsi dévoré ses enfants, il les garde engloutis au fond de ses entrailles. Rhéa gémissait d'avoir mis au monde tant d'enfants, sans jamais être mère : elle imagina un stratagème pour les soustraire à la voracité de son mari. Lorsque Jupiter \'int au monde, elle servit h son père une pierre emmaillottée comme si c'eût été un enfant, et Saturne, qui avait la vue basse et l'estomac excellent, l'avala sans hésiter et ne s'aperçut aucunement de la substitution. « L'insensé !
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<lit Ilésiod(\ il ne prévoyait pas ([u'en di-vorant cette pierre, il sauvait son invincible fils qui, désormais à l'alui du péril, devait bientôt le dompter [»ar la force des mains, le dépouiller de sa puissance et commander au\ immortels. »
D'après certains écrivains, il paraîtrait (jue Neptune avait déjà été sauvé, par une ruse de sa mère Rhéa (jui lui a^ait substitué un poulain. Dans sa description de TArcadie, le grave Pausanias raconte ainsi l'aventure : « Les Arcadiens disent que Rhéa, ayant accouché de
Fig. 10. — Le Temps dévore ses enfants (d'après une composition de Flaxman).
Neptune, le cacha dans une bergerie pour être élevé par les bergers dont les moutons paissaient là auprès, et qu'alors cette bergerie fut appelée Arné, du mot grec Arnès, qui signifie des moutons. Rhéa fit accroire ensuite à son mari qu'elle avait accouché d'un poulain et le lui donna à dévorer; comme depuis, à la naissance de Jupiter, elle apporta une pierre qu'elle présenta à Saturne enveloppée de langes. Quand j'ai commencé mon livre, lorsque j'avais à raconter de ces sortes de fables inventées par les Grecs, je les trouvais ridicules et pitoyables ; mais à présent j'en juge autrement. Je crois que les sages de la Grèce nous ont caché d'importantes vérités sous des énigmes, et ce que l'on dit de Saturne est de cette nature. Quoi qu'il en soit, pour ce qui regarde les dieux, il faut s'en tenir à ce qui est établi, et en parler comme le commun des hommes en parle. »
La pierre que dévore Saturne signifie simplement que le temps détruit tout.
Cette fable fait le sujet d'un bas-relief antique (musée du Capitule) (fig. 1 1), où l'on voit le dieu recevant des mains de son épouse une pierre emmaillottée qu'il se dispose à avaler. On peut remarquer que les
sculpteurs anciens n'étaient nullement efîarouchés par la disproportion choquante qui existe entre la bouche et l'objet que le dieu veut ^ introduire. Pausanias cite une sculpture de Praxitèle sur le même sujet.
Enfance de Jupiter. — Rhéa, ayant réussi à soustraire Jupiter à la yoracité de son père en lui substituant une pierre, le cacha dans une grotte du mont Ida, où il fut élevé par les nymphes. Pour que Saturne
Fig. 11. — Artifice de Rhéa (d'après un bas-relief antique, musée du Capitule).
n'entende pas les cris de l'enfant, les Curetés frappent en dansant sur leurs boucliers et sur leurs casques. C'est là l'origine de la danse guerrière appelée Pyrrhique.
Pendant qu'on étourdissait ainsi le vieux Saturne, les nymphes du mont Ida nourrissaient l'enfant avec le miel des abeilles et le lait de la chèvre Amalthée, la plus belle des chèvres, l'honneur des troupeaux de la Crète. Mais celle-ci brisa une de ses cornes contre un arbre, une nymphe prit cette corne, l'entoura d'herbes fraîchement cueillies, et la présenta chargée de fruits aux lèvres de Jupiter, Lorsqu'il fut maître des cieux, et qu'assis sur le trône de son père, il ne vit rien dans l'univers au-dessus de son pouvoir invincible, il plaça parmi les constellations la chèvre sa nourrice ; la corne d'Amalthée devint la corne d'abondance et sa peau de vint l'égide.
Un bas-relief antique (musée du Capitole) nous montre Jupiter enfant, allaité par la chèvre Amalthée. Sa mère est assise près de lui et deux Curetés dansent en frappant de leurs épées leurs boucliers, pour empêcher les vagissements du jeune dieu d'être entendus de Saturne. Le même sujet est assez fréquemment tiguré sur les terres cuites, et le
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musée Campana peut nous en fournir des exemples. Quelquefois, on voit le petit Jupiter dans les l)ras de sa mère, qu'entourent les guerriers danseurs.
L'art moderne a souvent introduit dans cette scène des satyrc's et des faunes, compa^nions insé])aral)les des nymphes, qui prodiguent leurs soins à Ju}»iter. Dans un tableau de Jordaens, Jupiter est figuré sous les traits d'un gros enfant rose et joufflu, qui tient un biberon et (juun satyre anuise avec le tapage de sa musique, tandis qu'une nyni-
Fig. r2. — Jupiter et les Curetés (d'après un bas-relief antique).
phe aux formes exubérantes est occupée à traire la chèvre Amalthée. Le Poussin a traité le même sujet en lui donnant une couleur bien plus antique. Ici, c'est le satyre, qui, occupé à traire la chèvre, détourne la tète pour sourire à l'enfant qu'une nymphe fait boire. Une autre nymphe recueille le miel des ruches, autour desquelles bourdonnent les abeill(>s.
Guerre des Titans. — Les antiques prédictions devaient s'accomplir. Jupiter grandissait et ses membres prenaient de la vigueur. Trompé par les perfides conseils de la Terre, Saturne prit un breuvage qui l'obligea à rendre ceux de ses enfants qu'il avait avalés, et qui, une fois délivrés, prêtèrent naturellement leur appui à Jupiter. Les dieux, fils de Saturne, se postèrent sur le mont Olympe : les Titans occupèrent le mont Othrys, placé vis-à-vis. De ces positions ils conuuencèrent une guerre furieuse qui dura dix années entières, lutte sanglante où l'avantage flottait égal entre les deux paitis. Les Olympiens tirèrent leur principale force du concours que leur apportèrent les Cyclopes (Éclairs) et les Ilécatonchires [Tfmprtrs),i\\\{} Jujiiter avait retirés du gouffre où
ils avaient été plongés. En souvenir de ce bienfait, les Cyclopes, ouvriers divins, d'une taille gigantesque, et qui n'ont qu'un œil au milieu du front, remirent à Jupiter le tonnerre, qui était enfoui dans les flancs <!(> la terre. Ils donnèrent aussi à Neptune le trident qui devint son attribut et à Pluton un cas([ue qui le rendait invisible.
Les Hécatoncbires ne furent pas moins reconnaissants. Ils étaieni trois frères, Briarée, Cottus et Gygès. Ces guerriers formidables avaient chacun cent bras qui s'élançaient de leurs épaules, et cinquante tètes, attachées à leur dos, s'étageaient sur leurs membres robustes. Ils portaient dans leurs mains des rochers, et en lançaient jusqu'à trois cents à la fois sur les Titans, ce qui les a fait regarder comme des personnifications de la grêle et des vents. « Il semblait, à entendre et à voir tant de bruit et de lumière, que la terre et le ciel se confondaient, car c'était rénorme tumulte de la terre écrasée et du ciel se ruant sur elle ; tel était le fracas de la mêlée des dieux. Et en même temps, les vents s'ébranlaient et soulevaient la poussière, et le tonnerre et l'éclair, et la foudre ardente, armes du grand Zens, et portaient le bruit et les clameurs au milieu des combattants ; et dans le vacarme incessant de l'épouvantable mêlée, tous montraient la puissance de leurs bras. « (Hésiode.)
Les Titans vaincus furent plongés dans le Tartare, lieu obscur et affreux, que les dieux ont en horreur. Un mortel en tombant n'en atteindrait pas le fond dans une année ; à peinc^ aurait-il passé l'entrée qu'il serait emporté de côté et d'autre par un mouvement impétueux et des secousses violentes.
Saturne et Janus. — Le Cronos des Grecs, personnification du temps, a été, à l'éjHxjue romaine, identifié avec Saturne, divinité agricole des peuples latins. Dans la fable latine, Saturne, fils du Ciel et de la Terre, avait un frère nommé Titan, qui, devant succéder par droit d'aînesse, lui céda le pouvoir à condition qu'il f(>rait périr ses enfants mâles. Apprenant la supercherie de Rhéa, Titan tit la guerre à Saturne qu'il détrôna, mais il fut bientôt chassé lui-même pai' Jupiter qui s'empara du pouvoir. Saturne, obligé de laisser le trône à son (ils, s'enfuit en Italie, où il fut accueilli par Janus. Il vécut dans le Latiuni et y fit régner la prospérité et l'abondance : ce fut l'époque de l'âge d'or. Saturne a appris aux hommes l'agriculture et c'est pour cela qu'on le représente, non plus avec la harpe, mais avec la faux à moissonner.
Saturne était très-vénéré à Rome ; les fêtes connues sous le nom de; Saturnales avaient pour but de rappeler aux hommes l'âge heureux qui avait signalé le règne de Saturne. Pendant ces fêtes tout respirait le bonheur et la joie : les tribunaux étaient fermés, les écoles vaquaient, et chacun s'envoyait des présents. C'était surtout la fête des esclaves, qui ce jour-là étaient servis à table par leurs maîtres. Enfin il était d'ha-
« JUPITER ET JUNON
Mliido (le rondi'o à coito occasion la lilx'rtc à quelques prisonniers, qui consacraient alors leurs fers ;uix dieux.
Le culte d(> Satiu'ue à Home est lié intinienieiit à celui de Janus, divinité latine ([ui n'a jamais été admise parmi les Grecs. Organisateur et
Fig. i:S. — Oft'raiide à Saturno. considéré comme divinité agricole Cpierrc gravée antique, jaspe).
régulateur du monde, Janus représente la transition et le passage ; c'est pourquoi la porte ainsi qu'un des mois de Tannée (janvier) lui étaient consacrés. Janus veille à la prospérité des familles et défend Tentrée des maisons contre les esprits funestes ; on lui donne deux faces parce
Fig. 14. — Jaims, d'après une monnaie romaine.
qu'il connaît le passé et l'avenir. Son tem[de n'était ouvert que pendant la guerre, et se fermait en temps de paix, ce qui n'est arrivé que trois fois dans l'histoire romaine. Janus n'a pas de légende et ses images ne se voient que sur les anciennes monnaies.
Les âges de l'humanité. — L'humanité a ou plusieurs âo-cs auxquels on donne des noms de métaux. Pendant Vàgr d'or, la terre sans être déchirée par la charrue, produisait tout en abondance. Le printemps régnait pendant toute l'année; on voyait de toutes parts des
Fig. 15. — Liige d'or (d'après Flaxnian).
ruisseaux de lait et le miel coulait du tronc des arbres. Les maladies et la triste vieillesse étaient inconnues aux hommes qui mouraient comme on s'endort. Selon Hésiode, les hommes de cette race sont devenus de bons génies, qui circulent sur la terre, où ils sont gardiens des bonnes œuvres et distributeurs des bienfaits.
Dans Vâge d'argent qui vient ensuite, l'année, au lieu d'être un printemps perpétuel, fut divisée en quatre saisons, et la terre pour produire eut besoin d'être cultivée. Pendant Vâge d'airain les hommes devinrent plus farouches et commencèrent à se faire la guerre, sans toutefois aller jusqu'au crime. Enfin Vàge de fer marque la corruption universelle : « Il fallut alors partager cette terre, qui jusque-là avait été commune comme l'air et la lumière, et marquer par des bornes les lots attribués à chacun. Enfin les hommes allèrent fouiller jusque dans ses entrailles, pour en arracher les trésors qu'elle contenait. A peine en eut-on retiré le fer et l'or, que l'on vit naître la discorde, qui employa l'un et l'autre, et de tous côtés on n'entendit plus que le bruit des armes. » (Ovide.) Ce fut alors qu'Astrée quitta la terre pour n'y plus revenir.
Le déluge. — Jupiter résolut de punir ces hommes impies qui violaient leurs serments, ne pratiquaient pas l'hospitalité et repoussaient les suppliants ; Neptune fut chargé du châtiment. « Le dieu des mers frappe la terre d'un coup de son trident; elle en est ébranlée et l'eau sort en abondance de ses gouffres les pliis profonds. Les fleuves
10 JUPITER ET JINOX.
(ichordés inondiMil la lt'rr(\ ciili'aiiicnt les blt'S, los ai'bros, les ti'oii- |>oaii\, l(>s lioiiinios et iciivcisciit les t('iii[)l(*s et les maisons. S'il se, trouve (jiiehjiie palais ([iii résiste à rinipétuositc du toi-rent, l'eau le couvre entièrement et les touis elles-mêmes demeurent ensevelies sous les ondes. Déjà la terre et la mer étaient confondus, et n'avaient plus de rivages. L'un clierehe un asile sur une montagne, l'autre se jette dans une har(|ue. et i;une sur les lieux même qu'il venait de labourer. (Àdui-ei navigue au-dessus de ses moissons ou de son Aillage inondé, (lelui-là trouve un poisson au somment d'un arbre. Si par basard on veut jeter l'ancre, elle s'attacbe dans un pré, les vaisseaux voguent sur les vignes; les monstres de la mer reposent dans les lieux où les chèvres paissaient naguère; les Néréides sont étonnées de voir sous b's ondes, les bois, les villes et les maisons. Les dauphins habitent les forets et ébranlent les arbres avec leurs nageoires; les loups nagent pêle-mêle avec les brebis; l'onde entraîne les lions et les tigres; la force des sangliers ni la vitesse des cerfs ne peuvent les garantir du naufrage; les oiseaux fatigués, après avoir cherché inutilement la tern^ poui- s'y reposer, se laissent tomber dans l'eau; l'inondation avait déjà couvert les montagnes, el les lieux les plus élevés étaient sul)nu^rgés. » (Ovide.)-
Deucalion et Pyrrha. — Cependant il y avait parmi les mortels un honnne juste, Deucalion, et les dieux résolurent de l'épargner ainsi que sa femme Pyrrha. Ils étaient montés sur une nacelle, qui, lorsque le déluge fut terminé, s'arrêta sur le mont Parnasse. Neptune ayant ordonné aux Tritons de sonner de leur conque pour faire rentrer les Ilots dans la mer, la terre commença à se montrer peu à peu, et semblait s'élever à mesure (pie les eaux s'abaissaient. Lorsque Deucalion vit ([u'ellc était entièrenu^ît déserte, il se mit à pleurer, disant à Pyrrba : « 0 ma sœur! ô mon épouse! qui es seule restée de toutes les fenuues ; le sang et le mariage nous unirent autrefois; aujourd'luii, nos comnnuis malheurs doivent nous unir encore davantage. De quelque coté que le soleil jette ses regards, il ne voit que nous deux sur la terre ; le reste est enseveli sous les eaux ! » Résolus d'implorer le secours du ciel et de consulter ses oracles, ils se rendirent vers le temple de Thémis (la Justice), dont ils trouvèrent le toit couvert d'une mousse bourbeuse et puante et les autels sans feu. Ils se prostei'nèrent devant les degrés du temple, et demandèrent à la Déesse comment ils pourraient renouveler le genre humain. Une voix partie du sanctuaire repondit : " S(U'lez du temjde, voilez-vous le visage, détachez vos ceintures, et jetez dei'rière vous les os de votre grand'mère! » Après cett(^ réponse singulière de l'oiacle. Pyrrha, fondant en larmes, supplia la déesse de lui pardonner, si (die n'obéissait pas, mais elle ne pouvait se
L'ENFANCE DES DIEUX. Il
résoiidi'o a troubler les mânes de sa grand'mcre, en jetant ainsi ses os. Deiicalion pourtant expliqua à sa femme que leur grand'mère commune étant la terreuses os devaient être les cailloux. Alorsles deuxépoux se couvrirent la face, et se mirent à jeter dei-rière eux des pierres : celles-ci commencèrent à se ramollir et à jireiidre une forme humain(% si bien qu'au bout d'un peu de temps, les pierres qu'avait jetées Deucalion de>enaient des hommes et celles qu'avait jetées Pyrrha devenaient des femmes (Ovide).
Ainsi fut repeuplée la terre.
Les grands cataclysmes. — Les jours et les nuits se succèdent dans un ordre régulier, les saisons reviennent périodiquement, le soleil donne toujours la lumière et la chaleur, la terre produit des fleurs et des fruits, elle en a [)roduit, elle en produira encore : dans le langage moderne nous disons, les lois naturelles; les Grecs disaient les dieux. Les forces régulières et périodiques de la nature sont à leurs yeux des divinités, exerçant chacune une fonction* particulière et se personnilîant dans une forme déterminée qui répond au rôle qu'elles sont appelées à remplir dans le grand concert universel.
A côté des phénomènes prévus et périodiques, répondant à l'idée de lois, il y a des phénomènes irréguliers qui semblent contredire les premiers et vouloir cnti'er en lutte avec eux. La terre est solide et le sol sur lequel nous marchons est fixe : pourtant il survient des tremblements de terre, et l'homme primitif en conclut naturellement qu'à des époques indéterminées, des forces souterraines se mettent en révolte contre la loi divine, qui est la fixité du sol. Les orages, les xolcans, les cataclysmes violents qu'on ne peut ni prévoir ni éviter, sont à ses yeux des ennemis de la règle, des agents de destruction déchaînés contre les lois divines, toujours vaincus, mais toujours rebelles. Ces forces irrégulières et tumultueuses sont les géants, fils de la terre et implacables ennemis des dieux.
Typhaon. — La Terre, voulant venger les Titans, ses premiers enfants, s'unit au Tartare, et mit au monde l'effroyable Typhaon, le tremblement de terre personnifié. «Les vigoureuses mains de ce Géant travaillaient sans relâche et ses pieds étaient infatigables; sur ses épaules se dressaient les cent têtes d'un horrible dragon, et chacune dardait une langue noire; des yeux ouverts sur ses monstrueuses têtes jaillissait une flamme étincelante cà travers leurs sourcils; toutes, hideuses à voir, proféraient mille sons inexplicables et quehjuefois si aigus que les dieux mêmes ne pouvaient les entendre; c'était tantôt la mugissante voix d'un taureau sauvage et indompté, tantôt le rugissement d'un lion au cœur farouche ; souvent, ô prodige I les aboiements d'un
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chien ou les clameurs perçantes dont retentissaient les hautes montagnes. » (Hésiode.)
Typhaon hahilait une caverne qu'il remplissait (hMapeurs empoisonnées : sa tète atteignait les astres, ses mains touchaient au levant et au couchant. Vociférant sans cesse, il lançait conti-e le ciel des roches enflammées et des torrents de ilamme jaillissaient de .ses houches énormes. Quand ce monstrueux géant se mit à escalader FOlymjte, les dieux épouvantés prirent les formes de toutes sortes d'animaux et s'enfuirent en Kgypte. Suivant les Grecs, c'est sous cet aspect que les Egyptiens les ont connus, et cela explique la forme que l'art a donnée aux dieux dans ce pays.
Jupiter pourtant voulut combattre, et ce fut sur le mont Cassius en Syrie que la lutte s'engagea. Tant que le roi du ciel fut loin du monstre, enfant de la Terre^ il lui 'lançait sa foudre à coups redoublés, mais Typhaon parvint à l'atteindre et, l'ayant terrassé, il lui coupa, à l'aide d'une /larpê, iès muscles des pieds et des mains, et en fit un paquet qu'il mitdans une peau d'ours. Il prit ensuite le dieu amputé, et l'emporta avec la peau d'ours oii étaient ses muscles, jusque dans l'antre Corcyrien, en Cilicie ; il en confia la garde au dragon Deljihiné, ainsi que la foudre dont il était parvenu à s'emparer. A la voix du juonstre, tous les dragons accoururent , pour faire la guerre au maître des dieux , et la clarté du jour était obscurcie par l'ombre épaisse que formait leur horrible chevelure.
Jupiter, voulant ravoir sa foudre et ses muscles, proposa à Cadmus de se bâtir une cabane dans laquelle il attirera Typhaon par les sons harmonieux de sa flûte. « Chante, lui dit-il, Cadmus, tu rendras aux cieux leur première sérénité. Typhaon m'a ravi ma foudre ; il ne me reste plus que mon égide : mais de quel secours peut-elle être contre les feux puissants du tonnerre? Sois berger pour un jour et que ta flûte pastorale serve à rendre rem])ire au pasteur éternel du monde. Tes services ne seront pas sans récompense ; tu seras le réparateur de l'harmonie de l'univers et la belle Harmonie, fille de Mars et de Vénus, deviendra ton épouse. » (Nonnus.)
Cadmus en effet se déguise en berger, et, appuyé nonchalamment contre un chêne, il fait retentir les forets d'alentour des sons de sa flûte. Typhaon se laisse charmer ; il approche du lieu où il entend ces sons séducteurs, mais alors Cadmus feint d'avoir peur à cause de la foudre, que Typhaon, pourle rassurer, dépose dans une caverne. Jupiter fait descendre un nuage, afin de n'être pas vu, et reprend sa foudre et ses muscles pendant que Typhaon écoute les sons harmonieux de Cadmus, qui prend ici le rôle que d'autres mythologues ont attribué à Mercure.
Dès que Jupiter eut retrouvé ses jnuscles et repris sa foudre , il commença le combat, avec une nouvelle vigueur, et Typhaon, obligé
de fuir à son tour, recula jusqu'au mont Nysa. Comme il était affamé, il rencontra les Parques qui le trompèrent eu lui donnant à manger des fruits qui diminuèrent sa force. Typhaon, toujours fuyant, gagna le mont Hémus en Thrace, qui prit son nom du sang dont il fut couvert. Là, le monstre avait encore essayé de lutter, mais il fut obligé de gagner la Sicile et l'Italie. Enfin Jupiter, rassemblant toutes ses forces et armé de ses éclairs et de son tonnerre, réduisit en poudre les énormes têtes de ce monstre effrayant qui, vaincu par ses coups redonblés, tomba mutilé, et le bruit de sa chute retentit par toute la terre.
Les géants foudroyés. — Ces fables semblent un vague récit des cataclysmes géologiques et la forme de serpents que prennent dans l'art
Fig. 10. — Hercule et Alcyonée (d'après une peinture de vase).
les géants iils de la Terre fait songer aux grands reptiles disparus. La légende reparaît sous mille aspects différents en changeant les noms des géants et le détail de leurs combats contre les dieux, mais elle traduit sans cesse les mêmes impressions. Ce sont d'abord Otus et Ephialtes qui, pour escalader le ciel, entassent les montagnes ; puis, c'est toute une armée de géants qui se range en bataille sous la conduite de Porphyrion et Alcyonée : cette fois l'âne de Silène se mit à braire d'une telle force que l'armée des géants s'enfuit épouvantée.
Elle se reforme pourtant, et Hercule, que les dieux ont appelé à leur aide, s'attaque d'abord à Alcyonée, qui tombe percé de tlèclies. Mais un privilège de ce géant est qu'il ne pouvait pas mourir tant qu'il serait dans son pays : aussi dès qu'en tombant, il a touché le sol natal, il renaît à la vie et la lutte recommence. Une peinture de vase, d'un style très-archaïque, nous montre Alcyonée renversé et cherchant à toucher la terre avec ses mains pour reprendre sa vigueur; mais le génie delà mort, qui vient prendre son dernier souffle, indique assez sa défaite inévitable (fig. 16). En effet Hercule, secondé par Minerve, traîne le
.iriMTEIl ET JUNON.
î^i'ant hors des cliainjts de l^alli'iic; dt's lors le chaiinc a disparu vl Alcyonée cxpiio.
Vn l'ait important à noter, c'est (pic sur les vases, à très-peu d'excc|>tions près, les géants ne dillcrcnl |)as des autres personnages, et aucun caractère distiuclit' uaide à les l'aire reconuaîti-e. Les poètes iicaninoins donnent aux géants, ou aux Titans, (juils ont souvent con-
Fig. 17. — Un Géant (d'après une pitri-c gi-axc; antienne'
fondus, des traits [larliculiers, notamment un \isage li(tri'il»le et des membres multiples pour exprimer leur l'orce. Mais les artistes, obligés de compter moins avec Timagination, i[ui peut rè\er des formes vagues, qu'avec l'œil, qui exige des formes positives, se sont longtemps refusé à cette combinaison. Le mode qui a prévalu ensuite dans l'art consiste à donner aux géants la forme angui|)('de, c'est-à-dire à faire des membres inférieui's terminés en serpents. On les voit rarement représentés de la sorte sur les vases, tandis que sur les bas-reliefs et les pierres gravées cette forme est à peu j)rès constante ; seulenuMit connue les xases remontent à une époipie plus ancienne que la plupart des autres monuments figurés, on peut en conclure que l'usage de faire les géants anguipèdes, ne remonte pas, dans l'art, à une très-haute antiquité. Dans une belle pierre gravée antique (fig. 17), nous voyons un géant s'apprêtant à lancer d'une main une espèce de globe, tandis qu'une peau de lion lui
LENFANGE DES DIEUX
sort do bouclior pour paror los coups do rouuciui ; c'osl sous cette formo que les géants apparaissent le plus souvent.
Le rôle de Jupiter dans cette formidable guerre paraît on somme assez olîacé dans les poètes : dans sa lutte avec Typhaon, il n'a dû la victoire qu'aux ruses de Cadmus, et, bien qu'il ait foudroyé Porpbyrion et d'autres géants, il sendde n'avoir occupé dans la lutte qu'une place
Fig. 18. — Jupiter finulroic les Géants (d'après une pierre gravée antique).
subalterne^ assez analogue à celle d'Attila ou Cbarloniagno dans les épopées du moyen âge. L'art, toutefois, n'a pas accepté cette donnée et a représenté le roi des dieux en triomphateur. Un superbe camée du musée de Naples montre le dieu écrasant sous les roues de son char les géants qu'il vient de foudroyer.
Phidias avait également représenté la victoire de Jupiter dans l'intérieur du bouclier do sa Minerve d'or, et, dans l'art moderne, cette fable forme le sujet de peintures importantes. Dans le palais du Té, situé près do Mantouo, Jules Romain^ qui en avait été rarchitocto, a retracé dans uiu) étrange décoration la victoire do Jupit(>r et dos dieux. On y voit d'un coté les géants écrasés et do l'autre IMuton ({ui rentre aux enfers après avoir aidé son frère. Le haut de la voùto montre le ciel, d'oii le maître du monde lance sa foudre sur les rebelles. Junon semble aider son époux, tandis que d'autres divinités s'enfuient dans les airs. Le j)lafond de Paul Veronèse, qui est maintenant au Louvre sous le titre (\{^ Jupiter foudroijant les vices, représente plutôt les géants précipités dans le Tartaio. Ilubens, à qui ce sujet convenait morvoilleusemont, en a fait un grand tableau, qui est au nuisée do Madrid.