CHAPITRE VI
i;amouk
Naissiinco de rAinour. — Kducatioii do rAiiiour. — l'iP^' ^'^ MrUml^ do rAniour. — Ésaque. — Piciis et Circé. — Le cheveu do Msus.
L'Amour (Éros, Cupidon). — L'Ainour dans les temps primitifs est considéré comme un des grands principes do l'univers et même
Fig. 400. — La naissance di' l'Amour (d'apri'S un tahlraii do Losupur).
comme le plus ancien des dieux. Il représente la force puissante ([ui fait <[ue tous les êtres sont attirés les uns vers les autres, et par laquelle
L'AMOUa. 443
naissent cl se perpétuent toutes les races. Mythoiogiquemcnt on ne sait pas quel est son père, mais les poètes et les sculpteurs s'accordent à lui donner Vénus pour mère, et il est en efTet tout naturel que l'Amour soit fils de la beauté.
La naissance de l'Amour a fourni à Lesuetu^ le sujet d'une charmante composition. Vénus assise dans les nuages est entourée des trois Grâces, dont une lui présente le gracieux enfant. Une des Heures, qui piano dans le ciel, répand des fleurs sur le groupe (fig. 400).
Éducation de l'Amour. — Vénus, voyant qu'Éros (l'Amour) ne grandissait pas et restait toujours enfant, en demanda la raison à Thémis. La réponse fut que l'enfant grandirait quand il aurait im compagnon
Fig. 401. — Vénus et rAmoiir.
|iour ] aimer. Vénus lui donna pour camarade Antéros (l'amour partagé), Ouand ils sont ensemble, l'Amour grandit, mais il redevient enfant dès qu'Antéros le quitte. C'est une allégorie dont le sens est que l'affection a besoin d'être partagée pour se développer".
L'éducation de l'Amour par Vénus a fourni le sujet d'une multitude de ravissantes compositions sur les pierres gravées. Elle joue avec lui de mille façons diverses, lui prenant son arc ou ses flèches et suivant de l'œil ses gracieux mouvements (fig. 404). Mais le malicieux enfant sait bien se venger, et plus d'une fois sa mère a éprouvé l'etîet de se.'; piqûres.
444 MARS ET VÉNUS
L'Amour était souvent considorc conmit; un civilisateur (jui a su adoucir la grossièreté des mœurs primitives. L'art s'est emparé de cette idée en nous montrant les botes féroces soumises à rirrésistil)le puissance du tils de Vénus. Snr les jtierres gravées antiques on voit l'Amour monté sur la croupe dun lion qu'il charme par ses accords; d'autres fois il attèle les hôtes féroces à son char après les avoir domptées, on bien il brise les attributs des dieux, parce (jue l'univers lui est soumis (fig. 402 et 403). Malgré sa puissance, il n'osa jamais attaquer Minerve et il respecta toujours les Muses.
L'Amour est l'effroi des hommes et des dieuv. Jui)iter. prévoyant les maux qu'il causerait, voulut obliger Vénus à s'en défaire. Pour le dérol»er à la colère du maître des dieux, Vénus fut obligée de cacher son enfant dans les bois, où il leta le lait des Itètes féroces. Aussi les poêles
Fig. 402. — La force de lAniour (d'après une pierre gravée aiitiriue).
parlent sans cesse de la cruauté de l'Amour : « Aimable Vénus, fille de la mer, et du roi de l'Olympe, quel ressentiment t'anime contre nous? Pourquoi donc as-tu donné naissance à ce fléau. l'Amour, ce dieu farouche, impitoyable, dont l'esprit répond si peu aux charmes qui l'embellissent? Pourquoi lui avoir donné des ailes et la puissance de lancer au loin ses traits, afin que nous ne puissions éviter ses coups terribles ?»
(BlON.)
Uneépigramme de Moschus montre à quel point l'Amour connaissait sa puissance, même contre Jui)iter. « Ayant déposé arc et fiambeau, l'Amour aux cheveux frisés prit un aiguillon de bouvier et suspendit à son cou la besace du semeui- ; il attela au joug une paire de bœufs vi-
L'AMOUU.
goureii.vet lança dans les sillons le froment de Cérès. Puis, en regardant le ciel, il dit a Jupiter lui-même : «Féconde ces champs, ou bien, taureau d'Europe, je t'attellerai à cette charrue. » {A)it/i.)
Lucien, dans ses dialogues des dieux, formule ainsi les plaintes de Jupiter là l'Amour :
« L'Amour. — Oui, si j'ai commis quelque faute, pardonne-moi, Jupiter, je suis encore un enfant et n'ai pas l'âge de raison.
Jupiter, — Toi, Amour, un enfant! mais tu es plus vieux que Japet. Parce que tu n'as ni barbe ni cheveux blancs, est-ce une raison pour dire que tu es un enfant? non ; tu es un vieillard et un vieillard malin.
L'Amour. — Et quel mal t'a donc fait ce vieillard, comme tu dis, pour (pie tu songes à rcnchaîner?
Jupiter. — Vois, petit misérable, si ce n'est pas un grand mal de m'iusulter à ce point, qu'il n'y a pas de forme que tu ne m'aies fait
Fig. 403. — L'Amour triomphant (d'après xme pierre gravée antique . L'Amour peut être considéré ici comme amour du vin, à cause de ses attributs baclii(|ues.
prendre, satyre, taureau, or, cygne, aigle. Tu n'as rendu aucune femme amoureuse de moi-même, et je ne sache pas que par toi j'aie su plaire à quelqu'une : il faut au contraire que j'use d'enchantements avec elle et que je me cache. Il est vrai qu'elles aiment le taureau ou le cygne, mais si elles me voyaient, elles mourraient de peur. » (Lucien.)
L'Amour a inspiré de charmantes pièces à Anacréon : « Au milieu de la nuit, à l'heure où tous les mortels dorment appesantis par le sommeil, l'Amour arrive, et, frappant à ma porte, ébranle le verrou : « Qui frappe ainsi? m'écriai-je ; qui vient rompre mes songes pleins de charme?
4 4G MARS ET YÉNUS.
— Oiivro, nie répond rAnioui', ne crains rien, je suis petit; je suis mouillé par l'orage, la lune a disparu et je me suis égaré dans la nuit. » Entendant ces mots, j'en eus j)itié ; j'allume ma lampe, j'ouvre et je \ois un jeune enfant jtorfant des ailes, un arc et un carquois ; je rapproche de mon foyer, je réchaulfe ses petits doigts dans ma main, de l'autre j'essuie ses cheveux inondés de la pluie. Dès qn'il est ranimé : « Allons, dit-il, essayons mon arc; voyons si l'humidité ne l'aurait point gâté. » 11 le tend et me perce le cœur, comme le ferait une abeille;
Fig. 40 i. — Venus et l' Amour (d'après une pierre gravée aiui(jui').
puis il saute en riant avec malice : « Mon hôte, dit il, réjouis-toi , mon arc se porte bien, mais ton cœur est malade. » (Anacréon.)
« Un jour Cupidon n'aperçut pas une abeille endormie dans les roses ; il fut piqué. Blessé au petit doigt de la main, il sanglote, il court, il vole vers sa mère : «Je suis perdu; je me meurs; un petit serpent ailé m'a piqué ; les laboureurs le nomment abeille. » Vénus lui répondit : « Si l'aiguillon d'une mouche à miel te fait souffrir, ô mon fils! combien penses-tu que doivent souffrir ceux que tu perces de tes flèches 1 » (Anacréon.^
Types et attributs de l'Amour. — Dans l'art l'Amour présente <leux types distincts, car nous le voyons tantôt avec les formes d'un
LAMOUR
adolescent, tantôt avec celles d'un gracieux enfant potelé. Mais le premier de ces types est le plus ancien. Une pierre gravée nous montre un
Fig. 4uô. — L'Amour d"ancien style .d'après une pierre gravée).
Amour d'ancien style, représenté par un éphèbe ailé et tirant de Tare (fig. 405). Au reste l'arc, les flèches et les ailes sont toujours les attributs de l'Amour.
Ce type de l'Amour adolescent est rendu à la perfection dans un
Fig. 40G. — L'Amour adolescent i d'après un buste antique).
torse du musée Pio-Clémentin (fig. 406). Les membres manquent malheureusement : les épaules portent les traces de trous pratiqués pour recevoir des ailes. La tête, d'une finesse exquise, est couverte de longs cheveux bouclés.
MAI5S KT VENUS
Ce lui Pi;i\itèl(% conl('ni|>oi;iin (rAlcxaiidir, (iiii li\;i daiis lai-l li' hpc de rAiiiour. On sait que ce '^iixnd seul|it('ui' élail loi-l assidu auprès delà célèbre courtisane Phryné. Celle-ci, lui ayant demandé de lui donner la plus belle de ses statues, il yconsenlit, mais il ne voulut pas la lui désigner. Alors Phryné aposta un de ses esclaves qui vint en courani dire que le feu, ayant pris à la maison de Praxitèle, avait consumé la plus jjrandc partie de ses ouvrages, mais ([ue cepcMidaut tout n'avait [»a-
l'"ifi'. 407. — ii'Amoiu' teiulaiit son arc ^d'api't's une statue antique
péri. Praxitèle se précipita aussitôt à la porte en criant que tout le liui! de ses travaux était perdu, si la flamme n'avait pas épargné son Amour et son Satyre. Phryné le rassura en lui disant qu'il n'y avait rien de brûlé, mais que, grâce à cette ruse, elle venait d'apprendre de luimême ce qu'il avait fait de mieux; et elle choisit la statue de l'Amour. Mais c(! n'était pas|M)ui' la garder, que la courtisane s'était fait donner le chef-d'œuvre du grand sculpteur, car, en Grèce, les mœurs licencieuses n'empêchaient pas h^s sentiments élevés. Phr>né (it hommage de sa
L'AMOUR
statue à la ville de Thespies, sa patrie, qu'Alexandre venait de dévaster. Il fut consacré dans un ancien temple de l'Amour; et grâce à cette destination religieuse, il devint une sorte de dédommagement pour une ville que la guerre avaitruinée. « Thespies n'est plus rien, dit Gicéron; mais elle conserve le Cupidon de Praxitèle, et il n'est aucun vovageur (jui n'aille la visiter pour connaître cette belle statue. » Cet Amouiétait en marbre; ses ailes étaient dorées; il tenait son arc cà la main.
Fig. i08. — Ciii)i(loii en Bacclins d'après une statue antique').
Caiigula le lit transporter à Home; Claude le rendit aux Thespiens. Néron les en priva de nouveau : la célèbre statue fut alors placée à Fîome sous les portiques d'Octavie, où peu de temps après un incendie la détruisit.
Le sculpteur Lysippe avait fait aussi une statue de Cupidon pour les Thespiens : elle était j»lacée à côté du chef-d'œuvre de Praxitèle. L,i fameuse statue connue sous le nom de VAmour tendant son arc passe poiM- être une copie dun de ces deux ouvrages (lig. 407). On voyait aussi
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MARS ET VÉNUS
clans le temple de Vénus à Athènes un très-célèbre tableau de Zeuxis, représentant l'Amour couronné de roses. Jusqu'à la conquête romaint>, l'Amour avait presque toujours été représenté comme un adolescent au\ formes élégantes et sveltes. A partir de cette époque, il apparaît plus souvent comme un j)etit enfant potelé.
L'art moderne a IVé([ti(MiHneiit représenté l'Amour. Dans la chambi'e de bain du cardinal Bibbiena, au Vatican, Raphaël a montré l'Amour triomphant et faisant traîner son char par des papillons, des cNgnes, etc. Dans une foule de compositions ravissantes, il le montre folâtrant à côté de sa mère ou la quittant après l'avoir piquée.
Le Parmesan a fait avec VA?nour taillant son arc une gracieuse figure qu'on a longtemps attribuée au Corrége. Le Corrége et le Titien ont fait aussi Cupidon sous toutes ses formes, mais aucun peintre ne l'a re-
Fij;. iO'J. — L'Amour taillant son arc par Bouchardon, musée du Louvre) (Arrangé dans un cul-dc-lampe de Gabriel de Saint-Aubin.)
présenté aussi souvent que Rubens. Les Cupidons frais et joufflus du grand maître flamand se voient dans toutes les galeries, et se livrent à toutes les occupations, se battant, jouant, volant dans les airs, courant dans la prairie, cueillant des fruits, etc.
Dans l'Ecole française, le Poussin a représenté aussi bien des fois Cupidon, mais le Sueur a peint son histoire complète dans les salons de rhôtel Lambert, et l'austère peintre de saint Bruno a su déployer, sans cesser d'être chaste, une grâce charmante dans ces sujets mythologicpics.
On voit dès les commencements du dix-huitième siècle, Timportance démesurée que l'Amour va prendre dans les productions artistiques de celle époque. Coypel avait peint, dans les salons du cardinal Dubois, un plafond représentant la Troupe céleste désarmée par les Amows. « On y
L'AMOUR
remarque, dit le biographe du peintre, un de ces petits dieu\ (jui s'élève vn riant sur l'aigle de Jupiter; mais celui qui ose entreprendre de se saisir du foudre, se brûle, se repent et s'enfuit. Un autre, plus opiniâtre, s'aperçoit avec dépit que tous ses traits se brisent contre l'égide de Minerve, et tente inutilement de nouveaux eiforts. Le Temps arrête par l'aile le téméraire qui vient d'enlever son horloge et sa faux. On voit la balustrade qui règne sur la corniche s'écrouler sous les pas de ce destructeur impitoyable. Le reste de la composition présente aux yeux ce badinagc aimable et noble qui plaît tant à l'esprit et dont l'esprit seul peut être l'inventeur
L'Amour taillant son arc de Bouchardon, qu'on voit maintenant au musée du Louvre (lig. 409), était autrefois dans une île au milieu de l'étang de Trianon. Cette jolie statue, qui a été fort dépréciée au com-
Fig. 410. — L'Amour sur un hippocampe (d'après une pierre gravée ainiquo).
mencement de ce siècle, est bien conforme à l'esprit du dix-huitième siècle. L'Amour, vainqueur des dieux et des hommes, s'est emparé sans peine de la massue dllercule, et tandis qu'il est occupé à s'en faire un arc, il incline la tête avec un mouvement de coquetterie un peu affectée, mais pleine de grâce. A la même époque. Boucher couvrait ses trumeaux de petits amours potelés, qui sont pleins de charme, mais (jui n'ont qu'un rapport fort éloigné avec le type fixé par Praxitèle et Lysippe.
Vien a fait une Marchande cVamours, imitée d'une peinture antique très-célèbre que nous reproduisons (fig. 411), et l'école impériale a très-souvent représenté l'Amour; mais parmi les artistes modernes, aucun ne Ta fait aussi souvent que Prud'hon.
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MARS ET VKXUS.
Bien que ses com|>(>siti(nis pèelu'iit ([iiel([iier(tis par iiii peu (raflelei-ie, elles sont souvent pleines de eluirnie. La plupart ont été po[»ulaiisées par la gravure ou la lithographie, lei. nous voyons IMw^o//;* debout, les ailes étendues, passer ses bras autour du cou de rinnocenee assise sur un tertre. Plus \om,V Innocence séduite par VAnioio' est entraînée par le Plaisir et suivie par les /f<?^;'^^5. Une autrefois, il lait r.ly>io^//' attaché |iar un anneau de fer au piédestal iriin huste de Mi-
Fig. -511. — La ninrcliaiulc d'Ainoiir> (d'apn-^ iiiic peinture aiiiirnic,^
ner\e et trépignant de son petit pied^ mais dans le pendant, Y Amour f/iomjj/iant se\engQ de la femme insensée qui a cru renchaîner pour toujours.
L'Amour frappe souvent en aveugle et fait naître des sentiments (pu^ le mérite ou la beauté n'expliquent pas suflisamment. C'est ce que Corrégc a voulu exprimer quand il représente Vénus attachant un bandeau sur les yeux de son fils. Le Titien a peint le même sujet qu'on voit souvent reproduit dans l'ait moderne.
Ésaque. — L'Amour produit sur ceuv (pi'il a frappés des effets surprenants, qui dans la Fable se traduis enttoujours [tar des métamorphoses. Ainsi le plongeon est un oiseau qui vole toujours au-dessus des eaux et s'y l»longe fréquemment. Autrefois c'était le lils d'un roi. 11 n'aimait pas la cour de son père et évitait de se rendre aux fêtes qu'on y donnait : il préférait aller dans les bois, parce qu'il avait l'espoir d*y rencontrer la nymphe llespérie qu'il aimait tendrement. Cependant Esaque, c'était son nom, n'était pas payé de retour. Un jour que la nymphe fuyait
L'AMOUR. 453
(levant lui pour éviter ses poursuites, L-lle lut piquée par un serpent venimeux et mourut. Esaque, désespéré d'avoir causé sa mort, alla se jeter dans la mer du haut d'un rocher. Mais Téthys, touchée de son malheur, le soutint dans sa chute, le couvrit de plumes avant qu'il fût tombt'; dans Teau et Tempècha ainsi de mourir, quelque envie qu'il eût de ne pas survivre à sa chère Ilespérie. Indigné contre la main favorable qui le protège, il se plaint de la cruauté du destin qui le force de vivre. Il s'élève en l'air, puis se précipite avec impétuosité dans l'eau ; mais ses plumes le soutiennent et afîaiblissent reiîort qu'il fait pour y périr. Devenu furieux, il plonge à tout moment dans la mer et cherche la mort qui le fuit. Son amour l'a rendu maigre : il a des cuisses longues et décharnées et un grand cou. Il aime les eaux, et comme il s'y plongea sans cesse, on lui a donné le nom (\q plongeon. (Ovide.)
Picus et Circé. — Picus, fils de Saturne et roi d'Italie, était un jeune prince d'une merveilleuse beauté. Toutes les nymphes l'admiraient quand elles le voyaient; mais la magicienne Circé ne se contenta pas de l'admirer, elle voulut qu'il devînt son époux. Elle ne reçut pourtant que des dédains, car il aimait éperdùment Canente, la fille de Janus. Un jour qu'il était allé à la chasse au sanglier, il rencontra Circé, qui lui déclara hautement sa passion. Se voyant dédaignée, la magicienne fit entendre les paroles terribles dont elle se sert pour faire })àlir la lune ou assombrir le soleil. Picus, effrayé de ces formules magiques, se mit à fuir à toutes jambes ; mais il s'aperçut bientôt qu'il courait plus vite que d'habitude, ou plutôt qu'il volait, car il était changé en oiseau. Dans sa rage, il st; mit à donner de grands coups sur les arbres avec son bec : ses plumes avaient gardé la couleur de l'habit qu'il portait ce jour-là, et Tagrafe d'or qui l'attachait fut marquée sur son cou par une tache d'un jaune éclatant. Canente pleura tant et tant que son beau corps finit par s'éva- |)orer dans les airs et il ne resta plus rien d'elle.
Le cheveu de Nisus. — De toutes les métamorphoses que l'Amour a opérées, aucune n'est plus surprenante que celle dont fut victime Scylla, fille du roi Nisus.
• Le roi de Crète Minos, après avoir ravagé les côtes de Mégare, avait mis le siège devant cette ville, dont la destinée dépendait d'un cheveu d'orque Nisus, roi de la contrée, ))ortait parmi ses cheveux blancs. Le siège avait déjà duré six mois sans (pic la fortune se lut déclarée pour l'un ou l'autre parti. Dans Mégare était un{> tour dont les murailles rendaient un son harmonieux depuis qu'Apollon y avait laissé sa lyre. La fill(> du loi, Scylla, montait souvent en temps de paix sur cette tour, poui" avoir le plaisir de tirer de ses murailles ([uel([ues sons, en y jetant de petites pierres. Durant le siège, elle y allait aussi pourvoir de là les
4tii MARS ET VENUS.
attaques et les combats qui se donnaient autour de la ville. Comme il y avait longtemps que les ennemis étaient campés à l'entour, elle en connaissait les i)rinci[>aii\ oriiciccs, leui's armes, leurs chevaux et leur mauit'i'c (le se battre. Elle avait suitout remarqué leur chef, Minos, avec une attention parliculicie et [ilus qu'il n'aurait été nécessaire poiu' son repos ; sa passion arriva à un tel point qu'elle résolut de sacrifier son pays à la gloire de l'étranger qu'elle aimait.
Lnenuit, pendant ([ue toute la ville était plongée dans le' sommeil, elle pénétra dans l'appartement de son père et lui coupa le chcACu fatal. Munie de ce précieux dépôt, la malheureuse Scylla, à qui le crime donnait une nouvelle hardiesse, sortit de la ville, traversa le camp ennemi, arriva à la tente de Minos à qui elle remit le cheveu dont dépendait le salut de la ville. Minos prit en horreur cette fille dénaturée, quil refusa de voir: le cheveu étant coupé, la ville tomba entre ses mains, mais il partit aussitôt après, défendant de recevoir Scylla sur ses vaisseaux. Ce fut en vain qu'elle arriva tout en larmes sur le rivage, les cheveux épars, les bras étendus vers celui qui la repoussait : elle vit partir le navire, et, dans son désespoir, s'élança dans la mer pour suivre à la nage celui qu'elle aimait. Mais elle aperçoit son père, Nisus, qui, changé en épenner, la poursuivait, et commençait à fondre sur elle pour la déchirer à coups de bec ; et elle-même^ au lieu de nager, commence à voler à la surface de l'eau, car elle était transformée en alouette, et depuis ce temps l'oiseau de proie qu'elle avait si indignement trahi n'a cessé de lui faire une guerre cruelle. (Ovide.)
Fig. il"?. — L'arc et le carquois de l'Amour avec le papillon de Psyché (composition de Gabriel de Saint-Aubin) .
CHAPITKE Vil
PSYCHÉ
Bcaulù de Ps\chc. — Jalousie de Vénus. — L'oracle.— Psyché enlevée par Zéphire. — Le palais de Psyché. — Les sœurs de Psyché. — La goutle d'huile. — Colère de Vénus. — Les tribulations de Psyché. — Les noces de. Psyché. — L'âme humaine.
Beauté de Psyché. — Un roi avait trois filles, toutes trois fort Ijc.'Ucs. Mais, quelque charmantes que fussent les deux aînées, on pouvait espérer de trouver dans le langage humain des formules d'éloges proportionnées à leur mérite ; tandis que la cadette était d'une perfection si rare.
TTTTsrsTy:^
Fig. !i\'-\. — Lo peuple aux genoux de Psyclié (d'après une coinposilion de Rapliaëi;.
si merveilleuse, que les termes manquaient pour Fevprimer et pour en parler dignement. Les habitants du pays, les étrangers, tous enfin s'empressaient d'accourir en foule, attirés par la réputation d'un semblable l)rodige ; et quand ils avaient vu cette beauté dont rien n'approchait, ils restaient confondus d'admiration, et, se prosternant, ils l'adoraient avec
W'J MAHS ET VENUS.
lin rosjiecl l'cliuieux, alisoliiiiuMil coninic si c'eût ('té Vénus clltî-niènic. Lolnnitso l'i'pandit hicnlùf (|iie cotait Vcmhis cUc-mèmo qui venait lial>iti'i' la tci'i'C sous les a|)|)arenccs d'une mortelle, et le crédit de la véritable déesse en fut atteint. On n'allait plus à Cnide. on n'allait plus à Pa|»hos, on ne naviguait j)lus vers la riante île de Cythèic; les anciens temples de Vénus étaient vides, ses cérémonies négligées, ses sacrifices suspendus, et ses autels solitaires ne présentaient plus qu'une cendre froide en place du feu où l'on brûlait autrefois des parfums. Mais lorsque Ps\clié j)assait, le jxuiple en foule, la prenant pour Vénus, lui présentai! des guirlandes , lui jetait des fleurs, lui adressait des vœux et des ju'ières; les })Merius arrivaient de toutes parts pour lui offrir des victimes. Cet honnnage à la beauté, si conforme à l'esprit antique, fait le sujet d'une composition de Rapbaël (fig. 413).
Jalousie de Vénus. — Vénus, qui du baut du ciel voyait tout cela, ne put contenir son indignation. « Eb quoi! disait-elle, moi, Vénus, l'âme première de la natiu-e, l'origine et le germe de tous les éléments, moi qui féconde l'univei's entier, il me faut partager avec une mortelle les bonneurs dus à mon rang- suprême! Il faut que, consacré dans le ciel, mon nom soit profané sur la terre, et que je voie mes autels délaissés |)our une créatvu^e destinée à la mort! Ab ! celle qui usurpe ainsi mes droits va se repentir de son insolente beauté ! »
Aussitôt elle appelle son fils, cet enfant ailé, si audacieux, qui, dans sa perversité, brave la morale publique, s'arme de torcbes et de flècbes, commettant avec impunité les plus grands désordres et ne faisant jamais le moindre bien. Elle l'excite par ses paroles, et exbale devant lui toute son indignation. « Mon fils, au nom de la tendresse qui t'unit à moi, venge ta mère outragée; mais venge-la ]»leinement. Je ne t'adresse qu'une prière : fais que cette jeune fille s'enflamme de la plus violente passion pour le dernier des bommes, pour un malbeureux condamné par la fortune à n'avoir ni position sociale, ni patrimoine, ni sécuritt' d'existence; enfin pour un être tellement ignoble, que dans le monde entier il ne se trouve pas son pareil en misère ! » Et en parlant ainsi elle couvrait son fils de baisers.
L'oracle d'Apollon. — Vénus, de son côté, poursuivait sa colère et les effets s'en faisaient déjà sentir : car, tandis que les deux sœurs do Psycbé ont épousé des rois, la malbeureuse jeune fille, coupable de trop de beauté, trouve partout des adorateurs, mais ne rencontre pas de mari, et son père, soupçonnant que quelque divinité met obstacle à l'hymen de sa fille, va consulter l'oracle d'Apollon qui ordonne d'exposer la jeune fille sur un rocber pour un bymen de mort. Son mari ne doit pas être un mortel : il porte des ailes comme les oiseaux de proie dont il a la
PSYCHE
cruauté, et il asservit les hommes et les dieux eux-mêmes. Il faut bien obéir quand un dieu a parlé. Après quelques jours consacrés aux pleurs et à la désolation, on prépare la pompe de cet hymen funèbre. Le flambeau nuptial est représenté par des torches noirâtres, à la couleur de suie et de cendre. Les chants joyeux d'hyménée se changent en hurlements lugubres, et la jeune fiancée essuie ses larmes avec son voile même de mariage.
Psyché enlevée par Zéphire. — Ouand on eut accompli ce céré-
Fig. 41 i. — Enlèvement de Psyclié 'd'après Prud'hon).
nionial de mort, on conduisit la malheureuse Psyché au rocher où elle devait attendre son époux. C'était une montagne escarpée : dès que la jeune fille y fut arrivée, on éteignit les torches nuptiales qui avaient éclairé la fête funèbre de ce triste hymen, et chacun regagna sa demeure. Les parents de Psyché, enfermés dans leur palais, refusèrent désormais d'en sortir, se condamnant à d'éternelles ténèbres. Tremblante d'effroi. Psyché se noyait dans les pleurs sur le sonmiet de la montagne, quand tout à coup l'haleine délicate du Zéphire. agitant amou-
MARS ET VENUS
l'cusement les airs, fait onduler des deux côtés la robe dont elle est revêtue et en gronflc insensiblement les plis. Soulevée sans violence, Psyché reconnaît qu'un soufite tranquille la transporte doucement.
L'enlèvement de Psyché par les Zéphires est une des plus ravissantes compositions de Prud'hon (fig. ili). Pluslégersque des nuages, les gracieux entants ailés s'élèvent doucement dans l'air et emportent Psyché sans troubler le tranquille sommeil de la jeune fille. Bientôt Psyché glisse par une pente insensible dans une profonde vallée placée au-
l''ig. iiô. — L'Amour et Psyché (d'après un groupe antique).
dessous d'elle ; bientôt elle se trouve mollement assise au milieu d'un gazon émaillé de fleurs.
Déposée sur une épaisse et tendre pelouse qui formait un frais tapis de verdure, elle regarde autour d'elle et voit une source transparente comme le cristal, au milieu d'arbres élevés et touffus. Près des bords que baignent ses eaux, s'élève une demeure royale construite non par des mains mortelles, mais avec un art tout divin. Les murailles sont recouvertes de bas-reliefs en argent et les parquets sont une mosaïque de pierres précieuses taillées en mille petits morceaux et assorties en diverses peintures.
PSYCHE
Le palais de Psyché. — Invitée par le charme de ces beaux lieux, Psyché s'enhardit jusqu'à franchir le seuil, et, cédant à l'attrait de tant de merveilles, elle promène partout des regards d'admiration. Mais ce qui la frappe en même temps, c'est la solitude absolue où elle se trouve. Une voix sortie d'un corps invisible vient tout à coup frapper ses oreilles : « Pourquoi, ma souveraine, vous émerveiller de tant d'opulence? Tout ce que vous voyez est à vous. Entrez dans ces appartements, un bain vous
Fig. 410. — L'Amour et Psyché (d'après le tableau de Gérard, musée du Louvre .
est préparé, pour vous reposer de vos fatigues, et le royal banquet qui vous est destiné ne se fera pas attendre. Nous dont vous entendez la voix, nous sommes attachés à votre service, et nous exécuterons attentivement vos ordres. »
Psyché vit en effet un buffet avec un repas magnifiquement préparé. Elle se mit à table, et les vins les plus délicieux^ les mets les plus exquis, se succédaient devant elle, mais semblaient apportés par un souffle, car aucun être humain ne paraissait à ses yeux. Un concert délicieux vint charmer ses oreilles, mais les chanteurs étaient invisibles. Ravie
MARS Eï VENUS.
cl |tourlant effrayée, en songeant à Tépouv ([u'clle allendail, elle céda [•oui-tant à la fatigue et s'endoi'iiiit sans que personne AÎnt troubler son repos. Quand elle s'éveille, elle entend les mêmes voi\ mystérieuses que la veille, et reçoit les mômes soins d'êtres qu'elle ne voit pas. Plusieurs jours se passent sans qu'elle ait vu personne autre qu'elle-même : si son invisible époux est venu lui rendre visite, c'est pendant son sommeil, car elle n'a rien vu, et ne connaît pas plus le maître du palais où elle trône en souveraine que les serviteurs attachés à ses pas.
Psyché recevant le premier baiser de l'Amour a inspiré à Gérard un charmant tableau qui est au Louvre (lig. 416). Le papiHon, symbole de
Fig. 4l7. — L'Amour abaiidonnaiit Psyché (d'après un tableau de Picot).
l'àme, voltige sur la tête de la jeune fille assise sur un tertre de gazon : son air ingénu et un peu étonné s'explique par la présence de l'Amour fjui, invisible pour elle, dépose un baiser sur son front.
Il existait pourtant, cet époux; car si elle ne le vit pas, elle entendit sa douce voix (jui la prévenait d'un danger qu'elle allait courir. « Psyché, ma douce amie, disait la voix, ma compagne adorée, la fortune cruelle te menace d'un danger terrible ; tes sœurs, déjà troublées de l'idée de ta mort, sont à ta recherche, et elles arriveront bientôt à ce rocher. Ne sois pas touchée de leurs feintes lamentations, et ne cède jamais aux pernicieux conseils qu'elles te donneront pour t'exciter à me voir. » Et il ajouta que cette curiosité sacrilège les séparerait à jamais et la plongerait dans un abîme de maux. Psyché remercia son mari de
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ses conseils; les accents de sa voix étaient d'ailleurs si pénétrants, qu'elle se sentait attirée vers lui par une force inconnue et elle lui promit d'accomplir ses volontés.
Les sœurs de Psyché. — Cependant Psyché, se rappelant l'oracle d'AjioUon. tremblait d'eifroi, en songeant que, malgré sa voi\ si douce, son époux était sans doute un monstre bien horrible , puisqu'il était redouté des honimes et des dieux. Comme elle était plongée dans sa rêverie, elle entendit au loin des voix de femmes, mêlées de gémissements et de sanglots, et bientôt, écoutant avec plus d'attention, elle reconnut que c'était la voix de ses sœurs pleurant sur son malheureux sort. Son bon cœur s'émut, et, désirant rassurer sa famille, elle demanda mentalement à son invisible mari la permission de disposer de Zéphire.
Les deux sœurs furent bientôt enlevées comme l'avait été Psyché et transportées dans le palais. Après les premiers embrassements, Psyché, avec une insistance d'enfant, leur montra ses meubles magnifiques, ses délicieux jardins, ses terrasses d'où l'on découvrait des horizons sans fin : tant de merveilles ne firent qu'augmenter la jalousie que ses sœurs nourrissaient depuis longtemps contre elle, et elles la pressaient de questions embarrassantes sur l'époux qui donnait ces richesses. La pau- Are Psyché, qui ne l'avait pas vu, ne pouvait satisfaire leur indiscrète curiosité. Chaque jour elles revenaient et lui dépeignaient son mari comme un dragon horrible aux hideux embrassements. La malheureuse n'y tient plus et prend la résolution de tromper sa vigilance.
La goutte d'huile. — La nuit venue, elle attend que tout soit endormi dans la maison. Alors elle allume sa lampe, s'approche du lit et reconnaît le fils de Vénus : près de lui sont un arc, un carquois et des llèches ; Psyché en prend une et se fait au doigt une légère blessure, s'inoculant ainsi à haute dose de l'amour pour l'Amour lui-même. Mais pendant qu'elle contemple avec ravissement le dieu qui est son époux, une goutte d'huile tombe sur l'épaule de l'Amour. Dès lors Psyché n'a plus d'époux ; car l'Amour s'est envolé la laissant dans son palais solitaire. Cette jolie scène a été fréquemment représentée dans l'art moderne, et Picot, dont on se moquait si fort il y a quelques années, en a fait un ravissant tableau (^fig. 417),
Psyché désespérée court éperdue dans les champs et se précipite dans un fleuve qu'elle voit tourbillonnant à ses pieds ; mais le fleuve n'en veut pas, et ses flots la ramènent saine et sauve sur le rivage. Le dieu Pan, qui se trouvait là, lui apprend alors quels ordres impitoyables l'Amour avait reçus de Vénus.
Cependant les sœurs de Psyché, voulant savoir si leur conseil a été suivi, vont de bonne heure sur le rocher d'oii Zéphire les avait empor-
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tées une première fois. Dos que la bise coinineucc à souftler , elles croient que c'est le messager qui va les conduire près de leur sœur et, s'abandonnant à lui sans méfiance, elles tombent au pied du rocher oîi on les retrouva le lendemain sans vie. Zéi)hire, en effet, n'a pu recevoir
Fig. 418. — Psyché (d'après uno statue antique;.
aucun ordre de l'Amour; car l'Amom^ est malade, et, gardé à vue dans son lit, il entend les reproches de sa mère outragée : « Que vous ferez vraiment un beau père de famille! lui disait Vénus; et ne suis-je pas. moi, pour ma part, d'âge et de tournure à m'entendre appeler grand'mère? »
Colère de Vénus. — Cependant Vénus a fait chercher Psyché par toute la terre, et se demande, dans sa colère jalouse, quel supplice elle doit lui infliger. Non contente de l'avoir fait battre de verges, elle veut lui imposer des travaux au-dessus de ses forces, et lui ordonne d'aller aux enfers, demander à Proserpine une boîte de beauté dont elle a envie
PSYCHÉ
pour sa toilette. Psyché part, bien convaincue qu'elle n'en reviendra pas ; mais sur sa route elle rencontre une vieille tour qui sait parler et lui enseigne comment elle doit s'y prendre, en lui recommandant bien, xjuand elle tiendra la boîte, de se méfier d'une curiosité qui, déjà une fois, lui a été si funeste.
Instruite par la tour, Psyché traverse le fleuve des morts sur la barque de Caron, fait taire Cerbère en lui jetant un gâteau d'orge pétri
Fig. 419. — L'Amour ranimant Psyché fpar Thorwaldsen).
avec du miel et arrive devant Proserpine qui lui remet la boite de beauté demandée par Vénus. Quand elle est revenue sur la terre. Psyché, seule et en possession de la boîte dont elle connaît le contenu,
Fig. 120. — Psyché pcnsivf
s'abandonne à ses réflexions. Pourquoi cette beauté, que son odieu\ tyran lui envoie chercher à travers mille dangers pour s'en parer, ne servirait-elle pas à Psyché elle-même? Et si' elle en dérobait une parcelle, qui sait si elle ne parviendrait pas à reconquérir le cœur de so]i mari? Après bien des hésitations, la boîte cède enfin à son effort, mais,
MAHS ET VENUS.
au lieu de la beaulé, il en soit une vapeur somnifère et Psyché, évanouie, tombe la face contre terre. Mais près d'elle est un ami, l'Amour liii-nu;me, ([ui, étroitement gardé dans le palais de sa mère a réussi à s'échapper par la fenêtre. Il réveille Psyché avec la pointe d'une de ses flèches et lui dit d'aller rejoindre sa mère et qu'il se charge du reste.
Fig. 421. — l.i>N nnros do IWniour et de Psyché (d'après un bas-relief antique du niu^ce Britannique).
Les noces de Psyché. — L'Amour vole au pied du trône de liipiter, qui. attendri jiar ses larmes, donne l'immortalité ta Psvché ef
■" ^t'-^F-'^t- ' f-i»ry .i.CSa»rt,' Sj>. l^.
Fig. ■iSS. — L' \mour et Psyclié (d'après un groupe de Canova, musée du Louvre).
convie tous les Dienx au repas des noces. Un bas-relief antique dn musée Britanni(fue montre l'Amour et Psyché couchés sur le lit nuptial
PSYCHE
(liji. 421) : l'Amour présente à boire à son épouse qu'il lient embrassée. Un petitamour leur apporte une colombe, symbole d'atreclion mutuelle, et un autre, placé près de la table où le repas est servi, joue avec un lièvre, symbole de fécondité.
Le banquet nuptial de l'Amour et de Psyclié a été représenté par
Fig. 42 i.
Haidiaël d'une manière beaucoup plus somptueuse. On voit les Grâces versant des parfums sur Psycbé, placée à côté de l'Amour, et les Heures répandent des fleurs sur les convives (fig. 423).
Fig-. 'ilh. — LAmoiu- et Psyclié (d'après un verre ;uiti(iue).
Psycbé, admise au rang des immortelles, est désormais inséparable de son mari. Le sens de cette allégorie est aise cà comprendre. Psyché est le symbole de l'àme : une curiosité indiscrète l'a poussée, et, pour l'avoir satisfaite, elle a subi d'effroyables malheurs. iMais, épurée par une série d'épreuves d'où (die est sortie victorieuse, elle retrouve le bonheur avec l'immortalité. Nous connaissons peu de monuments
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antiques rctracaiil les «h'Iails du récit d'Apiiléo. Mais le chaniiaiiJ liroupe (le VA»/of//'et Psyché, au niiiséo Capitolin, jtrésente sous sa forme plastique l'uiiion de lànio avec TAniour (jig. il 5).
Le fanieux grou[)ede (ianova, au Louvre, uous montre le même sujet. r(UU'u «Tune manière toute dilîéreiite. L'habile sculpteur italien, nialgr'é
Fig. 'fia. — LWiuuur i3t Psyché (d'après une piorri' gravée amiquo. agaio-onyx}.
an peu d'atléterie, a réussi à donner un caractère vraiment aérien à ses deux figures de marbre (llg. 422). « La iiction de l'Amour et Psyché, dit Crcuzer, réunit dans une merveilleuse alliance le génie de la forme, (|ui flatte les sens, et celui du fond qui plonge l'âme dans une rêverie sans fin. Eros, tenant un papillon suspendu au-dessus d'un flambeau, est, à le prendre poétiquement, un emblème parfait des tourments de l'amour ; pris au sens des mystères, cet emblème contient l'idée profonde et salutaire des souillures de la matière et des souffrances de l'îime piilifiée par le feu de cet impur contact. »
La légende de l'Amour et Psyché, telle que nous l'avons racontée d'après Apulée, semble avoir été à peu près étrangère au\ artistes de l'antiquité, mais ils sont loin d'en avoir méconnu l'esprit. Un nombre incroyable de pierres gravées représentent Psyché dans ses rapports avec l'Amour, et retracent les douleurs et les joies qui en résultent. Ici nous soyons l'Amour brûlant sur un flambeau le papillon, symbole de l'àme humaine, et /létournant la tète en pleurant pour ne pas voir le mal ([u'il fait (lig. 429). Ailleurs ce sont les joies et les espérances de I h\iueii (pie iailislt» nous montre. Les scènes de mariage sont fréquem-
PSYCHE
ment iTprésentécs par ruiiioii de Psyché avec rAinoiii'. Ainsi on voit sur une pierre gravée antique deuv épou\ figurés en Amour et Psyché, avec la tète couverte d'un voile et tenant des colombes, symboles de l'amour conjugal. Un amour, tenant en main la chaîne qui lie les j)etils époux, les conduit vers le lit nuptial, et un autre amour, place derrière euv.
ris. 'tv.
L'Amour eacliainant Psyché (d'après une pierre jira\ée aLiti(iui' .
tient au-dessus de leur tête une corbeille de fruits, emblème de fécon- «iité (fig. \T6). Ces camées se donnaient comme [)résents de noces.
Le papillon (1) était pour les anciens la forme visible de l'àme humaine, et c'est pour cela que les ailes de papillon étaient données pour attribut à Psyché. Les camées nous la montrent souvent assise et rêveuse (fig. 420). Est-ce l'àme d'un vivant qui songe à l'imniortalité, ou l'àme d'un mort qui l'a déjà conquise?
Ouelquefois la cruauté de l'Amour apparaît sous un jour plus brutal. Les douleurs qu'il cause, les tortures qu'il infiige à l'àme, sont personnifiées par une àme qu'il retient par les cheveux, et qui ne peut plus lui échapper (fig. 427). Il n'a plus besoin de son arc. parce que la blessure est faite, mais il a toujours son llambeau [)Our brûler sa victime.
L'âme humaine. — D'après lescroyanccsadmisesparles philoso|>hes, cl qui, selon cpu-lques écrivains, auraient été l'objet d'un enseignemeni spécial dans les mystères, les âmes existent antérieurement à la naissance
(I) I,ft mot, givo J'syrhi' \vu\ (lire a la Inis àme v[ papillon.
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terrestre, et elles sont attirées vers la vie par l'atliail de la volupté, ou si l'on veul, par Vénus. Elles lournont autour de la terre, eonune les papillons autour dune lumière, et, une l'ois (pTelles en ont a])|)roelié trop près, elles ne peuvent plus s'en détacher et sont eondaninées à la vie, dont elles voient la séduisante image dans le miroir mystique, qu'on voit si souvent apparaître sur les vases funèbre*. Elles sont alors tentées de boire à la coupe de vie, à la coupe de Bacchus, et, des qu'elles ont touché des lèvres la liqueur sacrée, elles s'incarnent dans un corps. « L'union des âmes avec h^s corps mortels , dit Creuzer, tient à plusieurs
Fi^. 428. — Mercure atiaclie au dos de Psyclié les ailes de l'Amour encliainé (d'après une pierre gravée antique).
causes; divers motifs les poussent vers les sphères inférieures. Quelques-unes y descendent, parce qu'elles n'étaient point encore venues ici-bas et qu'elles sont nécessaires au maintien de l'économie du monde. Ce sont les âmes nouvelles ou novices. D'autres sont renvoyées dans les corps pour y expier leurs fautes antérieures. D'autres enfin se livrent Noiontairement à leur {lenchant pour la terre. Ce penchant vient de ct^ <[u'elles ont regardé dans le miroir, dans ce même miroir où s'était vu Dionysus avant de créer les existences individuelles. 11 laisse les âmes s'y regarder aussi, et, sitôt qu'elles ont aperçu leur propre image, un désir violent s'empare d'elles de descendre ici-bas et d'exister par ellesmêmes. Les âmes, dans leur soif de l'existence indi\iduelle, abandonnent leur céleste patrie et elles s'en vont chercher des destinées nouvelles. Une fois qu'elles ont bu à la coupe de Liber-Pater, enivrées, éprises de la matière, elles perdent peu à peu le .souvenir de leur origine. C'est cet ouldi qui les pousse à s'unir aux corps. Les meilleures d'entre elles, redoutant la naissance, se gardent du fatal breuvage dont la séduction les emporterait vers la terre. Même parmi celles qui ne savent point y résister , il est une différence. Les j)lus nobles n'en boivent qu'avec mesure; elles s'attachent fortement au Cu-nie tutélairc qui leur
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ni
est assigné pour les accompagner ici-bas, ont les \eiix fixés sur lui et sont dociles à sa voix. Mais d'autres ne sont point ainsi ; elles boivent à pleine coupe; et ce monde, qui n'est qu'une ténébreuse caverne, leur paraît beau. C'est là qu'elles achèvent de s'oublier, fascinées par les at-
Fig. 429. — Purification de l'âme.
traits, par les délices de la grotte de Dionysus, symbole du monde sensible et de ses voluptés. » (Creuzer.)
«Ce que nous appelons vie, dit Cicéron, est une véritable mort ; notre ànie ne commence à vivre que lorsque, dégagée et libre des entraves du corps, elle participe à l'éternité et, de fait, les anciennes traditions nous apprennent que la mort a été accordée par les dieux immortels, comme une récompense à ceux qu'ils aimaient. » (Cicéron.) « Ceux que nous regrettons ne nous ont point été enlevés pour toujours, et ils ne sont pas perdus pour nous, mais ils ont été éloignés de notre vue et de notre commerce pour un temps marqué. Ainsi, quand nous serons pareillement arrivés au terme que la nature nous a prescrit, aussitôt nous rentrerons en société avec eux. » (Cicéron.)