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CHAPITRE m

LA REINE DU CIEL

Type et attributs de Junon. — Iris. — Junon de Lanuvium. — Le coucou de Junon. — La nymphe Chéloné. — Le châtiment de Junon. — La vache lo et Argus. — Hébé et Ilithvc.

Junon (en grec Héra). — Le type féminin qui répond à Jupiter, comme dieu du ciel, est Junon, sa sœur et son épouse. Junon est avant tout la déesse tutélaire du mariage, la protectrice des unions chastes, le lien de la famille, de même que Jupiter est le lien de la cité.

Pour bien comprendre le rôle de Junon et sa physionomie dans l'art, il faut se rappeler que le mariage grec, c'est-à-dire la monogamie,

Flg. 39. — Junon tenant son voile (d'après iino monnaie antique).

était opposé à toutes les habitudes des âges primitifs, où la polygamie était universelle. Junon prit donc dans l'esprit public le caractère d'une protestation ; la poésie lui prêta une humeur fîère et difficile

Fig. 40. — Junon diadcmée (d'après une monnaie antique).

que l'art a remplacée par une majesté grave, comme il convenait à une déesse qui représente l'épouse.

Depuis les plus anciens temps, Junon a pour attribut le voile que prenait la jeune fille, en signe de séparation d'avec lereste du monde. Primitivement le voile enveloppait entièrement la déesse; Phidias lui-

JUPITER ET Jl NON.

môme a caractérisé Jiinon dans la frise du Paithénon, par le voile en arrièie. Junon est toujours enveloppée de la tète aux pieds dans ses vêtements; mais elle a le cou et les bras nus. Ses attril)uts sont le voile (fig. 39): le diadème (fig-. 40), le paon et le eoncou. On la représentait comme une f(Mnme de haute stature et d'une beauté sévère, avec des traits majestueux et une tournure imposante et dij^ne. « La physionomie de Junon, dit 0. Muller, telle ([u'elle lut très-probablement tixée par Polyc'ète. montre h^s lonnes de la beauté dans toute son éclatantes

Fig. il. — Junon (d";ii)i-ès une statue antique).

et inaltérable fraîcheur, c'est-à-dire doucement arrondies, sans être tro[> pleines, commandant le res|)ect, mais sans dureté. Le front, entouré de cheveux qui tombent en lignes onduleuses, forme un triangle légèrement voûté ; les yeux ouverts et ronds regardent droit devant eux. Un air de jeunesse et de fraîcheur est répandu sur le corps entier de la déesse qui nous représente une matrone se baignant sans cesse dans la source de la virginité, ainsi qu'on le raconte de Junon. »

LA REINE DU CIEL. W

C'est le sciil|)teLir Polyclète qui avait fixé le type de la déesse dans une statue colossale qu'il avait faite pour les Argiens, dont la ville était placée sous la protection spéciale de Junon. On honorait là des reliques trèscélèbres, entre autres le lit de la déesse. La Junon de Polyclète était colossale, quoiqu'un peu moins grande que la Minerve de Phidias, qui avait été sculptée vingt ans auparavant. Elle était assise sur un trône d'or : la tête, la poitrine, les bras et les pieds étaient en ivoire; les draperies en or. Elle était coitfée d'un diadème sur lequel l'artiste avait représenté les Heures et les Grâces. D'une main elle tenait son sceptre.

Fig. 42. — Junon, coloss;ile i^d'après une statue antique, à Rome).

de l'autre elle portait une grenade ; un coucou était placé au sommet du sceptre, et le manteau était orné de guirlandes formées de branches de vignes. Les pieds de la déesse reposaient sur une peau de lion.

Martial célèbre ainsi la Junon de Polvclète : « 0 Polyclète ! cette

Fig. 43. — Junon, reine du ciel, d'après une pierre gravée antique).

Junon, le miracle de ton art, cet heureux titre de ta gloire, la main de Phidias l'envierait à ton ciseau : sa beauté a quek[ue chose de si imposant, que sur le mont Ida, Paris, sans balancer, lui eût donné la préfé-

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rence sur les déesses forcées de s'avouer vaincues. Polyclète, si Jupiter n'ciit aimé sa Junon, il eût aimé la tienne. »

La Junon colossale, à Rome, est la j)lus célèbre parmi les représentations que nous connaissons de cette déesse, doni il existe aussi plusieurs bustes remarquables.

Iris. — Junon, qui dans Tordre moral est la déesse du mariage, caractérise dans l'ordre pbysique l'humidité d(^ l'air. C'est pour cela que la Fable lui donne |)Our servante Iris, {x'rsonnilieation (b> larc-cn-ciel, ([ui apparaît aj)rès les grandespluies. C'est Iris qui est cbarg^ée de la toilette i\v Junon et (jui préjtare son bain; mais sa priiu'i[»alc mission est dètre la messagère de la reine du ciel. Elle glisse dans l'air avec la rapidité d'une hirondelle, et l'art lui donne la forme d'une jeune fille ailée, qui porte le caducée et des talonnières ailées, comme Mercure, le messager de Jupiter, Le chemin que parcourt Iris est la courbe que décrit l'arc-en-ciel avec lequel elle est identifiée. Cette divinité n'apparaît que très-rarement sur les monuments antiques.

Junon de Lanuvium. — Junon était adorée sous une forme spéciale à Lanuvium. ville du Latiinu, d'où son culte se répandit parmi les

Fig. 44. — Junon Sospita ou Lanuvienne , sur un denior de la famille Procilia.

Romains. Le caractère absolument guerrier que l'art lui a donné est différent de celui des autres figiu^es delà déesse. Un serpent est sous ses pieds : elle tient une lance et un bouclier, et porte l'égide, ou peau de chèvre, qui recouvre sa tête. Outre la belle statue du Vatican, plusieurs monnaies la représentent avec son attitude belliqueuse (fig. 44).

Il n'est pas bien surprenant que Junon ait pris chez les Romains un caractère belliqueux, puisqu'à Rome la religion et la politique n'ont jamais été séparées. Quand Camille assiégea \ éies, il voulut apporter à Rome la statue de Junon que possédait cette ville. Après avoir fait un sacrifice devant la statue, il lui demanda si elle voulait venir })rendre place parmi les dieux protecteurs de Rome. La statue répondit par un signe affirmatif. et ce miracle prouva aux Romains que Junon leur était favorable.

Le coucou de Junon. — Jupiter, voulant fléchir l'altière Junon, qui jusque-la n'avait eu que des dédains pour lui, prit la forme d'un coucou,

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et, ayant excité une violente tempête, il vint se réfugier tremblant de froid, aux pieds de la déesse, qui, prenant pitié du pauvre oiseau, le prit et le cacha dans son sein. Le roi des dieux reprit aussitôt sa forme divine, et Junon^ touchée sans doute de la manière piquante dont la déclaration avait été faite, consentit à devenir son épouse : c'est en mémoire de cet événement que Junon porte un coucou en haut de son sceptre.

La nymphe Chéloné. — Pour rendre ses noces plus solennelles, le maître du tonnerre y convoqua tous les dieux, et chaque divinité apporta un riche présent. Jupiter cependant aperçut une place vide parmi les nymphes. C'était la nymphe Chéloné (dont le nom veut dire tortue) ; Mercure, le messager céleste, fut aussitôt envoyé chez elle, pour savoir les raisons qu'elle avait eu pour ne pas venir à la fête. Mais la nymphe déclara qu'elle ne se trouvait bien que dans sa maison et se permit même de railler les époux. Mercure indigné fit tomber sa maison sur son dos où elle se colla, et lui interdit l'usage de la parole, afin qu'elle ne put plus railler les dieux. C'est pour cela que la tortue a toujours sa maison sur son dos et qu'elle ne profère aucun cri.

Le châtiment de Junon. — Junon, bien qu'elle soit la déesse tutélaire du mariage, a rarement vécu en bonne intelligence avec son divin époux. Elle osa un jour, d'intelligence avec iXeptune, conspirer contre Jupiter, dans l'intention de le détrôner, et ils parvinrent même à le charger de liens. Mais la néréide Thétis amena au secours du roi des dieux le géant Briarée dont la présence seule arrêta les dessins de Junon. Jupiter, courroucé, suspendit sa femme entre le ciel et la terre, au moyen d'une chaîne d'or, avec une lourde enclume pesant à ses pieds. Cette fable singulière et fort ancienne a été reproduite par le Corrége, dans le couvent de Saint-Paul à Parme. Par une inconvenance mythologique, dont la Renaissance offre plus d'un exemple, l'artiste a représenté la reine du ciel dans un état complet de nudité. Junon est toujours vêtue des pieds à la tête.

Dans la guerre de Troie, Junon fut constamment l'ennemie des Troyens et la protectrice des Grecs. Quand elle vit ses amis succomber sous les coups d'Hector , elle voulut leur porter secours. Mais Jupiter avait défendu aux dieux de prendre part à la lutte, et s'était établi sur le Gargarus, pour être sur de leur obéissance. Junon alors imagina une ruse ; elle alla trouver Vénus, et, sous prétexte d'une visite qu'elle voulait faire, elle lui emprunta sa merveilleuse ceinture, qui donnait à celle qui la portait une beauté irrésistible. Ainsi parée, elle alla trouver son mari, feignant de vouloir l'entretenir un moment. Comme elle avait mis le Sommeil dans ses intérêts, le roi des dieux ne tarda pas à s'endormir, et les Troyens perdirent en un moment tous les avantages

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qu'ils a\;ii<Mil con(|iiis avec tant de |>('iiie. A son réveil, Jupiter tuf furieux et la inenaea d'un tiaifenieiil analogue à celui qu'il lui avait déjà infligé, mais le mal était fait.

La grande cause de la mésintelligence qu'on voit si souvent survenir entre Junon et son divin époux, a |)our piincipal motif la jalousie que faisaient éprouver à la reine du ciel les nombreux hymens de Jui)iter. C'est a cette Jalousie que le paon doit l'honneur d'avoir remplacé le coucou, comme attribut de Junon.

Argus et lo. — Junon, voyant un jour que son époux n'occupait |)as dans l'Olympe sa place habituelle, conçut des soupçons sur sa fidélité. Regardant alors sur la terre, elle aperçut près du fleuve Inachus un nuage épais et une obscurité qui n'était pas naturelle. Elle descendit avec l'intention de dissiper ce nuage, et de voir ce qui se passait. Jupiter était là en effet, poursuivant la nymphe lo, fille du fieuve. et.

Fig. 45. — Argus et lu (d'après une pierre gravée antique).

pour n'être pas aperçu de l'Olympe, il avait fait naître cette obscurité. Gomme il craignait beaucoup la jalousie de Junon, aussitôt qu'il vit que son nuage disparaissait, il changea lo en génisse. Junon, le rencontrant, lui demanda ce qu'il faisait, et Jupiter répondit qu'il admirait cette belle génisse (jue la terre venait de produire au môme moment. Junon la trouva en (>lTet ravissante, et, affectant d'en avoir envie, elle pria Jupiter de la lui donner. Le dieu n'avait aucune raison })Our refuser à sa femme un cadeau (pii semblait de si mince importance.

Quand Junon eut la vache en sa possession, elb; la confia à Argu>, qui avait cent yeux : il n'y en avait jamais que deux qui se fermassent a la fois, les autres veillaient et faisaient sentinelle. En quelque endroit ([u'ellc s'arrêtât. Argus ne perdait jamais lo de vue; elle était toujours devant ses yeux, môme quand il lui tournait le dos. L'art antique a rarement adopté ce caractère qui ne prêtait point à la plastique et les

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pierres gravées nous montrent Argus sous les traits d'un vieillard gardant une vache.

Cependant Jupiter, ne pouvant supporter la surveillance à laquelle la malheureuse lo est condamnée, appelle Mercure et lui ordonne (\v tuer Argus. Pour obéir à cet ordre, Mercure attache ses ailes à ses pieds, prend son chapeau et cette baguette mystérieuse qui a la vertu d'endormir. Dans ctt équipage, il descend sur la terre, où, quittant ses ailes et son chapeau, et ne gardant que son caducée qui lui sert de houlette, il se met a conduire les chèvres en jouant de la flûte. Argus, charmé du son qu'il entendait, lui adressa ainsi la parole : « Qui que tu sois, tu peux venir t'asseoir auprès de moi ; tu ne trouveras point ailleurs de meilleur pâturage, ni d'ombrage plus frais. » Mercure accepta l'offre que lui faisait Argus, et, après l'avoir entretenu de divers propos pendant une partie de la journée, il se mit à jouer de la flûte, pour tâcher de l'endormir. Quand il s'aperçut que le sommeil avait fermé tous les yeux d'Argus, il cessa de jouer, et, ayant redoublé son assoupissement avec son

l.'ig. 40. — Jupiter ordonne ù Mercure de tuer Argus (d'après une pierre gravée antique].

caducée, il prit une épée recourbée dont il s'était muni, lui coupa la tète et la jeta loin de là. Le rocher où Argus s'était assis en demeura ensanglanté. Junon, désolée d'avoir [)erdu son fidèle serviteur, prit tous les yeux d'Argus et les répandit sur les ailes et sur la queue de l'oiseau qui lui est consacré (le paon), où ils brillent comme autant d'étoiles. »

(Ovide.)

Plusieurs pierres gravées anti([ues reproduisent cette histoire : dans la figure 46 on voit Jupiter qui ordonne à Mercure de tuer Argus, et dans la fio-ure 47 Argus commence à s'endormir au son de la flûte de Mercure. Mais la plus curieuse est celle où Mercure vient de couper la tète d'Argus, qui est rei^ésenté avec des yeux sur son corps (fig. 48). On voit la vache lo qui s'échappe, piquée par un taon, tandis que le paon, consacré à Junon, est perché sur un arbre.

En effet, la colère de l'implacable déesse redoublant contre la malheureuse lo, elle lui envoya une furie qui, sous la forme d'un taon. h,u-

JUPITER ET JUNON

cclaitsans cesse sa victime et, jetant répoiivaiite dans son cœur, la fit fuir jiis([u'au bout (le la terre; lo arriva ainsi sui' les bords du Nil, où elle tomba de fatigue et d"éj)uisemenl. .Iii]»iler alors se décida à prendre le parti pai'le(|uel il aurait du conuuencer : il demanda ]»ardon à sa femme et obtint que la malheureuse lo ne serait plus tourmentée. Junon exigea seulement que la nymphe ne reparût plus en Grèce, et qu'elle se fixât en

Fig. 47. — Mercure endormant Argus (d'après une pierre gravée antique).

Egypte où elle reçut les honneurs divins sous le nom d'Isis. Cette opinion des Grecs vient probablement de ce que la déesse Isis a une vache pour emblème, et comme ils voyaient partout leurs propres divinités, il associaient volontiers leurs légendes à celles des peuples voisins.

Les statues d'Isis grecque ne sont pas rares : les draperies noires lui

Fig. 48. — Mercure tuant Argus (d'après une pierre gravée antique.)

étaient propres, mais ce qui la caractérise très-souvent, suivant une remarque de Winkelmann, c'est le nœud qui réunit sur la poitrine les bouts du manteau égyptien à franges.

La métamorphose de la nymphe lo et surtout l'histoire de Mercure et Argus fontle sujet de représentations assez fréquentesdansl'art moderne. Le Titien nous montre Junon au moment où elle découvre lo métamorphosée en vache. Rubens a répété [)lusieurs fois un tableau fameux de la galerie de Dresde, Mercure endormant Argus. Il a fait aussi une Junon transportant les yeux d'Argus sur la queue d'un paon. Velasquez a interprété à sa façon l'histoire d'Argus et de Mercure. Argus est un jeune berger espagnol , qui vient de s'endormir au son de la llùte de Mercure : celui-ci s'approche avec précaution pour lui couper la tète, tandis

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que lo, sous la lorine de génisse où Jupiter l'a cachée, attend a\ec impassibilité ce qui va advenir de tout ceci. — Ce fut avec un tableau représentant Mercure qui coupe la tète d'Argus que François de Troy fut reçu membre de l'Académie de peinture en 1674.

Les enfants de Junon. — Junon a eu quatre enfants ; Mars et \ dlcain sont deux grandes divinités auxquelles nous devons consacrer un chapitre spécial, mais il faut dire ici quelques mots de ses do[\\ filles Hébé et Ilithyie. Hébé.qui devint l'épouse d'Hercule quand ce héros fut

Fig. 4'J. — Hébé caressant l'aigle de Jupiter (d'après une pierre gravée anticiue)

déifié, est la jeunesse personnifiée. Sa mission dans l'Olympe est de verser le nectar aux dieux heureux, qui passent leur vie dans les festins et ne sont point sujets aux maladies. Dans les bas-reliefs antiques, Hébé apparaît sous la forme d'une jeune fille. Une jolie pierre gravée la montre caressant l'aigle de Jupiter (fig. 49).

Canova a représenté la déesse de la jeunesse, légère, svelte, ra\onnante de grâce et d'élégance, qui, s'abandonnant au mouvement de l'air prêt à l'emporter et s'élançant dans l'espace comme une vision céleste, sourit en levant le bras pour verser la liqueur. L'Hébé de Tliorvaldsen est dans une attitude plus calme et par conséquent plus conforme à l'esprit de l'antiquité (fig. 50).

C'est cependant pour une question d'attitude qu'Hébé a dû se démettre de ses fonctions dans l'Olympe. En effet, ayant fait un faux pas dans la salle du banquet des dieux, elle tomba de manière que la pudeur de Minerve en fut alarmée. Pour éviter le retour d'un pareil événement, on décida qu'Hébé ne servirait plus à table, et c'est a cette occasion que Jupiter envoya son aigle enlever Ganymède, qui a partir de ce moment lui servit d'échanson. Au reste, Hébé fut dédommagée, car elle épousa Hercule après ra[>otbéose de ce héros.

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JUPITER ET JUNUN.

Ilébé représenter donc à proprement parler la fiUo nubile; la seconde tille de la déesse du niariajie est \\\W\\\(i,\ accoucheuse . Divinité toujours vierge et qui jamais ne voulut recevoir aucun hommage ; Uithyie consacre tous ses moments à venir en aide aux femmes dans le travail pénible de Tenfantement. Son nom est de bon augure, et quand on l'appelle trois fois, il est rare qu'on n'obtienne pas son assistance.

Fig. 50. — Hcbé (d'après la statue de liiorvaldsen}.

La manière dont on invoquait la déesse nous a été conservée dans diverses pièces de l'anthologie grecque : « De nouveau, Ilthyie, à la voix de Lycenis qui t'appelle, viens ici prompte et secourable, procurelui encore une couche heureuse. Elle t'offre aujourd'hui cet hommage pour une fille ; mais, pour un fils, ce temple parfumé recevra un jour une bien autre offrande. »

L'anthologie nous présente encore un exemple de remerciements : « Après sa couche, Ambroisie, qui a échappé à d'amères douleurs, dépose à tes pieds glorieux, Ilithyic, les bandelettes de ses cheveux et le voile dans lequel, après dix mois de grossesse, elle est accouchée de deux jumeaux. »

Cependant Uithyie, comme une enfant docile, suit toujours sa mère, qui accorde ou refuse les secours de sa fille, et souvent l'associe à ses imj)lacables rancunes. C'est ainsi que dans l'hymne homérique à Apollon, Uithyie, obéissant cà l'ordre de sa mère, se tient pendant neuf jours et neuf nuits assise sur le mont Olympe, et empêche raccouchement de

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Latone. Mais Iris l'ayant engagée à se rendre à Délos, Latone est aussitôt délivrée de son fardeau.

Diane a été souvent associée à Ilithyie et remplit quelquefois les mêmes fonctions, ce qui jette dans la fable une certaine confusion. Sous les Romains, Ilithyie prend le nom de Lucine, qui est même souvent associé

Fis-. 31.

Junon Luciiic (d'après une s:atue anliqut!)

a celui de sa mère. En effet, sous le nom de Lucine, Junon, dans la religion romaine , présidait aux. naissances et veillait sur la première enfance. La belle statue du Vatican que nous reproduisons est regardée par Visconti comme une Junon allaitant Mars. Junon était fort honorée à Rome comme déesse du mariage, et l'entrée de son temple était interdite aux femmes de mauvaise vie.

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