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CHAPITRE m

LES ROIS GRECS

Décision des princes grecs. — Ulysse et Palamède. — L'éducation d'Achille. — Achille chez la fille de Lycomède. — Sacrifice d'Iphigénie. — Le denn Calchas.

Décision des princes grecs. — Agamemnon et Ménélas, fils d'Atrée, roi d'Argos, furent chassés du royaume après la mort de leur père et se réfugièrent à la cour de Tyndare, roi de Sparte. Celui-ci avait deux filles, Clytemnestre qui épousa Agamemnon et Hélène que sa beauté avait rendue tellement célèbre qu'elle fut demandée par tous les princes grecs. Ménélas fut préféré à ses nombreux rivaux ; mais avant de faire son choix Tyndare avait fait jurer à tous ceux qui prétendaient à la main de sa fille qu'ils respecteraient sa décision et défendraient les droits de celui qui serait possesseur d'Hélène.

Aidés de Tyndare , Agamemnon et Ménélas marchèrent contre Thyeste qu'ils chassèrent ainsi qu'Egisthe. Agamemnon fut reconnu pour maître du royaume ; et Ménélas devint roi de Sparte après la mort de Tyndare. Ce fut pendant un voyage que fit Ménélas en Crète, pour recueillir un héritage, qu'Hélène fut enlevée par Paris. Comme tous les princes grecs qui prétendaient à la main d'Hélène avaient fait serment de défendre le mari qu'elle choisirait, Ménélas fit appel à leur concours pour venger l'outrage qu'il avait reçu. Les princes grecs résolurent de combattre, et Agamemnon, le plus puissant d'entre eux, fut nommé chef de l'armée.

Ulysse et Palamède. — Une ambassade avait été envoyée d'abord à Troie, pour réclamer Hélène. Mais cette ambassade fut inutile, car Priam répondit qu'ils ne devaient attendre aucune satisfaction, parce qu'ils n'en avaient donné aucune pour Tenlèvement de sa sœur Hésione ; d'ailleurs il avait accueilli Hélène comme sa belle-fille. Les Grecs irrités ne songèrent plus qu'à la vengeance. Dans une assemblée générale, les princes grecs décidèrent qu'on irait attaquer Troie. Les principaux d'entre eux étaient Agamemnon, roi de Mycènes et généralissime de l'expédition, Ménélas, les deux Ajax, Diomède, Ido-

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menée, Nestor, Philoctète, Protésilas, F'alanuMle, etc. Ce dernier qui était Tami de Ménélas et uii des plus ardents [>runioteurs de la guerre, fut député auprès d'Ulysse pour hâter son départ. En effet, lorsque les

Fig. Gô3. — Ulysse contrefaisant rinsensc (d'après une pierre gravée antique).

princes grecs réclamèrent le concours d'Ulysse, celui-ci, qui ne voulait pas renier sa promesse, mais qui ne se souciait nullement de quitter sa femme Pénélope, pour entreprendre une guerre lointaine, contrefît

Fig. Gôi. — Achille et le centaure Cliiron.

l'insensé; et quand on vint le chercher, il se mit à labourer le sable du bord de la mer, en y semant du sel. Palamède découvrit la feinte en mettant le petit Télémaque, enfant d'Ulysse, dans le milieu du

Fig, GÔ5. — -Mi-ni-las cl'apix's une statue antique',

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sillon. Ulysse, pour ne pas blesser son fils, leva le soc de la charrue, et fit connaître par là que sa folie n'était que simulée.

Parrhasius d'Ephèse, peintre contemporain de Phidias, avait fait un tableau d'Ulysse contrefaisant l'insensé, qui était très-célèbre à Athènes. Le même sujet avait été traité par Euphranor. Pline nous a laissé une description de ce tableau, où le héros était représenté conduisant une charrue à laquelle il avait attelé ensemble un bœuf et un cheval. Deux hommes enveloppés dans leur manteau veillaient sur les manœuvres d'Ulysse. Le même sujet se trouve sur une pierre gravée (fig. 633). Palamède a posé le petit Télémaque devant le sillon où les bœufs doivent passer, et Ulysse par son effroi trahit le rôle de fou qu'il s^était imposé pour ne pas aller à la guerre de Troie. Seulement Tartiste a attelé à la charrue deux bœufs, au lieu d'un cheval accouplé avec un bœuf, conformément à la tradition.

L'éducation d'Achille. — Il est assez remarquable que les deux chefs qui ont le plus contribué à la chute de Troie, n'aient pas été prêts

Fig. GÔ6. — Éducation d'Achille (d'après une pierre gravée).

dès le début de l'expédition. Mais Achille, qui était alors fort jeune, ignorait ce qui se passait ; sa mère le cachait soigneusement, et ce fut une circonstance imprévue qui décida son départ.

Quand on se croyait prêt à partir le devin Calchas déclara que l'armée ne pouvait réussir dans cette périlleuse entreprise que si, parmi les princes qui la commandaient, il y avait un Myrmidon descendant d'Eaque ; Pelée était alors roi des Myrmidons et descendait d'Eaque. Achille était né de son union avec la néréide Thétis. A sa naissance sa mère l'avait plongé dans le Styx, dont les eaux avaient la propriété de rendre invulnérable ; seulement comme elle le tenait par le talon, cette partie du corps seule était restée vulnérable, parce qu'elle n'avait pas été mouillée. L'éducation d'Achille avait été confiée au centaure Chiron, qui le nourrissait avec la moelle des lions, et qui lui montrait à tirer de l'arc, à connaître les plantes qui guérissent les

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blessures et à chanter en s'accompagiiant de la lyre. L'éducation d'Achille est fréquemment représentée sur les monuments antiques, et notamment sur une belle peinture de Pompéi. On voit le centaure Chiron qui lui apprend à se servir de la lyre (fig. 654), et ailleurs il lui enseigne les vertus des plantes (fig. 657). Dans l'art moderne le joli tableau de Regnault, où Achille apprend du centaure à manier son arc, a été popularisé par la gravure. Mais ce qu'on ignore généralement, c'est que Carie Vernel, le père d'Horace Vernet, a servi de modèle

Fig. 657. — Éducation d'Acliille (d'après une peinture antique,'.

pour le torse d'Achille. Carie Vernet n'était pas alors le spirituel académicien dont les bons mots égayèrent tout Paris sous la Restauration, c'était un bel adolescent musqué, qu'on vit sous le Directoire figurer parmi les incroyables.

Eugène Delacroix a peint aussi une éducation d'Achille, mais il l'a conçue à un point de vue plus dramatique et moins sculptural. Le centaure, portant en croupe son élève, poursuit une lionne qui s'enfuit en grondant.

Achille chez les filles de Lycomède. — Comme Achille était Myrmidon et descendant d'Éaque, les princes grecs songèrent naturellement à l'emmener. Un oracle avait prédit qu'il se couvrirait de gloire, mais qu'il mourrait très-jeune. Sa mère Thétis, dès qu'elle entendit parler d'une guerre, ne songea qu'à lui cacher l'entreprise, et lui ayant mis des habits de femme, l'envoya chez Lycomède, roi de Scyros, qui avait plusieurs filles. « Là, dit le poète Bion, seul, caché parmi les filles de Lycomède, Achille apprenait à filer de la laine, au lieu de manier les armes, et ses blanches mains s'occupaient à des ouvrages de femme : il semblait être une jeune vierge. Il en avait toute la mollesse ; les roses brillaient sur ses joues et il cachait ses cheveux sous un voile. »

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Ulysso pourtant, s't'laiit doguisr on iiiarchand (robjots de toilette, vint chez Lycomèdc, et proposa des bijoux à ses tilkîs. Tandis qu'il étalait devant elles ses marchandises, Achille découvrit son épée et sa lance et s'en saisit aussitôt. Ulysse reconnut à ce signe que c'était là le jeune homme qu'il cherchait. Rien ne put retenir le héros, pas même la belle Déidamie, lillo de Lycomède, à laquelle il s'était uni, et dont il avait un enfant qui devint Pyrrhus, appelé aussi Néoptolème. Athénion, peintre grec contem[>orain d'Alexandre, avait peint Achille portant des habits de fille et découvert par Ulysse.

Dans un tableau décrit par Philostrale, on voyait les fdles de Lycomède prenant leurs ébats dans une prairie tout émaillée de fleurs. Placé au milieu d'elles, Achille malgré ses habits de femme trahissait sa nature par ses mouvements impétueux et sa chevelure hérissée.

Un bas-relief du musée Pio-Clémentin représente cette scène (fig. 659). Achille vient de rejeter le vêtement de femme qui le couvrait et paraît presque nu. Parmi les dons présentés par Ulysse, il a choisi la lance. Envoyant cela, Ulysse s'applaudit de sa ruse. Ici Déidamie et ses compagnes essayent en vain de retenir Achille qui fait un grand pas, comme s'il allait au combat, malgré l'Amour qui tente inutilement de s'opposer cà son départ. Dans le coin à droite on voit Diomède armé de toutes pièces et Argitès qui sonne de la trompette pour emflammer le courage du jeune héros. Dans l'art moderne, le même sujet a été traité par Rubens, et, ce qui est plus singulier, par David Téniers.

Sacrifice d'Iphigénie. — L'armée se trouvant donc au complet, on se décida à faire voile vers la Troade. Mais au moment du départ, une tempête, ou suivant d'autres une peste, retint les Grecs dans le port d'Aulis. Le courroux de Diane était cause de ce malheur qui retardait l'expédition et peut-être la rendait impossible. Agamemnon avait tué une biche dans un bois consacré à la sœur d'Apollon, et la déesse était irritée de cet acte sacrilège.

Le devin Calchas déclara que la flotte ne pourrait pas avancer, si le roi Agamemnon ne sacrifiait cà Diane ce qu'il avait de plus beau, c'est-àdire sa fille Iphigénie. On la fit venir sous le prétexte de l'unir par l'hymen à Achille, mais quand elle arriva ce fut un bûcher qu'elle trouva préparé, au lieu de la fête nuptiale.

La jeune fille s'abandonne alors à son désespoir et vient supplier son père de ne pas lui arracher la vie. « 0 mon père, si j'avais l'éloquence d'Orphée et la force persuasive d'attirer les rochers par mes chants et d'attendrir les cœurs par mes paroles, j'y aurais recours. Mais pour toute habileté je t'offrirai mes larmes ; c'est tout ce que je puis. En gage de suppliante je mets à tes pieds ma personne, que tu as enfantée, car il est poux de voir la lumière ; ne me force pas à visiter les régions souter-

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raines. La première, je t'appelai du nom de père et lu m'appelas ta fille ; la première, livrant mon corps à tes genoux, je te donnai et je reçus de toi de tendres caresses. Tu me disais alors: « Te verrai-je, ma fille, « dans la maison d'un époux vivre heureuse et florissante, comme il est

Fig. GGO. — Lo sacritice d'Ipliigénio (d'après un vase antique, dit le Vase Mcdicis).

« digne de moi? » et je répondais, suspendue à ton cou et pressant ton menton que ma main touche encore : « Et toi, mon père, te recevrai-je « vieillissant dans la douce hospitalité de ma maison, pour te rendre les « soins qui m'ont nourrie? » Je conserve la mémoire de ces paroles, mais toi tu les as oubliées, puisque tu veux me faire mourir. » (Euripide.)

Le salut de Tannée parut plus précieux à Agamemnon que la vie de sa fille et l'immolation fut décidée. Mais au moment même où la victime

Fig. 661. — Le présage du devin Calchas (d'après une pierre gravée antique].

fut frappée, un prodige s'opéra à la vue de toute l'armée. Iphigénie n'était plus là, et la déesse en l'enlevant lui avait substitué une biche. Le sacrifice d'Iphigénie formait le sujet d'un très-célèbre tableau de Timanthe dont on croit avoir une répétition dans une peinture de Pompéi. Agamemnon était représenté se caciiant le visage, non pas, comme on l'a dit, parce que le peintre ne savait pas exprimer la douleur,

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mais parce que l'usage des Grecs était de se voiler la face quand ils versaient des larmes. Le môme sujet se déroule sur le fameux vase Médicis, si souvent reproduit pour la décoration de nos parcs (lig. 660).

L'armée put eniin se mettre en marche. Une pierre gravée du musée de Florence nous montre un ser[)ent autour d'un arbre (lig. 661). 11 va dévorer neuf petits oiseaux qui sont dans leur nid, et leur mère qui arrive pour les secourir partagera bientôt leur sort. C'était, selon le devin (^alclias, un présage duquel on pouvait conclure que le siège de Troie durerait dix années et que la ville serait prise dans la dernière.

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