‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 85 sur 111 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

LES ALLIES DE PRL\.M

F. es Amazones. — Mort de Penthésilée. — Achille et Thersite. — Memnon et les Élhiopiens. — Mort d'Antiloque. — Achille et Memnon. — Mort d'Achille. — Ajax et Ulysse. — Démence d'Ajax,

Les Amazones. — Quand la trôvc fut terminée, les Troyens que la présence d'Achille remplissait d'effroi et qui n'avaient plus Hector pour les défendre, n'osaient plus franchir les murailles de la ville. Cependant un secours imprévu leur arriva : Penthésilée, la reine des Amazones, arrivait avec une armée des bords lointains du Thermodon, pour venir en aide à Priam. Ces femmes guerrières étaient bien connues des Grecs, qui dans mainte occasion avaient éprouvé leur valeur,

A la vue de Penthésilée et des Amazones qui l'accompagnaient, Priam sembla oublier un moment la douleur ([ue lui avait causée la

Fig. G92. — l'entlicsilée oflVe son appui à Paris et à Hélène (d'après un camée anti(iuc\

mort sanglante de ses fils. « Il conduit l'héroïne dans son palais, l'accueille avec la même tendresse que s'il eût revu son propre enfant après vingt ans d'absence. Il lui fait servir un repas somptueux, tel que des rois puissants, après la défaite de leurs ennemis, le fontap[trèter sous de verts feuillages, pour célébrer leur victoire. Ce prince la comble ensuite de riches présents et lui en promet de plus magnifiques encore, si par son courage elle délivre les Troyens. Ce que nul mortel ne pouvait exécuter, lui semble facile; elle s'engage à triompher d'Achille, à tailler en pièces les bataillons grecs, et à' réduire leur flotte en cendres, » (QiiMis de S.myrne.)

LA GUERRE DE TROIE

Un bas-relief anli([ue, que nous reproduisons eu deux parties (fig. 094-095) représente Tarrivée de Penthésilée dans la famille de Priam. Dans le coin à gauche, Andromaque, assise devant Hécube, tient Astyanax: sur ses genoux : derrière elle est la nourrice du fils d'Hector et une autre servante. Elles pleurent toutes ensemble la mort du héros que Troie vient de perdre. Phis loin Priam, coilîé de la mitre phrygienne, présente la main à Penthésilée qui vient de descendre de son cheval dont elle tient encore les rênes. Plusieurs Troyens pleurent la mort d'Hector, et Andromaque est figurée de nouveau, portant cette fois sur ses genoux les cendres du héros renfermées dans une urne. Le reste de la composition montre des amazones qui sont en train de s'équiper pour le combat.

La jeune héroïne ranime le courage des Troyens et s'avance hardiment contre l'armée ennemie dont elle fait un effroyable carnage (fig. 097). Cette mêlée est figurée sur une peinture de vase de style archaïque. Les guerriers portent leur épée suspendue au côté par un baudrier et combattent avec des lances : seule Penthésilée, coiffée de la mitre phrygienne et vêtue d'une tunique de peau, frappe ses ennemis avec la hache des Amazones.

La mort de Penthésilée.

(Cependant, les Grecs commencent à

Fig. 0!iG. — L'Aiiiazono blessée (d'après une statue antique, musée de X'aples).

fuir de toutes parts. Achille et Ajax, entendant le bruit, marclicnt au-

730 LA GUERHE DE THOIE.

devant de Penthésilcc, qui. s'étant tiop avancée, se trouve bientôt isolée au milieu de ses ennemis. L'Amazone lance ses javelots et frappe tour à tour les deux héros : elle les atteint, mais sans l(>s blesser, car elle n'avait pas compté sur l'excellence de leur armure. Achille alors saisit d'une main robuste sa lance meurtrière, en frappe au-dessus de la mamelle droite la belli(iueuse Penthésilée et, courbée sur son coursier, l'Amazone est précipitée sur le champ de bataille. La célèbre statue du musée de Naplcs, connue sous le nom à\A?nazono blessée, représente Penthésilée tombant sous le coup d'Achille (fig. 09G). Un bas-relief du musée Campana nous montre également Achille soutenant l'Amazone après l'avoir dépouillée de ses armes (fig-. 098).

En effet, le héros a retiré sa lance du corps de l'Amazone })alpitante encore sous le fer qui l'avait transpercée. « 11 détache son casque aussi brillant que la clarté des cicux ou les rayons de l'astre du jour. La poussière et le sang n'avaient point défiguré les traits de cette reine guerrière et, malgré ses yeux éteints, on remarquait encore les grâces de son visage. Les Grecs qui l'environnent, étonnés de sa beauté, croient voir une déesse : étendue avec ses armes, elle ressemblait à l'intrépide Diane qui, lassée d'une course où elle a terrassé les lions, goûte à l'ombre d'un bois touffu les douceurs du sommeil. Vénus, pour exciter de vifs regrets dans l'àme du vainqueur, avait conservé à Penthésilée, même après sa mort, tous les charmes qui l'avaient fait admirer pendant sa vie. Achille commence à se reprocher de lui avoir donné le coup mortel, et de s'être privé du bonheur de posséder cette reine fameuse que sa taille et ses attraits rendaient semblable aux immortels. » (Qlintus de Smyrne.)

Achille et Thersite. — Achille laissait éclater bruyamment ses regrets. Le pauvre Thersite, qui n'avait pas une grande renommée dans les combats, mais que les Grecs connaissaient pour sa laideur et ses railleries, se permit à cette occasion une plaisanterie, a laquelle le héros répondit en lui fracassant la tête d'un revers de main.

Un bas-relief d'une basse époque nous montre Achille tenant dans ses bras le corps inanimé de Penthésilée, et tournant la tête comme pour regarder Thersite qui. est gisant à ses ^lieds (^fig. 098). La mort de ce malheureux a causé une querelle entre Achille et Diomède qui avait des liens de parenté avec Thersite : elle fut heureusement apaisée, sans quoi elle aurait pu devenir funeste pour les Grecs.

Combat d'Achille et de Memnon. — Après la mort de Penthésilée, les Troyens accablés de tristesse avaient perdu tout espoir et se tenaient enfermés dans la ville sans oser en sortir. On agita même dans l'assemblée s'il ne valait pas mieux abandonner la ville et se ré-

LES ALLIES DE PHL\M

fugier sur une terre étrangère. Le vieux Priaui pourtant rendit un peu d'espoir aux assiégés en leur annonçant l'arrivée prochaine du puissant

Fig. 099. — Le corps d" Antiloque rapijorté sur le char de Nestor.

roi des Ethiopiens, Meninon, fils de l'Aurore. Le héros \int en effet, suivi d'une puissante armée, et Priam lui fit présent d'un magnifique

Fig. 700. — Combat d'Achille et de Memnoii ^d'après une peinture de vase).

vase d'or, œuvre de Vulcain, et qui lui venait de son père Laomédon. La présence de Meninon ranima encore une fois le courage des

LA GUERRE DE TROIE

Troyens. Les Grecs, surpris de se voir attaqués de nouveau, courent aux armes de leur côté et un combat s'engage. « Memnon, semblable à ces (U'aux destructeurs qui menacent la vie des infortunés mortels, se jette sur les Grecs, et laisse parmi eux des traces sanglantes de sa fureur. Il blesse d'un javelot dans la poitrine le vaillant Pbéron et perce d'un autre le brave Ereutbus. Ces deux guerriers conduits par Nestor étaient venus de Thrium, leur patrie, sur les bords de l'Alphéc. Il tourne aussitôt ses armes contre Nestor lui-même. Pour arrêter la colère du vainqueur. Antiloque, fils de Nestor, dirige contre lui sa longue pique ; mais le coup, esquivé par Memnon, terrasse à côté de lui Pyrraside, l'un de ses plus fidèles Ethiopiens; irrité de cette jierle, le (ils de l'Aurore se jette sur Antiloque. Celui-ci, le voyant approclicr, lance contre lui une pierre énorme, que l'épaisseur du casque de son ennemi rend inutile. Memnon frappé lïea devient que [dus furieux; il se jette une seconde fois sur Antiloque, et lui perce le sein d'un dard aigu, qui pénètre jusqu'au cœur, où les plus légères atteintes sont toujours suivies d'une

Fig. 701. — La posée des âmes (d'après un miroir étrusque).

prompte mort. » (Quintus de Smyrne.) La mort d'Antiloque est figurée sur un monunuMît antique. On voit Nestor et les guerriers qui l'accompagnent placer siu^ un char le corps d'Antiloque, pour le rap|>orter dans le camp des Grecs et lui donner la sépulture (fig. G99). La mort d'Antilo([ue consterna tous les Grecs, et le vieux Nestor surtout était inconsolable de la perte de son fils. Son grand tige ne lui permettait guère de se mesurer contre Memnon, et ce fut dans Achille qu'il voulut lui trouver un vengeur. Antiloque était de tous les Grecs celui qu'Achille chérissait le plus depuis qu'il avait perdu Patrocle. Le héros abandonne aussitôt la poursuite des Troyens qu'il avait déjà vaincus, et les phalanges qu'il était prêt à attaquer. La vue du corps d'Antihxjue \c transporte de colère et il court sur Memnon qu'il blesse d'abord à l'épaule droite. Mais le fils de l'Aurore n'en devient que plus redoutable.

LES ALLIES DE PIUAM

Cependant les âmes des deux héros sont dans la balance, et la destinée s'est prononcée en faveur d'Achille, comme nous le voyons sur une peinture de vase, où on voit Meninon succombant sous les coups du héros grec

Fig. 702. — L'Aurore au tombeau de Memuoii (d'après une peinture de vase).

(fig. 700). Au-dessus on voit Mercure regardant une balance qu'on voit descendre du côté où est le fils de l'Aurore. Au-dessus de lui apparaît l'Aurore désespérée et s'arrachant les cheveux, tandis que la Parque, placée en face de Mercure, lui désigne du doigt celui qui doit demeu-

Fig. 703. — Acliillc retirant la flèche de Paris (d'après une pierre gravée antique.)

rer sur la terre et celui qui doit aller habiter parmi les ombres. Sur le col du même vase, on voit deux femmes coiffées de diadèmes radiés, et portant, l'une un flambeau allumé, et une cyste mystique, l'autre un vase avec lequel elle va faire une libation sur un autel funèbre. On peut voir ici, selon M. Guigniaut, une image de l'Aurore se rendant au tombeau de son fils Memnon, pour lui rendre les derniers devoirs (fig. 702). Un miroir étrusque nous montre également les âmes, ou plutôt les destinées d'Achille et de Memnon, sous la forme de petits guerriers armés de toutes pièces et placés chacun sur le plateau d'une balance que tient Mercure tandis qu'Apollon sembh> regarder ce qu'il va advenir de tout cela (fig. 701).

734 LA GUERRE DE TROIE

Mort d'Achille. — La mort de Momnoii devait être le dernier exploit d'Achille, car un trait lance par Paris (mais dirip:é par Apollon lui-même) vint frapper le héros au talon, seule partie de son corps qui

Fig. 704. — Achille soutenu par Ajax (d" après une pierre gravée antique).

était vulnérable, parce qu'elle n'avait pas été mouillée par les eaux du Styx. Il tomba, et les héros troyens s'élancèrent pour s'emparer de son

Fig. 705. — Les principaux événements de la vie d'Acliillc (d'après un bas-relief antique)

corps, mais Aja\ parvint à s'en saisir et eut l'honneur de le rapporter dans le camp des Grecs.

11 existe quelques monuments anciens relatifs à la mort d'Acliille, mais ils sont moins nombreux que ne pourrait le faire supposer l'importance du personnage. Sur une intaille, on voit le héros tombé sur le genou

LES ALLIES DE l»[UAM. 735

droit cl en Iraiii d'aiTaclier la lli'clic (jii'il a rcriio de Paris (fig-. 703). Une cornaline étrusqne, dont la partie convexe montre une sirène, comme musc de la mort, représente Ajax, chargeant sur ses épaules Acliillc qni vient d'être tué (fig\ 701).

Les [)rincipau\ événements de la vie d'Achille sont représentés sur un piédestal de marbre dont M. Guigniant a donné la description suivante : [a, Thétis, assise sur un lit, vient de lui donner le jour ; — 6, la nourrice lave le nouveau-né dans un vase ; — c, Thétis plonge son fils dans les eauv du Sty\, figuré ici comme une vieille nymjdie appuyée sur une urne; — cl, elle remet Achille au centaure Chiron, qui doit lui donner l'éducation des héros ; — ^, le jeune prince est sur le dos du centaure, et poursuit un lion qu'il vient de blesser d'une flèche ; — /, Achille est caché sous des habits de femme, pariui les esclaves de Déidamie, fille de Lycomède roi de Scyros ; — g, Déidamie veut retenir Achille, mais il a déjà saisi un bouclier et une épée, et il se prépare à suivre Ulysse, qui ordonne à Agyrtès de sonner de la trompette pour exciter encore davantage sa jeune ardeur ; — //, Achille combat Hector, qui veut venger la mort de Polydore, son frère, étendu à ses pieds ; derrière eux est la porte Scée, et devant cette porte, le fleuve Scamandre, sous les tiaits d'un vieillard couché, a})puyé sur une urne et tenant dans sa main droite un roseau; — i, Achille nu, armé dun casque et d'une épée, vient d'attacher à son char, sur lequel il est monté, le corps d'Hector; il tient les rênes de ses chevaux, qui sont précédés par la Victoire, })ortantune palme et une couronne : dans le fond, où sont les murs de Troie, Priam, coiffé du bonnet phrygien, est spectateur de cette scène dont il frémit).

Ajax et Ulysse. — Pour honorer la mémoire d'Achille, on fit des jeux solennels et ses magnifiques armes placées au milieu du camp lurent la récompense promise au vainqueur. Ulysse et Ajax étaient désignés entre tous les concurrents, mais il était difficile de choisir entre eux. Ils plaidèrent chacun leur cause devant les chefs grecs réunis, et une dispute violente s'engage entre les deux héros. Ajax, soldat loyal et sans artifices, avait en horreur les stratagèmes habituels d'Ulysse, et il accusa son adversaire de manquer de courage. « 0 Jupiter! s'écriat-il, c'est à la vue de nos vaisseaux que nous ])laidons, et c'est Ulysse qu'on met en parallèle avec moi, lui qui n'a pas rougi de fuir devant les feux dont Hector menaçait notre flotte, tandis que moi, je les ai bravés, je les ai repoussés ! 11 y a sans doute moins de danger à faire des discours imposteurs qu'à combattre Tépée à la main ! Mais il m'est aussi difficile de bien parler, qu'à Ulysse de bien agir; et je remj)orte par l'intrépidité dans les combats autant qu'il excelle dans l'art de la parole. Cependant, ô Grecs! je ne pense pas qu'il soit nécessaire de vous

LA GUERRE DE TROIE

rappeler mes exploits, car vous les avez vus. OnX'lyssc raconte les siens, qui n'ont eu que lui seul et la nuit pour témoins. » (Ovide.)

Fig. 700. — Dispute pour les armes cV Achille (sculptée sur une coupe d'argent antique).

Démence d'Ajax. — Les chefs grecs allaient donner le prix à Ajax, mais quand Ulysse parla à son tour, son habileté enleva tous les suffrages. Ne pouvant contenir sa honte et son chagrin, Ajax per-

Fig. 707. — Ulysse contompknt les armes d'Achille (d'après une pierre gravée antique\

dit complètement la tète; frappé de folie furieuse, il transperçait de son épée les paisibles moutons, qu'il prenait pour ses ennemis. Enfin, dans un accès de délire, il se tua lui-même. Le devin Calchas n'hésita pas à attribuer la fin tragique du héros à Timpiètè qu'il avait toujours montrée. Déjà, disait-il, au sortir de ses foyers, Ajax montra sa dé-

LES ALLIÉS DE PRL\M

mencc en n'écoutant pas les avis de son père. Celui-ci lui disait : « Mon fils, sois jaloux de vaincre, mais toujours de vaincre avec Tappui des dieux. » Et lui répondait, dans son fol orgueil : « Mon père, avec les « dieux, un lâche même peut obtenir la victoire ; moi je me flatte d'ac- « quérir cette gloire sans leur aide. » Tel était son superbe langage. Une autre fois, quand la diviue Minerve le pressait, Texhorfait à tourner son bras meurtrier contre les ennemis, il lui répliqua par ces paroles arrogantes et impies : « Déesse, cours assister les autres Grecs; pour « nous, jamais l'ennemi ne rompra nos rangs. » C'est par ces discours et cet orgueil plus qu'humain qu'il s'est attiré la colère implacable de la déesse. » (Sophocle.)

Fig. "08. — Mort d"Aja\ i^d'après une peinture de vase).

Malgré l'opposition de Calchas, prétendant que le corps de celui qui avait mis fin lui-même ta ses jours ne méritait pas d'être brûlé, les funérailles d'Ajax, sur la proposition d'Ulysse, se firent avec une grande pompe. Ulysse déposa en pleurant sur le tombeau les armes d'Achille, cause de la catastrophe; Teucer, frère d'Ajax, les refusa. Après le naufrage d'Ulysse, ces armes enfouies au fond de la mer furent rapportées parles flots jusqu'au tombeau d^Ajax. La mort d'Ajax est figurée sur uu \ase peint {l\'^. 708).

Page 1