‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 96 sur 111 · DIVINITÉS SCANDINAVES · texte numérisé non relu

DIVINITÉS SCANDINAVES

Origine du monde. - Formation des dieux. - Ymer. - La vache merveilleuse. odin - Formation de la terre. - Thor. - Les enfants de Loke. - Le loup Fenris. - lîalder et les Azes. - La larme refusée. - Destruction et renouvellement de l'Univers.

Création du monde. — Avant ([uo le monde fût créé, il existait deiiK divinités, l'une appelée le Père éternd, habitant un palais de lumière, et l'autre, Snrtw le Noir, toujours enveloppée dans les ténèbres, parmi des fleuves bouillonnants et empoisonnés. Mais entre cette immense lumière, et cette immense nuit, il n'y avait rien : on ne connaissait alors ni la mer, ni les rivages, ni les vents, ni la terre qui est sous nos pieds, ni le ciel qui est sur nos têtes. Seulement des fleuves empoisonnés qui bouillonnaient dans les ténèbres, il sortait des vapeurs malsaines qui se perdaient dans l'espace. Elles se condensèrent pourtant en un certain point et formèrent des montagnes de glace, dont une partie fondait ensuite quand il paraissait un rayon de soleil. Ce furent ces vapeurs, tour à tour gelées et fondues, qui formèrent le méchant Ymer, père de la race hideuse et malfaisante des gcants de la gelée.

Ymer se trouvait ainsi seul au milieu des frimais, et de quelque côté quil se retournât, il ne voyait que de la neige qui tombait eli abondance. A peine venait-il de naître, qu'il était en proie à une faim immense, effravante, et ne trouvait rien qui pût la satisfaire, car il n'y avait alors ni herbe ni animaux, mais seulement de la neige. Un rayon de soleil fit encore fondre la neige h une autre place et cela forma une vache immense et merveilleuse, dont les mamelles faisaient couler quatre grands fleuves de lait. Ymer put alors satisfaire son prodigieux appétit, et donna le jour à de nombreux géants, tous d'une grande force et d'une extrême violence.

La vache merveilleuse qui nourrissait les gémits de la gelée n'avait pourtant pas d'herbe pour brouter : elle n'avait d'autre ressource que de lécher des pierres couvertes de sel et de givre. Sur une de ces pierres ainsi dépouillée de son sel parles allèchements de la vache, il poussa des cheveux, puis une tète, puis un corps, puis des membres, si bien que ce fut bientôt un homme jeune et vigoureux qui reçut le nom de

Bore et fut le père des dieux. Ces dieux furent Odin et ses deux frères,

Vé et Vil, puis les trente-deux Azes, divinités l)ienfaisanles, ennemies déclarées des géants. Ils s'occupèrent aussitôt d'établir dans la nature des lois régulières, et de fixer le cours des astres. Mais les géants de la gelée, forces aveugles et inconscientes, s'efTorçaient de maintenir le désordre, et s'opposaient à tous les projets salutaires des dieux^ qui avaient Odin pour chef. Il s'ensuivit une épouvantable bataille, dans laquelle Ymer et tous les géants furent tués à l'exception d'un seul qui parvint à s'échapper et eut pour mission d'en perpétuer la race.

Les géants de la gelée étaient noyés dans le sang; mais Ymer leur père était tellement grand, que les dieux, ne sachant où placer son vaste corps, le précipitèrent dans l'immensité de l'espace. Sa chair forma la terre, son sang forma la mer, ses os devinrent les montagnes, et ses cheveux les forêts. Avec son crâne, les dieux firent la voûte du ciel, et quatre nains, placés aux quatre points cardinaux, furent chargés de la supporter. Auparavant les dieux en avaient extrait la cervelle, qu'ils lancèrent sous la voûte du ciel : elle se déchira en morceaux qui sont les nuages. Ensuite Odin s'occupa d'embellir l'univers; il aperçut deux troncs d'arbres, que les flots avaient jetés sur la plage, et qui n'avaient ni Ame, ni intelligence, ni visage. Odin leur donna une àme avec la vie, un de ses frères les pourvut d'intelligence, un autre les doua d'un visage. Ce furent le premier homme et la première femme, Aske et Embla, les ancêtres du genre humain.

Le bonheur et l'innocence régnèrent alors sur la terre, mais un géant avait échappé à la destruction, et s'était réfugié dans les montagnes. Celui-ci fut la cause de tous les malheurs du genre humain, car les filles des géants ont amené la corruption sur la terre. L'une d'elles, Gullveiga (la peseuse d'or) a apporté parmi les hommes l'avarice et la cupidité ; trois fois les dieux la livrèrent aux flammes, et trois fois elle renaquit de ses cendres. Ellevit encore : c'est elle qui, la première, a fait couler le sang humain ; par elle il ne cessera de couler.

Dans le ciel, les choses marchaient mieux. Odin, la sagesse suprême, et sa femme Frigga, la terre, régnaient sur les Azes ou bons esprits, avec Thor, leur fils, qui dirige le tonnerre et porte un marteau en sa qualité de forgeron. Autour d'eux sont les Azes, esprits bienfaisants qui gouvernent le monde et habitent des palais superbes. Odin, voulant aller plus facilement de la terre au ciel, construisit un pont lumineux et de plusieurs couleurs (l'arc-en-ciel). Mais craignant que les géants ne fussent tentés d'escalader le ciel à l'aide de son pont, Odin plaça une sentinelle à l'entrée. Ce poste difficile fut confié àHiemdal, dont l'oreille était si fine qu'il entendait l'herbe croître sur la terre, et la laine pousser sur le dos des brebis. Il avait la vue si perçante que nuit et jour il voyait tout ce qui se passait à cent lieues à la ronde. Hiemdal remplit les fonctions de portier du ciel ; son bras est armé d'un glaive flam-

DIVINITES SCANDINAVES. 8S5

boyant et le sonde sa trompette est si aigu qu'on l'eiilendrait aux quatre coins du monde.

Quand les dieux sont convoqués ils montent à cheval, traversent au galop Farc-cn-ciel, qui sert de pont entre la terre et les cieux, et s'assemblent pour délibérer, à l'ombre du frêne Ygdrasil, arbre sacré dont le feuillage s'étend sur l'univers entier comme un immense parapluie. Ce frêne est le premier et le meilleur parmi tous les arbres qui existent. Ses plus petites branches sont tellement grosses que quatre cerfs courent sur elles de front sans se heurter. 11 y a trois racines, l'une est au ciel parmi les dieux, la seconde tient à la terre, et la troisième descend jusqu'aux enfers. La racine céleste est placée au-dessus d'une fontaine sainte dont l'eau est si pure qu'elle blanchit tout ce qu'elle touche. Lcà vivent deux cygnes d'une blancheur éblouissante. Trois fées, Urda, Yérandi et Sculda (le présent^ le passé et l'avenir), habitent près de cette fontaine et sont sans cesse occupées à y puiser de l'eau pour arroser le frêne Ygdrasil, de crainte qu'il ne se dessèche. La racine qui plonge dans les enfers est sans cesse rongée parle monstrueux serpent Nidhogger, être malfaisant, toujours nourrissant des projets sinistres. Mais tous ses mouvements sont épiés par un petit écureuil qui, parcourant sans cesse l'arbre dans toute sa hauteur, rapporte les faits et gestes du serpent à un aigle divin placé au sommet de l'arbre.

Cependant la guerre n'était pas finie, car Loke, l'esprit des ténèbres, et roi des Alfes noirs ou génies malfaisants, voulait sans cesse troubler l'ordre de l'univers et ravir à Odin son trône de lumière. Les enfants de Loke sont Hela (la mort) et le terrible loup Fenris, qui à lui seul peut tenir tète à tous les Azes et aux Valkyries, vierges des combats, qui dans le Valhalla versent aux héros l'hydromel et la bière. Les guerriers d'Odin parvinrent pourtant a vaincre le loup Fenris, mais ils ne savaient comment le tenir, car ce loup était si fort qu'il rompait les chaînes de fer les plus solides et aucun corps n'était assez puissant pour le garrotter. Enfin les Azes pour l'enchaîner furent obligés d'avoir recours à l'industrie des Alfes noirs, nains malfaisants, mais très-habiles forgerons. Ceux-ci tressèrent ensemble le pas d'un chat, la barbe d'une femme, la racine d'un rocher, le soupir d'un ours et l'àme d'un poisson, et avec tout cela ils firent une corde si forte que le loup Fenris lui-même ne saurait en venir à bout. Mais pour la mettre au collier de Fenris il fallut user de ruse, car le loup se méfiait.

Pour vaincre ses scrupules, il fut convenu que Thor, le fils aîné d'Odin, mettrait comme gage, son propre bras dans la gueule de Fenris. Moyennant cela les Azes parvinrent à enchaîner le terrible loup, et ils firent passer la corde à travers un grand rocher plat, qu'elle traversait pour aller se perdre dans les entrailles de la terre. Fenris alors s'aperçut qu'il était prisonnier et que tous les efforts qu'il faisait pour se

856 DIVINITES ETRANGERES.

dégager, ne servaient an contraire qn'à resserrer davantage ses liens. Il commença par manger le bras du pauvre Thor, ce qui ne l'avança à rien : aussi il entra dans une fureur si horrible, que l'écume qui lui sortait de la bouche forma le fleuve Wam (les vices).

Vaincu par la force, le méchant Loke ourdit des complots pour faire périr par la ruse Balder, le second fils d'Odin. Balder est l'Apollon Scandinave : il est le plus beau des Azes. Jeune, sage et éloquent, son visage étincelant projette de tous côtés des rayons de lumière. 11 est puissant parmi les dieux, et sa bonté l'a fait aimer de tous. Pourtant, un malheur le menace: sa mère Frigga le sait, et redoutant de funestes présages, elle fit jurer à tous les objets qui sont dans la nature, de ne pas prêter leur concours à la mort du jeune dieu. Les corps animés et inanimés, les végétaux et les minéraux, le feu et l'eau jurèrent de respecter les jours de Balder, et mainte fois dans les exercices du Walhallaon fut à même de vérifier s'ils tenaient leur serment, car Balder se sachant invulnérable offrait lui-même sa poitrine aux jeux des convives, et ni le fer, ni aucune arme, si effilée qu'elle fût, ne consentait à lui faire du mal.

Pourtant quand Frigga avait fait prêter sermentaux plantes, elle avait oublié le gui, et Loke. le méchant Loke, était informé de cela. Loke tailla donc un morceau de gui, et le mêla parmi les autres objets avec lesquels on jouait. Un jour l'aveugle Hoder, ayant pris ce gui, le lança contre la poitrine de Balder, qui reçut le coup du gui, contre lequel il n'était pas invulnérable, et expira sur-le-champ. Tous les dieux pleurèrent : Nanna, la femme de Balder, mourut de chagrin et on fit un magnifique bûcher sur lequel on brûla leurs deux corps.

Les Azes étaient inconsolables de la mort de Balder, et l'un d'eux, Hermode, résolut d'aller aux enfers voir s'il n'y aurait pas moyen d'en ramener Balder ; Héla consentit à le rendre si tous les êtres de la créasion versaient une larme sur lui. Pour rendre Balder à la vie, il n'est pas une créature animée ou inanimée qui n'aurait volontiers donné toutes ses larmes ; mais Loke prit la forme d'une magicienne, et refusa de pleurer, de sorte que Balder resta })armi les morts. Ainsi flit rendu inutile le généreux effort d'Hermode^ et la larme que toute la nature avait donnée à Balder.

La grande guerre des esprits malfaisants contre les Azes doit un jour recommencer et le méchant Loke en sortira victorieux. Le loup Fenris délivré de ses chaînes dévorera-Odin, et Thor succombera sous l'haleine empoisonnéedu grand serpent frère de Fenris. Alors la terre s'enfoncera dans rOcéan, les astres s'éteindront et il y aura la nuit partout. Quand tout sera détruit, le Dieu tout-puissant formera un nouvel univers, et rapj)(>llcra Odin, Balder et tous les Azes qui reprendront leur place dans le palais de lumière et régneront éternellement sur les justes.

Page 1