‹ La Mythologie dans l'art ancien et moderneChapitre 95 sur 111 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DIVINITÉS DE LA PERSE

Ormuzd et Ahriman. — Mithra. — Œon.

Ormuzd et Ahriman. — La Perse n'a pas de mythologie, mais un culte fondé sur le dualisme, et auquel l'art est absolument étranger.

Voici ce que Plutarque nous enseigne sur ce culte : « L'univers ne flotte pas au hasard dans le vide, sans intelligence et sans direction ; ce n'est pas non plus une raison unique qui lui commande et le dirige comme avec un gouvernail ou comme par un frein auquel il doit obéir; mais la plus grande partie est un composé de mal et de bien ; ou plutôt, rien, à vrai dire, dans la nature n'est exempt de mélange. Ce n'est pas un même sommelier qui, puisant à deux tonneaux de vin différents, les combine et les distribue à tous comme ferait un cabaretier ; et les vins, ici, ce sont les divers événements. Non, il y a deux principes opposés, deux forces contraires^ dont l'une marche à droite et en ligne droite, dont l'autre tire à gauche et en lignes brisées. De là ce mélange qui caractérise la vie et le monde, sinon dans leur entier, au moins pour ce qui est de notre globe terrestre et sublunaire. Car si rien ne doit originellement se faire sans cause, et si, d'un autre côté, un être bon ne peut produire rien de mauvais, il faut qu'il y ait dans la nature un principe particulier, qui soit l'auteur du mal, comme il y en a un pour le bien. »

« C'est là une opinion adoptée par le plus grand nombre. Les uns pensent qu'il existe deux divinités en quelque sorte rivales, dont l'une produit les biens et l'autre les maux. D'autres appellent Dieu le meilleur de ces principes, et Démon le plus mauvais. C'est la doctrine du mage Zoroastre, qui vivait cinq mille ans avant la guerre de Troie. Il donnait au dieu le nom d'Oromaze (Ormuzd) et au démon celui d'Ahriman. Il ajoutait, qu'entre les choses sensibles c'était à la lumière que le premier ressemblait le plus, le second, au contraire, aux ténèbres et à l'ignorance ; que Mithra tenait le milieu entre ces deux principes. Pour l'un Zoroastre enseigna des sacrifices, des prières et des actions de grâces, pour l'autre, des cérémonies lugubres destinées à détourner les maux. Et en effet les Perses pilent dans un mortier une certaine herbe appelée omônai, et ils invoquent en même temps Pluton et les ténèbres. En-

suite, ayant mêlé à cotte herbe le sanp:d'iin loup égorgé, ils emportent la mivture et la jettent dans un lieu où le soleil ne pénètre jamais. Car ils pensent que parmi les végétaux les uns appartiennent au Dieu bon, les autres au démon méchant. De même parmi les animaux, ils regardent les chiens, les oiseaux et les hérissons de terre comme appartenant au Dieu bon, et les hérissons de rivière au démon méchant. Voilà pourquoi ils estiment heureux celui qui a mis à mort le plus grand nombre de ces derniers. »

Ormuzd est la lumière et le bien suprême, opposé à Ahriman qui représente le mal et les ténèbres. Ormuzd, organisateur de l'univers, crée toutes choses excellemment, mais à chacune de ses créations, Ahriman en oppose une autre qui est mauvaise. Ormuzd a créé six Amschaspands, chefs de la hiérarchie céleste, chargés de veiller à la conservation et au perfectionnement du monde, mais les Darvands, génies malfaisants créés par Ahriman, s'opposent partout à leur action bienfaisante. Le taureau Amoudad, qui contient les germes de toute vie physique^ n'est pas plutôt créé par Ormuzd, qu'il est mordu et tué par le serpent d'Ahriman. De l'épaule du taureau sortit le premier homme, Kaiomorts, et les ditrérentes parties de son corps donnèrent naissance aux animaux et aux plantes utiles. Ahriman aussitôt créa les animaux et les plantes nuisibles, mais ne parvenant pas à faire l'homme, qui est doué de

Fis. 799. — Lp Lion ot la Licorne.

conscience, il tua Kaiomorts. Du corps du premier homme naquit un couple, Meschia et sa femme Meschiane, d'où est sorti le genre humain. Ahriman, par de fallacieuses promesses et des fruits délicieux qu'il leur donna, les priva de la béatitude céleste. Depuis ce jour l'homme est flottant, et pour chacun des actes de sa vie, il reçoit un bon conseil, qui vient des ministres d'Ornuizd, et un mauvais conseil, qu'il reçoit des ministres d'Ahriman.

DIVINITES DE LA PERSE

On a vu dans rhomme-taureaii des bas-reliefs de Persépolis le type du taureau primitif d'Ormuzd. Un autre bas-relief représente la licorne, ou bœuf à une corne assailli par un lion, un des animaux créés par Ahri-

man.

Un immense pont conduit de la lumière d'Ormuzd aux ténèbres d'Ahriman : lésâmes, après la mort, tra\ersent le pont quand elles se

Fis, 800. — L'homme- taureau.

sont guidées d'après les conseils des ministres d'Ormuzd, et tombent dans l'abîme s'ils se sont guidés d'après les conseils des ministres d'Abriman. Mais à la fin des temps, quand la comète disloquera la terre, un torrent de flamme pure lavera toutes les souillures, les méchants seront pardonnes, et Ahriman lui-même reconnaîtra le pouvoir d'Ormuzd. Mithra. — Le premier ministre d'Ormuzd est Mitlira, qui à l'époque où tous les cultes orientaux firent irruption dans l'empire romain, fut considéré comme une divinité solaire. De nombreux monuments, qui sont tous pareils et datent de la décadence, se rattachent au culte de Mi-

Fiff. 801.

Mithra.

thra(fig. 801). Le ministre d'Ormuzd frappe de son poignard le taureau Aboudad, dont le sang doit produire les animaux et les plantes utiles; ce qu'on explique en disant que pour rendre la terre féconde, le Soleil la perce de ses rayons. Le serpent, image d'Ahriman, est couché traîtreu-

DIVINITES ÉTRANGÈRES.

sèment sous le taureau, qui est entouré par les deux crépuscules, sous la forme de jeunes Phrygiens tenant un llainbeau. Le culte mystérieux

Fig. 80"?. — OEon ou Protogonos.

de Mithra, après avoir eu de nombreux adhérents sous l'empire romain, se tondit et se transforma peu à peu sous l'influence des idées mystiques qui prévalurent à cette époque.

Un bas-relief du musée Britannique nous montre une figuve qui est généralement prise pour une victoire, mais qui est une sorte de Mithra féminin égorgeant le taureau comme le véritable Mithra (fig. 803).

Œon. — L'art à cette époque perd complètement sa valeur personnelle, et devient une sorte d'hiéroglyphe destiné à symboliser un dogme. On voit alors apparaître l'étrange figure d'OEon ou Protogonos, le Temps, le premier-né, qui sans cesse crée, détruit et renouvelle toute chose. Cette vilaine divinité est comme un résumé de tous les emblèmes qui avaient cours chez les païens et dont l'ensemble produit un être monstrueux, conçu sous l'influence des idées orientales, et où on ne retrouve plus rien du génie grec. Sa tête de lion, dont la gueule ouverte est armée de dents terribles, est surmontée de la tête à\m serpent dont les replis enlacent tout le personnage. Sa puissance irrésistible est marquée parla

DIVINITES DE LA PERSE

foudre qu'on voit sur sa poitrine, et les ailes qu'il a au dos expriment sa rapidité. Il tient d'une main le sceptre qui montre son empire sur le monde, et de l'autre la clef avec laquelle il ouvre et ferme l'année.

Fig. 803. — Une victoire sous la forme de Mithra égorgeant le taureau.

Une grappe de raisin sous son bras exprime la fécondité. Le coq, le caducée, le marteau et la tenaille qu'on voit à ses pieds, sont les emblèmes de la vigilance, de l'activité, etc. C'est une conception absolument barbare, bonne pour les initiés, mais à laquelle Tart e.st absolument étranger.

CHAPITUE IV

DIVINITÉS DK L'INDE.

iirahiii. — I.a iiiei' de lait. — La Triiiiourli. — Naissance de liraliina. — Création des êtres. — Formation des castes. — Châtiment de Brahma. — Siva. — Les incarnations de Vichnou. — Rama et Ravana. — Krichna. — Naissance de l)()uddha. — Le Bouddlia renonce au monde. — Les épreuves du Bouddha. — -Moi't (lu Bouddha.

Brahm. — Brahm est le dieu suprême qui enveloppe tout le système religieux des Hindous. Il est unique, sans commencement ni fin, toutpuissant et parfait. «Brahm, disent les Védas, est Féternel, Tètre par excellence, se révélant dans la félicité et dans la joie. Le monde est son image ; mais cette existence première qui contient tout en soi est seule réellement subsistante. Tous les phénomènes ont leur cause dans Brahm; pour lui, il n'est limité ni par le temps ni par l'espace; il est impérissable, il est l'âme du monde, l'âme de chaque être en particulier. L'univers est Brahm, il vient de Brahm, il subsiste dans Brahm et il retournera dans Brahm. Brahm est l'être existant par lui-même, il est la forme de la science et la forme des mondes sans fin. Tous les mondes ne font qu'un avec lui, car ils sont par sa volonté. Cette volonté éternelle est innée en toute chose. Elle se révèle dans la création, dans la conservation et dans la destruction, dans le mouvement et dans les formes du temps et de l'espace. »

Fifj;. 80 i. — liraliiii avant sa révélation (d'après un monument liindou).

Brahm, l'Etre suprême, tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera, est, avant sa révélation première, caractérisé dans l'art

DIVINITES DE LIN DE

caractérisi' clans l'art par le manteau qui l'enveloppe et le pied qu'il porte à sa houche. L'ensemble du personnage prend dans cette attitude

l''ig. 8(J.'i. — Brahm se révélant pour le première fois (d'après un nioiuimeiU hindou).

une silhouette arrondie, emblème de l'éternité plongée dans sa propre essence (fig. 804).

Brahm. considéré comme l'être se révélant pour la première fois, a|>parait sous la forme d'un personnage qui est homme d'un côté et

Fig. 800. — Maya et Kania sur le perroquet.

femme de l'autre (fig. 805). Le côté masculin a la jambe pliée dans l'attitude des saints en méditation, et tient à la main un collier de perles qui va rejoindre son pied et exprime la chaîne des êtres. Le

DIVINITES ETRANGERES.

côté féminin on Maya est an contraire dans l'attitude de la danse, et soutient de sa main le voile magique où est dessiné le modèle ou prototype de toutes les créatures vivantes.

La mer de lait. — De Maya est sortie laaner de lait, matière piemière de toutes choses qui Si'écoule de son sein en deux ruisseaux (fig. 807). Parée du voile des idées, elle est entourée d'une auréole d'oi!i partent trois rayons, emblème des trois personnes divines qui constituent la Trimourti. Les monuments la montrent portant sur son sein l'enfant Kama, qui répond à l'Amour des Grecs. Elle est alors portée

rig. 807. — Maya et la mer de lait.

sur le perroquet, monture ordinaire de Kama. Sur l'étendard de Maya, on voit l'œil de la Providence, et sur celui de Kama le poisson Minas, symbole de la fécondité. Comme l'Amour grec, Kama est un jeune enfant armé d'un arc : cet arc est en canne à sucre, et les cinq flèches que le jeune dieu porte dans son carquois répondent au\ cinq sens (fig. 806). La Trimourti. — Une multitude de divinités ou de génies personnifient les diverses formes, ou plutôt les diverses qualités du Dieu suprême. Sourya est le soleil, Agni le feu, Indra est le ciel, et les Gandharvas sont les nuages. Mais toutes ces divinités sont subordonnées à Brahm, l'Etre par excellence, qui paraît sous la forme d'une trimourti

DIVINITES DE L INDE.

<*omposée de Brahma, le principe créateur, Siva, le principe destructeur, et Vichnou, le principe conservateur.

Les trois personnes de la Trimourti apparaissent quelquefois sous la l'orme d'un personnage unique pourvu de trois têtes. Dans la figure 808,

l'ia:. 808.

La Trimoui-ti <^ii une -^culc ii,^u^o ;i )i-oi;> l<^lii-i.

Brahma, avec sa longue 1)arbe, est celui qu'on voit au milieu: il tient d'une main la chaîne des êtres et de l'autre l'urne qui contient l'eau féconde. Les deux visages de profil sont Siva et Vichnou.

On voit sur une peinture les trois personnes de la Trimourli, ren- <lant leurs hommages à la mère des dieux assise dans le sanctuaire d'une pagode, dont Ganesa, le dieu à tête d'éléphant, occupe l'entrée. Indra aux cent veux et Indrani, son épouse, sont en dehors des deux côtés de la pagode. Les trois personnes de la Trimourti, occupent chacune une fonction spéciale dans l'ordre harmonieux de l'univers, et ont chacune aussi une légende particulière (lig. 809).

Naissance de Brahma. — Un jour Vichnou était porté sur les eaux, et sa femme la belle Lakhmi était assise à ses côtés : le grand serpent Amenta, sur lequel il reposait mollement, dressait audessus de lui ses sept têtes pour former un parasol. Du nombril du dieu sortit une fleur de lotus et sur cette fleur était assis Brahma, le principe créateur, reconnaissable à ses quatre tètes (fig. 810). Brahma regarde de tous côtés et ne voit que les eaux. Plein d'étonnement, et ne comprenant pas encore le mystère de son origine, il reste absorbé dans la contemplation. Une voix inconnue lui ordonna de prier; il pria et vit le Dieu suprême dont il était une émanation sous la forme d'un homme avec mille têtes, il se prosterna, et Dieu, dissipant les ténèbres, lui ouvrit h^ spectacle de son être où sont contenues toutes les formes, où gisent endormies toutes les créatures.

DIVINITÉS DE L'INDE

Dieu lui donna ic pouvoir de les produiio et de les développer. Création des êtres. — Après avoir passé cent années dans la couteniplafion de ce divin spectacle, Brahma commença son œuvre. 11 produisit d'abord l'espace et les qualités des choses, ensuite les étoiles, les astres, et la terre. Puis, uni à sa femme Sarasvati, il donna la vie à

Fi». 810. — Naissance de Bralinia (d'après une peinture indienne}.

une multitude de génies, dont les principaux sont les Menons, les Vassous, les Richis, les Mounis, exécuteurs habituels de ses ordres, les Devatas, génies bienfaisants, et les funestes Daitias.

Formation des castes. — Ensuite Brahma songea à peu|>ler la terre qui n'avait pas d'habitants, et par un effet de sa volonté, il fit sortir de. sa bouche Brahman, le prêtre, et lui confia les Védas, ou préceptes de la sagesse divine. Brahman aussit(M se retira dans la solitude pour y méditer les saints préceptes. Mais les bêtes féroces troublaient sa contemplation, et pour le protéger, Brahma fit sortir de son bras droit Kchatrya, le guerrier, et de son bras gauche Kcha tryani qui devint la femme du guerrier. Kchatrya, toujours occupé à combattre, ne savait comment satisfaire l'appétit qui le tourmentait. Brahma fit sortir de sa cuisse droite Vaisya l'agriculteur et de sa cuisse gauche Vaisyani, qui devint la femme de Vaysia. Celui-ci fit observer à son père que pour cultiver il avait besoin de domestiques. Brahma fit sortir de son pied droit Soudra, et de son pied gauche Soudrani : ceux-ci furent chargés des fonctions servîtes.

Cependant Brahman, le fils chéri de Brahma, se plaignait de n'avoir pas de femme quand ses frères en avaient quoiqu'ils lui fussent bien

H;{S I)|\I.NITES ETHANGEllES.

i 11 fé ri cuirs. Le père répondit avec douceur, qu'une ieinme était inutile pour ses ])icuses méditations; mais ses remontrances ne furent pas écoutées, et Bralimau insista tellement, que son père céda. Seulement il lui donna une feuinic aussi désagréable que possible, afin qu'il ne lût pas tenté de s'en (ucupei- trop souvent, et il la choisit dans la race des mauvais génies.

(l'est ainsi (|U(' s"esl lonuec dans l'Inde la division des castes : le (irétiH". le li^uerrier, l'artisan elle paria sont les descendants des (pialrc lils de lira 11 ma.

Châtiment de Bralima. — liralima, ayant conçu de l'orgueil parce que son rôle de créateur lui paraissait primer celui de ses frères, osa se révolter contre Brahm, dans l'espoir de s'approprier une partie des mondes. En punition de son crime, il fut précipité dans l'abîme, et pour obtenir son pardon, il l'ut obligé de passer par quatre incarnations terrestres pendant le cours de quatre âges. Fendant le premier il apparut sous la l'orme d'un corbeau poète, pendant le second sous celle d'un paria, d'abord brigand, puis pénitent austère, interprète renommé des Védas et auteur du Ramaiana ; pendant le troisième il fut poète et composa le Mababharata, et pendant le quatrième il fut poète dramatique et auteur de Sacountala.

Brahma est caractérisé dans l'art par quatre têtes ou quatre faces. Il a quatre mains dans lesquelles il porte la chaîne qui soutient les mondes, le livre de la loi, le poinçoji à écrire et le feu du sacrifice. On le représente tantôt couché sur les feuilles du lotus, tantôt porté sur l'oHif du monde; quel([uef()is aussi, il est monté sur le grand oiseau llanisa.

Siva. — Siva, le principe destructeur et rénovateur, a pour mission de l'aire rentrer dans le sein de Brahm toutes les choses créées. 11 se présente sous deux aspects dill'érents ; car le monde n'étant qu'une perpétuelle transformation, naître c'est apparaître sous une forme, et mourir c'est quitter cette forme. Aussi Siva apparaît tantôt comme dieu infernal et terrible, tantôt comme divinité bienfaisante. Sous le premier aspect il s'abreu\e de sang, vomit le feu de sa bouche, est entouré de crânes, et des serpents s'enroulent autour de lui. 11 est détesté et on lui prête tous les vices. Sa femme elle-même ne le ménage j)as : *< Toi, lui dit-elle, tu n'es qu'un vieux coquin, que les voluptés ont ilétri, un ivrogne dont la raison est étouffée par la fumée des herbes étourdissantes que tu respires. Tu couvres de cendres ton corps ignoble ; ton séjour de prédilection, ce sont les cimetières; tu les habites comme un vampire. Va, mendiant, ton nom sera en exécration parmi les hommes. A la longue, on finira par l'oublier, monstre ! »

Considéré connue dieu rénovateur. Siva prend un tout autre aspect, On le voit sur une peinture environné de la cour céleste (lig. 811). Au fon('

Fia. 811. — Hommage ù Siva.

DIVINITKS KTRANGÈRES.

«le la ooniposilion, on aperçoit le mont Mérou, derrière lequel le soleil se montre à demi : l'arbre saeré ombra^re l'Olympe bindou de son vaste feuillage. Si>a, placé au eentre, rceoit le breuvage d'immortalité (pie lui veise Parvati, son épouse. Dans sa main droite, il tient la chaîne de la création, et les serpents emblèmes d'éternité eidaeent ses membrt>s. Derrièr(> lui sont ses deux, tils, Ganésaà léle d'éléiduiut (ddaitikeva (jui estj)Ourvude six tètes humaines. Plus liant, derrière Parvati, on Noit Vicbnou, monté sur l'aigle Garoudha à tète humaine, et Bralinia caractérisé par son visage quadruple. Les Gandharvas, musiciens et musiciennes célestes, font entendre leurs accords. En bas, le Gange dont le bassin est couveitde lotus, s'échappe par la bouche de la vacbe sacrée.

Fig. 81?. — Ganûsa avec la tùte liumainr".

Nous avons vu que Siva avait deux fils, Ganésa et Carlikeva. Ganésa, qui préside à l'année et aux nombres, est caractérisé par la tète d'éléphant (fig. 813). Mais les légendes varient beaucoup sur la cause de cette conformation. Selon certaines traditions, sa mère Parvati, ayant vu deux éléphants qui s'ébattaient dans une foret, fut si frappée de ce spectacle qu'elle conçut un fils pourvu d'une tête d'éléphant. Selon d'autres, Ganésa périt dans une lutte contre Siva (fui lui trancha la tète d'un seul coup. Sa mère furieuse crie vengeance : les dieux interviennent alors et ressuscitent le mort, mais, ne pouvant lui remettre sa véritable tête qui avait disparu, ils la remplacèrent par une tète d'éléphant.

Le second fils de Siva et Parvati, est Gartikeya, chef des armées célestes et dieu de la guerre. Il est pourvu de six têtes et (piatorze bras qui

DIVINITÉS DE LINDP:. 8il

pot'feiîf 'les amies et un ei'àne luiDiain. Sa monture ordinaire est li' paon 'flp-. SI '»).

l'iii'. 813. — Ganésa à tète d'éléphant.

Les incarnations de Vichnou. — Viehnou, le [)rinci[)e conservateur dans la Ti'imou)'ti. est plus aneien qne Bralinia (jui est sorti de

Fig. 81 i. — Caitikeya, dieu de la giicnc

son nombril (voir tig. 810). 11 est surtout célèbre par ses incarnations ([ui embrassent la totalité des temps.

Dans sa première incarnation le dieu prend la forme d'un poisson. Toutefois les peintures le montrenf plutôt sous celle d'un homme poisson (fig-. 815^11 faut supposer que la parlic hinnaiiireslbleue et Ta litre blanche.

«'^'^ DIVINITÉS ÉTBANGÈKES.

Li!jj;(';uil Maiagi-avu, ayant dérobé les livres sainis sortis de la bouche de Brahiiia, les cacha au fond de la mer : les hommes, oubliant la parole divine, s'adonnèrent à tous les crimes, ce qui amena le déluge, pendant lequel \ichnou, mélamorphosé en poisson, alla chercher le livre saint au fond de la nier. « La terre, disent les Védas, s'était corrompue par l'oubli de la parole divine. Satyaviata régnait dans ce tempslà et il était si pieux que les eaux faisaient sa seule nourriture. Un jour qu'il s'acquittait de ses ablutions, Vichnou lui apparut sous la ligure <l un |)etit poisson, qui, recueilli [lar lesaint uionai^juc. devint progres-

l'ig. 8lô. — Vichnou sous la forme d'un poisson.

sivemcnl si gros, dans les diverses demeures qu'on lui donna, qu'à la lin Satyavrata fut obligé de le placer dans l'Océan. De là, le dieu adressa ces paroles à son adorateur qui l'avait reconnu : u Encore sept jours, et toutes choses seront plongées dans une mer de destruction ; mais au milieu des vagues meurtrières, un grand vaisseau paraîtra devant tes yeux. Tu prendras alors toutes les plantes médicinales, toute la multitude des graines, et, accompagné de sept saints, entouré de couples de tous les animaux, tu entreras et tu établiras là ta demeure. »

En effet, les nuages du ciel étant tombés en grandes pluies, en même temps que les flots de la mer débordaient de toutes parts, toute la terre fut inondée ; le roi vit alors s'avancer un vaisseau, et le dieu apparut sous la forme d'un })oisson armé d'une corne à laquelle le roi attacha le vaisseau à l'aide d'un grand serpent qui lui servit de corde. Le géant Haiagrava fut tué par le dieu et les livres divins rapportés sur la terre.

Ce fut sous la forme d'une tortue qu'eut lieu la seconde incarnation de Vichnou. Un conflit s'étant élevé entre les bons et les mauvais génies, au sujet d'un breuvage d'immortalité cpie les dieux avaient fabri-

DIVINITES DE LliNDE.

que ft que les mauvais génies voulaient ravir, la terre lut si ébranlée (lu combat qu'ils se livrèrent que le mont Mérou, centre du monde, fut [jrécipité dans la mer. Toute la terre allait être bouleversée. Mais Vichnou, sous la forme d'une immense tortue, plongea, souleva la mon-

tagne et soutint l'univers sur son dos.

Fig. 81(;. — L;i tortue portant li' inon(l(

Dans les monuments figurés le monde est rei»résenté par une demisphère et couronné par la montagne sainte, le mont Mérou. Le monde repose sur des éléphants que supporte la tortue, qui elle-même est supportée par le grand serpent emblème de l'éternité qui l'embrasse dans son cercle fatal (fig. 81G).

Dans sa troisième incarnation le dieu a pris la forme d'un sanglier pour sauver le monde qu'un géant avait jeté dans l'abîme. Le sanglier prit la terre sur son groin et la remit à sa place. Les miniatures montrent cette incarnation sous l'aspect d'un homme à tête de sanglier, pourvu de quatre bras (fig. 817).

Vichnou a pris la forme d'un lion dans sa quatrième incarnation. Le géant Érounia, pour railler son fils, qui soutenait la présence de Vichnou

au

DIVINITES ETRANGERES.

•lans tout runivors, Irappa dune main uu jtilitM', on doniandant si le ^lieu ('tait dans C(>tto colonne. Vielinou (mi soi'lit alors sous la l'orme d'un lion qui lua Krounia.

C'est sous la forme d'un nain <]ue Viehuou apparaît dans sa cinquième incarnafion : il alla trouver Bali, géant malfaisant, ([ui avait ■osé lutter contre les dieuv et lui demanda de lui céder autant d'espace -<]u'il pourrait en couvrir avec trois de ses ))as. Le géant, voyant ce nain.

Fis. 817.

\icliiiou sous la fornio d'un saiislior

i^e mit à rire et lui accorda sa demande. Alors Vichnou, reprenant sa forme divine, couvrit d'un pas toute la terre et d'un autre tout l'espace <jui sépare le ciel de la terre : Bali, voyant cela, se soumit et adora le <lieu.

Rama et Ravana. — Dans sa sixième incarnation le dieu lutta contre les ennemis de son culte et fit surgir des mers la côte de Malabar; mais c'est dans la septième que commence la légende héroïque de Vichnou, qui paraît alors sous le nom de Rama. Des prodiges annoncèrent la naissance de l'enfant, qui mit en pièces un serpent qu'il nvait trouvé dans son berceau. Toute cette incarnation se passe dans la grande lutte de Rama contre Ravana. Pour ravoir sa femme Sita, (jue Ravana, géant à dix tètes qui régnait sur Ceylan, lui avait enlevée. Rama lit alliance avec Ilanouman, le roi des singes, qui leva une puissante armée, pour aller avec lui chercher Sita. L'armée se mit en marche, mais un obstacle se présentait, car pour aller à Ceylan il fallait traverser la mer. Les singes d'Hanouman construisirent alors un pont (pii rejoignait l'Inde à Ceylan (fig. 818).

L'armée put donc passer. Ravana et ses géants parvinrent pourtant à s'emparer d'Hanouman, mais ils essayèrent en vain de le faire mourir. Ravana, qui «lans cette occasion-là s'est montré un peu naïf, de-

DIVINITES DE L'INDE.

manda an singe s'il n'existait auenn moyen cîe venir a Ijont de lui ; Ilanouman répondit qne si on lui frottait d'un |»eu d'huile le bout de la queue et qu'on y mît le feu, il perdrait aussitôt toute sa force. Le crédule Ravana fit ce qu'on lui disait; mais Hanouman, avec sa queue allumée, se mit à parcourir le palais de Ravana, qu'il embrasa aussitôt ; après cela il alla dans le lac Djemnah éteindre le feu allumé à s.i

Fig. 818. — Hanouman, roi des singes, construit le pont de lîania. entre le continent et lile de Ceylan (d'après une peinture indienne'.

queue. Le sing-e divin, Hanouman, est très-respecté des Indous ; car à la fin de la période actuelle, il ira prendre au ciel la place de Rrahnia, qui empruntera sa forme pour quelque temps. Hanouman est quelquefois représenté sous la forme humaine, mais il est toujours caractérisé par la queue du singe. Généralement il tient à la main un éventail, ou un instrument de musique analogue à la lyre. Il a un temple à Calicut, et son image est figurée dans toutes les pagodes de Vichnou.

Après le triomphe de Rama, on voit le héros jdacé sur un lit de repos et recevant les adorations des princes des singes. Un tout petit singe plac > aux pieds de Rama est pourvu d'une longue queue. Dans cette miniature, la figure de Rama est bleue, dans d'autres, elle est verte (fig. 819).

Krichna. — Krichna, la huitième incarnation de Vichnou. n'est pas moins célèbre que Rama. Le roi du pays, etfrayé par une prédiction qui menaçait sa puissance, ordonna le meurtre de tous les nouveau-nés, mais Krichna, qui était du nombre, enjoignit lui-même à ses parents de le conduire dans une contrée lointaine et de le confiera des bergers, par

DIVINITES ETRANGERES.

qui il serait élevé. Là, Krichna aimait à jouer avec les Gopis, divines laitières, qui lui servaient de monture. L'art hindou nous montre commeni

Fig. 810. — Rama, adoré par les princes des singes.

elles se disposaient en forme d'éléphant sur lequel il était porté (fîg. 820). Krichna devenu grand revint dans son pays, tua le roi et s'empara

Fig. 820. — Kriciiiia porté par les Gopis, ou nymphes laitières (d'après une peintiii

indienne).

du royaume. Ayant appris qu'un géant du voisinage avait enlevé seize mille jeunes vierges, qu'il tenait enfermées dans une sombre prison,

848 DIVINITES ETHA.XiiKRKS.

Krichiui marclic contre ce Diousti-e, qui n'avait pas moins de cin(| tètes, les coupe toutes les cinq et ouvre les portes au.v jeunes tilles, (ielles-ci, en \oyant leur libérateur qui était un dieu d'une rare beauté, liaent toutes animées en même temps d'un sentiment analogue. Le dieu lut au fond de ces jeunes consciences, sourit et les épousa

toutes.

Une querelle étant ensuite survenue entre deu\ puissantes familles, les Pourous et les Pandous. Kriclina prit jtarti pour les Pandous, et leur assura la victoire. Mais ce fut son dernier exploit. Car s'étant un jour appuyé contre un arbre fatal, il y fut cloué par la flèche d'un de ses ennemis, et après avoir prédit les maux sans nombre qui devaient Tondre sur la terre, il remonta au ciel reprendre sa première forme.

Krichna était un admirable musicien et charmait par ses accords les monstres des forets. Une peinture le montre jouant de la flûte en compagnie de Radha, son épouse, qui l'accompagne avec le même instrument. Ils dansent en même temps qu'ils font de la musique, et huit couples à peu près semblables se meuvent circulairement autour d'eux. Six musiciennes célestes, rangées trois par trois de chaque côté, forment un concert de divers instruments. Creuzcr voit dans cette composition une scène astronomique : Krichna est le soleil, Radha personnifie la lune, et les corps célestes se meuvent autour d'eux dans une danse harmoni([ue (fig. 821).

Selon les Brahmanes, la neuvième et dernière incarnation de Vichnou , celle de Bouddha, doit encore être suivie d'une dixième qui est à venir. Mais la doctrine de Bouddha est devenue un culte spécial, qui domine dans l'Asie orientale, et qui est tout à fait indépendant de Brahma, auquel l'Hindoustan est seul resté fidèle. Ces divergences ont amené naturellement des différences notables dans les récits relatifs à la vie mythologique de Bouddha.

Naissance de Bouddha. — Le Bouddha, neuvième et dernière incarnation de Yichnou, vint au monde dans l'illustre famille des Chakias, d'où était issu le roi Soudadani. Ce prince épousa xMaia ; celle-ci, bien que vierge, conçut par l'influence divine un fils, qui naquit au pied d'un arbre, sans toucher la terre, car Brahma le reçut dans une coupe d'or Plusieurs dieux, incarnés dans des rois, vinrent le saluer à sa naissance, et l'un d'eux, incarnation d'Indra, lui versa sur la tête l'eau divine.

On voit sur une peinture le Bouddha sur le sein de sa mère Maia (lig. 822); l'enfant-dieu, aussi bien que sa mère a la tête ceinte d'une auréole. Des otîrandes de fruits sont déposées sur une table et les types des principales espèces d'animaux sont rassemblés dans une boîte placée à terre. Suivant l'usage établi dans la race des Chakias, on mena l'enfant dans un lieu sacré, pour le présenter à une image divine, mais

DIVINITES DE L'INDE.

l'image s'inclina d'elle-même en le voyant, et les spectateurs saluèrent le nouveau- né du titre de dieu des dieux.

L'enfant grandit et sa sagesse devint en peu de temps plus qu'humaine. Quand il fut homme, ses parents désirèrent le marier, mais il avait pour le mariage une répugnance extrême. Les parents insistèrent

Fis. 8;'2. — Bouddlia sur le sein de M;Ma.

néanmoins : fils docile, il se soumit, à la condition toutefois, qu'on trouverait une jeune fille possédant les trente-deux vertus principales. En cela, il n'était pas trop exigeant, lui qui possédait les cinquante-huit perfections morales, et qui en outre était doué des quatre-vingts beautés visibles; cependant une jeune fille comme celle qu'il demandait était presque introuvable. C'était bien là-dessus que comptait le jeune prince, mais il fut déçu dans son. espérance, car à force de chercher dans tout

DIVINITES ETRANGERES.

le royaume, on trouva une personne qui remplissait les conditions voulues, et ou la lui amiMia. Cette union fut heureuse^ et deux beaux enfants, un garçon et une (ille, vinrent eomJ)ler de joie la famille. Tout le peuple était ravi et fondait les plus belles espérances sur l'avenir que lui préparait le règne d'un tel prince.

Le Bouddha renonce au monde. — Un jour que toute la cour était réunie, le jeune prince, qui, toujours plongé dans d'austères méditations, parlait généralement fort peu, déclara que toutes les jouissances qu'on pouvait trouver rlans la vie, étaient loin de faire la conipen-

Fig. 82-3.

Bouddha.

sation des quatre misères inévitables qui sont les peines de la naissance, de la vieillesse, de la maladie et de la mort. Tout l'auditoire était dans l'admiration, mais fondit en larmes, quand le prince, comme conclusion de son discours, annonça qu'il renonçait aux vanités du monde et allait se retirer au désert. Le roi, croyant qu'il reviendrait sur sa décision, mit des gardes autour du palais pour l'empêcher de sortir, mais il trompa leur vigilance et partit, abandonnant en môme temps ses enfants, sa femme, ses parents, ses amis, ses sujets et tout ce qu'il avait.

Ici commence la vie solitaire du Bouddha, et chacune des stations qu'il a faites pendant ses pieuses méditations est devenue un lieu de pèlerinage. Après avoir dit adieu au monde, il rasa ses cheveux, et quitta ses riches vêtements pour prendre ceux d'un anachorète. De là le nom qu'on donne à cette station : « La place sainte du dépouillement des orneynents. »

Pendant que le saint prie dans le désert, le roi des singes lui apporte pour ses repas du miel et des figues sauvages que le saint arrose avec de l'eau bénite ; mais le singe, ravi de voir ses présents acceptés, est

DIVINITÉS ÉTRANGÈRES. Hol

comme frappé de folie, fait mille gambades extravagantes, et finit par tomber dans un i)uits où il se noie. De là une nouvelle station sacrée qui se nomme : « Ln place sainte des aliments offerts par le singe. »

L'ennemi du saint, Dewa-Dath, ayant découvert sa pieuse retraite, conduit dans le voisinage un éléphant qu'il enivre de vin de coco, et aux défenses duquel il attache des épées tranchantes dans Tespoir que l'animal furieux tournera sa rage contre l'ermite. Mais l'ermite n'a besoin que de lever ses cinq doigts ; l'éléphant est apaisé et dompté : de là le nom de : « La place sainte de r éléphant furieux et dompté. »

Des femmes de mauvaise vie s'approchent du saint qu'elles essayent de séduire; mais à son aspect elles se sentent émues, au point qu'oubliant leur projet^ elles se prosternent et adorent sa sagesse. Le lieu oii s'est passée celte scène, s'appelle : « La place sainte de la victoire remportée sur rimpudicité. »

Sa réputation de sainteté se répandit bientôt parmi le peuple et les esprits simples ; mais les grands et les incrédules soutenaient qu'il avait perdu la raison. Après avoir vécu six années nouvelles dans la retraite, le saint déclara à ses cinq disciples qu'il allait accomplir un jeûne, et en effet pendant quarante-neuf jours et autant de nuits il demeura en prière sans vouloir prendre aucune nourriture. Alors ses disciples l'adorèrent et le supplièrent de prendre possession du trône des saints passés, établi à Bénarès. 11 fit trois fois le tour de ce lieu et s'assit sur le trône : à cette occasion on établit : « La place sacrée du trône primitif des saints. »

Ce fut là, dans la ville sainte, au milieu d'un peuple immense, que le saint fut appelé Bouddha (c'est-à-dire intelligence suprême) et qu'il prêcha sa doctrine au peuple. 11 confondit les plus savants de ses adversaires qui tous s'inclinèrent devant sa haute sagesse.

Les épreuves du Bouddha. — Comme il avait parcouru tous les degrés de la science humaine un génie lui apparut et lui demanda si pour approcher plus près de la vérité il accepterait les souffrances corporelles. Le Bouddha accepta, et le génie lui ordonna d'allumer mille bougies dont le feu allait brûler sa chair. Pendant qu'il endurait cette horrible souffrance, le génie lui enseigna les quatre premières vérités primordiales, savoir : — « Tous les trésors peuvent être épuisés. — Ce qui est élevé est exposé à une chute. — Ce qui est réuni peut être dispersé. — Ce qui vit est assujetti à la mort. »

Quand il fut guéri de ses plaies, le Bouddha pensa qu'il n'avait pas payé trop cher la connaissance des vérités qu'on lui avait enseignées, et souhaita une nouvelle é|>reuve. Un second génie vint vers lui et lui ordonna de s'enfoncer mille clous dans le dos. Pendant que durait ce supplice il lui révéla quatre vérités nouvelles, savoir : « Tout ce qui est visible doit périr. — Tout ce qui est créé est assujetti à une fin

852 DIVINITES ÉTRANGÈRES.

inalliciireiisc. — Toute croyance appartient au royaume du néant. — L'univers n'existe que dans l'imagination. »

S'étant reposé de cette seconde épreuve, le Bouddha en demanda une

troisièiiîe, et un nouveau génie lui ordonna d'entrer dans une fournaise

ardente, après quoi, il lui enseigna les quatre vérités morales, savoir :

« La force de la miséricorde inébranlable, — l'éloignement total de la

cruauté, — la compassion sans bornes pour toutes les créatures, — la

constance imperturbable dans la foi. » Pendant qu'il écoutait ces

vérités, le Bouddha aurait pu être consumé par le feu, si des légions

d'anges n'étaient descendus du ciel éteindre la flamme sous des fleurs.

Sorti victorieux de ces épreuves, le Bouddha, d'après l'ordre des

génies, s'ôta à lui-même un os pour en faire un poinçon, le trempa

dans son sang, et grava sur sa cbair les dix commandements, qui sont :

l°Ne pas tuer ; — 2° Ne pas voler ; — 3° Etre chaste ; — 4° Ne pas porter

de faux témoignage; — 5° Ne pas mentir ; — G" Ne pas jurer; — 7" Ne

pas prononcer de paroles impures ; — 8" Etre désintéressé ; — 9° Ne

pas se venger ; — 10° Ne pas être superstitieux. »

Mort du Bouddha. — Quand le Bouddha sentit qu'il avait accompli sa mission, il entretint une dernière fois ses disciples, puis se coucha sur le côté droit, le dos tourné vers l'orient, le visage vers l'occident, la tète au septentrion et les pieds au midi. Plusieurs prodiges apparurent à sa mort : le soleil et la lune perdirent leur lumière, et on entendit les habitants des cieux s'écrier en gémissant : « 0 douleur! par quelle fatalité le soleil de la sagesse s'est-il éteint? » En même temps tous les hommes pleuraient et les animaux eux-mêmes étaient consternés.

Cependant on dressa un bûcher de bois odoriférants sur lequel on plaça le cercueil du Bouddha ; mais quand on voulut allumer le bûcher, le feu s'éteignit subitement. A ce prodige les spectateurs jetèrent un cri d'étonnement. Mais on vit bientôt le feu épuré de la fixe contemplation sortir de la poitrine du mort et enflammer le bûcher.

L'espérance suprême des Bouddhistes et la récompense promise à la vertu est le Mirvana^ ou anéantissement, auquel on arrive par l'extase. L'ancienne catégorie des castes établie par Brahma,a disparu et tout homme, quels que soient son rang, sa naissance et sa position, peut y arriver. De là, la ditTérence qui existe dans l'organisation des pays où le bouddhisme domine, et ceux qui, comme l'Ilindoustan, ont conservé l'ancien culte des brahmanes.

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