La mythologie illustrée
L Asie, berceau de rhumanité, mère dos peuples, est la source d'où tout a découle sur le monde, les IcKre^ les ans, les sciences et les systèmes religieux et philosopluques qui depuis l'antiquité jusqu'à nos jours oiit eu cours parmi les hommes. C'est celle Asie féconde, à laquelle se ratlache, dans la géographie ancienne; la ferliic valleo du .\il, que nous allons surtout étudier dans ce qu elle a de jdus piuorcsque et de plus original, de plus
poétique et de plus féerique; et celte étude, nous l'espérons, ne sera pas sans fruit pour le public, car, dans le sujet qui va nous occuper, les conceptions les plus élevées, les idées les plus profondes, se trouvent ;i côté des images les plus gracieuses et les plus riantes. Qu'on se représente une de ces forêts vierges des régions inlertropicales. De loin, celte masse énorme de verdure, se détachant triste et sombre sur un ciel bleu inondé de lumière, frappe l'esprit d'une terreur involontaire. Mais approchez ; pénétrez sous ces dômes de feuillage, vous y trouverez de délicieuses clairières qu'embaument de leurs senteurs balsamiques
mille llciirs aux largos corolles, autour desquelles bourdonnent des essaims d'insectes au corselet d'or, d'azur et d'émcraude. Vous vcrreï, sur les bords de ((uelque largi! (leuve, se dresser comme des colonnades les troncs noueux des arbres séculaires, à moitié cachés sous les bras llexihles des lianes, qui jettent an-dessus des eaux limpides des arches de verdure et de llcurs on se balancent avec grâce des oiseaux parés des couleurs les plus éblouissantes. Là tout est amour cl bonheur; tout chante, bruit. I^azouille ou murmure ! c'est la vie dans toute sa plénitude ! Telle est la mythologie orientale. Voulez-vous reposer votre esprit sur des tableaux gr.icieux? Déjà les Apsaras accourent à votre rencontre et les Péris se balancent autour de vous sur leurs ailes plus blanches qiie la neige. Désirez-vous du merveilleux? Gravissez les lianes de l'Albordi.ésarez-vouB sur les hauteurs du mont Mérou ; tourncï-vous Qu coté du Kaf! Voulez-vous tout ensemble du grandiose cl du merveilleux'? Assistez avec les dieux, les géants et les mai-vais ifénics, à la confection de l'Amrita, l'ambroisie des divinités indoues. Vous plait-il do remonter A l'origine des (leuplos? Nous vous apprendrons, en parlant des Ases, comment les traditions f^nt jparlir de 1 Inde ou des rivages do la mer Caspienne les colonies qui ont peuplé la Suéde et la Norwéae; nous vous mon- Ireron.s les habilanls des bords de la mer Rouge, venant à la suite d'Oannés civiliser la Babylonie et inaugurant, sur les côtes orientales de In Méditerranée, cette grande science de la navigation qui nous a donné rAméri"(|iie et rOcéanle ! Aimeriez-vons à pénétrer dans les replis les )ilus secrets des civilisations antiques, et à voir se dérouler devant vous les traits les plus caractéristiques des mœurs des anciens peuples? Lisez les articles Anaïtis, Baal Peor, Mylilta, Adonies. etc., vous y verrez la dissolution des moeurs autorisée par la religion même ! Plairait-il à votre esprit curie\ix de connaître les idées mythiques et philosophiques cachées sous tant de grossières enveloppes, bœuf, taureau, bélier, cynocéphales? Parcourez les articles Apis, Amon, Anubis, Jfoloch, Isis. Astaroth, etc., etc. La grande œuvre de la création vous intéresse peut-être? Interroges encore Amon et ensuite Brahma, Siva, Vichnou, Ymer, Bahvant et tant d'antres! Nous vous montrerons
dans les dieux de l'Orient tous ceux qu'adoraient ces Grecs vaniteux, qui se disaient les enfants même du sol qu'ils habitaient; et si, donnant un plus libre cours à votre ardeur de tout connaître, vous voulez voir les rapports qui peuvent exister entre les religions étrangères et celle même que vous professez, vous n'aurez qu'à consulter les articles Ormouzd, Amoun, Bouddha, Amida, Trimourti, Aritcliandrcn, etc.. etc. Dans la mythologie vous trouverez des notions sur toutes les questions qui e.xcitent au plus haut degré la curiosité humaine. Nous vous dévoilerons les secrets du sanctuaire; nous ferons briller à vos yeux comme une tor-he ardente la sagesse des anciens si longtemps méconnue! Qui de vous n'a payé à ce grand génie au'on nomme Cuvier le juste tribut de son admiration? Luvior, comme Colomb, a découvert un monde! un monde détruit depuis des milliers d'années, un monde sur lequel ont passé les eaux des déluges et le feu qui bout dans les entrailles de la terre! Eh bien! lisez notre article Omorka, et vous verrez se dresser devant vous ces créatures biiîarrcs, monstrueuses et gigantesques ! Ce que la science moderne croit avoir découvert, l'antiquité le connaissait, et notre Muséum d'histoire naturelle existait peut-être, il y a trois mille ans, dans le temple d'un dieu babylonien! Nous ne nous sommes pas bornés à la mythologie orientale; nous passerons également en revue les dieux de la Scandinavie et de l'Allemagne, ceux de la Gaule, de l'Angleterre et de l'Irlande, de l'Amérique et de l'Océanie, et, lorsque les personnifications divines d'un pays ne nous présenteront pas assez d'importance pour être l'objet d'articles spéciaux, nous les ferons connaître dans des articles généraux tels que Manitous, Esprits, Soleil, etc., ou même au nom des pays ou des peuples auxquels elles appartiennent. Nous avons du reste évité toutes les déductions qui pourraient être de nature à froisser les susceptibilités ou les croyances, nous bornant à raconter les faits tels qu'ils nous sont donnés par les livres sacrés des différents peuples ou par les voyageurs, et à en faire connaître le sens philosophique.
ALEXA^•DI>B BONNEAU.
Ruiucsdan Ituiplc cousacri- a Ouu|ilijs,oii l::g.v|>ic.
AAB-TOIOX. c'est-à-dire chef miséricordieux. Divinité suprême, dieu créateur des laKOutes ou Soclular en Sibérie. Il a pour femme Khoubé-Rhatonm. bri//an(« de gloire.
ÂBADDIR, père grand. C'est le nom qu'on donnait à des divinités carthaginoises, qui correspond peutêtre en même temps aux dieux Cabires et aux aérolithes nommés Abaddirs et Bétyles. Les prêtres des .\badJirs étaient appelés Encaddirs. Voy. Piep.res sacrées.
ABEIAjIO. Un des dieux des Gaulois selon J. César, qui le fait présider à la santé. On pense, avec raison, gu Abellio était un dieu-soleil ; son nom. en eCTel, ne diffère qu'à peine de l'.Abellios ou Apollon crétois, appelé Bêla par les Lacédémoniens, et on peut sans crainte le faire rentrer dans la snande famille des Baal, Bel, Belis, Belen, etc.
ABIDA ou ABID.VSIA. Une des plus grandes divinités des Mongols-Ralmouks. Il habite la région orientale du ciel. juge, au sortir de la vie, les âmes qui vont ensuite aniraerdes corps d'hommes ou d'animaux, et purifle celles qui sont impures. Il s'identifie avec le soleil lui-même. Il forme, avec Chakiamouni ctElik-Khan, une espèce de trinilé.
ACHCOUAIA - XERAX. Le principe du bien dans l'archipel des Canaries, opposé â Gouaïola, le mauvais principe. On le nommait aussi Achouhouchanar (le plus élevé) et Achouhourahan (le plus grand), ce qui pourrail le faire considérer comme le dieu suprême des Gouanchcs.
ACIXAX. Divinité scythique représentée par une lame d'épée enfoncée sur une quille de bnis. et devant laquelle on immolait des chevaux. Le nom d'.\cinax, identique à Mars, se retrouve dans le mot gi-ec akinakés, cimeterre.
AÇOUIXS ou plutôt AÇOUIXAOi;. Dioscures de l'Inde, fils d'uue nymphe changée en cavale et fécondée par les rayons du soleil, qui s'introduisirent dans ses narines. Le caractère distinctif des .\çouins est la jeunesse unie à la beauté. Ils sont toujours à cheval et voya- RCDt par le monde, guérissant les maladies de l'âme et du corps. On voit clairement dans ce mythe l'origine des dioscures de l'antiquité grecque et latine, qui avaient conservé tous les traits disllnctifs de leurs aines. L'un de ces dioscures indiens portait le nom d'Açouin et l'.iutre celui de Roumar.
AOAD. Dieu phénicien et assNTien nommé aussi Adod ou Asdnd. et époux d'Addirdagà (le grand poisson). On le représentait sous la forme humaine, et la partie inférieure de sa tête était environnée de rayons, qui se di-
son identité avec le soleil. Il était en outre qualifié de roi des dieux, litre évidemment solaire, auquel s'applique parfaitement le sens d'unigiic. tronvé dans son nom par quelques savants. Les rois syriens. i|ui, de même que ceux des Parthes, des Egyptiens, des anciens Hellènes, des Américains, etc.. cherchaient à faire remonter au soleil l'origine de leur dynastie, prenaient le nom d'.\dad ou de Ben-Xdad(fîlsd'Adad|.
ADIHA, c'est-à-dire le premier. Nom donné par 1rs Dindons à Souaïarabhouva, le premier des sopi Menons. On l'appelle aussi Parama-Pouroucha. k granil hnmmr. Il a pour femme Prakrili. (<j nature, nommée aussi .\din\i. la première, et Iva, la femelle. Nous nous contenterons de faire remarquer le rapport apparent de ces personn.igi's fictifs avec l'Adam et l'Eve des Hébreux et la premièrenée, protogénie de la théogonie phénicienne. Adimo, c'està-dire l'infortune, est aussi, dans les Chasters, selon Brunet, le nom du premier homme, dont la femme est Kama, l'amour.
ADOVÉE. C'est le nom qu'on donnait à Bacchus, c'est-à-dire au soleil, en Orient et en particulier dans r.\rabie. Ce nom ne diffère point d'.Xdonaï et d'.\donis, et signifie seigneur, titre particulièrement affecté au soleil ; il se retrouve dans celui d'une foule de rois et d'autres personnages, tels que .\ssar-.\ddon, Ncbo-R-.\pon- Assar, Assar-.\ddon, .\ssar-Adan-Baal, dont on a fait Sardanapale. .\donisébeth. etc.
ADOXIS. c'est-à-dire seigneur. Un des dieux les plus célèbres de la Syrie. Les mytliograplies varient beaucoup sur son origine. Ceux-ci le disent fils de Phénix, roi de Phénicie. et d'Alphésibée: ceux-là deThéias. roi d'Assyrie, et de Smyrne ou Myrrha, sa propre fille ; d'autres de Cynire, roi de Chypre, et de Métharmé. La légende la plus répandue est celle qui le fait naître de l'inceste de Théias et de SmjTne. Sa more, pour échapper à la honte, invoqua les dieux, et, quittant la vie sans se réfugier dans la mort, devint l'arbre qui porte la mvTriie. Au bout de neuf mois. Adonis brisa l'erorce maternelle. Astarté, frappée de .^a beauté, voulut le réserver pour ses plaisirs et le renferma dans un coffre dont elle confia la garde à Proserpine. Mais la dépositaire, jalouse de son trésor, refusa de s'en dessai^^ir. Jupiier, pris pour arbitre, décida que, sur les douze mois de l'année. .\dùnis en aurait quatre, en consacrerait quatre autres à Astarté. et que le reste appartiendrait à Proserpine. Mais le fils de Cyiiira sentait battre son cœur pour la déesse de l'amo\ir et de la beauté ; aux quatre mois donnés à la fille du ciel, il ajouta ceux dont le libre usage lui avait été laissé. Une tradition moins ancienne, et qui nous parait bien inférieure à la première, place la contestation des deux déesses après la mort d'Adonis. Tant qu'il avaitvécu, Vénus seule avait joui de son amour ; mais Perséphone, le voyant arriver dans sa sombre demeure, se sentit elle-mènie éprise de ses charnaes ; Vénus obtient de Jupiter la résurrection de son bien-aimé; Proserpine refuse de lâcher sa proie. La muse Calliope, chargée par Jupiter de régler le différend, décrète que les deux'rivales le posséderont tour à tour pendant six mois de l'année. Le jugement déplut également à Vénus et à Proserpine. et Jupiter, pour en finir, prit la décision consiîrnée dans la première légende.
"La mort d'Adonis, chantée par les poètes anciens et modernes, est une des fictions mythologiques les plus célèbres dans l'antiquité. Adonis, 'transporté par Venus dans ses délicieuses retraites de Cythere, d'Amathonte et de Paphos. se sentit pris un jour d'un vague ennui de ces plaisirs sans tin. de ces voluptés sans cesse renaissant&s qu'il puisait sur le sein de la déesse. Bouillant de vie et de jeunesse, il quitte brusquement sa divine maîtresse, et, l'arc à la main, le carquois sur l'épaule, il parcourt les montaçrnes du Liban et poursuit les bêtes féroces sons l'ombraïe"^épais des forêts. Mars, qui n'avait que trop de motifs Je haine contre le bel adolescent, envoie sur son passase un sanelier monstrueux ; .\donis le blesse ; l'animal, furieux, se précipite sur lui. et le porce de ses défenses. C'en est fait. Adonis n'est plus ; le fils de Myrrha a vu passer devant ses yeux les ombres de la mort ; \ énus
accourt désolée, éplorée, échevelée ; l'air retentit de ses cris et de ses soupirs; elle cherche à ranimer sons le feu de SCS baisers le cadavre inanimé. Vains cfforis ! soins impuissants ! Adonis doit descendre dans le séjour des ombres; et Vénus inconsolable le recouvre de mauves et de laitues.
Le smiplc exposé de l'histoire d'Adonis ne laisse aucun doute sur son origine sidérale, et son nom seul suffirait pour prouver son identité avec le soleil. Mais la preuve devient tout à fait évidente, lorsqu'on le voit partager son existence entre Vénus, qui désigne ici la partie supérieure et lumineuse du ciel, et Proserpine, qui en est la partie inférieure et ténébreuse. Sa mort est le symbole de la décroissance du soleil lorsqu'il descend vers l'équateur pour en franchir la licne imagmaire. Le soleil, en effet, semble alors nous dire un éternel adieu, et, si l'on se rappelle que l'astre roi, élevé au-dessus de lui-même par les abstractions métaphysiques, et considéré comme force agissante et créatrice, avait pour plus haute re|)résentation le symbole honteux, qui figurait dans les fêles d'Adonis
comme dans celles de Bacchus, on comprendra pnurijuoi Vénus le couvre de mauves et de laitues, plantes réfrigérantes et éuervantes, ce qui se nqiporte parfaitement a la nature de la blessure qu'il avait reçue du sanglier qui, suivant Ovide,
sub insuinc dcnlcsabdidit.
Mais Adonis n'est pas mort; il s'élcve au nord do l'équateur; il n'appartient plus à Proserpine, des bras langoureux de laquelle il vient de s'échapper ; il n'appartient jias encore à Vénus ; mais, dans sa marche ascensionnelle, il s'avance vers les régions supérieures du ciel ; c'est là que l'attend Aphrodite" Proserpine ne le reverra plus que lorsqu'il tombera de nouveau sous la dent nieur- Irirre du sanglier céleste. Or. ce sanglier, comme un mytliographel'a démontré, est undessigncsqui accompagnent le scorpion, constellation traversée par le soleil lorsqu'il abandonne l'hémisphère supérieur, et séjour de Mars, cenui expli(iue l'intervention de ce dieu dans la mort d'Adouis.
Nous signalerons à l'article Abonies les rapports d'Adonis avec Osiris, et, à l'article Atys, nous prouverons son identité avec cette dernière divinité.
ADOÎVIEfli ou fêtes d'Adoni.s. Ces fêtes, une des solennités les plus renommées de l'antiquité païenne, se composaient de deux parties bien distinctes ; l'une, \'Aphanisme ou disparition, destinée à rappeler la mort d'Adonis, se passait dans le deuil et dans les larnies; l'autre, consacrée à célébrer la résurrection du dien, avait nn caractère de joie et d'allégresse qui contrasiait singulièrement avec la lucmiérc, et qui recevait le noui i'ticrrhc (ilecouverlel. L'Aphanisme surtout élait eêléliré avec une pompe extraordinaire, au son mélancolique des flûtes appelées gingnii, mot ((ui. selon Borhart, veut dire seigneur, comme Adonis, et(|ui, suivani Alhêjiéeel PoUux, était le nom même d'Adonis en l'Iiéuicie. Une procession immense se dirigeait vers un calafal(|ue sompluiux, aux dimensions giganles(iues. Les jirêlres maixliaienl les premiers, et parmi eux on voyait les canéphores chargés de corbeilles, de gi\teaux, de Heurs, de branches d'arbres et de parfums. Les femmes venaient ensuite en robes de deuil et sans ceinture; leur démarche était triste et chancelante; leur visage portail Ions les signes de lu douleur.
On arrivait enfin au catafalque; des femmes le recouvraient de superbes tapis de pourpre, et, sur le monument funàbrc, on déposait la statue d'Adonis, p.ile comme la mort avec sa plaie saijjnanle, et auprès du dieu, sur un lit séparé, ou sur le cata'lalque même, on plaçait la ligure éplorée de Vénus Epitymbie, c'est-à-dire de Vénus à la tombe, rôle souvent rempli par une jeune fille, vivante image de la beauté et de la douleur de la déesse qu'elle représentait. Le soir, au moment où le soleil s'inclinaul sur l'horizon allait disparaître dans les Ilots rayonnants de la mer, on faisait couler sur le corps d'Adonis des cau.x limiiides, des huiles odoriférantes ; on accomplissait le calhedre ou sacrifice funéraire, on déposait dans la tombe le divin cadavre, et les femmes faisaient tomber sous le rasoir ou les ciseaux les Ilots abondants de leur chevelure. . . ,
A Alexandrie, c'était la mer même qui servait de tombeau à Adonis. On se rendait en grande pompe sur le rivage, avec la statue du dieu, portée par les dames les i.lus distinguées de la ville, et ipielquefois par les reines cl'lv.;vpte. e't on la préci|iilait dans les Ilots, cérémonie qui avait rapport à la fois au loiir lier du soleil dans les ondes, et a l'antagonisiiii' dWdoiiis o\i Osiris avec Typhon et de
Vriius ou Isis avec Ncjtlilé. On jetait eu iiume temps daus la mer un panier d'osier contenant une tète de carton et des lettres par lesquelles les habitants de l'Egypte annonçaient à ceux de la Syropliénicic que le temps des larmes était passé, que le dieu qu'ils pleuraient était retrouvé, qu'Acfonis Soleil était ressuscite. Ce panier, poussé par les vents, ne manquait jamais, dit-on, d'arriver à Byblos, Oii il était attendu avec impatience
L'hévrése représentait encore Adonis sur le catafalque; mais, cette fois, c'était Adonis ressuscité, c'était le soleil remontant faible et languissant encore sur notre liéiiiispliérepour l'inonder bientôt de torrents de lumière. C'était le printemps qui venait étendre sur la terre son manteau de verdure et sa couronne de tleurs. La joie succédait aux gémissements et aux pleurs, et de jeunes arbustes, du blé en herbe, des mauves, des laitues, du fenouil, etc., placés dans une multitude de vases, de corbeilles, de paniers d'argile, d'osier, de bois, de bronze, d'argent ou d'or même, selon la fortune de ceux qui les otTraient et du temple qui en fournissait une partie, formaient autour du catafalque un jardin verdoyant, image de la végétation renaissante. On préparait devant les portes, sur les places, sur les terrasses des maisons, des festins au dieu ressuscité. Les savants ne sout point d'accord sur la durée des Adonies. Ordinairement i'aphanisme et l'hévrése se suivaient de prés; l'intervalle qui les séparait ne parait pas avoir dépassé ordinairement huit jours, et quelquefois il se réduisait à un seul, ce qui donnait alors à la fête une durée totale de trois jours. Mei'.rsius cependant prétend que. dans quelques localités, les deux parties, l'hévrése et I'aphanisme, avaient lieu à six mois de distance, par allusion à la migration périodique apparente du soleil dans l'hémisphère austral. L'hévrése et I'aphanisme n'avaient pas non plus toujours lieu dans le même ordre; à Alexandrie comme à Athènes, l'hévrése précédait I'aphanisme; c'était le contraire à Byblos, ce qui explique comment on recevait dans cette dernière ville, avant l'hévrése, les lettres et le panier jetés à la mer par les Alexandrins, sept jours auparavant. Ce dernier fait, attesté par saint Cyrille, Lucien, Procope, est des plus curieux. Il nous apprend d'abord qu'à Byblos il y avait huit jours d'intervalle entre I'aphanisme et l'hévrése, et nous aide ensuite ;i préciser l'époque de la fête, qui devait nécessairement tomber en février ou en mars, puisque c'est alors que soufflent les vents du sud et du sud-ouest qui seuls pouvaient porter à Byblos la corbeille des Alexandrins. Nous savons en outre que le temps de la fêle concordait avec un phénomène singulier, que l'on a longtemps révoqué en doute : la teinte sanglante des eaux du lleuve Adonis ; mais il est aujourd'hui prouvé que ce phénomène a lieu lorsque les pluies du printemps, qui commencent en mars, apportent dans le lit du fleuve la poussière ocreuse des montagnes. Ce n'était donc point en juillet, comme le dit Sainte-Croix, mais en mars qu'on célébrait les Adonies, à Byblos et à Alexandrie, usage suivi par les Athéniens, mais dont on s'écartait dans un grand nombre de localités. Les fêtes lugubres de Thamouz, célébrées par les femmes de Jérusalem, ne différaient point des Adonies.
ADRAMEliECU et A^'ASIELiECU. Divinités des Sépharaïtes, en Syrie, dont il est parlé dans le quatrième livre des Bois (IV, 17, 51), et qui se trouvent toujours unies. Adramélech, qui signifie, dit-on, roi magnifique, et Anamélech, qu'on traduit par roi compatissant, passent pour avoir été représentés, le premier, avec une tète ou un corps de mulet, et le second, avec une tête de cheval. Il est impossible de savoir quelles étaient les attributions de ces aeux divinités. Ce au'il y a de positif, c'est qu'elles étaient toutes deux sidérales, conjme le prouvent leur titre de Melech, roi, et leur culte, qui consistait à biùler ou à purilier par le feu des enfants en leur honneur Comme on les trouve toujours unies, il est possible qu'elles représentent le soleil ei la lune, ou Mars et Vénus, car, eu Orieut, cette dernière est souvent une divinité inàle. Dupuis croit qu' Adramélech était Cepliée et Anamélech, Pégase.
AFI. Mythol. Scandinave. Voy. Deimdall.
AFBl£TSit. GérJes monstrueux qui jouent daus la
mythologie arabe le même rôle que les ogres et les géanLs dans les romans de chevalerie.
ACiATUOniKlIOX, c'est-à-dire lion génie, esl le nom grec d'un dieu égyptien dont nous ne connaissons pas la dénomination nationale, mais qui parait souvent se rapporter à Knef, une des formes d'Amon. On consacrait à cette divinité un serpent inoffensif qui portait le même nom et qui diffère essentiellement de l'L'neus. (Vuv. ce mol.) Le serpent .Vgathodœmon était le symbole ue la vie, de la santé, de la jeunesse, à cause du renouvellement de sa peau, et de l'éternité, dont il représente le cercle iuDni lorsqu'il se mord la queue. On représente ordinairement l'Agathodœmon avec une barbe et un corps replié eu nombreuses spirales; sa tête est ornée d'un diadème royal, et sa queue est souvent terminée par des fleurs de lotus ou des épis. Quelquefois il se trouve combiné avec des formes de lion et porte des ailes; on levoitaussi avec des jambes humaines ou avec une tête d'homme ou de femme. Combiné avec le lion, c'est Knef-Neith qu'il représente; avec la tête de femme, il désigne >'eith, Saté ou Isis.
ACUOCîOK. Dieu créateur adoré dans les iles Aléoutiennes, voisines du Kamtchatka. Les habitants de ces contrées croient que les hommes, par ordre de cette divinité, eurent les chiens pour ancêtres, prétention que l'on trouvera certainement chez nous peu ambitieuse, mais qui se comprend chez un peuple pour lequel le chien est une véritable providence, et qui, d'ailleurs, se rapproche beaucoup de certaines théories émises par des savants modernes.
ACr^AB, fils de Geirod. Il était ;igé de dix ans lorsque son père , prince dur et impitoyable, refusa l'hospit.ililé à Grimnir. le fit charger de cliàines. et lui parla avec hauteur et dédain. Agnar, plus compatissant, offrit à l'étranger un breuvage rafraîchissant. Or, Grimnir, c'était Odin lui-même , le souverain des dieux et des hommes. Il promit à Agnar le royaume de son père, et prononça son nom redoutable. Geirod, en l'entendant, fut saisi 'tout à coup d'un accès de démence , se perça de sou épée, et laissa ainsi le trône à Agnar. Agnar, selon Finn Jlagnus, est l'été, flis de l'hiver, qui sourit à Odin, représentant l'air atmosphérique fatigue de la rigueur de l'hiver.
AGXI ou ACiHXI. L'un des nuit Vaçous placés immédiatement au-dessous de Brahma. Il préside à la région du sud-est et au feu sous toutes ses formes, au feu céleste, au feu terrestre, au feu qui bouillonne dans les entrailles de la terre, au feu qui récnauffe. féconde et purifie, comme à celui qui brûle , qui dessèche et qui tue. Cette double propriété du feu devait le faire considérer sous deux aspects différents, comme le Fta égyptien , avec lequel il se confond sous beaucoup de rapports. De même , en effet, que Fta se change en Souk ou Renifa (Saturne), et en Ertosi(Mars), de même Agni est représenté avec deux visages, désignant le feu qui produit et le feu qui détruit, et avec quatre bras, dont deux sont armés de glaives. Sa double tête est environnée de flammes, et ses trois jambes symbolisent les trois espèces de feu de la liturgie indoue : celui du mariage, celui des funérailles et celui des sacrifices. Un bélier bleu, aux cornes d'un rouge ardent, lui sert de monture. Agni , comme Hercule, la lumière solaire, qui n'est au'un des diamants de son éclatante auréole, est embrasé des feux de l'amour; il séduit les femmes des sept Bichis et les transporte aux cieux , où elles deviennent les sept planètes. Un détail qu'il importe de ue pas oublier, c'est 1 union d'Agni avec Vaïou , Pavaca ou Marouta , le dieu des vents et de l'air, qui sert de véhicule aux ondes lumineuses comme aux sons et aux odeurs. Le culte d'Agni est un des plus importants dans la religion indoue ; ses sacrifices précédent ordinairement ceux des autres dieux. Qu'est-ce, en efl'et, qu'Agui'? N'est-il pas le grand purificateur, Pavaca, comme on l'appelle sur les bords du Gange?
Les rapports entre Agni et certains mythes des peuples occidentaux sont aussi remarquables que frappants. Le bélier sur lequel il est porté n'est-il pas le taureau doré ^rouge) de Phrvxus? L'Amon égyptien n'était-il pas souvent représenté'avec deux têtes de bélier? N'est-ce pas du nom même de ce dieu que viennent les mots latins ignis,
feu, et agnus. agneau, l'animal sacré entre tous, le syml)ûle du sacrilice ?
A<>OIE. l'ieu de la (iuinoe, adoré par les nègres de Juidah. sur la côte des Esclaves. Sa statue, placée dans la hutte du grand prêtre, rend, par l'intermédiaire du ministre et au moyen de petites boules de terre, des oracles fort respectés. Le dieu, noir comme ses adorateurs, haut de dix-nuit pouces environ, est représenté accroupi dans un vase rouge. Sa position, la forme de ses jambes et les d:iigts de ses pieds lui donnent à peu prés l'aspect d'un cr.!|iaud. Son cou et les deux côtés du vase sont oniés de drap écarlale. Il a pour coiffure un javelot avec la lige in-
férieure duquel se confond un lézard, et le long duquel se trouvent, au-dessus du lézard, un croissant, au-dessus du croissant, un lézard horizontalement placé, et au-dessus de ce lézard, le fer de lance qui termine le javelot. D'autres lézards, des plumes d'oiseaux, des serpents, partant des deux côtés du javelot, comme des rayons égaux, complètent cette singulière coiffure, dont le sens allégorique embarrasserait de plus habiles que nous.
ACiROTE. Le plus grand des dieux adorés à Byblos, où il était représenté par une colonne dans un temple porté par des bœufs. On lui attribuait l'art agricole, celui de la chasse et l'invention des pressoirs et des maisons. Agrote, qui n'est que le nom du dieu traduit en grec, signifie Idhmmur ; il devait la naissance à Agre, c'est-à-dire le cltdiiiii, le terrain fécond, fllsd'lsis et d'Osiris. Il était rcg.udc iduinie le dieu de la neuvième race.
AIIUISIAX. Mylbol. pers. Voy. Ormouzd.
AIll;^AIt, fils de Moh:ini-Ma'ia "et de Siva. C'est le dieu de^ agriculteurs indii'iis, (|ui a les plus grands rapports avec le Pan grec. Ses tt'uqilrs snul toujours élevés dans la canqiagne et dans les lie\i\ èiail('s. On lui immole le coq et le chevreau, et il est la seule divinité indouo devant laquelle on fasse couler le sang. Autour de ses temples, ordinairement de petite diniension, on voil,dansdcs niches nu dans des lieux couverts, une multitude de chevreaux en terre, qui lui sont offerts par des agriculteurs,! la suite de quelmies vœux. Dans un sens plus élevé, Aiénar est chargé de faire régner dans le monde le bon ordre et la police. Alors encore il n'est pas sans analogie avec Pan, considéré comme le grand Tout, concejilion pnn- Ibèistc i|ui se confond nécessairement avec celle de l'ordre et ili' rii.irmonie universelle.
Aiit'iM. Divinités germaines adorées par les Naharvali's. Leurs principaux attributs étaient la jeunesse et, par suite, la beauté. Les Alcis étaient frères, comme Casloi- cl Pnilux et les Açouins (voyez ce mot), ce qui pourrait les faire )irendrc pour des Dio.scuics, On les honorait
au fond des forets, et Tacite nous apprend que leurs prêtres se revêtaient d'habits de femme pour oflicier. Les Alcis étaient-ils androgynes'?
Al>IiAH-TAAL.AI (l'Alilal des Grecs et des Romains), c'est-à-dire dieu très-haut, nom sous lequel les anciens Arabes adoraient leur divinité suprême, le soleil, feu principe, recteur universel idéalisé. Taaia'i n'était qu'une epilhèle de celte divinité, dont Allah était le vrai nom. Or, Allah, le dieu unique et souverain du Coran, vient de 1 article al, et de elah, dieu, en arabe. A ce dernier mol on doit rattacher le pluriel Elohim, qui désignait aussi la divinité chez les Juifs: mais Elah lui-même parait avoir pour primitif El. le Fort qu'on retrouve comme dénomination divine chez une foule de peuples. Jehovah est souvent appelé El ; les divinités chaldéennes Bel, Bal, Baal; les mots Àlomin et Alonoth , par lesquels on désignait la divinité chez les Carthaginois ; le Bélénos gaulois ; le dieu El-ios (le soleil) des Grecs , etc., etc., nous présentent ce même radical , affecté de signes différents. — La déesse Allata , la lune , adorée par les Arabes de Thakif, et dont la statue fut brisée par ordre de Mahomet, n'en est que la terminaison féminine. C'est toujours la lune , en rapport direct avec le soleil , comme épouse, comme principe femelle, comme force humide et productrice.
AliBORDI , c'est-à-dire littéralement le Uord'i. .Montagne célèbre dans la mythologie des anciens Perses, et dont l'existence chimérique domine encore aujourd'hui tout le système de cette poésie féerique, brillante et traditionnelle qui charme l'Arabe sous sa tente et le voyageur au milieu des sables du désert. Comme le Kaf, l'IIimala, le Mérou, etc., le Bordi est la montagne des montagnes, qui étend sur le monde entier ses gigantesques racines. Nous ferons connaître, à l'article Montagnes, le sens caché sous ces conce|itions antiques, et le motif philosophique cl cosmique qui a présidé à la divinisation des hauts sommets du globe. Le Bordi, montagne sacrée, montagne des mondes, placé sous la surveillance de l'ized Barzo, est la ilcmeure des sept Amschaspands , et, par conséquent, des vingt-huit Izeds, ministres des Amschaspands, des llamkars. serviteurs des Izeds, et des Pervers , légions innombrables dans lesquelles chaque dieu, chaque ized, chaque homme, chaque animal, chaque arbre et tout brin d'herbe qui germe dans le sol fécond , compte un génie chargé spécialement de le protéger. Bamené à la réalité terrestre et géographique , l'Albordi est l'Elbrouz , le pic le plus élevé de la chaîne du Caucase, qui passait pour avoir servi de retraite à Zerudocht (Zoroastre).
AliEMAIVUS. Le dieu de la guerre chez les anciens Germains, qui l'invoquaient avant de marcher contre l'ennemi. 11 était surtout honoré dans les environs de Ralisbonne, au milieu des populations boiennes. Ce qui l'a fait regarder par quelques auteurs comme un roi des Boiens. Mais l'Allemagne porte encore le nom d'Alemanus, qui parait composé d'all-mann, tout-homme, réunion d'hommes, expression qui semblerait désigner la formatinn d'un peuple; on est donc en droit de contester la réalité historique d'Alemanus. Ne pourrait-on pas supposer ((u'Odin. adoré par les ancêtres de la nation allemande, aura chez eux pris le nom collectif de la confédération primitive?
AliRU^'ES ou RUINES. C'étaient les lares et les pénates des anciens Scandinaves, qu'on représentait |n-esque toujours sous la ligure de la femme, vrai et touchant symbole du rôle bienfaisant qu'elle joue dans la famille. Les statues des Alrunes étaient petites et formées de racines d'un bois dur et presque toujours de celles delà mandragore. On les habillait, on les couchait, on les lavait, on les parfumait, on leur donnait à boire et à manger, et, si on les néglisjeail, elles souffraient de toutes les privations qui leur étaient imposées. Les Alrunes no différent probablement que de nom des Séraphins des Hébreux, et nous sommes portés à croire qu'elles ont donné naissance à une superstition célèbre autrefois dans notre pays : l'envoûtement, qui consistait à faire une petite ligure de cire, représentant une personne à laquelle on voulait du mal, et qu'on perçait au cœur si l'on désirait sa mort; à laquelle on crevait les yeux, si on voulait la rendre aveugle. — Les Alrunes passaient pour annoncer
l'avenir, qu'elles indiiniaimit iiar de légers signes de lète. Les prêtres portaient aussi le nomd'Alrunes. et c'est probalilemenl le même nom qu'on trouve dans Tacite sous la forme Aurinie, et qu'il applique à une propliélosse germaine. Suivant une tradition populaire, qui s'est perpétuée dans certaines contrées du nord de l'Europe, les Alrunes sont des racines de forme humaine qui ne croissent qu'aux lieux où le sang des coupables coule sous le glaive de la justice. L'homme assez heureux pour en trouver une n'a qu'à désirer, et aussitôt ses vœux sont accomplis: ses coffres sont remplis d'or et de diamants ; sa chaumière se transforme en palais. On voit sans peine l'origine de ce préjugé. Les racines de mandragores dont on faisait les Alrunes ont de tout temps, par leur ressemblance avec le corps humain, donné prise à la superstition. Les dieux pénates du Nord n'étaient pas sans rapport avec les runes ou caractères de l'alphabet Scandinave qui passaient aussi pour des divinités, et qu'on employait à diverses opérations magiques.
AUBO. Déesse égyptienne, femme d'Osiris, comme roi de l'Amenlhi. Amho est par conséquent l'Isis souterraine, le principe femelle répandu dans les entrailles de la terre. Elle n'est sans doute, comme le pense M. Parisot. (lu'un Anbo (Anubis) féminisé. On la nomme aussi Titlirambo.
AUIDA. Le dieu suprême, immatériel, immuable, indivisible, antérieur à la nature, adoré par les Japonnais. .\mida nous apparaît sous deux formes. Comme dieu unique dans l'acception la plus haute qu'on puisse attacher à ce mot et comme divinité médiatrice. C'est comme médiateur, comme sauveur, qu'il abandonna le Gokourakf. le séjour de 1 éternelle joie, il y a des milliers ou des millions d'années, et qu'il se fît chair pour racheter d'avance, par ses austérités et ses soulTrances, l'espèce humaine jusque dans les générations les plus lointaines. Cette existence dure, pénible, arrosée de sueurs et de larmes, Amida la supporta non pas un âge d'homme, non pas un siècle, mais pendant mille ou deux mille ans, étonnant les contemporains par ses miracles, les éditiant par ses exemples et par ses paroles. Son œuvre terminée, il déposa .sa croix, et détruisit de ses propres mains la chair qu'il avait revêtue. End'autres termes, il se tua, et remonta dans le Gokourakf, où il intercède sans cesse auprès de Jeninia, le roi des enfers, en faveur des âmes auxquelles il s'intéresse, obtient la remise de leurs peines et leur permet d'aller animer de nouveaux corps. Ce qù'Amida recherche dans un homme, c'est une vie pure et sainte, conforme aux ordonnances qu'il a laissées. Ses prescriptions, au nombre de cinq . sont appelées Gokaï [les cinq prescriptions) cl consistent : à ne pas tuer-, à ne pas voler; à être chaste; à ne pas mentir: à ne pas boire de liqueurs fortes.
Malheureusement, la manière dont Amida a quitté les hommes qu'il était venu régénérer et sauver, a fait naître parmi ses sectateurs les plus déplorables abus. Aux cinq préceptes commandés par le maître, les prêtres en ont ajoute un sixième: le suicide. ,\ussi voit-on de temps en temps les dévots, après de longues et terribles austérités, monter sur une nacelle richement ornée et pavoisée. de banderoles de soie aux couleurs éclatantes, et se précipiter dans les flots au son des instruments. — .\mida est ordinairement représenté avec trois tètes couvertes d'une toque ou avec une lète de chien, monté sur un cheval à sept têtes et mordant un grand cercle d'or qu'il fient à la main. — Ses trois têtes sont évidemment un svmbole trinitaire ; celles de son cheval nous représentent le dieu
3ui règne dans les cieux au-dessus des sept planètes qu'il irigc et qu'il gouverne. Quant à la tête de chien et au cercle d'or, la première nous reporte nécessairement au triple Cerbère, et le second est, comme le serpent qui se mord la queue, le symbole du l'éternité.
AHOX ou AMOU:\' et AMEX. L'Ammon ou Hammon des Grecs ; le dieu créateur de l'ancienne Egvpte, l'csurit qui pénètre toutes choses, le révélateur des formes cachées, dont le nom, suivant Manelhon. signifie occulte ou caché. Sa légende la plus ordinaire est': « Amon-ra, seigneur des trois régions du monde, seigneur suprême OU céleste. » Considéré comme 4me du monde matériel^
organisé et animé par les dieux émanés de lui, .\mon est représenté avec quatre têtes de béliers, CAr alors, dit Champollion, il représente les quatre grands esprits du monde créé : Soou, l'air qui s'étend de lît terre n In lune ; Phré, le soleil; Alniou, la terre; Osiris, le principe humide. Mais, si l'on en croit Lanci (lettre A M. Prisse d'Avesnes), ces quatre têtes de béliers sur le cor|>R du dieu désignent l'équinoxe de printemps, le solstice d'hiver, le solstice d'été et l'équinoxe d'automne, pcrsonnillés par (Quatre Amon, dont les noms, qui se retrouvent dans les livres liibliqucs tous diféremment écrits, sont Amen-Bal ou BaaI-Amon, .\men-ra, .\men-On, Amen-Bah. Sous la forme purement humaine, Amon est représenté assis sur un trône, avec le corps bleu, une ceinture bleue, une tunique soutenue par des bretelles. Sa barbe est désignée par un appendice noir; il tient dans la main gauclic le sceptre terminé par l'oiseau Koucoupha ; dans la droite, la croix ansée, svmbole delà vie divine; il a des bracelets au haut des'bras et quelquefois aux poignets, et porte sur la têto la coiffure royale surmontée de deux plumes de diverses couleurs. Représenté avec une tête de bélier, il a de plus, entre les deux plumes dont sa tête est ornée, un disque sur lequel se dresse le serpent UriTus.
Ainoun, à la fois un cl multiple, sedélégue, comme nous l'avons dit, en plusieurs divinités, modifications plus ou
moins Importantes de son essence fondamentale. Ainsi, comme Amon-Kiioulis. il est l'esprit incréé, l'âme universelle d'où émane la vie éternelle. Souvent alors il a pour svnibnl,> identique à lui-même l'iuoffensif Agathodœmon ; comme Amon-Mendès. il est essentiellement générateur, et prend, dans les légendes, le titre d'Amoii. seigneur des régions du mon le ; comme Amun-Knef, il est la source intarissable d'où partent tous les biens moraux et physiques, le principe qui anime, pénètre et soutient le monde, — dans les bas-reliefs, c'est Amoun qui donne la croix ansée aux héros cl aux rois qui lui sont présentés par Phré, le soleil. Les Pharaons s'intitulaient : enfant d'Amon ; chéri d'Amon. roi des dieux; approuvé par Amon.
Amon était adoré en Ethiopie, en Lybie. dans l'île de Méroé, dans l'oasis de Syouah, nui portait autrefois son nom et où il avait un temple et des oracles célèbres dans toute l'antiquité. Thèbes cniin, la Noaminon de la Bible, la Diospolis des Grecs, qui le confondaient avec Jupiter, lui était consacrée.
Le b 'lier était l'animal sacré d'Amon, et la plupart des LM-aiids monuments de Tliélies étaient reliés par des avenues colossales de béliers, dont on trouve encore des restes devant le fameux temple de Karnac, Amon même était
soiiveiil repiTsenté sous la forme pure de ce quaJruiiède, soit, comme le pense Dupuis, parce qu'il était le symbole du soleil entrant dans le signe du bélier, soit, comme le dit ChampoUion, parce i|ue le bélier, en écriture hiératique, signilleune àme, un esprit divin du premier ordre, ce qui expliquerait en même temps pourquoi toutes les divinités considérées comme esprits recteurs de l'univers sont figurées sous la forme de ('riocéphales.
Nous avons déjà lait connaître plusieurs des formes sous lesquelles on représentait Amon.On lui donnait aussi celle d'un bélier à quatre têtes, tantôt sans ailes, tantôt avec des ai les déployées; celle d'un bélier à cornes de bouc (Anion-Mendés) ; celle d'un scarabée; on le dépeignait enfin, et c'est le seurexemple égyptien que l'on en connaisse, comme Panthée, c'est-à-ilire concentrant en lui toutes les forces divines. Nous possédons peu de renseignements sur le culte rendu à cette divinité ; nous .savons cependant que ses fêtes étaient célébrées avec une magnificence extraordinaire. Une grande procession avait lieu tous les ans en son honneur. A Thebes, elle ne durait pas moins de douze jours. C'est pendant cette cérémonie qu'on tirait du temple oriental sa bari ou barque sacrée, une dix-huit prêtres iiortaient solennellement à l'occident dans la l.ybie ou l'Ethiopie, allusion évidente a la marche du soleil dans les cieux.
AMRCillV ou ASIUERCilTV. Druide de Mileadh, fils de Miles et de Scota et frère d'Eibhear-Fionn. A la tête du clan des Brigantcs et de celui des Milésicns, il soumit une foule de peujiladcs irlandaises pour veuger le meurtre d'Ilh, fils aine de Brioghan.
AllRITA. C'est le nom que les livres sacrés des Inilous donnent au breuvage d'immortalité. Avant la créaliiin ilc (rite boisson divine, qui précéda d'un grand nombic de sircles l'apparition de l'homme sur la terre, les dieux ét.iient mortels. Après dix mille ans de guerre entre les génies du bien, les patriarches, et les génies du mal et les géants, les deux partis conclurent une trêve afin de réunir leurs efforts pour former l'Amrita. On commença par transporter, travail gigantesque, œuvre périlleuse, le monlMerou dans la mer de Lait. La distance était déjà parcourue presque tout entière , quand l'énorme montagne échappe tout à coup aux milliers de mains qui la soutiennent. vichnou-Naraïana se penche, la soulève, et la pose sur la tête de l'oiseau Garoud'ha, qui bientôt nage dans la mer de Lait avec le Mérou, dont les innombrables sommets se perdent dans les cieux. Adicéchen, le grand serpent à mille têtes, s'enroule autour de la colossale pyramide ; les dieux et les génies tirent des deux côtés le divin reptile pour forcer par celte pression terrible la montagne renelle à céder ses arbres, ses herbes odoriférantes, ses parfums, ses fleurs et ses fruits, dont le mélange avec les eaux de la mer de Lait devait donner naissance à l'Amrita. Mais le Mérou, perdant subitement l'équilibre, s'enfonce dans les flots. C'en était fait de la terre : un choc terrible allait la bouleverser et la briser! Vichnou se métamorphose en torliir. plonge au-dessous de la montagne, qu'il ramène à la suiface des eaux sur sa carapace, aussi grande qu'un niomlc Adici'chen l'enlace de nouveau ; les dieux et les gi'iiirs sr irriicllcnl .'i l'o'uvre; des torrents de siiinii' inoiidciil les écailles azurées du reptile ; ses yeux lancent des éclairs ; ses mille langues font retentir l'air de sifflements affreux ; tout est enveloppé d'épais tourbillons de fumée, de flammes et de vapeur ardente ; l'Océan mugit; tout ce qui vivait dans son sein vient expirer à la surface ; du haut du Mérou descendent avec fracas ses arbres séculaires et tous ses trésors de verdure; le fou dévorant l'enveloppe et tous ses aromates, tous ses sucs précieux, viennent se mêler à la merde Lait, qui se trouve changée en un liquide délicieux, tel que rien de semblable n'avait encore touché les lèvres des dieux. Le Mérou ipii l'avait formé en est lui-même imprégné, etde tousses pores transsudc une rosée ex(|uise et nourrissante. Une foule de créatures s'écliapiienl en même temps delà montagne (voy. Méhoii) ; la diM-iiiiMc est Danavandri, démon à forme humaine, qui lient à la main un vnsi' blanc renfermant l'Ainrila etrimmnrlalilé!.. Les géants s'emparent du précieux ilacon; Vichnou, sous
la figure de Mohini-Maïa (l'illusion), bayadére divine, charme les mauvais génies par ses danses légères et ses chants harmonieux, prend l'Amrita, qu'il doit égalemciit iiartager entre les dieux et leurs antagonistes, et en fait noire d'abord aux premiers. Mais, usant de subterfuge, il fait en sorte qu'il n'en reste plus une goutte pour les géants et les Assouras (mauvais génies). L'un de ces derniers.Rahou, pressentant ce qui va arriver, prend la figure d'un dieu ; l'Amrita a déjà touché ses lèvres; Vichnou, averti par le soleil et par la lune, lui abat tout à coup la tête ; mais cette tête est devenue immortelle ; elle va prendre place parmi les astres étincelants de la voûte céleste. L'Amrita nous fait penser naturellement à l'ambroisie de la mythologie grecque. Le mot ambroisie signifie immortel, et M. Parlsoi pense ([ue ce mot même peut venir d'Amrita, fonni' en sanscril de A privatif, et de mrita. la mort.
A»IM1'IIAMI>AKDS. Génies du premier ordre et création d'Ormouzd dans la mythologie persane. Ils sont au nombre de sept, etOrmouzd est le premier d'entre eux. Opposés aux Dews d'Ahriman (voy. Ormoczd), ils les combattront jusqu'à la fin des douze millénaires. Leur nombre de sept fait allusion aux sept planètes et aux sept jours de la semaine. Si l'on met de côte Ormouzd, ils sont en rapport avec les six constellations supérieures du zodiaque, comme les Dews, moins Ahriman, avec les signes inférieurs. Pour être conséquent, il faut ensuite les rapprocher des six ghambars, des six millénaires et des six époques de la création. Les Amschaspands, qui commandent aux Izcds (voy. ce mot), génies du second ordre, exercent, sous la haute surveillance d'Ormouzd, leurs attributions sur les différentes parties de l'univers et veillent au maijilien de son ordre. Ils sont appelés, dans l'Iecht-Sadé, rois de la lumière, yeux immortels de Houm, sources jaillissantes du vrai, du beau, de l'honnête; inimitables modèles de l'homme, etc. Quoiqu'ils soient évidemment de purs esprits, le zend-avesta les dit androgynes, et ils apparaissent quelquefois aux hommes. Quatre d'entre eux, par exemple, se montrèrent à Gouchtasp, sous la forme de cavaliers richement équipés. Les six Amschaspands sont, d'après M. Eugène Burnouf dans son savant et judicieux Commentaire sur l'Yaçna: Bahnian (la bienveillance), qui préside à la lumière et à l'ensemble des races animales, excepté l'homme placé sous la direction particulière d'Ormouzd ; Ardibeliescht (la pureté excellente), le génie du feu; Schariver (le roi désirable), génie des sept métaux; Sapandomad ou Espendarmad (celle qui est sainte et soumise), qui rend la terre féconde; Rhordad (celle qui produit tout), aussi appelée llaurvadhbya et Sawapatchora, génie femelle des eaux, qui se confond avec Amerdad (celle qui donne la vie), appelée aussi Amcretaibya, qui préside aux arbres et aux fruits. Ce double génie, à cause de sa dualité, reçoit le nom Dvylayam; le sixième est Goschouroun (Sme du taureau), qui préside aux troupeaux.
A:%'AITaS ou AWAHI». Divinité à laquelle Artaxercès Miiémon éleva le premier des slatues dans les villes (le Dahylonc, de Suze, d'Ecbatane, d'où son culte se répandit ilans la liaclriaiie, la Lydie et la Syrie. Hérodote iiouii apiirenil (|u'elh' (Hait i(leiil'i(|uo à la Mylitla de Babylonc, CM parle sous le nom de Vénus-Uranie, et dit que l'Asie entière l'honorait sous différents noms. Nul doute ([u'Anaïtis ne soit une grande déesse, une dée.sse mère, un génie panthée femelle. Elle a pour protolype Anahid, un des vingt-huit izeds auxquels Ormouzd confie le gouvernement du monde sous la direction des sept Amschas- ])ands. Anaïtis était l'esprit du feu femelle oppose au feu mâle personnifié dans Mithra, car le feu, comme le soleil, était audrogyne. La région caucasienne jusqu'à la Perse était le foyer principal du culte d' Anaïtis. A Comana et à Zélu, elle portait le nom d'Enyo, corruiition évidente de celui d'Ananid. Ses temples, comme les abbayes du moyen âge, avaient des dépendances lerriloriales d'une iiiiinense étendue, cultivées par une mullihiile d'esclaves des lieux sexes, nommés llii'rodoules ou serfs sacrés. On en coiuplail jusqu'à six mille ap]iartcnant au temple de Comana de Cap|iadoce. On peut juger par là des richesses de ces sanctuaires, augmentées encore par la foule des
pèlerins qui y afUuaient à l'époque des fêtes solennelles.
Pendant ces fêtes, oui avaient lieu au printemps et à [automne, on voyait le souverain pontife se montrer, couronne en tète, à la foule rassemblée. Les dévols, hommes et femmes, vêtus chacun d'habits du sexe opposé, se livraient à des danses extravagantes, échevelées, furibondes, se frappaient à coups redoublés, se déchiraient avec dei couteaux, iii.'-'idaient de leur sang les pavés sacrés, et s'abandonnaient ei. l'honneur des "dieux .i toutes les débauches et à toutes les dissolutions. Sli'abon rapporte même que les personnages les plus distingués consacraient leurs filles au service d'.\naitis.
Voilà pourtant où en étaient arrivés les peuples les plus civilisés de l'ancien monde ! Sous prétexte de rendre à la nature un culte digne d'elle, ils transformaient les temples en maisons de débauche, et foulaient aux pieds la pudeur, couronne sacrée des vierges. C'est à peine si nous pouvons croire à de pareils Uoages. nous autres chrétiens et hommes du Kord: et pourtant ce que nous avons dit d'.\naïtis s'applique en général au culte de toutes les hautes divinités féminines considérées comme grandes niéres et comme génératrices. Pourquoi d'ailleurs serionsnous surpris de retrouver dans l'antiquité les scandaleuses orgies que l'Inde a tolérées jusqu'à nos jours'? Le symbole de l'énergie créatrice, aussi profondément révéré (|ue pourrait l'être chez nous le triangle mystique, n'était-il pas honoré sur les bords de l'Euphrate et du Tigre comme sur les rives de l'Indus et du Gange'?
A?\'»ATÉ. Déesse de la victoire chez les anciens Bretons. Elle élait ] articuliérement honorée par les Trinolantes, qui habitaient les comtés d'Essex. de MidJlesex, etc. Ses autels s'élevaient au milieu d'un bois sacré, et les prisonniers faits à la guerre étaient les victimes qu'on lui immolait. Le nom de cette déesse, selon Cambden, vient du mot celtique anadhait. renverser.
AlVGERnoUE ou .l^'eUBDODE , c'esl-à-dire vussagi're de malheur, femme de la race dos géants avec laquelle le dieu Locke entretint un commerce illégitime après avoir vainement cherché une femme parmi les habitantes de Midgard et des autres villes célestes. De cette union naquit le fameux loup Fenris, le grand serpent lormoungandour et Hila, la déesse du sombre empire.
AXXIXCA et MAliIXA. Vous connaissez le système de Ptolémée, qui fait si respectueusement tourner le soleil autour de notre slobe ; vous l'avez rejeté, je n'en doute pas, pour celui de topernic, qui place le soleil au centre du monde, et à cette dernière combinaison vous avez ajouté la grande loi de la gravitation universelle des planètes vers le soleil, et des satellites vers les planètes, entrevue par Kepler et Bouillaud, énoncée par llooke et Borelli, et mathématiquement démontrée par le grand génie qui s'appelle Newton I Mais, dans ces théories magnifiques, dans ces rotations d'étoiles, de planètes, de conn-tes flamboyantes jetées dans l'espace à des milliers et à des millions de lieues de la terre, l'esprit s'égare, l'imagination se perd ! et je crois bien mériter de vous, ami lecteur, en vous exposant un système plus simple, qui sera compris sans difficulté par vos enfants mêmes et qui règne sans contestation dans des contrées immenses que nous connaissons à peine.
Sachez d'abord, ainsi nous l'apprennent les Groënlandais, que tous les corps célestes ont été primitivement des hommes ou des animaux, que diverses circonstances ont fait arriver au firmament, où ils sont devenus rouges ou blancs selon leur nourriture habituelle. La lune, qui s'appelleylnnijiga, élait dans l'origine un charmant petit garçon, qui avait pour sœur Malina. Or, un jour, au milieu d'une bande joyeuse d'enfants, .\nninga se met en jouant à poursuivre sa sœur; celle-ci, se retournant tout à coup, barbouille de suie la blanche figure de son frère, continue sa course serrée de près par .\nninga. arrive enfin aux extrémités de la terre et s'élance dans le ciel où elle devient le soleil; Anninga se précipite après elle dans l'espace, où il devient la lune; mais, il a beau hâter le pas, il ne peut atteindre Malina, qu'il ne cesse pourtant de poursuivre depuis des siècles et qu'il poursuivra sans doute bien des siècles encore Si maintenant vous demandez d'où viennent
les taches qui ternissent le teint blanc de la lune, je vous prierai de vous rappeler la suie dont l'espiègle Malina a narbouillé le visage de son frerc ; si vous voulez savoir pourquoi la lune disparait après son dernier quartier, je vous répondrai que, pressée par la faim, elle cesse un moment de courir après sa sreur, pour aller chasser les chiens de mer. Elle s'engraisse alors de leur chair, c'est pourquoi vous la voyez remonter dans les cieux avec une face pleine et rebondie.
Malina et Anninga n'ont point oublié les faiblesses de la nature humaine. — En sa qualité de femme, Malina hait les hommes, aussi descend-elle de temps en temps sur la teiTe afin de les tourmenter. Nous disons alors que le soleil s'est éclipsé. Pour la forcer à remonter dans le ciel, les femmes ne trouvent rien de plus naturel que de pincer les oreilles à leurs chiens, et Malina, sachant par les hurlements de ces animaux que les femmes prennent fait et cause pour leurs maris, se h;ite de regagner sa céleste demeure. Anninga de son coté a les femmes en horreur. Il leur inspire des pensées mauvaises, leur fait oublierles lois de la pudeur, et, comme sa sœur, abandonne souvent le firmament étoile pour leur nuire. H met alors tout en désordre dans les maisons; dévore les cuirs qui fjnt la richesse des habitants, fait sa pâture de tout ce (|u il trouve dans les garde-mangers, et ne bat en retraite qu'au bruit des chaudrons et des poêles frappés à tour de bris par ces bons Groênlandais. — Puissiez-vous, ami lecteur, avoir retiré quelque profit de ma leçon d'astronomie !
.4XOUKE ou A^'OOKI. Déesse égyptienne qui correspond à la Vesta romaine et à lallestia des Grecs, et
qui par conséquent est le feu lerrestre ou souterrain. Elle est toujoui-s en rapport avec .Xmon-Kuouphis et Saté. Elle est ordinairement représentée assise sur un trône, coitl'ée d'un diadème orné du serpent Urœus et surmonté de plumes ou de feuilles de difierentes couleurs ou même de Heurs de lotus. Elle tient quelquefois à la main une fleur de lotus ou le sceptre à fleurs de lotus. Sur une des colonnes d'une petite chapelle en bois sculpté et peint, appartenant au Musée de Turin, on lit cette inscription : « \ la déesse Anouke, dame de la contrée orientale, dame du ciel, créatrice de tous les dieux, œil du soleil, etc.» Sur un autre monument on la voit élevant sa main en signe de protection sur un pharaon qui lui présente une corbeille de fleurs, et avançant son autre inain vers le signe de la vie et celui des pânégyries comme pour lui promettre ua long régne.
LA MYTHOLOGIE ILLUSTHÉE.
A.>'lJli« ou mieux AXBO, A^'ÉBO. Diini éijyptien.uédu commerce involontaire dOsiris, lîi'nie éminemment bon et jjienfiiisant, avec Neplité digne compaç;ne du pernicieux Typiion. Anubis, exposé par sa mère, fut sauvé par Isis, qui l'éleva aussi tendrement que si ellemême lui eut donné le jour Après le meurtre u'Osiris. il accompagna la déesse éplorèe, embauma et ensevelit le cadavre de son époux, et l'aida ensuite à rassembler les membres d'Osiris, dispersés par Typhon. Anubis se présente donc à nous comme divinité funèriiire, on, ce qui revient au même, comme un dieu du sombre empire. Tel est en effet son rôle. La notion del'enfer se confonclait chez les anciens avec celle de l'hémisphère inférieur ; elle repré- .scntait la région ténébreuse opposée à celle que le soleil inonde de sa lumière, et par suite la terre aride et stérile, opposée à la terre grasse et fertile. Là est tout le mystère de la naissance d'Anubis. Osiris, son père, est, dans les cieux, le soleil, source de vie ; sur la terre, il est le Nil, fécondateur d'Isis ou l'Egypte. Mais le fleuve puissant a déversé sur les contrées arides qui avoisinent le pays privilégié quelques gouttes de ses eaux salutaires; la terre aride, c'est Nephlè. Osiris, sans le vouloir, a été inlidele ;i Isis, et de cette union fortuite nait Anubis, qui lient le milieu entre la famille de Typhon et celle d'Osiris, entre la mort et la vie, les ténèbres et la lumière. C'est donc ,i juste titre (|u'on a contié à ce dieu le soin d'ensevelir les corps et de conduire les Ames aux portes de l'Amentlii, où elles sont reçues par Hermès, qui les accompagne au redoutable tribunal. C'est sous l'empn-e des mêmes idées qu'on a identifié Anubis avec le crépuscule, moment douteux que le jour semble disputer à la nuit, et avec l'horizon qui sépare les deux hémisphères. Sur les monuments égyptiens d'une date reculée, Anubis est toujours représenté avec une tète de chacal, comme on le voit sur une pierre gravée de Caylus, où le dieu étend ses bras au-dessus de la momie d'Osiris portée par un lion. Les Grecs prirent la tête de chacal pour celle d'un chien, et cette erreur donna lieu à une foule de gravures et de peintures, où Anubis parait avec un cou et une tète de chien, couvert d'un long manteau, vêtu quelquefois d'une cuirasse et d'une cotte d'armes, chausse d'un cothurne qui s'élève jusqu'à mijambes, tenant un sistre d'une main et de l'autre le caducée deMercure. Il était principalementhonoré àllerinopolis la grande ou Chemnis; sa statue décorait l'entrée des temples d'Isis et d'Osiris, et elle figurait toujours dans les processions de ces di'ux grandes divinités.
APUACITIS, c'esi-à-dire la déesse d'Apluua, Vénus orientale, grande-more adorée dans la ville d'Aphaca, entre Iléliopolis et Byblos. Ses prêtres, riches et puissants, exerçaient l'autorité souveraine dans une partie de leurs vastes propriétés. Auprès du temple était un petit lac dont les eaux passaient pour rendre des oracles. 11 suffisait, pour les interroger, d'y jeter des pièces d'or ou d'argent. Si elles s'enfonçaient, la réponse était défavorable; dans le cas contraire, elles surnageaient. On voyait aussi, dans les environs, un lieu sacré d'où s'échappaient des llammes tantôt sous la forme d'un globe, tantôt sous celle d'un flambeau, prodige qui peut-être partait d'un souterrain ménagé à cet effet. Le sanctuaire d'Aphacitis était, comme ceux d'Anaïtis, de Mylitta, ctc , deshonoré par des débauches infâmes. Il fut détruit par ordre de Constantin.
APIS. Taureau célèbre adoré en Egypte comme l'image , l'incarnation même d'Osiris. Sa vie était limitét! à vingt-cin(| ans, et. s'il atteignait cet âge fatal, les prêtres le noyaient, au milieu d'un concours immense de peuple qui poussait des cris et des gémissements. On s'occupait alors de lui trouver un successeur ; mais la tâche était difficile. Le taureau sacré devait, suivant Elien, porter vingtneuf signes, dont la réunion pouvait être regardée comme véritablement miraculeuse. Mais il est permis de croire que les pieux artifices des prêtres aidaient la nature. Les plus remarquables de ces signes étaient la figure du croissant lunaire sur l'épaule gauche de l'animal, et un scarabée sous la gorge. 11 fallait, en outre, qu'il fut né d une génisse fécondée par un coup de tonnerre, c'est-à-dire par le feu céleste, ou , selon l'iutaniuc, par la lumière générative versée sur la terre par la lune, principe humide et
femelle de l'univers, qui reçoit elle-même du soleil les germes qu'elle répand sur la'ciéalion. Lorsi|ue le taureau divin était trouvé, on lui bâtissait, dans une ile du Nil, une m.iison tournée du côté du soleil levant, où on le nourrissait de lait pendant quatre mois. Les prêtres se rendaient alors en grande pompe auprès de lui, le saluaient du nom d'Apis, le plaçaient sur un navire magnifiquement décoré, et le conduisaient, en chantant des hymnes de joie et en brûlant des parfums, dans la ville deNicopolis, où il restait quarante jours. Pendant ce temps, les femmes égyptiennes seules étaient admises en sa présence (voy. Baal-Peor), usage dont nous donnerons bientôt l'explication. Le dieu, remontant ensuite dans le navire sacré, suivi d'une quantité innombrable de barques couvertes de tapis précieux et ornées de banderoles éclatantes, descendait le Nil jusqu'à Mcmphis. Là, il était définitivement installé. Son habitation , formant deux corps de bâtiments séparés , sans doute, l'un de l'autre, était située prés du temple du dieu Fta (feu-lumiére-chaleur), et environnée d'une prairie fertile. « Apis, dit Pline, a deux temples, appelés lits, qui servent d'augure au peuple. Quand on vient le consulter, s'il entre dans l'un , le présage est favorable ; il est funeste , s'il passe dans l'autre. 11 donne des réponses aux particuliers en prenant de la nourriture de leurs mains. Il en refusa de celles de Germanicus , qui mourut bientôt après. )) Une fois par an, on faisait venir vers lui une génisse, qu'on mettait à mort dès qu'elle avait été quelques instants en sa présence. On célébrait chaque année, en son honneur, une fête nommée la Naissance d'Apis, qui durait sept jours, et qui était, pour toute la contrée, une époque de réjouissance ; ce que monseigneur lluel, l'illustre évêque d'Avranches, a dévotement cherché à faire tourner à l'honneur des Egyptiens , en soutenant, à grand renfort d'érudition , l'identité de ce bœuf sacré et du patriarche Joseph.
Quelques auteurs ont voulu voir dans Apis un symbole de la lune; d'autres se sont obstinés à ne voir en lui qu'Osiris-soleil. Apis , en effet , était en rapport avec ces deux divinités. Le croissant qu'il portait sur l'épaule, les sept jours de sa fête formant un quart de lunaison , les vingtneuf signes qu'il devait réunir correspondant aux vingtneuf jours de l'année lunaire , témoignent en faveur des premiers. Mais le scarabée qu'il avait sous la gorge était le symbole de la puissance générative , supérieure à la lune, l'attribut propre du feu fécondateur, dont Osiris est une des personnifications. 11 était adoré comme incarnation d'Osiris, dont l'àme était passée en lui lorsque ce dieu avait été mis à mort par Typnon. Il était élevé dans une ile du Nil , et avait son palais dans une ville arrosée par le Nil ; et le Nil, c'était Osiris. (Voy. ce mot et Aisuois.) Le taureau enfin était consacré au soleil, comme la vache à la lune. Mais les deux opinions sont faciles à concilier. Le soleil et la lune sont en rapport constant : l'un donne les germes, l'autre les reçoit et les disperse; l'un est le Nil qui féconde , l'autre l'Egypte fécondée. Or, Apis était le symbole de l'inondation, comme l'attestent un grand nombre d'écrivains anciens, et comme le prouve l'époiine même où tombait sa fête (17 ou 1 H juin). « Quelles l'êtes , quels sacrifices occasionne en Egypte le commencement de l'inondation ! s'écrie Elien. (l'est alors que tout un peuple célèbre la naissance d'Apis. » Apis, à ce point de vue, se confond donc avec Osiris-Nil fécondateur, et voilà poui-quiii les femmes éi;yptienm's accouraient devant lui dans la ville de Nirii]HiUs. Mais le grand phi'nomênedc l'intalion concorde avec la pleine lune qui suivait le solstice d'i'l('; voilà donc Api,<, génie de l'inondalion , placé sous l'influence de la lune. 11 nous rcslc à expli(|uer p<iurquoi la vie du dieu taureau était limitée à vingl-cini| ans. C'est à l'astronuinie qu'il faut demander la solution do cette question. Les Egyptiens, comme tous les autres peuples , avaient essayé de concilier les mouvements du soleil avec ceux de la lune ; et il se trouve précisément 3ue 23 de leurs années vagues de Ô6."> jours corresponent, à 2 jours près, à 501) révolutions de la lune à l'égard du soleil, et que la lune, au bout de 2.'i ans, rccommenco son cours au même jour et presque à la même heure ipio l'année vague. Les vingt-cint| ans de la vie du bucuf Api»
ne sont donc qu'un lustre de la lune , fait qu'on trouve d'ailleurs )iosilivemcnt énoncé par le poëte Lucnin (liv. vm, vers 47.'))
APS.inAS. Les Apsaras sont les fées de Ih niytholoa;ie indoue. {Jne savons-nous de la nature au milieu de laquelle nous vivons? Qu'est-ce que l'intelligence humaine pour sonder tant de mystères ? (Jue de choses nous sont inconnues ! Que de choses encore dont notre imagin ition n'a jamais entrevu, nous ne disons pas la réalité, mais la |)nssil)ililé même ! Par un prndiç;e de la science , nous avons découvert des milliers d'êtres animés sur la feuille qu'un souffle emporte . dans la goutte d'eau que le soleil pompe de ses rayons ardents ! (lui nous dira que chacun (le ces cires n'est pas lui-même un monde sur lequel vivent des myri<ides d'autres créatures, et ainsi jusqu'à l'inlini'.' (Jui donc oserait fixer la limite du réel et de l'imaginaire? De quel droit affirmerions-nous que l'air et le feu ne sont pas habités comme la terre? La puissance de Dieu a-t-elle pour limites la portée de nos sens? A-t-il mis dans noire intelligence les bornes du possible? Parce qu'il a emprisonné notre àme dans un corps de boue , est-ce à dire que hors de la matière tout soit stérilité et néant? (Ju'est-ce que la matière même ? le savons-nous? Nous ne voyons pas l'air, l'air pourtant existe. La lumière est insaisissable, et pourtant la lumière est un corjis. Eh bien ! .1 côté de ces réalité* à peine sensibles, au milieu des ondes lumineuses qui nous enveloppent , de ces tiedes zéphyrs qui caressent si doucement nos visages. Dieu a semé la vie à pleines mains. Les Apsaras, créatures délicieuses, ravissantes de grâce et de beauté, sont répandues par millimis dans l'espace sans bornes. Ne vous est-il pas arrivé mille fois . dans les bois toull'us, sur les bords des ruisseaux . au fond des vallées où vous cherchiez la fraîcheur et le repos, d'entendre un bruit léger, un soupir à peine exprimé, quelque chose qui ressemblait à un frémissement d'amnur. à un chant harmonieux expirant dans le lointain, au IVolcment d'une robe de soie emportée dans le tourbillon de la danse? C'étaient, n'en doutez pas, les Apsaras qui chantaient, qui dansaient autour de vous; c'était un couple amoureux qui , assis sur le blanc calice d'un lis, sur la corolle bleue ou rose d'un nénuphar doucement balancé par les eaux, soupirait d'amour et de volupté. Souvent encore vous assisterez aux ébats innocents des Apsaras. Elles remplissent le monde entier ; vous les rencontrez partout, à toutes les heures du jour et de la nuit ; mais soyez sans crainte , vous n'avez rien à redouter de ces gracieuses créatures ; une barrière infranchissable les sépare de vous; leur soufUe n'agiterait pas les cheveux de votre tète, et si votre maiu était heurtée par leur corps éthéré, le choc serait plus léger que celui d'une aile de papillon sur la verdure qu'il effleure.
ARITCHAXURE:V. Radjah indien de la rare des Souriavansi (fils du soleil). Vous avez lu le livre de Juh, cette œuvre magnifique dont l'auteur et le héros sont également inconnus , et dont la patrie , la terre de Huts, a soulevé tant de discussions parmi les savants. Job était simnle de cœur, sage parmi les sages , bienfaisant, riche et heureux. Vous savez comment , au moment ou Dieu louait son fidèle serviteur, Satan, l'ange justicier, prenant la parole, soutint à Dieu que la vertu de .lob tenait à son bonheur, et qu'il ne résisterait point à l'épreuve de la misère et de la souflVance. Va donc , répondit Dieu à Satan , dispose à ton gré de tout ce qui lui appartient, mais ne toucne point à sa vie. Satan usa largement du privilège qui lui était accordé ; Job devint pauvre, ses enfants lui furent enlevés, son corps fut soumis aux tortures les plus affreuses, et pourtant Job triompha. N'est-il pas curieux de retrouver ce grand drame dans la littérature indoue? Sur les bords du Gange, Job porte le nom d'Aritchandren.
Un jour, Vacister, son protecteur, faisait, dans l'assemblée des dieux , un pompeux éloge de ses vertus. « Il est facile , dit Vicouanntra , de persévérer dans la vertu tant que l'on est lieureux; pour moi, je ne serai content que quand j'aurai mis Aritchandren à des épreuves qu'il ne supportera pas. » Les dieux prennent parti pour le radjah; un pari s'engage; Viçouamitra se rend près du saint
personnage , et, par des discours insidieux, tire de lui la promesse d'une somme énorme. Aritchandren s'aperçoit bientôt que tous les trésors de son royaume sont insnïfisauls pour s'acquitter de la dette qu'il a contractée. Mais sa parole est sacrée : il donne tout ce qu'il possède, vend ses enfants, vend sa femme chérie, se vend lui-même pour payer son persécuteur. Viçouamitra ne se tient pas pour battu. Loffidachen, le fils bien-aimé du radjah, menrt de la morsure d'un serpent, et celui qui naguère était un monarque puissant et respecté se voit , ô comble d'humiliation ! préposé à la garde des parias. A peine a-t-il quelques poignées de riz pour soutenir sa chélive existence, et pas un blasphème, pas un murmure ne vient souiller la bouche du descendant du soleil. Les dieux mêmes ne sauraient découvrir, dans les plus secrets replis de son cœur, une pensée de h.iine contre son ennemi. L'épreuve ne pouvait être poussée plus loin. Aritchandren recouvre son royaume et ses richesses, et tout ce qu'il avait perdu ; Logidachen même est ressuscité. Mais le juste se croit récompensé au-dessus de ses mérites, et, par acte d'humilité et de reconnaissance, il veut, comme Abraham, sacrifier aux immortels le fils qu'ils ont rappelé à la vie. Mais ce dernier s'enfuit ; il désigne une autre victime humaine, que les prêtres attendris laissent encore échapper.
AROtJlVA (Myth. ml.). Cocher du soleil (Souria),
Su'on représente sans jambes, comme l'Erichtouius des recs est assis au centre du Raci-ïchakra ou zodiaque, au milieu d'un disque dentelé qui projette huit rayons principaux vers les nuit régions du monde.
ASES. C'est le nom qu'on donne aux dieux de la mythologie Scandinave. Ils forment, au nombre de trentedeux, la cour du grand Odin, auquel la plu|iart doivent l'existence ; dix-huit déesses figurent parmi eux. Les dieux sont: Odin, Thor, Palder. Niorder, Freir, Tyr, Braga, lleimdall, llodar, Vidar, Vile, OuUour, Forsète et Loke, le génie du mal. Les déesses se nomment: Frigga, Lara, Eira, Géfiona, FuUa, Fréia, Siofna, Lobna, Var, Vora, Sin, Alin ou Lina, Suolra, Gna, Sol, Bil. lord et Rinder, auxquelles on peut joindre les trois Valkirics, qui leur versent l'hydromel dans le palais céleste. Leur résidence est Asgard ou la ville des Ases, cité resplendissante dont toutes les murailles sont bâties du plus pur argent et qui s'élève au centre du monde. Le mot Ase signifie saint ou dieu, et parait avoir eu cours chez un grand nombre de peuples; c'est ce mot sans doute que nous retrouvons dans l'Asia , épouse de Prométhée , dans l'Isis égyptienne, l'Uésus gaulois, les Eses des Etrusques, la déesse Iça des Indous. Jupiter même portail le nom d'Asios, et c'est peut-être de ce mot révéré que la plus belle et la ]ilus féconde des trois parties du monde ancien a tiré son nom. L'Asie, berceau de l'humanité; l'Asie, mère des peuples; l'Asie, d'où tout découle, les arts et les lettres, les philosophies et les religions, n'était-elle pas la terre sainte par excellence, et les tribus qui s'en échappaient en tous sens pour aller peupler les déserts de l'Europe ne devaient-elles pas, au milieu de leurs souvenirs et de leurs regrets, la nommer la sainte et la divine? Mais comment, nous objectera-t-on, rattacher à l'Asie les Ases de la mythologie Scandinave? Les traditions viennent ;i l'appui de notre déduction, et nous représentent Odin, sous le nom de Sigge, partant à la tête d'une colonie nombreuse des bords de la Caspienne et des montagnes du Caucase, et s'établissant dans la Suède après avoir formé des établissements dans plusieurs des contrées qu'il avait traversées. Consultons maintenant les légendes indoues. Skanda, le dieu de la guerre, irrité d'avoir été vaincu par Ganésa, qui avait fait plutôt que lui le tour du globe, se retire dans le pays de Crauncha, la terre des grues, la Scythie d'Europe, et là, jette de désespoir son epée. qui reste enfoncée dans la terre. Or, selon Wilfort, Skanda est le père des Scandinaves. Mais, ces faits une fois admis, on pourrait croire, au premier abord, que les Ases doivent être réduits à un rôle purement humain, et que des hauteurs de l'Asgard on doit faire redescendre sur la terre ces dieux, qui n'ont été que des guerriers et des héros. Non ; les Ases de la mythologie Scandinave ne peuvent être pour nous, comme ils le sont pour l'Edda, que de hautes
personnifications divines. Odin est le mailre des cieux et de la terre; Balder est le soleil; Frigga est la nature: Lokeestle génie du mal. Mais cette phalange brillante et redoutable a succédé, comme Jupiter et les dieux ses parédres, à des dieux plus anciens. Les Asis, pour nous résumer, sont, comme nous l'apprend la tradition que nous citions en premier lieu, les divinités introduites par Sigge dans les régions glacées de la Scandinavie.
ASlM.i. Divinité assyrienne adorée à Ilamath et représentée sous la figure d'un bouc,
ASKE. Le premier homme , l'homme souche des Scandinaves, Il fut tué par les trois fils de Bore, en même temps ((u'Embla, la première femme. Aske signifie frcne, et Enibla aulne.
A!)>TAROTH. Voilà un mot qui certainement sonne mal à l'oreille. Quel poëte, en cadençant son vers harmouieusement agencé, ne reculerait d'effroi devant un nom pareil"? Astarolh est pourtant la déesse de la grâce et de la beauté; Astaroth est la reine du ciel, la Vénus tyrienne. Les Grecs, amoureux de l'euphonie comme de la forme, donnèrent à la déesse le droit de cité ; mais, eu touchant la terre hellénique, Astaroth, humanisant à la fois son visage et son nom, devint Astarté, et remplaça, par une adorable tête de femme, la tète de vache dont elle se faisait gloire sur les bords de l'Oronte et de r.\donis, dans les vallées du Liban et dans les plaines brûlantes de la Syrie. Astarté, qu'on nomme aussi Achlarla (grand astre), Achérah, Achtoret, Artémis, Artosi, n'est point une pure création de l'imagination humaine; c'est Lien dans le ciel où on l'a placée que nous devons rechercher son origine. Elley rayonne d'un plus doux éclat. Astarté est la lune, la Junon romaine, l'Isis des Egyptiens, k Mylitta, l'Alilat, l'Anaïtis, la Diane, etc., des autres peuples. Elle est fille d'Uranus (le ciel), sœur du Temps ancien et femme de Baal. Mais, comme Baalest en même temps le Soleil, le principe qui gouverne cet astre, et par suite le souverain de tous les corps célestes et le principe rnàle de l'univers, de même la grande déesse .\starté est à la fois la lune, le génie qui préside à la lune et le principe femelle de l'univers. C'est Baal qui engendre : c'est Astarté qui produit. Les Sidoniens avaient élevé à Astaroth un temple magnifique, et la ville d'Ascalon lui était, dit-on, consacrée. La Syrie tout entière l'adorait, et les Uébreux abandonnèrent plus d'une fois .lehovah pour se prosterner devant ses autels. Son culte s'acclimata plus taid dans le nord de rAfri(|ue et même en Europe avec les colonies phéniciennes qui s'établirent à Ulique, à Carthage, à Cadix, à Malte et dans Vile de Cypre, où elle avait reçu le nom d'Aphrodite. Les bois et les bocages étaient particulièrement consacrés à Astarté, qui, pour cette raison peut-être, recevait des Hébreux le nom d'Asera (de asrim bocages). Le sang coulait rarement sur ses autels, mais sa qualité de principe femelle, de génératrice universelle, donna naissance à ces incroyables désordres qui déshonoraient les antiques religions de l'Orient. Les bois épais plantés autour du temple de la déesse, et les grottes ménagées dans les rochers, favorisaient l'acconiplissement dé cet acte de singulière dévotion ; mais, quelque vastes que fussent les bocages, ils n'oifraient point assez de retraites à la foule lors des fêtes solennelles, et des tentes s'élevaient de toutes parts, afin de recevoir le sacrifice d'amour et de pudeur.
Les plus anciennes représentations d'Astaroth, comme celles de la plupart des autres divinités, furent, sans doute, ces colonnes, ces blocs informes, ces pierres coniques ou pyramidales, qu'on voit ligurées sur d'antiques monuments et qui représentaient l'énergie fécondatrice (pii préside à la génération des êtres. (Voy. l'article I'iekhes SACRtES.) Plus tard, Astaroth fut représentée sous la l'orme d'une vache, comme Baal sous celle d'un taureau. Les idées s'épurant et s'élevant, on donna ensuite à la déesse un corps de femme surmonté d'une tète de génisse ; et l'on finit par adopter la forme humaine pure, en conservant quelquefois cependant les cornes et les oreilles du taureau. Sur quelques pierres gravées, on voit Astarté, la tête entourée de créneaux, tenant la foudre dans .sa main droite, le sceptre dans la gauclic cl montée sur le liou so-
laire. On consacrait à cette déesse la rose et la colombe, comme à Vénus, le lotus, le lion, le cheval, le bélier et le homard.
ATERdATIS. Déesse syrienue dont le nom véritable est Addirdaga ou Addirdag. grand poisson, cminent poisson. Elle était représentée sous la figure d'une femme terminée en queue de poisson, comme Dercélo, à laquelle on l'identifie à juste titre, ainsi qu'à Cybide, à Astarolh et à toutes les grandes déesses, les déesses mèi-es. Les légendes, ilest vrai, varient souvent entre ces divinités: mais remontons au princiiie, et nous verrons que, sous une enveloppe mythique qui parait différente au premier abord, c'est la même idée qui se retrouve toujours, celle de conception, de nutrition, de production, .\lergalis, comme .\staroth, comme Dercéto, comme Cybèle, est le principe femelle de la nature, la force génératrice du monde, la productrice universelle. (Voy. t;RA>DE déesse.) Il nous reste à faire connaître le sens- de la figure pisciforme donnée à Atergatis. Cet emblème, selon nous, est purement philosophique. Le poisson, en effet, est le symbole naturel de l'élément humide ou principe femelle de la nature, qui, depuis l'Inde jusqu'à J'Egypte et à la Grèce, (•tait regardé comme la cause eflicieniê de toute producliou et de toute génération animale, vègétiale et minérale. De plus, l'idée de production se rattachant au monde actuel comme au monde primitif, nous reporte nécessairement à la |)roduction primordiale, à la création de l'univers même. Or, le poisson, symbole par excellence de l'élément humide, naissant d'un œuf, la création dans l'ancienne philosophie était symbolisée par un œuf iVoy. OEuf.) Et voilà pourquoi, suivant une ancienne tradition, Vénus, qui pour nous n'est qu'Atergatis sous une autre forme et sous un autre nom, passait pour être née d'un œuf tombé du ciel dans la mer et couvé par des colombes, oiseau consacré à Vénus-Astaroth, comme image de la primordiale incubation qui fit éclore l'œuf du monde. On verra, au mot Dacon, une autre personnification d'Addirdagat.
ATUOR ou ATIII'R. Divinité égyptienne plus souveni femelle, i|uelquel'ois androgyne, qui renferme en soi l'idée d'eau piodiielrice, d'humidité l'érondanle ou Ijlulot fécondée, cl qui par conséquent est une déesse
mère, qui se trouve dès lors en rapport nécessaire avec Fia (le feu) principe mâle et géneialeur, d'où il suit que le feu, se déléguant en Pré (le soleil), Athor s'incarne en PciDlijla lune), qui, dans la philoscqdiic ancienne, a pour mission la (dus haute de répandre sur le globe les i;eniies dont elle est imprégnée par Fré. Athor est en même temps la matière, el absorbe en elle les attributs principaux de Diane, de Cybele, de la grande déesse sy-
ferez, de celle adorable Sangaride, dont Pansanias a fait sa more; (lybcle accourt irritri ; Alys se caclie en vain sons un pin. Il paye de sa viriliti- l'infraction de son sernienl. Ovide nous le dépeint désespère de la perle de la nymphe Sangaride, mise à morlpardylicle, se mutilant deses propres mains à l'aide d'un caillou trancliant. — Nous voyons ailleurs Atys succombant aux suites de la cruelle opération, cl enseveli dans le temple deCybéle, (|ui institue des fêtes de deuil en son honneur et ordonne à ses prêtres de se mutiler comme lui pour perpétuer le souvenir de celte lugubre catastrophe. Une autre variante vent nue Jupiter même, jaloH.\ d'Alys, le fasse périr comme Adonis par la dent d'un sanglier. Mais celte mort n'est qu'apparente; Jupiter a rendu ses membres incorruptibles; selon d'autres, ils ont été dispersés ; on les retrouve au bout de troi.s jours, et on voit enfin Alys, après avoir vécu de la vie dos ombres, parcourir l'univers revêtu d'habits de femme, célébrer les orgies et établir les fêtes de Cybele.
Le fait saillant de ces récits, c'est l'amour de Cybèle. Or, Cybèle, une des formes d'Athor, lune-matière, "terrenourricière, de qui la supposerons-nous éprise, sinon du soleil, le maître des germes, le grand fécondateur? Alys esl donc le soleil, le soleil qui quitte notre hémisphère, qui abandonne Cybèle éplorée, et, qui faible, languissant, est représenté se mutilant lui-même ou mutilé par la déesse jalouse, image énergique de l'anéantissement de sa puissance génératrice. Ses rapports sont évidents avec Adonis etOsiris, qui meurent comme lui pour renaître. Nous avons prouvé, à l'article Adoms, que les fêtes du dieu de Bvblos étaient célébrées en mars; celles d'.Vtys avaient lieu le 21 du même mois, le jour même de l'éqûinoxe, concordance selon nous tout à fait concluante. Les fêtes des deux divinités offrent d'ailleurs le même caractère, puisqu'on Phry gie, comme à Byblos, elles commençaient par le deuil et iinissaientdans la joie. Celles d'Atys duraient trois jours; le premier (21 mars) était consacré à pleurer la perte du dieu ; on apportait en pompe, dans le vestibule du temiile de Cybèle, un pin aux rameaux duquel était suspendue l'image d'Atys, représentée souvent par une personne vivante; on faisait sur l'arbre sacré, au pied duquel était couché un bélier, symbole du bélier équinoxial, des incisions, pour figurer sans doute la prétendue mutilation d'Atys. Le deuxième jour offrait une sorte de transition enire la douleur et l'espérance. Avec le troisième, commençaient les hilaries ; Atys était ressuscité ; une musique joyeuse retentissait; les dévots accourus de toutes parts se livraient, ainsique les galles (voy.cemot). à des danses effrénées; on courait au hasard à la lueur des torches de pin; les figurants et surtout les prêtres, armés de couteaux et de poignards, s'en frappaient muluelleniont; le sang coulait; les galles se mutilaient comme Atys. Cette mutilation cependant n'était pas obligatoire le jour des hilaries; elle pouvait avoir lieu tous les jours de l'année, et il est à croire que, si les simples prêtres se l'imposaient, elle n'était obligatoire que pour l'archigalle, représentant d'Atys sur la terre.
Lé culte d'Atys se répandit de la Phrygie dans la Grèce et dans l'Italie même. On le représentait ordinairement sous la figure d'un jeune homme, avec des cheveux abondants et relevés autour du visage; sa tète est surmontée d'un bonnet phrygien parsemé d'étoiles. Son corps, depuis la ceinture jusqu'au bas, est revêtu d'un pantalon collant, semé de nœuds, de crevés et de rouleaux, son ventre, enfin, découvert. Quelquefois il tient d'une main la corne d'abondance et de l'autre un chalumeau à sept tuyaux.
ACM. Mot mystérieux qui, dans la religion indoue, représente la Trimourti, c'est-à-dire la divinité sous ses trois attributs. A désigne Vichnou, U Siva, M Brahma. On trouve, dans le code antique de Manou.des prescriptions au sujet de ce mot sacré. « Que l'homme, dit le législateur, prononce la syllabe aum, en commençant et en finissant la lecture des vèdas, car, s'il l'oubliait, la faculté de comprendre ces livres pourrait lui être retirée tout à coup. » On doit aussi la prononcer avant les prières, et elle doit toujours précéder le nom des sept locas ou mondes, pour annoncer qu'ils ne sont que des manifestations de la Trimourti, « car, dit Ya'iynwalyvvia, l'univers
rienne, de Mvlilta, d'isis, de Junon, clc, etc. C'est donc avec raison qu'on dit d'elle qu'elle e 1 la mère de tout ce qui existe, des plantes et des animaux, des hommes et des dieux. Mais si, danslcs cosmogonies antiques, l'eau-linuui. c'cst-à-dirc la matière unie à l'élément humide, a passé, avant de devenir féconde, par l'état cbaolii|ue, auquel se joint nécessairement l'idée de nuit et d'obscurité, ou, ce qui revient au même, de non-être, de non-lumiére, de non-germe, Athor a dû revêtir la forme de Bouto, les ténèbres primitives, le chaos, et s'absorber en Neilh, la sagesse suprême, qui elle-même est souvent identifiée à Bouto. sans que pourtant elle doive être confondue avec l'une et l'autre de ces divinités. Comme fonime de Fré-soleil, Athor reçoit fréquemment le nom de mère d'ilor ou llorus, le soleil enfant, le soleilfils du soleil, qu'elle allaite souvent sur les monuments. On peut conjorturer encore qu'elle fut quelquefois prise pour Surot, l.i ]ilanele Vénus. Alors, elle présiderait l'i l'eau terrestre opposée aux eaux d'en haut, formant la voùle céleste sur laquelle voguent les dieux dans leurs nacelles éclatantes, et aurait, comme le pense Champollion, fourni beaucoup de traits à la Vénus grecque, Vénus Aphrodite (née de l'écume), Vénus .\nadyomène(la flottante). Comme la divinité hellène, Athor, suivant l'illustre auteur du Panthéon égyptien, Athor était, sur les bords du Nil, la déesse de la beauté et de la parure.
Athor est ordinairement représentée avec la figure triangulaire, peinte de face, ce qui est un caractère des plus remarquables. Sur sa coilVure bleue s'élève un modius rouge, hiéroglyphe de l'abondance, et un édifice peint en jaune. Tantôt elle a des cornes et des oreilles de vache. Linlôt des oreilles humaines, et quelquefois, autour de sa noire chevelure, s'enlacent l'urœus et le vautour, qui forment sa coiffure. Ce dernier animal, comme emblème de la maternité, lui était particulièrement consacré.
ATKE. Dieu des Anglo-Saxons, dont l'office était de nuire aux hommes. On ignore la signification de son nom, qui, selon cerlains auteurs, signifie noir [nigcr), et n'est que la traduction latine de Tchernoi'-Bog, le dieu méchant des Slaves. Mais peut-être iant-il donner pour racine à son nom le niot adr ou atr des langues orientales.
ATRI. Un des dix Pradjapati et des sept Bichis de la mythologie de l'Inde. Retiré sur le mont Trikoudam, il s'y livra aux plus grandes austérités. Les trois personnes de la trinité indoue, Brahma, Vichnou et Siva, vinrent le visiter, accompagnés de leurs femmes, et montés, le premier sur le cygne-aigle Ilamsa, le second sur l'homnieépervicr Gharouda, et le troisième sur le taureau Nandi. Ils se manifestèrent à lui dans tonte leur gloire. «Apprends, lui dit une voix, apprends qu'il n'y a entre nous aucune différence ; l'être se manifeste dans la création, la conservation et la destruction, ses trois formes. Penser à une d'elles, c'est penser à toutes, c'est-à-dire à un seul Dieu, très-haut ! Atri, tu auras des enfants, qui sont des portions do notre être. » La promesse ne fut pas vaine. Anonçonéi, sa femme, devint enceinte par l'opération de Vichnou, et donna le jour à Tibatérieu; Siva la rendit ensuite mère de Donrouvacen, et, Brahma s'incarnant en elle, elle mit au monde Tchandra on Sonia, le dieu lune.
ATYS. Une des divinités les plus célèbres de la Phrygie, sur laquelle les anciens nous ont transmis une foule de légendes presque toutes en désaccord. La plus curieuse est celle qui nous a été conservée par Pausanias. Jupiter, agité par un songe impur, laisse tomber sur la terre une goutte de rosée : un monstre affreux, l'hermaphrodite Agdistis prend naissance ; les dieux, que son aspect épouvante, le privent d'un de ses membres qui se change tout à coup en amandier. Nana, fille du lleuve Sangare, arrive; tentée par les fruits dont l'arbre est chargé, elle en cueille un qu'elle dépose dans sou sein. L'amande disparait ; Nana est enceinte et devient mère du bel Atys, qu'elle expose au fond des bois. Laissant ici cotte tradition, nous en suivons une autre, et nous voyons Alys adolescent, aimé par Cybèle, la grande déesse, qu'il s'engage à servir sans partage. Mais Cybele est vieille; il s'uprend d'Agdistis. qui n'est plus sa monstrueuse aïeule, mais une jeuue princesse d'une éclatante beauté, ou, si vous le pré-
enliw est soutenu par la syllabe aum, comme la feuille du palava par un simple péJicule. »
AZAZEEi , c'est-à-dire puissant de Dieu. Les peuples voisins de la Judée croyaient les déserts peuplés dune Foule de démons occupés sans cesse à nuire aux hommes. Azazcl était le plus redoutable de ces génies malfaisants, nommés schedim (démons) et sciriw' ( boucs , satyres). Moïse connaissait parfaitement le rôle d'Azazel dans les croyances arabes. Aussi l'oppose-t-il, en quelque sorte, à Jéliovah. dans les prescriptions relatives à la grande fête de l'Expiation. On lit, en effet ( Lcï'Uigue, cliap. xvi), à l'occasion des deux bnucs offerts pour les péchés du peuple, qu'un sort doit être jeté pour Jéhovah et un sort pour Azaze'., et qu'il faut envoyer dans le désert le bouc échu à Azazel. Ce démon était donc un Typlion ou un Ahrimane arabe.
que
Grecs ont fait Belus, Belis, Belathes, Dolos, Bolanus ; les Gaulois, Belen et Belenos; les Cretois, Abélios ou Babélios ; les Lacédémonicns, Bêla; les Phéniciens, Ilel ou H (llus), et les Grecs même leur mot f,>.r.; (le soleil). Baal, qui signifie seigneur, maître, roi, comme Adonaï et Melech ou Moloch, est le p'.us grand nom théogonique de l'Asie occidentale. Ce mailre, ce roi, nous le devinons sans peine, c'est le soleil, le reclcur des mondes, le dominateur des étoiles et des planètes, le grand fécondateur qui inonde la terre de lumière et de germes, et dont on fil plus tard le génie même du Soleil, et par suite le dieu créateur et incréé. Bel ou Baal, à ce dernier degré d'élévation, était le dieu adoré dans le fameux temple de Babylone, où l'on conservait, au dire de Berose (voy. O.mobha), les images et peut-être les ossements des animaux antédiluviens, et c'est avec raison qu'il était assimilé à Jupiter par les Grecs, à Jupiter le père de la vie, qui lui-même avait pour père, comme Bel, le Temps sans bornes, pour œil le Soleil et pour fille la Sagesse. Baal était un; tout s'absorbait en lui ; tout découlait de sa divine essence : le soleil et la lune, les étoiles et les planètes; c'était Haal se répandant, par voie d'émanation, dans les champs illimités de l'espace, cl voilà pourquoi la pianote Saturne fut si souvent identifiée au soleil, dont elle porle même le nom chez les Arabes. Cela posé, on compremlra farilement toutes les applications qu'on a pu fane et qu'on a faites, en effet, du nom de Baal, à des corps lumineux représentant le grand démiurge amoindri, localisé, mais toujours identique à lui-même. Le temple qui lui avait clé
élevé à Babylone passait pour un des plus beaux monuments du monde. Il consistait en huit tours superposées, qui s'élevaient en forme pyramidale el dont la plus basse formait un carré immense de six cents pieds sur chaque face; la hauteur totale de l'édifice dépassait de cent dixneuf pieds celle de la plus grande pyramide d'Egypte. Des degrés extérieurs conduisaient aux différents étages, dont le plus élevé servait de sanctuaire. Ce monument magnifique, embelli par Nabuchodonosor, fut pillé et en partie détruit par Xerxés à son retour de son expédition contre la Grèce.
B.4.4l.-BS;!18ÏT1I. Comment classer cette divinité phénicienne que nous ne connaissons que par quelques pas>nges de la Bible (Juges, vni et ix)? Devons-nous, avec DoiM Calmet, la mettre en rapport avec Diane? La regarderons-nous, avec Samuel Bochart, comme identique à Beroé, fille de Vénus et d'Adonis et femme de Baccnus? Traduirons-nous son nom par seigneur de l'alliance en nous fondant sur ce que les Carthaginois avaient un dieu remplissant des fonctions analogues? Ne verrons-nous point plutôt dans Baal-Berith le Seigneur de la ville de Beryte, et, dans ce cas, n'assimilerons-nous pas cette divinité à Saturne ou Cronos, qui passe pour le fondateur de Beryte? Nous laissons à la sagacité du lecteur le soin de trancher la difficulté.
BAAli-fcAES. Divinité adorée par les Israélites dans une ville du même nom, située au pied de l'Hermon. La plupart des rabbins traduisent Baal-Gad par Ma:al Tob, c'est-à-dire bonne fortune, astre favorable, bon génie, et en font une personnification de l'Etoile de Jupiter appelée Kochab-Tsedek, astre de justice. Il est certain qu'une idée de bonheur et de prospérité était rallacliée au culte de celle divinité, puisque Lia, femme de Jacob, dans sa joie d'avoir mis au monde un nouveau fils, par l'intermédiaire de Zilpha, sa servante, lui donne ce même nom de Gad, ce qui fait supposer au père Kircher que Lia, selon la coutume des idolâtres, avait tout simplement voulu consacrer le nouveau-né au dieu Gad. Quelques auteurs cependant ont cru reconnaître la lune ou l'étoile Vénus dans Baal-Gad, qui en effet offre grammaticalement assez de ressemblance avec Atergatis. Quant à nous, il nous semble que dans Baal-Gad, littéralement le seigneur du bonheur, on peut voir le soleil aussi bien que la lune, Vénus ou Jupiter. Kircher rapporte, au sujet de cette divinité, un fait curieux de la persistance des superstitions au milieu des peuples : il a vu, en Allemagne, le nom de Baal-Gad écrit sur les portes de plusieurs juifs poi>r mettre leurs maisons sous la protection du bon génie.
SSAABi-PÉOR ou B A.4Ii - PHSÈftiO» , BHIi- E*BIIB-:tJ©B, etc. Dieu adoré par les Moabites, les Madianitcs et les Ammonites, et dont le culte honteux séduisit plus d'une fois les Israélites. Si, comme le latin,
Le Français dans les mots bravait l'honnêteté.
nous pourrions donner au lecteur, d'après les rabbins et les pères de l'Eglise, de singuliers commentaires sur les cérémonies pratiquées en l'honneur de cette divinité. Mais nous aurions beau gazer, nous aurions beau appeler à notre aide tous les artifices du langage, il nous serait impossible de tout dire. Il faut dire' pourtant quelque chose, car, si l'oreille française est chaste, l'esprit français est exigeant et curieux'.
Si l'on s'en rapportait à saint Jérôme, Péor ou Phcgor serait tout simplement le nom d'une montagne consacrée à Baal. BaaI-l'éor se traduirait donc par Baal, le seigneur, le soleil, ou, selon le même écrivain suivi par Théodoret, saint Basile, Suidas, etc., le Saturne de Péor. D'autres voient dans Pcor le nom même du dieu appliqué à la localité et font de lîaal-Péor le seigneur de l'ouverture; on devrait alors attribuer à Baal le rôle de fécondateur qui lui convient, et à Péor la signification de réceptacle; mais nous préférons, avec Dom' Calmet, décomposer Péor en pc ou ;»i, l'arliele egvfilien, et or ou ori(.s, el expliquer Baal-Péor par le seii;iieur Orus, ce qui l'ideiililie a Adonis, Atys, Osiris, personnifications divines du soleil. Quel
était en effet le grand, l'universel symbole du soleil? Le symbole terrestre et humain de la puissance créatrice. Or, Baal-Péor, presque tous les auteurs sont d'accord sur ce point, était adoré sous cette même forme.
Quant au cvilte qu'on lui rendait, l'Ecriture le qualifie de fornication, et ce mot, nous le croyons, doit être pris ici dans son sens littéral. C'est, d'ailleurs, ce qu'on peut facilement conclure des passages de l'Ecriture où il en est parlé. Ses prêtres, qui y sont appelés efféminés, ne devaient que peu différer des galles de la Syrie et de la Phrygie. Les femmes surtout étaient vouées au culte de Éàal-Péor, qu'on adorait dans les bocages et les cavernes, et la mère du pieux Asa, Maacha, présidait à ces cérémonies, où figuraient d'abominables eftigies. Les rabbins nous apprennent que, pour honorer ce dieu, les femmes s'avançaient, devant son idole, dans la position la plus inconvenante; et c'est précisément ce que Plutarque, Diodore et Suidas nous rapportent des femmes égyptiennes devant le bœuf Apis, autre symbole solaire. Cette coutume, qui nous parait si étrange, s'exjilique d'elle-même : il suffit de se rappeler que la stérilité était une honte pour les femmes de l'ancien Orient, et que le soleil était honoré comme le divin dispensateur des germes et de la fécondité.
Certains auteurs ont conclu que Péor, ayant, en hébreu, la même signification que l'éruption gazeuse appelro CrepHus par les Latins, la divinité moabite était iilentique au dieu Crepilus des Rqmains. qui probablement n'a jamais existé que dans l'imagination de Minutius Félix, qui nous l'a fait connaître, et c'est encore en partant de cette donnée ridicule que certains savants ont cru pouvoir avancer que le nom véritable de Baal-Péor était BaaI-Rem (seigneur du tonnerre), dont l'Hébreu, né malin, aurait fait un Baal venteux. — On lit, dans le psaume 103, que les Israélites, après s'être fait initier aux mystères de Baal-Péor, mangèrent les sacrifices des morts. Scklen, partant de là, a pu regarder ce dieu comme une divinité funèbre. Baal-Péor, en effet, ressemblerait beaucoup, à ce point de vue, à 0>iris, Atys, Adonis descendant, dans la tombe, et le sacrifice des morts aurait rapport aux fêtes lugubres, célébrées en l'honneur du soleil mourant.
B.lAl. SAME^', B.^^ALi TCHAME^, OU REL>- SAMESF, c'est-à-dire maître du ciel. Divinité phénicienne et carthaginoise, que Sanchonialon, dans Eusébe, assimile au soleil, qui, en effet, était souvent appelé le roi des cieux par les peuples orientaux.
BAALi TSÉPIIOX. Divinité égyptienne que nous ne connaissons que par les rabbins, et qui, peut-être, est un dieu de leur invention. Baal Tséphon n'en a pas moins exercé la verve des antiquaires et des mythographes. Les thalmudistes nous le représentent comme "une idole couverte d'étoiles, placée sur les bords du Nil, près du lieu où les Israélites traverséreut la mer Rouge, pour avertir les Egyptiens de l'arrivée des ennemis ou pour s'opposer à la sortie des esclaves. Suivant quelques-uns, Baal Tséphon avait une tête de chien, d'où il suit qu'il peut être assimilé à la fois au dieu Terme des Latins et à l'Anbo ou Anubis égyptien. Selon d'autres, Baal Tséphon était un génie préposé à la garde du septentrion, opinion à laquelle on a été amené sans doute par la signification de tséphon, qui. en hébreu, signifie nord ou caché. Basnage prend Baal Tséphon pour le soleil, parce que le même mot tscphon a aussi le sens de contemplateur.
BAAIj KEBOIB, BEEB/f^KBUB , seigneur des mnuehes. Dieu adoré dans la ville d'.Vccaron, et que l'on invoquait, dit-on. pour se préserver de 1 incommodité des mouches et autres insectes. Si l'on met dans les attributions de cette divinité le soin de préserver le pays des invasions des sauterelles. Uéau terrible qui amenait à sa suite la famine et la peste, on comprendra parfaitement les hommages adressés à une divinité si ridicule au premier aspect. Elle correspondrait alors au Myiode ou Myiagre des Grecs, et au Buclopus des Romains, qui étaient aussi des dieux chasse-mouches. (Voy. Beldog.) Il est possible que les Phéniciens aient adoré sous ce nom Baal Soleil ; les Grecs eux-mêmes donnaient la niênie épilhète à Hercule et à Jupiter. Baal Zéboub était, en effet, un dieu
important dont on venait de loin consulter les oracli s (ir livre des iîois, ch. i ). Si on lisait Baal Zeboul, d'où notre Béelzébut. comme dans les Septante, il faudrait alors traduire par dieu de l'ordure ou de l'habitation. Ce mot parait avoir été altère à dessein par les Hébreux. Quelques savants croient que les Acraronites l'adoraient sous le nom de Baal Zebach. seigneur du sacrifice, ou sous celui de Baal Zébaoth, le seigneur des armées.
BAAL,TIDE OU BAAIvriN. Divinité phénicienne babylonienne et persane . fille d'Uranus , selon Sanchonialon, sœur et femme de Cronos ou Ilus, auquel elle donna plusieurs filles, et dont elle reçut la ville de Byblos. Elle portait aussi le nom de Dioné. Elle avait probablement des autels à Byblos, et son culte était répandu jusque dans la Perse. Mais c'est surtout à Babylone qu'elle était adorée. On y célébrait en son honneur des fêtes magnifiques et licencieuses, assez semblables à celles dont nous avons parlé aux mots Astaroth, Anaïtis, etc. Il est à croire qu'elle ne différait en rien de Mylitta, de l'Alilat des Arabes, etc. Les Septante traduisent ce nom par la liaal, c'est-à-dire l'épouse de Baal, ce qui suffirait, à défaut d'autres preuves, pour voir en elle la grande fécondatrice, la lune se rattachant à la terre en tant que principe femelle et humide de l'univers.
BAARDER-s:VOEFEL.l.S-AAJ!>. Géant islandais, qui passait pour un dieu marin, et qui possédait tous les secrets de la sorcellerie. 11 habitait la caverne de Baard, qui, témoin jadis des plus étonnants prodiges, en est aujourd'hui réduite à servir d'étable aux moulons. Baarder avait pour femme la célèbre géante Hit, sa rivale dans la rnagie, qui vivait dans Hilardal (la vallée de Hit). On montre encore, à l'extérieur de l'église de Hilardal. deux figures colossales qui passent pour représenter le couple géant.
BAAîj'T. Femme du vent Kolpia, dans la théogonie phénicienne, et mère A'&on et de Protogonos. Ce couple divin, que Sanchonialon place au sommet de sa cosmogonie, correspond au soufUe de l'E-spril et à la nuit primitive. On voit, dès le premier abord, les rapports de ce système avec celui de Moïse, qui nous dit qu'au commencement les ténèbres étaient sur la face de l'abîme, et que l'Esprit ou le soufflle de Dieu se mouvait (ou couvait) sur le? eaux. (Voy. Bouto. Kolpia.)
BAEIA. Déesse syrienne sous la protection de laquelle on plaçait les enfants, qui, pour celle raison, portaient souvent le nom de Babia, surtout lorsqu'ils étaient destinés à remplir des fonctions sacerdotales. On lui en nfi'rait en sacrifice. Elle était représentée sous la figure d'un enfant.
BA1<S>ER. Le plus beau des Ases, était fils d'Odin el de Frigga. On le représentait avec une blonde chevelure environnée de rayons lumineux , et la bouche ouverle, parce qu'il était le dieu de l'éloquence et de la paix. L'Edda le dépeint comme le meilleur et le plus généreux des immortels. Sa puissance était si grande, que nul être au mondenepouvaitmodifier unseul de ses décrets. Il habitait avec Nanna , sa divine compagne, le palais Breidablick, loin du bruit des combats et des festins bruyants du Walhalla. Rien ne troublait le bonheur sans mélange dont il jouissait , quand tout à coup un rêve sinistre vient lui annoncer sa fin prochaine. Frigga, pour détourner un pareil malheur, ordonne à Gna , la messagère céleste, de faire jurer à la création tout entière de ne porter aucune atteinte à la vie de Balder. L'eau, le feu. le fer, tous les métaux et tous les minéraux, les reptiles et les insectes, les oiseaux et les quadrupèdes, les poissons, les végétaux, les hommes, les maladies même s'engagèrent à respecter les jours de Balder. Il semblait avoir reconquis l'immortalilé. les dieux, pour s'en assurer, faisaient pleuvoir sur sa tête des pluies de rochers, le frappaient de leurs épées redoutables, décochaient sur lui leurs flèches les mieux acérées; Balder était invulnérable. Mais Loke. le dieu du mal, ne pouvait pardonner au fils de Frigga les qualités qui le rendaient cher à tous les habitants du ciel et de la terre. Il apprit de Frigga même qu'on avait négligé de faire prêter serment à un petit arbuste si faible, si diélif, qu'on croyait n'en avoir rien à redouter. C'était le gui
iG
I-oke, joyc\ix de sa découverte , coupe une branche de la lilante dcdaignée, la taille en pointe, va trouver l'aveugle lloder, le dieu du hasard, qui, à cause de sa cécité, se tenait hors de l'assemblée des Ases, l'engage à imiter les dieux qui décochaient leurs flèches contre Balder. pose sur son arc la fatale baguette, et dirige le coup. C'en est fait, Balder tombe; Balder est mort! Jamais, dit l'JErfrfa, jmreil malheur n'avait frappé les hommes et les dieux. N'anna expira en apprenant cette all'reuse nouvelle; tons 1rs Ases en perdirent l'usage de la parole. Les habitants du Ginile (le ciel) songèrent cependant à rendre à Balder les honneurs funchres. Us lirent venir du pays des Géants In célèbre sorcière llirroliinn, qui, ,à cheval sur un loup monstrueux qu'elle conduisait avec des serpents en guise de bride, poussa dans la pleine mer le grand navire Rini;horn, qui servait ;i Balder dans ses voyages, et que les efforts réunis des dieux n'avaient pu détacher au rivage. Bientôt un énorme bûcher s'éleva sur le vaisseau ; on y plaça les divins cadavres; et lorsque la flamme commença n darder dans les airs ses mille langues dévorantes, Thor y précipita le cheval de Balder et son nain favori, et Odin, son anneau d'or nommé Drupner, qui, depuis lors, donne, chaque neuvième nuit, naissance à huit anneaux absolument semblables à lui. Telles furent les funérailles de Balder, auxquelles assistaient, sans compter les géants de toute espèce, Odin et ses corbeaux , Frigga, les Walkiries , Frey .sur son chariot traîné parle sanglier Goullinbousl, Heimdall sur son cheval Goultogger, Fréia sur son char attelé de chats. Frigga résolut alors de fléchir la souveraine du sombre empire, et promit les récompenses les plus flatteuses à celui des Ases qui obtiendrait d'IIèla le retour de Balder dans le gimle. Ilcrmode, le plus agile des dieux, partit, monté sur le cheval SIeipner, qu'Odin son pore voulut bien lui prêter. L'espace se limite et s'ell'ace sous les huit pieds ardents du coursier céleste et l'enfer consent à rendre sa proie, s'il ne se trouve pas, dans le monde entier, un objet animé ou inanimé qui ne consente à verser une larme sur la mort de Balder. Uermode remonte alors dans les cicux, emportant un anneau d'or qvie Balder envoyait à Odin , et un dé de même métal que Nanna l'avait chargé de remettre à Frigga. Les dieux, en apprenant cette réponse, se répandirent dans toutes les parties de l'univers, pour attenilrir sur le sort de Balder tout ce qu'il renferme dans son vaste ensemble. Il n'y eut pas un élre qui ne s'empresii-it de donner à Balder ce témoignage de sympathie et d'a-
mour. Les rochers mêmes pleurèrent! Malheureusement, on avait oublié de se rendre auprès d'une vieille sorcière nommée Thock , qui vivait retirée au fond d'une caverne. Lorsqu'on s'aperçut de l'oubli, on se hâta d'accourir pour fléchir sa colère. Cette sorcière, c'était Loke lui-même qui avait changé de forme! Mais, comme vous pouvez vous l'imaginer, Loke ne se sentait pas disposé à pleurer, et Balder resta dans le Niflheim, d'où il ne doit sortir qu'au crépuscule des dieux.
Le beau Balder, le blond Balder, avec sa couronne de rayons, n'est, comme le lecteur l'a déjà pressenti, que la personniflcation du soleil. C'est l'Osiris égyptien , l'Atys phrygien, l'Adonis de Byblos, le lacchus de la Grèce, transporié sous le ciel rigoureux de la Scandinavie. Qu'on se représente la longueur et la tristesse des hivers dans les régions boréales, la navrante désolation de la terre pendant cette lugubre saison, et l'on sentira toutes les beautés de cette naïve et sublime allégorie de VEdda , qui nous représente la création plongée tout entière dans le deuil et dans les larmes, lorsque le soleil va éclairer l'autre hémisphère. Ce que nous avons déjà dit, aux articles Atvs et Ado>is , nous dispense d'entrer ici dans de plus long.> détails. Nous nous contenterons de faire remarquer l'analogie frappante du crépuscule des dieux , c'est-à-dire du retour du soleil, avec le triomphe d'Ormouzd sur Ahrimaue, dans les livres sacrés des Perses. {Voy. Objiouzd).
BAISA ISA-KIIBO ou n.%B>IE:%KIE»IUE:. Dieu laponais fils de Radien-Atcié, le dieu suprême, qui lui confia la "grande œuvre de la créatiiîii La puissance de Barara-Kied est sans bornes , mais il la tient de sou père, sans l'autorisation duquel il ne peut rien entreprendre. Ce que l'un veut , il est impossible que l'autre ne le veuille pas. — On représente ce dieu sous la figure d'une grande maison soutenue par des colonnes destinées à servir d'appui à ses bras. Cette maison est évidemment un .symbole de l'univers , œuvre de Barara-lued. N'est-il pas curieux de voir les Lapons jugeant , comme Zoroaslre et Pbiton, l'organisation du monàc indigne de la majesté du dieu suprême, la confier à un démiurge, émanation de lui-même? Le nom de Barara-Kied est remarquable , en outre, en ce qu'il renferme le premier mot de la Gcncsn, ce fameux Bara sur lequel les savants ont tant écrit et tant bataillé; et ce même mot, nous le retrouvons à l'auiic extrémité du monde , dans le nom de Baralamaccapal, le dieu fabricateurdesindigèncsde l'archipel des Philippines.
r.i'^ode lie K.imljt'V(!r.iiTi dans IlnJousian.
BAROVIT. Le dieu de la paix clicz les anciens Toulons. On le rein-éscntait avec ciii<( visa.^es et de loiiî;"cs moustaches. H était opposé à Rouyievit, le dieu du tarna^'e et des batailles.
«.isiEilCB. Divinité orientale qui , selon Diodore , était lille aince d'Uranus (le ciel) et de Titre (la tcirc) Elle éleva ses frères, et fut de là noniiuce (jranilc mère. Celte généalogie et ce surnom sufliscnt pour nous prouver que Basilée, c'est-à-dire la reine , était identique à Gérés, .1 Cybi'le, etc. Sa légende, quoique dénaturée par Diodore, est néanmoins fort iniporlaute. Uranus , en quittant le troue, lui confia le gouvernement, conjointement avec ses frères , en lui imposant une éternelle virginité. Basilée viola pourtant son serment, et de son frcre llypério!! elle eut Uélios (le soleil) et Séiéné (la Innc). Ses autres frères, irrités, tuèrent llypérion et noyèrent llélios dans Jes eaux du Ueuve Eridan. Séiéné se tua en se laissant tomber d'effroi d'une hauteur, et Basilée, désespérée, se mil à la recherche de son lils. Les jours, les semaines. les mois s'écoulaient ; elle marchait toujours. Epuisée de
fatigue, elle s'endormit culin sur les bords de 1 Eridan , et vit dans un songe ilélios , qui lui annonça qu il était devenu le soleil , et Séiéné la lune. Basilée , les choveu.x en désordre, continua sa course, au bruit des tambours et des cymbales , au milieu des peuples étonnés. Mais, un jour, le tonnerre eronda avec fureur dans les cieux , un orage terrible s'aïjattit sur la terre, et Basilée disparut au milieu des foudres et des éclairs. Des autels lui furent alors consacrés de toutes parts , et les peu])les célébrèrent en son honneur des fêtes où l'on imitait, par des danses échevelées , an son bruyant des instruments, les courses de la déesse. Celte tradition, i|ui olïre tant de rapports avec celle de Gérés , nous prouve encore les eniprunls que les Grecs avaient faits à l'Asie. (Juanl au nom de Basilée , il est purenicnt hellène, mais c'était sans doute une traduction d'un umI oriental, Baallis ou Baaiolh peut-être, qui signifiait égalcuieut reine.
BEIi.4TIJt'.%»B. Dieu adoré autrefois en Ani;lcterre, et dont on a trouvé le nom sur plusieurs médailles découvertes dans le comté de Cuniberland. Uue de ces mé-
rClcs en rhor.ncur de Basiicc.
'.laïUes porte : Dm Marti Bdalucadro, ce nui a fait penser (lue le dieu breton correspondait au Mars ues Latins. Scldcn, au contraire, l'identifiait au dieu-soleil Belenos, opinion qu'on peut parfaitement soutenir, même en admettant, avec Thomas Gale , que cadr, combat, soit une des racines du nom de cette divinité, qui signifierait alors Bel ou Rclenos. guerrier.
iti'^s.iio'};, iiS':iiOaBOG, BiEs^oota ou loi:-
TltlBOG, c'est-à-dire le dieu hlanc , le bon principe, chez les Slaves-Varèques. Il était représenté tnut ensanglanté et couvert de mouches, ce qui l'a fait prendre par quelques savants pour un dieu chasse-mouches ; mais les Slaves disent qu'on le dépeignait ainsi pour indiquer qu'il nourrit tout dans l'univers, jusqu'aux êtres les idus nifimes de la création. Par son nom comme nar ses attributions, il se rapproche beaucoup de Bicl (le blanc), dieu de la végétation et particulièrement des forêts, dans la mythologie Scandinave. Il avait pour antagoniste Tcherno'ibog ou Czernobog. le dieu noir, le mauvais génie, nomnié aussi Tchart. On regardait, dans le principe, Biellu)g comme le créateur du monde, dont on lui confiait l'entretien; mais on Cuit par borner ses attiibutions et on le réduisit au rôle de recteur des cieux. liog, chez les Slaves, signifie dieu, et l'on sait que ce peuple adorait sous ce nom l'Klre suprême. Mais Bog était-il le même que Belbog, on ce dernier exisl;iii-ll au-dessous de Bog , comme l'Or-
mouzd des Perses au-dessous du Icmps sans bornes? G est ce que nous ignorons encore. Les Slaves transportant sur la terre le nom de l'Etre suprême , l'avaient ajiplic|ué à un des affluents du Dniepr, le Boug, auquel ils rendaient les honneurs divins , ainsi qu'au Dniepr luimême, leur Nil et leur Gange. L'eau a été partout divinisée.
SeKS.iK:^'5JS. Dieu gaulois adoré surtout dans la Pannonic, l'illyrie et la "îS'orique. M. Eloi Johannean fait venir son nom de Bélos, flèche, et le dit opposé à Abélios. sans (lèche. Abélos serait le soleil descendant dans les signes de l'hémisphère inférieur, le soleil désarmé-, faible, sans chaleur, et Bèlos ou Bélénos, l'astre plein de force et de vigueur, qui remonte sur notre hémisphère. Ce même auteur avait, auparavant, cm trouver l'origine de ce i.om dans le celte Men. boule, globe. Bélénos serait donc le dieu-globe. Une médaille b"ritaniii(iue nous représente, en effet,'ce dieu avec la tête couverte de douze globes et cette inscription : Cuno Belino. à Bélnws le bienfaisant. D'autres retrouvent dans ce nom le Baal chaldéen, ou le Bêla lacédémonien. On s'accorde, en général, à voh' en Bélénos le soleil, et il éîait représenté, selon Vopiscus, avec les mêmes attributs que Milliro. On sait, parle poète Ausone, que Bélénos avait dc^ temples desservis par les druides. La ville d'Aquilée lui rendait un culte particulier. Elias Schedius, en addilionnanl la valeui' numérique de rlncune
IS
LA MMlKajM;!!'; ILLUSTliÉlC.
(les li'llifs du 11(1111 cil- DrliMuis. a Iiount 5(55, c'i'st-à-ilire le iioiiiliic (les jours d'une année solaire.
2 8 50 5 Sn 70 200
Il ostvi»i que. iiour arriver à ce résultat, il a changé le premier eiisi.on (:) en cta (r.). et d'ailleurs la terminaison os dev.iit avoir él(! ajoutée par les Grecs au nom gaulois.
BKIiI.4lj. Kivii'iité sidonienne, la même sans doute (]up Baal. Dans les livres de l'Ancien Testament, Belial est regardé comme le prince des méchants, qu'on appelle liour cette raison lils de Belial.
BEIilKAMA ou BKI.!«.ft:VA. Déesse linnoréo dans les Gaules comme l'inventrice de tous les aris. On a trouvé à Cussy. le foyer principal de son cnlle, une slatue qu'on suppose être l'image même de Bélisama, coiffée (l'un casque surmonté d'une aigrette, velue d'une tunique sans manches et du péplum, les pieds croisés et la tèle penchée dans l'attitiide de la méditation, ce qui lient avec raison la faire prendre pour la Minerve gauloise. Le nom de Bélisama a une physionomie purement orientale, et siffiiilie rrittc des rkii.c. Celle déesse résumerait donc en elle les allrilnitions de ?teith et de Pooh, qui, en ell'el. peuvent se réahsorlicr l'une dans l'autre. On lui immolait des victimes humaines.
BKEÎt'TlI. Déesse ]iliiMiicieniie, mentionnée parSanchoninlnn. i|ui la ilil femme d'Elioiiii ou llypsisliis. dont elle eut un (ils. Kpigéios ou rAnluelilone, appelé pUis tard Uranus, et une liile, iiomnu^eGhè. Celte généalogie, que quelipics .auteurs ont voulu .i tonte force expliquer historiquement, offre les caractères théogoniques les plus évidents et les plus élevés. Elioun, ou le très-haut, est une haute personnification divine; ourelrouve, dans l'Ecriture, le même nom altribuéà Jehovah; les enfants rinii a de Beruth sont le ciel et la terre. Il n'en faut pas davantage pour nous faire apprécier iiarfailemenl le sens philosophique et religieux du couple divin. Elioun, comme lAmoun égyptien, est le dieu créateur, l'esprit qui pénétre toutes choses, le principe mâle; Beruth est le princiiie femelle, la force passive de l'univers, l'eau primitive. Ln décomposant le nom de cette déesse, ou peut encore y trouver le .sens de .source d'eau. Court de Gebelin, interprétant autrement ce passage, sans lui rien ôter de son élévation, voit dans Beroulh, motformé de hara (créer), la création même, ou plutôt l'acte par lequel s'opéra la création; et, pour lui, cette phrase, Elioun et Beruth produisirent Uranus et Ghè, est absolument identique au fameux Elnhim bora .■irhamaim rou arl: de la Genèse, qui signifie : Elohiin créa le ciel et la terre. — Sanchoniatnn ajoute que Beruth et Elion habitèrent prés de Byblos; mais, selon le même auteur, ou se tromperait étrangement eu prenautByblos uour la ville dePhènicic. Byblos, formé des mots hy et bel, signifie ville du soleil ou de la lumière.
BlI.VI>IIt.tK.%I>I. Divinité hindoue, qui se confond avec Bhavani. comme substance divine, mais qui en diffère par la légende. Elle est parlicnliérenient honorée [lar les Tchandalas ou Parias, et les classes les plus infimes de la société. Le géant Darida. ayant obtenu de Brahma, .ipiés une longuc'pénitence, un l'ivre, des bracelets et le privilège d'augmenter immensément ses forces à l'aide de quelques prières, osa défier au combat le puissant Içouara ou Siva.Ce dieu envoya contre lui de .saintes femmes, qui ne purent le vaincre, et il délibérait avec Vichnon sur les moyens à employer pour triompher de ce terrible antagoniste, qnan(i tout à coup une force divine, s'échappant île Vichnou, passa dans le corps d'Içouara, et sortit de l'ieil de ce dernier sons la forme d'une femme gigaiilesi|ue; c'était Bhadrakali ou Pelraknri Pagoda . iinninv-e aussi .Mariatale par les hnbilaiils du Coidinaiidel. el Beiioudji dans le Bhagavat-gita. Bhadrakali marcha aussitôt coiilre le giîanl. Apres sept Jours de combat, après avoir abattu sept fois la tète toujours renaissante de Darida, elle coinliril qu'elle ne pourrait trancher sa tèle vi-rilable (|u'en le privant des bracelets et du livre dont Bnlima lui avait fait présent. Snr^'a, empruiilaiil par sou ordre li;s Irails d'une pauvre femme, m' rendil ;i li maison du i;éanl. el
s'empara de ces objets précieux. Bhadrakali alors revint au combat, décapita enfin son adversaire, el courut an palais d'Içouara pour lui annoncer sa victoire. Elle parcourut ensuite le monde, tantôt dans un navire de hois de sandal, qui la rendait invisible, tantôt sous la forme d'un singe; epousann jeune radjah, avec lequel elle vécut ijualoize ans sans cesser d'être vierge; attaqua, à la tète (l'une armée d'Açouras ou génies funestes, le roi de Pandi. qui avait fait empaler son époux comme coupable de vol. et en tira une éclatante vengeance. La légende du Corninandel fait de Bhadrakali la femme du pénitent Chamadigini ou lemadakni cl lanière de Paraçou Rama, sixième incarnation de Vichnou. D'après cette légende, elle pouvait anlrefjis puiser de l'eau sans le secours d'aucun vase, car l'eau s'arrondissait et se condensait sous sa main ; mais un jour, ayant vu les Ghandarvas, troupe charmante de génies célestes, qui prenaient leurs ébats sur un lac, elle sentit naiire dans sou cœur des désirs de volupté, et perdit sur-le-champ ce divin privilège. Le saint pénitent, son époux, irrité à cette nouvene,"la chassa de sa maison et ordonna à ses fils de la tuer. Paraçou Rama fut le seul d'entre eux qui, par obéissance, consentit à accomplir le parricide ; il poussa même le zèle jusqu';\ trancher la tête à ses frères. Son père, pour le récompenser, lui ]iermii de former un vœu, lui jurant de lui en accorder sur le champ l'accomplissement. Paraçou Rama demanda la résurrection de sa mère et de ses frères. Chamadigini lui confia un moment son bâton, symbole de la vie divine, et à peine en avait-il touché un des cadavres, que celui-ci se relevait tout à coup et se mettait à marcher. Malheureusement le fils pieux, au lieu de placer sur les épaules de sa mère, la tête que son glaive en avait détachée, y ajusta celle d'un vaurien, mis à mort en punition de ses crimes; c'est pourquoi Bhadrakali réunit depuis lors à toutes les vertus d'une déesse tous les vices d'un malfaileur et d'un scélérat.
Bhadrakali est représentée avec huit visages, de grands yeux ronds, des dents énormes qui s'échappent de .sa bouche, des éléphants en pendants d'oreilles, des vêtements formés de serpents entrelacés, une chevelure en § lûmes de paon, et seize mains noires comme les ténèbres ans lesquelles elle porte une épée, un trident, un vase, un sabre, un javelot, une pique, un singe avec la tchakra ou roue mystique. Elle est extrêmement redoutée deslliudous de condition moyenne, el possède une mullilude de temples. Ou la voit souvent représentée sans tête, et on rencontre dans les lieux les plus retirés sa tèle seule, en mémoire de l'événement que nous avons raconté plus haut. Les Hindous d'une condition élevée n'honorent que sa tête, et les brahmes professent pour son culte le plus souverain mépris. Sa pagode la plus célèbre est celle de Kranganor, où se rend tous les ans une foule immense de pèlerins. De tontes les cérémonies de celte grande fêle, la plus curieuse est sans contredit celle de la pendaison, qui du reste n'est pas obligatoire. Le dévol qui a fait vœu de subir ce supplice, car c'en est un véritable et des plus cruels , se fait coudre solidement, dans la peau du dos, deux grands crochets de fer; ces crocheLs s'adaptent dans des anneaux placés à la partie supérieure d'un long levier, emboité lui-même au haut d'une potence de vingt jiieds de hauteur, autour de laipielle il tourne sans e'il'orls. Lorsqu'il est convenablement attache, on l'élève dans les airs en abaissant un des bouts du levier, et on le fait tourner circulairemenl autour de la potence. jusi|u'.i ce qu'il dise assez. 11 doit, pendant ce singulier exercice, agiter s.ins cesse, comme un homme qui va au combat, le glaive elle bouclier qu'il lient dans ses mains, et avoir assez de force sur lui-même pour ne pas laisser échapper un cri, sons peine d'être chassé de sa caste. Il esl vrai i|ue les dévots, avant de se faire suspendre ,i la |iiilence. ont soin de se prémunir contre la douleur en prenanl des ii-ircorn|ues à haute dose.
BlI.tkV %:%'!. rcUr qui donne Vc.rislenre. Grande déesse biiubuie. nommée aussiParvali, c'est-à-dire /a rriiir des monts. Tille deBiahm. l'èlre des èlres. Bhavani. dans la llièogonie hindoue, a donné naissance aux trois personnes'de laTiiniourti. Les légendes, d'accord sur ce fait
LA MYÏHOLUt;iE ILLUSTRÉE.
capital, diQ'ureiililaus les détails. Ici uous voyous la déesse, heureuse de la vie que Bralim vient de lui accorder, ivre de joie, frémissante de Ijonheur; elle chante des hymnes à la louanîe de dieu, comme les oiseaux à l'aurore d'un beau jour de printemps; mais sa voix harmonieuse ne surtit pas à l'expansion de sou cœur; elle danse, elle court, elle boudit; trois œufs s'échappent tout d coup de son sein, et ces trois œufs renferment Vichnou, Brahma et Siva. Ailleurs on nous présente le même tableau; seulement, nous voyons sortir la Trimourti de trois ampoules qui s'étaient formées dans les mains Je la déesse, les frappant sans cesse l'une contre l'autre dans l'expression ardente de sa joie. Une autre tradition la dépeint produisant, bien avant la création du monde, par la seule force de sa volonté, Vichnou Naraïaua, na^'canl à la surface des eaux (lui enveloppent le monde a l'étal chaotique. Du nombril (le Naraïana s'échappe le lotus qui porte Brahma dans son calice. Deux titans, saisissant le nouveau dieu par les cheveux, font jaillir de sa léle une goutte de sang, et de ce sang nait Siva Roudra. Bhavani donne ensuite naissance à tous les autres dieux, qui, pour conserver le souvenir de leur origine, portent sur le front un signe divin figuré par deux lignes blanches parallèles, au milieu desquelles s'élève une ligne rouge verticale, indiquant remmena divine, car de cette émanation de Bhavani sont nés tous les animaux qui peuplent la surface de la terre et les profondeurs des mers, .\insi Bhavani nous apparaît comme antérieure au vichnouïsme, au brahmanisme et au sivaîsme même, fait important à consigner.
Ce rapide exposé nous a déjà permis d'entrevoir le rôle l'ievé de Bhavani dans la mythologie hindoue. Bhavani, divinité primordiale, première émanation de Brahm, Bhavani, mère des dieux, des animaux et des plantes, est une grande mère, une déesse eau-niatière-passivcté primitive ; Bhavani est la nuit, le chaos qui s'organise par une volonté supérieure; Bhavani est le réceptacle immense de tous les germes (ie la création qu'elle développe en vertu de la puissance de Brahm, le père universel, le grand récon(ialeur. Comme déesse féconde, comme grande mère, comme productrice, Bhavani est à la fois : i" la lune , .source d'humidité , réceptacle intermédiaire des germes répandus par le soleil ; 2° la terre qui reçoit ces germes, et 5°, comme nous l'avons dit, l'eau qui, avec la lune et la terre, forme ce que les anciens entendaient par principe femelle de l'univers. Or, l'eau, dans l'Inde, c'est surtout, c'est avant tout le Gange. Bhavani est donc le (lange même, qui prend sa .source dans les cieux, selon les idées mythiques, ou dans l'ilimalaïa. ce qui a valu .i C(;ttc déesse le titre de maîtresse de l'Uimalaïn. Mais la déesse se présente à nous sous un autre aspect. .Mère de Siva, elle est aussi sa femme. Nous venons ae voir eu elle la divine ouvrière, la grande donneuse de formes ; mais, dans la philosophie hindoue, tout meurt pour renaître, et la mort n'est qu'une transition entre deux formes. La mort doit donc rentrer comme la vie dans les attributions de Bhavani, con.me elle rentre dans celles de Siva. La déesse alors terrible, épouvantable, implacable, détruit, déti-uit encore, détruit sans cesse, sans pouvoir jamais assouvir sa soif de vengeance et de mort. — Résumant en elle toutes les divinités femelles de l'Occident , Bhavani est aussi la déesse de la guerre ; on la voit alors armée comme Bellone, montée sur un lion, sur un taureau sauvage, etc. C'est elle encore qui, s'identiflant avec Proserpinc. accompagne Siva dans son ténébreux empire, juge, fustige et précipite dans les flammes les ,-imes des pervers.
(Jn repré.sente Bhavani avec huit ou seize bras, quelquefois avec six, etc.; elle a souvent un collier formé de tètes humaines. Comme grande mère, elle est montée sur ime vache, et tient dans ses mains une épée, un trident, deux plats à recevoir le sang, deux lances, un couteau, la roue de fer magique, etc. S"es surnoms les plus remarquables sont : Praketi. la parfaite; Çacti. réncrgie; Par.nçacli, la grande énergie; Devi, la déesse; Ganga, le Gange; Roudrani. la mère des larmes; Karliaîani. la faiseiise; f.liiva. la bonne; Sarvamgalam, la félicité universelle.
BOD. Déesse hindoue nui n'est qu'une Vénus Géni- Irix, une Diane, une .lunon llithic. Celle divinité est invo-
quée par les femmes en couches ou par celles qui désirent connaître les joies de la maternité. (Juand elle a rxaucé les vœux d'une femme, si celle-ci met au monde une lille. elle est tenue de la consacrer, jusqu'à sa nubilité, a la déesse qui l'a rendue féconde; et la jeune fille, avant de quitter le sanctuaire où elle a passé son enfance, doit se tenir à la porte du temple, jusqu'à ce qu'un passant viennne la délivTer en lui faisant agréer 1 expression de son amour.
BOCi.tlIA. .\rbre célèbre dans la mvthologie hindoue. Il se trouve au milieu des ruines d'.Xnnarodjpoiir.im, dans lile de Ceylan , ou il se rendit du ooutinent en traversant les airs pour prêter son ombrage à Bouddha. (,tualre-vingt-dix-neuf princes adorateurs de" Bouddha, enterrés jadis sous cet arore divin, sont maintenant des anges qui veillent à la sûreté des pèlerins , et passent pour préserver les Hindous du joug des Européens, tache, ilf.iut l'avouer, qu'ils remplissent avec assez peu de succès. Une foule de pèlerins se rendent sous l'arbre Bogaha. autour duquel sont dressées de petites cabanes destinées à les recevoir. Les liommes préposés à la garde du végétal sacré y tiennent des cierges ou des lampes constamment allumés, et ornent ses rameaux d'images de piété. Les habitants de Ceylan possèdent d'autres arbres du même genre. <jui attirent un certain nombre de visiteurs; mais aucun d'eux n'égale en sainteté le Bogaha d'.Vnnarodjpouram.
BOIS S.4CRl'v.«, BOCAGES. Les anciens, toujours en admiration devant la nature et frappés de son intarissable fécondité , avaient , dans leurs primitives et énergiques conceptions, symbolisé, dans une seule idée formulée en deux mots, sa double action créatrice et productrice. Les montagnes, aux yeux des anlifiues tliéogonistes , étaient les emblèmes par excellence de l'énergie fécondatrice; aussi, les autels consacrés aux hautes divinités, cousidérées comme principe actif, m.ile et générateur, s'élevaient-ils toujours sur les montagnes. Les détsses , forces passives, productrices, au contraire, étaient plus spécialement honorées dans les grottes, ou dans les Docages épais et humides, symbole de ^a vie dans le sein maternel. Mais les deux symboles, se groupant nécessairement dans l'esprit, se complétant l'un par l'autre, n'étant, eu derniéie analyse, que deux attributs de l'être unique et Huiversel. étaient ordinairement réunis. C'est pourquoi nous voyous Bouddha androgyne et accompagné du symbole du sexe féminin, et Bralima portant entre ses quatre têtes une conque, emblème de l'eau, et une pjTamide de flamme représentant le feu qui féconde l'élément humide. C'est pouri|uoi aussi uous retrouvons les bocages sur les montagnes. Les bois cons,icrés aux dieux sur les hauteurs sont souvent mentionnés par l'Ecriture, qui les appelle hauts lieux, ou Bamolh, expression dont on ignore absolument la signification, et qui ne parait pas appartenir à la langue hébraïque. On voit, dans la Genhr, .\brahnm planter des bocages. Lorsqu'il veut immoler son fils IsaiiC . il monte sur le sommet du Moria. L'usage des hauts lieux se perpétua même longtemps après Moïse. Salomon y sacrifiait ; les rois les plus renommés par leur sainteté les laissèrent subsister jusqu'à Ezéchias d Josias. (^ui firent abattre les bocages et qui profanèrent les li.iuts lieux en y enterrant des ossements liumains , pour f.iire afUuer au sanctuaire unique, conformément à la loi, tous les partisans de Jéhovnh. Les Perses , adorateurs du feu, devaient avoir en vénération les hauts lieux. Il en était de même des populations phéniciennes ou chananétunes. Baal surtout était adoré sur les hauteurs , et toutts les divinités de ces peuples avaient leurs bocages. Ce demi-jour mystérieux qui régnait sous les ombrages des bois sacres avait d'ailleurs pour eux une utilité pratique. La religion ordonnait aux femmes de s'y rendre au moins une fois dans leur vie . en l'honneurde certaines divinités (voyez .V^AÎTis , MvLiTTA , Baai-Péoi\. .\ris. etc.V et on comprend, à ce point de vue, la nécessité des bocages, d'ot'i les jeunes lîlles sortaient avec le titre de kadescha . sainte, consaiirf. — Les sanctuaires construits sur les hauts lieux consistaient souvent en de simples chapelles, quel(iuefois portatives, nu en lentes à l'ornement desq^uelles les femme.; hébreues contribuèrent plus d'une fois en portant aux
préties qui les dcsserviiienl des broderies et des étolTes précieuses [Ezcchicl, xvi, 10).
JBOR on boke;. Fils de Boure, le premier homme dans In mythologie Scandinave. Il épousa Belsta , fille du géant Berjrthorer, qui le rendit père d'Odin, de Vile el de Vé (voyez Ysier). Les prêtres Scandinaves, qui formaient une caste et se succédaient de père en fils , prétendaient descendre de Bor en ligne directe.
BORSIOAIE: ou BORVO. Divinité gauloise honorée par les Séquanes et les Eduens. Elle présiilail, ainsi que Uauiona, aux sources thermales, et on a pensé que c'est d'elle que lire son nom la ville de Bourbonneles-Bains.
BOC»niI.\ PRESaiGIS ou AS99£I0^08>III.4.
Le dieu suprême des bouddhistes, l'âme universelle, d'où tout procède par voie d'émanation , et en qui tout s'absorbe ou doit s'absorber un .jour, pour en sortir encore api-cs des périodes déterminées. Lorsque tout était vide, quand aucun être n'existait encore, Sambhou, ou Sonayambhou {celui qui existe par lui-même), était déjà; c'est pourquoi il fut nommé Adibr^uddlia, c'està-dire h premier être. 11 conçut le désir de cesser d'être unique, et ce désir se nomme Prandjnya-Upaya. Au même moment furent produites cinq formes d'êtres qu'on appelle les cinq bouddhas, et dont les noms sont : Vairochana , Akschobya , Ratna-Sambhava , Amitabha et Amiogha-Siddha. Chacun d'eux enfanta, par sa spontanéité, ou dhyan , un fils appelé Boddhi-Satoa. Quatre de ces Boddhi-Satoas s'absorbèrent dans la contemplation d'Adibouddha; le troisième, nommé Padnia-Gani ou Kamali , fut chargé de la création par Sambhou , et créa, par lefflcacité (le la spontanéité de l'àme universelle , les trois personnes de la Trimourli : Brahma, Vichnou et Mahésa on Siva, auxquels il délégua le pouvoir de produire, de conserver et de détruire. Brahma se mit alors à créer toutes choses. Suivant l'école jdiilosophique des Aïchouarikas, Bouddha est le principe mâle, le symbole de la puissance génératrice et le premier membre de la trinité. Dharma, le type de la jniissance productive et femelle, est le second; Sangn, le troisième, procédant de l'union des essences de Bouddha et de Dharma, représente la puissance créatrice en action. Dans la Irinite des Souabliavikas, qui passe pour la plus ancienne secte bouddhiste , Dharma, appelé aussi Prajna , est le type de la puissance créatrice et la première personne de la Trimourli. Après lui viennent Bouddha ou Upaya , symbole du pouvoir régénérateur, et Sangn.
BOUBDBBA. Le dieu suprême des Hindous hété'rodoxes. Le dieu, avons-nous dit, et pourtant Bouddha n'est qu'un homme! mais un de ces hommes dont la parole remue, agite et transforme les peuples. Il passa sur la terre prêchant l'amour et la fraternité; Dieu était en lui; et, en lui, les n.itions crurent voir une incarnation de la divine sagesse. Klaprotb, d'après les livres mongols, lui donne pour mère Mahninaïn, fi-mme de Saodonaodani ou Soutadnnni. chef d'une di s prinrijinles familles brahmaniques, et roi du puissant em|iirc de Magaddha,qui s'étendait sur toutes les provinces arrosées par le Gange. Mahamaïa, quoique épouse, demeura vierge sous le toit c-onjiigal ; elle devait pourtant être mère, et, le Mi du dernier mois de l'été, elle conçut, par une opération divine. un fils qui devait régénérer l'Asie orientale. Le 15 du deuxième mois de printemps, après avoir porté trois cents jours son divin fardeau, elle le mit au monde sans perdre sa virginité. Un roi l'enveloppa d'une étoffe précieuse, un autre roi, incarnation d'Indra, lui administra le baptême el lui donna le nom d'Arddhachiddhi. On le porta ensuite dans un lien sacré, environné de rochers, pour le pré.senter. selon l'usage, à une image divine. La statue s inclina devant le nouveau-né, et les assistants le saluèrent du titre de Dieu des Dieux. On confia à soixantedix vierges le soin de sa première éducation, el, loisi|u'il cul atteint sa dixième année, on lui choisit des maitres do toutes sortes. En peu de temps il fil des progrés merveilleux, el l'élevé jiosa au plus sage el au plus savant de ses professeurs, Babourénou Bakchi, des problèmes lellcminl difficiles, que le vénérable pédagogue n'en pul trouver la
solution. Arddhachiddhi la lui donna. 11 apprit eusnito toutes les langues de l'univers, ou, pour mieux dire, il les savait avant de les étudier. Tout le mon le était en admiration devant lui, et sa beauté même était telle, que h multitude se réunissait pour adorer ses trente-deux similitudes en beauté et ses quatre-vingts a)q)as. Il avait vingt ans lorsque sa mère et son père putatif songèrent à le marier; le jeune homme refusa. Vaincu par l'insistance qu'on y mettait, il y consentit enfin, à la condition, toutefois, qu'on lui trouverait une femme, réunissant les trente-deux vertus et perfections les plus importantes. Onparvintàdécouvrir ce trésor; Arddhachiddhi se maria ; Arddhachiddhi devint père; mais son goi'il pour la contemplation des choses divines remportant en lui sur tout le reste, femme, enfants, famille, le trône même qui l'atlendail, il résolut de tout abandonner pour se livrer à la vie pénitente et solitaire. Soutadanni fit mettre des gardes autour de son palais pour l'empcchcr de prendre la fuite; c'était lutter contre le ciel même ! Kourinousta Tingri, ce roi incarnation d'Indra qui l'avait bnplisé, le fit évader, et bientôt il se trouvait dans le royaume d'Oudipa, sur les bords du Naraçara. Là, environné de quelques disciples, vivant de fruits el de miel, dormant sur un lit d'herbe de goucha, mortifiant sa chair pour dépouiller le vieil homme et arriver à la perfection, il se conféra lui-même le sacerdoce, et changea son nom en celui de Goulama. La sainteté de sa vie attirail autour de lui de pieux visiteurs, qui ambitionnaient l'honneur de le servir, Goulama, par esprit d'humilité, refusait tous ces soins, el il ne consentit qu'avec peine à laisser renouveler, par une princesse de sa caste et de sa famille, l'herbe qui lui servait de couche. Comme tous les saints d'un ordre élevé, comme tous les mounis, comme tous les prophètes, Goulama était puissant en miracles; c'est ainsi qu'en levant les cinq doigls de la main, il arrêta court un éléphant furieux, que son oncle el son adversaire Devadat avait enivré pour le lancer contre lui. L'éléphant même se coucha respectueusement à ses pieds. Sur les bords du Naraçara, il se trouvait encore tro]i prés du monde, cl, voulant porter plus loin les mérites de la pénitence, il se retira dans les lieux les plus tristes et les plus désolés qu'il lui fut possible de découvrir, accompagné de deux de ses diciples, Chari et Molon-Toïn. Mais les saints sont toujours teuiés dans le désert, car la verlu n'est qu'un triomphe; Goulama eut plus d'une épreuve à subir, mais le dieu, né d'une vierge, ne pouvait succomber, ni fléchir. Viennent d'abord les incrédules; ils cherchent à l'embarrasser par des questions captieuses : « Goulama, quelle est la doctrine'.' quel est ton instiluteur? de qui as-tu reçu le sacerdoce'/ — Je suis saint par mon propre mérité, répondit Goulama; c'est moi qui nie suis sacre mon propre ministre; qu'ai-je à faire avec d'autres instituteurs? la religion m'a pénétré. Si vous désirez des réponses plus détaillées, adressez-vous ;i mes deux disciples, ils vous instruiront. » la discussion est acceptée, et les incrédules, réduits au silence par l'éloquente argumentation des disciples de Goulama, se reconnaissent vaincus. Mais, dans la retraite du solitaire, voici venir quatre jeunes sœurs d'une admirable branlé. Elles se sont éprises de Goutama, el, le cœur plein de désirs coupables, elles ont juré d'obtenir de lui le prix de leur amour. Elles se présentent à peine vêtues devant lui et lui font tonnailre le motif de leur visite. D'une chiquenaude, disent les écrivains mongols, Goulama les rcnilit houleuses comme de vieilles femmes, et, tombant .soudain à ses genoux, elles l'adorèrent. L'auguste pénitent sentit, après cette victoire, qu'il pouvait défier désormais toutes les faiblesses humaines, cl parcourir le monde pour y préparer le triomphe de la vérité. Les populations qiù avaient appris sa résolution rallendaienl avec impatience el lui décernaient les titres de Gliakiamouni (pénitent de la race de Oliakia), qu'il conserva depuis, et de Bourkan-Bakchi (riustiluteur divin). Ses cinq disciples attendaient avec impatience le moment o;i il coniinencerail sou nposlnlat. « Le trésor précieux de ma sainteté el de la loi nouvelle, leur dit-il, ne peut faire une impression subite sur l'esprit des boiiimes. Modérez donc
encore votre zèle de conversion; il faut, avant tout, que r.ous accomplissions des jeunes spirituels. » Et il rentra aussitôt dans la solilude, où il resia quarante-neuf jours ,i jeûner et à prier. 11 fallut ensuite l'intervention des treiitc-lrois tingris pour lie déterminer à aller répandre sur les hommes l'eau de la résénération et du salut- Une lumière éclatante environna, comme d'une auréole, son visage majestueu.'ç, et il prit la route de la ville sainte de VVaruachi (Bènarésl, où il s'installa, abinié dans une sublime contemplation, sur le trône qu'avaient occupé avant lui les princes des trois époques religieuses antérieures. Il parcourut ensuite les provinces environnantes ju.squ'à la mer, et revint à Bénarès. où il prêcha longlenq)s la loi de miséricorde et d'amour aux populations, qui. de toutes parts, accouraient pour l'entendre. Pendant qu'il parlait, ses disciples écrivaient, et ses divins préceptes, ainsi recueillis, forment le Gandjour. ou instruction verbale, code sacré qui ne renferme pas moins de cent huit gros volumes. La masse immense du peuple
ôiail pour Chakiamouni, mais il avait des ennemis nombreux, à la tète desquels se trouvait Devadat son oncle. Les Ters, adorateurs du feu, qui, depuis des siècles, étaient hostiles à tout mouvement religieux, l'attaquaient .surtout avec fureur. Devadat rassembla six de leurs principaux docteurs, pour combattre Chakiamouui. Une lulle solennelle s'engagea, les Ters mêmes appelèrent, dit-on, à leur secours les incantations et la magie. Pendant quinze jours, le fils de la vierge sans tache soutint le choc de leur éloquence, et, à leurs arguments, opposa des raisonnements si forts et si convaincants, que les Tors, poussés dans leurs derniers retranchements, s'avouèrent vaincus et se jetèrent à ses pieds. Une fête, qui a lieu pendant les quinze premiers jours du premier mois, à perpétué, jusqu'à notre époque, le souvenir de cette mémorable dispute. Chakiamouni continua ses prédications et lit pénétrer dans les masses la parole de vérité, qui devait Délivrer les hommes de leur misère, et faire régner parmi eux l'esprit de charité et d'égalité. Aucun législateur, aucun réformateur avant lui. n'avait tant osé, tant accompli pour le bonheur du monde; et sa doctrine de régénération sociale ne tarda pas .i se réjiandrc dans l'Inde entière, et à franchir les hautes cimes de l'ilinialaïa, pour appeler .i la civilisation les peuplades à moitié barbares des hauts plateaux. Chakiamouni atteignit r.ige de quatre-vingts ans et quitta la terre ; mais, iv-inl d'abandonner son corps mortel, il annonça à ses disciples que sa doctrine régnerait pendant cinq mille ans, jusqu'au jour où, s'incàruant a son tour. Maidari
viendrait compléter son O'uvre, et inaugurer sur la Ici le le véritable règne de la lumière, de l'amour et de la justice. Lisant d.nns l'avenir, roninie dans un livre ouvert, il prédit même les trilmlation-; au\(|uelles seraient exposés ses partisans, et les représenla fnreês d'abandonner les plaines fertiles de l'Inde et les rivages sacrés du Gange, pour se réfugier dans les steppes immenses du Thibet.
Nous exposerons, à l'article Boudduisme, la doctrine de ce divin réformateur, de ce philosophe sublime, de cet ami des peuples, qui brille sur l'Asie orientale comme l'Homme-Dieu des chrétiens sur l'Europe régénérée. Les traits de ressemblance sont nombreux entre le lils de David et le fils de Brahma. Nous les indiquerons sans en tirer aucune conclusion. Bouddha, comme Jésus-Christ, est lils d'une vierge-épouse; Bouddha, comme Jésus-Christ, sent couler dans ses veines le sang des rois ; Bouddha, comme Jésus-Christ, reçoit dans ses langes les adorations des rois; comme lui. il révèle sa divinité lorsqu'il est présenté au lieu saint; comme lui. il instruit les plus savants docteurs lorsqu'à peine il a atteint sa dixième année. C'est à peu près au même âge qu'ils commencent leur mission; tous deux jeûnent, prient et se retirent dans la solitude ; tons deux prêchent l'amour et la fraternité; tous deux sont tentés dans le désert; tous deux sont transfigurés; tous deux ont des disciples qui recueillent leurs paroles pour en former un corps de doctrine. Si Bouddha vient occuper, dans la ville sacrée de Bénarès, le trône idéal des saints des anciens jours, Jésus-Christ fait retentir la bonne nouvelle dans la ville des prophètes et des oints du Seigneur. Si Bouddha combat les Ters et les Brahmanistes, Jésus- Christ est en lutte perpétuelle avec les Sadducêens, qui sont les Brahmanistes de la Judée ; Jésus-Christ enfin annonce comme Bouddha des persécutions contre l'Eglise qu'il a fondée, et, comme le réformateur indien, il aurait pu prédire qu'un jour viendrait où ses adorateurs, chassés du berceau du christianisme, iraient fonder dans les contrées du nord la métropole de la vraie croyance. Si nous consultons les autres légendes, nous verrons Bouddha s'élever en corps et en âme dans les cieux du haut d'une montagne centrale de l'ile de Ccylan, où l'on visite encore l'empreinte de son pied; et, à Siam, on nous le montrera élevé sur un trône d'or, ju milieu des airs, ayant ci ses côtés Saribout ou Vrihaspati, le recteur de la planète Jupiter, auquel est consacré le jeudi, et Mogada ou Mougala, qui préside à Mars et an mardi.
Deux questions maintenant nous restent à examiner dans cet article. Qu'est-ce aue Bouddha, et quelle est sa réalité historique? — Quand a-t-il vécu'?
Nous poserons d'abord en principe qu'une doctrine destinée, comme le bouddhisme, à régénérer une partie du monde, n'est pas l'œuvre d'un homme, mais l'œuvre des siècles. Jésus n'a fait que développer la loi de Moïse, déj.i épurée et complétée par les orateurs sacrés, et à la- (juelle s'étaient mélangées les idées de l'Orient et les déiluctions de la philosophie grecciue, fondues, au premier siècle avant Jésus-Christ, dans la doctrine mosaïque par les pharisiens, et surtout par les esséniens. Serait-il possible d'en douter, quand on voit une foule d'auteurs, éminents par la science, regarder les esséniens comme une secte chrétienne, quoi((u'ils soient incontestablement antérieurs à l'avènement du christianisme. Passons ,i Mahomet. Le Coran n'est qu'un rellet de Moïse, des prophètes et de l'Evangile. Arrivons ;i Luther. 11 a pour prédécesseurs Wiclef, Jean llus, Jérôme de Prague et tant d'autres. Ce que nous avons dit de Jésus-Christ, de Mahomet et de Luther, nous le dirons de Bouddha. Une grande idée, mûrie par la raison des peuples, trouve toujours, quand l'heure de son triomphe est arrivée, un hornme pour s'incarner, un saint pour s'imposer à l'admiration du monde, et, s'il le faut, un martyr pour sceller de son sang la croyance nouvelle. Bouddha fut un de ces hommes; mais, dans la légende, telle que nous l'avons rapportée, tout appartient-il à un seul et même Bouddha'.' C'est ce que nous n'oserions penser. Les peuiiles se sont plu souvent ii grouper sous le même nom les événements ri'in,iri|iiables qui, dans une même série d'idées, appartieum'iit ;i plusieurs personnages. C'est ainsi, sans doute, qu'on a récapitule
LA MYTHOLOGIE ll.lAISTHl':!-:.
fil Minus, en Maiiou, toute l'histoire des progrés et de la li'uislation de l'Inde et de la Crète anciennes; c'est ainsi iiiie les Chinois ont réuni sous les noms de Tien-hoang, Je Ti-hoang, de Gin-hoang, trois dynasties de rois, ou plutôt les trois époques primitives de la civilisation chinoise. Bouddha, d'ailleurs, n'était pas le vrai nom du réformateur de l'Inde. Bouddha est un nom sacré, qui signifie science, sagesse, intelligence, ctsion Icfaitdériverdefc/ioM, fc/i(ii'(fclre", il est l'existence même; l'essence de l'être. Don veut dire Dieu chez les Tnriares, comme Boug ou Bog chez lesSInves, et peut-être reirouverait-on. avecVolney, le nom de Bouddha dans le mot baulh (œuf), et, par extension, ['mit du monde. On comprendrait alors qu'on eût qualifié du litre de Bouddha le grand législateur qu'on regarda comme une incarnation divine. Toujours est-il que ce mot se retrouve, dans la plus haute antiquité, appliqué à des pays et à des villes. Bouddha est connu sous une foule de noms, tels que Fô, en Chine; Bouddh, Bod, Rudzdo, liiidda, Bud. etc.. qui sont autant d'altérations du nom primitif; ,i Siam on l'appelle Sunionokodoni, et nous avons déjà cité ses noms d'.\rddhachiddhi, de Chakiamouni. de Bourkhanbakchi, deCoulama. qui tous, comme le premier, ont été corrompus et défigurés de cent façons. Bouddha est ordinairement représenté nu sur une natte, représentant le réceptacle des germes, les jambes croisées, le cou tendu, la tête haute dans une attitude à la fois impélieuse et méditative. Sa chair est noire et ses cheveux frisés, ce qui a fait à tort penser ;'i quelques savants qu'il était d'origme africaine. Il aune taille et un sein de femme; le reste tlu corps ofl're les caractères de l'autre sexe. Sa lêle est tantôt surmontée d'un bonnet pyramidal, cl tantôt par une touffe de cheveux. Les sjTnboles vulgaires et si fréquents dans l'bide de la puissance cré.^trice et de la puissance productrice l'accompagnent tres-souveni, ainsi que le lotos, le croissant et le carré magique, placé sur sa poitrine OH dans la paume de sa main. Une figure le représente avec sept têtes, sans doute en qualité de Sourya (le soleil). (Juant à l'époque à laquelle se manifesta le civilisateur de l'Inde et du Thibet. les auteurs et les lamas eux-mêmes sont en désaccord. Le livre sanscrit, intitulé Bhagavatamrita, le fait apparaître eu 2099 avant .1. C; \bo)i Gazel, dans son Aiin Akbari, 111 t.'itiij; l'Encyclopédie japonaise, en 1029; les Chinois, en I(c27; l'hislorien persan Aled-AssahBeidaoui, en -1022. l'ne chrouique mongole, traduite par Jahrig, lixe cet événement à l'an 961, et les habitants de l'ile de Ceylan, à l'année 619. En admettant même cette dernière donnée, on voit encore l'Inde devancer de six siècles le mouvement progressif de l'Asie occidentale, et n'est-il pas permis de croire que si, aux époques les plus reculées, ce pays privilégié a rempli l'Egypte et la Grèce de ses idées mytliiques et philosophiques, il a du, dans les siècles subséquents, lorsque les communications de peuple à peuple étaient devenues plus actives et plus riéi|uentes, exercer la même intluence sur les populations cis-eiiiiinatiennes. La grande monarchie persane n'éteml.iil-iUe |ias ,i la fois une main sur l'Egypte et l'autre sur la Perse'.' Les conquêtes macédoiiiennes ne rapprochèrent-elles pas les distances, et n'v avait-il aucun lien entre l'Inde et la Syrie'? Les Juils enfin, dispersés dans tout l'Orient, ne faisaient-ils paschaipie année le pèlerinage de Jérusalem'/
BOUODlilSME. Le bouddhisme , comme nous l'avons vu, est antérieur.-! Bouddha, ou, en d'autres termes, .ses idées fondamentales, avant d'arriver .i être nettement et positivement formulées, étaient déjà répandues parmi les habitants de l'Inde, ce que les bouddhistes expriment du reste lorsqu'ils disent que trois Bouddhas avaient paru avant Chakiamouni. En effet, partout où il y a tyrannie, il y a protestation; partout où il y a privilège, on prépare la réforme ; partout où il existe des esclaves, on caresse dans l'ombre la liberté. La population de l'Inde liralinKini(|ue était, avant Bouddha, rèp.irtie en idusieiirs divisimis ou castes, dont nul ne pouvait l'ramliir les baiiieres, au sommet de l'édifice social se tenaient les bralimines. race noble par excellence, race sacerdotale et royale, issue de la souche même de Brabma, et absorbant en elle toutes les richesses de la nation; immédiatement au-dessous, se
trouvaient leskcliatrias ou guerriers, chargés de niaiiilenir par le glaive les privilèges des bralimines et les leurs ; plus bas était parquée la caste iioiiihreiise des vaicias, artisans, marchands, etc., et ces trois castes superposées pesaient d'un poids énorme sur la race des soudras, profluclion abjecte du pied de Brabma, voués en conséquence, jusque dans leur postérité la plus reculée, à toutes les amertumes de l'ilotisme, de la servitude et du mépris. Autour d'eux se groupaient une foule de sous-castes plus dégradées encore. Mais ce n'était pas assez, et plus bas, mélange impur, population maudite, étaient relégués les parias ou tciiandalas, marqués d'un signe infamaiù comme les lépreux et les Juifs du moyen âge, et auxquels on refusait jusqu'au droit d'avoir dans leurs misérables cabanes un vase de terre non cassé. Leur contact, leur souflle, leur aspect, souillait un brahmine; que dis-je? un soiidra même. La société, qui les repoussait, ne se servait d'eux que pour Iwilayer les boues de ses rues ou pour exécuter les criminels. Le séjour des villes et des villages leur était interdit. Les temples des dieux mêmes leur étaient fermés. Si bas qu'il soit placé, l'homme sent encore sa dignité; depuis longtemps sans doute l'Inde attendait son libérateur; la parole qui devait sortir de sa bouche, chacun la portait dans son cœur. Bouddha parut; l'Inde s'ébranla ; prêires, guerriers, artisans, soudras, donnez-vous la main I Em.niiations de l'âme universelle, n'êtes-vous pas appelés tous à vous lésrbsorber un jour en elle'? Même origine ! Même tendance! Vous êtes tous frères! Plus de castes! Plus de privilèges! Telle est, en substance, la doctrine annoncée par Bouddha ; la bonne nouvelle, « la parole de vie, l'eau du salut, qui doit, selon les livres mongols, délivrer de leur misère ceux qui sont nés pour souffrir. » L'humanité n'avait nulle part encore réalisé un pareil jirogrès. La loi de Brabma déclarait qu'il n'y avait pour les hommes de mIuI que sur la terre sacrée de l'Iliiidoustan ; Moïse élev.iit autour de son peuple une muraille d'airain ; Bouddha, au contraire, embrassait le monde entier dans son amour. Le code moral du bouddhisme n'est pas moins digne d'admiration. On peut le ré.luire à ces quatre grandes prescriptions : La miséricorde établie sur des bases inébranlables; — la prohibition de toute cruauté; — une cûiiipassion sans bornes envers toutes les créatures; — une constance inaltérable dans la foi. Les livres s.icrés nous donnent ensuite le déealogue de la Bandia ou Eglise bouddhique. Le lecteur nous saura gré de le lui faire connailre.
DÉCALOCIE IHUnOMlyl'i;.