‹ La mythologie illustréeChapitre 3 sur 3 · L.V iMYTllitLoiilE ILLUSTRÉE · texte numérisé non relu

L.V iMYTllitLoiilE ILLUSTRÉE

iii'sle ronirc, par sa iialuie inome, dans les alli'ibulioiis d'un un de idusicnrs ironies. C'est ainsi (ju'cn iiwcf les ralailvsnirs)iriniilifs, les grandes eaux dévastatrices, sont |iei-s(iiniilii'es dans les titans. En veut-on un exemple'/ Le titan liriarée, autrement appelé Egéon, a pour père .\eiilune, pour niére Mitra (la mer qui court de côté et d'autre). Il se déchaîne avec fureur, porte au loin la dévasUilion sur la terre, qu'il parcourt avec ses mille janiLes serpenliformes, ingénieuse imaiçe des vagues débordées, et rentre enfin, par les ordres de Neptune, dans la mer d'où il était sorti. Le sens mystique va devenir plus évident encore. Briarée est le même qn'Ogygés, personnage fictif si célèbre dans l'histoire des déluges, et ce dernier nom a pour élément caractéristique og, qui, dans la Grèce comme dans l'ancienne langue des Celles et des habilaiils de l'Asie Mineure, siguiflait à la fois Océan, crainte •■l terreur. Les géants, lils du Tarlare, président d'un autre côté aux éruptions du feu souterrain qui si longleiMps ébranla le globe épouvanté. Prenons les deux plus laineux, Ty|ilu)n et Encelade. Le nom du premier vciil iliie luiiiee; celui du second, fracas intérieur. Tous deux ils vomissent des torrents de llammes, tous deux ils lancent vers les cieux des quartiers de roches, tous deux enlin sont ensevelis sous les montagnes ignivomes, et Jupiter doit la victoire à Minerve, la sagesse, issue de son divin cerveau ! Les cataclysmes ont précédé les éruptions ; les titans précèdent'aussi les géants. Ceux-ci combattent contre Juiiiter ; les autres veulent détrôner Saturne même, le père de Jupiter. Mais la mythologie grecque a sa source dans les mythes de l'Orient et de l'Inde en particulier. Nous devrions ilonc rencontrer géants et titans au pied du Mérou comme au pied de l'Olympe. Nous les y trouvons en effet. Les Açouras attaquent les dieux, fes battent, les forcent à sc'retirer dans le pays des Saces, comme les divinités grecques s'étaient retirées dans l'Egypte (pays qui passait pour n'avoir jamais subi les eaux\les driiigcs ; ils veulent même escalader le ciel d'Indra, mais Maliamaia-Bbavani les repousse; les terrasse, les écrase. (Vny. M.MiiicnA, Dounux, etc.) C'est la gigantomaehie telle que l'ont décrite les anciens poètes ltccs et romains, et la copie grecque de\iemlra plus évidente encore si l'on pense qu'Indra est Jupiter même, et que Dbavani, la sagesse et l'énergie divine, jaillit tout année comme la Minerve grecque du front d'un immortel, et qu'elle prend le nom du géant Dourga qu'elle a vaincu, comme Minerve celui du ^éant Pallas. Mais, dans la mythologie indienne, les rôles correspondant à ceux des géants et des titans sont plus difficiles à déterminer que dans la Grèce. Nous y trouvons tous les mauvais génies représentés, comme ceux des Grecs, avec des jambes en forme de serpent, des tètes et des mains innombrables et groupés sous les noms colleciifs d'Açouras, c'est-à-dire prives de Soura ou Amrila (voy. ce dernier mot), et de Daitias ou fils de la Nuit, et comprenant plusieurs divisions, dont les plus remarquables sont celles des Rakaehas et des Danavas. Les premiers seraient-ils les titans ! Ils paraissent, ils sont même antérieurs aux seconds, puisqu'ils sont d'abord les auxiliaires de Siva (voy. ll.v- >oii.>iAN, Rama, Rava>a), dont le cullc parait avoir préeédi'' ceux de YieliiKiii et de Biahnia, comme le règne de Krniius a précédé celui de Jupiter. Mais on les voit opposés à Bliavani, la déesse-humidité; ils abandonnent ensuite Siva pour Brahma, qu'ils finissent par combattre liiiiiième. Il serait donc bien difficile de séparer les atli ibiilions des difl'érentes classes de Daitias. Toujours est-il i|ne les génies malfaisants de l'Inde nous apparaissent souvent «oinme les forces brutales du monde encore à son enfance. Mais ils s'identifient en même temps avec des races humaines et barbares des âges primitifs, et à ce point de vue olfrent certaines ressemblances avec les Djinns de la l'erse. (Voy. ce mot.) Ces enfants des ténèbres ont pour si'jour les sept l'alalas, monde souterrain niacé dans l'espace au-dessous de la terre et éclairé par nuit escarboucles)diicées sur la tète de huit serpents géants.

IIAHt'll.%. Fils aine de Brahma, qui le lit nailre di' son gros orleil, et l'un des l'railjapalis i|iu alors se liuiivenl au noiiilire de dix. Il a|i|iarail surtout cnniine le

grand iioiUife dellrabma, et c'est lui qui institue le grand sacrifice qu'on a |icrsonnifié sous le nom d ladjnia et que les vèdas représentent comme l'einblème de la création. Dakcba soutint, en faveur de Brahma, une lutte terribb' contre Siva, auquel il donna ensuite en mariage sa fille Sati. il avait lui-même pour fenmie Devi ou Birini, qui le rendit père de quarante-neuf autres filles, parmi lesquelles on cite Savitri de soleil), qu'il maria avec Soma (la lune), et .\diti (le jour), qu'il fit épouser à Raciapa (l'espace). Offrant un jour le grand sacrifice, il oublia d'y inviter Sati, qui, pour se venger, se précipita dans les fiammes allumées pour le sacrifice. Siva irrité, arracha de son front deux cheveux, d'où sortirent deux géants qui renversèrent le sacrifice de Dakcha et exterminèrent toute .sa race. On regarde aussi Dakcha comme le créateur du plus ancien système astronomique des Indiens. C'est lui, dit-on, qui régla l'année lunaire et fît connaître le sy.steme planétaire.

&>î':bi^. Dieu du Japon, et qui reçoit des jeunes Ulles un tribut d'amonr et de dévotion. Chaque année, une vierge d'une remarquable beauté pénétre dans son sanctuaire, et demande à la statue colossale du dieu des maris pour ses compagnes, sans s'oublier elle-même. Débis lui répond complaisamment. Il fait plus; il prouve l'intérêt qu'il porte à celte jeunesse biillanlc et crédule en s'incarnant par une divine opération dans le sein de la belle suppliante. Ainsi se propage sur la terre la race des dieux.

DÉCAXS. Dieux inférieurs de la mythologie égyptienne qui, au nombre de trente-six, présidaient chacun au tiers d'un signe du zodiaque. On les voit, sur les zodiaques anciens, llottant dans des barques au-dessous des douze grands dieux qui régnent chacun dans un signe entier. Les Décans avaient sous leurs ordres deux génies inférieurs, qui eux-mêmes présidaient à cinq autres. On croit que le nom de Décans fut donné à ces divinités parce que chaque tiers de signe occupe dix degrés de i'écliptique. Les Décans présidaient à l'horoscope, et toute personne qui venait au monde avait pour génie prolecteur celui d'entre eux qui trônait dans le dixième de signe qui montait sur l'horizon à l'instant de sa naissance. La vie entière de l'homme était soumise, pour ainsi dire, à leur influence. Peut-être doit-on rapporter aux Décans la division de l'Egyple en trente-six nomes et celle du corps humain en irente-six parties. Diipuis, Gorres, etc., ont mis en parallèle les noms des Décans et les trcnlc-scpt rois mythiques de la liste d'Eratosthénes, mais il n'en est résulté rien de bien concluant.

B>ÉÇAB.4I»H^" on g».lÇ.*lîA'B'H.4. Ancien roi d'Aiodhia (.\oude), ville de lllindoustan. et père de Bharata, deLakchman, Satroughna et de Rama ou Sri- Rama, huitième incarnation de Viclinon. Il avait d'abord choisi ce dernier pour lui succéder, mais la reine Ivdkéii, mère de Bharata, à laquelle il avait promis autrefois d'accorder deux glaces, quelles qu'elles fussent, et à ((uelque époque qu'elle les réclamât, lui demanda l'exil de Rama pendant quatorze ans et le titre de prince héréditaire pour son fils. Déçaraden, esclave de sa parole, obéit, mais peu de temps après il mourut de désespoir. Les derniers moments de ce prince forment l'un des plus touchants épisodes du Rama'iana.

BK-.lll-XO-.MIKOT'E'O. (,)ualrième roi de la seconde race des monarques japonais, qualifiée avec raison de race à longues années. Il ri'gna (i37.892 années.

BEKCK'rE , WCRCKTIS ou ÎJi'^KC'B'';'»'©. Diviniti' syro-idiéniciennc qu'on repri^entait sous la figure d'une belle femme, dont le corps se terminait en (pieue de poisson. Diodore de Sicile et Lucien rapportent que Vénus, pour se venger d'une injure qu'elle lui avait laite, lui inspira une passion violente pour un jeune sacrificateur. D'autres disent que Vénus elle-même, charmée de sa beauté, semétamorpbosa en homme pour la séduire. Dercéto devint mère ; et, honteuse de S3 faiblesse, elle tua son amant, se précipita dans un lac où elle fut changée en poisson, après avoir expose dans le désert une fille qu'elle venait de mettre au monde el à lac|ucllfi, suivant Diodore, on donna le nom de Sémiramis, c'esl-à-dire ciloinbe, parce qu'elle fut nourrie par des oiseaux de celte

LA MVTIIULUGIL ILLLSTHÊE.

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(■s|iùce. C'est cette même Sémiramis qui, devenue maitresse (le l'Orient, lui éleva un temple magnilique dans la ville d'Ascalon. Les Syriens et les Phéniciens, en mémoire de sa métamorphose, s'ahstenaient de manser des poissons, lui en consacraient d'or et d'argent, et lui en olliaiont de véritables en sacrilice. Cette déesse parait identique à Atergalis (voy. ce mot), qu'on représentait sous la même forme.

»KVAC:i ou Wl':VAKI. Fille du radjah indien Dcvagen, épousa Vaçoudeva et le rendit père de huit enfants, dont le dernier, conçu sous l'iiillnence et par la vertu du rayonnement divui de Vichnoii, fut Krichna (voy. ce mot), le huitième avatar ou incarnation de ce dieu.

DEVAWl. Fille d'Indra et une des femmes de Slianda, le dieu delà guerre chez les Indiens. Elle a pour attributions spéciales, ainsi queViliama, sa rivale, d'éloigner les maladies, les chagrins et les Daitias, ou mauvais génies. Elle est aussi invoquée par les personnes qui désirent avoir des enfants. On la représente avec le corps jaune. Tout son corps est couvert d'ornements ; elle a des anneaux au nez, au cou, aux pieds, etc. Elle tient à la main la llcur tchankarinirpou.

DEVATAS ou 8>B%VRKE:R'rS. C'est le nom générique de tous les dieux et des génies bienfaisants de la mythologie hindoue. On les divise en un grand iinmhre de catégories assez arbitraires. Nous croyons utile d'en présenter ici le tableau. I . Brahm, Blaia et Brahma, VichnoH et Siva, avec leurs femmes; 2. les huit Vaçous, chefs des huit régions du monde, et les enfants issus des trois personnes de la trinilé ; 5. les quatorze Menons, les Mounis, les dix Radjapalis ou Brahmadikas, les Richis,Devarchis, Radjarchis et Maharchis; A. les Rinnaras, génies qui chantent éternellement les louanges de Paoulastia ou Kouvera, un des huit Vaçous ; les lacchas, qui distribuent ses richesses, et les Ginibouroudcrs ; 5. les Chidlers; 6. les Viliaders ouVitiadharas ; 7 les Garoudhas ; 8. les Ghandarvas, ou musiciens du soleil , et les Apsaras , ou fées hindoues ; 9. les Pidourdéradégats , ou gardiens des morts ; 10. les Roudras et les Tchoubdaras, ou ouvriers célestes de Viçouamilra; 11. les Pitris, ou patriarches qui habitent dans la lune, et qui sont soumis aux Radjapalis; 1-2 les génies ou planètes.

DëVS> ou SïiVS. Génies malfaisants de la religion de Zoroaslre. On trouvera , à l'article Ormouzd , le rôle qu'ils jouent dans le monde. Ils sont innombrables, et ont jiour souverain Ahrimau, opposé à Ormouzd. Sept d'entre eux sont spécialement destinés à combattre les sept Anischaspands , et vingt-huit autres sont les antagonistes des vingt-huit Izeds, et les autres ont à combattre les Fervers et les Uamkars, génies inférieurs de la création opérée par Ormouzd. — Les Devs sont quelquefois appelés Àchmoghs, du nom d'Achmogh , un de leurs princes, qu'on représentait sous la Dgure d'un serpent à deux pieds.

DII.ÏTA elViamATA. Jeunes filles qui, dans I.i mythologie hindoue, sont représentées dans la demeure des serpents, assises prés d'un métier sur lequel elles tissent des vêtements avec des fils blancs et noirs, qui sont le jour et la nuit. Près d'elles se trouvent une roue .à douze craus (l'année) , que font tourner six jeunes filles (les six saisons de l'Inde), et un cheval énorme, symbole d'Agni, le dieu du l'eu, sur le(|ucl est monté un homme, qui lî'est autre que Pardjania, le dieu de la pluie.

niA. Divinité sibérienne représentée^ sur diverses médailles, avec trois tètes et six bras, ce qui l'a fait regarder comme une Irimourti. Elle est assise, les jambes croisées, sur un siège élevé. Dans ses deux bras du milieu elle tient un sceptre placé horizontalement et un cœur enllammé, et, dans ses deux bras inférieurs, un miroir, des feuilles et des fleurs, qu'on a prises pour celles du lotus, ce qui a donné lieu de la comparer à la trinité hindoue.

UlCESJ. Déesse islandaise qui tenait dans ses mains le sort de tous les hommes. On lui oflrait des sacrifices désignes sous le nom de diçablot, c'est-à-dire sans de |)icen. Cette divinité est sans 'doute une parque, nu le destin même. Pour .son nom, comme pour ses attributions, on Jieut la comparer à la déesse grecque Dicé.

niDUiIA. La Lucine des Slaves; idle i)résidail au.i accouchements, et les femmes stériles l'invoiiuaient poui lui demander la fécondité.

I)IVO.'V(>.ARR.4. Dieu mongol adoré par les Tangulains, sous le nom de Djitsin-lijomban-lïue. H est une des Iruis personnes de la trinité , dont Chakiamouni, ou Bouddha, et Maidari sont les deux autres membres. On le représente, comme Chakiamouni, avec la chair jaune et la main droite élevée en l'air.

»JI.AGA!V.^ATA. Nom sous lequel on adore Krisihna dans le grand temple de Djagi-enalh , bâti par Indradhioumna. Nous ferons connaître à ce dernier mol ce sanctuaire, l'un des plus célèbres du monde.

iMARAÇAiVniIA. Prince de la dynastie des tchandravansi ( enfants de la Unie). Il régnait dans le royaume de Sikata, qui reçut plus tardle nom de Magadha, et qui occupe aujourd'hui le sud du Bahar. Djar.içandba n'est qu'une personnification de Siva, ou plutôt du sivaisme, à l'époque où ce culte antique était allac|ué de tous côtés par le vichnouïsme. II avait pour gendre Kansa, autre défenseur du sivaïsme. Ce dernier ayant été tué par les ladous, dans une guerre contre Krichna, huitième incarnation de Vichnoii , Djaraçandha jura de le venger. Une lutte terrible s'engage ; de's flots de sang coulent dans vingt batailles; Djaraçandha fait des prodiges , ainsi que Kala-lavana , son auxiliaire; il est enfin tué par Bhinia, après un duel acharné de vingt-sept jours. Nous verrons se continuer, sous Sichoupala, la guerre des deux cultes rivaux. Disons seulement ici que la cause de l'humanité triompha, et que le peuple fut, avec Vichnou, vainqueur de Siva et de la caste alors dominante des Kchatrias , ou guerriers.

B<IA6JIiAMO(JU:i. Volcan divinisé de l'Inde, dans le Pandjab , à cent kilomètres à l'orient d'Atlok. Il s'en échappe continuellement des fl,immes , et Raphaël Dani-Bei, noble Géorgien, rapporte, dans son voyage aux Indes, que le grand llogol .Vkhar dirigea sur le volcan un canal alimenté par les 'eaux des environs, dans l'espoir d'en éteindre les flammes. Mais ce fut, comme oii,le pense, peine perdue. Les Hindous , qui ont toujours eu pour le feu le plus grand respect , se rendent en foule ii Djaulamouki. Ils s'y trouvent (|uelquefois réunis au nombre de trois cent mille.

nJElIStC'UID. L'Achéménes des Grecs, quatrième roi de la dynastie persane des Pischdadiens ( distributeurs de la justice). Djemschid (miroir ardent) succéda à son oncle Tnbmourats, surnommé Divebend llieur de dives; voy. DJIîi^s), et le premier, dit leVendidad-S.idé, consulta Ormouzd, qui lui ordonna de propager sa loi. Djemschid hésita d'abord, se trouvant indigne de remplir une mission si importante. Ormouzd insista, et le neveu de Tahmourats accepta, mais à condition que, pendant tout son règne, les hommes n'auraient à souffrir ni vents froids, ni vents brûlants , ni inBrmités, ni vieillesse, ni mort, ni passions. 11 procéda sans tarder à son rôle de civilisateur et de bienfaiteur de l'humanité, et avec un poignard à lame et à garde d'or, qu'il reçut de son divin protecteur, il fixa les'frontières des divers pays, désigna un Ized pour veiller sur chacun d'eux, et, se mettant en marche vers le sud , découvrit neuf cents contrées. II en défricha d'abord trois cents (la province de Sistan, suivant Anquetil), et y plaça des animaux domestiques, des hommes, des chiens, des volatiles, des feux rouges et brillants (des pyrées, sans doute); peupla et cultiva de même le second tiers et enfin le li'oisiéme , prononçant partout la parole sacrée qui fait fuir les Devs. Malheureusement, Djemschid se corrompit, et c'est probablement à quoi l'on a voulu faire allusion en parlant d'un ulcère qui lui vint sur la main , par l'influence des mauvais génies, et ((u'il guérit avec l'urine du taureau Aboudad. Bientôt après, il épousa la fille d'un Dcv, et donna sa sieur à un autre, qui la rendit mère des hommes des montagnes, qui ont une queue comme les quadrupèdes. Ahrimau, voyant Djemschid dans une mauvaise voie, entra tout à coup dans son palais par une fenêtre , lui persuada qu'il était, non un homme, mais un dieu, et l'engagea àexigerles adorations des hommes. Djemschid envoya aussitôt des armées d.ins

toutes les parties du monde , iioiir forcer ses sujets n se prosterner devnnt ses imnges , et se fil élever par les Djinns un tro[ie respli'ndis>.iiil de pierreries, qui montait jusqu'au ciel. Ses peuples, iniliL:iiés, se soulevèrent, et Dhohac, un de ses jiarents qui régnait dans l'Arabie , profilant de ce mécontentement, envahit la Perse: Djemschid se sauva dans le Rhaboulistan, épousa en secret la fille du roi de ce pays, et se retira avec elle dans une ile des Indes. Mais ayant été découvert , et amené à Istakkar, il fut scié en deux depuis la tète jusqu'aux pieds, par ordre de Dhohac, après un régne d'environ 700 ans. •

Djemschid, suivant les traditions, avait divisé ses sujets en quatre castes : les prêtres, les soldats, les cultivateurs et les artisans. Il inventa, dit-on, les armes, les tentes, les instruments de musique; força lesDcvs à plonger dans la mer Verte on golfe Persique pour faire !a pèche des perles , ctahlil des bains publics, dérouvrit l'usage de la chaux, enseigna les principes de la chimie, les vertus des plantes, l'art d'extraire de la terre les métaux cl les pierres précieuses , fil faire de grands progrès à la navigation, institua le calendrier et l'année solaire, dont il fixa le çominencement A l'époque de l'entrée du soleil dans le signe du Bélier, bâtit ]dusieiirs villes, cl entre autres Ecbatane , et agrandit Istakkar, la Persépolis des Grecs, qu'on apnelle encore quelquefois aujourd'hui Takhli- Djemschid (le palais de Djemschid). Voilà certainement tin \\'Q:ne bien rempli. Beaucoup de rois qui sont loin d'en avoir fait autant ont mérité le litre de grands; il est vrai qu'on en a pcn vu porter la couronne pendant sept siècles. Djcmscliid, si l'on nous permet d'exprimer notre opinion, n'a jamais existé, n'en déplaise à MM. Volney cl Langlés , qui placent hardiment son règne vers l'an '8n0 avant Jésus-Christ , sans se préoccuper de l'opinion do ceux qui en font un contemporain de Moïse, et même du patriarche Noé.

M«SBi'ViV«. Génies des Persans, des Arabes, des Turcs, etc. Les Persans leur assignent pour demeures le Djiriiiistan, contrée merveilleuse, appelée par les poètes Ir ilisirt des fées et des démons, et située par del.i les l'I iiiii s sablonneuses de l'Afrique, sur les bords du grand Cr .111 (lu les Grecs plaçaient les délicieux jardinsdes lles- ]i ii'is, les champs Êlysèes, le pays de Méduse et des Gujgijiics, et où se trouvaient sans doute les débris d'un

moMilc anéanti, les ruines de la grande ile AtlnuliJe, dont rialon nous a révélé l'cxisteure, d'après les tradilidiis liièraliqucs de l'Egypte. Le lijiunistiin, selon d'autres, s'élevait au mi'inu' Me la mer des Indes, dans l'ile des

Serpents, dont la capitale était la cité splendide d'Anbar- .\had ou d'ambre gris, qui nous rappelle nécessairement la mythique histoire de Phaéton, l'Eridan et les iles Klectiides. Mais une opinion plus répandue est celle qui fixe 1 habitation des Djinns dans ces mystérieuses montagnes di;Kaf, qui, semblables à de hautes murailles de diamant, bornent, dit-on, de tous côtés le globe que nous habitons.

Après cette topographie du Djinnistan, vous vous attendez peut-être à voir dérouler devant vos yeux une légende gracieuse, parsemée de fleurs et d'amours, entremêlée de danses féeriques et de chœurs harmonieux. Vous ne connaissez donc pas les Djinns, nation turbulente et jalou.se, adonnée au mal, habile à le produire, et toujours en guerre avec les bons génies qui nous protègent:. Les Djinns sont des géants dont la force égale la staliire ; leur laideur est repoussante, et au|)rès d'eux on pourrait prendre Quasiniodo pour le beau Pi'iris. Leur peau est noire et calleuse, leurs yeux hagards, leurs cheveux hérissi!'s sont surmontés de longues cornes, et une queue épaisse descend de leur croupe sèche et osseuse. Si vous avez ouvert le Zcnd-Avestad'Anquelil du Perron,,vous avez vu combien sont redoutables ces autres génies, appelés Divs ou Devs, contre lesquels le croyant ne saurait assez imjdorer la miséricorde divine ; eh bien ! les Djinns occupent après eux le rang lé plus élevé dans la hii'rarchie du mal ; comme les Devs, ils font partie du monde de ténèbres créé par Ahrimane; leur naissance a, dit-on, précédé de plu.'ùeurs siècles celle du premier homme. Ils tiennent le milieu entre les créatures mortelles et les purs esprits, et leur existence comme celle des Nymphes, des Pans, des Satyres et des Faunes d'une autre mythologie, se prolonge pendanldes milliers d'années. Nous devons ajouter, toutelois, que les blessures peuvent abréger celte vie presque éternelle.

A côté des Djinns, nous devons parler des Péris. Les Péris, qui habitent le pays de Schadukian (pays de désir ou de plaisir) au sud des monts Kaf,sontdes créatures d'une beauté ravissante; imaginez, si vous le pouvez, un type d idéale perfection, réunissant dans un même corps ce fiu'il y avait de plus suave, de plus gracieux, de plus Qoux, de plus angélique, de plus divin dans Hélène et dans Clèopàtre, dans Aspasie et dans Bérénice, dans Laure, dans Béatrice et dans Elvire, vous n'aurez encore qu'une imparfaite notion de cette perle de l'iniaginalion orientale, qu'on appelle une Péri, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de concilier avec l'idée du mal celle de la beauté sans mélange; aussi, partout où il y a du bien à faire et des larmes à sécher, soyez bien certain de voir accourir les Péris, avec leurs ailes d'une blancheur éblouissante.

Qui le croirait! on a pourtant osé, chez nous, faire do eçs délicieu.scs créatures, qui se nourrissent du parfum des Heurs cl des aromates les plus précieux, les épouses des Djinns et des Divs. Mais les traditions orientales nous apprennent qu'ils forment deux nations à part, toujours séparées, toujours ennemies, toujours en guerre, et que, dans les combats acharnés qu'ils se livrent, l'avantage reste souvent aux Péris, qui unissent, comme le cygne, la grâce à la force, cl le courage à la beauté.

Nous avons vu que les Djinns habitaient le Kaf, et les Péris les plaines fertiles situées au versant mériilional de ces montagnes. Or, par les monts Kaf, il faut enteiulro ces longues et hautes chaînes, qui de l'est à l'iniest sillonnent l'Asie centrale dans prcsi|uc toute son èlendnc. Les traditions nous disent que les Djinns régneront d'abord pendant 7,000 ans, au sud du mont Kaf, et (|u'eiisiiite les Péris, sous la conduite de Djilian ben Djihan (Djilian Clsde Djihan), leur roi, les repoussèrent dans les montagnes, et occupèrent à leur tour le pays pendant 2,000 ans. Djihan bon Djihan fut cepondanl vaincu par Ilarctj (le gardieni, chef dos Djinns; mais il sut réparer plus tard cet échec, et refoula dans les montagnes le roi ennemi, qui lui surnommé Eblis (le désespéré). Ces luttes se coiilinuereiil longtemps; des siècles s'écoulèrent, et l'inimitié des deux races croissait sans cesse La proinière pensée qui nous vient au sujet de ces guerres niyslérieuses est snns doiiie qu'un doit les rejeter âaiisie domaine de la

fable et de la poésie. Mais n'oublious pas que les traditions du passé, quelque obscures qu'elles nous paraissent, caclienl souvent des faits historiques du plus haut intérêt. Les hiérodyphes ne sont pas des fables. Jetons un rapide coup d'œil sur les populations de l'Asie aux âges primitifs. Nous verrons ce vaste continent géographiqueineut et ethnographiiiuement divisé par les montagnes en deux zones bien distmctes. Au nord, sur les hauts plateauj, pépinières de nations, s'agitent les tribus sauvages, qui, pressées par le besoin, excitées et tentées par le riant climat, les richesses et la fécondité des régions méridionales, tombent à chaque instant comme des avalanches sur les populations agricoles. Les documents historiques les plus anciens nous parlent sans cesse des barrières que cherchaient à leur opposer les habitants de la plaine. La Bible fait mention des peuples de Gog et de îlagog, dont les remparts étaient si célèbres dans l'antiquité, ainsi que les portes caspiennes et le passage de Derhend; la grande muraille de la Chine, construite dans le même but, existe encore en partie, et nous savons qu'une ligne immense de boulevards courait parallèlement aux montagnes sur toute l'étendue du continent asiatique, depuis la Corée jusqu'à la mer Noire. N'est-on pas des lors autorisé i regarder les Péris comme les habitants de la plaine, et les Djinns, qu'on nous dépeint si hideux et si féroces, comme les nomades des hauts plateaux ; la tradition ne nous dit-elle pas, en effet, que ces derniers vivaient dans les montagnes, et les Péris dans la plaine? Les annales les plus reculées de la Perse ne nous montrent-elles pas en outre les premiers monarques de ce pays toujours en guerre contre les Divs ou Djinns, qui habitaient le Kaf, et ne nous apprennent-elles pas que le troisième de ces souverains, lahmourats, pelit-fils de Uouschenc ou Pischdad, fut surnommé Divebend, le licur de dires, à la suite de victoires éclatantes qu'il avait remportées sur ses sauvages agresseurs? Nous pouvons à notre assertion ajouter d'autres probabilités. Ainsi. Magng est géiioralemeut regardé comme le nom primitif des Scythes et des Tartares, et d'Uerbelot nous dit que ce mot est identique à Matchin ou Magin, et qu'il signiQe habitants d'en deçà (sens exprimé par laparlicule ma], par opposition avec Gog, Gin, Djinn ou 'Tchin, d'où la Chine, qui veut dire habitanU d'au delà. Le même mot sert donc à désigner les deux peuples, avec une particule modilîcalive, ce qui s'explique parfaitement, puisque la population de l'Asie méridionale était elle-même originaire des hauts plateaux. Le nom de Piris offre une grande analogie avec celui de la Perse. Nous avons donc pu, sans trop nous hasarder, ramener à une origine historique les guerres des Djinns et des Péris.

DJOSI, Ddl£SI, nommé aussi CHOU, CI30:v, SOU, SEM. Dieu égyptien, qu'on s'accorde à regarder comme Ilercule, non point Hercule tel qu'on se le ligure ordiouiremeut, crocheteur du monde ancien, héros sauvage et Don Quichotte de la tératologie, mais Hercule soleil, Uercule bienfaiteur, cet Uercule enlin que Macrohe appelle si bien la vertu des dieux, et Pylhagore, dans Jamblique, la puissance de la nature. Hérodote nous apprend que lorsqu'on avait couvert de la peau du bélier la statue du grand Amoun, on approchait de ce dieu le simulacre de fijom. Or, Amoun, sous une de ses formes, représentait le soleil, et sans doute le soleil entrant dans le signe du Bélier. Ou serait déjà, par ce seul fait, autorisé à identiQer Djom au soleil, mais les passages positifs des auteurs anciens, qui l'assimilent à Uercule, ne laissent aucun doute à cet égard. 11 faut d'ailleurs remarquer que l'Hercule grec se rattache à l'Egyple par les faits les plus saillants de la légende, sa lutte avec Anlée, une des formes de Tvphou; le meurtre de Busiris, autre personnification ahiînianienne. Lorsqu'Osiris part pour sa grande expédition, c'est Hercule qu'il laisse en Egypte, pour protéger sa femme Isis. Typhon se soulève. Hercule le force à la retraite. C'est donc uue justice qu'Hérodote rend à l'Egvpte lorsqu'il déclare que les Grecs leur ont emprunté leur Hercule, qu'il place au nombre des douze grands dieux adorés sur les bords du Nil. Cependant les monuments n'ont pas encore fourni d'indications qui permettent de

reconnaître positivement le rang de Djom dans la hiérarchie divine de l'Egypte.

DJOSSE-:. Idole chinoise honorée surtout par les habitants du Céleste-Empire, établis A Batavia, dans l'ile de Java. On entretient devant elle un feu perpétuel et on brûle tous les soirs, en son honneur, un morceau de papier argenté. Chaque année, on la renvoie en Chine d'où l'on en fait venir uue autre. Sa statue est d'or cl a quatre

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pouces de iinutcur. A ces caratlères, on ne peut méconnaître une divinité présidant au commerce et aux richesses qui en proviennent, source inépuisable de prospérités pour la mère p.itrie. L'image de Djosie se trouve aussi sur les navires de commerce.

i»035.4cii:«i!-; , ooconi ou douovsk.

Génies tutélaires des maisons chez les Slaves, correspondant aux lares et au pénates des Latins. Le repos de la famille, l'heureuse réussite de toutes les choses relatives au ménoge leur étaient attribués. C'étaient eux qui faisaient pétiller la ilamnie dans le foyer, qui dansaient dans les rayons du soleil qui venaient égayer l'intérieur de l'habitation, qui en éloignaient les animaux nuisibles, etc. Les basses classes en Russie croient encore à l'existence de ces follets. Mais de bons génies qu'ils étaient, ils sont devenus, dans les croyances populaires, des lutins méchants et dangereux.

DOUERSiARSi. Génies de la mythologie Scandinave, qui habitent les cavernes des rochers, les précipices, etc. Après la mort du géant Ymer. les dieux les firent sortir des entrailles de la terre où ils vivaient depuis des siècles, et leur confièrent le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts qu'ils sont chargés de révéler aux hommes. Ils ont pour cliefs Modsigner et Dourenn. Les Douergars ont survécu à l'antique religion Scandinave et même au culte d'Odin, qui vint la détrôner. Il n'est pas un de nous qui mille et mille fois n'ait entendu leur voix retentir dans les anfractuosités des montagnes, tantôt riante et moqueuse, tantôt grave et sévère. Mais, oublieux des croyances du passé, nous écoutons cette voix sans penser au génie qui la produit, et l'écho chez nous ne réveille plus l'idée des Douergars.

DOURfclA. Déesse hindoue qui ne diffère de Bhavani que comme Pallas diffère de Minerve. Dourga est Bhav.-ini armée, Bhavani guerrière, l'énergie divine personnifiée. Lorsque les .\çouras, déclarant la guerre aux dieux, eurent escaladé le ciel d'Indra et se furent emparés de son trône resplendissant, après un combat de cent jours, ce fut Bhavani qui triompha du terrible Mahechaçoura. Elle Ut

LA MYTHOLOGIE ILLUSTHÉl-:.

C'iTiuitp moi-flre la poussière au géant Dourga, dont elle fiiil le jKin] |H]iirinim(irlnliscr sa victoire. (Voy. Paitias.)

I»RIj1UE;!i>. Voilà un mot qui remue le cœur du peuple autant peut-être qu'il intéresse les savants. Le patricien se gonfle des fumées d'une vanité ridicule devant un vieux parchemin à moitié rongé par les vers, qui ne lui rappelle le plus souvent que les lâches complaisances de ses aïeux ; nous, peuple, nous trouvons notre diplôme de noblesse écrit e» caractères ineffaçables sur le sol même qui nous porte, et, tout chrétiens que nous soyons, nous pensons avec amour à nos pères idolâtres. Occuponsnous donc de ce grand sacerdoce druidique, dont la renommée remplissait le monde entier. Et d'abord, que signifie le mot Druide? Dans les anciens auteurs gallois et dans les poëmes des bardes des six premiers siècles de notre ère, nous trouvons le mot Derwyddin ou Derwidden qu'on décompose en drr, deru, chêne (en grec et en sanscrit, drus el daru^, vyd. gui, et dyn ou den, homme. Druide (Derwyddin) signifierait donc homme du gui de chnie. Selon d'autres, on doit en chercher l'étymologie dans le celtique, dé, ondi. Dieu, et rhouydd, s'entretenir, celui qui s'entretient de Dieti. Les Grecs et les Latins donnaient aussi aux Druides les noms de Saronides, Semnones, Semnothées, Senani, c'est-à-dire contemplateurs, voyants, vénérables. Strabon nous apprend qu'ils se divisaient en trois classes : 1° les Bardes ; 2° les Vates, Orntes ou Faciès, nommésBwbagfs par .4mmien-Marcellin; Ti" les Druides. — Les Bardes, ordre inférieur, plutôt laïque que sacerdotal, étaient chargés de conserver les traditions dans les jioésies qu'ils composaient et qu'ils devaient soumettre aux Druides ; ils marchaient à la tête des armées, en chantant des hymnes guerriers au son des instruments, étaient envoyés vers les ennemis pour traiter des conditions de la paix, et remplissaient dans les bourgs et les villages les fonctions d'instituteurs. Les Euhages servaient aux Druides d'interprètes auprès du peuple, s'occupaient de toutes les pratiques extérieures du culte, prédisaient l'avenir en consultant les entrailles des victimes et le vol des oiseaux, étudiaient et enseignaient les sciences naturelles, exerçaient exclusivement la médecine et la chirurgie, et suivaient les armées pour panser les blessés et célébrer les cérémonies religieuses. Les Druides, formant le corps pontifical proprement dit, étaient dépositaires des dogmes traditionnels, qu'ils transmettaient oralement, faisaient les prières rituelles et les sacrifices, et dirigeaient les collèges où la jeunesse se rendait en foule, et dont l'enseignement comprenait : la théologie, la morale, l'astronomie, la géométrie, l'arpentage, la médecine ou physiologie, la physique, la botanique, la législation nationale et étrangère, la politique, la cosmographie, la géographie, l'histoire, la rhétorique, la musique et le chant. On ignore si cet enseignement était purement oral, et si les élèves devaient tout apprendre à l'aide des vers techniques, composés par les Bardes et commentés par les Druides et les Eubages, ou si on avait réduit en livres le vaste ensemble de ces connaissances. Un passade de César confirme la première supposition. Les Druides se vantaient de connaître parfaitement la géographie, la dimension du globe terrestre, les mouvements des planètes, etc. Ilécatée, dans Diodore de Sicile iliv. III, chap. xiii, parait même en dire beaucoup plus. Cet auteur nous apprend que, dans une île, grande comme la Sicile, située vis-à-vis de la Gaule celtique, les hommes, par le secours d'Apollon, voyaient la lune de plus près, et y découvraient des montagnes.

Les Druides jouissaient de la plus grande autorité. Ils concouraient puissamment à l'èlrc lion des chefs civils ou f'ergobrets, à celle des rois dans les Etats où la forme monarchique avait prévalu, et à celle des Brcnn ou chefs niilitaires. Dans les assemblées publiques, leur opinion était à peu prés décisive. Ils étaient en outre les .juges suprêmes de la Gaule, el leurs arrêts étaient sans appel. Les traités n'étaient conclus que conformément à leur avis, et si un citoyen avait osé mal parler contre la religion, ils l'anatbématisaieut, et cet anatliéme emportait In mort civile. — Les llruidis formaient une bièiarrbie pnrf.ulcnii'iil (ii-LMiii-.ee. A leur li'tc se trouvait un sou-

verain pontife, élu à la pluralité des voix par les trois ordres réunis en assemblée générale ; il résidait l'été cbcz les Eduens prés d'Autun, et l'hiver chez les Carnutcs. dans les environs de Chartres; présidait les diètes gi'nèrales de la nation, et officiait solennellement une fois dans l'année. Au-dessous de lui venaient les grands pontifes. Chacun des principaux Etats de la Gaule avait le sien, qui présidait les diètes de la confédération, et officiait une fx)is par mois, au chef-lieu de sa résidence, le jour du renouvellement de la lune. D'autres pontifes, moins élevés et relevant de ces derniers, étendaient leur autorité sur les districts moins importants. Les ordres de l'Archidruide, partout respectés, étaient transmis d'abord aux grands pontifes, puis aux simples Druides el aux Eubages et enfin aux Bardes, qui les faisaient connaître au peuple. Le fait saillant de l'organisation sacerdotale était le recrutement de l'ordre dans toutes les classes du peuple, ce qui, disons-le en passant, avait été la première pensée du grand législateur hébreu. Ainsi, chez nos ancêtres, toute famille, si humble qu'elle fût, pouvait prétendre à l'honneur de donner au pays un souverain pontife, c'est-à-dire un des chefs de la nation, un juge, un législateur; el c'est, nous le croyons, ce qui fonda et maintint si longtemps la puissance des Druides. Ils s'appuyaient sur le pcu]de, et chacun d'eux, tirant du peuple son origine, avait tout intérêt au bien-être général cle la nation]^ parmi laquelle il voyait son père, ses frères, tous ceux auxquels il était attaché par les liens du sang, et les amis de sou enfance. Mais, pour être reçu dans la caste sacerdotale, il l'.illaii avoir fait preuve d'une intelligence élevée, et s'être particulièrement distingué dans les sciences. On suumeitaii en outre le néophyte à de longues et terribles épreuves an milieu des forêts et au fonà des cavernes. Le noviciat durait quelquefois vingt années, et les familles les plus puissantes du pays ne pouvaient s'afl^ranchir de ces règlements, lorsqu'elles désiraient voir un de leurs membres agrégé au sacré collège. Les Druides, qui, par cela même qu'ils embrassaient lès intérêtsdu peuple, étaient souvent opposés aux intérêts des grands, devaient même se monlier souvent plus sévères pour les néophytes des classes élevées de la société que pour les autres.

On n'a fait que des conjectures sur l'origine des Druides. Ce qu'on peut dire sans crainte, c'est qu'îivant eux la religion gauloise était un culte barbare et grossier, qu'ils détruisirent en partie pour y substituer des doctrines plus élevées, plus douces et plus civilisatrices. Us arrivèrent probablement dans les Gaules à la suite d'une invasion kimrique, la première de toutes, selon M. Aniéd('e Thierry. La religion druidique a un caractère tout pacifique, qu'on est étonné de retrouver dans la Celtique à ces époques reculées, et ses dogmes sont empreints d'un remarquable spiritualisme. C'est pourquoi les écrivains, ceux mêmes de l'antiquité, en recherchaient la source dans les antiques religions de l'Orient. Aristote met les Druides sur la même ligne que les Brahmes. Les Druides, dit Pline, sont les Mages des Gaulois, qui pourraient passer pour les maîtres de ceux de l'Orient, et les auteurs modernes ont été souvent amenés à comparer leurs ductrines avec celles des peuples de l'Asie. Comme les jibildsoplies de l'Orient, ils disaient que le monde doit finir par le feu, et posaient en principe que tout se change en tout, formule évidemment panthéiste, à laquelle on a en vain cherché à donner un autre sens. Quant à leur morale, elle était noble et pure. Iiiogène Lacrce la réduit à ces trois articles capitaux : •!" honorer les dieux; 2° ne rien faire de mal ; 7^" être brave et généreux. Que l'on joigne à cela le res|iect pour les femmes, auxquelles les Druides accordaient même des fonctions judiciaires, l'hospitalité érigée en vertu, l'oisiveté prohibée, la fondation des bôpilaiu recommandée, et ou pourra juger de rinfluence salutaire qu'exerça sur les Gaules la religion druidique. Les Druides eur'ent longtemps à lutter contre les superstitions enracinées avant eux sur le sol de la Gaule. Ils ne parvinrent pas même à les extirper entièrement, el tout nous porte à croire que les sacrifices humains furent nu des abus qu'ils se virent forcés de tolérer. M.iis ils reslreignirenl r-oiisidérableineut celle barboi'e eouhime, el elinisirent

LA M\THOl.O(ÎIE ILLUSTRÉE.

les victimes parmi les criminels. Il est mémo à remarquer <|iii' la jilns grande de toutes leurs fêtes, celle du gui (voy. Vf mut .était pure de ces abominations. Il ne i'autpas oulilier d'ailleurs que Rome même vit de pareils sacrifices sous le refjnc des empereurs.

Les Druides adoraient-ils un dieu unique ou étaient-ils iKdylhéistcs? C'estunequeslion qui a été souvent débattue. INuiis croyons, quant à nous, que l'exislence d'un Dieu créateur et incréé était reconnue par les philosophes gaulois, qui n"en étaient pas moins polythéistes. t,lu'était-ce en eltVt que le polythéisme? L'individualisation des forces de la nature, hiérarchie immense, au sommet de lii(|uelle trônait un Dieu suprême, dont les autres n'étaient que les humbles ministres. Tel était .lupiter en Grèce, lirahm ou .\dibouddha dans l'Inde , Zervan-Akeréne chez les Perses, Odin dans la Scandinavie. Ce Dieu, chez les Gaulois, était Dis, h lumineux, aussi nommé Tentâtes, le père des hommes, Dieu à la fois triple et unique, conone le prouve cette inscription qu'on suspendait à la fcte du gui, dans un cercle formé des deux branches du chêne sur lequel on recueillait la plante sacrée.

T • Hès, Taranis, Belen, T

Selon notre manière de voir, liés (csus) est le feu primordial, le Démiurge; Taranis est le tonnerre, c'est-àdire l'explosion du feu primordial dans la matière chaotique (lu'il appelle à la vie, explication qui acquerra un haut degré de probabilité, si l'on se souvient, dans le débrouilleùuntdu chaos, de Sanchoniaton, c'est aussi un coup de tonnerre qui appelle à la vie les animaux encore sous forme ovulaire. Belen enfin est le soleil, c'est-à-dire ce même feu principe qui, après avoir tout produit, éclaire, réchauffe, développe et féconde les germes de la création. Or, liés, Taranis et Belen, sont Teu'tatos émané et manifesté dans le monde; Tentâtes, dont le nom est exprimé par les deux lettres initiales T, qui, par leur position, offrent un sens absolument identique à ces fameuses paroles de l'Ecriture : « Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin ! » Notre opinion sur les idées trinilaires des Gaulois repose sur d'autres faits encore. On sait que tout était symbolique dans les cultes anciens, et l'inscription circulaire que nous avons rapportée, placée elle-même dans un cercle, correspond parfaitement aux trois cercles coBcentriques de leurs cromlechs, renfermés comme l'inscription trinitaire dans un cercle plus grand, t^es enceintes en outre étaient formées de pierres fichées en terre par groupes de trois. C'est ainsi encore que leurs dolmen étaient composés d'une énorme table de pierre, invariablement portée sur trois autres pierres verticales.

Nous ne nous occni>erons pas ici des autres divinités gauloises, dont chacune aura un article spécial dans ce traité. Nous nous contenterons d'ajouter c(ue les Druides, comme les Perses, croyaient à une quantité innombrable de génies qui présidaient à toutes les parties de la création, aux étangs, aux rivières, aux marais, aux fontaines, aux arbres, etc., etc., ce qui suffirait pour démontrer le caractère polythéi-panthéiste de leur philosophie religieuse. — Une inscription découverte à Chartres, il y a ileux ou trois siècles, et à Chàlons, en 1833, doit fixer un moment notre attention. Elle consistait en ces trois mois: Virgini pariturœ Druides (les Druides à la vierge qui doit enfanter), placés an-dessous dune image déjeune lllle. On en conclut que les Druides croyaient à la naissance miraculeuse de Jésus-Christ, dont ils attendaient la venue. Les Carmes surtout soutinrent celte opinion ; on sait les prétentions de ces pères. Tout déchaussés qu'ils se disent, ils font du prophète Elie le fondateur de leur institut. Elie, à les en croire, éleva sur le mont Carme] une chapelle à la vierge qui devait enfanter, cl ils citent leurs autorités, les bons pères ! Mais ce n'est pas tout : les Druides, éclaii'és par Elie ou par ses disciples, tirent bâtir, à Chartres, une chapelle absolument semblable à celle du Carmel, où ils placèrent la même inscription ; d'où il suit que les Carmes descendent à la fois d'Elie et des Druides.

Malheureusement, avant Jésus-Christ, et même longtemps après, on ne parlait latin ni à Chartres ni même ;i l^b.ihuis. L'ordre des Carmes se trouve donc, par ce fait n.êine, avoir perdu les Druides. Mais Elie leur reste, el c'est sans contredit une belle fiche de consolation. Les grands sanctuaires du culte druidique consistant en enceintes découvertes, circulaires et quelquefois carrées (dans ce dernier cas elles portent le nom de Pculrans), sont appelés Cromlechs, malts ou Cercles druidiques. On coniple, parmi les plus importants, ceux de Carnac, d'Aulun, de Rouvres (entre Dreux et Chartres'i el de l'ile de Mona (aiijourd'luii .\nglesey). Celui do Rouvres, qui passait pour être le point central de la Gaule, était le plus célèbre. Celait là que se tenait, tous les ans, l'assemblée générale des Druides. A côlé de chaque cromlech s'élevaient les collèges où l'on instruisait la jeunesse. Une foule d'autres enceintes plus petites, presque toujours de l'orme octogone, et connues sous le nom de Téménes, couvrait le sol de la Gaule. On cite aussi quelques temples couverts, et particulièrement dans l'ile de Sana, sur la Loire, au-dessous de Nantes, et à Toulouse. Mais nous sommes convaincus que les auteurs primitifs qui ont parlé de ces sanctuaires, ou se sont trompés eux-mêmes, ou n'ont voulu désigner que des lieux consacrés ; l'histoire, en effet, nous apprend d'une manière positive que les Gaulois croyaient les temples indignes de la majesté divine. Comme les Perses, ils se faisaient un devoir de les détruire dans les pays ou ils portaient leurs armes victorieuses. Nous en dirons autant des statues de dieux qu'on leur a attribuées. Il est douteux qu'il nous soit parvenu quelques-unes des idoles grossières que les Gaulois avaient sans doute avant la période druidique, et les autres datent cerlainemeul de l'époque gallo-romaine. Terminons par un rapide api'r(;u de l'histoire ou plutôt de la décadence du druidisme, car de cette antique histoire nous ne connaissons guère que la fin.

D'abord maîtres absolus de la nation, les Druides se virent peu à peu refoulés par les chefs civils ou militaires. Ils conservaient encore une grande autorité, mais le pouvoir politique n'était plus tout entier dans leurs mains. Ils étaient pourtant les chefs du véritable parti populaire. L'un d'entre eux, Divitiae, dans sa haine contre l'arislocratie el les chefs héréditaires, appela les Romains dans les Gaules. 11 croyait agir en faveur de la liberté; il se trompa comme tant d'autres avant lui s'étaient trompés. Rome n'avait qu'une passion ; celle de dominer ; César asservit la Gaule. Le peuple alors se groupa naturellement autour des Druides, et l'insurrection de Vercingetorix partit de la terre druidique des Carnutes de Génabrum. Rome triompha; mais la caste sacerdotale se roidil contre l'inlluence italienne et prépara les vaincus à une lutte nouvelle. Sacrovir ( l'homme sacré ) qui , sous Tibère, souleva de nouveau la Gaule, n'était probablement qu'un Druide. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après la victoire l'empereur fit crucifier tous les Druides i|ui tombèrent entre ses mains. Un grand nombre se réfugièrent dans l'ile de Mona (Angle'sey), un de leurs plus antiques sanctuaires. De là, ils croyaient pouvoir encore dominer la Gaule, et ils avaient devant eux l'Angleterre, un des foyers de leur culte. Mais Suétone Paulin alla les chercher jusqu'au fond deleur retraite, (^uand les Romains débarquèrent, ils virent toutes les cotes hérissées de soldats. Les Druides prononçaient des imprécations terribles ; les prêtresses, les cheveux épars, couraient de tous côtés pour animer les défenseurs de la patrie. Les Romains reculèrent d'abord épouvantés. Mais, revenant bienlôt à la charge, ils culbutèrent les Gaulois {61 ans après J. C). Sold,ils, druides et prêtresses, tout fut impitoyablement égorgé. Le druidisme pourtant n'était pas mort ! Une foule de prêtres s'étaient réfugiés dans les forêts inaccessibles, dans les montagnes et surtout vers le Nord, et quand Civilis prit à son tour les armes contre les Romains, les Druides étaient encore derrière lui! Rome ne put les dompter ; ils régnèrent en maîtres dans la partie septentrionale de la Gaule. Le christianisme arriva enfin. Le christianisme les vainquit. Il admettait, comme le druidisme, i'immwtalilé de l'àme. la vie à venir, un Dieu un

et triple, la fin du monde par le fe\i. Beaucoup d'aulres eroyances étaient eommunes sans doute n ces deux cultes; Saint Augustin le fait parfaitement sentir {Cité de Dieu, vni, 2). Les Druides cependant résistèrent. Il parait certain qu'ils n'avaient pas disparu encore à la fin du septième siècle. Il en fut d'ailleurs de l'influence chrétienne comme de celle de Rome. Elle laissa substituer une foule de superstitions (jui se perpétuèrent pendant des siècles. .\u quinzième siècle, on voit encore les conciles fulminer contre les pratiques druidiques ([ui avaient survécu à la caste sacerdotale, et, à noire époque même, on la retrouve encore dans plusieurs parties de la France.

DRLIIItESifiiEN. Prétresses gauloises que l'on trouve aussi appelées Driiuiili'n. Dri/ailcx, mais qui, dans la langue gauloise, avaient des noms correspondant à ceux

SaciilifP luimain chez li s DuiiJis.

de Scnœ cl JCmir. que leui- donnnienl aussi les Iloniains. cl inii signiliaieul saintes, vénérables. — Elles formaient Iles colli'ges ind(''pen(lants les uns des autres. Les unes, qui paraissent avoir occupé le premier rang, vivaient clans une virginité perpétuelle; celles de quelques collèges étaient mariées, mais n'avaient avec leurs maris que de rares communications. Les plus célèbres de leurs sanctuaires étaient ceux de l'ile de Sein ou de Sains, sur les côtes du Finistère; de l'ile de Sana, sur la Lnire. el (lu Mont-Jou (Mnnt-Saint-Jlii'lu'l), s\ir les côtes de la Manche. Celles de l'ile de Sein, nniiiinècs /{nniiji'nes par les (iaulois, selon P. Mêla, el iln Miint-.l(in, (■■tiiiint au nomlire (le neuf. Leur coslunic ordinaire consistait en une longue robe noire à larges manches, serrée par une ceinture de cuir noir, et en uii bonnet blanc en forme de cône tron- (|uè, attaché sons le menton et recouvert d'un grand voile vioh't. Les (Janlnis ii(i\, lient (|n'elles pouvaient, parleurs encliautemeiils, exciter des teiuiiètes, se métamorphoser en tiHites sortes d'aniuiau\, gm'rir les maladies les plus invèlérécs, et prédire l'avenir, surtout aux navigateurs. Elles expliquaient les songes, rendnientinvulnérables ceux auxquels il leur plaisait d'accorder ce privilège, évoquaient les morts, les ressuscitaient même, et détournaient la grêle et les inondations au moyen d'opérations magi(|nes qui ne pouvaient cire faites que la nuit, à la lumière des torches ou nu clair de la lune. On les voyait, dit 'l'aiitc, arciMuplissaut des sacrifices nocturnes, toutes nues, le corps leinl en noir, les cheveux eu désordre, des torches à la main et s'agitant comme des furies. Leur rèpnlalion lie piMpliélesses était aussi grande el plus grande peul-èlre

dans l'Italie que dans la Gaule. L'histoire romaine nous en fournit plusieurs exemples. C'est l'une d'entre elles qui annonça à Dioclétien, alors simple particulier, qu'il parviendrait à l'empire après avoir tué un sanglier, prédiction qui se réalisa par la mort du général Àjier, dont le nom en latin signifie sanglier. Les empereurs les consultaient souvent, el une des Druidesses répondit à Dioclétien, ciui lui demandait combien de temps l'empire durerait (lans sa famille, que celle de Claude deviendrait un jour la ]ilus illustre (Tacite, liv. iv, ch. 55.) Les auteurs chrétiens des six premiers siècles parlent souvent des Druidesses ; ils les qualifient de sorcières, en font les portraits les plus odieux et leur donnent même le nom de Lamies, de Stries, etc., qui annoncent des mœurs barbares et féroces; mais nous croyons que de la part de ces dévots écrivains il y avait parti pris et haine religieuse. Nous ne saurions, en ell'el, attribuer aux Druidesses, comme l'ont fait inconsidérément certains auteurs, ce que Strabon rapporte (liv, vi) des prétresses des Cimbres. Lorsque l'armée avait fait des prisonniers, dit cet auteur, les Druidesses accouraient vêtues de blanc et l'èpée à la main, jetaient les prisonniers par terre, les traînaient jusqu'au hord d'une grande citerne; là, une autre Druidesse attendait les victimes, et, à mesure qu'elles arrivaient, elle leur plongeait un couteau dans le sein et tirait des prédictions de la manière dont le sang coulait ; les autres Druidesses ouvraienl ensuite les cadavres et en exanynaient les entrailles pour en tirer des prédictions que l'armée attendait avec impatience. Sous les rois de la seconde race, où elles portaient les noms de Fadœ, Fanœ, GaUicœ. on nous les montre habitant lescavernes, les puits desséchés, les lieux déserts, où de nombreux visileursvenaient les interroger, et leur ap])iirtaient des pr(''senlscn échange de leurs consultations. BaïJiiE«i;>lUS'OU. Esprits bienfaisants dans la mythologie lamaique, ainsi nommés parce qu'ils habitent le monde des esprits (Dursoulou). Ils naissent tout couverts de bijoux et de parures, se livrent à mille joyeux ébats, protègent les hommes et vivent des milliers d'années. Il y en a de mâles et de femelles, mais leurs amours ne dépassent point les bornes d'une passion pui einenl senlimentalc. "

H1!.*«TKK. Déesse saxonne dont la fêle avait lieu au •cominencenient du printemps. Son nom signifie la résurrertinn, et ce mot la (b'finil assez. C'était une déesse mère, en rapport avec le soleil prinlanier (|ui ranime la nature engourdie, el (|ui t'ait suecèiler ,i la mort apparente occasi(mnèe par l'hiver la vie dans toute sa fécondilè, couronnée de verdure cl de !!• iirs.

Grande tour de la Pairode de JauTcnatha.

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EAU. De tous les a;,'ents de la nature , l'eau et le feu sont ceux qui tiennent la plus larjre place dans les conceptions théogoniques et cosmoç;oni(iues des anciens. Ils ."servent de base .i tout leur édiûce pliilosophique et reliffieux. L'eau, en tant qu'humide, est l'élénicnt passif primordial, la nuit, la matière inerte et confuse, le chaos, le principe femelle, le réceptacle des germes. Au feu le rôle de créateur, d'organisateur, de fécondateur; à l'humide celui de gestation et de production. Mais le feu, en dernière analyse , est le point de départ de toutes choses, la .source d'où tout a découlé. Le feu donc est androgvne ; mais c'est le principe mâle qui domine dans sa nature, et voilà pourquoi tonte hante divinité se déJouhle en une divinité femelle qui conserve, la plupart du temps, dans les mylhologies, les titres de fille, ou de sœur-épouse. De ce grand androgynisnie tout découle, tout procède p,ir voie d'émanation. La lune est l'élément femelle du feu, représenté par le soleil, mais individualisé dans une sphère moins élevée ; la terre, c'est encore la lune localisi'* plus

bas dans l'espace. (Voy. Lii>e , Soleil, | L'atmus|)licie terrestre, les eaux marines et lluvinliles, sont autant de formes du ]u-incipe femelle et générateur, tandis que l'éllier, couche supérieure de l'atmosphère , est m;ile comme le soleil, qu'il enveloppe de ses ondes limpides et lumineuses. Telle est la grande échelle de la création. Du soleil s'échappent tous les germes. (|ui, traversant le pur éllier, viennent se diviser, se classer dans la lune, La lune elle-même les envoie sur la terre, qui les réchauil'e dans son sein maternel , et les produit enfin dans le monde sensible, sous toutes les formes d'êtres organiipies on inorganiques. Nous ne pouvons nous étendre loneni-ment sur ce sujet; mais nous en avons dit assez pour initier le lecteur aux secrets de la philosophie des anciens temps et à ceux mêmes du sanctuaire. On trouvera d'ailleurs, aux articles ÂTiioii, Borio, Biiavam, Chaos. Biiahma, etc., etc., d'autres développements de ce principe. Faisons remarquer toutefois que de nombreuses divergences curent lieu sur ces questions parmi les philosopheset surtout dans la

Doliiioii JruiJiqf.e près J'.^uray (Morbihan),

Grèce. Primitivement, on admettait . avec l'audrogynisme des deux principes, la coexistence, la coéternité; plus taril. on fit dominer, non-seulement au point de vue de la puissance intrinsèque , mais encore à celui de l'antériorité , l'un ou l'autre des deux éléments, .\iusi s'explique l'antagonisme des divers systèmes de philosophie. L'eau, comme le feu , reçut d'ailleurs , sur toutes les parties du globe, les hommages des hommes. L'Inde révère encore les eaux fécondatrices du Gange (voy. ce moll ; l'Egypte divinisa le Nil ; les Grecs rendaient les honneurs divins au.x ruisseaux et aux fontaines, aux lleuves et aux mers. Les Slaves , les Germains et les Celtes adoraient la Vis- Iule, le Dnieper, le Bug, le Rhin , etc. (voy. Elfines); et ces antiques croyances ont encore laissé de nos jours des traces faciles à reconnaître. Les Grecs , on le sait , plongeaient dans l'eau des sources les pieds des jeunes mariées, pour leur assurer une postérité nombreuse, et, en olein dix-neuvieme siècle, on voit, dans le Poitou, les habitants de l'antique village celtique d'Exoudun conduire, dans le même but , les nouvelles épouses à la fontaine d'izarnay, dont elles franchissent en riant l'étroit canal.

EUÙ, AED, En»0.>I. Dieu suprême des (Celtes lloegriens, qui habitaient ,i l'embouchure de la Loire. On

ne sait rien du culte qui lui était rendu, et qui fut introduit dans la Grande-Bretagne par des colonies druidii[ues. C'est aussi une colonie d'adorateurs d'.\ed qui pénétra dans le centre de la Gaule, où elle fonda la puissante nation des Eduéens , dont le nom même ne diffère point de celui de celle divinité, quoique certains auteurs en aient cherché l'étymologie dans le mol celtique aëd (mouton), parce que les Eduéens étaient riches en troupeaux.

Êl<AGAB.%^Ki. Divinité syrienne adorée dans la ville d'Enièse, sous la forme d'une grande pierre noire et conique (un aérolithe, sans doutei, et dont on trouve aussi le nom écrit Heliogabal , Hcliagabal, Lagabal , etc. I.es racines de ce mot sont El. le dieu, le fort, le soleil, et Gabel ou Djebel, montagne. Elagabal est donc le soleil de la montagne. La traduction grecque de son nom heliogabal) ne laisse aucun doute sur cette élymologie, confirmée encore par les inscriptions sur lesquelles on lit : Au dieu-soleil Elagabal. C'est donc â tort qu'il a été regardpar certains auteurs comme un dieu-lune. A certaine époque de l'année, Elagabal , suivant llérodien, était montré au peuple étincelaiit d'or et de pierreries , sur un char traîné par six chevaux blancs d'une grandeur prodigieuse. Ses prêtres jouissaient d'une gra^e autorité, et l'undeux,

LA MYTHULOGJE ILLUSTREE.

Avitius Biissianus, fut |]roi;liinié empei-eiir l'an 217 apri's .l.-(;. Le nouveau césar lit alors conduire à Rome l'iniasie Au ilifu qu'il avait servi, et dont il prit le nom, sous lei|uel il est connu dans l'histoire (lloliogabale). Un temple n]a,i;iiilii|ue s'éleva bientôt au sommet du mont Palatni , sur rcni|)l.iciiiicnl de l'ancien cirque , ,-i l'endroit même où, selon (l.iucellieii, on voit aujourd'hui l'église de Saint- Sébastien. L'eni|ien'nr y réunit tout ce qu'il y avait de plus sacré dans la ville : le l'eu de Vesta , le bouclier de Mars, la statue de Cybéle, qui n'était penl-ètre qu'un Betliyle comme celle ïl'Elafîabal , et le Palladium, qui parait avoir eu la même forme, llélioijabale voulut même que son dieu fut adoré dans tonte l'étendue de l'empire. 11 fit plus , il voulut le marier. Elatçabal était le soleil au point de vue le plus élevé, le soleil considéré comme créateur, comme fécondateur; on pensa d'abord à lui faire épouser Pallas, l'énergie divine; mais on changea d'avis, et on Ht venir de Cartilage la déesse Céleste, "Âstarolh , la lune , comme principe femelle de la nature, génératrice universelle. L'union était parfaitement assortie. Des fêtes splendides eurent lieu dans toutes les provinces. La joie et l'allégresse furent mises à l'ordre du jour, et. tout bon citoyen fut tenu d'apporter son présent de noces. Le culte d'Élagabal, si pompeusement inauguré, fut pourtant de courte durée sur les bords du Tibre, et, parmi les villes de l'empire, Ephése et Antioche seules l'adoptèrent. A la mort de son protecteur, le dieu émésien fut assez maltraité, et l'empereur Alexandre le renvoya dans la Syrie.

KEiFES ou A1.FES. Génies de la mythologie Scandinave. Dans la langue primitive des Scaldes, ce mot s'écrit atfr, et vient, selon les uns, de halfr, demi-dieu, et, suivant d'autres , à'Eilifr, éternel , dérivé lui-même de Hfr, leifr, vivant. Les Elfes sont intelligents et .savants. Dans r£fMo,ils forment deux classes bien distinctes, celle des.Lios-.\lfar, ou génies du feu habitant la ville ou le pays d'Alfheim , où régne Frey, le niaitre du soleil, et celle des Swurt-Alfar, ou Dock-Alfar, Myrkalfar, génies noirs, ennemis de la lumière, dont le séjour est le centre même de la terre. Les premiers sont bons, généreux, et d'une éclatante beauté ; les seconds , méchants , laids et difformes. Les Lios-Alfar eux-mêmes forment deux classes, dont l'une a pour séjour le globe terrestre. Les Elfes ont joué un grand rôle dans la mythologie du moyen ,ige. Souvent, dit-on, ils transpoilaienl dans l'EIfland (terre des Elfes) des enfants qu'ils diTdliairnt à leur famille, et les hommes dont la société pouvait leur être agréable. Tel fut le sort de Thomas Elcidoun, surnommé le rimenr, enlevé par la reine des Elfes, qui, éprise des charmes de sa peisonne et surtout de son esprit aimable et galant, le retint pendant sept ans dans son palais. De nos jours encore, la croyance en ces génies est populaire dans l'Europe septentrionale. Hauts de deux pouces tout au plus, gracieux, charmants à voir, vêtus de robes qu'ils tissent avec les rayons de la lune , coiffés d'un bonnet surmonté d'une clochette et chaussés de légers souliers de vair, ils dansent en rond dans les prairies pendant les belles nuits d'été, conduisent le long des rivières leurs troupeaux bleus, et s'endorment le jour dans les corolles des fleurs. Heureux, mille fois heureux, le mortel qui, le matin, trouve sur le gazon un de leurs mignons souliers ou la clochi'tte dont ils ornent leur coiffure! C'est un talisman |irécieux , c'est un trésor qu'il possède. Les Elfes n'ont plus rien à Ini refuser. Et qu'on ne s'y trompe pas : malgré leur petite taille , ils sont doués d'une force herculéenne, et, du bout de leurs doigis délicats, ils peuvent Irauspiu'tfT au loin les roi liers qui arrêtent le soc de la rliaiiuc. et devant lesquels ont ei'lioué liiiis les efforts du laliiiiireur, ils peuveut prêsnvi'r dr la grêle les moissons durées, faire jaillir uni' sourri' alioiiilniUi' sur w\ sol dessêclié, et renouvelrr peudaiil la iiuil l'bi'ibe des prairies (|ue les troupeaux ont épuiser la veille, l/hiver. ils se retirent dans les montagnes, où ils lisriil l'avenir dans des livres mystérieux, se pré|iarenl pour la belle saison des parures de perles , de rubis et démeraudes , et forgent , avec une habileté merveilleuse, l'or et l'argent qui, sous leurs mains, se transforment eu broderies charmantes. — Dans queli:|ups ronirées. nn êlahlit entre leur e\isli'ni-e r|

celle des arbres une êtroile alliance; souvent même lideiitilé est complète : l'arbre et le génie ne l'ont qu'un.

\'oili la légende. Cache-t-elle une réalité historique'? Vouloir tout approfondir, c'est souvent tout gâter. Mais qu'importe au vautour le chairt du rossignol'? Qu'importe aux savants la poésie? Au di.x-seiilirinc siècle, on disculait encore pour savoir si les lilfi's dcvcondcnt d'Eve et d'Adam, ou si plutôt ils n'aii]iarlieijnnit point à une race préadamite. Par quel malheur ce |ianvre Isaac La Peyrére ignorait-il un si bon argumrnl? Il'auhes , se fondant sur un passage assez obsc\ir de VEdda (Ci-inniis mal), où on lit que les Elfes habitaient le pays de Trudheim , dans le voisinage des Ases, ne voient dans ces fables qu'une antique tradition historique défigurée par le temps. Quelques-uns, s'autorisant de la petite taille de ces génies, les prennent pour des Lapons ou des Finnois. On a même cherché leur origine dans la province islandaise de Bahn, qui portait autrefois le nom d'Alfi. Il en est enfin, et c'est le plus grand nombre , qui ne trouvent dans les Elfes, comme daiis les heds de la Perse et les Lahes du Thibet, que des personnifications des forces de la nature. Comme les génies de la Perse et de l'Inde, les Alfes, en effet, sont partagés en génies lumineux et en génies des ténèbres. Selon Finn Magnus, l'Alfeim était placé dans le signe même du Capricorne , berceau d'où cnaque année s'élance le soleil. On en comptait soi.\ante-treize , dont chacun présidait à cinq jours ; ce qui, pour les soixante-treize, donne les 3Go jours de l'année. Ou offrait à ces génies des sacrifices a|ipelés (tifahlot.

EIA'l'XES, niSES» ou niSIR. Elfes femelles, nymphes des eaux des peuples du nord de rEuro])e , les Nixen des Allemands, les Mrriiiaiil.'i de la Grande-Bretal:igue. Si l'on en croit les habitants des rivages de la Baltique, les Elfines apparaissent souvent aux hommes sous la figure d un cheval. Mais, en remontant le cours de l'Elbe pour pénétrer dans la poétique Allemagne, les Elfines revêtent une forme plus gracieuse, et si elles se hasardent la nuit à sortir du fond des eaux pour aller réchauffer leurs membres glacés aux feux abandonnés par les bergers, elles se montrent toujours sous les traits d'une fennne jeune et belle enveloppée, comme d'un voile , d'une longue et blonde chevelure. C'est leur voix mélodieuse qui prête aux eaux leur murmure enchanteur; c'est leur voix encore qui frémit au milieu des roseaux balancés par le vent. Comme les nymphes de la Grèce , les Elfines sont sensibles aux douceurs de l'amour. Un bel adolescent l'ait souvent palpiter leur cœur, et, s'il lui arrive de se )iencher sur les eaux transparentes et d'y plonger la main pour se désaltérer, il sent un frisson léger glisser par tout son corps ; c'est une Elfine qui lui a communiqué la passion dont elle brûle. Le jeune homme, alors, alliré par un charme insurmontable, revient tous les soirs à la fontaine, et les rameaux pendants des saules et des aulnes protègent de chastes amours. Sa mystérieuse amante s'attache à lui avec toute l'abnégation de la tendresse. Elle épuise en sa faveur tous les trésors de sa puissance, et le suit même sur les champs de bataille, si la patrie en danger a fait appel à son patriotisme. Mais vient-il ,i oublier la foi jurée, s'abandonne-t-il à l'enivrement d'une passion nouvelle , malheur à lui! la nymphe outragée ne lui pardonnera point son crime. Elle saura l'attirer une fois incore au bord des eaux, et, le lendemain, le paire, en conduisant ses troupeaux dans la prairie voisine, s'arrêlna, glacé d'épouvante, en voyant un cadavre flotter sur le bassin transparent.

Les Klllnes, sous un nom que nous ne connaissons pas, élaienl, sans doute, honorées jusque dans la (i.inle. Une multilude de lacs et de foulaincs leur élaienl i-onsan-és, et, ]iour se rendre ces divinités propires, on jelail dans les fiols des fleurs, des fruits, de l'or, des parles, rie. C'est ainsi qu'on a trouvé, dans un lac près de Toulouse, un grand nombre d'objets précieux provenani d'offramles failes par nos ancêtres à ces génies des eaux. Dans Ir nord de l'Europe , on leur ofl'rait aussi des sacrifices appelés dinablot.

ElilOUiV. Dieu phénicien qui figure dans les fragments cosmogoniques de Sanchonialnn . et diml le nnni

LA MYTHOLOGIE ILLUSTHÉK.

corrompu est, selon touie jn-obabilili- . le Et oriental, qui signifie Dieu, le Fort. (Vov, BtRuiii.) Ce mol. iJeiitique à Élohim, Allah, etc., indique assez la haute sis;niliealion ilu svnibolisme phénicien, n'en déplaise à CuniDerland et à Foiirraont , qui , dans Elioun , voient Lameth , père de Nùé, on Sera, fils du patriarche auquel nous devons, diton, les raisins.

EXACHSIS. Divinité des Iakoutes, dont le nom signifie garileuse de vaches, on ne sait trop pourquoi, car elle cherche sans cesse à nuire à ces animaux, qui font la richesse du pavs, leur envoie des maladies et fait périr les veaux. Les latoutes lui font souvent des sacrifices pour lléchir sa colère.

E^'FER. On comprend que nous ne saurions parler ici de l'enfer chrétien. Nous ne dirons rien même qui s'y rapporte. >"ous n'avons à nous occuper que de celui des peuples étrangers à la religion du Christ. — Des que l'homme se fut assez perfectionné pour réiléchir sur sa propre nature , il ne put envisager de sang-froid le grand phénomène de la mort. Il se réfugia dans la croyance, d'at)ord timide et mal définie, d'une vie à venir que ne colorait point encore le dogme salutaire de l'immortalité de l'àme. Celte seconde existence, pâle image, rcûet obscur, Iriste continuation de la vie précédente, suivait, dans le sein même de la terre, le cadavre qu'on y desceudail. Là, dans l'assemblée des pères, comme on appelait cette morne et froide réunion , les hommes se livraient autour de leurs sépulcres, car on n'osait encore les en séparer, aux mêmes occupations que sur la terre. Il n'y avait, par conséquent, ni peines ni récompenses, ni plaisirs ni douleurs. Ce n'était point la vie , ce n'était point la mort; c'était quelque chose de plus triste que la mort. Les tribus sémitiques . surtout , conservèrent longtemps ces croyances. Un finit cependant par y ajouter uuelques embellissements. On donna à ces ombres froiaes, glacées, sans force et sans vigueur, un roi qu'on nomma Bélial, et, à ce roi, un palais, une ombre de palais, voulons-nous dire, dont, pourtant, toutes les puissances de la terre ne pourraient hriser les verrous. Les Hébreux , auxquels Moïse, en garde contre les superstitions du dualisme, n'avait point enseigné l'immortalité de l'àme, avaient probablement adopté cette antique conception. Leurs livres donnent au souterrain empire le nom de Schéol, qu'on traduit ordinairement par abinie, et qui, si l'on en croit llerder, exprime l'idée du fond d'un monde écroulé. Le séjour des morts, dit Ezéehiel (xxvi, 20,, est placé aux lieux les plus bas de la terre, lieux désolés de tout temps, ou habitent ceux qui vivaient autrefois. Isaïe. dans sa sainte colère, y fait descendre Babvlone , et nous montre les rois et les princes se levant de leur troue à l'arrivée de la grande ville (lvh, 9). Ezéehiel va plus loin (xsxu, 18), il y précipite l'Egypte tout entière. Mais, à cette époque, uii grand changement s'était déjà opéré dans l'organisation du schéol. Ezéehiel, en bon Israélite, y indique un lieu à part pour les enfants d'.\braham , et, conformément aux idées reçues , assigne une place d'honneur aux guerriers qui sont arrivés dans le cercueil avec leur épée sous leur tête. — L'enfer des Grecs conserva toujours les traits caractéristiques de la physionomie du schéol. Ce ne sont pas des âmes que Caron passe dans sa barque , mais des ombres , vauoreuse contmuation de l'individualité humaine au delà au tombeau ; et. de plus, la place d'honneur réservée aux hommes qui se sont distingués par leurs talents, leur courage et leurs vertus, forme, sous le nom de Champs-Elysées, "un des cercles du schéol lui-même, ce que nous retrouvons également dans la mythologie égyptienne. Plus tard . le dualisme, dont nous avons ailleurs exposé l'origine (voy. Ciel, Ormoczd), s'empara du schéol. Les méchants devinrent la proie des anges des ténèbres. L'idée du bien et du mal donna naissance au sy.steme de rémunération , combiné avec le dogme de la persistance de la vie après la mort; dès lors on "eut l'enfer dans l'acception vulgaire de ce mot.

A'ous plairait-il maintenant de faire avec nous une excursion rapide dans les enfers des différents peuples? V'enez. suivez-moi sans crainte: le feu que nous aurons à traverser n'est point un (on orlhodoxe. il glissera sur nous

sans nous blesser. Traversons à vol d'oiseau la Méditerranée, la Syrie, la Babylonie , la Perse ; nous voici sur le Gange. Encore un coup d'aile ; descendons plus loin, sur les cors du grand Océan ; enfonçons-nous sous terre, franchissons les sept Patalas , demeures des Daitias et des .\çouras. éclairées par huit escarboucles placées sur la tète de huit serpents monstrueux. Pénétrons plus avant encore dans les entrailles du globe. Nous voici (lans le lanialoka ; c'est là qu'habite lama, le roi du sombre empire. Le voyez-vous monté sur son buffle? Son visage respire la colère et la menace; un collier de têtes de morts pend sur sa poitrine; il agite avec fureur ses huit bras armés d'un glaive, d'un bâton, d'une hache. D'une main il lient la balance inflexible dans laquelle il pesé les bonnes et les mauvaises actions des habitants de l'Inde. Chaque fois qu'un homme est prés d'expirer, deux di' ses serviteurs, ou lamagengilierds , se rendent auprès du moribond, attendent son àme au passage , livrent bataille aux serviteurs de Vichnou, qui voudraient la sauver, et l'apportent à leur intègre monarque. Pour procéder à la délicate opération du jugement, lama épluche avec soin l'àme sur le sort de laquelle il va prononcer. Toute àme renferme en soi trois goun ou qualités : le .tatoua, source de toutes les actions nobles et élevées; le raga, ou penchant aux voluptés et aux passions, et le tama, propension à toutes les folies d'une raison égarée. Ces trois qualités se combinent en mille et mille proportions ; mais lama, d'un coup d'œil, voit l'usage que l homme a fait de sa liberté pour faire dominer telle ou telle qualité; il prononce son arrêt; Sittira, son secrétaire . en prend note. L'àme est-elle pure, elle s'envole aux souargas (cieuxl. Est-elle coupable, les lamatanmaraça. ses exécuteurs infernaux, la saisissent et la précipitent dans l'un des vingt et un enfers, connus sous le nom collectif de Gehennam , ou sous celui de Naraka (demeure des serpents), qui est aussi le nom particulier d'un d'entre eux. Mais les âmes criminelles ne sont pas jetées indistinctement dans l'un ou l'autre de ces vingt et un enfers. Ils renferment autant de cercles qu'il v a de péchés dans le monde, et les supplices y sonl varies comme les crimes des hommes. Les voluptueux sont jetés dans les bras de statues de femmes en fer incandescent: les gourmands avalent des balles hérissées de pointes ; les avares boivent de l'or ou de l'argent fondu ; les paresseux sont couchés sur des lits de vipères qui font pénétrer dans leur chair un poison sans cesse renaissant. Les malheureux voudraient avoir un moment de répit : vain espoir ! les valets d'enfer sont là qui les surveillent avec leurs glaives de feu et leurs cuillers pleines de poix bouillante. Ils grincent, s'agitent, se roulent, se tordent; gémissements,"sanglots , cris , hurlements , forment une éternelle tempête qui, roulant avec un fracas terrible sous les voûtes colossales , absorbe tous ces cris et empêche d'en entendre aucun. Mais ces souffrances ne dureront pas toujours; le globe que nous habitons tombera un jour en poussière , sous le pied du cheval blanc de Vichnou ; un monde nouveau lui succédera, et toutes ces âmes, suivant leur mérite , iront animer de nouveaux corps plus ou moins élevés dans l'échelle des êtres.

Retournons sur nos pas; arrêtons-nous en Perse. L'enfer du Zend Avesta. appelé demeure des Dervands, germe des ténèbres les plus noires, est d'une étendue sans bornes. Ahriman y règne avec les Devs. qui font tous les efforts imaginables pour enlever à Orniouzd les âmes des hommes au moment où elles se séparent des corps pour passer le pont Tchinevad. Les mécliants y sont soumis à des chriliments terribles; mais Ormouzd n'a pas créé les hommes pour les perdre. Les coupables peuvent se sauver par le repentir, et, chaque année, il ouvre pendant cinq jours les portes de l'enfer, pour en laisser sortir les âmes qui ont mérité cette faveur. Un jour viendra même où les portes d'airain seront brisées à jamais. C'est le jour où Ahriman sera définitivement vaincu par Ormouzd. Alors l'astre ou la comète Gourzcher, trompant la surveillance de la lune, viendra heurter la terre, qui, bientôt, sera réduite en cendres. Les montagnes se fondront; les âmes , sur lesquelles passeront des torrents de feu, seront purifiées par la douleur ; les âmes les pins obstinées et les

Devs eux-mt'iTics deviendront purs, sous l'inlluence de la flamme dévorante. Un nouveau ciel et une nouvelle terre surgiront; il n'y aura plus d'ombre; le mal aura disparu comme les ténèbres , et Aliriman , s'absorbant avec Ormouzd dans Zervane Akérène, célébrera lui-raèrae les louanges de la lumière et du Zend.

Arrivons à l'Ei^ypte. Nous pourrions nous arrêter sur les bords du lac Ouéron , et y assister au jugement des morts; mais passons; suivons les âmes dans la région occidentale , ou Àmenthi, qui correspond aux douze heures de la nuit, et comprend à la fois le séjour des heureux et celui des coupables. Thméi , fille du soleil et emblème de la vérité, qui préside les quarante-deux juges infernaux, reçoit dans son palais l'.ime suppliante. Celle-ci va ensuite visiter différentes divinités. Elle se présente enfin devant le trône d'Osiris, monarque de l'Amenthi, à côté duquel siège la déesse Isis. Devant lui sont placés la balance, la plume d'autruche, emblème de la justice, et le cerbère

nin3ri!:'iiar;'io, roi des iiioils, eoi;di:isn:it ui;o âir.c.

égyptien , monstre hideux réunissant les formes du lion, du crocodile et de l'hippopotame. On procède à l'examen de l'âme. Horus , à tète d'èpervier, et Anubis , à tête de chacal, pèsent ses actions; et Thoth, à tête d'ibis, écrit le résultat , sous la présidence d'Api , qui garde la balance sous la forme d'un singe. Thoth présente ensuite ce résultat à Osiris , qui punk ou récompense. Dans le premier cas, l'.lme est précipitée dans une des soixante-quinze zones auxquelles président autant de génies armés de glaives. Chacun de ces cercles, comme ceux de l'enfer brahmanique , est destiné à un genre de supplice particulier. On y voit les âmes sons la forme humaine, sous la figure d'un èpervier, sous celle d'une grue h tète humaine et de couleur noire , suspendues à des poteaux, et tremblantes .sous le glaive des gardiens de l'.Vmenthi toujours levé sur elles. D'autres marchent en traînant leur cœur sorti de leur poitrine; d'autres se promènent la tète coupée ; il en est même qui sont condamnées e'i rôtir pendant des siècles dans des chaudières de fer incandescent. Les Egyptiens croyaient pourtant à la mélcmp.sychose. Leur enfer, comme celui des Hindous, n'était donc qu'un grand réceptacle d'où les âmes sortaient après un certain temps, pour aller animer d'autres corps. C'est ce qu'exprime le nom même d'Amcnthi. qui, selon l'lutan|ue, signifie qui donne ri qui rcçnit. Suivant le même auteur, c'était aussi un sêjiuir d'oubli, et les âmes, en le quillant, passaient successivement, pendant trois mille ans, dans des corps de reptiles,

de poissons, d'oiseaux et de quadrupèdes, pour venir enfin animer de nouveau un corps humain.

Je ne me fiatte pas, lecteur, de vous avoir tout fait voir dans les mylhologies des pays que nous avons parcourus. J'aurais jui" vous faire plonger aans l'enfer des rabbins, et vous montrer, dans la géhenne inférieure, Samaël et ses démons tournant et retournant les coupables au milieu de fiammcs dévorantes qui ne s'éteindront jamais; j'aurais pu vous introduire dans la géhenne mahométane par l'une ou l'autre de ses sept portes. L'ange Trahek, qui y préside , vous aurait laissé passer sous ma conduite, et vous auriez vu Monkir, armé d'une massue de fer rouge, frapper sur la tète les infidèles, qu'il enfonce â trente pieds sous terre pour ménager à son compagnon Nèkir le plaisir de les ramener à la surface du sol avec son long croc de cuivre incandescent. Mais il est temps de sortir de l'Orient. La Scandinavie nous appelle. Son enfer est divisé en neuf cercles, dont le plus obscur et le plus profond, le Nif- Iheim , donne son nom au sombre royaume qui reçoit la foule immense des humains qui ne sont pas morts sur le champ de bataille. Devant son entrée béante coule, avec un bruit terrible, le (iiaull , qu'on passe sur un pont d'or gardé par une guerrière armée de toutes pièces. Traversons le tleuve redoutable, franchissons la grille de fer (Ilelgrind) qui s'élève du côté opposé. Voyez-vous cette racine énorme qui, de ses mille fibres gigantesques, enveloppe le monde souterrain'? C'est une des trois racines du frêne Iggdracil , dont les rameaux couvrent l'univers entier. Nous sommes dans le Niflheim. Qluel est ce massif édifice grillé comme une prison d'Etat? C'est Elioud (la misère), le palais d'iléla. la souveraine de l'empire de la mort. Le Bruyt nt l'environne de ses eaux rapides. Allons présenter nos hommages â la déesse. Le vestibule Blikand lia malédiction) nous est ouvert, ainsi que la porte Falland-Forad (l'entrée du trépas). Héla est sur son trône; son visage est terrible, et son regard annonce la colère et la vengeance. A côté d'elle se dresse, sur ses jambes nerveuses , son coq noirâtre qui remplit le palais de ses cris rauques et aigus, et derrière elle se tiennent son domestique Ganglat | la négligence) et sa servante Gnnglot (la lenteur). Sa table s'appelle llungr (la faim), son couteau, Sultz (la faminel, et son lit, Kor (la maladie quotidienne). Sortons de cette lugubre demeure; parcourons les cercles du Niflheini.IJiiels brouijlardsl quelle humidité pénétrante! quelle tristes>.el Autour de nous glissent des ombres de femmes, d'enfants, d'hommes, â l'aspect triste et languissant, et il n'arrive à notre oreille d'autre bruit que celui des torrents lugubres ipi'on appelle l'Angoisse, la Perdition, le Gouffre, la Tempête, le 'rourbillon , le Rugissement, le Hurlement, etc., et i[ui, tous, prennent naissance à la fontaine Ilvergelmer, découlant elle-même de la racine du frêne Iggdracil. Mais quel est ce monument qui, là-bas, se dessine vaguement dans la ténébreuse atmosphère? Que de diamants élincelleut sur ses vastes murailles! Approchons. Spectacle affreux ! Des millions de serpents entrelacés forment le portique de ce palais teiTible,et nous prenions pour des diamants leurs yeux llamboyants comme des torches agitées par le vent. C'est le Nastrond , enfer vide encore, gardé par un loup monstrueux, qui attend, pour les dévorer , tous les hommes pervers qui y seront précijiités dès les premières lueurs du Crépuscule des dieux, (Voyez Fenius.)

Retournons enfin â notre point de départ; arrivon.s dans la Gaule. Nos ancêtres aussi avaient un enfer, placé dans les profondeurs de la terre. Malheureusement, les Druides n'écrivaient pas, et nous ne savons que peu de chose sur le sort de nos >iïeux après leur mort. (Juelques auteurs nous disent pourtant que les parjures , les assassins, les adultères, etc., étaient jetés dans un fleuve aux eaux emjjoisonnées , où ils étaient exposés aux morsures conlimielles d'un énorme serpent. Nous ne prétendons point nier l'existence de cet enfer ; mais ne le trouvez-vous pas bien pauvre et bien mesi|uin pour un peuple qui passe p(jur avoir l'imagination si vive?

tlîl>%' et B'liOTOi;o:VK. Après avoir décrit le délirouillciiicnt de la m.iliere chaotique. Sauchonialon dans sa cosniogouie,dil((ue du vent primitif, lùdpia, et de Daaul

(v(iy. ce iiiûl). la nuit primordiale, naquirent Eon (la durtc, l'élcrniléi et Prologonos. le premier-né. mot grec dont nous ne connaissons pas rorisinal phénicien. De ces deux èlres sont issus Génos et Généa. qui, accalilés jiar de violentes chaleurs, levèrent les mains vers le ciel, et adorèrent le soleil, qu'ils appelèrent Baalsamen (inaitre du ciel). — Eon et Protogone paraissent être une dyade démiurge, comme Rolpia et Baaut. Eon désigne peut-être le temps qui se révèle par la création sans laquelle il ne serait qu'une alislraction sans réalité, et Prologonos, le soleil, le fécondateur des germes endormis dans le sein immense de la terre. Génos et Généa, que nous ne prendrons pas avec M. Ilaniaker pour l'Engendrant et la Concevante, du moins dans un haut sens thi'ogonique, représenteraient alors les créatures, grossière ébauche auparavant, définitivement classées en genres et en espèces.

EOKO-91EXDAO. C'est le nom d'Ormouzd en zend. (Voy. Orsioi'zd.)

KRKItJliïTT. Génies groënlandais qui président à la guerre. On les représente avec des tètes de chien, et on croit qu'ils habitent la côte orientale du Groenland.

EKliKLiRfièOKTOK . Blauvais génie de la mythologie groênlandaise. 11 habite les airs, et se tient toujours en embuscade, prêt à happer les àmos au moment où elles s'échappent des corps qu'elles ont animés.

EKi..iK-KH.%:% ou :«ouii-:::v-sîBiAX. Dieu de l'enfer dans la religion du Lamas. 11 passe pour un dieu du ]premier ordre, et cherche à rendre les hommes heureux sur la terre, ce qui n'empêche pas les génies soumis i ses ordres, les Erligs. de leur faire loul le mal possible. Il a pour femme Samonndo. Avant d'être roi des enfers, Erlik-Khan régna sur la terre, ou il montra de grandes verlus et de grands vices, parmi lesquels on cite surtout son amour e'ifréné pour les voluptés charnelles. 11 fut chassé du trône par lamandaga, et se soumit à des pénitences si rudes, que Chakiamouni lui confia la direction du souterrain empire. On le représente ordinairement au milieu d'un cercle de flammes avec un visage de lion, terminé par un museau de buflle ou de chèvre. Ses traits sont conti-actès par la colère; il tient dans sa main gauche une épée et dans la droite un sceptre surmonté d'une tête de mort. Sur son front couronne de têtes de morts s'élèvent des cornes et des flammes. Un long collier de têtes humaines descend jusqu'il ses genoux. Ses chairs sont bleues comme les corps en putréfaction, et souvent des cadavres sont étendus sous ses pieds. Plus souvent encore on le voit monté sur un buffle furieux qui se tient agenouillé sur un cadavre. Sa femme, dont l'aspect n'est pas moins repoussant, est placée auprès de lui. On connaît une de ses statues qui a deux têtes, l'une bleue, l'autre rouge, et quatre bras. Le premier de ses noms signifie prince des Erligs, et le second, prince des valets infernaux ou prince de la loi. En tangulain on l'appelle Ti'lioulchi-Tchalba, Cheudji-Tchedzall , ou Tcheutchi- Chnlibi,

KSS'roSB. Dieu-planète des Egyptiens, nommé aussi Amts, et souvent appelé Astre-herculéen. Hérodote, Macrobe, Servius, Tatius, s'accordent à dire que .Mars était consacré à llercule, ce qui l'ait naturellement appliquer a celte planète la qualification d'astre herrulécn. Artès en outre se rapproche beaucoup de Ares (Mars en grec), et en arménien adr et azour signifiaient à la fois Mars et feu.

KRr:^'fAKfII.4 et EnU:«YA- BiAC'IAB».* étaient deux Daitias, fils de Kaciapa (l'espace) et de Diti (la nuit). Le premier s'empara du globe entier les armes ii la main, et le précipita dans l'Océan. Brahma ayant ensuite créé Souaïambhou et Saladroupi, le premier homme et la première femme, il leur commanda de multiplier. Le père futur de la race humaine lui représenta que la terre était immergée i tel point, qu'il ne pouvait trouver où poser ses pieds à sec. Vichnou alors, par ordre de Brahma, se métamorphosa en sanglier, tuaErunyakclui, et, plongeant au fond des mers, ramena sur ses défenses le globe à la surface des eaux. — Erunyakcha avait un frère, Erunya-Kaciapa Celui-ci vivait diqiuis longtemps dans d'austères pênitenoes, et il avait obtenu de Brahma le

privilège de n'être tué ni par les dieux ni par !es g;,uils, ni par les hommes, ni par les animaux, ni la nuit ni le jour, ni dans une maison ni hors d'une maison. La mort de son frère changea tout ,à coup ses dispositions. Le pénitent de la veille devint le plus terrible ennemi de Vichnou. Il proférait contre lui les plus horribles blasphèmes. Son fils Pragalata, qui n'avait point abandonné les voies de la piété, lui objecta un jour, une nuit voulons-nous dire, que Vichnou était partout. « Est-il dans celte colonne'.' » s'écria Erunya-Kaciapa, en frappant avec colère la colonne qu'il désignait. Vichnou y élan en effet, et, en sortant tout à coup, moitié homme, moitié lion, il pous.sa le Daitia jusqu'au seuil du palais. Le crépuscule paraissait déjà ; il n'étail ni nuit, ni jour, Erunya n'était ni dans une maison, ni hors d'une maison, et Vichnou le tua sans violer la promesse de Brahma.

ESsaOLIIV, c'est-à-dire le huitième, parce qu'il était le huitième fils de Sidik dans la théogonie phénicienne de Snnchonialon. Ses sept frères aînés sont les Cabires, et Philon de Byblos le aonne comme identique à Esculape. Esmoun en effet était un dieu-médecin, et il élail l'objet d'un culte célèbre à Tyr et dans tout le nord de l'Afrique. Il avait à Carthage un temple magnifique où les prêtres opéraient sous son influence les cures les plus merveilleuses. C'était une véritable école de médecine, où se réunissaient les praticiens les plus habiles et les plus savants, qui y faisaient des cours publics. A Tyr, la légende le représente se mutilant de ses propres mains, pour échapper à la passion de la déesse Aslronoé, qui lui accorde l'immortalité après avoir rallumé en lui le feu générateur. C'est alors, dit-on, qu'il reçut le nom d'Esmoun, qui en phénicien exprime cette idée. Esmoun, fils de Sidik, qui est un dieu-feu, désigne probablement le soleil, comme père de la vie. Ses rapports sont frappants avec Atys, et en Phénicie on lui donnait aussi le nom de Pœon, qui appartient au soleil, chez les Grecs.

ETOUAS, ETOUA-RAM.»!. Sous le premier de ces noms, on désigne à Olaïti les dieux ou génies inférieurs qui gouvernent les diU'i'rcntes parties du monde, liloun-l'ahai est le dieu suprême, appelé aussi Ta-Boa- Téai-Elauniou, c'est-à-dire la grande tige engendrante, ou, selon d'autres, l'oiseau, l'esprit. Il a pour femme 0- Te-Papad, c'est-à dire la roche, la matière qui reçoit les germes de la création. Ohina, leur fille, donna naissance à une triade (la trinité se trouve chez tous les habitants de l'Océanie), comiiosée de Te-Ouetlou-Ma-Tarai, le créateur et le recteur des étoiles ; d'Oumar-Ceo, qui produisit la mer sur laquelle il règne, en enfin, d'Oire-Orre ou Oro-Oro, qiii préside aux vents et à l'atmosphère. Comme Vichnou, Brahma et Siva se réabsorbent en Brahm. de même les trois personnes de la trinité olallienne se réabsorbent en Etoua-Iîahai, dont elles ne sont que des émanations démiurgiques. Etoua-Rahai, le maitre du monde, le roi des dieux, le créateur virtuel, dans un sens moins élevé, s'individualise dans le soleil comme l'Amon-Knel de l'Egypte, le Baal chaldéen et toutes les autres divinités (lin, chez les différents peuples, occupent le sommet de la hiérarchie divine. C'est lui encore qui modère ou excite l'énergie du feu souterrain cl qui produit les tremblements de terre. Revenons à la création. Après la naissance d'Ohina, Eloua-Rahai créa les dieux inférieurs, puis les diverses parties de l'univers, s'émana lui-mêmn dans le soleil, fil la lune, les astres, les poissons, les oiseaux, etc., et, saisissant O-Te-Papad, sa femme, la précipita dans l'Océan avec une force telle, qu'elle se brisa contre le fond, et se divisa en une multitude de morceaux de toutes les formes et de toutes les grandeurs, qui, remontant à la surface, formèrent les récifs, les écueils, les iles et les continents, dont chacun fut mis sous la garde d'un Etoua particulier. Suivant d'autres voyageurs, Etoua- Rahai ou Tarao était primitivement dans un œuf. Il en brisa la coquille, et en fit la grande terre, c'est-à-dire l'ile d'Ota'ili. Les parcelles qui se détachèrent de cette coquille donnèrent naissance à toutes les iles environnantes. C'est à tort qu'on a fait une vj.ide d'Etoua-Bahai, de Tane et d'Oro. A Tane (voy. ce mot) se rapporte un système cosmogonique dil!'êipnl.

LA MYTHULUtili; ILLUSTl'.l'i' .

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FAMITSAI. Dans la ci'oyanco des Indo-dliiiiois, Kniriitsai L'sl le mauvais grnic(|ui doit remplacer (llialiiamoui\i (lioiuldlia), quand les cinq mille ans de rt'sne de ce dernier seront terminés. Tous les esprits des ténèbres viendront combattre sous ses ordres, et les hommes pervers se joindront à eux pour persécuter les justes, détruire les temples de Bouddha et les livres sacres qu'il a dictés à ses disciples. C'est l' Antéchrist de l'Indo-Chinc. Mais le régne du mal ne sera point affermi. Bonddha s'incarnera de nouveau et rétablira sur la terre l'empire de la lumière et de la vérité.

FAWîVA. Un des saints les plus célèbres du Japon, qui lui a consacré un grand nombre de temples. On le représente debout sur une Heur de tarala, et sur sa tète, environnée d'un grand cercle doré, on voit une coquille à moitié pleine de grains de riz. Il lient un sceptre dans la main gauciie.

FAB1'\4B»ETS et FOtiB.iK'a'«. Divisions de cette grande famille d'esprits fanlaslii|nos qui comprend les Gnomes, les Fairfotks de l'Ecosse, les Cobolds on Colfi de la Germanie, les RnoKkers de l'Irlande (voy. Cobolds), elc. Parmi les Farfadets et les Follets, les uns aiment les hommes et leur rendent mille petits services, sans qu'on pense même à leur en attribuer le mérite. Les autres, au contraire, sont espiègles et malicieux, et poussent quelunefois l'esprit de taquinerie jusqu'à la méchanceté. Ordinairement invisibles, ils apparaissent de temps en temps sons la figure d'animaux. Quelques instants après la disparition du soleil .sous l'horizon, ils s'échappent de leurs retraites mystérieuses et viennent prendre leurs ébats sur la terre, ce qui nous fait dire dans une pièce légère où nous nous adressons à un rossignol :

!,es l'^ollcts sortis dès la brune DnnsanI à l'ombre des buissons Uni pour c^indélabre l:i lune lit pour orchestre tes chansons.

Malgré leurs bonnes ou leurs mauvaises qualités, Follets il Farfadets ne vous préoccupent que inédiocicincnt, ami liilenr. .l'en suis convaincu. Mais il s'en fanl bien ([iie tout le inonde iiartagc votre indilVérencc. Connaissez-vous M. llcriiguicr de Terre-Neuve de Tym '.' Vous n'avez pas (Cl avantage. lîh bien ! M. lîerliguicr de Terre-Neuve de Tym jicnsc jour et nuit aux Farfadets; ils l'empêchent de (bninir ; ils l'empêchent de boire et de manger ; du malin au soir cl du soir au matin ils le lardent de coups d'épingles; c'est à n'y pas tenir, et M. lierliguier, pour se

venger, a publié contre eux, en 1821, un pamphlel en trois volumes in-octavo, adressé ri toux les sourctaiDs (les quatre parties du monde. M. Berliguier de Terre- Neuve de Tym est, connue vous le voyez, constaiii dans sa haine. Mais il ne s'en tient pas là. Il a juré de délrnire les Farfadets jusqu'au dernier. Il n'aura de repos que (|iiand il en aura purgé l'air et la terre, et il passe sa vie à les empoisonner dans des bouteilles et à les noyer dans des baquets. C'est leur faire payer cher des coups d'éliiiigles!

FKES. Je le vois sur vos traits, je le lis dans vos yeux, la pose même de votre tète me le fait assez comprendre ; vous vous attendez, lecteur, à faire un voyage avec moi dans ce charmant pays de Féerie, que votre enfance riante aimait tant à parcourir. Croyez-vons donc qu'en abordant un pareil sujet je laisse échapper l'occasion de faire preuve de mon érudition'? Non pas, s'il vous plait J'ai mission, d'ailleurs, de vous instruire en vous amusant. Sachez donc que nos Fées sont une colonie de ces •idorablcs Pc'ris dont je vous ai déjà parlé à l'article L)ji>-^s, et qu'elles ont suivi dans la Gaule d'aiitii|ues migrations asiatiques. Voilà du moins ce que beaucoup d'auteurs nous affirment. Il faut toutefois que vous sachiez que les Romains adoraient un dieu Fatuus, autrement dit Faunus, lequel avait pour femme la déesse Fn<H(i, (]ui présidait à la prophétie, et dont le nom, tiré direclement du verbe latin favcre (favoriser), conviendrait parfailement à nos fées, qu'on trouve souvent appelées Fatuœ on Fadœ. Fatua était de plus une grande mère, une mère nourricière, c'csl-à-dire qu'elle passait pour faire proilnire à la terre les fleurs et les fruits, les animaux et les jilantes. Or, tout cela rentrait jadis dans les attributions des fées qu'on voit souvent qualifier du titre de Maires (mères). Mais les Fées, vous le savez, exerçaient la plus grande inlluence sur les destinées des hommes. Ne seraient-elles point des dédoublements femelles de cette grande divinité qu'on nommait Fatum, le destin, et en Italien le mot Fée ne se dit-il pas Fata? C'est une opinion qui ne manque pas de partisans. Si pourtant ou se rappelle que cliaque iiays a ses Fées, la Perse ses Péris, l'Inde ses Apsaras, la Grèce ses Nymphes, la Scandinavie ses Elfines, l'Allemagne ses Nixes, etc., ne serons-nous pas portés à croire que la Gau-le aussi a pu avoir les siennes sans avoir besoin de les emprunter à Rome ou à l'Asie ? Le mot Fay se trouve encore dans la langue celtique de l'Ecosse. Nous savons en outre que les Gaulois, comme les autrespeuples du Nord, croyaient à l'existence d'une multitude de génies qui présidaient spécialement aux eaux lluviatiles et a la terre. (Voy. Elfises.) Ces génies étaient toujours des génies femelles, car ils avaient compris, nos barbares ancêtres, tout ce qu'il y a dans la femme de mystérieux et de divin. Pourquoi donc aller chercher ailleurs l'origine de nos Fées '.' (jue si on refusait à toute force de les reconnaître dans ces Nymphes de la mythologie gauloise, au moins |iourrait-on encore les retrouver dans ces Druidesses, débris proscrit de l'ancien culte national, qui, sous le nom de Fadœ, prédisaient l'avenir dans les forêts et dans les grottes, et passaient encore, plusieurs siècles après l'étalilissemenl du christianisme dans les G.iuli's. |iiiur(ominandcrà leurgré aux vents et aux tenipèli's (Vov. lluiiiiF,ssEs.)Les Fées gauloises ont pourtant des rapports udinlireux avec celles de l'Asie. Nous croyons même (|n'elles doivent à leurs sœurs de l'Orient leurs ornemenls les plus gracieux, les perles les plus brillanles de leur couronne. Ile bonne heure les Arabes envahirent l'Espagne et la civilisêrenl ; ils avaient dos poètes (|ui chantaient en vers eli'ganis les merveilles de la mère pairie, et les troubadours du Midi, se formant à leur école, cnlporlèrciil de châteaux en cliàteaux leurs conceptions les |iliis siMluisantes. Et comment nos Fées auraient-elles rcsislé à l'inlluence des Péris, coqucltes et païennes qu'elles sont, à une épocpie où les dames chrétiennes de la Gaule einprunlaienl aux élégantes Sarrasines leurs plus charmants colilichets et leurs robes de soie à manches pendantes, semées de Heurs d'or et brodées de versets tirés du Coran '.'

Je voudrais maintenant vous dire ce qu'étaient les Fées;

je voiiclrnis vous en tracer le [lorliait. Mais aulanl vaudrait chercher à faire sortir île ma [ilume une dcsmnlion de l'arc-en-eiel ou de l'oiseau de jiaradis. Lise?, les Mille et une nuits, et vos yeux seront éblouis du double éclat de leur beaut' et des diamants qui ruissellent dans leur chevelure et sur leurs robes tissues d'or et d'areieut. Lisez Shakspeare : il vous dira comment elles reposent dans le calice des fleurs, s'abreuvent de la rosée matinale et président aux douces fantaisies des amants ! Lisez les contes charmants de Perrault, l'ami de notre enfance : il vous appreiulra comment, sous leur baiçuelte maçique, tout chauîïe, se transforme et s'embellit! Lisez l'Arioste : il vous fera pénétrer dans leurs palais d'or, d'émeraude et de jas|:e, étincelants de pierreries ! Les Fées sont les reines du monde invisible ; elles parcourent les airs sur des chars de feu. traînés par des drafjons. et même, sans autre secours que leur baguette divine, peuvent en un moment se transporter d'un bout du monde à l'autre. Les Fées assistent .1 la naissance des enfants, et. si vous êtes beau, bien fait, brave, spirituel, aimable, c'est à leur bienveillance que vous êtes redevables de ces avantages Mais qu'y a-t-il tie parfait dans le monde'? A côté de la vertu le vice est loujw.rs aux aguets ; il n'est point de beauté que ne vienne déparer quelque défaut apparent ou caché. En voulez-vous connaître la raison? C'est que ces Fées bonnes, belles et éternellenienl jeunes, dont nous venons de parler, sont contrariées sans cesse par d'autres Fées laides, vieilles et méchantes, qui passent leur vie à corrompre ou à détruire tout le bien produit par les autres. Elles sont moins puissantes sans doute que les premières; c'est p'ourquoi, malgré le dire des pessimistes, le mal parmi nous est encore dominé par le bien ; mais elles tiennent aussi à la main la baguette enchantée qui commamle à la nature entière. ..Mais, bonnes ou méchantes, gardez-vous d'irriter les Fées. Elles sont implacables dans leur colère. Malheur ù l'homme qui les méprise! Malheur au chevalier qui dédaigne leur passion ! Viviane est toute dévouée à Lancelot du Lac; elle remuerait ciel et terre pour satisfaire à ses moindres désirs ; mais elle exige, en échange, une tendi'esse qui jamais ne se démente. Ogier le Danois est enivré d'harmonie, de parfums et d'amour par la Fée Mourgue, dans sa magique demeure de l'ile d'Avalon ; mais Ogier ne peut plus sortir de cette retraite enchantée ; Ogier y est encore à l'heure où je vous parle, et pour lui les années s'écoulent comme des jours.

Vous nous parlez, direz-vous. des Fées comme si elles exisiiîi ut encore. Lecteur, sachez-le ; les Fées sont imniorielles, ou, comme nous l'apprend Boiardo dans son Roland amoureux, elles ne mourront qu'au jour du jugement dernier. Dans le cas où vous ne trouveriez pas cette preuve convaincante, au moins seriez-vous forcé Je croire qu'elles vivent des milliers et des centaines de milliers d'années, comme ces sirènes si célebresau moyen âge. dont la vie. selon M. Améflée Piclmt. peut embrasser une durée d'environ trois cent mille ans 1 Si vous ne les sentez plus autour de vous, si vous n'entendez plus p.nrler d'elles que dans les Contca de Perrault, dans le Cahhict des Fées, dans les Contes des Contes de Basile, dans les lettres de M. Walckenaër sur l'Origine de la féerie, dans le Fuiry mytholoqy de Keightley, ou dans les Fées du moyen âge de M. Maury, c'est qu'elles ont pris en haine notre civilisation ; le Éruit des voifures qui roulent dans nos cités, comme une tempête éternelle, les fatigue et les ell'raye, et peu à peu elles ont plié bagage pour se retirer dans les solitudes de la Bretagne, de l'Âums, de la Saintonge et du Poitou. Au quinzième siècle, elles avaient quitté Paris depuis longtemps, mais elles se tenaient encore dans les environs, et. au dix-septieme, on célébrait encore des nie^s à Poissy pour préserver le pays de leur colère, car la proscription, sans doute, avait rendu leur humeur acaririire. Dans la Bretagne, elles sont connues sous le Rom de Korrigans, et tous les ans, au retour du printemps, elles se réunissent au clair de la lune, font un mystérieux festin sur les pierres sacrées encore debout sur le sol de la vieille Armorique, et disparaissent aux premii'res clartés de l'aurore. Vêtues de blanc comme les Druides, elles passent dans la Bretagne pour des prin

cesses gauloises frappées de la malédiction de Dieu pour avoir refusé d'embrasser le christianisme, tlles conservent d'ailleurs toute la puissance des Fées du moyen âge, peuvent apparaitr(! sous toutes sortes de formes, se transportent en un clin d'œil à des distances immen.ses, disposent de toutes les forces de la nature, et Usent dans l'avenir comme nous lisons dans un livre.

Franchissons le Rhin; l'Allemagne a aussi ses Fées ou Nixes. Mais la Fée la plus célèbre est la Dame Blanche, qui jadis apparaissait à la naissance des enfants de certaines maisons firincières, se montrait dans le palais du souverain le jour où il devait mourir, et éteuoait sa protection sur ces familles privilégiées. Mais, depuis la lin de l'autre siècle, la Dame Blanche a cessé de se montrer. Elle a entendu retentir à ses oreilles la grande voix (|ui disait : « Les rois s'en vont! » et. retirée au fond de quelque manoir, elle pleure un passé qui ne reviendra plus. L'Angleterre a ses /Jroncouifs et ses .S/iit/ics, fées charmantes mais dangereuses, qui viennent la nuit danser sur les gazons verts des prairies, qui enlèvent les enfants comme les TroUs, Nisses ou Xeeks de la Scandinavie, et les emportent dans les^rottes profondes où elles établissent leurs demeures. Les Snee-Farra occupent une place plus large encore dans les croyances des Irlandais. Doués d'une taille lilliputienne, ils se laissent emporter par les rafales de vent lorsqu'ils veulent se transporter d'un lieu dans un autre, et, lorsqu'un ouragan fait retentir les airs de sifflements aigus, on voit les paysans se jeter la face contre le sol et lancer vers le ciel des mottes de terre en disant aux Sncc-Farra : « VoiLi pour vous. » Car les Irlandais redoutent ces génies aussi méchants qu'ils sont petits et ravisseurs d'enfants comme les Kronconies. Citons cnlin. pour terminer, la Fée Eicrnon-Oijlie, qui habite nous ne savons dans quelle contrée de l'Irlande ou du monde un pays délicieux, où la vieillesse et les maladies sont choses absolument inconnues. Il ne nous reste plus qu'à renvoyer le lecieur aux plus importants des noms que nous avons cités dans cet article, ainsi qu'aux mots Ondires, MEr.LCsi>E, etc.

B'EXîîJS ou FE^'BIB. Loup célèbre de la mytho logie Scandinave, qu'on appelle souvent Wolf-Fenris, jiarce que IFo//' signifie loup dans les langues du Nord. Fils de Loke, l'Ahriman du Kord, et de la géante Angcrbode (messagère de malheur), il a pour sœur et pour frères jumeaux Iléla (la morl)et le grand serpent lormoungandour, qui. tout en tenant sa queue entre ses dents, entoure le monde de son corps immense. L'horrible famille fut élevée dans les pays des géants (lotounheimoum). Les dieux, prévoyant les maux que devait leur causer la race de Loke, précipitèrent le serpent au fond des mers, reléguèrent Uéla dans le Nitlheim (voy. Enfer;, et transportèrent Fenris dans le Gimle. où ils le renfermèrent dans le palais mèmedeV-ilhalla pour le surveiller de plus près. Le monstrueux animal devenait de jour en jour plus ell'rayant et plus terrible, et Thor seul, le dieu de la guerre, osait lui apporter sa nourriture. Les Ases vivaient dans des perplexités continuelles. D'un jour à l'autre Fenris pouvait s'échapper de sa prison. Réunissant tous leurs efl'orts, ils forgèrent une chaîne d'une solidité extrême et proposèrent à Fenris de se laisser garrotter. En loup bien élevé, il ne jugea pas à propos de leur refuser ce plaisir. 11 faut dire toutefois que d'un coup d'œil il avait mesuré la force du lien. Il feignit d'abord d'être accablé sous le poids de ses fers. Les dieux s'applaudissaient de leur supercherie ; mais, roidissant tout à coup ses meniWCS musculeux, Fenris fait tomber la chaîne en morceaux. Les dieux tentèrent un nouvel essai. Fenris les joua de la même manière. La consternation était à son comble dans le Gimle. Les Ases eurent alors recours aux noirs génies qui habitent les entrailles de la terre, et bientôt ils se virent en possession d'une chaîne merveilleuse que le soleil même n'aurait pas brisée si elle eût été passée autour de son orbe lumineux, lorsqu'il s'élance dans les hauteurs du flrmament. Elle était composée de six choses qui, à notre connaissance, n'ont jamais depuis lors été réunies : un pas de chat, de la barbe de femme, une racine de rocher, de la fiente d'oiseau, une àme de poisson

et 1111 soiiiiii' d'ours, l-'enns, sur l'iiivitalion des Ases, se rendit avec eux dans l'ile charmante d'AmsvarIner, située au milieu du grand lac de Lin£;e. On lui [iroposa de se laisser lier pour la troisième fois, toujours par forme de passe-temps. Mais le loup, voyant la faiblesse apparente de la corde (elle était grosse à peine comme un cordon de soie), soupçonna quelque diablerie. Les protestations des dieux ne le toucnaienl que médiocrement. Vaincu par leurs importunités, il consentit pourtant à se laisser attacher, mais à condition qu'un des immortels mettrait, comme gage de leur bonne foi, sa main dans sa gueule redoutable. 11 s'imaginait sans doute qu'aucun d'eux ne l'oserait. Les dieux, eu elVet, se regardèrent avec stupeur. Mais Thor se dévoua. Voilà donc Feiiris enchaîné ; le voilà se gonllant, se tordant, se débattant. Peine inutile ! Dans sa fureur il conpa d'un coup de dent le poignet du dieu Thor ; il n'en resta pas moins lié. Les Ases enfoncèrent

dans son gosier une épècdont le pommeau plongeait dans SCS cnliMilli ^ tandis que la pointe ressortait par sa gueule l'I le rciitn iiincut dans une caverne obscure après avoir MSMijctii sa cliaine au rocher Gelgia. Fenris restera attacbéjusqu'au crépuscule des dieux, c'est-à-dire jusqu'à la lin du monde. Les hommes alors ne connaîtront aucune borne dans leurs perversités; des guerres affreuses ensanglanteront la terre; un hiver terrible désolera le monde; les vents déchaînes déracineront les forets. Le roclier Gelgia sera arraché du sein de la terre ; Fenris brisera ses chaînes, et, s'élancant avec fureur du fond de sa caverne, dévorera le soleil, et de sa gueule b aiite touchera en même temps le ciel et la terre. Un autre monstre emportera la lune; le grand serpent, rejeté par la mer débordée, vomira des torrents de venin qui empoisdiinerunt les eaux et les airs ; Surtur le noir sortira des enbrs, armé d'une épée menaçante, montera avec la légion iiiinKimle des génies des ténèbres sur le vaisseau JV^ig/c/ini, coHsIiuit tout entier d'ongles de morts, et s'élancera, suivi des géants de la Gelée, vers le pont du ciel {Bifriist, l'arc-eii-ciel), placé à l'entrée de l'Iliiniiibiorg (la ville du ciel). Ilciindal, chargé de veiller à la garde du pont, sonnera de la trompette. Le Bifrost s'écroulera sous les |ias de l'armée envahissante, le coq noir d Héla redoublera ses cris, le ciel se fendra, les dieux et les héros se précifiileront à la rencontre des géants. l)'e|iouvantables balaillcs seront livrées dans une" plaine iininense; tous les dieux périront. Odin lui-même sera dév(ué par Fenris. Mais, aussitôt après celte victoire, Fenris Ini-iuènie sera éloull'e par Sigfodour on par Vidar. Loke, le grand .serpent et Héla ImpriiiK' liai 11 liiihil, MrMiil 'Fuir), Mir lis clic-lus il.s Killlpi;

seront misa mort; Balder sortira des enfers, environné d'une couronne de lumière pour éclairer un monde nouveau habité par des hommes bons et vertueux, et les méchants seront précipites dans le Nastrond. (Voy. Balder et Enfer.)

Le sens de ce mythe si poétique et si bizarre est facile à déterminer. Nous avons déjà vu que lîalder est le soleil. Loke représente les ténèbres et l'hémisphère inférieur ; Fenris est donc l'hiver parfaitement représenté sous la forme d'un loup. Retenu dans une caverne obscure pendant une partie de l'année, il s'en échappe enfin quand arrive la saison rigoureuse, et son premier exploit est de dévorer le soleil, qui, dans le Nord, est pendant des mois entiers sous l'horizon. Il serait inutile de pousser plus loin l'explication. Il nous suffit d'avoir mis le lecteur sur la voie. On peut d'ailleurs comparer cet acticle avec celui que nous consacrons à Ormouzd. Si les deux mythes rlifferent ]iar les détails, ils sont au fond absolument identi((ues.

I-^KKIIÏOÏJSI, roi fabuleux de l'Iran, surnommé Trcténo le Triple , était fils d'Athvian et petit-fils de Djemschid. Il obtint à peu près de Schariver (voyez AmschasfANDs), le génie qui présidait aux métaux et aux richesses, ce que Djemschid avait obtenu d'Ormouzd, l'absence de tout ce qui pouvait nuire aux hommes, au moral comme au physique. Ni vices, ni fléaux sous son régne. Ce fut donc un âge d'or. Il va sans dire qu'Ahriman et les Devs durent battre en retraite. Féridoun avait demandé à Schariver d'éloigner de lui l'esprit de conquête; mais, s'il ne pen.sa pas a agrandir ses Etats, il dut les délivrer de l'iuvasion ennemie. Nous avons vu un roi arabe, Zokah, chasser Djemschid de l'Iran. Féridoun vengea son a'icul et repoussa les nomades arabes. Il régna cinq cents ans, selon

Férulniin égorgeant un de ses ennemis.

le Zrnd-Arrfla cl Ferdouci et laissa trois fils : Salni ou Salem, qui régna dans le Magridj; Tour, i|ui gouverna le Touran, et Iradji, i|ui l'ut roi de l'Iran. Le savant Gorres

regarde Fèridotin e ne le troisième roi do l'Iran, el Zo-

kali comme un conquérant cbaliléeii. UIkmIi' croit Feriduun antérieur à Ninus , et voil dans Z.ikab le clicf d une luvasion hindoue, llerdcr, avec plus de probabilile , regarde Fèriiloun et ses prédécesseurs comme des personnages purement mythiques an nom desquels on a rattaché dans la suite (|uelques faits bisl(iri(|iies.

S'iîGBVliOSW (ui B''I':m«I1b;««<>. Il est de croyance parmi nous i|iie tout b(Uniiie a son génie gardien. Il en (■lait de même chez les Ftrus(|ucs. qiiij pour se rendre leur

çénie plus propice, lui offraient, sur le bord des ruisseaux, des libations, de l'encens ou des Heurs. On arriva même à donner à chaque homme deux Je ces invisibles protecteurs. L'un , sans doute , veillait pendant que l'autre dormait. Les sauvages ont encore leurs Manitous, qu'ils remplacent au besoin par des sacs pleins d'herbe, de terre, etc. En Perse, les anges gardiens portaient le non. de Pervers. Mais ici l'idée s'élargit. Si l'homme est le plus noble des enfants d'Ormouzd, le dieu bon n'en est pas moins le père de tous les êtres de la création. Chacun d'eux a droit à ses bienfaits. Portez votre doigt sur la fleur de la sensitive , le génie chargé de veiller à sa conservation ferme tout à coup son calice délicat. Blessez l'animal fidèle qui, le jour, garde vos troupeaux et, la nuit, votre maison, son Ferver lui fera trouver sur-le-champ la plante qui peut soulager sa douleur. Le zoophyte. le métal, la pierre même a son Ferver, qui existait dans la pensée profonde de Zervan-Akéréne (le Temps-sans-Bornes), avant que le divin

Ormouzd eût manifesté sa volonté par la création. Les Fervers, en effet, se présentent à nous sous un double aspect, c'est-à-dire comme prototypes et comme gardiens de tous les êtres qui composent le vaste ensemble de l'univers. Ils forment une échelle immense qui monte de la terre aux cieux; car Ormouzd même a son Ferver, comme l'insecte à peine visible qui vit dans les entrailles de la terre, comme le caillou qui roule sous nos pieds.

Les Perses honoraient les Fervers; on leur adressait souvent des prières. Ou les invoquait particulièrement dans les cérémonies funèbres, et surtout le quatrième, le dixième et le trentième jour après la mort et à l'anniversaire du défunt. On croyait que ces prières étaient avantageuses pour la purification des âmes, et on les adressait à tous les Fervers passés, présents et à venir, à ceux des nouveau-nés , des enfiints encore dans le sein maternel, des vierges de toutes les localités . des parents du défunt à tous les degrés, etc. Le leclU-Fanadin nous foui-

Félkhisuie au Kaoïtchalka.

nil une invocation curieuse à ces génies. « Gloire, dit-il, aux purs, aux forts, aux excellents Fervers des saints, aux Fervers des étoiles, au Ferver du Verbe céleste (llonover), aux Fervers du feu, de l'eau . de la terre, des arbres, des troupeaux , au Ferver de Kaïomortz , au Ferver de Zerdoucht (Zoroaslre)! Louanges aux saints Fervers des grands du monde , des bienfaiteurs, des princes , des héros ! Louange aux Fervers des hommes et des femmes de toutes les provinces de l'Iran ! »

FKTICHISME. Le fétichisme est la forme la plus grossière du polythéisme ; nous pouvons dire en même temps la plus ancienne, car l'homme n'arrive à la lumière qu'après avoir marché longtemps dans les ténèbres. Qu'on se représente ces tribus sauvages de la Papouasie, qui tiennent du singe autant que de l'homme, qui glapissent plutôt qu'elles ne parlent, et qui à peine savent combiner deux idées. La pensée religieuse vient enfin jeter au milieu de ces populations abVuties la premii're étincelle de la civilisation, le premier germe de la vie intellectuelle et morale. L'homme ne se demande encore ni d'où il vient, ni ou il va; mais il sent autour de lui, il sent au-dessus de lui une puissance mystérieuse qui l'enveloppe de toutes paris comme l'atmosphère dans laquelle il vit. 11 lève les

yeux vers le ciel; il voit le soleil qui monte radieux dans les hauteurs du firmament. Le sentiment religieux s'empare de son âme, il fait explosion, et le sauvage, selon la naïve expression de Job , envoie un baiser à l'astre éclatant. La sombre horreur des forêts fr.ippe son esprit d'une terreur mêlée de respect, il se prosterne devant les arbres touffus La plante qui le nourrit et celle dont le suc lui a été fatal, l'oiseau qui fend l'air de son aile rapide, le serpent qui, au bruit de ses pas, dresse sa tête menaçante avec des sifflements aigus, l'animal dont il a fait le compagnon de ses misères et de ses souffrances, il embrasse, il confond tout dans son adoration. Tel est le fétichisme, la première phase du progrés dans l'humanité, que n'ont point franchie encore, d notre époque, les peuplades sans nombre répandues sur le continent américain , dans les iles de l'Océanie et dans l'.Vfrique presque tout entière. Le fétichisme est partout compliqué de cliamanisme et de sorcellerie , et , parmi les tribus qui ont fait un mouvement en avant, il est dominé par le culte des esprits Mokissos ou Manitous, polythéisme qui, à la tête de sa hiérarchie divine, place, comme Manitou suprême, le soleil, au-dessous duquel se rangent d'autres Manitous , génie.s bienfaisants ou funestes, qui sont des racines, des plantes,

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LA MYTllOUlGll'] ILLlSIUl^t:.

des pierres, des oiseaux el surtoiil ucs serpents, houveiil «es irrossieres divinités ont leurs idoles, auxquelles on oflVe des sacrifices, el sont représentées sous forme de petites statuettes qu'on porte au cou comme talismans. Quelquefois même, le Manitou est un sac dit de médecine, OH collection d'herbes que chaque individu compose avec soin, et conserve religieusement comme sanctuaire des divinités de son choix. Nous avons dit dans cet article comment l'homme est arrivé au fétichisme ; on verra, à l'article Soleil, comment il en est sorti (Voy. aussi Jos.) FEU. L'élément mâle et fécondateur, le grand Démiurge dans la plupart des cosniogonies anciennes. On trouvera tout ce que nous avions à dire à ce sujet aux mots BofTO, Brahm, Cnepu, Dbviues, Eac, Fta, Omoiika, Soleil, etc.

FIAIiARB. Douergarou nain de la mythologie Scandinave qui, avec son frère Galar, assassina le sage Rou«cer. Ces deux génies, recueillant le sang de leur victime, en composèrent, en le mêlant avec du miel, une liqueur merveilleuse, qui a le privilège de donner ;i tous ceux qui en ont goûté l'inspiration poétique, le don de lire dans l'avenir et la sagesse. Suttoung. lils de Kouacer, jeta les deux nains à là mer. Il les fit cependant échapper à la mort, après avoir reçu d'eux la liqueur qui lui appartenait à si juste titre.

Fli.V(»A. Quel cavalier nous apparaît dans le brumeux horizon, là-bas, du coté du nord'? 11 s'élève daus les airs sur un coursier ailé. C'est Persée peut-être ou Bellérophon, revenant monté sur le cheval Pégase d'une expédition lointaine entreprise pour délivrer quelque belle princesse du monstre qui allait la dévorer. Mais le cavalier mvstérieux s'avance avec rapidité ; les foimes du coiirsier commencent à se dessiner à nos yeux; n'est-ce point le dragon ailé de Gérés ou de Médée'? Non, c'est la géante Flaga montée sur son aigle. Elle quitte le lotounheimoum, le pavs des géants, pour remplir le monde de ses enchantements et de ses maléfices. Malheur à la contrée sur laquelle elle va descendre à la nuit tombante! L'eau des fontaines sera empoisonnée; une rosée pernicieuse tombera sur l'herbe des prairies. Les hommes et les animaux seront décimés. Mais les habitants des bouras et des villages ont vu se projeter sur la terre l'ombre de la terrible cavalière. Ils frappent à coups redoublés sur leurs chaudrons et leurs poêlons; ils se démènent, crient, hurlent, élèvent vers la géante leurs bras armés de fourches et de bâtons, et décochent contre elle une nuée de flèches à obscurcir les airs. Flaga hésite un moment; elle a peur; elle tourne bride et retourne cacher dans l'iotounhcimoum sa honte et sa colère.

FlillîS, c'est-à-dire pierre, dieu vandale, adoré jadis dans la Lusacc sous la forme d'une grande pierre représentant d'une façon grossière la Mort couverte d'un long drap, un bâton 'à la main el une peau de lion sur les épaules, comme l'Hercule des Grecs. On croyait que Flins avait le pouvoir de rendre la vie aux morts. C'est sous l'empire de ces idées que les guerriers se précipitaient au combat.

FOR^IOT ou F0R:VI0RDR. Nom formé de forn, ancien, et de iordr, la terre. C'est la terre primordiale dans la mythologie Scandinave. Forniot pourtant est un dieu, non vine déesse. 11 est père d'Ymer (l'eau), de Korze (l'air) et de Loge (le feu).

FOR!>»KTi;. Le dieu de la ]iaix chez les Scandinaves, et l'un des Ase-.. Il est fils de B-lder cl habite dans le Gimle le pnlais de Glctner, dont les murailles sont d'or et le toit d'argent.

FOST. Dieu des anciens Frisons, adoré parliculièrement dans le pays qui de son nom fut appelé Fosteland. On lui avait consacré un temple placé dans une enceinte ou l'on élevait des animaux sacres et où se trouvait une fontaine dont l'eau ne pouvait être employée ((ue pour les usages du culte. En boire même eut' été une action sacrilège.

F0T04|1;E!« ou mieux F0T0.4II. Divinités adorées dans les iles du .lapon, et dont le nom prouve l'origine. Fo, en effet, est un des noms de lioiiddh.i. et les Fotoques ïOi.t des dieux bonddhi(ines. Les lè^'oiides nous appien-

nenl que la statue d'or d'un des Fotoques fut enlevée de Foung-0 ]iar des voleurs. Les prêtres firent pour la découvrir d'inutiles recherches. Le dieu, irrité, brisa dans sa colère la langue de terre qui joignait au continent Foung-0, qui dès lors fut une ile, el transporta sa statue sur la mer, dont les flots la portèrent à Vile de Mitikama. 11 serait assez difficile de faire rentrer dans le domaine de la géographie positive Foung-0 et Milikama.

FOUDO. Saint révéré "au Japon dans la secte des Jammabos. Foudo avait été de son vivant un pénitent intrépide. Il n'est point de mortifications qu'il ne se fut imposées. Les autres peuples ont des saints auxquels on a fait subir les flammes ardentes des bûchers; mais ils y sont restés sous forme de cendres. Foudo au contraire vivait dans le feu absolument comme une salamandre. 11 s'y baignait comme les dévots hindous se baignent dans les eaux sacrées du Gange ; il y passait des journées, que dis-je, des années entières ! Cela se comprendrait à merveille de la part d'un saint de la Norwége ou de la Sibérie, mais, au Japon, c'était double merveille. Aussi, depuis des siècles tient-on constamment allumée devant les images de Foudo une lampe alimentée avec de l'huile de lézard. La reconnaissance a été plus loin. Ou a fait de ce grand péniient le protecteur ou plutôt le vérificateur des serments et des crimes les plus cachés. Un homme est-il accusé, les prêtres de Foudo fout une conjuration pour savoir à

3uoi s'en tenir sur sa culpabilité. Le saint ne se sent-il pas 'humeur à répondre, on fait passer par trois fois l'accusé sur des charbons ardents. C'est prendre Foudo par son faible. La vérité ne manque jamais de se manifester après cette épreuve. Pour reconnaître l'innocence ou la culpabilité du patient, on n'a plus qu'à examiner les plaies de ses pieds.

FRAXCUS. Les Romains se vantaient de descendre d'Enée. Les Gaulois pouvaient bien descendre d'Hector. Telle est en ell'et notre origine. Si vous en doutez, M. le marquis de Forlia d'Urban vous le prouvera. Accuserczvous d'imposture Bérose et Manethon'? Suspecterez-vous la bonne foi d'Annius de Yilerbe, un des grands fonctionnaires de la cour pontificale? Nous sommes donc, ne vous en déplaise, les descendants de Francus, fils d'Hector, fils de Priam, fils de Laomédon, qui lui-même était fils d'Ilus, qui fit b.itir la citadelle d'Ilion : petit-fils de Tros, qui fonda Troie, etanière-petit-filsd Erichtonius, lequel avait pour père Dardanus. fils de Jupiter. Or, Francus, selon M. de Fortia, commença à régner sur les Celtes en 1201 avant J. C. Si vous vous donnez la satisfaction de lire les IHustratinns des Gaules, écrites au commencement du seizième siècle par Johannes Marins, autrement Jean le Maire, vous saurez que Francus. après la mort de son père, se décida à venir dans la Celtique, où il épousa la lille du roi Rhemus, auquel il succéda, devenant ainsi le vingt-quatrième roi des Celtes. C'est pendant son règne que Bavo, cousin germain du roi Priam. s'établit dans la Gaule Belgique, et que Brutus, fils de Sylvius, troisième roi des Latins, remonta la Loire pour fonder la ville de Tours, et, se remettant en mer, alla bâtir Londres dans l'ile brumeuse d'Albion. Fréculphe.évêque de Lisieux au neuvième siècle, et bien antérieur par conséquent à Annius de Vilerhe, parle aussi de l'origine troyenne des Gaulois; mais il la combat. Il est à croireque cette curieuse généalogie, qu'on retrouve encore dans llunibalde, écrivain du" sixième siècle, datait de l'invasion des Bomains dans lis Gaules. Lucain même, dans hPharsak, reproche aux ArviTMfs leur hardiesse de se dire frères des Romains et descendants des Trovens.

FRK, PliRK OÙ PI-RK, RK, RI, RA. La troisième personne de la irinilé égyptienne. Fré émane de Fia, el représente la lumière inJivi(luali>;éc el localisée (lans le soleil. Dans la grande nnivre de la création, il remplit le rôle de fécond.itcur. Roi du feu visible. Fré se délègue en une foule d'autres divinités, planètes, demidieux ou héros, et il affecte, comme dieu-soleil, des formes diverses. C'est ainsi qu'il est, avec Tmou et Osiris, le soleil mourant; avec llar-Pokrat, le soleil renaissant, mais encore faible et languissant ; avec llaroèri, le soleil enfant, niais croiss.Tut chaque jour en foire et en éclat ; avec Djom

(Hercule;, le soleil solslicial, le soleil dans loiile sa vigueur. Fré, émanation de Fta, procède par conséquent de Cneph; or, Cnepli est Ainoun, aussi Fré est-il souvent confondu avec celle dernière divinité. Aussi le voyonsnous honoré à Thébes (No-Amon, ville d'Amon, Iléliopolis, ville du soleil) d'un culte particulier; il recevait même le titre de Phaménophis (gardien de la ville d'Amon). Quoiqu'il n'occupât que le quairienieranp:, Fré fut regardé par le peuple comme le souverain des dieux. Nous exfjoscrons à l'article SoLEit nos idées sur t'intluence solaire dans les théogonies anciennes. Fré est souvent représenté sous la figure d'un enfant ou d'un aiiolescoiit sortant du calice d'une fleur de lotus. 11 a sur la tète un disque rouge, orné parfois du serpent Ur,Tus, et porte, comme les autres dieux bienfaisoiils, le sceptre et la croix ansée. On le voit aussi avec une têle d'épervier ou même sous la forme pure d'un épervier, quelquefois aussi sous celle d'un sptiinx mâle à tète humaine orné d'une barbe, d'une riche coiffure et d'une housse magnifique.

FREI ou FISEIEt. Un des Vanes ou dieux du second ordre de la mythologie Scandinave. 11 habile l'AUheimr avec les Elfes lumineux auxquels il commande, et préside aux i)liiies, aux beaux temps, aux fruits de la terre, et par suite ,i l'abondance et aux richesses.il avait autrefois pour moulure un cheval nuageux d'une r,"piùitë merveilleuse.

qui, sans en ressentir l'atteinte, traversait le feu brûlant des éclairs, et il possédait une épée au fil tranchant que nulle puissance humaine ou divuie ne pouvait ébrécher, et qui avait le don de combattre les géants sans avoir besoin d'une main pour la diriger. C'étaient deux talismans précieux. Malheureusement Freir les perdit, et voici comment. Il était un jour monté sur le trône resplendissant d'Odin, d'où la vue s'étend sur le monde entier. Jetant les yeux sur le lotounheimoum (pays des géants), il aperçut la belle Gerda, fille d'Ymer, et frappé, ébloui de l'éclat de sa main plus blanche que la neige, il tomba du liant du trône céleste, et rentra dans son palais plus amoureux qu'un paladin du moyen âge. Le pauvre dieu ne voulait plus ni boire ni manger. Skirner. son domestique, parvint à lui arracher son secret, et lui promit de lui faire épouser la gracieuse Gerda, s'il consentait à lui prêter son cheval et son épée. Freir avait la têle trop brûlante et le cœur trop malade pour refuser. Voilà donc Skirner fendant les airs sur le coursier divin. Bientôt il arrive dans le pays des géants. Mais Freir ne revit plus ni cheval ni épée. Depuis lorsilparcourl les airs sur Gonllinboursli, sanglier aux soies d'or, sellé et bridé par les nains Painn et ÎN'alibi.

Beiggver et sa femme Beila sont ses domestiques. A la fin du monde, quand les géanls viendront attaquer les Ases, Freir aura pour adversaire le géant Surlur, et il succombera dans la lutte. Ses surnoms les plus ordinaires sont Aara-Goud (le dieu des années), Fiégiaf (qui donne le bonheur et les richesses), Skidbladnis Eigander (le maître du Skidbladner ou navire \ Goullinboursta Eigander (le possesseur du sanglier). Dans quelques auteurs, Freir est appelé Fro. Le grammairien Saxon (flisf. Dawca-, lib.iii) lui donne le tiire de satrape des dieux, et rapporte qu'il avait prés d'Upsal un temple où l'on célébrait en son honneur un sacrifice appelé frohloth, qui fut remplacé plus tard par un sacrifice humain.

FBBVA, fille de Niordr et de Skadc, sœur de Freir et femme d'Odour, dont elle «ut deux filles, Unossa, la déesse de la perfection , et Gersemi, déesse des amours. Freya est la \ énus .Scandinave, mais une Vénus douce et sévère à la fois, chaste et pudique, qui n'effeuille point comme la Vénus grecque les fleurs de la couronne nuptiale. Freya pourtant est la plus belle des déesses, et un seul de ses regards, si elle le voulait, mettrait en feu tous les dieux du Gimle et de l'Alfheimr. Epouse d'Odour (irrité), elle n'aimait que lui ; mais elle l'aimait avec passion. Odour un jour l'abandonna. La déesse, accablée sous le poids de ses douleurs, parcourut l'univers entier pour découvrir sa retraite. Un nouveau malheur l'attendait. Le géant Thrim voulut l'avoir pour femme, et, s.ichant qu'il ne l'obtiendrait qu'en employant la force ou la ruse, il vola le marteau du dieu Thor et déclara qu'il ne le rendrait qu'après son mariage avec la belle Freya. La décs>e, à cette nouvelle, jeta un cri d'eQ'roi el laissa tomber son beau joyau Brisingr ou Men-Brisinga, qui se brisa dans la chute.' Thor lua' dans la suile l'audacieux géant; mais Freya ne retrouva point Odour ; elle pleure encore sa perte cruelle, et de ses yeux coulent sans cesse des larmes qui sont de l'or pur. 'Elle accorde aux hommes qui lui adressent leurs prières la faculté de se métamorphoser quand bon leur plait, et leur donne dans ce but des masques d'oiseaux dont elle csl toujours munie. On la représente portée sur un char, iraiué par deux chats. Ses surnoms les plus connus sont : Forn (l'ancienne), Geffn (la dispensatrice), Astagod (la il'-esse de l'imour). Le cinquième jour de la semaine vendredi) lui était consacré comme il l'était à Vénus dans la Grèce et à Rome, c'est pourquoi il porte encore le nom de Frcitag.Ln ressemblance du nom de celte déesse avec le mot Frau (femme), est aussi à remarquer.

FBIÉife,*.. Femme d'Odin, fille de Fieurgin et mère deBalder, Braga, Hermode etThor. Frigga a poursuivante FûuUa, qui, le front orné d'un baudeielle d'or et les cheveux flottants, mais artistemeut arrangés, prend soin des boites à parfums et de la riche chevelure de la déesse. Gna, sa messagère, monlèe sur le cheval Ilofvarpner, qui traverse le feu sans dançer, porte ses ordres dans toutes les parties de l'univers. Frigga, considérée à son point de vue le plus élevé, se confond avec lord, la terre. Elle connaît tous les secrets du plus lointain avenir, mais elle ne les communique à personne. Assise à côlé d'Odin sur le trône Illidskiaif, elle tient l'assemblée des dieux dans le palais Vingolf, où les âmes des justes viendront un jour habiter avec Odin. C'est comme déesse-terre que Frisga reçoit la moitié des guerriers tombes sur le champ de bataille, et c'est a elle et non à Freya qu'appartient le titre d'Eigande Valfals og Selroumnis (propriétaire des hommes tombés à la guerre et du vaisseau Sclroumnr).

FTA ou PHTHAS. Seconde personne de la tiinité chez les Egyptiens, dont le nom, si l'on en croit Jablonski, signifie ordonnateur des choses. « Fta. dit Jamblique, est l'esprit artisan qui fait tout avec vérité et sagesse. Les Grecs l'ont nommé Vulcain (représenté comme lui laid et c.igneux), ne le considérant qu'au point de vue de l'art avec lequel il produit. » Fia sortit sous la forme d'un feu subtil de l'œuf du monde, que Cneph. le verbe du dieu, tenait à la bouche, et procéda à la création. Feu-démiurge, voilà donc le rôle de Fia déterminé. Cneph, première émanation de Pironii, a fait sortir le monde de son sein ; Pta couve cette création gigantesque, il la réchaulTe, il

en classe tous les éléments confondus, leur donne les formes et la vie même. Mais comme Piromi était sorti de son androi;ynisme en s'émanant en Boute, sa «artie féminine, comme Cneph, s'était dédoublée en Neith, de même aussi Fia se délègue en une grande déesse, émanation inférieure de Bouto, passant p.ir Neith, et probablement une des formes d'Athor, pour donner naissance à Fré, le feu localisé dans le soleil. Celle épouse de Fta passait vulgairement pour Isis. Cette dernière, en effet, se confond souvent avec Alhor, d'où 11 suit qu'Osiris, en un sens, doit être pris pour Fta lui-même, ce (|ui ne peut être l'objet d'un doute, quand on voit Osiris et Isis donner naissance à Haroéri ou Fré-soleil-enfant. Fta, qu'on trouve souvent qualifié du titre de père des dieux, passe aussi pour le père des Cabires, ainsi que le Sidik phénicien, avec lequel il s'identifie, comme les Grecs l'avaient reconnu en donnant à ce dernier, comme à Fia, le nom d'Iléphaïstos (Vulcain]. Manethon (dans le Syncclle) le place en tête de sa première dynastie. Au-dessous de lui vient Fré, son fils, et l'on ne saurait, dit l'historiographe égyptien, assigner à Fta d'époque déterminée, parce qu'il brille toujours au sein des ténèbres comme pendant le jour. Fta avait à Memphis un temple célèbre, dont Hérodote et Diodore de Sicile nous offrent la description. Il joint souvent à son nom celui de Sokari. Fta est représenté sous un grand nombre de formes. Tantôt son corps en gaine est appuyé contre une colonne à plusieurs chapiteaux; son visage est vert; un bonnet serre fortement sa tête, et il tient à la main le nilomèlre; tantôt il parait sous la figure d'un enfant trapu, difforme, peint en vert ou en jaune, se soutfnant avec peine sur ses jambes cagneuses, ou debout sur un crocodile (Fta Sokàri enfant) ; on le voit aussi tenant le fléau à la main et la tête ornée de deux ])luincs recourbées et de deux longues cornes (Fta Sokari). Souvent il porte une tête d'épervier avec la milrc de son pschent ornée de deux appendices rayés, ou la partie inférieure du pschent sur la main (Fia Sokari). On le trouve aussi ayant, au lieu de tête, un nilomètre surmonté de deux longues cornes, du disque et de deux longues plumes, et tenant dans ses mains le fouet et le crochet (Fta Slabilileur). la tête du scarabée, emblème du monde et du sexe mâle, lui est aussi fréquemment atlribiiée. On trouvera d aulrcs détails sur cette divinité aux arliclcs CASiErnis, C^EF. etc.

ïiJAïBS. Voycî IzEns.

G.tSûiiHil.ll. Nous vous avons donné, à l'article An- :m;s, une lliéoric du soleil cl de la lune dont on ne sau-

rait nier l'originalité. Les Ganiouli, esprits aériens du Kamtchatka , qui président aux phénomènes atmosphériques, vous feront comprendre d'une manière tout aussi lumineuse les causes de la production des éclairs. Vous croyez peut-être , sur la foi des professeurs de physique de nos lycées et de nos facultés, que les éclairs sont le résultat d'un dégagement électrique occasionné par le choc de deux nuages? erreur toute pure! Sachez que les Gamonli ont dans les airs des cabanes où ils allument de grands feux pour ranimer leurs membres engourdis. Mais les Gamouli sont un peuple fantasque et souvent irascible. Souvent ils se prennent de querelle, et, saisissant les tisons qui pétillent dans leur foyer, on les voit se les lancer à la télc pendant des heures entières. Voilà, ne vous en déplaise , l'origine des éclairs.

(liAIVDUABVA. L'Apollon musicien des Indes, qui dirige, dans les Souargas , les chœurs des musiciens célestes appelés, de son nom, Gandharvas. (Voy. Ciel.) Lorsqu'un Indien se marie, la fiancée, présentée d'abord au dieu Souaïambhouva , est remise par celui-ci à Gandharva, qui la confie à Agni , le dieu du feu , qui la sanctifie avant de la donner à l'époux.

Ci AKÉÇA , vulpirement GAXKSA. Fils de Parvati (Bbavani) et de Siva, ou de Parvati seule. Les variantes abondent sur sa naissance. Parvati était au bain , d'après une (les légendes; elle conçul un violent désir d'avoir un fils. Son corps se couvre aussitôt de gouttelettes brillantes, et tout à coup elle aperçoit dans le creux de sa main un petit enfant, fruit de sa transpiration divine. Siva arriva sur ces entrefaites. Pillai arr (quel est cet enfant?) demanda-t-il; et de cette interrogation vient le nom de Pillayiar, qui fut donné à Ganéça. Ce dieu était représenté avec une tête d'éléphant ornée' de deux défenses brillantes. Celte figure a donné lieu à une foule de récils. Siva et Parvati, disent les uns, se promenaient dans une forêt. Deux éléphants s'ofl'rent à leurs regards. Agréablement impressionnés par les jeux auxquels se livrait le couple gigantesque, ils se métamorphosent eux-mêmes en éléphants et donnent naissance à Ganéça. Suivant d'autres , le dieu se trouvait déjà dans le sein de Parvati lorsqu'elle aperçut les deux éléphants , et l'émotion qu'elle éprouva réagit sur l'enfant, qui vint au monde avec une tête de pachyderme. Quelques-uns rapportent cjue Ganéça naquit avec une tête humaine ; mais cette tète fut réduite en cendres par un regard ardent de Sani, le dieu de la planète Saturne, qui, pour le dédommager, lui posa sur les épaules une tète d'éléphant. Le Siva-Pourana laisse grandir Ganéça avec son visage humain , et rapporte qu'un jour, dans un combat terrible entre lui et Vichnou, ce dernier lui coupa la tête, et s'assura ainsi un triomphe qui paraissait réservé à son adversaire. Parvati, pour venger son fils, produit une multitude d'êtres dangereux et terribles. Les dieux sont effrayés ; Parvati consent à vivre en paix, à condition que la vie sera rendue à Ganéça. Ce dernier ressuscite; malheureusement , il ressuscite sans tête , et on lui donne, d'après une révélation faite par Siva , celle du premier animal qu'on rencontre le lendemain, s' avançant du nord au midi. Cet animal était un éléphant.

Laissons là les légendes, et faisons connaître Ganéça. Il est le dieu de l'intelligence, de la sagesse, des sciences, du destin, des mathématiques, du mariage , de l'astronomie, de l'année, de toutes les transactions importantes. Il préside aux assemblées ; il est le gardien des routes ; c'est .1 lui enfin que les hommes doivent le succès de leurs en- Ireprises. A l'intelligence Ganéça joint la finesse cl la ruse. Lorsqu'il dispute la roy.mlt' ii Skaiida , son frère, le lieu de la guerre, Siva déclare (pi'i'lle .qipartiendra a celui des deux qui, le premier, aura l'ail le tour de la terre et des cieux. Skanda se met en route monté sur son paon , dont il hâte la marche; Ganéça grimpe lentement sur son rat, s'avance à pas comptés, va droit à la Trimourti, tourne autour du dieu un et triple , et dit : J'ai tourné autour du créateur, du conservateur et du deslrucleur, j'ai donc fait le tour du monde. Skanda , en elfet , avait beau dévorer l'espice ; il trouvait parlent les traces de Ganéça. Force lui fu de s'avouer vaincu. 11 en fut de même deux autres fois. L'habileté de Ganéça , toutefois, ne le préserva pas

de la coltTC du dieu de la guerre. Skanda, pour se venger, lui cassa une denl. — Ganéça, (ils de Bliavani. la passiveté, la force femelle et productrice, est souvent opposé à Sivn, l'énergie masculine , qui apparaît comme destructrice , mais qui. en réalité, est créatrice et organisatrice. On le voit aussi pourtant, à la tète desGnnas. sectateurs deSiva, et son nom même de Ganéça est composé du mot Gana et de iça, seigneur(seigneur des Ganas). C'est qu'en dernière analyse, Siva et Bhavani ne font qu'un. Ganéça est la sagesse de Siva-Bliavani personnifiée; Skanda est la force de Siva , la force qui fait explosion , qui brille, qui se manifeste ; aussi Ganéça est-il représenté assis à la droite du dieu de la rénovation par la destruction, tandis que Skanda est place à la gauche. Rhode pense, en outre, que Skanda, avec son paon, désigne le soleil , et que Ganéça, avec sou rat, représente la lune.

Apres Brahma , Vicbnou et Siva, et leurs trois dédoublements femelles. Ganéça dispute à Indra le premier rang. Toutes les cérémonies religieuses commencent par une invocation à ce dieu. On le représente, comme nous l'avons dit, avec une tète d'éléphant, un ventre énorme, un corps trapu, des jambes cagneuses. Une figure nous le montre posé les jambes croisées sur son rat; il a quatre bras- au-dessus de sa main droite supérieure , on voit le croissant lunaire, et le soleil rayonnant npparait entre ses deux bras gauches. On l'a souvent comparé à Janus. Il offre , en eflet, avec le dieu romain, les rapports les plus frappants : tous deux ils président aux routes, à l'année, à la sagesse, à la paix, aux portes; si Janus, comme dieu de la paix, est opposé .i Quirinus , Ganéça a Skanda pour adversaire, et si .lanus est doué de deux visages , Ganéça nous apparaît d'abord avec une tête d'homme et ensuite avec une tête d'éléphant.

SiAXCA. Le Gange aivinisé, le Gange femelle, comme il devait l'être, d'après les idées cosmogoniques des Hindous, puisque l'eau, ou, en d'autres termes, l'élément humide, la matière réceptacle des germes , force passive et productrice de l'univers, est personnifiée en une haute déesse, Bhavani. Cette déesse, faisant jaillir de son soin fécond les fleuves qui s'échappent des chaînes de l'Himalaya, prend le nom de Ganga , du plus noble et du plus important de ces grands courants, ce qui a donné lieu aux Indiens de regarder six autres fleuves comme autant de bras du Gange, prenant tous, à un point de vue purement

Bralimc faisant ses .abîmions dans le Gan-c

niysli(|ue , leur source dans le lac, à la fois réel et imaginaire, da VisfJiiOu Le Vindhou, c'est Bhavani elle-même,

l'épouse de Siva , dieu fécondateur, personnifié dans l'Ilinialaya (Kailaça), qui élève au-dessus du lac Vindhou ses majestueux sommets.

Le Gange est pour les Indiens le fleuve sacré par excellence ; c'est lui qui féconde ces riches et délicieuses contrées; c'est lui qui permet aux habitants d'exporter au loin les produits de leur sol et de leur industrie Le voyezvous , ce fleuve immense qui reçoit une multitude de rivières, dont onze sont plus fortes'que la Tamise, le voyezvous , après avoir traversé, pendant deux cent cinquante lieues, les régions montagneuses du Thibet, s'élancer enfin dans les plaines délicieuses de l'Inde . pour aller porter ,i l'Océan deux cent cinquante mille pieds cubes d'eau par seconde? Ne comprenez-vous pas la vénération des Indiens pour ses eaux bienfaisantes? Le Gange, d'ailleurs, est le fleuve des dieux ; il prend son origine dans le ciel même. Nous vous dirons tout à l'heure combien de prières . de pénitences . d'austérités de toutes sortes, ont dû s'imposer les Mounis, pour le faire descendre sur la terre. Deux fois par jour, sur son divin rivage, accourent, pour faire leurs ablutions, les fidèles de toutes les classes : les brahmes, à la démarche lente et au visage sévère; les radjahs , les uns dans des voitures de bambous traînées par des bœufs blancs chargés de rubans aux couleurs éclatantes , d'autres portés sur des palanquins richement ornés, ou sur des éléphants chamarrés de draperies précieuses ; les jeunes filles, avec leurs pendants de nez et d'oreilles, leurs bracelets aux jambes et aux bras, des fleurs d'arecquier dans les cheveux, et velues d'un voile de mousseline transparente qui, jeté sur l'épaule gauche, descend autour des hanches, où il se développe enune robe légère et gracieuse. Hommes , femmes, enfants, vieillards" se plongent avec empressement dans les ondes sacrées , y laissent toutes les souillures que leur corps a pu contracter, et y boivent à longs traits le pardon de leurs fautes; tandis qu'on voit plus loin, au milieu des roseaux, des pénitents enfoncés dans la vase sacrée du fleuve, levant vers le ciel, les uns un bras, les autres les deux bras ou une jambe , qu'ils tiennent dans cette position depuis des semaines, depuis des mois, quelques-uns depuis des années entières. La mousse pousse sur leur corps, les moustiques les dévorent, des milliers d'insectes viennent se repaitre de leur sang ; le soleil les brûle de ses rayons ardents ; ils ne voient rien, ils ne sentent rien; leur àme est déjà plongée dans les béatitudes du nirvana, et ils s'estimeront heureux si une crue subite du fleuve les emporte ,i la mer, ou si un crocodile détache en passant quelque membre ou quelque lambeau de ce corps de boue, enveloppe indigne dont ils ont hâte d'être débarrassés. Heureux les riverains du fleuve ! leur cadavre aura pour sépulture le Gange luimême, et les vrais adorateurs de Brahma n'attendront point , pour se faire précipiter dans ses flots régénérateurs, que le froid de la mort ait glacé leurs membres; ils voudront jouir de leur bonheur, et, lorsqu'ils verront arriver leur dernière heure, ils se feront transporter sur le rivage ; on bouchera , avec le limon sacré, les ouvertures de leur corps pour qu'ils ne puissent souiller les eaux du fleuve, et on les abandonnera au courant rapide!

Tous les bords du Gange sont sacrés ; mais les îles du Delta et quelques-uns des points de son cours où il reçoit d'autres fleuves attirent surtout les pèlerins. Parmi ces confluents, ou pra'iagas, on cite surtout l'embouchure de la Djemnah, appelée jlahapraïaga (le grand confluent). Les coniluents de six autres fleuves dans l'Alakananda, affluent du Gange, sont aussi des lieux célèbres par la foule qu'ils attirent. Les dévots s'y rendent par milliers, on dit même par millions, du fond du Thibet. du Lahore, du Boutan,elc. Des bassins immenses, appelés koundas . facilitent aux pèlerins les moyens de se baigner sans danger dans les ondes sacrées , et chacun d'eux , les mendiants exceptés, est tenu de payer une légère rétribution aux brahmes chargés de l'entretien et de la garde des bassins. Les hommes et les femmes descendent pêle-mêle dans les koundas. cl la vertu , dit-on , n'en éprouve aucune atteinte. Ces réunions prodigieuses favorisent puissamment le commerce ; car tout pèlerinage est une foire. Elles raniment, en outre, l'esprit national, et, suivant nous, tant qu'elles dureront.

LA MYTHOLOGIE ILLLSTKÉE.

Il puissance anglnisc ne sera ijoiiil l'ermcment assise dans l'Iliiidoustan , ei d'un des praïaps parlira sans doute, tôt ou tard, un élan de liberté religieuse et politique, qui soustraira l'Inde à l'induenee européenne.

Les partisans de Vichnou atlrilment à leur dieu l'honneur d avoir donné le Gange A la terre, en le faisant sortir de son pied. Les siva'ites, de leur côté, réclament en faveur de leur dieu. Nous n'entrerons point dans le détail des différentes léi;endes ; mais il en est une célèbre entre toutes que nous devons exposer, — Ganç;a (Bhavani) habitait encore les Souargas, Sagara, roi d'Aoude, eut, de sa seconde é|)ouse Soumaii , une citrouille dont les .soixante mille pépins donnèrent naissance à aulant d'enfants mâles. Ils l'iaient grands déjà, lorsqu'un jour Sngara voulut offrir aux ilieux le grand sarriPice (lu cheval (Açouanicdham); la victime était déj.'i prèle , lorsqu'un serpent monstrueux, s'élançant des énlrailles de la terre, vient tout à coup l'enlever. Le roi ordonne :\ ses soixante mille fils de creuser la terre jusqu'à ce qu'ils aient trouvé le noble coursier. Ils obéissent; un abîme immense s'ouvre sous leurs bras vigoureux; ils dépassent les septPatalas, demeures des Daïtias (voyez ce mol), pénètrent jusqu'aux quatre élé]ihanls qui soutiennent le monde, arrivent enfin à la demeure de Kapila. Là, dans une prairie verdoyante, ils aperçoivent le cheval. Dans leur colère, ils injurient le dieu, ils le frappent ! Kapila , d'un regard, les consume et les réduit en cendres. Cependant le temps passe. Le roi d'Aonde , ne voyant pas revenir ses enfants, envoie, à leur recherche et à celle du cheval , Ansouman , son peiit- fils. Ansouiuan s'enfonce à son tour jusqu'au centre de la terre. Le cheval se présente à ses regards, mais, avant de le reprendre, il doit rendre à ses soixante mille oncles le sacrifice de l'aspersion. Hélas! dans ces profondeurs immenses, il ne rencontre pas un filet d'eau. Il se désespérait, lorsque Garoudha, l'aigle à tète humaine , monture de Vichnou, lui annonce que la mort des enfants de Sagara était nécessaire au salut du monde, et que Ganga seule, la fille ainée d'IIimavan, pouvait purifier leurs dépouilles mortelles. « Va donc, lui dit-il , chercher Ganga la sainte; amèno-la des cieux à la terre; qu'elle louche ces ossements, et ils revivront. Achève , si lu le peux, cette glorieuse entreprise. » Ansouman retourna sur la terre, et succéda a Sagara, qui mourut après un régne de dix mille siècles. Voulant obtenir la descente de Ganga, il fit, pendant trente-deux mille siècles, pénitence dans un désert. Dvilipa, qui régna après lui, ne fut pas plus heureux , malgré ses trente mille années d'austérités, et laissa le trône à son fils Bhagiratha. Le nouveau monarque suivit l'exemple de ses prédécesseurs; il les surpassa même par ses pénitences et ses austérités. Brahma fui enfin touché. Il lui apprit que Ganga ne pouvait descendre sur la lerre que si le dieu Siva conseniait à supporter le choc terrible de la masse liquide s'éliinrant du haut des Souargas. Bhagiratha recommence une nouvelle pénitence en l'honneur de Siva; pendant un an, il ne prend aucun aliment, tient les bras étendus comme les rameaux d'un arbre , et reste dans une immobilité si complète, que son grand orteil prend racine dans la terre. Mais ce qu'Ansoimian et Dvilipa n'avaient pu faire, Bhagiralha l'obtient, Siva ordonne à Ganga de tomber. Elle se précipite sur la tète du dieu, et reste suspendue aux boucles de son épaisse chevelure. Des siècles s'écoulent; Bhagiratha se dévoue encore, et Ganga parvient enfin à s'échapper de la chevelure do son époux. Elle forma d'abord le lac Vindhou, s'écoula ensuite par les six fieuves dont nous avons déjà parlé, et, suivant Bhagiralha, ((ui, monlé sur un char magnifique, s'élauçail du côté du Midi, elle forma le Gange, spert.icle inouï an(|uel assistèrent tous les dieux et tons les génies. Bhagiratha courait toujours, comme le )iroiilir|e l'ilie devaul Achab; Ganga roulait derrière lui ses (Kiis salutaiies. Les dieux , portés dans les airs sur des pal,in(|nius étincclanls , accompagnaient sa marche triomphale. Tout à coup, nouvelle calaslrophe ! Ganga emporte dans ses eaux les objets (pie le sage I\j,innu venait d'a])prèt(îr pour un sacrifice. Djanou ," irrite, avale le fleuve céleste; mais enfin, cédant aux prières des dieux, il le laisse échapper par son oreille. Ganga traverse alors le reste de l'Inde , cl va se jcler dans l'Océan , par

où elle pénètre dans les enlcrs et jusque dans la demeuic de Kapila, Là ses ondes purificatrices humectent les cendres des soixante mille fils de Sagara et les rappellent à la vie.

CiAOURI. Déesse de l'abondance et des céréales sur les bords du Gange. On peut la considérer, ainsi que Gondopi, la déesse des Heurs, Loki, autre déesse de l'abondance et des grains, comme une des formes de la grande IMiavani- Prilhivi, qui réab^orbe également en elle Lakclinii, aulre divinité nourricière et productrice. On la représente véluo de riches tissus, coiffée d'épis entremêlés de pierres précieuses , et tenant à la main le lotus , symbole de l'abondaiico. On célèbre en son honneur, à Odeypor, dans la l)rovince d'Adjmyre , sur le lac Ra'icaja, une fête magnifique, accompagnée de mystères auxquels les femmes surtout sont admises. Les initiés doivent cultiver, dans un lieu écarté, un petit champ d'orge (lue l'on fait mûrir tréspromjilement par des procédés artificiels, ce qui nous rappelle une des cérémonies des Adonies. La partie la plus remarquable de la fête est la procession. On place la statue de Gaouri sur un char splendidement orne ; deux jeunes filles agitent devant elle l'éventail sacré (Tchamra); d'autres portent des corbeilles pleines de fleurs et de grains ; une cavalcade , composée des principaux habitants, précède la marche, et l'on se rend sur les bords du lac où Gaouri est censée faire ses ablutions.

Cette déesse offre de grands rapports avec la Gérés grecque. Le nom même de tJérés (Corê ou Cori) ne diffère qu'à peine de Gaouri. Gérés est souvent iilentifiée à Cybele, à Khée, à Ghé, toutes personnifications de la terre, et Gaouri est identique à Bhavani-Privithi (Dhavani-Terre). Les mystères, la coiffure, les corbeilles , la procession , tout rappelle le culte do Cérès , et, de plus, il est obligatoire, à l'é|ioqne de la fête de Gaouri, de faire l'acquisition d'une slaiiic de la déesse, ce qui avait lieu également aux fêtes (le l;i di'esse grecque.

CJAUKICS. Génies géants de la Bretagne et de l'Angleterre qui viennent danser la nuit autour des pierres (Iruidiques.

CiAVA'fRI. Fameuse prière des Uindous qui a été divinisée et que l'on confond souvent avec la prière Savitri. Elle fut prononcée par Brahma lui-même, en même temps que le mystérieux monosyllabe aum, et commence par le mol sacré Tad (lui), un des noms de Brahma. Elle reçoit les titres de bouche, de mère et de pure essence des Védas. Les trois castes supérieures doivent dire le Gayairi sous peine de descendre (lans la caste maudite des Tchaudalas. La personne qui la dit le soir, en se tenant assise, est purifiée de toutes les souillures qu'elle a pu recevoir peudaul toute la journée.

CJÉFIOI^A, c'est-i-dire la Fortunée, déesse de la virginité dans la mythologie Scandinave. Elle reçoit après leur mort les femmes qui ont vécu dans la chasteté, et connait tous les mystères de l'avenir. Il est à remaniuer (lue chez beaucoup de peuples, et en particulier chez ce"- (lu Nord, virginité et prophétie étaient deux choses inlimenieut liées.

KÉIWIES. Etres surnaturels, anges, démons, esprits, divinités subalternes des diflérentes mythologies. Ils se groupent en génies propices et funestes et président chez beaucoup de peuples à toutes les forces de la nature, à tous les êtres de la création. On trouvera dans ce Traité une foule de détails à ce sujet aux mots AnsciiASPA^ns, Devs, Djinns, Fées, Fervf.ks, Daïtias, Ciel, Oumoczi), Ei.FEs, Ei.FiNES, Apsabas, Cobolds, Izeds, Gamouu, Mam TOUS, Faufadets, etc., elc.

CilIAMBARKi. C'est le nom de six dieux ou plutôt de six génies persans qui, dans la réalité, ne sont (|ue la pti siiniiilication des six époques de la création opérée par ()rni(iii/(l. On c(''lébre en leur honneur, de soixante en siiixanle jours, six grandes fêtes nui durent cinq jours chacune. On rapporte qu'Ormouzcl, après chacune des six phases de la création, se félicitait de la beauté de son (Mivrage, et se reposait. C'est pourquoi ces fêtes sont obligatoires, et l'homme qui y mamiuerait serait coupable du crime de Tanafour ou Marguerzan.

C!IIO]VfiOR. Un des huit Bourkhans infernaux et une

LA MYTHOLOGIE ILLUSTl'.Ki;.

des principales diviiiili's (Ui lamaïsme, ilonl les altiiljiitious consistent à protéger Us hummos et la reliv'iùii. H est souvent représenté couvert d'une peau d'iioinme ou d'éléphant, avec trois yeux ardents, taulôt deLo\it, lauUJl monté sur un éléphant; on lui donne iiuiliiuernis dix mains armées d'oni,'lcs crochus, et un collier de léus humaines. 11 est environné de llammes. et des génies hideux sont répandus autour de lui.

«lAM-IAXCi ou «IAM-1'L4X«. Dieu du la sagesse dans la religion des Lamas. 11 est représenté en costume de prêtre, mais paré de huit ornements féminins et assis sur la lune, soutenue elle-même par ujie fleur de penia (lotos ou padma) qui l'enveloppe eu grande partie, ^'est-il pas curieux que c'est le dieu de ia sugesse qui apprit aux autres dieux que, pour |irocréer l'homme, il fallait qu'un d'entre eux et une déesse se métamorphosasseut en singes? Comme il était de principe d'aller toujours du moins parfait au plus parfait, de telle sorte que le dernier venu dans la série possédât toutes les qualités des êtres précédents (Livre (le Manou), aurait-on pensé que le singe, animal dont la forme se rapproche le plus de la notre, aurait existé avant nous et aurait donné naissance à l'homme à la suite d'un perfectionnement progressif? Plus d'un philosoidic y trouverait sou compte.

ftilGIi ou eiGOUR. Le même mot que yifias. en grec, une des plus célèbres géantes de la mytliulo.;;ie Scandinave. La torêt de larnvidour est sa demeure. Elle est mère d'une foule de géants aux formes monstrueuses et souvent animales. De'Wolf Fenrir elle eut les deux loups Skoll et llate.

CilMIiE. Le ciel des Scandinaves. Avant la formation de la terre, il n'existait que deux choses, le Gimle dans les régions les plus élevées de l'espace et l'enfer au fond de celte étendue immense. Mais alors le ciel même, .séjour d'.Ml-Falher, le père universel, n'était qu'une v.iguc, vaporeuse et invisible demeure. Il ne prit de consislance qu'après la mort d'Ynier. Le crâne du géant forma la voûte céleste que nous appelons firmament. Les protubérances et les cheveux arborescents dont il était héiissé devinrent sans doute les moulagnes et les forêts du Gimle où les élus d'Odin prennent le pl.iisir de la chasse. Les sourcils d'Ymer servirent de matériaux pour la construction de lyiidgard (ville du milieu), destinée à arrêter l'invasion des géants. Un pont merveilleux, nommé Bifrost, joint le ciel à la terre, mais, de peur de surprise, les dieux en ont confié la garde à lliemdal, dont l'oreille est si Une, uu'il entend le bruit de l'herbe qui pousse sur la terre et dont le regard perce les ténèbres mêmes de la nuit. Les Ases construisirent ensuite plusieurs autres villes et le Valhalla, salle éblouissante a'or et de pierreries où s'élève le niidskiafl, trône merveilleux d'Odin, environné des sièges des autres dieux. C'est là que se tiennent les immortels pour juger les nains. Connue saint Louis, ils préfèrent pourtant rendre quelquefois la justice en plein air; ils se réunissent alors sous le grand frêne Y'gdracil, dont les vastes rameaux ombragent" l'univers entier, dont les trois racines enveloppent le ciel, la terre cl les enfers, et dont les plus petites branches sont si grosses, que (|nalre cerfs y peuvent courir de front. Le jour où cet arbre divin périra, le ciel, la terre et les enfers, se détachant soudain de ses énormes racines, se heurteront et se briseront dans l'espace. Le grand serpent lormoungandour, pour amener cet épouvantable désastre, ronge sans cesse celle de ses racines qui plonge dans les enfers, mais les Nornes, pour paralyser ses efforts, arrosent continuelleihent l'arbre géant, et un écureuil monte et descend le long de son tronc noueux pour avertir un aigle, percliè au soiiiniet, de tout ce que fait le serpent infernal.

Les «uerriers morts sur le clianip de bataille sont reçus iiar 0dm dans le Valhalla, où ils prennent le nom d'Einliériend (qui soutient des comlats singuliers), et là ils se livrent aux mêmes occupations que sur la terre. Chaque matin, un coq éternel les réveille par ses cris éclatants: les cinq cent quarante jiortes du Valhalla s'ouvrent alors avec fracas ; les héros s'élancent dans la plaine : des batailles terribles ensanglantent jusqu'au soir les célestes

parvis; mais arrive l'heure du repas; les morts ressuscitent; les bras et les jambes abattus se rajustent au corps dont ils ont été détachés, et les Einhériend se précipitent en foule dans le Valhalla, où les attend uu festin magnilique, composé de la chair de l'excellent sanglier Serinimr, quirenaitcomplaisammentchaque jour, et qui chaque joiu- est égorgé et accommodé par le cuisinier Audhrimner. Les Walkiries leur versent à pleines coupes le lait écumant de la chèvre lleidionn, et le festin se prolonge bien avant dans la nuit.

Cil^'CiKlS on «IX'«RASi, un des noms d'Adonis (voy. ce mot). Il est probable que ce mot, corrompu et adouci, est devenu le Cynire des Grecs, souvent conn)ndu avec Adonis

COPIS. Voy. RiucnnA.

fciOUCHASP. Un des sept feux divinisés de la religion persane, qui passe pour le feu même des étoiles, ce qui l'a fait considérer comme identique au Kaciapa de l'Uindoustan. Il fut de bonne heure confondu avec la planète Vénus et avec la lune. Il servit de coursier à Kliaï- Kosrou, auquel il aida a chasse»' le Dev Azdvedjar. Khaï- Kosrou, reconnaissant, lui éleva un temple sur le mont Asnefaud. dans l'Adcrbaïdjan.

«Oi;E:«OUPIL.IiAi>{, c'est-i-dire dmc du ciel, le dieu suprême des Araucanicns. Les principales divinités des habitants du Chili sont, après lui, le génie du bien appelé Méoulen, le génie du mal nommé Iloue-Koub, le soleil, la femme du soleil, qui porte le nom d'Autoumalgoueu, et le dieu de la guerre Epounamoun. Ces divinités n'ont ni temples ni statues. On les honore à ciel découvert par des libations et des sacrifices. Leurs prêtres, comme ceux de toutes les peuplades sauvages de l'Amérique du >'ord, cumulent les lonctions de jongleurs, de devins et de médecins.

CiOUERCUAiSP. Rni des enfers dans la religion de Zuroasire. Conercbasp elait un géant, fils d'Al'rel, et régnait sur le Kaiionlislan et le Zabnulistan du temps de Pécheng. Avec le secours du Gah Uapitan, il délivra la terre de l'énorme serpent qui dévorait les hommes et vomissait des torrents de venin. Pour arriver à ce résultat, il lit fondre sur la tète du reptile un vase immense plein de métal en fusion. Le feu fut souillé par cette opération, c'est pourquoi Gouerchasp a été relégué dans les enfers, mais Zoroastre l'en fera sortir lorsqu'il visitera le sombre empire.

CiOUEiBHO. Vous savez qu'il Rome, pendant les saturnales, les esclaves étaient servis par leurs maîtres. Vous trouvez cela sans doute fort édifiant. (Jue diriez-vous donc si je vous parlais de saturnales éternelles, ou les dieux rendent aux hommes les mêmes devoirs que les patriciens romains rendaient une fois, chaque année, à leurs esclaves? Vous feriez la sourde oreille comme saint Thomas. C'est pourtant ce qui se passe dans le Boulon ttou, le paradis de l'archipel des Amis. Le dieu Goulého l'a voulu. Faites-vous Polynésien si vous en doutez.

eOIJ.^l.El.iDA. Fille du géant Souttoung, qui l'a- \ ail chargée de la garde de l'Amrita Scandinave, dans la grotte de Uouitbior^ (le mont Blanc). Odin résolut de s'emparer de la divine liqueur pour la distribuer aux Ases. Il descend dans le lotounheimoum (pays des géants) sous le nom de Beuhverk. tue les neuf faucheurs de Baouge, oncle de Gounleuda. et s'offre à les remplacer à coiuhlion qu'on lui laissera boire une gorgée du précieux hydromel. Voilà donc Odin fanant et fauchant pendant toute la saison. Sa lâche accomplie, il demande la ré- C(unpense promise. Souttoung refuse, malgré les instances de Baouge. Celui-ci. prenant un énorme vilebrequin que lui offre le dieu qu'il ne connaît pas, perce d'outre en outre la montagne qui cache le divin trésor. Odin alors s'introduit auprès de Gounleuda, la séduit, boit en trois gorgées le baril d'hydromel tout entier, se métamorphose en aigle et remonté dans le Gimle. Souttoung irrité se change également en oiseau, poursuit Odin jusque dans le Giuile. Il est déjà près de l'atteindre, mais les Ases ont déposé sur le parvis céleste une multitude de vases : Odin y dégorge la liqueur sacrée ; SouUoung le poursuii lonjours ; le "dieu laisse tomber sur la terre quelques

goulles de l'ambroisie. C'est ainsi mie le père des dieux a fait participer au trésor divin, ç^ardé par les géants, les Ases et les hommes, qui lui doivent, les premiers, leur beauté, et les seconds, leurs inspirations poétiques.

«OURBA;V-ZACi.%:V-UOURKUA!«, c'est-à-dire les trois dieux blancs, en langue mongole. C'est le nom qu'on donne aux trois personnes de la trinité, Cliakiamouni ou Bouddha, Maidari et Divongarra. Chakiamouni préside à l'âge actuel du globe, Maidari gouvernera l'âge à venir, Divongarra a régi l'époque passée.

CiOUROlJ, c'est-à-dire Instituteur, maître; c'est un titre souvent donné à Ganéça et à Bouddha. Dans l'Inde on honore du nom de Gourou les docteurs sivaïtes qui ne sont pas Atcharias.

GOVIXD.*, c'est-à-dire Pasteur de vaches, un des noms les plus célèbres de Vichnou-Krichna dans sa neuvième incarnation, qu'on a si souvent comparée à l'incarnation de Jésus-Christ.

CiRANTV. Dieu adoré autrefois dans l'Alsace, la Prusse, la Bavière rhénane et jusque dans l'Ecosse. On'd pris pour un Apollon Acersécomés. Granni, en effet, selon Isidore de Séville, signifiait cheveux longs chez les Goths. CSJI (Fête du); la plus grande solennité du culte druidique. Elle avait lien le jour de la lune du mois de zerza, qui coïncidait avec le V janvier, point initial de l'année. Une ordonnance envoyée par l'Archidruide au grand pontife de chacune des grandes confédérations politiques de la Gaule désignait d'avance le jour de la cérémonie que les Eubnges et les Bardes annonçaient au peuple au cri célèbre : Au Gui l'an neuf! (font nous Ignorons la forme celtiriue. La solennité avait lieu dans une foret située auprès de Chartres, foyer central du druidisme. Une foule immense s'y rendait de toutes les parties de la Gaule. Le cortège parlait à la nuit tombante, éclairé par une multitude de torches, et précédé par deux Eubages conduisant chacun un taureau blanc aux cornes dorées, destinés au sacrifice. Venait ensuite le chœur des Bardes, chantant des hymnes en l'honneur de Tentâtes, suivis par les novices et les disciples du haut colli'ge. rangés sur deux lignes. Après eux marchait un héraut vêtu de blanc, la tète couverte d'un cliapenu surmonté de deux ailes et tenant dans ses mains une branche de verveine entourée de serpents. Trois Druides de la première classe s'avançaient ensuite à pas lents, l'un ••ivec un pain, l'autre avec' un vase plein d'eau lustrale, et le troisième avec le sceptre d'ivoire de l'Archidruide qui fermait le cortège, accompagné de tous les grands pontifes et d'une foulé de Druides vêtus de blanc et tenant à la main la baguette blanche terminée par une touffe de verveine ou de selago. La masse ihi peuple arrivait derrière, répondant à chaque strophe du cieur des Bardes par le cri: Au gui l'an neuf. A l'entrée de la forêt, le cortège formait deux haies pour laisser passer l'Archidruide qui s'avançait avec ses assistants jusqu'au pied du chêne, autour duquel on avait dressé un autel triangulaire de gazon. L'Archidruide prononçait alors quelques paroles destinées à la consécration de l'arbre, emblème de la force divine, dont les deux branches les plus basses étaient courbées de manière à former un cercle au milieu duquel on avait suspendu une plaque circulaire en métal contenant une iiiscriplion dont nous avons donné l'explication au mot DiiuiDES. Un Druide faisait alors brûler sur le feu allumé à chacun des angles de l'autel une tranche de pain et faisait sur la llammb une libation de vin. Pendant ce temps on immolait, non loin de l'autel, les deux taureaux blancs. L'Archidruide montait ensuite sur le chêne, au moyen d'une èrhelle, et coupait avec une faucille d'or, fixée à sa ceinture par une chaîne du même métal, le Gui, qu'il ne devait iioinl toucher et qui était reçu au pied de l'arbre dans une saie blanche dont quatre Druides tenaient les coins. L'Archidruide descendait, fai- .sait des aspersions sur la plante sacrée à hKiuellecm attribuait les plus grandes vertus, la montraii au peuple et la coupait par petits fragments qu'il distribuait, mais sans doute aux Druides seulement. La cérémonie se terminait dans l'enceinte du haut collège par un festin nocturne ou j'ûa mangeait la chair des victimes iiuniolées.

L'ordre et les détails de cette grande solennité avaient certainement une haute signification. Malheureusement il ne nous est rien parvenu qui puisse nous aider à en dévoiler le mystère. Il nous semme cependant qu'on peut rapprocher de la trinité renfermée entre deux T, dont nous avons parlé à l'article Drcides, les trois Druides supérieurs qui figuraient dans le cortège, précédés par un héraut et suivis par l'Archidruide lui-même. L'autel triangulaire n'est-il pas aussi un symbole trinitaire? Les feux allumés à ses trois angles ne se rapportent-ils pas de tout point aux idées que nous avons formulées à l'article précité? Le chêne alors, le chêne qui s'élève au-dessus de l'autel et porte sa tête dans les cieux tandis que ses racines plongent dans les entrailles de la terre, serait l'image iiième de Teutatés. Voilà certainement une haute doctrine. Elle nous reporte naturellement aux mylhologies orientales par tant d'analogies qui n'avaient point échappé aux écrivains romains et grecs. Quant au chêne lui-même, et au Gui sacré, on arrivera à de grands éclaircissements en comparant ce que nous avons dit avec les détails consignés dans l'article Hom, l'arbre sacré de la religion de ^oroastre. Quinze ou seize siècles qui se sont écoulés depuis l'anéantissement du druidisme n'ont point fait encore disparaître du sol de la Gaule les vestiges de la grande fête du Gui. Les paysans de la Bretagne et du Poitou entendent encore, chaque année, à l'époque de la Noël, retentir à leurs portes le cri d'IIoguilaunec. Aguilanné, Auguillonel, comme refrain d'une sorte de complainte que viennent chanter, devant les maisons, les pauvres de chaque localité pour obtenir quelques au-

HAIX'OUMAIV. Dieu singe qui joue un erond rôle dans la mythologie hindoue. Un dieu singe ! direz-vous. Que trouvez-vous là d'étonnant? Les autres peuples n'avaient-ils pas des dieux bœuf, des dieux serpent, des dieux bélier, des dieux bouc? Revenons donc à Ilanouman. Il devait le jour à Pavana, le dieu de l'air, et il était ministre de Sougriva, roi des singes, lorsque Rama se préparait à marcher contre le Daïti'a Ravana, roi de Ceylan (Lanka). L'armée de Rama était déjà formidable ; Djambavanta lui avait amené des légions d'ours aguerris à côté desquels marchaieiU licreiiiènt des êtres à formes de tigres et de lions; llanonuiau vint le rejoindre avec ses bataillons innombrables de (|uadrumanes. Rama arriva ainsi au boni de la mer. Comment franchir le détroit pour pénélrer dans la retraite de Ravana? Ilanouman fait un signe à ses singes, cl un pont de rociiers joint Lanka au continent j

l'armép passe ; Ilanounian se sij^nale par mille exploits, adore Rama, attache :i saf|iieue dès matières indammables, et incendie la capitale de Ravana. Il aurait consumé l'ile entière ; mais, craignant de causer trop de ravages, il se précipite vers l'Océan ]iour éteindre dans ses Ilots le fou terrible qu'il traîne à son appendice dorsal ; le dieu des eaux s'y oppose, craignant de voir bientôt ;0U humide empire en ébullition. Ilanounian grimpe alors sur une montagne et plonge sa queue divine dans un lac qu'elle portait à son sommet. Samson avec ses renards n'était

3u'un enfant prés d'Hanouman. Mais le dieu singe posséait une fo\ilo de qualités que nous ne pouvons énunii'rer ici. Il était par exemple anssi bon musicien qu'ingénieur expérimenté et tacticien habile, et c'est à lui que les Indiens doivent le troisième des quatre systèmes fondamentaux de leur musique. Les destinées glorieuses d'Hanouman ne sont pas remplies encore. À la fin de l'âge actuel du monde, il s'élèvera dans les Souargas et s'as-

siéra sur le tronc de Brahina, qui de son cùté se métamorphosera en Hanouman. — Uanouman, représenté tantôt sous la forme d'un singe, tantôt moitié nomme, moitié singe, a des chapelles dans tous les temples deVichnou.et une pagode magnili que à Calicut. Si l'on recherche la si- E;nilication du myliie, on arrivera tout d'abord à identifier Ilanounian à Pavana, son père, c'est pourquoi il est représenté comme un dieu musicien, comme un dieu incendiaire, parce que l'air est un océan plein de rayons ignés, de foudres et d'éclairs. Son histoire offre une ressemblance frappante avec celle de Bacchus, marchant à la couquéte des Indes avec une armée de singes et de satyres. Ilanouman-Pavana parait en outre identique à Pan'et Faune (Fan), dont le nom n'est qu'une contraction de Pavana.

HAROÉRI ou HORU«i, fils d'Osiris et d'Isis. Les traditions le représentent suivant son père dans ses expéditions et accompagné de neuf musiciennes habiles. Après la mort d'Osiris il fut élevé par Boulo. (Voyez

Haroéri ilaiis une barque céleste.

ce mot.) Osiris venait du fond des enfers lui apprendre l'art de gouverner el ae triompher de ses ennemis. Typhon était toujours maître de l'Egypte, Haroèri le vainquit et le fit prisonnier, mais bientôt, à la prière d'Isis, il relâche le meurtrier de son père, qui cherche â le renverser de son trône. Ilaroéri déjoue ses intrigues et périt, selon Diodore de Sicile, sous les coups des Titans. Isis lui rendit la vie et lui procura l'immortalité. Le soleil n'est-il pas immortel? Horus est une des personnifications de cet astre; il est le soleil enfant, succédant à Osiris, le soleil à son déclin. Les neuf musiciennes dont il est accompagné rappellent nécessairement le chœur des Muses, présidé par l'Apollon grec. On trouvera d'autres rapprochements à l'article Bouto. Le nom d'IIaroéri ou d'IIorus vient, selon Jablonski, de l'hébreu or, lumière, et, selon M. Jomard, de l'arabe harr, forte chaleur. Plutarque l'a pris à tort pour l'atmosphère dont le globe est environné,

HARPOCRATE. Dieu égylien dont le nom paraît composé de har ou or (lumière, soleil) et de po/ii(it(aux pieds mous), et signille, selon Jablonski, celui qui est faible des pieds ou qui hoite d'un pied. Ilarpocrale, d'après cette étymologie, serait Jonc le soleil enfant, chancelant et débile; il précéderait, par conséquent, dans

^5 .u«. — imp-sraoï. iLto,! L'..a. .1 t.,,,..,.,. i

les formes diverses attribuées à l'astre fécondateur, Haroèri lui-même, qui est son frère, puisaue l'un et l'autre sont fils d'Osiris et d'Isis, avec cette oifférence qu'flarpocrate était né avant ternie. Ce dernier étant le soleil enfant et presque adolescent, on aurait dans Harpocrate le soleil naissant et encore sans force, sans énergie, le soleil dans les langes. Plutarque, en effet, l'appelle toujours faible enfant, très-enfant. Le culte d'Uarpocrate. renfermé d'abord dans la haute Egvpte, ne commença â avoir du retentissement que sous les Ptolémées ; et les Grecs de l'Egypte, se fondant sur ce que le dieu est représenté quelquefois un doigt sur sa bouche, le regardèrent comme présidant au silence et par suite au secret et au mystère, ce qui d'ailleurs se concilie en un sens avec sa qualité d'enfant {infans, qui ne parle pas). C'est sous l'empire de ces idées, qu'on plaçait sa statue à l'entrée des temples ou dans les sanctuaires! et qu'on gravait son effigie sur les cachets, comme symbole de l'inviolabilité des lettres. Le caractère primitif il Harpocrate n'avait point été néanmoins totalement oublié, car on le dépeignait quelquefois, comme sur la table isiaque, enveloppé de langes, ou sous la figure d'un enfant, assis sur une Ueur de lotus, plante qui éclôt sur les eaux, pour indiquer que le soleil est né

de l'élément humide. (Voy. Boiito, Haroéri, etc.) Mais le plus souvent on le voit sous les traits d'un adolescent. haint Epiphane dit qu'il était honoré à Bouto, conjointement avec la déesse de ce nom. On se contentait d'abord de lui faire une offrande de lait, ce qui convient parfaitement à son vrai caractère. Plus tard on institua en son honneur une procession magnifique. Il recevait les |)rémices des lentilles et de tous les fruits de la même espace. Le pêcher lui était particulièrement consacré. Son cnlte passa ci Rome, où il se maintint en dépit des arrêts du sénat.

HEIHDAIi. Fils d'Odin et des neuf filles du géant Geirreudour. Armé d'une épée flamboyante, nommé Goldtoppour, et monté sur son cheval HolTôud, il garde le pont céleste (l'arc-en-ciel), et tient à la main une trompette, dont les sons retentissent jusqu'aux extrémités du monde, afin de donner l'éveil aux dieux, lorsque les géants viendront attaquer le Gimle. (Voy. Gimle.) A l'époque du crépuscule des dieux, il aura Locke pour adversaire. Hcimdal a trois fils, llar, lafnhar et Zliridi, dont chacun a donné le jour à douze fils et à autant de filles. On le qualifie souvent de guerrier des dieux (Veurdour Gouda), et de Goullintani ^le dieu aux dents d'or).

DÉIiA. La déesse de la mort chez les Scandinaves. Nous avons fait connaître sa généalogie à l'article Fejciiis, et son palais au mot Enfee. il ne nous reste rien à ajouter ici, sinon qu'elle était représentée moitié couleur de chair et moitié bleue, à cause, sans doute, de la teinte bleuâtre des corps qui commencent à tomber en putréfaction.

HERMODE. Le messager des dieux, ou des Ases de la mythologie Scandinave. Il est représenté cuirassé et le casque en tête. (Voy. Baldeb.)

HES ou HÉSUS. Nous avons expliqué , à l'article Druides, les hautes conceptions théogoniques et cosmogoniques du sacerdoce gaulois, et nous avons vu se dessiner, au-dessous de Teulatcs, une triade divine dont Hésus, dieu feu-lumière, est la première personne. Ilésus, si l'on veut des points de comparaison , correspond au Fta des Egyptiens et au Vulcain de la mythologie gréco-romaine. Dans l'antique Lutèce , en effet, les Romains associaient son culte à celui de Vulcain. Ce fait est déjà important; mais nous trouvons entre ces deux divinités des rapports qui ne le sont pas moins. Ilésus, première émanation de Tentâtes, est par conséquent son fils aine ; Vulcain est le seul enfant m.île de Jupiter et de Junon. Taran , le second membre de la trinité gauloise , doit être , par cela même, consiiléré comme émanation d'Hésus; on le comprend iraulaiil plus facilement, que Taran est le dieu-feu se manifçsi.iiit par la foudre; Ilésus est donc le père, le fabricateur de la foudre; il en est ainsi de Vulcain chez les Grecs. Un passage de Bochart nous apprend qu'llésus figurait, en qualité de précurseur du soleil , dans la nomenclature des dieux adorés à Emesse, en Syrie. Or, quel est le précurseur du soleil? Au point de vue cosmogonique, c'est le feu-principe , c'est Ilésus se localisant et se manifestant dans le globe solaire; au point de vue physique, ce sont les rayons ignés qui annoncent l'apparition de l'astre bienfaisant lorsqu'il s'apprête à monter sur l'horizon ; c'est encore Hésus qui remplit l'espace sans bornes de ses lumineuses vibrations. Le nom même de ce dieu atteste le rang émincnt qu'il occupait dans la hiérarchie divine. C'est VAisa des Grecs , qu'on prend vulgairement pour le destin, mais qui, suivant Aristolc et le Grand Elymologiste, veut dire celui qui donne la vie; c'est l'.l^s'or étrusque, identique à l'ancien mot latin esum (je suis) ce qui nous amène à comparer Hésus avec tous les noms divins qiii renferment l'idée de vie, et qui ont tous pour radical Di, De, Dj, ou, par le changement fréquent de D en Z, Ze, Zi, ou, par le retranchement non moins fréquent du D ou du Z. I ou J, combiné avec une voyelle quelconque, Zeus, Zcv, Div, Dis, Deva, .lov, Juv, luv.lao.Iéhoa, etc., etc.; d'où sont venus les mots theos (O30;), deus, tcut, dieu, dies, jour, lumière, et probablement dires , riche. Il est même (i croire que le nom de Dis appartient à Hésus comme à Tculatès.

Hésus a été regardé comme le dieu de la guerre. Cela

devait être. Le Mars grec fut primitivement identique .i Vulcain. Fta n'est pas toujours bienfaisant; il apparaît quelquefois sous un aspect terrible; le feu , d'ailleurs, considéré comme énergie créatrice, a éveillé chez tous les peuples l'idée de virilité, de courage, d'obstacles surmontés, d'ennemis terrassés. Neith-Minerve sort tout armée du cerveau de Jupiter sous le marteau de Vulcain , et Bliavani est une déesse guerrière. — On a prétendu que la ville de Paris tirait son nom d'un temple qui y avait été consacré à la déesse Isis, ou, selon d'autres, de Paris, fils de Priam. Nous souscrirons volontiers à l'une ou l'autre assertion quand on nous aura démontré la réalité de l'expédition de Sésoslris dans les Gaules ou l'origine troyenne des Francs. Mais en attendant, si l'on pouvait raisonnablement hasarder une opinion sur cette question, nous trouverions plus plausible de chercher l'étymologie de Paris dans le nom même d'Hésus. Ce que nous avons dit prouve qu'il y était adoré avant l'arrivée des Romains; nous savons , en outre , qu'on a trouvé , dans des fouilles faites sous l'autel de l'église Notre-D.ime. une statue de ce dieu ; l'ilc dans laquelle était primitivement renfermée la ville a la forme d'un navire , et un navire figure encore dans les armes de Paris. Qu'y aurait-il donc de ridicule à donner pour étymologie à notre grande cité le mot liar-Hh ou Bar-Es, qui signifierait le vaisseau, le vaisseau sacré d'Hésus ?

HOH ou HÉOHO. Arbre divin, arbre-liomme de la mythologie des Perses, une des premières productions du taureau .\boudad, qui renfermait les germes de tous les êtres. A la fois arbre et homme , il est en même temps le prototype, ou du moins le précepteur de Zoroastre et le révélateur de la loi , la source de tout bien. Un passage du Zcnd-Avesta achèvera de faire connaître ce merveilleux végétal. « Ilom, y est-il dit, préside à l'arbre de son nom, et il donne l'immortalité. Uom habite sur l'Albordi; Hom est saint. Il a un œil d'or et la vue perçante; il est le roi des astres; son palais a cent colonnes; il est situé dans le pays de la Victoire. Hom bénit les troupeaux; il dispense les eaux et la pluie, et distribue l'éclat, la lumière et les beaux jours. Il a écrasé le serpent à deux pieds; il chante sans cesse les louanges d'Ormouzd. » On doit faire en son honneur le sacrifice" Daroun, et, chaque année, deux prêtres parsis vont solennellement , à certaines époques , cbercner dans le Kerman, la terre de prédilection de l'arbre Hom, deux de ses rameaux, qui doivent être plongés dans de l'eau purifiée (eau Pédiav), et conservés pendant un an. On s'en sert pour tous les sacrifices , et pour préparer toutes les eaux lustrales. Le suc de ces branches donne à l'eau toutes sortes de vertus. Quel arbre avait donné lieu à ce mythe'.' Le Zcud-.\vesta parle d'un Hom blanc et d'un Ilom jaune; sa tige ressemble, dit-on, à celle de la vigne, et ses feuilles à celles du jasmin , et l'on a pensé que le Ilom était l'Ilainahmah des Orientaux, ou amome. — Ainsi tous les peuples ont eu leurs arbres sacrés : les Scandinaves, lo frêne ou chêne Ygdracil ; les Gaulois, le chêne et le gui ; les Hébreux, l'arlire de vie et l'arbre de science; les Hindous , l'arbre Bogaha et l'Açouata ; l'Egypte, le Perséa. Les Scandinaves même font naitre le premier couple humain de deux morceaux de bois. (Voyez

AsEE.)

HOPAMÊ , c'est-à-dire splcndntr infinie. La plus haute divinité du lamaïsme. Elle siège en souveraine dans la région occidentale du monde.

HYPSARAWIUS, c'est-à-dire le ciel élevé, est un personnage mythique de la cosmogonie de Sanchoniaton. De Génos, dit cet auteur, naquirent In lumière, le feu et la flamme, qui engendrèrent Oassius, Liban, Antiliban cl Drathy. Ceux-ci eurent pour fils Memramus, llypsaranius et Usons, llypsaranius habita Tyr et inventa l'art de construire des cabanes. Usons osa le premier s'aventurer sur la mer à l'aide d'un tronc d'arbre, et adora le feu et le veut, auxquels il éleva deux colonnes.

HVSIS. Géant de la mythologie slave. Il passait pour le destructeur des loups e( des ours blancs, et était particulièrement honoré par ceux qui donnaient la chasse à ces animaux. Tapio et Tapiolan-Emenda présidaient aux chasses moins dantrereuses.

lABMÉ-AKKO, c'est-à-dire df'fsserfM »ior<s,clivinité qui gouverne l'enfer des Lapons, apiielé labmé-Aimo. On croit qu'elle cherche sans cesse, ainsi que tous les génies infernaux , à attirer les hommes dans son empire ténébreux, labmek est le plus redoutable de ces génies, et il donne son nom à une foule d'esprits inférieurs.

lAMA. Le Plulon des Indiens, le rui des génies ténébreux. On lui donne le surnom de IlarmaraJiali ( roi de justice), de Samavarti (qui différencie le bien du mal), de Cliradeva (le dieu des larmes), de Chamouna, du nom d'un des fleuves infernaux, etc. (Voyez Esfeu.)

lAO. Nom appliqué , chez un grand nombre de peuples, à de hautes divinités qui, toutes, peuvent être facilement ramenées au soleil, considéré comme principe du mouvement vital qui se manifeste dans la création. Il est même à remarquer que , dans l'ancienne langue latine, iao était la forme indicative du verbe ire, aller. lao était le nom le plus élevé de l'Apollon de Claros et de Bacchus, deux grandes divinités solaires. Nous le retrouvons également dans la Phénicie, dans l'Arabie, chez les gnostiques et même en Italie, dans celui de Janus ou lan, dérivé, selon plusieurs savants, du verbe ire (indicatif iao). On lit, dans le livre chinois Tao-te-King , que le Un primordial s'appelle leou (l'être), et que, se réunissant au Oou, nonêtre , il reçoit le nom de Hiouan (le bleu foncé du ciel). Or, M. Abel de Rémusal voit dans ce dernier mot la tran- .scription de lao. N'étant composé que de voyelles, le mot Iao a dû, en passant d'une langue daiïs une autre, changer souvent de physionomie. On le rencontre, en effet. sous les formes leou , lou, louv, lov, Jov, Div, Dis, mots qui, tous, signiGent lumière et vie. La série féminine correspondanteest lo, la, et même Iça, Dia, Dévi. On avait donc ainsi le principe actif et le principe passif, fécondation et production. Ces deux puissances, se réunissant nécessairement dans l'être suprême et primordial , on comprend qu'on ait di'i rapprocher les deux mots pour en former le nom même de la divinité. C'est ce que M. Lanci a cru découvrir, en effet, dans le nom sacré laouah , dont Iao n'est qu'une abréviation. C'est ainsi encore , d'après ce savant , qu'en égyptien et en cophte, Re étant le soleil, le màlc. et Po, la lune, la femelle , on a eu le dieu Re-Po (le Renfo des Septante), qui réunit les deux attributions. — Au sujet de ce mot, un fait curieux nous vient en mémoire. Les étrangers prétendaient que les Juifs adoraient un âne ou une tête d'âne, soigneusement cachée dans leur sanctuaire. ( Joséphe contre Appion. liv. u, chap. 3; Diodore, liv. xxxiv ; Tacite, liv. v.) Au troisième siècle après J. C, on donnait même au Dieu des chrétiens le

nom d'Ononyehite (au sabot d'âne), et on le représentait, selon TertuUien, porté sur un pied d'âne, avec des oreilles assorties, couvert d'une robe de docteur et tenant un livre à la main. D'où venaient ces ridicules croyances? En deux mots, nous croyons pouvoir l'expliquer. Iao était un des noms de Jéhovah , et, dans le copte, l'ancienne langue égylienne, on appelait l'âne io ou iao.

ÏCTOW. Dieu égyptien nommé par Jamblique [Mijlh. égypt., vm, 3), qui l'appelle preniicr être, et le rapproche de Knef. Elait-ce un nom sacré et mystérieux qui ne devait pas être prononcé, comme le nom ineffable du Dieu des llébrcux? ou plutôt le mot a-t-il été dénaturé, soit par Jamblique, soit par les copistes? U serait difficile de rien dire de satisfaisant à ce sujet.

IBOUW. Dieu Scandinave, toujours beau et toujours jeune, qui se trouve en rapport constant avec Braga , le dispensateur de l'inspiration poétique. Idoun est le gardien des pommes d'or qui donnent aux dieux une jeunesse éternelle. Il les conserve dans un coffret, et lorsqu'un des immortels sent les rides de la vieillesse se dessiner sur son visage , il place une des pommes sous sa dent divine , et recouvre toute sa grâce et toute sa fraîcheur. Les Ases, comme nous l'avons dit à leur article , étaient originaires de r.\sie, et nous croirions volontiers qu'ils avaient soustrait ces fruits merveilleux dans le jardin d'Eden. Quoi qu'il en soit, le diable, c'est-,';-dire Loke, enviait aux dieux cet inestimable trésor. Figurez-vous sa joie s'il eût pu voir un jour le grand Odin, et le beau Balder, et Thor, le dieu de la guerre, et l'reya, la déesse de l'amour et de la beauté , pliant sous le poids des ans et rédui's à porter béquille. Loke donc fit si bien, qu'il enleva tout à la fois Idoun et son coffret. Grand émoi dans le Valhalla. Le coffret était introuvable ; les années et les siècles s'écoulaient ; les dieux déjà commençaient à grisonner. Par bonheur, ils se doutèrent que LoKe était l'auteur du vol , et parvinrent, à force de menaces, à se faire restituer Idoun et les pommes. Freya, j'en suis sur, en mangea une tout entière. Ce n'est pas un reproche que je lui adresse : Vénus en aurait mangé deux.

lEBICON. Dieu de la mer et des eaux chez les Japonais. Il protège les matelots et les poissons, et est représenté assis sur un rocher avec une ligne à la main droite et un poisson dans la main gauche.

lERICU. Dieu des Tarlares 'îchouvaches, qui habitent entre la Soura et le Volga. Prenez cinquante baguettes de rosier, d'une grosseur égale et de 4 pieds de long, liez-les jiar le milieu avec des écorces d'arbre et à ce lien suspendez un petit morceau d'étain, vous aurez le dieu lerich. La recette est facile, comme vous voyez. Aussi chaque Tchouvache a-t-il son dieu chez lui. 11 "n'entreprend rien sans le consulter, et croirait commettre un sacrilège en le touchant, si ce n'est une fois chaque automne. Mais alors il prend son Icrich, le jette dans le fleuve quil'emporte, et s'en fait un autre tout neuf et tout vert.

BBj.4. Fille de Vaivacouata, qui lui-même était fils de Soiiria (le soleil). Ayant été changée en garçon à la prière de son père, elle reçut le nom de Soudoummina. Chassant un jour dans un bois, Soudoummina passa dans un lieu inaudit par les M.iharchis, irrités contre Siva et Bhavani. Voilà Soudoummina redevenu lia. Ha s'éprit ensuite de Bouddhi. l'épousa et donna le jour à Pourou. Mais elle se l.issa bientôt d'être femme. Tout ce qu'elle put obtenir fui de changer de sexe tous les mois. C'est dans un des mois où elle se trouvait être lia qu'elle mit au monde Oukala et Véniola. Si vous voulez savoir ce que signifie cette belle histoire, rappelez-vous que la lune, avec ses phases, était regardée tour à tour comme mâle et comnie femelle.

II^AMATEUCUTL.1. Déesse de la vieillesse chez les Mexicains. On célébrait en son honneur, le 5 du septième mois, une fête pendant laquelle on sacrifiait une femme, qui avant sa mort devait exécuter une danse lugubre. On se disputait ensuite le prix de la course, et, le soir, les prêtres couraient dans les rues en frappant les jeunes filles et les femmes avec un petit paquet de foin.

ILilIARË]%EX. Fils de Vara, le dieu suprême des anciens Slaves, et frère puîné de Vainamoinen, le dieu du

feu. Il présidail ;i l'air et au vent, et passait pour l'inventeur de la forge. 11 aida son frère dans sa lutte contre les mauvais génies.

I9IOUTII. Dieu secondaire des Egyptiens que l'on met en rapport avec Eseulape, et qui parait èlre un dieuciel.

INDRA. Le dieu de l'éther et du firmament, du jour céleste, des nuages, des pluies et des phénomènes almospliérinues. Il est fils deKaciapa (l'espace) et d'Aditi, et habite, selon les différents livres sacrés, dans l'air, sur le Blérou ou dans l'Indraloka, dont on trouvera à l'article Ciel une description détaillée. Indra a pour arme Vadjera (la foudre], pour char Vimanam ou Viomadjanam (le cliar de la région des nuages). Son éléphant s'appelle Iravat et son cocher Matali. Il a eu de sa femme Indrani ou Sarati une fille nommée Devani. Ses principaux surnoms sont: Marouta (l'air), Meyhavahana (le moteur des nuages), Paijachakna (le dispensateur de la température), thounacira (le dieu au long nez), Divespiter (le dieu du jour). Indra est le premier des huit Vaçous et la plus haute divinité de la mythologie hindoue après les trois couples trinilaires. Une foule de passages des livres sacrés le font même figurer dans la Trimourti avec Siva et Vichnou, et il se confond par conséquent avec Brahma. Il est à remarquer que le nom de Divespiter est une des épithétcs de Jupiter, avec lequel Indra s'iilentifie d'ailleurs par ses attrihutioiis. Il est aussi pris quelquefois pour le soleil, et passe pour le gardien de la région du nord. Les bons génies lui sont soumis. Indra est souvent représenté monté sur son éléphant et tenant dans une de ses quatre mains uni' lleur di.' lotos épannuio.

IWTERBAPA ou ILiEiAPA. Troisième personne de la trinité péruvienne. On le représentait tenant d'une main une fronde ou une massue, et, de l'autre, la pluie, la grêle, la foudre, etc. Dans la province de Cuzco, on lui sacrifiait de jeunes enfants.

lOll ou POOn. Le dieu-lune des Egyptiens, qui était quelquefois cependant regardé comme une déesse. On comprend parfaitement cet androgynisiue. La lune reçoit les germes envoyés par le soleil ; alors elle est femelle; mais elle distribue ces germes sur la terre, et par cela même cède son rôle passil à la masse terrestre, considérée comme déesse mère. Quant à ses deux noms loh ou Ooh et Pooh, ils ne différent absolument que par l'article pi. Sur les monuments, Pooh est représenté avec une chevelure noire, un riche collier à trois ou quatre branches; souvent il a au menton un appendice barbu. Quelquefois, il tient à la main le fouet mystique pour stimuler la terre, le sceptre à crochet et la colonne à quatre plateaux, symbole de la stabilité. 11 a parfois sur la tcle un disque jaune, ordinairement posé sur un croissant dont les deux extrémités sont tournées vers le ciel. On le voit aussi avec une lêted'épervier. (Voy. Lune et Po.)

lORD. Fille de Nott (la nuit) et d'Annar, femme d'Odin et mère de Thor. lord, dans la mythologie Scandinave, représente la terre, la terre féconde, la terre nourricière. Elle ne diffère point de Hertha, la Cybéle germaine; les deux noms même n'en font qu'un, à une légère variation près (Erde, lord, llerlha). itertha avait, dans l'ile de Rugen, un bois sacré, avec un char toujours couvert d'un voile que les prêtres seuls pouvaient toucher et où la déesse descendait une fois chaque année. Les guerres alors étaient suspendues; le peuple se livrait à la joie; deux génisses blanches conduisaient le chariot sur les bords d'un lac peuplé de poissons noirs, dans lequel on le faisait rouler pour lui donnerdcs ablutions. Les esclaves qui avaient été employés à la cérémonie étaient ensuite novés dans ces eaux saintes.

■ORlUOLINCiAMnOLIB. Voy. Fenris, E^fer, (;i,>ile.

IOi;.41>TEUCIITE.I. Le dieu de la nuit chez les Aztèques. On mettait les enfants sous sa protection, et on le priait de proiégcr leur sommeil. On l'assimilait tantôt au soleil (Tonatiouh), tantôt à la lune jMetzIi). — Iouai.- TiciTi, était, chez le même peuple, la déesse de l'enfance. Elle voillait sur les berceaux. Son nom signifie le médecin norturnc.

lOUSlAI^. L'être suprême chez les Finnois, dont

le culte était répandu jusque dans la Samogétie, la Lilhu.anie et la Courlande. Les Permiakes lui avaient élevé un temple céli-bre, plein de richesses entretenues par la piété des fidèles. Les corsaires du Nord le pillèrent souvent.

IRMIIVSUli. Dieu suprême des anciens Sa.vons, dont le temple s'élevait dans la ville d'Eivsburg. Ses prêtres, comme les Druides, occupaient un rang éminenl dans la n.ition. L'administration de la justice formait, selon iMeibom, une de leurs attributions. Il parait, en elïit, qu'ils nommaient les juges des cantons et ceux des campagnes. En temps de guerre, ils portaient à l'arniéc la statue de leur dieu, auquel ils immolaient souvent les prisonniers. On parle aussi de prêtresses qui probablement exerçaient les lonctions de prophétesses. Les fêles d'irminsul attiraient une foule immense ;\ Eresburg, et l'on voyait les principaux du pays, armés comme pour la bataille, exécuter des cavalcades autour de la statue. Mettant ensuite pied :\ terre, ils se prosternaient devant l'idole et faisaient aux prêtres de riches offrandes. On ignore l'époque à laquelle le culte d'irminsul s'introduisit dans la Germanie. Il subsista jusqu'à la fin du huitième siècle, (^harlemagne, jMrtnnt la foi ,i la pointe de son épée, s'empara d'Éresburg on 772, pilla le temple, le rasa, enveloppa dans un commun massacre les prêtres et les habitants de la ville, et ordonna d'élever sur les ruines du sanctuaire une chapelle qui fut consacrée dans la suite par le pape Paul III. il avait, dit-on, laissé debout la colonne de marbre, haute de •{ mètres environ, qui servait de piédestal à la statue d'irminsul. Lorsqu'il fut parti, les Saxons, mal convertis, vinrent offrir leurs hommages à la colonne. L'empereur la fit précipiter dans le Wcser, et les bords du fleuve devinrent un but de pèlerinage. Louis le Débonnaire, pour en finir, donna ordre d'enlever la colonne, qui, après avoir été purifiée, fut déposée dans l'église a'Ildesneim où on la voit encore aujourd'hui surmontée d'une statue de la Vierge.

La statue d'irminsul. selon l'abbé d'Erpery, qui vivait au treizième siècle, n'était qu'un simple tronc d'arbre, opinion confirmée par Adam de Brème et Beatus Rhénanus. Ces deux derniers ajoutent même qu'elle était en plein air. Le temple d'irminsul n'aurait donc été qu'une enceinte sacrée. D'autres croient que le dieu saxon était représenté sous la figure d'un guerrier. Les savants ne s'accordent pas plus sur Irminsul lui-même. Quelquesuns le prennent pour le fameux Arminius ou llerman, divinisé après sa mort. D'autres ont vu en lui Mars, Hermès ou la déesse .lunon. Les plus raisonnables, selon nous, sont ceux qui le regardent comme un dieu national, analogue à Alemanus. (Voy. ce mot.) La partie fondamentale de son nom, de quelque manière qu'on le décompose, est en effet trm, irmn, qui ne diffère ni d'IIerman ni de Germanie. La seconde moitié, sœule, signifie colonne dans les langues tcutoniques, et on pourrait peut-être traduire Irminsul par colonne ou soutien des Germains.

ItSIS. Déesse égyptienne dont certaines léiçendes font à la fois la mère, la sœur et la femme d'Osiris, qui l'épousa dans le sein même de sa mère, de sorte qu'en naissant elle se trouvait enceinte d'Ilaroéri (le soleil). Voilà, sans contredit, de choquantes monstruosités. C'est ainsi du moins qu'on en juge au premier abord. Mais toutes ces contradictions s'expliquent d'elles-mêmes par le rôle immense ntliilmé à Isis dans la mythologie égyptienne.

Esi|nissons d abord à grands traits les circonstances de sa vie allegoriquement rattachée à la terre. Isis est une reine rivilisiilrice. Elle gouverne l'Egypte avec Osiris, et apprend i'agriciiliure aiix hommes tandis que son époux leur donne des lois, leur enseigne les arts utiles et institue le culte. Quand Osiris part pour de lointaines expéditions, Isis gouverne le royaume en son absence avec le secours de Thot et d'Hercule, (|ui comprime la révolte de Typhon. Osiris rentre en Egypte ; il est lue par Typhon et ses soixante-douze complices ; Isis désolée se met à la recherche de .son cadavre, accompagnée d'Anubis, le trouve enfermé dans une colonne de tamarin qui soutenait le palais du roi de Byblos, le rapporte en Egypte et le dépose dans l'ile de lîoulo, où Osiris, p<Me et languissant, quitte les enfers pour la visiter et la rend mère du débile

Gl

Darpocrate. (Voy. ce mot.) Mais le hasard conduit Typhon dans celte retraite inconnue : il voit le coffre dans lequel il avait naguère enfermé Os'ris, l'ouvre et dépèce le corps de sa victime en qualorze morceaux, qu'il disperse dans toutes les parties de l'ile Isis parcourt, echevclée. sur une barque de papvTus les sept hras par lesquels le Nil va se décharger aans la mer: elle ne retrouve que treize des morceaux du cadavre divin : le quatorzième avait été dévoré par les poissons du fleuve. Elle remplace l'orsane perdu par un membre de cire, recompose le corps de son époux et lui donne la sépulture, ou, suivant une autre tradition, fait exécuter en cire quatorze figures d'Osiris contenant chacune un des lambeaux retrouvés et les confie à qualorze villes dans lesquelles elle consacre un sarcophage de la forme d'un bœuf el un temple pour honorer la mémoire de l'époux qu'elle ne cesse de pleurer. Ce

n'est pas assez ; la mort d'Osiris crie vengeance ; Haroéri (voy. ce mot) fait expier à T\-phon son usurpation et son crime.

Faisons connaître à présent les attributions d Isis. Nous accorderions bien au patriarche Joseph ou même à Moïse l'honneur de l'avoir eue pour femme. Mais alors nous serions oblisé d'identifier ces deux grands saints avec Osiris el de leur donner la forme d'un bœuf; laissons ce privilège à N'abuchodonosor. Osiris étant le soleil, Isis est nécessairement la lune, qui répand sur le globe les germes qu'elle a reçus du soleil ; Osiris descend sur la terre. Osiris est le >"il, Isis devient l'Egypte fertilisée par les eaux du fleuve-époux. .\ un autre point de vue, Osiris s'élevant dans la hiérarchie divine est le principe actif du monde, le générateur universel. Isis alors est le principe passif de 1 univers, la génératrice universelle, la Nature, comme elle était appelée par les Grecs. Mais qu'est-ce que la Nature? L'ensemble des choses créées et des lois qui les régissent, c'eslsi-dire la matière et l'intelligence, la terre et le ciel, les êtres mortels et les dieux, el voilà pourquoi Isis aux mille noms (mvi-ionime), comme on disait, est confondue en même temps avec Bouto la nuil-matiére primordiale, avec Athor. la nourricière divine, avec Neith même, l'énergie créatrice, la sagesse suprême, la donneuse de lois, etc., etc. Cela posé, qu'v a-t-il de plus facile à comprendre que la généalogie de la déesse telle que nous l'avons donnée au commencement de cet article'? Ecoutons Isis se définissant elle-même dans .\pulée : « Je suis la nature mère de toutes choses ; maîtresse des éléments, le commencement des siècles, la souveraine des dieux, la reine des mânes, la première des natures célestes, la face uniforme des dieux et des déesses ; c'est

moi qui gouverne la sublimité lumineuse des cieux, les vents salutaires des mers, le silence lugubre des enfers. Ma divinité unique, mais à plusieurs formes, est honorée sous différents noms. Les Phéniciens m'appellent la Pessinunlienne, mère des dieux ; les Cretois, Diane, Dyctinne ; les Siciliens, Proserpine, Hygienne-, les Eleusiniens, l'antique Cérès; d'autres, Junon, Bellone, Hécate, Rhamnusia. »

Les Pharaons avaient élevé à Isis des temples superbes. On cite surtout ceux de Saîs. de Bubastis, de Busiris, de Coptos. d'.\bidos, etc. On célébrait en son honneur douze grandes fêtes, représentant toutes les phases de sa vie, (iepuis la disparition ou aphanistnc d'Osiris (17 athyr) jusqu'à la naissance d'Ilaroéri (30 épiphi ; 'ii juillet). Deux autres solennités, les Paantylics. dans lesquelles on promenait processionnellement. sur le van sacré, celui des membres qui après avoir été dévoré par les poissons avait été miraculeusement retrouvé, et la déroute de Typhon, complétaient la série des fêtes Isiaques. Ces cérémonies ofl'raient le spectacle le plus curieux et le plus pittoresque. On y voyait les prêtres, les personnages les plus illustres, les dames égyptiennes, portant tous les objets sacrés qui figurent dans la légende, la barque ou Bari, le cercueil d'Osiris, des semences de toutes sortes, des torches innombrables, etc.. etc. Des femmes en pleurs faisaient retentir lair de leurs gémissements; les animaux svmboliques marchaient au milieu du cortège. Le culte d'Isis devint, sous les Ptolémées, plus magnifique encore qu'il ne l'avait été du temps des Pharaons, et lit invasion dans la Grèce ; Rome même le reçut après la conquête de l'Egypte. Mais jamais la statue d'Isis n'apparaissait aux regards de ses adorateurs. Un voile, symbole de l'incompr'éhepsibîlitè de la nature, l'enveloppait toujours. — Cette déesse est représentée sous les traiis d'une belle femme; elle a pour coiffure un vautour, emblème de la maternité, au-dessus duquel s'élève le globe lunaire ou des cornas de vache; souvent même on la voit avec une têle de génisse, car Isis a pour sjTnbole identique la vache, comme Osiris le taureau.

ISPARETTA. Dieu suprême des Malabares, qui tira de sa propre substance l'œuf primordial d'où sortirent les sept cieux et les sept terres, (.'est la cosmogonie hindoue dans toute sa pureté. Isparetta est Siva lui-même, souvent nommé Içouara, d'où on a pu faire sans altération sensible Isvarâ, Isfnra, Ispara.

IfS'Vl'ABA ou mieux IÇOUABA est un des noms les plus célèbres de Siva. Le radical de ce mol est iça qui signifie mailre. El à qui applîquerail-on ce titre, si ce n'est au dieu qui tient entre ses mains la vie et la mort, au dieu permutateur des foiTnes. qui représente le feu dans toutes ses combinaisons, et qui se confond avec le Mérou, la montagne des mondes? .\u lieu d'Içouara on dit souvent Mahiçouara, le grand maître

IXTHLOX. Dieu de la médecine chez les Aztèques. On conduisait dans son temple les malades et surtout les enfants, les pères faisaient des prières pour le fléchir et formaient des danses sacrées devant sa statue. Les prêtres leur faisaient boire, ainsi qu'au malade, de l'eau bénite qui sans doute était mêlée de quelques drogues.

IZEDS. Génies secondaires de la mythologie des anciens Perses. Création radieuse d'Ormouzd , ils viennent immédiatement après les sept .\mschaspands et président à tous les grands phénomènes du monde, aux mois, aux jours, etc. Ils obéissent aux .\mschaspands, exécutent leurs volontés et celle d'Ormouzd. et ont eux-mêmes sous leurs ordres les légions innombrables des Pervers el les Ilamkars. Ils sont au nombre de vingt-huit et sont opposés à autant de princes des Dews. Les sectateurs de Zoroaslre doivent leur adresser de fréquentes prières. Les Izeds sont divisés en mâles et femelles; mais ces derniers sont les moins nombreux. Ils protègent les hommes, el. lorsque la mort vient de frapper un fidèle adorateur d'Ormouzd, ils vont au-devant de son âme, l'enlèvent aux Dews qui voudraient s'en emparer et lui fout franchir le pontTchinevad, qui les conduit dans le séjour de l'éternelle béatitude. Voy. Ormoizd, Amschaspamis, Dews, Aibordi, Fervebs, D^ûa>', JbTHBà, etc.

JACHAR. Le dieu bon des habitants de Mnd:i£;ascar; il est opposé à Angat, le mauvais génie. On lui offre des sacrifices pour l'honorer, mais jamais pour le fléchir et l'implorer. Jachar, disent les Madécasses, sait mieux que les nommes ce qui leur convient ou ce gui peut leur cire nuisible ; ses volontés d'ailleurs ne sauraient fléchir devant nos désirs souvent déraisonnables. On regarde en Conséquence comme ridicule de lui adresser des prières. On ne lui consacre ni statues ni temples.

JACiA BABA. Divinité slavonne qui présidait à la guerre. On la représentait sous la figure d'une vieille femme d'une taille colossale et d'une effrayante maigreur. Un squelette couvert d'une peau ridée, telle était Jaga Baba. Elle tenait à la main une barre de fer avec laquelle elle semblait vouloir repousser le socle qui portait sa statue. La hutte dans laquelle on l'adorait n'avait point de porte, et l'on n'y entrait qu'après avoir prononcé quelques paroles mystérieuses. Jaga Baba était tour à tour bienfaisante et cruelle.

JACiRENATHA ou mieux DJAGAl^MATRA (seigneur de l'univers). Nom de Krichna, adoré dans le temple de Djagrenath ou Djagannath. Krichna ordonna un jour à Indràdhioumna, roi d'Oricah ou d'Oudjadjdiani, de lui bâtir un temple où il put être éternellement adoré. Le Brahme Vidiapati fut chargé de chercher le lieu qui pouvait être le plus agréable à Krichna ; il y réussit avec l'aide d'un paria nommé Vichouavaçou. L'endroit désigné s'appelait D)agannath-Kchatra. Indràdhioumna, sur l'avis du Pradjapali Nareda, fil faire alors par Viçouakarma, l'architecte des dieux, avec le bois de l'arbre Vala, le premier arbre de la sagesse, trois statues pour consacrer l'emplacement. L'une représentait Djagannatha, l'autre Balahhadra, et la troisième Soubhadra. Si nous citons ces noms, c'est qu'ils sont d'une haute importance. Le temple nouveau devait inaugurer une ère nouvelle dans la religion des Hindous, une fusion entre les sectes rivales. Balabhadra et Soubadhra sont en effet des partisans de Siva, mais le premier est censé frère et la seconde sœur do Krichna, pour mieux indit^uer l'alliance des deux culles. Le fanatisme pourtant n'était pas détruit encore ; Viçouakarma n'avait pas achevé la statue de Soubliadra, que déjà Gadarnath venait, par une brusque invasion, interrompre le travail de l'ouvrier céleste. Le tumulte enliii s'apaisa; le temple fut construit; on y jilaça les trois divines images, et tous les dieux furent invités à la cérémonie de l'inauguration. Le sanctuaire de DjaL'annath nous apparaît donc comme le palais commun ue toutes les divinités indiennes, coininc un véritable Panthéon. Il y a plus : si les dieux se réconcilient, les hommes doivent se donner la main, cl Krichna, selon la légende, ordonne à

tous ceux qui viendront se sanctifier dans son temple de manger à la même table, sans distinction de sectes, de tribus et de castes. C'est ce qui a lieu encore. Les parias seuls sont repoussés de cette fraternelle communion. Malheureu-scment la fusion ne s'opéra que dans d'étroites limites, elleDeckhan tout entier regarde avec indignation les pratiques du culte inauguré à Djagrenath. Une ville nommée Pouri ou Poursottom s'éleva bientôt autour du temple.

La pagode de Djagrenath est d'une solidité extrême, mais d'une conslruclion peu élégante. La grande tour, haute de 203 pieds anglais, sert de phare aux vaisseaux qui naviguent sur la côte dangereuse d'Oriçah. Un vaste emplacement, clos par une nîuraille de 2i pieds de hauteur, environne ce temple, et renferme une cinquantaine d'autres petites pagodes, consacrées à différentes divinités La statue de Djagannatha est peinte en noir, celle de Balabhadra ou Balarama en blanc, et celle deSoubliadra en jaune. La grande fête a lieu au mois de mars, à l'époque où le soleil entre dans le signe du bélier. On fait alors sortir les trois idoles sur trois chars richement ornés. Celui de Djagannatha a seize roues de 6 pieds environ de diamètre, et le plancher qu'il supporte et sur lequel est placée la statue au-dessous d'un dôme pyramidal qui s'élève dans les airs, se trouve à 25 pieds au-dessus du sol. Sur le devant du char on place une grande statue, destinée à remplir les fonctions décocher; des chevaux de bois sont attelés à l'énorme machine, traînée par des hommes, attelés à six câbles. Une foule immense, accourue des contrées les plus lointaines, suit le char en criant : Victoire à Djagannatha ! et c'est en effet une grande victoire que celle de la tolérance religieuse sur le fanatisme, de la fraternité humaine sur le système dégradant des castes! Rien de plus animé que l'aspect de celte grande solennité. La ville regorge cie pèlerins, la campagne en est couverte; les fakirs, pour recevoir les aumônes des fidèles, exécutent des tours de force qui laissent à cent lieues en arrière nos bateleurs européens. Les uns passent un jour entier les pieds en l'air; d'autres se tiennent debout avec une jamue attachée sur le cou; quelques-uns tiennent sur leur ventre un vase plein de feu ; d'autres s'enterrent jusqu'au cou, tic, elr. On en voit même des dévots, le nombre il est vrai a consiilérablenient diminué, qui se jettent sous les roues du char de Djagrenath et se font écraser de gaieté de cœur, certains d'obtenir ainsi tout d'un coup les joies du paradis.

•lAHOUSI. L'Esculape des Japonais. Il nasse pour une divinité malfaisant», i|uoiqu'il guérisse les nommes de leurs maladies, ce qui vient sans doute des anciennes pratiques médicales, qui, avant les progrésde l'art, se confondaient avec les sortilèges des ni:igiciens. Jakousi est représenté debout sur une feuille de nymphéa et la tète entourée d'une auréole. Une foule de génies malfaisants comme lui portent son nom.

JAUBAVAIV ou DJAMBOUVAN. Roi des ours et ours lui-même. Lorsque Rama (Vichnou) entreprit sa grande expédition contre le géant Ravana, tyran de Lanka (Ceylan), qui avait enlevé la iiclle Sita, sa femme, Jambavan fut un de ses plus courageux et de ses plus fidèles auxiliaires. 11 devait le jour à l'union d'un dieu et d'une ourse, car lirahma, craignant de voir s-nccomber Rama dans cette lutte acharnée, avait ordonné aux Dévas do s'unir à tous les êtres de la création pour cnfanlcr la plus formidable armée qui jamais eut fait trembler la terre sous ses pas. « Voyez, » disait Brahma aux dieux réunis, en faisant allusion sans doute à la tâche qu'il leur imposait, « voyez, ma bouche s'ouvre comme un gouffre, et déjà en sort l'ours puissant Djanibouvan, dont un grondement sourd annonce la venue. » Djanibouvan était en ell'et un guerrier terrible; il conduit, nar le pont de rochers qu'on devait au génie inventif d'Ilanouman (voy. ce mot), ses légions velues dans l'ilc de Lanka, enlace de ses pattes énormes les plus redoutables défenseurs de Ravana, les déchire, les met en lambeaux. Cette grande guerre de Lanka n'est vraisemblablement que la lutte du sivaïsme contre le vichnouïsme et le brahmanisme. Le siva'isme faiblit déjà : il a perdu l'Inde ; il a concentré toutes ses

forces dans l'ile de Coylan. Mais il sera forcé dans ce dernier retranchement; le vichnouïsme a jeté des racines S refondes parmi les populations montagnardes qui s'élenent ans extrémités ae l'IIindouslan ; les peuplades lointaines sont les légions velues de Jambavan ; nous voyon.': plus tard, en effet, un descendant de ce puissant champion de Vichnou, Soumha, que la légende dit fils de Kricnna- Vichnou et de Jambavani, fille de Jambavan, amener ,i sa suite,dans les Indes, les familles sacerdotalesdesMagas, originaires du pays des Saces. (Voy. Magas, Rama, Ravala.)

«lÉDOD. Dieu germain qui présidait au commerce et à la fraude. Ainsi commerce et vol étaient synonymes dans l'antique et sauvage Ijermanie comme dans la Grèce civilisée et corrompue. Bien des siècles se sont écoulés depuis Jédod et Mercure, faut-il en conclure que le commerce se soit moralisé?

JÉnAO. Dieu de l'enfer au Japon. On lui a élevé auprès de Miyaco un temple dans lequel on le voit assisté de deux génies infernaux qui enregistrent ses arrêts. Juge inflexible, .\mida (voy. ce mol) peut seul le fléchir en faveur des âmes auxquelles il s'intéresse. Le nom de Jémao ou lémao prouve son identité avec lama, le dieu du Naraka hindou.

JÈXE. Dieu à quatre visages et à quatre bras crui lient sous son empire les âmes des vieillards et des femmes mariées. Nous ne voyons pas trop les rapports qui existent entre ces deux classes d'ànies; mais Jène les connaît; c'est son affaire et non la nôtre. Ce dieu tient dans une de ses mains un sceptre terminé par un soleil rayonnant, dans une autre une couronne de fleurs, dans la troisième une verge, dans la quatrième une cassolette remplie de parfums.

alOS. Les Lares et les Pénates chinois, dont chaque chef de famille peut à son gré augmenter ou diminuer le nombre. .Au fond de toute mythologie on retrouve le fétichisme primitif. Lares et Jos iie différaient point, dans l'origine, des Grisgris de ['.Afrique centrale, des Manitous et des Ockis de l'Amérique du Nord, des Bourkhans de la Sibérie, etc. .V l'époque Je Jacob, nous retrouvons les fétiches sousIenomdeTerapliim jusquesous la tente du patriarche La civilisation n'abolit pas les fétiches : elle les transforma; c'est ainsi que les Romains, après avoir progressivement élevé leurs Pénates dans la hi 'rarchie divine, finirent par les choisir souvent parmi leurs plus hautes divinités. Aujourd'hui nous n'avons plus ni Lares ni Pénates en Europe; mais la superstition est inhérente à la nature humaine, et nous portons sur nous des amulettes qui devraient nous rendre plus indulgents pour les Ockis et les sacs de médecine des tribus sauvages de l'Amérique. (Voy. Fétichisme, Pierbes sacrées. Soleil.)

■CACHER. Le Kachemire était encore couvert des

eaux diluviennes, retenues dans ses vallées fertiles par les grandes arêtes des montagnes. Un vieillard arrive, c'est Kacher ; il coupe en deux le mont Baramonté ; les eaux s'échappent en bouillonnant par l'ouverture béante , et bientôt la terre de Kachemire est prête à recevoir de nouveaux habitants. Elle ne tarde pas, en effet, à être repeuplée . et Kacher civilise les hommes auxquels il vient de cionner une nouvelle patrie. Les annales des peuples sont fécondes en récits de ce genre, auxquels il serait difficile d'assigner une valeur historique. (Voy. Tamandouare. Tezpi.)

KADROHA. Femme de t^enrési, qui, suivant la mvthologie lamaïque , se métamorphosa en un singe femelle pour donner naissance à la race humaine. iVoy. Aghogor, Hanoimas.)

KAIOHORTS. L'homme primordial , dans la religion des anciens Perses. Dans l'ordre de la création , le taureau Aboudad vient immédiatement après les sept .\mschaspands. Il renferme dans ses vastes flancs les germes de tous les animaux et de toutes les plantes, .\hriman, voulant anéantir dans sa source toute la population animale et végétale qui doit un jour se développer sur la terre, lue le taureau divin. Mais de l'épaule droite d'Aboudad sort Kaïomorts, l'homme primitif et andro^yne; de son épaule gauche s'échappe Gochoroun , l'hed femelle, qui préside à la production et à la conservation de toutes les races d'animaux. De la substance fécondatrice d'Aboudad, Ormouzd forme ensuite deux autres taureaux, souches des animaux purs, et son corps donne naissance à tout le régne végétal. Une autre tradition , offrant un système de création plus nettement déterminé, donne pour ancêtre au règne végétal l'arbre-homme Hom (voyez ce mot), et au régne animal le taureau .\boudad. Ahriman ne portait pas à fiaïomorts moins de haine qu'au taureau, ^e pouvant parvenir à lui nuire , malgré les efforts combinés de ses ténébreux génies, il le tua comme il avait tué .\boudad. Kaïomorts était alors âgé de trente ans. L'.\mschaspand Sapandomad, qui a pour mission de féconder la terre, recueillit un tiers de la plus pure substance de Kaïomorts ; l'Ized Nériocingli , génie du feu qui anime les rois, conserva le reste, et, au bout de quarante ans, par la volonté d'Ormouzd , le sol , imprégné des sucs féconds de la victime d'.Vhriman , produisit un bel arbre qui mil dix ans à croître, et qui offrait l'image d'un homme et d'une femme unis l'un à l'autre. Cet arbre, au lieu de fruits, portait dix couples humains , dont le principal était Méchia et Méchiane, ancêtres de la race humaine.

KAIiAÇA (^Kessel en allemand). La chaudière sacrée, la marmite magujue, symbole du réceptacle immense dans lequel la nature compose de mille éléments divers tous les êtres de la création, depuis la plante jusqu'à l'homme, depuis le ver qui rampe dans la poussière jusqu'aux génies qui président à toutes les parties de l'univers. La mer de lait, dans laquelle les dieux et les géants font descendre le mont -Mérou, qu'ils réduisent en fusion pour en extraire le breuvage de l'inmiortalité (voy. .Amrita), est. selon Otlfried .Mûller, une sublime allégorie du vieil univers régénéré dans la Kalaça. On voit, en effet, à la suite de celle opération gigantesque, sortir de la mer de lait la lune éclatante de lurciére. Sri, la déesse du bonheur, les cinq arbres d'abondance, la vache Kamadenou, dépositaire des germes de tout ce qui soutient la vie. Lakmi, la déesse des richesses, Saracouali, qui préside aux sciences et à l'harmonie. Cette mystérieuse cnaudiére où s'élabore la vie reparait chez tous les peuples, avec des formes, il est vrai, moins grandioses. Li)rsque Jason ramène, de sa lointaine expédition, la magicienne Médée. il trouve son père vieux et infirme; Médée" remplit d'herbes magiques la cliaudiere régénéraliice. introduit dans les veines du vieillard les sucs que la llamme en a tirés; Eson est rajeuni, symbole profond des transformations opérées par la nature , pour qui la mort n'est qu'un nouvel élément de production 1 Médée disparait, mais la Kalaça reste; nous la retrouvons chez les sorcières romaines Canidie et autres. Entre les mains de la grande magicienne bretonne Keridouen, elle opère de nouveaux prodiges ; et les croyances religieuses de tous les pays nous apprennent que la terre même sera un jour,

«vec les itiyriadcs de créatures qu'elle nourrit, priicipitée dans la grande Kalaça , d'où elle sortira toute rayonnante de jeunesse et de pureté.

KAL<éDj%. Le dieu de la paix chez les anciens Slaves. On célébrait en son honneur une fête dans laquelle nn se livrait à la joie et aux festins , et qui tombait le 24 décembre, comme celle dp Janus , ce i|ui a donné lieu de comparer ces deux divinités.

KilL.1 (la iNoire) ou IIAHAKAI.I (la grande Noire). Nom de Bhavani comme déesse des enfers, où elle est représentée assise à côté de Roudra (Siv.i) et précipitant, de concert avec lui , les iîmes coupables dans le feu du Naraka. Longtemps on lui immola des victimes humaines, qui , aujourd'hui , sont presque toujours remplacées par des animaux. On la représente avec un collier de tètes de moris. tenant à la main des têtes fraichement coupées et entourée de cadavres.

KAliKI. La dixième incarnation de Vichnou. Elle aura lieu à la fin du monde. Viclinou-Kalki apparaîtra si)us la forme d'un cheval lancé au galop. Il tiendra un de ses pieds levé, et à peine en aura-t-il frappe le globe, que les méchants tomberont dans l'enfer. La terre, vacillant sur ses fondements, ne sera plus qu'un monceau de cendres ; la Tortue, qui soutient le monde à la surface des eaux, s'enfoncera dans la mer, où elle entraînera la terre ; le grand serpent Adicccha distendra les anneaux immenses avec lesquels il enveloppe et soutient la terre et les cieux, et alors terre et cieux rouleront , avec un fracas horrible, dans le vide infini. Le puissant reptile vomira en même temps des torrents de flamme qui consumeront les derniers débris de la création. La destruction sera complète. Les germes des choses pourtant ne périront point; Bhavaniles recueillera dans le calice du Padma (lotos), qu'elle porte sur son sein , pour les répandre à profusion sur le monde nouveau que Waïa développera dans l'espace. (Voy. Ciel, Enfer, Fenius, Gimle, R.maça.]

KAISA. Le dieu de l'amour dans le pays sacré de Bharata (l'Inde), fils de Kaciapa (l'espace) et âe Maïa (l'illusion). La première fois qu'il exerce sa puissance, cet Brahnia qu'il embrase d'une passion incestueuse pour Sandhia; Siva, blessé au cœur par un de ses traits, s'éprend ensuite de Bhavani, qui deviendra sa femme. Mais Siva, le dieu terrible, l'impitoyable destructeur; Siva, indigné du rôle amoureux qu'il va jouer, tue Kama d'un regard. Les dieux se réunissent pour llécliir son courroux. L'Amour, sous le nom d'Adboioai, renaît comme fils do

Krichna et delloukmini. — Kama est opposé ,i Tania {hténèbres); Kama est donc le jour, une manifestation du

feu qui donne la vie ; il est le calorique même se répandant sur toute la création. On le représente avec un arc de canne à sucre , qui lui sert à décocher des Heurs au lieu de flèches. Quoique enfant, il a pour femme Itati (jeune fiUe qui folâtre). Sa monture ordinaire est un perroquet, auquel se substitue quelquefois un éléphant. On a trouvé, dans une pagode , un tableau représentant l'éléphant de Kama formé d'un groupe charmant de sept femmes si habilement entrelacées , qu'au premier coup d'œil , on ne voyait que l'éléphant. Quant à la signification du mot Kama, elle se retrouve exactement dans deux des noms de l'Amour en Grèce et à Rome : Himèros et Cupido (désir).

KAMIS. Divinités de l'ancien Japon, encore honorées .i côté des dieux bouddhoïques. On les prend, en général, pour des héros divinisés.

KA1¥C Dieu chinois dont la statue, de trente pieds de haut , entièrement dorée et revêtue d'habits magnifiques, est ornée d'une couronne d'or et de pierreries. Les légendes font de Kang un ancien empereur.

KAÎVO. Fils d'Amida et dieu des eaux, dans la mythologie japonaise. 11 passe pour le créateur du soleil et de la lune. (Voyez Bouto, C^'Ei•n.) Dans son temple d'Osaka, on voit sa statue sortant, les quatre bras étendus, de la gueule ouverte d'un grand poisson de mer. Devant lui est, horizontalement placée , une grosse corne de mer d'où sort le buste d'un homme nu et barbu. Les fidèles de l'ancien culte japonais (le sinloïsme) ont aussi leur dieu de la mer. (Voy. Iébicon.)

KAPIIiA. Voy. Ganga.

KCHATRIIA. Fils de Brahma , souche de la caste guerrière aux Indes. (Voy. Brahma.)

KÉRÉMET. L'iitre suprême chez les Tchouvaches. On lui offre des sacrifices dans une grande enceinte carrée qui porte le même nom que le Dieu. Cette enceinte, fermée par une palissade d'environ quatre pieds de haut, a quatre portes regardant les quatre points cardinaux. Celle du nord est destinée à amener l'eau nécessaire pour les sacrifices; celle de l'est est affectée à l'entrée des victimes ; les hommes entrent par celle de l'ouest, et celle du sud sert à l'écoulement des eaux. On fait cuire la chair des animaux immolés sous un hangar placé près de la porte de l'ouest , et devant ce hangar s'étend une grande table chargée de gâteaux sacrés. Près de la porte du nord se trouve une autre table destinée à ècorcher et à purifier les victimes. Dans l'angle nord-ouest, on voit des perches sur lesquelles on fait sécher les peaux.

KERWUWOS. Sur un bas-relief découvert dans les fouilles de l'église Notre-Dame de Paris, en 1701, on voit le dieu Rernunos représenté avec des cornes et des oreilles de bête féroce. Un grand anneau orne chacune de ses cornes. On l'a pris pour un dieu de la chasse , ou pour un Bacchus gaulois.

KOIAPPEW. Dieu de la guerre adoré par les anciens habilauls de l'isthme de Darien et des environs de Panama. Les prisonniers de guerre lui étaient sacrifiés, cl on teignait avec leur sang la statue du dieu. On n'entreprenait aucune expédition sans le consulter. Les prêtres chargés de l'interroger devaient, pendant deux mois, s'abstenir de sel et vivre dans la chasteté la plus rigoureuse.

KHODA. L'Etre suprême chez certaines peuplades de l'ancienne Germanie. Son nom est sans doute celui que les Allemands donnent encore à Dieu, Goit; les Perses .ippellent encore la divinité Khoda. Ce nom enfin se reli-oiive dans celui du grand dieu des Siamois, Soinmonoh'Iiixluin.

HIAK-KIAK. Nous vous avons déjà montré, cher lecteur, un dormeur intrépide qui accomplit, avec une iiH rvcilleuse persèvèr.uice, le vœu qu'il a fait de dormir six millions d'années. Originaire du .lapon , il a nom Co.mlUDAXE. Mais Coniliaila\r a fait des jaloux. Ses lauriers, je viMix dire ses pavois, luil lenlé le vénérable Mouni Kiak- Kiali, dévot enfanl du Pègu. Un jour dmir Kink-Kiak entre il.uis uu<^ pagdilc. Il y a île cela six niilli' el lant d'années, ce i|ui le l'ait de (|ue|i|ues siècles anli'i'icur ,i notre jière A<lani; ainsi le vi iilenl les Hébreux Kiak-Kiak vient prier, i croyez-vous;

Que faire en uue église, à moins que l'on n'y prie?

Erreur toute pure. Kiak-Riak sent le besoin de faire un somme; il <e couche, il s'endort, il dort encore. Si vous en douiez, montez en wagon; en quelques heures, vous serez au Havre; embarquez-vous pour le Pé£;u ; tout le monde là-bas vous indiquera la pagode de Kiak-Riak ; vous y entrerez, car elle est ouverte à tout venant, et vous verrez le Mouni endormi ; en le voyant même, vous comprendrez peut-être la durée de son sommeil. Kiak-Kiak , en effet, a soixante-douze pieds de long, et, de plus, il est deveuu pierre en dormant.

KIXXAR.4S. Voy. P.toiiLASTi-v.

KOKi^A. Nous vous avons dit, dans nos deux colonnes d'introduction, que vous trouveriez dans ce traité des notions sur tout ce qui peut intéresser l'esprit avide et curieux de l'homme. Nous ne vous avons point trompé. Les plus belles et les plus intéressantes découvertes de la science reposent dans la mythologie, comme une mouche aux éclatants relleU dans le calice d'un lis ou sous les pétales d'une rose. Mille fois, en voyant ces (leurs gracieuses se balancer sur leur tige verdoyante , vous avez pensé à ces chastes amours dont les haleines de la brise sont les discrètes messagères. Vous avez béni la science dont les pénibles recherches nous révèlent dans la nature tant de trésors de grâce et de poésie. Nos pères savaient tout. S'ils n'avaient pas découvert le mystérieux hymen des fleurs, ils l'avaient deviné. Et nous ne vous parlons point ici de cespeuplesde l'Inde, à l'imagination ardente, qui voyaient tout à travers un prisme radieux; nous sommes en pleine Scandinavie. Les Scandinaves connaissaient , il y a deux mille ans, le mariage des tleurs. Ils avaient même fait descendre d'.\>gar, la ville céleste élincelante d'or et de pierreries, un génie pour protéger les amours des plantes ; ce génie étaitKolna.

KOIiPIA. Le vent primitif dans la cosmogonie phénicienne, ou plutôt l'esprit incréé, irrévélé, auquel Sanchoniaton donne pour épouse Baaut, la nuit primordiale. L'Etre suprême, dont, à vrai dire, Kolpia n'est que le souffle, ou, comme le dit Bochart, la voix, le verbe, veut se révéler, comme Brahma. comme Piromi. La première émanation de sa substance ou de sa volonté divine est une masse confuse, incohérente, si ancienne qu'elle est presque éternelle. Dans ce chaos sont répandus pêle-mêle les cléments de toutes choses, toutes les forces vitales rudimenlaires. L'esprit devient amoureux de ces principes, il se joint à eux par un acte de sa volonté toute-puissante. Mais cet acte est encore imparfait; ce n'est qu'un dé^ir (Himéros, Cupido) de l'ordre admirable qu'il développera 4)lus lard. De ce désir, t ulefois, nait le Mot, première transformation de la matière chaotique, l'Ilus, le Sable-et- Eau, la Forêt, le Limon, l'.Vrgha immense dans lequel s'élabore la création. Les serraes déjà commencent à se dégager de la matière ; ils prennent une forme indéterminée, que la pensée ne saurait discerner encore au milieu de l'universelle confusion. Nouvelle transformation. Les germes, s'assimilanl de plus en plus les éléments qui leur sont propres, apparaissent sous ioane ovulaire; ils renferment des êtres dans lesiiuels la vie, à l'état latent , dort ou plutôt sommeille, et qui, par anticipation, sont déjà appelés Sophasémis, c'est-à-dire contemplateurs du ciel. Mais le Mot séchaulTe et fermente; les gaz s'échappent, se rapprochent et se combinent; le Mot rayonne ; le soleil, la lune, les astres et les grandes planètes étincellent dans l'espace. Sous l'influence du soleil, la création va acouêrir son plus magniflque développement. Le travail opéré dans le Mot a produit, à la suite de combinaisons, de séparations, d'agi-égations sans nombre, les airs, la terre et la mer. Une chaleur immense enveloppe le globe; le soleil pompe l'humidité terrestre ; des vapeurs épaisses montent vers le ciel, et produisent les vents et de grands épaiicTiements des eaux célestes. Les nuages remplissent l'air tout entier, et, poussés par les vents, se croisent, se choquent, se heurtent, et, par un dégagement d'électricilé, donnent naissance aux tonnerres et aux éclairs. Au bruit grondant de la foudre , les animaux ovulaires dont nous

avons parlé se réveillent efl'rayés (voy. Druides, Teutatès) et màles et femelles commencent à se mouvoir sur la terre et dans les eaux.

Telle estia cosmogonie de Sanchoniaton, fils de Thabion, écrivain sans doute antérieur à Moïse. Sanchoniaton, ainsi qu'il le dit lui-même, avait tiré ce système des livres de Tholh, qui l'avait formulé d'après les "données de la science et ses propres conjectures. Celle cosmogonie offre, avec celles des Indiens et des Egyptiens, des rapports nombreux et frappants. On pourra s'en convaincre en lisant les articles Beah.m, Brahma, Bocto, Bouddhisme, C.nepb. etc. Le système phénicien , tel que nous l'avons exposé, est dominé par quatre grandes personnifications se réabsorbant en Dieu: Baaut (la nuit primitive , Kolpia(le verbe de Dieu), Mot (la matière), et enfin le Soleil. On trouvera d'autres détails sur le système de Sanchoniaton aux mots Baact, Bercth, Bocto, Chrïsor, Eliou^, Eo>, Césos, etc.

KOUTKA. Messager du dieu suprême Nioustitchitch, qui. par son intermédiaire, transmet ses ordres aux bons et aux mauvais génies. Il parcourt les airs dans un char tiainè par de petites souris, et traverse les fleuves en bateau et avec une telle rapidité, que le sillage de son léger canot s'entend à des distances énormes. Ce bruit, c'est le tonnerre même, selon les habitants du Kamtchatka, ses adorateurs. Koulka joue aussi le rôle de second Démiurge.

KBICHMA. Huitième incarnation de Vichnou. Il se fil chair dans le sein de la belle Dévagi, femme de Vaçoudéva, vierge avant et après la naissance de Rrichna, suivant une légende, et déjà mère de sept enfants, suivant une autre. Dévagi avait un frère, l'ambitieux Ransa, qui, au royaume qu'il occupait déjà, voulait joindre celui de Vaçoudéya. Il avait appris en outre qu'un de ses neveux lui ravirait sa propre couronne. Dans ses appréhensions, il avait juré de faire périr tous les enfants de Dévagi. Six furent massacrés. Riïchna naquit; Kansa, au moment de sa naissance elle eut lieu à minuili. avait aposle des gardes pour l'égorger; mais Brahma et tous les dieux étaient

Krichna toaDt Kansa.

descendus des Souargas pour rendre hommage au nouveauné. Les Ghandarvas et les Kinnaras, musiciens célestes, faisaient retentir les airs d'harmonieux accords; les gardes, distraits par les chœurs divins, oublient leur mission terrible, et Rrichna, transporté hors du palais, échappe au courroux de son oncle. Kansa, outré de colère, enveloppe dans un commun massacre les enfants qui venaient de naitre dans toute l'étendue du pays. Mais Rrichna avait été confié au roi pasteur Nanda, qui, pour préserver l'en-

fant divin, s'enfuit deMathoura, et se relire avec sa femme lachoda dans le pays de Gocoulam ou de Vrindavant. Kricliiia grandit ; Kriclina étonne les liommes par ses miracles ; il invente la flùle, et se plait à diriger les danses légères des bergères de Gocoulam. Huit d'entre elles surtout ont su gagner son affection ; cette affection se change en amour; il donne à celte gracieuse ogduade le doux nom de Gopis (laitières), et place à leur tête l'une d'entre elles, Radha, sa préférée. Mais Kansa n'a point abandonné ses urojels de vengeance. Il invile le beau Krichna à venir célébrer une réconciliation solennelle à Mathoura. Le dieu s'y rend ; le peuple se porte en foule au-devant de lui et fait retentir la ville de ses acclamations; mais à peine a-t-il pénétré dans le palais de son oncle, que Kansa cherche à le faire périr. Krichna d'un regard anéantit tous ceux qui osent le toucher ; on envoie contre lui des éléphants; d'un souffle il les terrasse. Les prédictions vont s'accomplir: Kansa va laisser l'empire au divin flls de Dévagi. Le barbare, assis sur son trône, pâlit à la vue du dieu qui vient s'y asseoir à sa place ; il est pétrifié ; Krichna l'arrache du siège royal, et bientôt l'âme impure du tyran s'échappe de son corps inanimé. Le peuple est dans la joie. — Bientôt une passion nouvelle vient remplir le cœur de Krichna. 11 s'éprend, sans l'avoir jamais vue, de la belle Roukmini, sœur de Bhichmaka, roi de Vidharba, qui de son côté a juré de n'appartenir jamais qu'à Krichna. Mais son frère l'a promise à Sichoupala, roi de Tchidi, géant à cinq tètes et d'une force prodigieuse. Une guerre terrible s'engage. Après une lutte longue et sanglante, Krichna triomphe. Il tire Roukmini de la prison où elle avait été renfermée avec seize mille autres vierges d'une éclatante beauté, qui toutes le reconnaissent pour leur époux, époux mystique, on le comprend, qnoiqu'rn dise la légende. L'Inde bientôt est troublée par de nouvelles dissensions. La famille royale des ladous, à laquelle appartenait Krichna, était divisée en deux branches. Les Kourous (branche aînée), enlèvent aux Pandous (branche cadette) toutes leurs possessions, les persécutent, les dispersent, les réduisent à la misère. Krichna vient au secours des Pandous, dont l'un, Aidjouna, devient son plus fidèle disciple, et marche contre les Kourous, guerre célèbre dans les annales de l'Inde, et qui forme le sujet du grand poëme intitulé Mn/ia B/iarato (la grande Inde). Les Pandous sont vainqueurs, grâce à Krichna. Le fils de Dévagi a enfin rempli la mission qu'il s'était imposée, il laisse à son disciple bien-aimé Ardjouna les instructions sublimes qui font l'admiration de tous les âges, et une (lèche perfide vient le clouer à un bois fatal du haut duquel il prédit les désastres qui vont ensanglanter le monde, et en effet, l'âge noir, le Kali-Iouga commence trentesix ans après sa mort.

La vie de Krichna offre avec celle de Jésus-Christ des rapports qu'il est impossible de méconnaître. Les ladous, a-t-on dit, ressemblent beaucoup â louda, la famille royale de Judée; la naissance à minuit, les accords célestes, le roi pasteur, le massacre des innocents, la fuite de Krichna, i'amour mystique qu'il inspire à des légions de femmes, sa royauté contestée, son entrée solennelle â Mathoura. son disciple bien-aimé, les instructions qu'il lui lègue, sa mort sur le bois, sont autant de points communs; Krichna prédit l'arrivée du Knii-Iouga qui commence trente-six ans après sa mort; Jésus a annonce la ruine de Jérusalem, qui a lieu trente-huit ans après son cruciliement. Quels sont les ennemis les plus acharnés de Jésus-Christ? Les grands du peuple, les Sadducéens, les Juifs de la vieille roc'lie qui repoussaient la loi nouvelle, et qu'en ce sens on peut appeler la branche ainéede la nation juive. Quels sont les ennemis de Krichna? Les Kourous, branche aînée des ladous, les Kourous, les Sadducéens de l'Inde, partisans du vieux culte de Siva, adversaires obstinés de la loi de conciliation que vient prêcher Vichnou-Krichna. Voilà ce (|ue peuvent alléguer ceux qui tiennent â établir le parallèle. Mais on a des objections toutes prctc.s. Le clirislianiMue n'a-t-il

fias été prêché jusc|ue dans l'Inde? Qui nous dira si les lindous à leur légende do Krichna, antérieure i|uant au fond à la naissance de Jésus-Christ, n'ont pas ajouté i|uelques-uns des faits consignes dans les évangiles ''

IiADO ou liADA. Le dieu de la concorde, de l'hymen, de toutes les prospérités chez les Slaves. C'est à Kiev surtout qu'il était adoré. Il avait pour enfants Léla (l'amour) et Poléla (l'amour mutuel).

liAO-KIOVn. Dieu chinois qu'on appelle le haut et saint ancêtre, le haut et très-sublime Tao, l'être noir et primordial du temple d'or, le monarque du ciel, etc. Tous les sages illustres de la Chine sont regardés comme ses incarnations.

IjAO-TSEU. Illustre philosophe chinois, auteur du livre intitule Tao-tc-king 'le livre de la raison ou de la vertu, ou le livre de la puissance du Tao). Il ne rentre pas dans le plan de ce traité de discuter, ni même d'exposer la vie réelle de Lao-Tseu, qui fonda en Chine une religion qui ne compte pas moins de cent millions de sectateurs. Mais les légendes auxquelles il a donné naissance doivent trouver leur place ici. Nous allons en donner un extrait d'après M. Pauthicr.

« Lno-Tseu a dit : J'étais né avant la manifestation d'aucune forme corporelle. J'apparus avant le suprême commencement. J'agis à l'origine de la matière simple et inorganisée. J'étais présent au développement de la grande masse première, et je suis sorti par les portes de l'immensité mystérieuse tle l'espace. C'estpourimoi Ko-Hiouan, dans la préface du Tao-tc-ning, dit: Lao-Tseu était existant par lui-même, et il était déjà proA lit avant le grand Rien (la grande Non-Entité)... Il ne peut être ni exprimé, ni contenu. Il dit encore : les générations racontent que Lao-Tseu apparut au temps de Yn. Le surnom de Lao-Tseu a commencé dans l'accomplissement d'innoniblables Kie ou Kalpas (âges du monde) au sein du chaos mystérieux, dans des temps extrêmement éloignés, avant le développement et l'organisation des choses. Il descendit de nouveau pour être l'instituteur des empereurs, pendant des générations successives sans discontinuer ses enseignements. L'homme ne peut le connaître. » — On voit àans une autre légende : m Je remarque encore que les Mémoires sur Lao-Tseu disent : Depuis le dcvclo])pement du ciel et de la terre, avant et jusqu'au temps du roi Tang, de la dynastie Yn, il fut l'instituteur de tous les rois, après avoir transformé sa personne et être ilescendu dans le siècle. Pendant la dix-seiitième année du roi Tang de la ilynaslie Yn, du cycle Kia-Tseu, de l'année Keng-chin, il commença à révéler les mystères de sa naissance. Du lieu de la grande jiuretè et de la couslanto raison, il reçut (lu grande niàle l'essence du soleil transformée dans les (■ini| iduleurs priniilives, et en fiirma un globe de la grandeur d'une bulle. En ce temps là, In-Nin (la vierge

précieuse comme la perle) dormait à l'heure de midi; elle reçut la bulle de l'essence du soleil dans la bouche et l'avala. Alors elle conçut et fut enceinte pendant quatrevingt-un ans, jusqu'à la neuvième année du régne de Wonting, du cycle Keng-chin, où la vierge, belle comme le jaspe, mit aii monde, par le côté gauche, un enfant à la tète blanche, surnommé Lao-Tseu, vieillard enfant. Il naquit sous un arbre nommé Li, et, en montrant cet arbre de la main, il dit : Voilà nom nom de famille. Sou petit nom fut Eul,et son titrePeyang. Depuis la neuvième année du régne de Wonting, de la dynastie Yn, jusqu'à la neuvième année du régne de Tchaowang, du royaume de Tsin, il demeura dans le monde; ensuite il se retira à l'occident, sur le mont Kowen-Lun (Kuen-Lun) où il passa neuf cent quatre-vingt-seize ans.

Ce qui précède prouve que la vie de Lao-Tseu a été comiiletement transfigurée. Quelques auteurs ont cru même qu'il n'avait point existé. Le Tao-te-King, dont le>; sinologues s'accordent à reconnaître l'authenticilé, u'eu est pas moins un livre d'une haute importance. 11 est à peu prés incontestable que les doctrines qu'il développe ont leur source dans l'Inde. Ces doctrines sont purement philosophiques. Le principe encore mal défini qui a donné son nom au livre, le Tao,y joueune rôle éminent. Le Tao, selon Morisson et .\bel de Rcmusat, ressemble au Logos des Grecs. Le Tao, suivant IIoai-Han-Tseu, philosophe de l'école de Lao-Tseu, conserve le ciel, soutient la terre ; il est si élevé qu'on ne peut l'atteindre, si profond qu'on ne peut le sonder; si immense qu'il contient l'univers; il est cependant tout entier dans les plus petites choses. Si nous écoutons les sectateurs de Kong-Fou-Tseu, se conformer au Tao, c'est suivre la nature. Le Tao est toujours prés des hommes. Si un homme méprise ce qui est commun et facile à pratiquer, ce n'est point le Tao qu'il poursuit. Le Tao du sage peut être comparé à la marche de celui qui gravit un lieu élevé, en commençant par la partie inférieure. Cela ne revient-il pas à dire, selon l'expression de M. Parisot, que le Tao, dans la philosophie de Ronî- Fou-Tseu, est le chemin de la perfection? Le Tao, dansïa cosmogonie, a produit Un (1 Rlii, femelle primordiale cl premier archétype) ; Un a produit Deux (In et lang, principe femelle et principe màlei; Deux ont produit Trois (Ho, l'harmonie) ; Trois ont produit toutes choses. Et ces trois nombres sont appelés les trois Tsaï (les trois énergies), ce qui se réduit en une trinité numérale et philosophique. Le Un s'appelle aussi léou (l'être), et est opposé au Oou (non être), dont la réunion forme Hiouan Ile bleu du ciel, le bleu profond, le noir), mot dans lequel A. de Rémusat voit la transcription du mot hébreu Jenovah.

Sous les premiers empereurs de la dynastie des Tang, une multitude de temples furent élevés en l'honneur de Lao-Tseu, et le livre qui porte son nom fut commenté dans tous les collèges. Ses prêtres, Irés-superstitieux et adonnés à une foule de pratiques grossières, sont divisés en deux classes; les plus élevés sont les Lao-Sse ou Tao- Tchang, et les seconds les Tao-Sse ou docteurs de la raison. La religion de Rong-Fou-Tseu, religion d'amour et d'ordre, de morale et de justice, sur laquelle planait d'abord un Dieu rémunérateur, et qui depuis le treizième siècle est devenue un vrai spinosisme, a fini par l'eniporter sur celle de Lao-Tseu, au moins auprès de la portion éclairée de la société, car le peuple ignorant prête encore l'oreille à toutes les jongleries des docteurs de la raison.

liAKCHHl. La plus belle des déesses de la mythologie indienne. Lors de la formation de l'Amrita (voyez ce moti, elle naquit de la mer de lait (voy. Ralaça), et fut adjugée pour épouse à Vichnou, le plus beau des dieux. Chaque fois que Vichnou s'incarne, Lakchmi revêt ellemême une enveloppe terrestre. Quand nous vous avons raconté les amours de Vichnou avec Radha, avec Roukmini, etc., vous accusiez peut-être le dieu de trahison envers Lakchmi. Présomption toute pure; Radha c'est Lakchmi tran>formée en Gopi ; Roukmini c'est encore Lakchmi, et Vichnou ne craint pas d'all'ronter dans vingt batailles les géants polycéphales pour la délivrer de la prison ou elle gémit. Lakchmi est la mère du inonde, la productrice de toutes les richesses de la terre, elle est la terre même.

Elle habite dans la gueule des vaches, et exige de ses adorateurs des offrandes de lait et de riz. En sa qualité d'aiiadyoméne (portée sur les eaux), elle affectionne le

lotos (padma ou kamala), et souvent elle est représentée sortant du large calice de cette fleur amie des eaux. Son image orne les monnaies, et on la voit souvent tenant dans ses bras un enfant qui puise la vie dans ses mamelles fécondes.

liASES ou liAHES. Les Fervers du Thibet ; génies du bien, toujours opposés aux démons malfaisants. Ils sont divisés en neuf classes.

IiÉCHIES. Génies de l'ancienne mythologie slave, à l'existence desquels le bas peuple n'a point cessé de croire. Ils passent pour avoir un buste humain sur des jambes de bouc, des oreilles aiguës, des cornes et une barbe absolument comme les faunes et les salyTes de la mythologie gréco-romaine. Elevant ou abaissant leur taille selon leur bon plaisir, ils peuvent glisser à travers les herbes sans en dépasser la hauteur ou s'allonger de manière à confondre leurs tètes cornues avec les cimes des arbres les plus élancés. Habitants des forêts, ils forment souvent avec les Roussalkis ou Roussalkines, nymphes des bois et des eaux, à la chevelure verdàtre ou blonde, des danses fantastiques qui se prolongent- jusqu'à l'aube malinnle. Heureux seraient les Slaves si les Léchies se contentaient de ces innocents passe-temps. Mais ces génies se plaisent à faire du mal aux hommes. Le pas lointain d'un voyageur vient-il frapper leurs oreilles dans le silence de la nuit , ils laissent les Roussalkis continuer

seules leurs danses au clair de la lune, attirent dans la forêt le voyai^eur attardé et le chatouillent jusqu'à ce que mort s'en suive.

lilF et lilFTHRASOUR. Quand arrivera l'heure du crépuscule des dieux, la terre, livrée à un incendie terrible, sera consumée; rien n'échappera au feu dévorant. Mais une nouvelle création succédera à la première. Lif et Lifthrasour sortiront de la colline où ils étaient cachés ; ils se nourriront des roses qui s'épanouiront soudain devant eux; la terre, sous leurs pas, se couvrira de moissons jaunissantes, d'arbres, de verdure, d'hommes, de femmes et d'animaux de toutes sortes. Ainsi le veut la mythologie Scandinave.

I.OKB. Le génie du mal dans la mythologie Scandinave, qui le représente comme doué de toutes les grâces de l'esprit et du corps. Fils du géant Tarbauta et de Lauféra, il a pour femme la géante Angerbode, et pour enfants le loup Fenris, Héla et le grand serpent lormoungondour. Loke se plaisait à tourmenter les dieux et les hommes. Les dieux se liguèrent tous un jour pour s'en débarrasser. Voyant qu'on allait lui faire un mauvais parti, Loke se jeta dans l'eau sous la forme d'un saumon. Malheureusement un filet l'arrête dans sa fuite; il saute audessus, mais Thor le saisit par la queue et serre si fort, car Thor est le dieu de la guerre, et il a le poignet bon, que depuis lors il n'y a point de poisson dont la queue soit aussi mince que celle du saumon. Loke, malgré sa finesse, était pris. Les dieux le lièrent à trois rochers aigus ; l'un lui presse les épaules, le second Ic-côtés, le troisième les jarrets. Ce n'était là qu'une mesure de précaution ; les dieux, sûrs de leur ennemi, songèrent à la vengeance; ils suspendirent sur sa tête un serpent qui répandait sans cesse sur son visage un venin corrosif. Le pauvre Loke pousse des hurlements affreux, car le poison ronge ses chairs jusqu'aux os. Malgré les pointes inflexibles des rocs entre lesquels il se trouve enchâssé, il fait quelquefois des mouvements terribles ; la terre alors chancelle sur son axe; telle est la cause des tremblements de terre. Loke pourtant a une consolation au milieu de ses horribles souffrances. La déesse Signir, une de ses femmes, modèle du dévouement conjugal, s'associe à sou destin, et reçoit dans un bassin les gouttes de venin qui tombent de son visage. Loke verra pourtant un jour tomber ses liens. Avec Fenris son fils, il livrera aux dieux un combat terrible; les Ases seront vaincus ; mais Loke ne survivra point à son triomphe.

liOKI. Déesse indienne nommée aussi Lnicamata (mère mère) et Loftadjonitri (mère engendrante). Elle préside aux grains et à l'abondance, et ne diffère point en réalité de Lakchmi. On la représente entourée ou couronnée d'épis. On célèbre en son honneur deux grandes fêtes annuelles.

liCXB. Deux principes dominent dans les mytholo- ^ies des peuples civilisés, l'actif et le passif, le chaud et l'humide, le feu et l'eau, le ciel et la terre, ou, en d'aulres termes, le mâle et la femelle. Toutes les hautes divinités peuvent être ramenées à l'un ou à l'autre de ces deux principes. Le premier a pour symbole le soleil et le second la lune, affectant mille formes diverses, mille cl mille attributs suivant les points de vue sous lesquels on les envisage, et se réabsorbanl tous deux dans le feu, le véritable Démiurge, être androgyne qui se localise comme mâle dans le soleil, comme femelle dans la lune. Celte dernière, répandant sur la terre les germes qu'elle reçoit du soleil, est, par rapport à cet astre, purement passive ; il n'en est pas de même vis-à-vis de la terre. Aussi a-t-elle été souvent regardée comme divinité mâle. Elle est un dieu en Egypte (Pooh); en Mésopotamie (Lunus); sur les bords du Gange (Tchandra). Mais dans ces mêmes pays elle ne se confond pas moins avec Bhavani, Isis, Bouto, lo ou Ooh, et notre raisonnement deviendra tout à fait sensible lors

|u*on saura qu'en Egypte il suffisait, pour assigner à la lune 'un ou l'autre de c'es rôles, d'ajouter à son nom (Ooli) nu d'en retrancher l'article masculin p (P ooii). Nous avons dû ici donner un ensemble de cette théorie, déjà émise dans l'antiquité par Macrobe. On en trouvera les développements dans une foule d'articles de ce traité, tels

que Bouto, Atiior, Biiavam, Chaos, Bois sacrés, Feu, Isis, etc., etc.

liUPAWITO. Serpent ahrimanien qui dans la religion du Pégu séduit la première femme.

MA, c'est-à-dire mère, nom que l'on a donné à plusieurs hautes déesses, personnifications de la fécondité universelle, de la terre nourricière. La Cybéle phrygienne est appelée Dâ-Mà (mère divine), d'où est venu le nom de Damater donné à Cerés, et le mot mater lui-même. Ma l'tait également la déesse-terre en Lydie.

UAAIWACiARIIIOUR, (dévorateur de la lune). Loup monstrueux, fils de Fenris et de la géante Gigour. Il doit avaler la lune à la fin du monde. On l'appelle aussi Uaté (qui hait).

lUABOIA. Le Loke et l'Ahriman des Caraïbes. Entendez-vous le tonnerre rouler dans les airs sur son char de feu ; voyez-vous les arbres ployer sous l'effort de la tempête? Ne vous y méprenez pas! C'est Maboïa qui s'amuse à porter le trouble dans la nature. C'est lui encore ijui, étendant sa griffe énorme sur l'orbe radieux du soleil, produit les éclipses de l'astre bienfaisant; c'est lui qui répand sur la terre les maladies, les pestes, les famines meurtrières. Revêtant souvent les formes les plus monstrueuses, il descend sur la terre, rôde autour des villages et bàtonne à outrance les malheureux qu'il rencontre. On ne saurait trop faire pour le fièchir ; les images qu'on porte au cou en son honneur ne suffisent pas toujours pour détourner sa colère ; c'est à peine même s'il daigne épargner les pénitents qui se lacèrent à coups de couteau pour lui prouver leur respect et leur soumission. — Moralité :

De Paris nu Japon, ilu Pérou jusqu'à Rome Le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme!

MACËDO. Dieu égyptien à tête de loup, dont les auteurs grecs ont beaucoup parlé. Fils d'Osiris et frère d'Anubis, il suivit son père dans ses expéditions et commandait l'avant-garde de l'armée. Pinifare en fait un général qui, dit-il, était revêtu d'une peau de loup. Si Macédo était véritablement une divinité égyptienne, il ne peut être qu'Anubis, dont la tête de chacal aura été prise pour une tête de loup.

MAfciA. Nous avons parlé à l'article Jambavan de l'introduction dans l'Inde d'une nouvelle caste sacerdotale, favorable au vichnoùisme. Maga était le chef de celle famille de prêtres. Une légende le dit fils du Soleil. Une

autre lui donne pour père Agni, le dieu du feu. et pour mère Nikchoumba (rimmobile». Samba, fils de Krichna et petit-lils de Janibavan, alla chercher Maga dans une contrée mystérieuse (le pays des Saces ou Sacadvipa), l'enleva sur l'aigle blanc de Vichnou, avec dix-huit familles sacerdotales, et l'amena sur les bords du Chinab, où il avait consacré une statue d'or au soleil. Ainsi donc, c'est du pays des Saces que partent les auxiliaires du vichnouïsme ; c'est aussi des mêmes contrées (|u'arrivent les légions ursifnrmcs qui détruisent le Sivaisme, dans l'ile de Ceylan (Lanka). (Voy, Jambava>'.) Et, chose bien remarquable, la province même ou s'établirent les M;igas parait avoir été le berceau du Bouddhisme, ce christianisme de l'Asie orientale. Les Magas, nous n'en doutons pas, ont une commune origine avec les Mages de la Perse, et le pays des Saces (auj. Sakita), situé au nord-ouest de la Sogdiane, était voisin de la grande ville de Balk, où Zoroaslrc établit le sanctuaire de sa religion. Les Mages, ces adorateurs du feu, ou fils d'Agni. comme le dit là mythologie hindoue, firent rayonner leur nom et sans aucun doute leurs idées dans l'Europe entière et jusqu'à l'occident de l'.Vfrique, chez les Guanches, anciens habitants des îles Canaries et peut-être de la grande Atlantide de Platon. Finissons par une dernière réflexion sur le pays des Saces. Cette terre fut toujours considérée comme sacrée. C'est là que les dieux de l'Inde, vaincus par les géants, viennent chercher un refuge : c'est là qu'une tradition, rapportée par Porcins Caton, fait recommencer le genre humain après ledéluge; c'est là que parait s'être trouvé ce jardin d'Edcn, cet Eeriéné-Vedjo d'où s'élance, pour civiliser la Perse, Djemschid, qui en effet fait sa première grande étape dans la Sogdiane au sortir même du Sacadvipa. (Voy. Rotii.)

MAGADA. Divinité adorée par les anciens habitants de la basse Saxe. Ils lui avaient élevé un temple célèbre

2ui, respecté par les Vandales fut, dit-on, détruit par harlemagne. Magada a été assimilée à Vénus. HAHABAIiï ou BAliI. Géant qui régnait sur les trois mondes, c'est-à-dire sur le ciel, sur la terre et sur l'enfer. La part des dieux était mesquine. Vichnou voulut mettre fin à celte usurpation. 11 se métamorphose en Brahme ; il se fait nain qui plus est, prend nom Vamana, et se présente devant l'énorme Bali. qui, je n'en doute pas, fut obligé de se plier en deux pour le voir ramper à ses pieds. Le nain n'est pas ambitieux. 11 prie le géant de lui accorder, en toute souveraineté, l'espace que lui, Vamana, peut mesurer en trois pas. Bali était, ce jour-là, de belle humeur. 11 rit aux éclats et promet avec serment d'accorder au petit Brahme l'objet de sa demande. Mais le nain devient tout à coup lui-même un géant colossal; d'une enjambée, il mesure la terre, d'une autre le ciel, de la troisième les enfers. Voilà Bali dépossédé. Mais Vichnou, bon prince à son tour, lui cède le ténébreux empire. Si l'on se rappelle que Siva est le véritable roi des enfers, on en conclura nécessairement que Mahabali est la personnification même de ce dieu, à l'époque où le Sivaisme, religion jadis dominante dans l'Hindoustan, se vit détrôné par le vichnouïsme.

1HAII.4MAIA, c'est-à-dire la grande Ma'ia. Nom donné à Maïa comme épouse du dieu suprême Brahm, à Bhavani, à la mère de Bouddha.

MAHAUOUA^'I ou MOHl^n-MAI.4. L'illusion menteuse, la fausse beauté, chez les peuples de l'Inde. Elle trompe les hommes, et pourtant les nommes l'appellent sans cesse et sans cesse la poursuivent. C'est qu'au milieu de nos tribulations et de nos misères, nous sentons le besoin d'oublier le monde qui nous environne, et qui nous délivrera de ces réalités amércs, si ce n'est l'illusion? Le poète la cherche et l'attire en faisant résonner les cordes de sa lyre ; l'amour se couvre les yeux d'un bandeau, et se fait aveugle pour se laisser guider par cette fée à la baguette magique; l'Indien et le Chinois aspirent à longs tra'its la fumée de l'opium pour la trouver brillante de fleurs et éblouissante de pierreries, au milieu de leur ivresse longtemps prolongée. Tous nos plaisirs, fêtes et bals, concerts et spectacles, n'ont qu'un but : d'ofl'rir à la cité corrompue et blasée une illusion d'une heure, qui souvent lui échappe, L'Inde a fait plus : elle a divinisé l'il-

lusion. Mohini-Maîa sort de la mer de lait, après le gigantesque effort des dieux et des génies pour extraire l'ambroisiecéleste des flancs du mont Mérou. Daitias et Açouras, épris de ses charmes, oublient tout , l'immortalité même qu'ils ont conquise , pour s'abandonner à l'extase qu'elle leur apporte (voy. .\MmTA ; Siva, Siva le destructeur, Siva le feu dévorant, tombe lui-même à ses pieds, et mendie un sourire de sa bouche. Mohini-Maïa. pourtant, n'est pas toujours l'illusion riante et douce. Le feu, symbole de la vie, est souvent fatal et destructeur; Mohini-Maïa aussi a une face terrible. Elle est alors Moudevi, la déesse de la discorde et de la misère, qui dessèche l'àme, qui stérilise la terre, et parcourt le monde avec un corps vert, montée sur un àne, animal impur et abhorré.

MAHAXATH.4, dans la cosmogonie du Manava- Dharma-Saslra, est la grande àme, la force vitale répandue dans toutes les parties de l'univers. Lorsque Pouracha- Viradj développe l'œuf d'or qui flotte sur les eaux primordiales, Mahanatma apparaît après les cinq éléments et Akankara (l'individualité). Elle est suivie par Mana (l'inteltigence).

.MAHËCHA, c'est-à-dire grand seigneur, roi des géants ou Açouras, dans la mythologie indienne, qui le représente avec une tête de buffle. Il voulut chasser les dieux des Souargas, les battit et les contraignit à chercher un refuge sur la terre, dans le pays de Saces, où ils se virent réduits à vÏM-e d'aumônes. Viclïnou et Siva, indignés du triomphe de l'impie, se sentent animés d'un nouveau courage. Cette énergie divine, se personnifiant tout à coup, devient la puissante déesse Mahamaîa, dont la tête domine les montagnes les plus hautes. Elle taille en pièces les Açouras, et finit par tuer Mahécha lui-même, malgré ses métamorphoses successives en lion, en éléphant, etc. Mahamaîa,

comme la Minerve (l'énergie-sagesse des Grecs), coupe la tête à son ennemi terrasse, et vient montrer aux dieux ce sanglant trophée. Il n'est pas besoin de faire remarquer la conformité de ce grand épisode avec la gigantomachie grecque. On trouvera d'ailleurs, à l'article Daitias, un parallèle des deux mythologies à ce point de vue. Ilolwel a été plus loin ; il a vu, dans la lutte des dieux et des géants, le type de la révolte des anses commandés par Satan.

MAIA. Epouse de Brahm, le dieu suprême. Elle ne diffère point de Sakti (l'énergie), et de Parasakti (la grande énergie). Brahm, s'émanant, devient Brahma, Vichnou et Siva ,°c'est-à dire la Trimourli mâle, et Maïa, descendant en même temps de la sphère irrévélée qu'elle occupe à côté du grand Etre de-ent, sans ce»a d'être Maïa, Sa

raçouali (femme de Brnlinin), Lakchmi (femme de Viclinou), Bhavani (femme de Siva), c'est-à-dire la Trimourli femelle, qui, se manifestant elle-même en divinités inférieures, fait émaner jusqu'aux plus bas deerés de la hiérarchie divine la haute et primitive essence de Maïa.Bralim étant le père, Maïa est la mère, la mère par excellence, la mère de la Trimourti, la mère du moncfe et de toutes les forces qui le composent , le soutiennent et l'animent. Brahm pourtant est tout, Brahm est seul. Alors, croirezvous, Maïa s'absorbe en lui; Maïa, c'est encore Brahma. Non; Maïa est le monde des phénomènes, des réalités visibles, sensibles, tangibles. Mais ces phénomènes et ces réalités prétendues n'existent point; ils apparaissent; mais apparaître n'est pas être. L'homme passe la moitié de sa fragile existence dans les bras du sommeil ; un monde nouveau se révèle alors à ses yeux; il y vit, il y souffre, il y pleure , il y éprouve mille et mille jouissances qu'il regrette à l'instant du réveil, et tout ce monde pourtant n'est ((u'une vainc et trompeuse fantasmagorie. Il en est de même de celui que nous appelons le monde réel. Les fantômes que nous poursuivons le jour n'ont pas plus deréalité que ceux pour lesquels nous nous passionnons la nuit. Le monde de Maïa n'est qu'un rêve ; Maïa, son nom ledit, Maïa est l'illusion. L'heure ou cette illusion cesse, nous l'appelons la mort; nous ne voyons plus, autour ou au-dessus de nous, ni ciel, ni terre, ni mer; nous entrons alors dans h réalité, car ciel, terre et mer, tout ce qu'ils contiennent, vous et moi , ce que vous aimiez et ce que vous haïssiez, tout cela, vous dis-je, n'est qu'apparence et illusion.

Voler, pillef, tuer, blasphémer, sont donc choses indifférentes? Gardez-vous de le croire. L'illusion, Brahm l'a produite dans sa sagesse; il a mis dans le monde des apparences, l'ordre et le désordre, le bien et le mal, c'està-dire le libre arbitre. Si quelqu'un transforme en illusion fâcheuse l'illusion agréable dans laquelle vous vivez, il a péché; il portera la peine de son crime. Puisque tout est illusion, et que l'illusion, le plus souvent, est pénible, ce que nous appelons la vie est un mal; le non-èlre, le Nirvana, est, par conséquent, le souverain bonheur. Mais la perfection humaine peut seule y conduire. La peine des méchants, après leur mort, consiste à aller animer il'nuires corps plus ou moins nobles, selon le degré du mal auquel ils se sont abaissés. Ils peuvent devenir vermisseaux, reptiles, tigres, lions, etc., etc.; et ces mille et mille formes ne sont, en réalité, que les cercles infinis des enfers. L'homme de bien , au contraire, celui qui a jeûné, prié, observé la loi, mortifié sa chair, monte dans le ciel d'Indra (l'air), où il revêt sans'doute une enveloppe légère et presque invisible, plus rapprochée, par conséquent, du Nirvana. Voilà comment les philosophes indiens savent concilier leur système avec les notions les plus saines de la morale. Le lecteur n'aura qu'à se reporter à notre article GAîiGA pour voir jusqu'à quel point d'austérités et de sainteté sont arrives les dévots hindous, sous l'empire de ces idées. Et pourtant on a souvent, à cette occasion, tourné 1 Inde en ridicule, sans se rappeler que, depuis deux siècles, une partie de l'Europe chrétienne , sous le nom de quiétisme, a adopté la doctrine du Nirvana, qu'elle a poussée à dos conséquences plus extrêmes peutêtre que les Hindous eux-mêmes.

MAIiAClIBÉEiUS, c'est-à-dire roi-seignc]rr, ou plutôt le roï-sofci7, car Baal ou Bel était, chez les Orientaux, un nom particulièrement aifecté à cet astre. Malaclibélus, cependant, passe pour une ]iersonnification de la lune, idée à laquelle ce nom ne répugne point, puisque la lune , au point de vue mythologique, est la femme , ou, pour mieux dire, l'énergie femelle du soleil, son dédouulement, en quelque sorte. Aussi disait-on le Baal, la Baal. La même appellation peut donc être commune à ces deux divinités. Mal.iclibélii-;, du reste, était la lune mâle, comme le Lunus des Mi'sopolamiens, aux fêtes duquel les hommes et les femmes rliangeaient de costume, le Pliarnace du Pont, le Tchandra dis Hindous, l'Ized Mali, qui, chez les Perses, est le génii' masiulin de l'astre nocturne. A Malaclibélus on op]iosait Aglib(d. qui paraît être Icmême qu'Eliogabale (voyez ce mot), le soleil, par conséquent.

HAliAimCilIA. Anges de Madagascar qui occupent la première des sept divisions hiérarchiques dans laquelle sont classés tous ces génies. Ils président aux étoiles, aux planètes, aux mouvements des sphères célestes, aux saisons, et protègent les hommes. Ils ont les plus grands rapports avec les Amschaspands.

MAIiIlVAK. Le génie du mal chez les Groënlandais, qui donnent au bon principe le nom de Thorn-Gard-Suk. Malinak joue chez eux le même rôle que Maboïa (voy. ce mol) chez les Caraïbes.

HAMMON. Le dieu des richesses, dans la mythologie syrienne. Il en est parlé dans l'évangile de saint Luc, chap. XVI. On ne sait rien d'ailleurs sur cette divinité.

HAIVDOIJ. Mendès en grec. Si Osiris était bœuf, Isis, vache, Ilanouman, singe, Cneph, serpent, etc., etc., liourquoi Mendès ne serait-il pas noue? Il y avait même des raisons pour qu'il le fût. Cet animal en effet est trésprolifique, et nous avons assez répété qu'au fond de toute la théogonie orientale on ne trouve en dernière analyse que ces deux grands principes : fécondation et production. Jablonski croit même que le nom de Mendès signifiait très-fécond. Mais ce caractère appartient également à Amoun ou Cneph, à Fta, à Fré, etc. Aussi Mendès représente-t-il toutes ces divinités. Comme bouc, il est le fécondateur par excellence. Lui donnait-on une tête de bélier. On avait Amon-Knef. Ajoutait-on à son nom celui de Fta (Fta-Mandou)? On l'identifiait à ce dieu; le soleil ou Fré enfin était souvent appelé Mandou-Li, et avait .sous ce nom un temple magnifique à Kalabchè, l'ancienne Talniis, dans la Nubie. Voilà ce aue nous apprennent les monuments avec lesquels s'accordent parfaitement les auteurs. Diodore, Horapolion et Suidas disent que les Egyptiens honorent le bouc parce qu'il est consacré à la vertu générative. L'inscription d'Evandre dans Théon le représente comme étant Amon même; Diodore le prend pour Osiris (le soleil), et Hérodote en fait un des huit grands dieux de l'Egypte. Il était particulièrement adoré àChemnis ou Chmoun (aujourd'hui Akamin), la Panopolis (ville de Pan) des Grecs dans la Thébaïde, et à Mendès, dans la basse Egvpte, sur la branche du Nil que les Grecs appelaient Jlèndésienne. Dans cette ville et dans le nome qui portait son nom, le bouc et la chèvre étaient regardés comme des animaux sacrés et inviolables. On nourrissait dans le templede ce dieu unboucqui yètaithonoréà l'égal d'Apis à Memphis. Sa mort était signalée par un deuil général, et son caractère de grand fécondateur donnait lieu à des cérémonies qu'il ne nous est pas permis de dévoiler ici. Un grand nombre de savants ont cru retrouver dans Mendès le type primitif du dieu Pan, si célèbre dans la mythologie gréco-romaine.

MAMIXOU, c'est-à-dire esprit, est le nom que les peuplades de l'Amérique du Nord donnent à l'Etre suprême, qu'elles confondent presque toutes avec le soleil. Les tribus qui distinguent leur grand Manitou de cet astre n'en sont pas moins vouées à toutes les superstitions du félichisme, car elles reconnaissent une foule de Manitous inférieurs, qui reçoivent leurs hommages journaliers au détriment du grand Manitou, distingué d'ordinaire de la foule des dieux de bas étage par une épithéte caractéristi- ((ue. Ces divinités inférieures sont pour les uns un arbre, une pierre, pour les autres un serpent, un oiseau, etc. (Voy. MoKissos.) Les Illinois leur immolent des chiens, ce qui ne les empêche pas de penser que nous avons des chiens pour ancêtres. Les prêtres des Manitous portent le nom d'Agotkons.que l'on a très-bien traduit par ^onj/cMr.f. Les plus hautes fonctions de leur ministère consistent en ell'et en jongleries, en tours de passe-passe et de .sorcellerie. Les Américains joignent à la croyance aux Manitous le dogme de immortalité de l'âme, qui, suivant eux, se dégage (lu corps sous la figure d'une ombre, pour se rendre dans Eskennane, le pays des ancêtres, ce qui nous fait penser à l'assemblée des pères chez les anciens Orientaux. (Voy. Enfeu.) Mais, pour ces tribus d'une naïveté primitive, riiomine n'est pas dans la création le seul être intelligent; les animaux et les plantes ont une Ame comme lui ; les pierres niênie n'en sont point privées. La civilisation a partout commencé sous les mêmes auspices. Dés que

l'honimc commence à combiner quelques idées, tous les êtres lui paraissent les membres d'une seule et unique

famille, et il établit entre eux une solidarité dont il finit par perdre lout à- fait le souvenir en s'avançant dans la civilisation. Les Orientaux ont eu longtemps' les mêmes croyances et les mêmes scrupules, et on en trouve des traces intéressantes dans les livres de Manou comme dans ceux de Moïse. Peut-être même ne faut-il pas chercher ailleurs l'origine de la niétempsycose.

MAMl*. L'Adam germain. Il passait pour fils du dieu suprême Tuiston et pour père des trois grandes races des peuples germains, les Ingévones, les Istévones et les Hermiones. Chez presque tous les peuples on a rattaché l'homme ri Dieu de la même manière.

1IIAB.41IBA. Dieu adoré dans le Loango, l'Angola, le Maba, le Congo, etc. 11 est représenté avec une stature élevée, dans un panier en forme de ruche, et méside à la chasse, à la pêche, à la santé, à l'inviolabilité du serment. Dés que les enfants sont parvenus à leur douzième année, ils sont renfermés par les prêtres ou Netquas dans un lieu sombre, où ils passent quelques jours dans le jeûne et le silence; on les conduit ensuite devant l'idole, on leur fait sur les épaules deux incisions en forme de croissant; ils jurent fidélité à Maramba, et les prêtres leur apprennent cjuelles pratiçiues ils doivent observer et de quelles viandes il leur est défendu de manger. Cette singulière cérémonie d'initiation et de consécration est terminée par la distribution de quelques images du dieu ou de petites boites pleines de cendres saintes, que les jeunes gens suspendent à leur cou. — La justice rentre nécessairement dans les attributions d'une divinité qui veille à l'observation de la parole jurée. Aussi tout accusé est-il forcé de comparaître en sa présence. « Vois, Maramba, lui dit-il, ton serviteur vient se justifier devant toi. » Mais malheur à lui, s'il est coupable. Il tombe mort en prononçant cette formule consacrée. On sent tout le parti que les prêtres peuvent tirer de cette institution. Maramba, en outre, est le dieu de la guerre, et l'on porte toujours sa statue à la tête des armées.

MABISTim. Epris d'un bel amour pour la philosophie, Démocrite, jeune encore, se mit à parcourir le monde pour étudier les hommes, et pour s'instruire dans la compagnie des sages. Il visita tour à tour les Gymnosophistcs, les Chaldéens, les Mages et les Brahmès, et, chemin faisant, il se sentit pris d'un tel accès de rire, t|u'il rebroussa chemin et revint à Abdère, sa patrie, où il continua de rire au nez de la Grèce stupéfaite, jusqu'à

l'âge de cent neuf ans, ni plus ni moins. Me demanderezvous ce qui avait yi\ désopiler à ce point la rate du philosophe ? Je vous l'ai déj.idit: il avait parcouru le monde et étudié les hommes. Il connaissait les dieux eux-mêmes, et c'était là vraiment un réjouissant spectacle. Mais les dieux me font penser à Maristin. — Maristin est le Mars du Japon. On l'nonore tous les ans au mois d'avril par une fête dont la description pourra vous plaire. Ses adorateurs, portant son image attachée sur l'épaule, se divisent en deux corps d'armée, et engagent d'abord quelques légères escarmouches. Plus d'un dévot y mord la poussiere.Mnis en tout pays la palme du martyre a son prix. Bientôt l'odeur de la poudre, l'inspiration divine, veux-je dire, anime les combattants. Les deux corps se rapprochent à portée de mousquet, une fusillade terrible s'engage; l'ardeur est portée à son comble; la mêlée commence, et, le sabre à la main, les deux partis deviennent sérieusement hostiles, se battent, se blessent, se pourfendent et se tuent jusqu'à ce que l'un d'eux s'avoue vaincu, ce qui n'arrive qu'après une boucherie horrible. Comprenez-vous maintenant le rire de Démocrite?

MAKXAS. Dieu de la ville de Gaza, qui lui avait dédié un temple célèbre. Sa fête était remarquable par des courses de chars et autres jeux gymnastiques. Platon fait de Marnas un secrétaire de Minos 1", ce qui pourrait confirmer l'opinion des auteurs qui voient dans les Philistins une colonie Cretoise. Gaza même portait autrefois le nom de Minoa, suivant Etienne de Byzance, parce que Minos V avait formé un établissement. Tacite, confondant les Juifs avec les Philistins, les dit aussi originaires de la Crète. Mais, pour nous, Marnas n'en est pas moins une liante divinité, et non point un homme déifié. Etienne de Byzance et Lampride l'identifient avec Jupiter. Quelques savants croient que Marnas signifie seigneur des hommes. JUATCHI-UAMITOU, c'est-à-dire l'esprit (le Manitou) de la lune, est, chez les sauvages de l'Amérique du Nord, la lune , considérée comme un mauvais génie. Les tempêtes ne proviennent que du Manitou de la lune qui s'agite au fond des eaux , et, pour l'apaiser, les crédules Indiens jettent dans les flots ce qu'ils ont de plus précieux.

HATRIS. Déesses hindoues qui jouent un grand rôle dans les guerres des dieux contre les géants. Les livres de l'Inde en comptent tantôt huit , tantôt dix. Trois d'entre elles se rangent autour de Vichnou, trois appartiennent au brahmanisme; trois autres au sivaïsme; la dixième, Aindri, parait toucher à la fois au vichnouïsme et au brahmanisme. On les oppose souvent aux huit Vaçous , et comme ceux-ci président aux huit rhumbs de la rose des vents, on dit que les Malris gouvernent les huit portions correspondantes de l'horizon. On peut les considérer comme des émanations inférieures oe la grande déesse Mahamaïa. (Voy.VAcous.)

nEIiCABTH'uSou llIEl.CARTH.Dieu en l'honneur duquel les TjTiens célébraient, tous les quatre ans, des jeux magnifiques. Le nom de cette divinité, qui signifie (e roi, le seigneur de la ville (de melek, roi, et fcartha, villei, nous montre dans Melcarth le dieu protecteur de Tyr. C'était évidemment un Baal. un dieu-soleil. L'Ecriture donne même positivement le nom de Baal au dieu des Tyriens. Les Grecs en avaient fait un Hercule. Ce dieu, en effet, ne différait point de Melcarth, que Sanchoniaton, dans Eusebe . donne aussi comme correspondant à Hercule, et qu'il dit fils de Demarus-Jupiler. Melcarth était adoré à Gadès (Cadix), à Malte, à Carthage. etc. On entretenait dans ses temples un feu perpétuel. Il était représenté chargé de liens, pour rappeler sans doute ses rapports avec Adonis , et c'est aussi pourquoi on lui imnoîait des cailles, à cause de la migration apparente du soleil. A Gadès, on l'honorait comme recteur de l'année. Toutes les colonies tyriennes, à l'époque de sa fête, envoyaient à la métropole de riches présents et de précieuses oll'randes. Carthage même n'y manqua jamais. La principale cérémonie de cette tête, appelée Autocaïsme (brûlement de lui-même), consistait à mettre le feu à un bûcher immense , des cendres duquel s'échappait un aigle, symbole de l'année, qui ne finit que pour recommencer. Le

phénix égyplien, Ilprcule se brûlant sur le mont OEtn, et cet aigle'qui s'élançait du bûcher funéraire des empereurs romains, sont évidemment des symboles identiques. Le culte de Melcarth, porté par les colonies phéniciennes jusqu'au détroit de Gibraltar, explique aussi un des traits les plus connus de la légende de l'Hercule grec.

MEEiCHOM. Dieu des Ilammonites, auquel Salomon éleva un sanctuaire dans la vallée de Ben-llinnom, et Manassés un autel dans le temple même de Jérusalem. On le trouye aussi appelé Milcom ou Slalcum. Ce nom est ividemment une corruption de melek, roi. Aussi Melchom est-il regardé par les savants comme identique à Moloch. (Voyez ce mot.)

MÉI<US»i;>IB. La protectrice de la maison de Lusignan, et la plus célèbre de toutes les fées de la mythologie française. C'est dans Jean d'Arras qu'il en faut chercher la curieuse légende. Pessine, dit cet auteur, femme d'Elinas, roi d'Albanie, mit au monde trois filles à la fois. Mélusine était l'ainée. Pessine avait exigé du roi qu'il ne mit point les pieds dans sa chambre jusqu'à ce qu'elle fût relevée de ses couches. Elinas ne put résister au désir de voir ses enfants, et la reine se trouva forcée de le quitter. Elle se retira dans les montagnes avec ses trois filles, et celles-ci étant devenues grandes, renfermèrent leur père, pour le punir de sa faute , dans la montagne de Brundelois. Pessine , irritée, leur infligea divers châtiments, et Mélusine, pour sa part, se vil condamnée à être moitié femme et moitié serpent tous les samedis, et fée jusqu'au jugement dernier. Le temps de cette dernière épreuve pouvait pourtant être limité à la durée de sa vie humaine,

si elle trouvait un chevalier qui voulût l'épouser, et qui consentit à ne jamais la voir le jour de sa métamorphose. Mélusine était belle. Elle rencontra, en se promenant dans les bois, Raymondin, comte de Forez, qui, épris de ses charmes, ne tarda pas à l'épouser. Mélusine bàlit alors le château de Lusignan , et devint successivement mère de huit enfants. Le premier, Urian, qui devint roi de Chypre, était beau , mais son visage était plus large que long; il avait un œil rouge et l'autre bleu, et des oreilles d une grandeur démesurée. Le second, Odon, roi d'Arménie, était beau, mais il avait une oreille plus grande que l'autre. Le troisième, Guion, duc de Luxembourg, était beau, mais il avait un (eil plus haut que l'autre. Le quatrième, Antoine, roi de Bohème, était beau, mais il avait une griffe de lion sur la joue. Le cinquième, Renault, roi de Bretagne, était beau, mais il n'avait qu'un œil, avec lequel, il est vrai, il voyait à vingt et une lieues. Le sixième, Geoffroy, seigneur de Lusignan, était beau, mais il avait une dent qui s'allongeait d'un pouce hors de sa bouche. Le septième, Froimond, comte de Parthenay, était beau, mais il avait sur le nez une tache velue comme une peau de taupe. Le huitième, oui se fit religieux, avait trois yeux, dont un au milieu du front. Vous voyez que Mélusine prospérait, malgré la malédiction de sa mère. Malheureusement, Raymondin était curieux. Un jour, un samedi, pendant que sa femme était renfermée dans sa chambre, il fit avec son épée un trou dans la cloison , et la vit avec sa queue de serpent. Mélusine , poussant un cri , s'envola tout à coup par la fenêtre , et Raymondin la perdit pour toujours. On raconte qu'elle se réfugia dans le Dauphiné,

dans la fameuse grotte de Sassenage, au milieu de laquelle se trouvent deux trous creusés dans le rocher, et qui, à sec pendant toute l'année, se remplissent d'eau le jour des Rois. Mélusine leur communiqua le don de prophétie, et épousa ensuite le seigneur de Sassenage, dont elle eut un fils, qui perpétua sa race. Mais cette dernière tradition est mensongère, gardez-vous de l'adopter. Mélusine est une fée poitevine, "et le Dauphiné n'a rien à démêler avec elle. Il faut que vous sachiez (ju'un religieux dominicain, nommé Etienne, appartenant à la famille de Lusignan, fit, après Jean d'Arras, un livre qui laissait bien loin en arriére la chronique de cet auteur, et qui fit rcsreltçr à toute la noblesse française de ne pas descendre ae Mélu-

sine. Les Sassenage trouvèrent moyen, ainsi que les Luxembourg et les Rohàn, de rattacher leur généalogie à l'illustre fille de Pessine. Telle est l'origine de celte seconde le- (Tonde. — Mélusine ne cessa point de protéger la maison de Lusignan. Ecoutez Brantôme : il nous apprend que l'empereur Charles étant en Erance , on le conduisit au château de Lusignan. «Ce beau château, si admirable et si ancien, qu'on pouvait dire que c'était la plus noble décoration vieille de toute la France, et construit, s'il vous plail, d'une dame des plus nobles en lignée, en vertu, en esprit, en magnificence et en tout, qui était Mélusine, de laquelle il y a tant de fables. » Brantôme nous dit ensuite que la reine-mère se rendit à la fontaine pour interroger les

femmes qui lavaient la lessive. Les unes lui dirent qu'elles avaient vu Mélusine « se baisner dans la fontaine en forme d'une trés-betle femme ennaliils de veuve; «d'autres, qu'elles la voyaient, mais à de longs intervalles, le samedi, à vêpres, se baigner, nioité femme et moitié serpent ; d'autres, qu'elles la voyaient se promener tout habillée et avec majesté; d'autres, qu'elle paraissait sur la grosse tour, en femme et en serpent, et qu'elle poussait trois grands et effroyables cris, quand un malheur devait arriver à ses parents, ou à la France, ou quand un roi de France cessait de r.gner. « Et celte dernière apparition, ajoute Brantôme, était regardée par tout le menue comme un fait positif. Une multitude de personnes en furent témoinô, trois jours avant la desti-nction du château. Depuis lors, Mélusine a cessé de se montrer. »

Telle est l'histoire de .Mélusine , histoire qui a eu tant de retentissement, il y a quelques siècles, dans la France et dans l'Europe même, et qui. nous le pensons, a donné lieu, en .\llemagne, aux apparitions de la Dame blanche

Ivoy. Fées), qui, trois jours avant la mort d'un des memires des grandes maisons de Rosenberg, de Bohème, de BrunswicK, de Brandebourg, de Bade et de Pernstein , se montrait en habits de deuil sur leurs manoirs féodaux. Le rapport entre les deux mythes est de toute évidence, puis-

3ue ces grandes familles étaient toutes unies par les liens u sang, et que nous voyons un des fils de Mélusine avec le titre de roi de Bohême. — Recherchons maintenant l'origine de cette fable. Mélusine, dit Biulet, est le même

nom que Mélusènc et Mélisende, qu'on retrouve dans nos chartes les plus anciennes, et la Mélisende ou Mélusine, si populaire dans le Poitou, était fille d'.Aymery de Lusignan et femme de Raymond de Poitiers , prince d'.Antioche. Quant au chAteau dont on lui attribue la fondation, il fut bâti par Hugues 11, au milieu du douzième siècle. C'est donc à tort que Boucher croit le nom de .Mélusine formé de la réunion des deux mots Melle et Lusignan, villes qui, suivant Besly, n'ont jamais appartenu à la même famille. Ce dernier auteur et Chorier font venir Mélusine du celtique milo ou mile, nui signifient guerre, et Bullet, de metys ou melus, agréable. Mais .Mélisende ou .Mélusine, rappelant, par la consonnance. les deux mots me-lusen, c'està-dire moitié anguille ou moitié serpent, le peuple finil par oublier le premier sens pour s'attacher au second, et, je vous le demande . que peut être une princesse moitié femme et moitié serpent, sinon une fée? Le raisonnement de Bullet est ingénieux. Malheureusement, le celtique était une langue morte au douzième siècle, et Mélusine reste encore à expliquer. On peut dire toutefois que la fée anguiforme qui se baigne si volontiers dans la fontaine de Lusignan. offre les plus grands rapports avec les sirènes, si connues au moyen âge, et avec cette wivre ou vouivre de la Franche-Corûté, nui a aussi la queue d'un serpent et qui aime tant à se plonger dans les eaux transparentes des fontaines.

HEH^O^. Dieu ou roi dont la colossale statue vocale est encore debout sur la rive gauche du Ml au milieu

des ruines de l'antique Thèbes aux cent portes. Les légendes grecques ne doivent point nous occuper ici. Memnon était Egvptien, et nous nous tiendrons renfermés dans la vallée du Ml. Il n'est pas un de nos lecteurs qui n'ait entendu parler de sa fameuse statue et des sons qu'elle rendait aux premiers rayons du soleil Ce fait a été souvent nié, mais le témoignage de toute l'antiquité ne saurait être sérieusement réfuté, et de nombreuses inscriptions qu'on voit encore sur la statue viennent confirmer les assertions des écrivains. Nous citerons, entre autres, celle qu'on lit sur la jambe droite: « .Moi, C. Lœlia, épouse d'.Wricain, préfet, j'ai entendu la voix de Mcmnon, ;i six heures et demie du matin, la première année de l'empire de Domitien. » La suivante, écrite sur la jambe gauche: « Moi, P. Balbinus, j'ai entendu la voix divine de la statue vocale de Memnon, autrement Phaménoph. Je me trouvais dans la compagnie de l'aimable reine Sabine {c'était la femme d'Adrien). Le soleil était à la première heure de son

18 Piri . — I i.p. S in,in Rfçon . t Cmi:- , ni; d'£. f■lrl^, 1.

cours, la quinzième année de l'empire d'.\drien. » « Moi, Milridaticus, tribun de la douzième légion, j'ai entendu la voix de Memnon. à six heures du matin. » On ajoutait même que la statue rendait un son plaintif au coucher du soleil. Les suppositions, comme on peut le penser, n'ont pas manqué pour expliquer ce singulier phénomène, qui, ditPausanias. rappelait le bruit dune corde d'instrument lorsqu'elle vient à se rompre. Cet auteur semble l'attribuer à la qualité de la pierre ; Rircher croit que le colosse renfermait quelque mécanisme ; Paw fait arriver sous la statue un conduit souterrain du fond du-

3 uel les prêtres faisaient parler Memnon. Cambyse, roi e Perse, voulut à toute force découvrir le mystère, et fit renverser la partie supérieure de la statue. Memnon, mutilé, ne cessa point de saluer les premiers rayons de l'astre du jour, mais ses articulations devinrent m'oins claires et moins harmonieuses. On trouve à ce sujet un curieux dialogue sur la jambe gauche de la stattie. C'est Memnon qui

parle à un visiteur : « Cambyse m'a mutilé, moi, ce marbre formé à l'image du soleil. Je possédais autrefois la voix mélodieuse de Memnon. Cambyse m'ôta les accents par lesquels j'exprimais la joie et la douleur. — Ce que tu racontes, réplique le visiteur, est déplorable. Ta voix est maintenant obscure et incompn'hensible. Infortuné ! je plains le malheur qui t'a réduit à cet état. »

Un passage de Lucien nous apprend que Memnon faisait entendre quelquefois un oracle en sept sons; d'autres mythologues rapportent le même fait, et une légende donne Memnon comme le père des sept Muses de la Sicile, et le prétendu tombeau de Memnon à Ecbatane était une tour à sept enceintes de diverses couleurs. Ce nombre sept n'est pas sans importance. Il rappelle nécessairement les sept cordes de la lyre, les sept planètes, les sept sphères, et par conséijuenl le soleil conducteur des Muses et des planètes, et recteur des sphères célestes. Memnon, fils de l'Aurore, selon la légende grecque, serait-il donc le soleil? Les faits à l'appui de celte opinion ne nous manqueraient pas, mais nous ne voulons pas descendre dans ces détails. Nous rappellerons seulement que les memnonium, ou tombeaux de Memnon, se retrouvaient dans beaucoup de contrées, et toujours sous forme de tours, de pyramides, etc., symboles du feu et du soleil. La tradition cependant attribue à Memnon une. vie humaine et terrestre. Mais n'en peut-on pas dire autant d'une foule de hautes divinités? Quoi qu'il en soit, beaucoup d'auteurs, qu'on ne saurait accuser d'évehmérisme, admettent l'existence historique de Memnon. Creuzer, après Jablonski, le prend pour Ocoumandouéi (Osymandias). Mais cette opinion ne saurait être soutenue depuis les découvertes de Giulio di San Quinlino. On a vu, dans une des inscriptions que nous avons reproduites, Memnon appelé Phaménoph ; Pausanias, d'un autre côté, rapporte que les Thébains disaient que la statue dite de Memnon était celle de Phaménophis. Or, Phaménophis c'est Aménophis avec l'article masculin, et nous lisons, dans la Chroniaue d'Alexandrie, nue Cambyse ordonna de couper, par le milieu, Aménopnis, statue colossale vulgiiirement appelée Memnon. Telle est l'opinion adoptée par ChnmpoUion, qui, dans Memnon, voit Aménophis II, fils de Thoutmosislll.

SIEHQLTETIIEBA. ou KOUnË, plus connu sous le nom de BOTCHICA. Le civilisateur du |ilateau de Bogota, dans la Nouvelle-Grenade, au nord-ouest de la Ligue. Les Muyscas étaient encore barbares et sauvages. Botchica, fils du soleil, vieillard à barbe longue et touffue, et d'une autre race par conséquent que les indigènes, arrive dans le pays avec Chia, loubécaigouaïa ou Houithaca, sa femme. 11 apprend aux Muyscas à se faire des cabanes, à cultiver la terre, et les réunit en corps de nation. Chia, au contraire, aussi méchante qu'elle était belle, traversait sans cesse les dessins de Botehica et faisait échouer ses projets par la force de ses enchantements. Sous sa dangereuse iniluence, la rivière de Founzha couvrit de ses eaux la vallée entière. Presque tous les habitants périrent. Botehica, irrité, chassa sa femme, qui, transportée au sommet des airs, devint la lune, car jusqu'alors les étoiles seules répandaient leurs vacillantes clartés dans les ténèbres de la nuit. Le sage vieillard brisa ensuite les rochers qui s'opposaient à l'écoulement des eaux (voyez Kacber), réunit les Muyscas dispersés, bâtit des villes, institua le calendrier, établit le culte du soleil, fit cesser les dissensions des Zippas ou chefs, qui .se disputaient l'autorité, leur fit reconnaître un Zaque ou roi héréditaire pour veiller aux intérêts du peuple et un souverain pontife électif, mais indépendant, pour régler tout ce iiiii avait rapport à la religion et gouverner le corns des Xéaues ou prêtres. 11 accomplit encore une foule ac miracles, et, sa mission terminée, se retira sur le mont Khicanzas, dans la vallée d'Iraca, prés de Tounja, où il vécut pendant cent cycles (deux mille ans), dans les exercices de la piété, après quoi il disparut.

Cette légende est du plus haut intérêt. Botehica, fils du soleil, le soleil même, |)uis(|u'il a pour fcmmela lune, nous représente le |)latcau de Bogota, civilisé par une colonie étrangère à l'Amérique. Mais cette colonie, d'où venait-

elle? Question insoluble. Quel pays nous offre reunis les dogmes et les institutions des Muyscas? Aucun. Voici en efletle tableau que nous présente la civilisation de ce peuple : le culte du soleil, la séparation des pouvoirs temporel et spirituel, des hiéroglyphes, la trinité (car, selon M. de Humboldt, Botehica était représenté avec trois lêtes, ce qu'indiquent d'ailleurs ses trois noms) se dédoublant en une triade femelle, comme le prouve Chia avec ses trois noms ; le dualisme, représenté par Botehica et sa femme, et, chose bien remarquable, le principe du mal identifié avec la femme. Si nous passons à la partie scientifique, on nous parle, comme cnez les Arcadiens, d'un temps où la lune n'existait pas encore, quoique la terre fût déjà couverte d'habitants ; Botehica, qui règle le temps, compose la semaine de trois jours, et institue trois calendriers, le premier, rural et de douze à treize lunes ; le second, sacerdotal et de trente-sept lunes; et le troisième, civil et de vingt lunes, le tout concordant avec un cycle de quinze ans, à chaque renouvellement duquel avait lieu, dans la ville sacerdotale de Sogamoso, une fête magnifique dont la cérémonie principale était le sacrifice d'une victime humaine, âgée de qumze ans, de sorte qu'elle naissait et mourait avec le cycle, toujours tirée du même village et élevée dans le temple du soleil. Des prêtres masqués, représentant les uns Botehica, les autres Chia, d'autres des grenouilles (premier signe zodiacal de l'année), d'autres Fomagota, symbole du mal. représenté avec un œil, quatre oreilles et une longue queue, conduisaient la guésa en grande pompe au pied d'une colonne qui parait avoir servi à mesurer le passage du soleil par le zénith, et autour de laquelle on l'attachait. On décochait ensuite sur elle une nuée de flèches, et on lui arrachait le cœur, dont on faisait une offrande au dieu Soleil.

lUeiVOUS ou mieux BIANOUS. Génies de la mythologie brahmanique. Ils sont au nombre de quatorze et paraissent être des émanations d'un Menou supérieur, dont le nom figure à la tète d'un livre célèbre et d'une haute antiquité, le Manava-Dharma-Sastraou Code des lois de Menou, dont nous avons une traduction de M. Loiseleur des Longschamps. Nous nous bornerons à faire remarquer le rapport nominal et fondamental de Menou avec le Minos Cretois, le Menés égyptien, le Numa romain, le Mann allemand, etc., qui tous sont des noms fictifs sous lesquels on a groupé et récapitulé les pi-ogrés de la civilisation primitive. Il est même à croire que tous ces homonymes indiquent l'homme, l'homme par excellence, l'homme en rapport avec la civilisation.

MESCIIIA et aUBSCHIAWi;. L'Adam et l'Eve de la Perse. Nous avons vu à l'article. Kaïomorts comment ils naquirent de l'arbre divin produit par la substance de l'homme tiiureau. Mcschia et Meschiane avaient été créés pour être heureux, l'immortalité même leur avait été accordée, et rien ne troublait la sérénité de leur cœur et in pureté de leur innocence. Ahriman, le satan de l'endroit, ne se sentait pas d'humeur à les laisser vivre dans cet état de bonheur cl de repos. Il vient à eux, sous la forme d'un serpent, et leur présente du lait de chèvre. La tentation sans doute était grande ; Mcschia et Meschiane boivent la liqueur fatale et bientôt se sentent malades. Ahriman leur offre ensuite des fruits appètis sanls ; ils les prennent, les malheureux, ils les mangent et perdent cent béatitudes I Mais ils en possédaient cent une, et la dernière leur resta. Ils avaient sans doute laissé quelque chose de la pomme. La femme surtout se distingua dans cette triste circonstance. La première elle sacrifia a Ahriman. Parvenus à la cinquantaine, Meschia et Mesrbi.ini' cureni deux fils, Siamak et Béchak, et vécurent ciiKU'c iiji driici-sii'cle. Le Zeud-.\vesta mentionne en outre (luinzc peuples nés (le Mcschia et de Meschianeel issus par Irrva des deux eufuils (|ue nous avons nommés. Six dcmeiiiereni (l.iiis le Klinnuereis, qui sans doute est l'Iran; les neuf autres passi'reiit dans les six Kcchvars latéraux montés sur le dos du taureau Sarécéok. Meschia et sa femme, coninic bien vous pensez, reçurent le châtiment de leur faute. A l'heure qu'il est, ils se chauffent au feu de l'enfer, d'où ils ne sortiront (pi'au jour de la résurrection L'arbre (|ui leur avait donné naissance portait neuf autres couples

reyri'senlant sansdoutc neufraccsdislinctesdela première, qui csl la race par excellence et iialiirellenient celle dont les Perses faisaient partie. Le BoundéhescK distingue en effet dix races d'hommes en rapport avec ces dix couples.

HESSOW. Les sauvages ont plus d'imagination que nous ne leur en prêtons d'ordinaire, .\vrz-vous quelquefois pensé à la masse des eaux que la colère de Dieu fit déborder sur la terre du vivant de Noé, notre père? Vous vous êtes demandé sans doute comment s'était opéré l'écoulement de cet océan sans bornes et presque sans fond qui s'élevait de quarante coudées au-dessus des plus hautes montagnes. Je doute que vous ayez résolu la question d'une manière satisfaisante. Eli bien! les sauvages de l'Amérique du Nord l'ont fait. — Messon prenait un jour le plaisir de la chasse ; ses chiens vont donner tète baissée dans un lac immense. Tout à coup les Ilots se gontlent, s'élèvent, franchissent leurs bords. Le globe est inondé, mais l'eau perd en profondeur ce qu'elle gagne en surface; Messon seul échappe; mais je ne vous dirai pas si Messon n'était point un dieu. Quoi qu'il en soit, il se Jasse bien vite de ne voir que le ciel sur sa tête et la mer sous ses pieds. 11 fait signe alors à quelques animaux gigantesques qui, dociles à son ordre, se mettent à laper l'eau qui couM'ait la terre. Ce fut l'affaire d'un moment, et le globe se trouva bientôt à sec comme par le passé.

SIÉBOU ou lUAHAlIÊROU^ (le grand Mérou). Montagne célèbre dans la mythologie indienne et qui n'est que la chaîne immense de l'Uimalaîa, idéalisée et divinisée. Le Mérou est la demeure ordinaire de Siva, il est Siva lui-même ; il est la colonne du monde ; il soutient le ciel, la terre et l'enfer; il est le monde tout entier. Autour de sa pyramide immense s'étendent sept zones concentriques ou Douipas (iles), séparées par autant de mers et bornées par sept enceintes de montagnes inférieures. Voici le nom de ces sept zones : Djambou, environnée d'une mer salée; Kouça, d'une mer enchantée; Pakcha, d'une mer de sucre ; Sa'imala, d'une mer de beurre clarifié; Kraouncha, d'une mer de lait caillé; Saka, d'une mer d'ambroisie {voy. .\51mTA); Pouchkara, d'une mer d'eau douce. La zone Djambou tire son nom du magnifique arbre de vie des racines duquel s'échappent les quatre grands fleuves dont le Gange est le plus sacré (voy. E>TER scASDisAvE, GiMiE, ctc), et renferme la terre sacrée de Bharata (l'Inde). Une autre classification compte ncnf grandes zones ou Khanda (contrées), et une troisième en admet quatre seulement, appelées Mahadouipas (grandes iles), placées aux quatre points cardinaux, contenant chacune un arbre de vie et arrosées chacune par un des quatre grands fleuves qui, d'une source commune, s'élancent du haut du Mérou par la gueule de quatre animaux, la vache, l'éléphant, le lion et le cheval. Ces quatre grandes iles forment les quatre flancs de la montagne universelle. Celle du nord, Outtarakourou, est rouge; celle de l'est, Bhadrasva, est blanche; celle de l'ouest, Kotouniala, est brune ou noire, celle du sud, Djambou, est jaune, ce qui les met en rapport et dans le même ordre avec les quatre castes indiennes Kchatrias ou guerriers, Brahmes ou prêtres, Soudras ou esclaves et Vaicias ou artisans, distinguées par les mêmes couleurs et dans le même ordre. — Siva, qui siège sur le Mérou, ne diffère pas de Bacchus. Deonach, un des surnoms du dieu indien, est le nom même de la divinité grecque Dionysios, et la cuisse de Jupiter (méros, cuisse, en grec) dans laquelle Bacchus séjourna nous reporte au mont Mérou.

JUIUIS ou UIUIB. Géant célèbre dans les mythologies du Nord. Il est le dieu des forgerons, l'artiste métallurgiste par excellence. Heureux ceux auxquels ils s'intéresse : il leur prête son marteau, et le monde est rempli de chefs-d'œuvre. Mimir, dans l'Edda, est relégué dans un puits aux ondes claires, ou Odin, le Monocle suprême, cache son œil. Chaque matin Mimir s'abreuve d'une boisson immortelle dans ce gage que le père des batailles lui a abandonné dans l'abime. Dans ce puits nous reconnaissons facilement l'Océan, où le soleil se couche. C'est pourquoi toute sagesse, toute création, viennent du puits de Mimir. L'eau, eu effet, fécondée par le feu, passait pour être la mère universelle.

HITURA. Un des vingt-huit Izeds de ta mythologie zoroastrienne, mais le plus grand et le plus éclatant de tous ces génies du second ordre. Ormouzd même l'a créé ; il est, disent les livres zend, brillant comme la lune, et plus élevé que l'astre Tachter. Il préside seul au 16 du mois, et avec Ormouzd au 8, au 13 et au 23; anéantit les œuvres d'Ahriman, protège les hommes, couvre la terre de fruits et de fleurs, lui dispense la lumière solaire, élève au trône les rois au cœur noble et généreux, donne la santé et la vigueur, écarte les mauvais génies des rues, des chemins et des lieux habités, et veille sur l'univers du haut du Gorotman. C'est lui qui a établi parmi les hommes les liens moraux, et qui pèse leurs actions à l'entrée du pont Tcliinevad. (Voy. Ciel.) Mithra, dit l'Vaçna, multiplie les'couples de bœufs; il a mille oreilles et di'x mille yeux. On doit l'invoquer trois fois par jour, à l'aurore, à midi et au coucher du soleil : on l'a même presque toujours confondu avec cet astre, comme le prouvent plusieurs inscriptions. Mithra cependant est plus que le soleil ; il est l'âme même, l'âme bienfaisante du soleil, car Mihr, autre génie persan, type de Mithra par le nom et par les attributions, signifie feu et amour. On a voulu l'identifier avec Mithra, un des dieux-soleils de l'Inde. L'homonymie ne permet pas de repousser le parallèle. Cependant il faut remarquer, avec M. Burnouf [Comment, sut V Yaçna), que les attributs des deux divinités ne s'accordent pas entièrement. Les Grecs, adoptant sans restriction l'identité de Mithra et du soleil, écrivaient quelquefois son nom M£i9:o;, parce que la valeur numérique des lettres dont ce mot est composé, donne un total de 563, nombre des jours de l'année solaire. (Voy. Belends.)

SUTHRIAQUES». C'est le nom qu'on a' donné aux fêtes de Mithra, si célèbres aux premiers siècles de notre ère, et dont les savants n'ont pu préciser l'origine. Plutarque, dans la Vie de Pompée, nous appreniJ que les pirates de la Cilicie, exterminés par ce général prés de cent ans avant laniort de J. C, étaient initiés aux mystères de Mithra. Le culte mithriaque était par conséquent répandu à cette époque dans une grande partie de l'Asie Mineure. Mais rien ne prouve qu'il fût une chose nouvelle en Cilicie, et, comme les religions ne>'élablissent que lentement et progressivement, il faut nécessairement supposer que les Mithriaques étaient connues depuis longtemps dans l'Asie occidentale; depuis les conquêtes de Darius peut-être, ou du moins depuis la fondation de la monarchie des Séleucides, ce qui nous reporte à quatre siècles avant J. C. L'Egypte, nous voulons dire .\lexandrie, avait adopté le nouveau culte avant l'établissement de la religion chrétienne, et c'est de là qu'il passa à Borne à une époque qui ne peut être postérieure à l'an 67 après la mort de J. C. Les Mithriaques envahirent l'Italie entière et la Grèce. Elles existaient déjà dans l'Asie et dans l'Egypte, et, chose curieuse, elles étaient répandues jusque dans la sauvage Allemagne, et c'est dans ce dernier pays qu'on a retrouvé le plus'de monuments représentant les rites principaux du culte de Mithra. Est-ce à linfluence romaine qu'il faut attribuer ce fait remarquable'? Mais les grossières sculptures qui nous sont parvenues ne paraissent point refléter l'art gréco-romain ; elles en attestent plutôt la complète absence, et nous n'hésitons pas à croire que la Germanie avait reçu les Mithriaques de l'Asie centrale elle-même et non d*e Bome. L'histoire atteste les nombreuses invasions des peuples asiatiques dans l'Europe inculte.

On né'tait admis aux mystères de Mithra qu'après de longues et douloureu.ses épreuves, accompagnées de jeûnes et de mortifications, et qui, suivant les différents auteurs, étaient de quarante-cinq, de cinquante ou même de quatrevingts jours. La rigueur des initiations était telle, que les néophytes étaient souvent exposés à perdre la vie. L'initié était ensuite régénéré par un baptême accompagné de luslrations d'eau, et on imprimait sur son front une marque particulière, et probablement une onction. Il apportait ensuite une offrande de pain et de vin, on prononçait sur lui des paroles mystérieuses, et on lui présentait une couronne et une épée. On plaçait la couronne sur sa tète et il la jetait avec indignation par-dessus son épaule en disant : C'est Mithra qui est ma couronne ! Il existait sept

grades parmi les initiés, et l'échelle aux sept échelons correspondant à ces grades prouve que c'est ù tort que quelques auteurs en ont compté huit. Orifçène nous a conservé la description de cette échelle mystérieuse, dont les ëchelous étaient de différents métaux, correspondant aux sept planètes. Nous mettons en regard et l'échelle et les grades en commençant par les plusbas degrés.

Grades. Kchclons.

Soldats Plomb

Léontiques Etain

Coraciques Cuivre

Persiques Fer

Bromiques Amalgame.

Héliaques Argent.

Planètes.

Saturne.

Vénus.

Jupiter.

Mercure.

Mars.

Lune.

Patriques (ou les pères). Or Soleil.

Nous devons dire toutefois qu'il existe de l'obscurité sur l'ordre de ces grades. Le long de l'échelle on voyait sept portes, correspondant à chacun des échelons, et à l'extrémité supérieure il y en avait une huitième. Le plus grand et le plus secret des symboles mithriaques étaitrelatif aux mouvements du ciel, aux révolutions des planètes et au passage de l'àme humaine par ces astres, ce qui fera comprendre au lecteur le symbole mystique de ces portes placées vis-à-vis des degrés de l'échelle. Quant à la

huitième porte, qui ne correspondait à aucun grade, elle était sans doute en rapport avec le père des phcs, souverain pontife du culte mithriaque. — Les mystères de I\lithra étaient célébrés dans une grotte obscure, à l'enlri'e de laquelle on immolait un taureau. Les monuments, qui varient dans les détails, reproduisent tous le sacrilice du taureau. Un jeune homme, coiffé du bonnet phrygien, ymbole éminemment solaire, est assis négligemment sur edosde l'animal, ployant sur ses genoux, "et lui plonge un yatagan dans la gorge. Un chien, un scorpion, un serpent, décKirent les parties génitales de la victime ; entourée de deux personnages portant chacun une torche, l'une droite, l'autre renversée. Le jeune homme monté sur le taureau, c'est Milhra lui-même, le soleil ; le taureau est l'emblème de la vie (voy. Kaïomouts), de l'année ancienne qui meurt pour renaître, de la terre sans ilinile i|ui (iroduit tout, et que le soleil, en (|uittanl notre liéiuisiilb rc semble vouer à la stérilité, sens indiqué par l.i Imi lu' renversée. La grotte représente l'hiver, les léiicliri's. Ir séjdiii' oiiseui- ri mystérieux des gcinics qui ne si- sont poinl encore manifestés. On a trouvé même, sur un bas-relief niilliriai|ue, une représentation en douze tableaux, dont (|uatre conliennenl le taureau, le bélier, le lion et le scorpion, ce qui indi-

que évidemment un mythe zodiacal et solaire. La fêle laplus solennelle, celle des Gryphes, avait lieu le 24 avril.

Ce qui nous frappe dans ce culte, c'est que les macérations et les jeunes qu'il ordonne sont formellement proscrits par Zoroastre, ainsi qiie le célibat, condition nécessaire pour arriver à la perfection chez les Mithriaques. Ces derniers croyaient en outre à la transmigralion, dogme tout à fait étranger à la Perse; et l'on ne trouve dans ce pays aucun monument du culte mithriaque. On est donc autorisé à douter de l'origine persane de cette religion. Mais les jeûnes, les macérations, le célibat, la métempsycose, ont existé de tout temps dans l'Inde. L'Iode même adore Vichnou-soleil sous le nom de Mithra. L'Inde, par ses provinces septentrionales touche aux contrées d'où sont parties les grandes émigrations, qui à diverses époques se sont répandues dans l'Europe ; l'empire Syro- Macedonien louchait d'un côté à l'Egypte et ae l'autre à l'Inde elle-même. Mithra, qu'on a cru persan, serait-il donc hindou? Son culte aurait-il pénèiré par l'orient de l'Europe dans l'Allemagne, dans la Gaule et jusque dans l'Irlande, où nous retrouvons le nom de Milhra appliqué au soleil? Cette opinion nous paraît d'autant plus vraisemblable, que la caste sacerdotale des Magas ou Mages qui, avant d'être établie dans la Perse, existait dans la haute Asie, a jeté des rameaux, commele culte mithriaque, dans la Germanie et dans la Gaule. On peut consulter à ce sujet nos articles Maga, Magada et Roth, divinité de la ville de Rouen.

MMBVIS. Un des trois ou quatre taureaux honorés par les Egyptiens, et emblème du soleil sous un de ses aspects; il devaitavoir,ainsiqu'Omphisou Onuphis,lespoiIs noirs et retournés en sens contraire des autres taureaux. Il était nourri dans le temple d'Iléliopolis, comme Onuphis dans celui d'ilermunthis. Son culte paraît avoir précédé celui d'Apis, par lequel il fut éclipsé dans la suite.

mOKISSiOlS. Les dieux fétiches des habitants du Loango. Ils sont en nombre infini, s'occupent de tous les détails de la création, et président chacun ii la vie d'un homme qu'ils rendent heureux ou malheureux selon leurs caprices. Pour les rendre propices on leur fait des offrandes et des sacrifices. Leurs statues grossières représentant des oiseaux ou des animaux s'élèvent dans les rues et sur tous les chemins. Les Mokissos obéissent eux-mêmes ,i Zaniban-Congo, qui peut, quand il lui plaît, leur ôter la vie.

MOliOCÛ, c'est-,i-dire roi. Divinité que l'on s'accorde aujourd'hui à identifier avec le soleil ou la planète Saturne. Il était adoré par les Cananéens, les Phéniciens, les llammonites , etc., et son culte fut pratiqué par les Israélites eux-mêmes jusqu'à la captivité de Babylone , mais non sans quelques interruptions. Sa statue s'élevait au sud-est de Jérusalem , au pied même du mont Sion, dans la fameuse vallée des Enfants de Ilinnon , ou de Tophet. Les Phéniciens portèrent sans doute Moloch dans loules les contrées où ils établirent des colonies. Il est certain, du moins, qu'il était adoré par les Carthaginois. Ses statues, d'une grandeur colos.sale, étaient d'abord surmontées d'une tête de bonif, qui, dans plusieurs contrées, Huit par faire place à une tête humaine. Ses deux bras, étendus en avant et légèrement inclinés , élaient disposés de manière à ce que ja victime qu'on y disposait tombât dans un bûcher ou dans une fournaise placée devant lui. Mais cette forme primitive parait avoir reçu de nombreux lierfectionnements. C'est du moins ce que nous disent les rabbins. Suivant eux, l'idole était d'airain et creuse, et présentait à l'extérieur sept compartiments, on peut dire sept chambres. Dans la première, on plaçait les simples ollrandes; dans la seconde, les tourterelles; dans la troisième, une brebis; dans la quatrième, un bélier; dans la cinquième, un veau; dans la sixième, un taureau, et dans la septième, des enfants. La statue était, par c(mséqnent, un colosse énorme. L'intérieur renferniait un imcher ardent. Dans les grandes circonstances, el snrlont dans les calamilés publiiiues, on immolait à Moloch des victimes humaines. Les tiMUciignages des auteurs ne permettent pas d'eu douter. Il est probable, toutefois, qu'on a exagère le nombre et la fréquence de ces barbares sacrifices. La Bible parle souvent des enfants qu'on faisait passer au feu en

rhonncur de Moloch ; mais celle cérémonie n'était qu'une simple purification , un baptême par le feu, qui devait mettre l'enfant sous la protection immédiate de la divinité. Le roi Manassé lui - mt^nie soumit son fils à cette épreuve dans la vallée de Tophet. C'est un usage que l'on voit d'ailleurs répandu dans une foule de contrées où Moloch était inconnu. Quand on offrait véritablement au dieu des victimes humaines, on dansait en vociférant devant l'idole, au son des instruments les plus bruyants, pour étouffer les cris de la victime. — Nous avons parlé de la diffusion du culte de .Moloch dans les colonies phéniciennes. Nous croyons le retrouver jusque dans Vile de Crète. Moloch, le dièu-tanreau. ne diffère point, à nos veux, du minotaure, qui portait également, sur un corps "liuma in, une tète de taureau. Tout, en effet, est sidérique dans la fable Cretoise. Le labyrinthe, avec ses douze grands compartiments, n'est-il pas un sjTubole des douze maisons du soleil dans les cieux? La more du minotaure n'est-elle pas Pasiphaé, qui signifie toute lumière? Sa sœur Ariadne ne voyage-t-elle pas avec Bacchus (le soleil)? Minos lui-même passait pour le fils de Jupiter. La tradition enfin nous ap-

Srend qu'on offrait au minotaure des jeunes garçons et es jeunes filles, comme à Moloch, et que les victimes de chaque se.'sc étaient au nombre de sept, nombre planétaire dont l'analogie avec les sept cellules de l'idole Je Moloch n'échappera à personne. Thésée, qui délivre les Athéniens du tribut de sang qu'ils payaient à l'idole, en tuant le minotaure, ne sera" donc pour nous qu'.\ihénes abolissant le coite homicide de Moloch.

HO^'TACiVES. Dés la plus haute antiquité, non pas chez nn peuple, mais chez tous, les montagnes ont été regardées comme le trône de la divinité. L'Olympe était le

séjour des dieux de la Grèce; l'Alboidi joue le même rôle dans la mythologie persane, et le Mérou dans celle de l'Hindoustan. Nous pourrions multiplier les exemples; mais nous devons nous restreindre. Tachons d'expliquer l'origine de ce culte des hauts sommets. Une chose à remarquer d'abord, c'est que les peuples de la Grèce et de l'Asie occidentale et centrale plaçaient vers le nord leurs montagnes s,icrées. Le nord est le'point mystérieux du ciel. Nous retrouvons cette idée jusque dans lès livres des Hébreux. Elihu, dans Job, représente Dieu venant du nord; quand Ezéchicl a sa grande vision du char et des chérubins, c'est du nord qu'elle arrive. Ne doit-on pas rechercher l'origine de ces croyances dans ce sentiment naturel à l'homme, qui, en s' éloignant du berceau de sa race, l'i-

déalise parce qu'il le regrette.' C'est notre opinion; et nous regardons conséquemment le Mérou comme le type de toutes les montagnes sacrées. C'est, en effet, des pa'rameras des hautes chaînes de l'Asie centrale que se sont détachées ces innombrables colonies qui, se répandant d'abord vers le sud et ensuite à l'est, ont peuplé l'Asie méridionale et ensuite la Grèce. Reste maintenant le fait capital, la divinisation des hauts sommets. Ne l'oublions pas : dans les croyances antiques, le feu est le principe actif de l'univers, l'énergie créatrice et fécondatrice, le grand m,ile dont la terre est la femelle. Localisé dans le soleil, il répand dans l'espace des torrents de lumière qui, en descendant jusqu'à nous, forment une pyramide immense qui a la terre pour base et le soleil lui-même pour sommet. La forme conique et pyramidale a donc été affectée comme symbole propre du feu, delà lumière, du soleil, et c'est sous l'influence de cette idée que se dressaient, dans toutes les parties du monde, jusque dans l'Amérique, ces pyramides colossales, ces obélisques de granit, ces tours mystiques au sommet desquelles on faisait des offrandes et des sacrifices ,i la divinité, et dont la première ébauche est le tumulus, resté à l'état rudimentaire dans les Gaules et dans lies Britanniques , tandis qu'il se développait avec tant de hardiesse et de magnificence sur les bords du Nil, de l'Euphrate et du Gange. Eii bien! cette forme pyramidale, n'en trouvons-nous pas le premier modèle dans les montagnes, cônes gigantesques dont la cime se perd dans les cieux? Ce n'csfpas tout : les montagnes semblent baigner leur tète dans les flots de la lumière éternelle; leur couronne neigeuse resplendit dans l'obscurité des nuits, et quelques-unes, celles-là surtout ont reçu les adorations des hommes, lancent par moments vers le ciel des tourbillons de flammes, et sont toujours surmontées d'un panache de fumée ardente. Le Mérou est la demeure de Siva, le feu s'élevant à sa plus haute énergie; il est même identique à Siva ; il s'appelle aussi Souralaîa (demeure du soleil}, et l'Olympe gi'ec signifie tout lumière. Allons plus loin. Les chaînes qui sillonnent le monde eu forment la charpente osseuse; elles paraissent soutenir le j;lobe, au sein duquel elles plongent leurs racines immenses ; de leurs flancs s'échappent les grandes eaux qui rendent la terre fertile et productive; aiix époques diluviennes, les montagnes même ont servi de refuge aux hommes, qui leur ont dii la vie; et tel est le sens de la fable de Deucalion et dePynha, renouvelant la race iiiiniaine avec des rochers. Ainsi, production, conservation, fécondation, voilà trois idées qui se résument dans un seul mol, montagne, qui lui-même n'est qu'un symbole du feu du ciel et de la divinité. Voy. Adhias, Aibobdi, Bois s.vcr.És. Ga>c.\, K.\f, MtRoii, etc.

HORCrAKE. Fée célèbre dans les romans de la Table ronde et des époques postérieures. Elle passait pour sœur d'.\rtus, et passait pour avoirreçu desleçons du fameux enchanteur Merlin. C'est elle qui' produit, dit-on, ces étonnants phénomènes de mirage qui ont lieu quelquefois dans le détroit de Messine.

UOUDÉVI (Myth. hindoue). Voy. Maba.moham.

UOUITBO-IOUHBO. Blàraerez-vous Pamienlier d'.ivoir introduit chez nous la culture do la pomme de terre ? Anathématiserez-vûus Brennus qui vous a donné la vigne'? Je veux vous rendre un service plus méritoire. Je veux prendre rang parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Je veux doter la France du culte de Moumbo-loumbo! — Quoi ! direz-vous, un dieu nègre? une idole de barbares? — Ecoutez-moi, lecteur, lecteur marié ou qui aspirez à l'être; c'est à vous que je m'adresse. Si vous êtes sage, et Moumbo-loumbo me garde d'eu douter ! vous ferez tout à l'heure cause commune avec moi. Moumbo est le dieu des ménages. 11 parle, il ordonne, et les femmes obéissent. Survient-il un différend entre vous et votre aimable moitié, vous vous rendez au temple, vous prenez le dieu pour arbitre, etvotre procès est gagne. Un mari n'a jamais tort ! Vous voilà converti; je le savais d'avance; l'air béat avec lequel vous me regardez ne me laisse aucun doute sur le succès de mou entreprise. L'Europe est sauvée! 11 ne nous reste plus qu'à établir le culte de Moumbo-loumbo. Procédons comme les louables habitants de Janga. Fa-

briquons une statue de huit ou neuf pieds de hauteur; elle doit être creuse, c'est le point capital. Elisons en secret un pnHre dont nous soyons sûrs ; un père de famille qui ait sur les bras une demi-douzaine d'enfants et une femme acariâtre. Moumbo-loumbo parlera par sa bouche. Voilà tout le mystère ! Mais gardez-vous de révéler à votre femme le secret sur lequel va reposer désormais l'ordre et le bonheur de la société, l'autorité du mari et la paix de la famille. Sachez qu'au siècle dernier le roi de Janga, pour l'avoir dévoilé à sa sultane favorite, qui avait des dents d'ivoire et un teint d'ébène, perdit, aux pieds du dieu irrité, la couronne et la vie !

MYliITTA. Haute déesse babylonienne dont le nom signifiait gff'np'ratrice, si l'on en croit les Grecs, qui, pour compléter l'idée, joignent ;i .>:on nom celui d'Aplirodite. Mylitla était donc une déesse mère, une déesse passiveté et fécondité, et sans donte la femme de Baal, principe actif de l'univers, créateur et fécondateur universel. Tous les ans, à l'époque de sa fête, les femmes envahissiaent les rues voisines du temple, faisaient des feux de paille, et, environnées de cordes, attendaient qu'un passant vint les délier et leur offrit une pièce de monnaie qu'elles déposaient dans le trésor de la déesse. Chaque femme devait, une fois en sa vie, se soumettre à cette bizarre cérémonie. Les Assyriens avaient une solennité qui n'était pas sans rapports avec la précédente. A certaine époque de l'année, ils réunissaient toutes les filles à marier, les mettaient à l'encan, et employaient l'argent qu'on retirait de cette vente à doter les femmes disgraciées par la nature ou trop pauvres pour trouver à se marier. (Voy. Adonies, Anaïtis, Apis, Astaboth, Baal-Péor, Bod, Bois saches, etc.)

WAftAKAMIA, c'est-à-dire la femme au serpent, femme allégorique de la mylhologie hindoue, que le Skanda-Pourana nous montre assise au pied de l'arbre de la sagesse (Kalpavrikcha), qui lleurit dans l'ile du Soleil, vers l'occident. L'enfer s'ouvre béant au jiied de l'arbre divin. Dans un autre passage du même livre, nous voyons l'arbre de la sagesse sortir desPatalas ou monde infernal; il se nomme alors Lakchmivrikcha (arbre de Lakchmi) ou Vichnavavrikcha (arbre de Vichnou).

IVANOA. Voy. Kriciina.

MAMWA. Voy. BALDEn.

NATS. Esprits aériens et malfaisants chez les Birmans.

NÉBO. NAnO, IVIRHAK. Divinité des Babyloniens et .surtout des llévéeus. Isaïo en parle dans son cha-

pitre XLvm. Si l'on en croit saint Jérôme, son nom signilie : celui qui préside à la prophétie. Nébo, qu'on est autorisé à prendre pour un dieu-astre, rcprésenlait-il le soleil ou la lune? Ne le retrouverons-nous point plutôt dans la canicule? Celle dernière opinion nous parait la plus probable. Son nom, en effet, offre, avec celui d'Anbo (l'aboyeuij ou Anubis, une ressemblance frappante, et on a donné à Nébo une tête de chien, ou, comme à l'Anubis égyptien, peut-être de cheval. Nous savons en outre des rabbins qu'on le représentait avec un serpent ; or, le serpent est le symbole de Mercure ou Anubis. Quoi qu'il en soit, Nébo était une grande divinité, puisque son nom, suivant la coutume orientale, figure souvent dans la composition de ceux des rois les plus illustres, tels que Nabo- Nassar, Nebu-Cadnestar, Nabo-Pul-Assar, etc.

WEFTHB. Divinité égyptienne, épouse de Typhon, dont elle partageait les qualités malfaisantes. Dans la théogonie égyptienne, elle personnifiait la terre en tant qu'opposée au ciel, et particulièrement la terre aride et sanlouneuse, la Lybie. opposée au sol gras et fertile de la vallée du Nil. Symbole ae la stérilité, Nefthé représentait aussi la mer, aux ondes imprégnées de sel qui engloutit le Nil bienfaisant. Ce n'est pas sans vraisemblance que plusieurs auteurs font venir du nom de cette déesse celui du Neptune latin, dont le nom même offre avec le sien la plus grande ressemblance. (Voy. Am-bis).

MÉ1IAX.BXX1B. Déesse" adorée dans les Gaules, dans la Germanie, etc., et dont le culte nous est inconnu. On a trouvé, en 14(i0, plusieurs de ses statues dans l'ile Valcheron, en Zélande. et, depuis, en France, en Allemagne et en Italie. La jeunesse parait être un de ses attributs. Elle est représentée tantôt debout, tantôt assise. Elle porte souvent des fruits dans son giron, et on voit à ses cotés une corne d'abondance, un panier et un chien. La ressemblance de son nom avec les mole grecs Nea EXivi (nouvelle lune) l'a fait assimiler à Diane; d'autres la regardent comme une déesse-mère, et Keisler croit qu'elle ne diffère point de Nehand, divinité révérée jadis clans les lieux où s'élève aujourd'hui la ville de Halle.

MKITH, l'Isis de Sais, était, dans la mythologie égyptienne, le principe générateur femelle, la femme d'.Xmon- Eneph. Avant la création des ,imes et du monde. Amon était seul, et tout était en lui. Lorsque le moment de créer les ,ânies arriva, il sourit, ordonna que la nature fût, et de sa voix naquit un être femelle parfaitement beau : c'était Neith. Il la rendit féconde et l'associa à l'œuvre subllmede la création. Neith était une divinité androgyne, quoiqii'onla regardât plus parliculièremeut comme une déesse. Elle est ordinairement représentée avec la chair jaune ; deux bracelets ornent ses poignets et deux le haut de ses bras. Son sceptre, comme tous ceux des divinités femelles, est lermiilé liar une fleur de lotus épanouie. Elle se tient debout ou assise, à côté d'Amon, dans la partie supérieure du ciel, et a sur la tète un vautour, les ailes déployées, cl audessus du vautour le pschenl. ou coiffure royale. Elle élait le type de la force morale et physique, de la sagesse, do la plùlosophie, et présidait à la génération des espèces. Elle était donc une déesse mère. On lui consacrait le lotus, emblème du monde matériel; le crocodile, emblème de l'eau ; le bélier et surtout le vautour, dont on avait fait le symbole par excellence du sexe féminin, parce qu'on s'imaginait qu'il n'existait pas de vautours mâles. Neith était aussi représentée avec une tête de lion, symbole de la vigilance, et foulant aux pieds l'énorme serpent Apnph (in serpent géant, ennemi des dieux et image des mi'ihants; elle était alors regardée comme gardienne de l'Egypte et des choses sacrées, et avait pour legiMide : L(i ijnrilirntir puissante, œil du soleil, someraine de la force, rhiUianl les impurs. On l'invoquait aussi sous le nom de Soleil femelle et de Mère de Paschakasé ou Phta. Son culte élait répandu dans l'Egypte entière; mais elle élait surtout honorée dans la ville de Sais où elle avait un temple célèbre sur lequel on lisait cette inscription fameuse : Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera; nul n'a soulevé le voile qui me couvre; le fruit que j'ai enfanté est le soleil. (Voy. Chambphis, Athor, liouTO, Cneph, Isis.) Nous avons déjà retrouvé le

Neptune romain dans Nefthé, et dans Neith nous découvrons la Minerve athénienne. C'était l'opinion d'Hérodote, de Platon et d'Arnobe, confirmée par les traditions historiques qui nous représentent l'Attique colonisée par les habitants de Sais. La preuve deviendra plus évidente encore, si l'on songe que l'olivier était cultivé à Sais (en hébreu :ait, olivier) comme à Athènes, que le lin était pour les deux pays une source de richesses, et que le tissage, dont l'invention était attribuée à Minerve, était une des gloires de Sais. On connaît la passion des Egviitiens pour les étoffes de lin, et n'est-il pas remarquable que les Athéniens, jusqu'à la guerre du Peloponése, n'aient porté, selon Thucydide, que des habits de toile? Le nom même d'Athènes vient peut-être du mot sémètique atcn, fil ; quant à celui de Minerve, on peut le trouver dans l'hébreu mancvar, ensuble, un des attributs de Neith, ou, si l'on en cherche l'étymologie dans la langue latine même, on verra que menervare signifiait instruire, donner des lois ou des leçons, sens que l'on trouve également dans les noms de Paîlas et de Paies, divinités identiques à Neith et à Minerve-Athénê.

I^EBCAEi. Dieu des Culhèens, transporté à Samarie par Salmanasar. Si l'on en croit Selden, le nom de celte divinité vient des mots hébreux ner-ga(, feu qui tourne; selon d'autres, il signifie source de lumière, fontaine de feu. Quelques auteurs lui donnent la figure d'une colombe ; mais la plupart s'accordent à penser qu'il était représenté sous celle d'un coq, image du soleil chez les Perses. Ainsi le veulent Seden, Baal-Aruch, l'Onomasticon, Guido, Fabiicius, etc.. et nous ne sommes pas homme à leur chercher querelle à ce sujet. Pourquoi donc le coq qui orne nos clochers et nos drapeaux ne figurait-il pas comme la poule (voy. Sdccoth Beîsoth) dans la grande symbolique des cieux '.'

IVESROCH. Divinité assyrienne dont il est fait mention dans l'Ecriture (IV Rois, xvii, 39). Elle avait un temple A Ninive, et c'est aux pieds de sou idole que Sennacherïb fut assassiné par deux de ses fils. Nesroch était aussi adoré par les Arabes avec laik à tête de cheval, lagoulh à tète de lion, et Soona qui avait une figure de emme.

IVIORD. Le plus grand des dieux du second ordre, ou Vanes dans la mythologie Scandinave. 11 préside au vent, aux tempêtes, à "la mer, au feu central. Il a pour femme Skada, l'intrépide chasseresse, avec laquelle il passe neuf jours sur douze dans les montagnes, et trois sur le bord de la mer.

IVIPARAIA. Dieu bienfaisant chez les Californiens, qui l'opposent à Touparan ou Ouac, le génie du mal. Niparaia est le dieu suprême, le créateur, le conservateur. Touparan s'étant révolté contre lui, il le battit et le précipita avec ses partisans dans une caverne immense dont la garde est confiée à des baleines. Touparan cependant a conservé de l'influence sur les hommes. C'est lui qui les pousse à la guerre, et il compte en Californie beaucoup d'adorateurs ennemis de Niparaïa. C'est Siva opposé à Vichnou.

NOKKA ou 1VIKKE1V. Le dieu de la mer et des eaux fluviatiles chez les anciens Danois.

WOBMES. Les Parques des anciens Scandinaves. Elles sont au nombre de trois : Urd (la passée), Vérandé (la présente), Shuld ou Shald (la future). Les Nornes sont vierges comme les Parques de la Grèce, mais elles ne filent point comme ces dernières. Leur puissance n'en est pas moins grande. C'est par elles que tout naît, vit et meurt. La troisième, Shald, adonné son nom aux Skaldes, les prophètes et les poètes de la Scandinavie.

IWORB. Fils de Thorron, père de Nott ou la nuit. Sa sœur Goë ayant été enlevée, il fut envoyé , à sa recherche, institua des sacrifices pour la réussite de cette entreprise, finit par la retrouver dans la Norwége, le second mois de l'année, qui depuis lors fut appelé Goë, chassa ou soumit les princes du pays auquel il donna son nom (Nor-wégel. Cette fable ofl're la plus grande analogie avec celle d'Agénor.

HfOUTE-FEl*. Le Nil personnifié, le Nil-dieu.

OAMMÈS ou plutôt OEW. Divinité syrienne qu'on représentait avec deux tètes d'homme ou une tête d'homme au-dessous d'une tête de poisson, avec le corps et la queue d'un poisson et des pieds humains. Celte bizarre composition fait nailre sur nos lèvres un sourire de dédain. Nous ne comprenons pas comment des peuples civilisés pouvaient se prosterner devant ces figures monstrueuses, liais il ne faut pas oublier que tout est allégorie dans l'antiquité, et nous allons trouver dans le mythe d'Oannés un fait historique de la plus haute importance. Oannés était, dit-on, venu de la mer Erythrée à Babylone ; il passait le jour à enseigner aux hommes les lettres, les sciences, l'arpentage, l'art de bâtir des villes et des temples, l'agriculture et l'astronomie. Le soir il se retirait dans la mer. Ces traits ont paru assez caractéristiques à plusieurs savants pour regarder cette divinité comme identique au soleil, regardé par les anciens comme le père de la civilisation. D'autres l'ont assimilé à Jan ou Janus, avec lequel il a sans doute beaucoup de points de ressemblance. Mais n nos yeux Oannès est un civilisateur, un chef de colonie. Beaucoup d'auteurs anciens, Hérodote, Festus, 'Trogue, Pline, Solin, etc., disent que les peuples de l'Asie occidentale étaient originaires des bords de la mer Roui^e. Telle est aussi l'opinion de Uerder et de la plupart des savants modernes. DenysPeriégète, dans Strabon, rapporte qu'un violent Iremblement de terre, suivi sans doute d'une inondation, obligea les habitants de ces côtes à quitter leur pays; qu'ils remontèrent d'abord le cours du Tigre et celui de lEuphrate, et de là se dirigèrent du côté de la Méditerranée (voy. Cuna), d'où ils redescendirent peu à peu jusque vers l'extrémité septentrionale du golfe arabique. N'est-ce pas là toute l'histoire d'Oannès, dont le nom, selon plusieurs savants, vient d'un mot égyptien qui signifie étranger? Les récits historiques de Moïse ne concordent-ils pas d'une manière inattendue avec ces documents échappés au naufrage du temps? L'émigration d'Oannés, telle que nous l'avons présentée, n'expliquet-elle pas admirablement pourquoi Moïse attribue à un fils de Cham la fondation de Babylone et la première civilisation de l'Assvrie et de la Chaldèe au milieu des tribus sémitiques ? iNe nous donne-t-elle pas la raison des établissements des Cananéens dans la terre qui depuis futla Judée? Quant à la forme monstrueuse sous laquelle Oannés était représenté, Helladius et Byzantinus nous en feront connaître les motifs. Ils nous apprennent qu'Oannés était un homme, mais que, suivant la coutume des peuples ichthvophatçes des bords de la mer Rouge, il était revêtu d'écaîlles de poisson on de peau de baleine. Celte émigration d'Oannés fut suivie par plusieurs autres. On en

compte jusqu'à quatre dont les chefs, connus sous les noms d'Anné(iolcs, suivirent la même route qu'Oannés, et ne firent que développer les préceptes qu'il avait semés sur sa route. Berose, l'historien de la Clialdée, attribue à Oannés des livres cosmogoniques. Nous en parlerons au mot Omobea.

OB. Dieu syrien, qui rendait des oracles d'une voix si basse, qu'on n'entendait que la moindre partie de sa réponse, et qu'il fallait deviner le reste. 11 était de croyance uans l'Asie occidentale que, lorsque la divinité voulait communiquer avec les hommes, elle parlait si bas, qu'on avait peine à saisir ses paroles. Ob était probablement un dieu ventriloque, c'est-à-dire qu'il avait des prêtres exercés à cette sorte de charlatanisme, et qui se cachaient peut-être dans sa statue.

OBEROJV. Roi des génies de l'air dans la mythologie Scandinave. On lui donne pour épouse ou pour amante la fée Mab, déesse des songes, et plus souvent Titania. Shakspeare a jeté des Ilots de poésie sur Titania et Oberon, et Wieland a fait de ce dernier le héros d'un poème où

quelques détails gracieux, quelques conceptions ingénieuses ne rachètent pas toujours la pesanteur du style.

OBI (Le vieillard de l'). Dieu des Ostiakes invoqué surtout par les pêcheurs, ce qui ferait croire qu'il est la personnification même du fleuve. Ses adorateurs le battent souvent lorsqu'il n'a pas exaucé leurs vœux, et qu'ils regagnent leurs cabanes avec leur filets vidqs. Sa statue est en bois, a des yeux de verre et de grandes cornes sur la tète. Un crochet de fer traverse son nez, qui s'avance en forme de hure de sanglier. Tous les trois ans on lui fait traverser l'Obi dans une barque.

ODIIW. Le chef de la iiiérarchie divine dans la Scandinavie.Dans les langues du Nord, il est nommé Oden, Woden, Wodan, Gvodan, c'est-à-dire tout-puissant, et reçoit souvent le titre de Allfader, le père universel. Oiiu a pour père Bure ou Bor, et pour mère Bélesta , fille du géant Bergthor. Avec le secours de ses frères We et Wile, il vainquit le géant Ymer (voy. ce mol), dont le cadavre immense fournit les matériaux de la création. Assis sur son trône (lllidskialf), à Gladslicim (séjour de la joie), dans le

Walhalla resplendissant de lumière, il commande à l'univers entier; s'il fronçait le sourcil, comme le Jupiter d'Homère, le monde serait ébranlé; un signe de sa main pourrait arrêter le Rhin dans son cours impétueux ; un mot de sa bouche lancerait la mer mugissante au delà de ses digues de rochers ; sa puissance n'a de bornes que sa volonté. Nous nous trompons : il reconnaît un maître... le Destin. Ses deux corbeaux, lluginn, la pensée, elMunnin, la mémoire, lui rendent compte de tout ce qui se passe sur la terre, et pourtant, il ne pourrait pas, lui, le roi des dieux et des hommes , détacher de l'anneau qui la retient la barque d'un pécheur, s'il en est érrit autrement au livre du Destin. Odin, comme Jupiter, comme Mithra, comme Amon, est le plus haut symbole du soleil considéré comme créateur, dispensateur et recteur universel. Source jaillissante de la lumière et de la vie, de la pensée féconde et des sciences qu'elle développe, il préside, comme Apollon, à la sagesse et à l'inspiration, à la musi(|uc et à la poésie. Il est aussi le dieu des combats ; les guerriers tombés sur le champ du carnage sont ses saints et ses martyrs, et pour eux les portes du Walhalla sont toujours ouvertes. La table d'Odin est abondamment servie ; mais le die\i ilistriliui' à ses deux loups, Freki et Geri, les mets

3 ni la couvrent, car il ne se nourrit que de vin. Lors(|u'il escend sur la terre, Slcipncr, son cheval à huit pieds, dévore l'espace ; s'il veut parcourir les mers, son navire §kildbladnir glisse sur les eaux comme le souille du vent.

Frigga ou Freya , symbole de la terre, est son épouse, cl il a' ])Our fils Thor, le maître du tonnerre et le plus fort des dieux; Dalder, le dieu de l'éloquence, de la justice et de l'innocence; llermode, le messager céleste; Wale, le dieu des archers; Widur, le dieu du silence, etc.

Après avoir parlé d'Odin tel que nous le représentent les deux Edda, il ne sera pas sans intérêt de faire connaître la tradition rapportée par Saxo Grammaticus à son sujet. D'après ce document, Odin, dont le véritable nom serait Sigge, était le chef des Ases (voy. ce mot), race originaire de la mer Caspienne et du Caucase, avec laquelle îl vint se fixer dans les contrées septentrionales de l'Furopc. après avoir établi, dans sou voyage, un de ses fils en Russie, un autre en Saxe, un troisième chez les Francs et un quatrième en Danemark. Sigge lui-même fut accueilli dans la Suède par le roi Gilfe, qui embrassa sa religion et lui laissa le tronc. Sigge organisa un nouveau culte, créa des lois et établit sa résidence à Sigtunc. Il prit ensuite le nom d'Odin, et institua douze Drottars, ou prêtres, auxquels il confia l'interprétalion des lois, c'està-dire qu'il fonda un royaume théocratiquc. 11 éleva ensuite le famiMix sanclnaire d'Upsal, apprit à ses sujets l'usage de brûler les cadavres, réserva aux guerriers morts sur le champ lie bataille le séjour du Walhalla (voy.GiMLE), se fit faire, avant de mourir, neuf nianiues avec un fer de lance, et fut dés lors honoré comme un dieu. — Pour concilier ce récit avec celui des Edda, on a cru devoir ad-

mettre plusieurs Odin; mais il est constant que les Edda ne reconnaissent qu'un dieu de ce nom. 11 nous semble toutefois qu'on peut admettre sans difûculté cette pluralité dans l'unité. La religion Scandinave avait pris naissance en Asie, et nous savons que les Orientaux adoptaient souvent le nom des divinités qu'ils adoraient. C'est ainsi que Iladad, le dieu-soleil des Syriens, avait donné le sien à plusieurs monarques de ce pays. Nous pourrions citer beaucoup d'autres exemples de ce fait, et nous comprenons parfaitement que le chef de la colonie des Ases, en Europe, eût pris comme caractère dislinclif. comme tilrc d'honneur, le nom du dieu dont il avait introduit le culte dans ces régions lointaines. — Dans les langues du Nord et dans celle de l'Angleterre, le mercredi a conservé le nom de wodan, jour d'Odin.

OGBES. Par quel enchantement ce nom terrible, au lieu de faire glisser dans nos veines un frisson de terreur, vient-il éclairer nos lèvres et nos yeux d'un sourire de twnheur? C'est qu'il nous rappelle les émotions naïves du

premier âge ; les contes chai'mants dont nos mères et nos sœurs ont bercé notre enfance heureuse. Quelle histoire pourtant, quelle terrible, quelle épouvantable histoire que celle des ogres! Vous secouez la tête, vous souriei encore? Ignorez-vous donc que les ogres, loin d'être, comme vous vous l'imaginiez, des créations purement imaginaires, ont véritablement existé, qu'ils ont sillonné entous sens la terre ou vous vivez aujourd'hui avec tant de sécurité, qu'ils ont pillé, saccagé, brûlé les maisons de vos pères, et déTorè. dans d'horribles festins, leurs membres palpitants? Faul-il vous prouver leur identité avec les Huns, Oigours, Hungari ou Uongres, hordes sauvages vêtues de peaux de bétes, troupes de vautours affamés dressés au carnage par Attila , de sanglante mémoire? Le fait est démontré ; le doute n'est plus permis. Mais vous souriez encore; vous ne voyez que l'ogre de ce bon Perrault el ses bottes de sept lieues, que lui enlève avec tant de dextérité votre ami le Petit Poucet, ou l'ogre de l'Arioste, qui, taillé en pièces par deux chevaliers, ramasse ses membi-es épars,

rajuste sa tète sur ses épaules et continue le combat. En vérité, je ne me sens point d'humeur à vous chercher querelle; ami lecteur, vous avez raison; l'illusion vaut mieux que la réalité; un souvenir d'enfance vaut mieux qu'un volume d'érudition.

<EUF. Nous avons vu , au mot Chaos , comment les anciens philosophes arrivèrent a fornmler leurs systèmes cosmogoniques. Les phénomènes de l'incubation contribuèrent beaucoup au développement de leurs théories. L'œuf, pour eux, devint le symbole de la matière primordiale, confuse, inorganique, mais renfermant dans son sein les germes de toutes choses. Le germe placé dans le jaune de l'œuf représenta l'ànie du monde, la force vitale latente; le jaune fut regardé comme l'embKinc du soleil ou du feu, qui réchauffe, qui couve, qui féconde; la matière blanche et liquide dont le jaune est environné devint l'éther limpide et lumineux, cet océan igné dans lequel, suivant les croyances de l'antiquité, flottaient le soleil et les astres étincelants; la coquille de l'œuf, enfin, représenta le ciel, qui, de toutes parts, limite le globe que nous habitons, ou même la voûte du ciel et la terre, bnse de l'édifice du monde. Il n'en fallait pas davantage pour faire la fortune cosmogonique de l'œuf. L'esprit d'induction,

«" l'aris. — Imi. y; I. ......... r.. ..., ,1 ^■r^...,l. i

toutefois, ne pouvait s'en tenir là. L'immense majorité des êtres de la création, les oiseaux, les poisson^, les reptiles, les insectes, n'arrivent à la vie qu'après le développement ovulaire, et les anciens en disaient autant de l'homme et des animaux (llippocrate, de Naturâ pueri; Aristote, de la Génération des animaux, liv. m, chap. 8; Histoire des animaux, Uv. i, chap. 5; Macrobe, Saturnales, liv. VII, chap. 16, etc.), malgré l'opinion vulgaire qui fait de ce principe, vrai ou faux, une découverte de la science moderne. Ouvrons maintenant les livres sacres des différents peuples, consultons les traditions; partout nous trouverons l'œuf cosmique, l'œuf du monde flottant sur les eaux primordiales, couvé par l'esprit, le soufllc, le feu divin et donnant naissance à tout ce qui existe. Commençons par l'Inde. Bhavaui vient d'être créée par Brahni. lé dieu irrévélé, antérieur au temps et au monde, et du sein de la déesse s'échappent trois œufs d'où sortent bientôt les trois personnes de la Trimourti, qui développent l'univers rudimcntaire. Dans le code antique de Manou, Brahm s'émane en eaux primordiales, et, dans ces eaux, dépose un germe d'où nait un œuf brillant comme l'or, qui, lui-mênîe. renferme Brahma, le premier Démiurge. Brahma développe l'œuf, en fait jaillir une ti-i-

mourti inlelligcnlc et animatrice, divise ensiiilc l'rpiif, en forme le ciel et la terre, et place au milieu l'atmosi ii tc, les hautes régions célestes et le réservoir permanent do-; eaux. — En Egypte, Cnepli se tient sur l'Océan primilif avec l'œuf du monde à la bouche. La cosmogonie orpliique, reflet des croyances orientales, nous montre d'abord la vase se déposant au fond des eaux ténébreuses et produisant Héraclès ou Cronos, avec son corps de serpent, sa tête de lion et son visage de dieu. Cronos produit lui-même un œuf énorme, qui se brise par un choc, et dont la partie supérieure forme le ciel, qui est un dieu, et la partie inférieure, la terre, qui est une déesse. Dans un autre système orphique, cité par C.lemens Romanus, nous voyons le Chaos prendre, après des âges innombrables, la forme d'un œuf qui avait, sur ses flancs immenses, deux ailes et deux serpents. La Nuit couve l'œuf sous ses longues ailes ténébreuses, et il en sort enfin un être androgyne qui classe les éléments et sépare le ciel et la terre. Astarté, ou Vénus anadyoméne (qui flotte sur les eaux), nait ellemême d'un'œuf tombé dans les eaux terrestres, poussé par des poissons sur le rivage et couvé par des colombes. — Chez les Phéniciens, on "trouve le serpent, symbole de l'intelligence, tenant l'œuf du monde à la bouclie comme Cneph Agathodœmon (Cncph-Serpent). L'œuf de serpent jouait aussi un grand rôle dans la Gaule druidique. L'Océanie même fait sortir d'un œuf son Brahma, Tr.rao, le premier membre de la Trimourti taïtienne, qui de la coquille maternelle forme la grande terre (Taïti), et, des parcelles qui s'en détachent, toutes les iles environnantes. (Voyez O.MORKA, Ymeh.)

OCillI ou ©tîEAll. Eieu des Gaulois qu'on a cru devoir assimiler à Hercule musagète (conducteur des Muses), et qui présidait, dit-on. à l'éloquence et à la poésie. Lucien dit qu'on le représentait sous la forme d'un vieillard, hàlé et rid' comme un vieux marin, vêtu d une peau de lion, portant une massue dans la main droite, dans la gauche, un arc et un cnrquois, et tenant attachées par l'oreille, au moyen d'une chaîne extrêmement fine d'or et d'ambre, qui sortait de sa langue, une multitude de personnes. Cette divinité a fourni matière à discussion, et l'on peut tout d'abord se demander oi'i Lucien avait pris ce portrait, car son récit sent beaucoup la fantaisie. Selon nous, sffn nom dérive de og, ogi, force, terreur, mer; mot dont le grec oijên, l'Océan, est une des formes. Ogmi signifiait donc la force de l'Océan, ou la crainte inspirée par l'Océan; de plus, la seconde partie de ce nom mi, veut dire voie, ouverture, et désigne l'action des eaux qui se précipitent hors de leurs rivages. Ogmi ne sera donc pour nous qu'une personnification de l'Océan déborde, qu'un symbole des cataclysmes du monde primitif, ce qui deviendra plus évident encore lorsqu'on saura que les Cariens donnaient à leur Neptune le nom d'Ogoa, dont ils célébraient les fêles en simulant une inondation diuis le temple du dieu. (Vi.y. ii.'rriAS.)

OMAW OU AMAM. Divinité persane qu'on trouve toujours en rapport avec Anaïlis ou Anahid. Or, Anaïlis représentant la lune, ou le principe femelle de la nature, il est à croire qu'Oman était le soleil, ou principe mâle de l'univers. Les mages, tenant de la verveine à la main, chantaient tous les jours des hymnes dans son lemple. en présence du feu sacré qu'on entretenait à ses pieds, sur un autel. La tète du dieu se i)ro!ongeail en forme de cime de montagne, ce qui a porté Creuzcr à l'identifier avec le mont Aman. Oman était surtout adoré à Zéla, oi'i on célébrait en son honneur une fête nommée Saka , dans laquelle on portait son image en procession.

OlIOItKA. Déesse rlialdéenne, nommée aussi Omnrofea. Elle était fi'ninKMluilieu liel. et symbolisait le chaos primitif, ou plutôt l'éliMnent lumiide, le principe femelle, qui, selon toutes les cnsniogonies anciennes, joua le rôle principal dans la production des êtres. Omorlia était lui nom étranger même en Chaldéc, où il rorrcsiiondail à Thabath, motqui, dans la langue grecque, signifie à la fois la lune et la mer.

Il fut un tenqis, dit lierose (dans le Syncelle). d'après les livres d'Oannês (voj. ce mol), le premier législateur de la Babylonie, où l'univers n'était que ténèbres et eaux;

de ces deux éléments combinés naquirent de monstrueuses créiitures auxquelles présidait la déesse Oinorka. On voyait alors des hommes avec deux ailes ; les uns avaient quatre visages ; d'autres n'en avaient que deux ; d'autres avaient sur un corps unique une tète d'homme et une tête de femme, et les organes de reproduction de l'un et l'autre sexe ; il y en avait avec des pattes et des cornes de bouc; d'autres avaient des pieds de cheval ; il y en avait même qui, véritables hippocentaures, portaient un buste humain sur un corps de cheval. Les bœufs avaient des têtes d'homme; les chiens avaient quatre corps terminés en queue de poisson : il y avait des chevaux à têtes de chien, et des hommes aussi bien que d'autres animaux avec des têtes et des queues de cheval et de poisson, et une infinité d'autres créatures qui réunissaient dans un seul corps des formes empruntées à toutes les espèces d'animaux. On voyait aussi des serpents, des poissons, d'antres repliles et d'autres animaux extraordinaires, offrant un mélange singulier de tontes sortes de figures. Bel voulut anéantir cette primitive population du globe ; il coupa en deux le corps ou la tête d'Omorka, et tous les êtres qui étaient en elle périrent. De la partie supérieure de ce corps ou de cette tête, il lit le ciel et de l'autre la terre, mythe que l'on retrouve chez les Scandinaves dans l'allégorie du géant Ymer. (^Voy. ce mot.) De nouveaux animaux furent produits par l'humidité du globe, et l'homme fut formé de la terre et d'une partie du corps d'Omorka, d'où vient sa double nature divine et matérielle. Bel, par la séparation du ciel et de la terre, divisa ensuite les ténèbres, dont il fit le jour et la nuit. Mais la dernière création était encore trop imparfaite pour supporter l'éclat de la lumière nouvelle ; elle péril : Bel ordonna aux dieux de couper sa propre tète, et d'en mêler le sang à la terre; d'autres nommes et d'autres animaux prirent alors naissance; telle fut la troisième et dernière création, la création actuelle. Bel perfectionna ensuite le soleil, la lune et les étoiles, et son œuvre fut complète.

Ce document est sans contredit un des plus curieux que l'antiquité nous ait transmis. Qu'Oannès ait ou non laissé des livres, toujours est-il que le récit de Bérose, puisé dans les archives des temples, remonte à une époque extrêmement reculée. Les anciens, le fait est à nos yeux indubitable, avaient connaissance de créations antérieures à la nôtre; comme nos modernes géologues, ils savaient que les premières créations, essais informes de la nature, ébauches d'une œuvre plus parfaite et plus harmonieuse dans ses détails comme dans son ensemble, offraient des figures monstrueuses et bizarres d'animaux de toutes sortes ; comment étaient-ils parvenus à ce degré de connaissances? Etait-ce pur effet du hasard, rencontre fortuite d'une imagination exaltée, ou véritable conquête de la raison initiée par l'élude et l'observation aux grands mystères du passé ? Ne serons-nous pas portés à adopter de préférence cette dernière opinion, lorsque nous verrons les plus hautes notions cosmogoniques répandues chez tous tes peuples de l'antiquité? Les Indiens croyaient, comme lesChaldéens, à des destructions et à des créations successives ; Moïse chez les Hébreux, Zoroastre chez les Perses, nous montrent, ainsi que lesEirusques, la création opérée à diverses époques appelées Ghambars, milles ou jours; Empédocle, même chez les Grecs, formule une doctrine fort rapprochée de celle des Chaldéens. Mais, comme chacun des systèmes de ces peuples se rapporte admirablement à un système plus complet dont nous voyons partout des tronçons et nulle part l'exposé général, ne devonsnous pas' en conclure qu'il a existé dans l'antiquité une véritable science cosmogonique,dont le lumineux faisceau a dû être bri.sè par des catastrophes que nous n'avons pas à rechercher ici, et n'y aurait-il pas pour les savants du di.x-neuvième siècle une profonde et curieuse étude à faire ,1 ce sujet? 11 nous semble, en effet, que ce serait agir bien a l,i légère que de traiter de fable sans importance le récit de Bérose! Ne nous dit-il pas que ces figures d'animaux antédiluviens étaient conservées dans le temple de Bel, le (lieu créateur? Les sanctuaires, on le sait, étaient les académies du monde primitif; les temples d'Esculapc renfermaient de véritables musées analomiques,

poiuv|uoi celui de Bel. choz les Chaldéens. caste savante entre toutes, n'aurait-il pas contenu une collection de fossiles? Bérose peut avoir exngéié la bizarrerie des anciennes créations ; mais le fond de son récit est vrai, et nous ne devons pas oublier c|ue la science paléontologique moderne n"a encore porte ses investigations que sur (juclqucs points trés-restremts de la partie du globe la moins étendue et la moins féconde.

OHSET. Un des (quatre génies qu'on voit figurer dans toutes les scènes funéraires dts Egy|itiens. C'est Champollion qui le premier a fait connaître son nom. Les trois autres génies ont, le premier une tête de cynocéphale, le second une tète de cheval, le troisième une tête d'epervier. Omset, au contraire, a une lèle humaine. Ces quatre génies sont tantôt renfeiTués dan; des gaines, et tantôt portent sur la tète le canope ou vase niliaque.

o;VDIXES. Nous vous avons parlé des Elfines. Les Ondiiies sont des génies de la niome nature. Elles ont pour séjour les eaux transparentes des rivières et des Ir.cs, où elles habitent avec les Ondins, qui leur sont soumis, ou du moins qui n'apparaissent à côté d'elles que comme des pari'dres sans importance. Elles ont nu fond des eaux des palais merveilleux, des villes entières, dont les habitants des bords du lac Steinherg croient encore entendre les cloches aux premières lueurs de l'aurore, ou le soir, après le coucher du soleil. Leur voix doit être douce comme celle des Qots murmurants, et elles partagent sans doute avec les Mxes le privilège de ces onze mélodies, dont la dernière exerce sur celui qui l'entend un charme irrésistible qui le force, dit-on, ;i venir se précipiter dans l'ahime. Ces diffèrcnls traits font rentrer nécessairement Nixes et Oiidines dans la grande famille des Sirènes. (\ oy. Fées, Mélisine.)

O.N'UPHIS. Voy. 5bÉvis.

OR.HOUZD. L'Oromaze des Grecs est le principe secondaire du bien dans la théologie zoroaslrienne. Ce nom est relativement moderne. Dans la langue zend on le trouve, non point sous la forme Ehorè-Meztlao, comme le disait Anquetil. mais sous celle d'Aharamazda, comme le prouve M. Burnouf dans son Commentaire sur l'Vaçna. Ce niot signifie iîo!-gr(7)i(?-créatcur. Ormouzd est la' plus belle création du dieu suprême Zervane-Akérèneou Temps-sans- Bornes, qui l'opposa à Ahriman (en pehlvi Ahernian, en parsi Acnmogh), le principe du mal. Zervane-Akérène, après avoir donné l'existence à ces deux grands antagonistes, leur accorda douze millénaires, leur ordonna "de créer chacun un monde, et se plongea dans le repos dont il venait de sortir un moment. Ormouzd créa le monde de lumière, lAlbordi. le Gorotman, le pont Tchinevad (voy. Ciel), par lequel l'Albordi communique au Gorotman, les Iroisspheres célestes, la terre, le soleil, la lune, tes cinq autres planètes et toute l'armée des deux divisée en douze bataillons, en vingt-huit compagnies, et comprenant 6.480.01)0 combattants. Ahriman, de son côté, produisit le monde des ténèbres, et une création noire, hideuse, méchante, égale en nombre et en force à celle d'Drmouzd. Au quatrième millénaire, Ahriman, bouillant d'ardeur, vient commencer le combat , mais il recule ébloui devant la gloire d'Ormouzd. Le génie du bien, pendant ce temps crée les sept .\mschaspands, les vingt-nuit Izeds ;voy. ces mots), généraux et officiers de l'armée céleste et surveillants du monde, puis le divin taureau .Aboudad , et enlin Kaïomorts (voy. ce mot), l'homme typique. La création est alors complète, et, au commencement du septième millénaire, Ahriman, à la tète de ses noires légions, fait irruption dans le monde d'Ormouzd, parvient même, mais seul, au palais de son ennemi, et, ébloui de nouveau, redescend sur la terre sous la figure d'un serpent, vicie de son souffle empoisonné tout ce qu'elle contient, tue Aboudad. Kaïomorts et séduit le premier couple humain. (Voy. Ivvio.MOBis et .Meschia.) Quatrevingt-dix jours et autant de nuits se passent en batailles sanglantes. La victoire reste indécise; Ahriman est enfin rejeté dans l'abirae. La lutte recommence avec le dixième millénaire ; Ormouzd est vaincu; les hommes meurent; les âmes errent gémissantes dans le séjour d'Ahriman; les Dews (voy. ce mot) cherchent à les arrêter au passage

lorsqu'elles veulent franchir le pont Tchinevad ; les âmes humaines souffrent de plus en plus ; ainsi se passent presque tout entiers les trois derniers millénaires. Mais Ormouzd veille sur les hommes; il leur envoie un sauveur pour les préparer à la résurrection générale. (Voy.E.'SFEB.) une chose bien remarquable, c'est que le génie' du mal, dans la guerre contre Ormouzd, a voué une liaine profonde àZoroastre.qui n'existe encore que comme forme typique de son individualisme humain, et qu'il cherche à faire renoncer à la loi d'Ormouzd. Le Zend-.\vesta représente Ahriman avec une longue langue, des jambes sèches et maigres et des genoux anguleux. Quant à Ormouzd, il doit être d'une admirable beauté, et il apparaît sous deui aspects. Comme Fta, comme Agni, il représente le feu, et. sous sa forme la plus élevée, la lumière, le feu iil 'alise pour ainsi dire. C'est pourquoi il est appelé le plus agissant des Amschaspands dans l'Yaçna. où il est dit aussi que le soleil est l'œil d'Aharamazda. — Une secte fort ancienne, et qui parait remonter au temps même du second Zoroastre, regarde Ormouzd et .\hriman comme existant par eux-mêmes, et rend au premier les honneurs que les partis orthodoxes n'accordent qu'à Zervane-Akérène.

.\u jioint de vue philosophique, Ormouzd et Ahriman sont les symboles du bien et du mal, fils du temps que le temps doit réabsorber un jour. .\u point de vue physique, ils représentent le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres, l'été et l'hiver, dont les alternatives ont donné à l'homme l'idée de l'antagonisme des deux principes. En effet, voyant autour de lui tant de bien et tant de mal, tant de causes de joies et de douleurs qu'il ne peut ni prévenir, ni prévoir, ni comprendre, et dont sa raison lui défend de chercher l'origine en Dieu, qu'il ne saurait se représenter à la fois bon et méchant, l'homme a été porté ;'i attribuer cet antagonisme à deux principes oppo>és. Le soleil, auquel il avait adressé le premier tribut de son admiration, de ses hommages et de son culte, était à ses yeux le dispensateur de tous les biens. Mais l'astre éclatant qui répand sur la terre les flots d'or de sa lumière n'abaiidonne-t-il pas chaque jour l'empire du monde à la nuit ténébreuse, et celle lutte du soleil, principe du bien, que l'on dit conducteur des sept planètes ou des sept Amschaspands, avec les ténèbres, que l'on regarda nécessairement comme la production du mauvais génie, ne nous montie-t-elle pas la voie que l'on suivit pour an'iver au dualisme'? (Vov. .\tis. .\doms, B.*lder, etc.)

OSIRIS, ou, comme Champollion écrit d'après les monuments, OCÎSRI, OdSIRI, OUSIRÊI. Dieu égyptien auquel les Grecs donnaient pour père et pour mère tantôt Cronos ou le soleil et Rhéa. tantôt Jupiter et Junon. Il passait pour le premier civilisateur de l'Egypte, qu'il tira, dit-on, de la barbarie et à laquelle il douiia des lois, enseigna l'agriculture, les arts, les sciences, etc., de concert avec sa" femme Isis. Il éleva des temples, organisa le culte, bâtit Thébes et une foule d'autres villes Ce n'ét,iil pas assez; Osiris voulut être le bienfaiteur du monde entier, et, laissant à Isis le gouvernement de l'Egypte, il se dirigea, à la tête d'une armée de musiciens, de poètes, d'artisans, vers l'Ethiopie, qui se soumltàses lois et qu'il poliça comme la vallée du Nil, y recruta des légions de satyres, traversa l'Arabie, pénétra jusque dans les Indes et aux extrémités de la terre, et revient en Egypte par la Tju-ace, la Macédoine et la Grèce, où il laissa .'ijaron le vigneron, Macedo, et Triptolème, qui apprit l'agriculture aux Athéniens. L'Egypte reçut avec joie son bienfaiteur; niais Typhon, qui, pendant'son absence, avait voulu usurper la couronne, n'avait renoncé qu'en apparence à ses projets ambitieux. Il invite Osiris à un festin splendide et fait apporter dans la salle un coffre d'un admirable travail. 11 promet d'en faire don à celui des convives dont le corps pourrait le remplir exactement. Osiris entre dans la boite fatale, Tvphon et ses complices abaissent tout à coup le couvercle, et jettent le coffre dans le Nil, qui l'emporte à la mer. On trouvera à l'article Lis la fin de cette tragique histoire. Osiris était surtout adoré à Busiris, à Abydos et à Philes, qui se vantaient de posséder son corps véritable et non point les images qu'en avait faites Isis pour tromper ses ennemis. Mais, dans l'opinioa publique.

c'était la villp de Pliiles qui était en possession de ces divines reliqncs. Les privilégiés seuls pouvaient y pénétrer, et chaque jour on y versait sur son tombeau trois cents coupes de lait

On ne tient plus compte aujourd'hui de l'opinion des auteurs qui, prenant à la lettre la légende d'Osiris, ne voient en lui qu'un roi divinisé, et l'identifient, ceux-ci avec Noé, ceux-là avec Moïse, d'autres avec Mi'iraïni, fils de Cham, etc. Osiris est le soleil comme Isis est la lune, le

soleil dans toute sa çloire qui décline enfin et oui meurt pour renaître sous les noms d'Ilarpocrate et a'IIaroéri. Osiris est le Nil, comme Isis est l'Egypte. (Voy. Apis, Isis, Sébapis.) Osiris enfin était le roi du ténébreux empire, le juge souverain des âmes. (Voy. Enfeii.)

OUSU. Vierge célèbre dans la Chine, où elle est appelée la Fleur attendue, la Fille du Seigneur. Elle rencon- Ira un jour, sur les bords d'un lleuve, un éléphant tout resplendissant de lumière, l'aspira, et se trouva enceinte d'un fils, qu'elle mit au monde au bout de douze ans. Ce fils était Fohi.

PACHACAMAt- ou PATCHACAIHAC, le dieu suprême des Péruviens ou (Juichuas, (|ui \ ivaieiit dispersés,

lorsque Manco-Capac, fondateur de Cuzco et fils du soleil, vint avec Coya-Osella, sa sœur et sa femme, leur enseigner l'agriculture et les autres arts, et leur apprendre à adorer Pachacamac. Nous n'avons point ;i discuter ici la réalité historique de Mauco-Capac ; nous nous bornerons à faire remarquer son analogie avec Botchica, Osiris, etc. — Pachacamac est généralement regardé comme le créateur et le conservateur du monde. D'autres cependant persistent à ne voir en lui que le soleil. A nos yeux, il était l'un et l'autre, comme le Baal de Babylone et tant d'autres divinités de l'ancien monde. Pachacalec, le dixième des Incas, bâti! en son honneur, dans la ville de Pachacamac, près de Lima, un temple magnifique dans lequel habitaient les vierges sacrées qui furent dispersées par les soldats de Pizarre, en 1535. Un autre temple, consacré au soleil, et le plus célèbre du Pérou, s'élevait dans la ville de Cuzco. Comme celui de Pachacamac, il renfermait des vierges sacrées. Ne peut-on pas conclure de là que le soleil et Pachacamac n'étaient qu'une seule et même divinité? Ce dernier temple était intérieurement revêtu d'épaisses lames d'or. On y voyait le soleil, représenté sous la forme d'une tète rayonnante, autour se trouvaient quatre pavillons consacrés: le premier, à la lune, femme du soleil; il était garni de plaques d'argent; le second, aux étoiles et orné comme le précédent ; le troisième, aux éclairs et au touiierre, et garni d'or; le quatrième, à l'arc-en-ciel, dont on y voyait la figure et également couvert d'or. Un cin- ((uicme pavillon était destiné aux prêtres, qui tous appartenaient à la famille royale.

PAOUIiASTIA ou KOUVEBA. Celui des huit Vaçous qui préside au nord. Il a sous sa garde les trésors cachés, et habite ordinairement à Laka, au milieu d'une forêt profonde, dans une grotte défendue par l'eau, le feu et des dragous aux veux ardents.

PATAïaUES ou PATÈQUES. Divinités que les Phéniciens plaçaient à la proue et à la poupe de leurs vaisseaux pour les préserver des orages et des tempêtes. On les représentait sous la forme de nains ventrus. Leur figure était si grotesque, que Cambyse, entrant dans le temple de Vulcain, ne put retenir un éclat de rire en voyant ces étranges divinités. Les Phéniciens les mettaient aussi sur leurs tables, comme dispensateurs de tous les biens. On a cru que Mcllvorth, l'ileicnle sj[rien, était un des dieux pataïques. On remarque, à ce sujet, qu'ilercule était anciennement le dieu de la table et qu'on le représentait quelquefois avec une coupe à la main.

PAVAIVA. Un des huit Vaçous de l'Inde. Il préside au nord-ouest, à l'air, aux vents, à la musique, pénétre toutes les créatures et embrasse tout l'univers. Le fameux singe Uanouman est son fils. On le nomme aussi Marouta ou 'Vaiou, et au-dessous de lui se rangent une foule de génies appelés Maroutas. Il a beaucoup de rapports, même quant au nom, avec le Pan grec, qui commande aux Pnnisques comme Pavana aux Marontas.

PÉIiÉ. Déesse des volcans dans les iles Sandwich. Elle était surtout adorée à Ilaowaii, où se trouve le volcan de Kérouïa. A l'époque de ses fêtes, la prêtresse descendait dans le cratère et s'écriait, en jetant dans le goulVre des aliments et des vêtements : « Pelé, voici ta nourriture; Pelé, voici tes vêtements. » Son culte est aujourd'hui à peu près abandonné. (Voy. Djaiiamouri.)

PEMMIW. Le dieu des habitants des Alpes Pennincs. Cainu et Scrvins, qui l'ont pris pour une déesse, l'appelli'iil PiMiuina. On a trouvé une statue de ce dieu avec l'épithilr Optimus Maximus, et une colonne sur laquelle se trouvait une escarboucle dite reil de Pennin. Pen, en celtique, signifie tète, sommet

PEPEXOCTH. Dieu de la guciTC chez les anciens Saxons. On nourrissait dans son temple un cheval, sur li'iiuil il assistait aux batailles pour protéger ses adorateurs,

PERKOUIV. Dieu du tonnerre, adore dans la ville de Kiev. L'idole de Lois qui le reprês( niait avait une tète d'argent, des oreilles et des moustaches d'or et des pieds de fer.

PÉROUIV. Le Noê d'une ile voisine de Forniose. Ses sujets, enrichis par le commerce de la porcelaine, s'a-

bandonnaient à Ions les vices et à toutes les débauehes. Péroun apprit en songe que l'ile serait sulmiergée pnr les eaux quand il verrait une tache rouge sur deux idoles, et qu'il devait s'embarquer avec sa famille lorsqu'il apercevrait le signe annoncé. Dans l'espoir de convertir son peuple. Péroun lui fait part de l'avertissement. Un impie, ponr tourner en ridicule le songe du bon roi, va, la nuit suivante, marquer de rouge les Jeux statues. Péroun s'embarque aussitôt avec sa famille, et aborde en Chine, pendant que la population maudite trouve la mort dans le sein des eaux. Les Chinois méridionaux et les Japonais célèbrent encore des fêtes en l'honneur de Péroun.

I»KROUX. Dieu de la foudre chez les Slaves. (Voyez CïïPAirs.)

PUAR^VACE. Dieu du Pont et de l'Ibérie, qui correspond au I.unus, ou dieu-Lune des Mésopotamiens. (Voy. Lc^E.)

PIERRES SACRÉES. Les premières pierres sacrées furent vraisemblnblement des aérolilhes. On croyait

que les dieux les envoyaient sur la terre dans un globe de feu pour en faire leur résidence parmi les hommes, et de là vient qu'elles passaient pour animées et qu'on les appelait pierres virantes. Cela posé, on comprendra parfaitement le nom de Bètylcs, qui leur était donné par les Grecs, car ce nom n'est qu'une altération légère des mots Beth-El (maison de Dieu, maison du Fort), qu'elles portaient en Orient , comme le prouve un passage même de l'Rcriture {Genèse, ch. xxviu). Bien avant la naissance de Jacob, les Bétyles étaient l'objet d'im culte dans la Chaldée, comme le prouve parfaitement Falconnet contre Bochart, Vossius, Selden, Huet, etc. Les Chaldéens. adorateurs des astres et du feu, rattachaient d'autant plus facilement à lenr système religieux l'adoration des aérolilhes, qu ils les regardaient comme des astres, ainsi que nous l'apprend l'antique historien Sanchonialon , antérieur peut-être à Moïse. Ce que nous savons des religions de l'Asie occidentale nous prouve que, dés la plus haute antiquité, une foule de divinités étaient représentées par des

aérolithes, telles qu'Elagahal (voy. ce mol), le Manah, le Dysares des Arabes, la Lune dans la Caaba, etc., etc. Nous avons vu, à l'article Momaoes, que la forme conique était le symbole affecté au feu céleste et au soleil. Beaucoup d'aérolithes présentent cette même forme, et nous sommes fondés à croire que ceux-là étaient spécialement consacrés au soleil, principe mâle et actif de l'univers, tandis que les pierres carrées, ou qui s'éloignaient le plus de la figure prismatique, étaient identifiées avec la Terre (voy. LcNE. Eau, Bouto, Isis, etc.), élément femelle et passif, considérée, à un autre point de vue, comme la base et le fondement du monde, opinion que, dans un cadre moins restreint, nous pourrions appuyer d'un grand nombre de faits. On sentira dés lors les rapports dés aérolithes avec les obélisques, les pyramides, les colonnes, les tours qui, depuis les bords du Gange, de l'Euphrate et du Nil jusqu'aux lies Canaries et à'i'Amérique. s'élevaient comme sjTiiboles du feu créateur et fécondateur. (Voy. Momac^Es.) — Le culte des Bétyles passa de bonne heure de l'Asie dans la Grèce, et, dans ce dernier pays, on les honorait absolument comme dans la vallée du Jourdain, c'est-à-dire qu'on les arrosait d'huile. Un curieux passage do Pline {Hist nat., lib. xxxvii, ch. 9) nous apprend

qu'on leur attribuait le pouvoir de faire gagner des batailles sur terre et sur mer. On attachait beaucoup d'importance aux raies dont elles sont couvertes, et qu'on prenait pour une écriture divine, ce qui jusqu'à certain point pourrait avoir influé sur le choix des pierres destinées aux autels et sur lesquelles le ciseau ne devait jamais passer.

M. Michaud, pendant son voyage en Orient, a trouvé, dans la Mésopotamie, un de ces Bétyles qui mérite une mention particulière. Il est ovoïde, noirâtre et d'un pied de longueur environ. Sa partie supérieure, autour de laquelle s'enroule un serpent, est couverte de sculptures. On y distingue trois astérismes. une figure humaine, des animaux monstrueux tels que ceux dont parle Bérose dans son récit de la création (voy. Omorka), deux oiseaux et une barque. La partie inférieure porte une inscription cunéiforme, qui renferme sans doute l'explication des figures. M. Baoul Boclietle croit que ce curieux monument fait allusion au déluge de Xissutr. On comprend que c'est là une pnre supposition de la part de ce savant, mais il serait difficile d'en faire une plus vraisemblable.

La vénération dont les Bétyles étaient l'objet fut bientôt reportée sur d'autres monolilnes d'une forme et d'une couleur à peu près semblables et auxquels on supposait peut-èlre

la même origine. Ces monolithes furent pris pour Icmoins et pour gardiens des serments et des alliances. La Bible, tableau précieux des mœurs de la basse Asie aux premiers siècles historiques, en fait souvent mention, et les nppellc pierres de témoignage on de commémoration. Du temps deSirabon iliv.xvui, on voyait beaucoup de ces pierres entre rEg)'pte et l'Arabie; elles étaient noir.ilres, cylindriques et posées debout sur un piédestal, assertion confirmée par les voyageurs modernes, qui en ont retrouvé un grand nombre. Ap'ulee nous apprend qu'il y en avait jusque dans les montagnes du Liban, qu'on les baisait, qu'on se prosternait devant elles et qu'on les oignait d'huile. Tavcrnier en a rencontré jusque dans l'Inde, Cook et Anson jusque dans les ilcs de la mer du Sud. Ces pierres commémoratives étaient si sacrées, qu'on les faisait présider, pour ainsi dire, à l'élection des rois. Nous en voyons des exemples dans le couronnement d'Abimélech et d'Adonijah. [Juges, IX, 6. — 1 Bots, I, 9.) C'est à ces pierres même qu'il faut rapporter l'origine des dieux Termes chargés de veiller aux limites despropriélés. Nous lisons en effet dans Homère [Iliade, en. xxi) que les bornes qu'on plaçait dans les champs étaient des pierres noires, ovales et pesantes, ce qui nous ramène au fétichisme des aérolithes.

Le culte rendu aux pierres se maintint même après la diffusion du christianisme. Au sixième siècle, les Romains avaient encore des Eétyles dans leurs laraires. La France, couverte des monuments druidiques, persista surtout dans son respect pour les Pierres sacrées. Un concile d Arles, tenu vers 552, déclare coupable de sacrilège l'évèquc qui ne cherche pas à empêcher les personnes de sou diocèse d'allumer des flambeaux, de révérer les arbres, les fontaines et les pierres. Celui de Tours, de 367, et plusieurs autres, enjoignent aux curés de chasser des églises les adorateurs des jiierres. Un concile de Nantes, du septième siècle, ordonne d'enterrer celles qui étaient l'objet de la vénération publique. Charlemagne proscrit ces superstitions dans ses Capilulaires; plus lard, on fait transporter des Menhirs dans les églises (au Mans), on faii placer des croix au sommet des autres. Le fétichisme triompha de tous les efforts. Naçurre encore les paysans allaient pendant la nuit oindre d'huile et couronner de fleurs ces pierres vénérées, et aujourd'hui même les Bretons croient qu'elles servent de demeure d une foule de génies malfaiî-ants oui sortent pour danser autour au clair de la lune, ( t le Menhir, qui une fois par année sort de sa place pour iiller boire au ruisseau voisin, laissant alors à découvert les trésors qu'il recèle sous son pied immense, est un fait dont vous chercheriez en vain à les dissuader.

Disons maintenant quelques mots sur les Menhirs et les Dolmens. Les Menhirs de men, pierre, et hir, longue) sont des pierres longues dressées ordinairement sur leur extrémité la plus large et presque toujours dans une position verticale. Quelques-uns cependant sont plantés dans la terre par le bout le plus mmce, et d'autres, par un effort de l'art, sont inclinés comme la fameuse tour de Pise, sans qu'il soit possible de donner une explication- satisfaisante de ces anomalies. Leur élévation au-dessus du sol varie de quatre n vingt mètres. La Charente-Inférieure même en possédait un de vingt-cinq mètres, qu'on a scié pour en faire des pierres a hitir. Les Menhirs se rencontrent souvent isolés, dans le voisinage des Tumuli ou des Dolmens. Quelquefois ils sont réunis en grand nombre. A Carnac, par exemple, ils forment des allées immenses, dont la largeur s'accroil à mesure qu'on se rapproche du jioint central occupé par un bloc énorme dans lequel est taillée une espèce de chaire, et environné d'un vaste espace libre appelé Bat. Carnac évidemment était un grand centre religieux ; mais on n'a pu hasarder que des suppositions sur la nature des cérémonies (|ui y étaient pnitiquées. Quelques-uns ont pensé (pie l'élite de la nation s'y réunissait dans certaines circonstances, ciiie les allées servaient de campement aux représentants des différentes confédérations,, et que les délibérations avaient lieu dans l'espace vide sous la présidence de l'archidruide assis sur le siège dont nous avons parlé. D'autres, cherchant à expliquer pourquoi les allées de cette forêt de pierres sont sinueuses au lieu d'êtres droites, ont prétendu que

Çaniac était un temple consacré au culte du serpent. Nous passons sous silence les autres conjectures.

Les Dolmens (de daul, table, et men, pierre), ou pierres levées, sont d'énormes tables de pierres placées horizontalement sur d'autres pierres enfoncées dans la terre et ordinairement nu nombre de trois. Ces monuments sont plus communs que les précédents. On les a pris tour à tour pourdes temvdcs ou des autels ; on a même trouvé sur quelques-uns d'entre eux des cuvettes taillées dans l'épaisseur de la pierre et des rigoles qu'on a cru destinées à l'écoulement du sang des victimes. Mais les ossements découverts sous plusieurs Dolmens ont porté un grand nombre de savants à les regarder comme des tombeaux. On voit aussi des Dolmens âont la table s'appuie sur le sol même par une de ses extrémités. On leur donne le nom de Demi-Dolmens. On peut enfin rapprocher de ce genre de monument les chambres et les allées couvertes, d'une longueur beaucoup plus considérable que celle des Dolmens, mais dont la table est composée de plusieurs morceaux juxtaposés, et dont on ignore également la destination. — A côté des Dolmens et des Menhirs viennent naturellement se ranger les Tumuli, monticules factices élevés snr dos tombeaux. Les Tumuli sont communs ;'i tous les peuples du monde. Homère décrivit quelquesuns de ceux qui existaient dans les plaines de Troie, et nos voyageurs les ont retrouvés. L'Amérique en est couverte comme la France, l'.\llemague, les iles Britanniques, etc. Beaucoup ont été fouillés, et dans tous on a retrouvé des ossements d'hommes et d'animaux , des bracelets, des vases de terre, etc. La plaine de Salisbury, où se dresse le grand et magnifique monument druidique connu sous le nom de Ston'e Uenge, en renferme un nombre prodigieux. Nous nous contenterons de mentionner ceux de Bougon, dans le département des Deux-Sèvres, où M. le docteur Sauzé, l'un de nos plus savants antiquaires, a fait, il y a quelques années, d'intéressantes découvertes. Le plus grand de ces Tumuli renfermait, dans deux salles formées âe pierres énormes, une multitude d'ossements humains. Le second contenait trois c.idavrcs assis le long de la paroi ;i laquelle ils étaient primitivement attachés au moyen de crocliets taillés dans la pierre vive. D'autres Tumuli encore inexplorés, des Dolmens, etc., s'élèvent dans les environs, et nous ne saurions trop engager les antiquaires à porter leurs invesligalions sur cette partie presque vierge de l'ancien Poitou. (Vov. Teltu.)

PIKOLi£.OS. Le dieu des morts chez les Pruczes. Il apparaissait chaque 1 ds qu'une personne venait à mourir. Si on ne l'apaisait pas par un sacrifice, il revenait une seconde fois, puis i ne troisième. Le plus proche parent du défunt devait ah us lui offrir qucUiues gouttes de son sang, que les prêtri s se chargeaient de tirer. On lui consacra'it une tête de mort et on brûlait du suif en son honneur.

PlI^IATCHOUï'CIIB. Le dieu suprême du Kamtchatka, auquel ou attribue la création. On le représente tenant dans ses mains les nuages, les pluies, 1rs éclairs et l'arc-en-ciel, qui forme en même temps la bordure de ses habits. Le soleil et la lune sont ses yeux et tous les fleuves tombent de sa ceinture.

PIROSII. Le dieu suprême des Egyptiens, antérieur à la cri'ation, et dont les auties dieu.x sont des émanations. Hérodote (liv. ii, ch. I !5) dit que ce mot signilic excellent et vertueux; mais, en copte. Piromi signilic homme. On a remaniué que b'rahm, se révélant dans les eaux primitives, prend aussi le titre d'homme. Les consonnes du nom de Bralim, BU M. sont en outre absolument les mêmes (le changement de B en P est très-fré- (|iient (|ue celles de Piromi, P H M. On trouve aussi le nom de l'ralim écrit Birouma.

1»0. La nuit chez les peuples de l'Océauie. la source de tout, et la mère des dieux, que l'on nomme en con.séquence Faan-Po, c'est-à-dire enfants de Po. — N'est-il pas curieux de retrouver en copte le même mot avec le sens de réceptacle des germes? ( Lanci, Leltte à M. Pri.<:sc d'Avcsnes, 1847.) Po est alors opposé ,i Re |voy. ce mot), qui signifie Varroseur. c'est-à-dire le soleil répandant sur la Icrrc les (lots de sa lumière fécondatrice.

M. Lanci vn plus loin : il prétend que la réunion des deux mois l'c-Po formait en Egypte le tclragrammalon divin, c'est-à-dire le plus haut nom de la divinité, nui, suivant cet auteur, a absolument le même sens que le Jehovah des Hébreux, qu'il dit également composé des principes actif et passif représentés par les deux pronoms Lui-Elle (Ilo-IIi). Noms ne pouvons ici suivre M. Lanci dans le développement d€ son idée. Il reconnaît en outre le Répo égyptien, dans le Renfo ou Remphan des septante. H;M. Lanci et Prisse ont d'ailleurs retrouvé ce nom sur les monuments sous la forme Re-N-Po. dans laquelle, selon ces savants, le N indique que le Re est le principe mâle du principe femelle Po. L'épouse de Répo, sur les monuments, porte, selon M. Lanci, le nom d'Anata (Anta seloîi d'autres), d'où il croit que les Grecs ont fait leur Tanalos, la Mort. — Quant au Remphan des sentante, pour n'avoir pas ;i y revenir, il est appelé Kioun (la reine des cieux) dans Amos. Or, Kioun signifie en égyptien les aines dans les deux -sexes, et, affecté de l'article féminin', T-Koun revenait absolument à Po.

POCiODjt. Dieu qui, chez les anciens Slaves, présidait nu beau temps et au printemps; on le dépeignait avec une robe bleue, des ailes bleues, une couronne de Heurs bleues, et planant dans une atmosphère tiède et douce andessus de la terre qui se couvre de verdure. Simzerla, la déesse des fleurs, placée à ses côtés, laissait tomber les fleurs dont ses mains étaient pleines.

POU. Le dieu de l'expiation au Kamtchatka. Il est représenté par un petit mannequin. Le jour de la grande fête de l'expiation on place entre ses jambes une baguette de douze pieds de long qu'on attache au plancher; on jette ensuite le dieu au feu, et le Kamlcliatka se trouve pur de tous ses péchés.

POBESIETS. Dieu slave qui avait quatre tètes et un visage sur la poitrine. Il tenait de sa main droite son menton et de l'autre touchait les cieux. Il rappelle, quant à la figure, le Mars vandale Porevith, qui avait six têtes (d'autres disent deux), dont une sur la poitrine. Le piédestal sur lequel reposait cette dernière idole était couronné d'armes de toute espèce.

PCTBIliPOS. Les Pruczes adoraient sous ce nom le dieu de la terre et de toutes les productions auxquelles elle donne naissance.

POUBOUCilA. Le premier homme selon quelques traditions hindoues. D'abord androgyne, il fut ensuite dédoublé, et prit alors le nom de Pom'oucha-Viradj (hommevierge). (Vov. Adi.mo.)

POUSSA. Le dieu de la porcelaine en Chine. Avant d'être dieu. Poussa fut ouvrier. Mais il était animé du feu sacré. Nul ne l'égalait dans l'art délicat de façonner la porcelaine. L'empereur un jour lui demanda un'morceau d'un travail difficile. Poussa se meta l'œuvre; il échoue; il recommence, et, désespéré de ne pouvoir faire passer dans son œuvre l'idéal qu'il a dans son esprit, il se précipite dans la fournaise ardente. C'est ainsi que Vatel se passa son épée au travers du corps, parce que la marée n'était pas arrivée à temps pour venir prendre la place qui lui était réservée sur la table du grand roi. Mais Valel après sa mort ne se trouva point, que nous sachions, métamorphosé en la marée si impatiemment attendue. Poussa, plus heureux, devint dans la fournaise le chef-d'œuvre que rêvait le glorieux souverain de l'Empire du Milieu. Vous étonnerez-vous à présent que les Chinois aient fait un dieu de l'habile porcelainier?

POUSTBB. Une idole de deux pieds un pouce de hauteur, et d'une circonférence un peu plus considérable; tel était \k dieu germain. Une marmite! Un canopel direzvous. Poiister, eneffct, n'était pas autre chose, si ce n'est Qu'il avait une tête et deux bras. La divine marmite trouvée dans le château de Rottenbourg en Thuringe, cl transportée en 1346 dans le fort dé Sondershans, était d'un métal inconnu. Une de ses mains, percée d'un trou, était placée sur sa tète. Un autre trou était pratiqué dans sa bouche. Les prêtres remplissaient l'idole d'eau et de matières combustibles, et bouchaient soigneusement les deux ouvertures. L'idole alors était placée sur le feu; l'ébullition commençait à l'intérieur; bientôt Pouster suait par

tous ses pores, les bouchons sautaient; sa tète et sa bouche vomissaient des jets de flamme, et le peuple consterné de la colère de son dieu, lui faisait des offrandes de toutes sortes. Ainsi Pouster, en se jouant, faisait bouillir la marmit de ses prêtres.

PBASRIMPO et PRASRIKUO. Le couple primitif dans la mythologie thibélaine, mais dans ce pays 1 homme descend, du singe. Prasrinpo donc et Prasrinnio sont pour nous des ancêtres à corps velu et à queue flottante, ce qui nous fait penser à cette curieuse imagination des rabbins, qui donnaient à notre père Adam, de même qu'aux autres animaux, une queue longue et velue, ornement superflu, dontDieu, mieux avisé, lit ensuite la femme. Vous tnouverez sans doute les Thibètains Lien osés de vous donner des singes pour aïeux. Cessez, lecteur, de vous indigner. Prasrinpo et Prasrinmo ne sont qu'une incarnation du couple divin Tsenrési et Kadroma. Ils eurent trois fils et trois filles.

PROUDENO ou BBOll»E!VO. Le premier des Krives ou prêtres chez les Pruczes. Il vivait, dit-on, vers le quatrième ou cinquième siècle. Vaidevout était son frère ou son contemporain. 11 ne diffère point sans doute de Briden ou Priden, mie les Lloègres iticntifiaient avec Edd. (Voy. ce mot ) De lui parait dériver le nom des Pruzci.

PUWCHAO. Le dieu suprême des Péruviens, le même sans doute que Pachacamac. (Voy. ce mot.)

âilJ''|j^J''''l!-fil'l'i,

QOAïVÏ£-QO;V€}. Dieu chinois auquel on attribue une taille gigantesque, et qu'on représente toujours suivi de son écuyer Lin-tchéou. Il passe pour avoir civilisé le pays dont il fut le premier souverain.

«JiiAVAVP. Dieu californien, le plus jeune des trois fils de Niparala (voy. ce mol), le dieu créateur, et de la belle Anaikondi. Né sur les montagnes, il en descendit un jour avec un nombreux cortège, apprit aux sauvages habitants de la Californie l'agriculture et l'architecture, leur donna des lois, et fut assassiné pour prix de ses bienfaits. Couronnant par une ironie amère leur œuvre d'iniquité, ses meurtriers lui mirent sur la tête un diadème d'épines. Quayayp disparut. Son corps, d'une merveilleuse beauté, n'est point sujet à la corruption ; mais, s'il n'est pas mort, sa vie est si languissante, que la parole vient expirer sur ses lèvres, et sa plaie est toujours saignante à son côté. Une chouette lui parle à l'oreille. Quayayp est probablement le soleil à l'époque où il paraît abandonner la terre, et son rôle de civilisateur, attribué par tout pays au soleil, peut nous aider à apprécier le véritable caractère de Manco-Capac (voy. Patchacamac) et de Botchica. (Voy. Memquetueba.J

. QUBTKAIiCOAIiT. Dieu de l'air et du commerce chez les Mexicains ou Aztéciucs. Il paraît être arrivé dans le pays d'Anahuac à l'époque de la domination des Tolté-

Sues, ces Pelasses du nouveau monde, selon l'expression e M. de HunuiolJl. Les eaux diluviennes couvraient la contrée, il les fit écouler, civilisa les habitaiils encore plongés dans la barbarie, établit des congrégations religieuses, sépara les pouvoirs temporel et spiriUiel, confia le gouvernement civil et polilii|uc à son compagnon lluenac, et fut lui-même le cbef du ciiUc ([u'il centralisa dans la ville de Cholula, qu'il avait fondée. L'apparition de ce civilisateur est un des faits les plus curieux que nous aient fourni les traditions des peuples. Quetzalcoalt comme Memquetheba ou Botcbica était barbu, et par conséipient d'une race étrangère à l'Amérique, puisque les naturels sont glabres; il était en outre de couleur blanclie, et il amenait "à sa suite des hommes vêtus de longues robes noires, dont le peuple conserva l'usage jus(|u'au leiziéme siècle pour se déguiser dans les fêtes. Quetzalcoalt portait lui-même un manteau parsemé de croix rouges. On rapporte qu'il av.iit prédit l'arrivée des Européens au Mexique et la chute ae l'empire des Aztèques. La ville de Cholula ou Cburultccal, si bien appelée par M. Beltrami la Jérusalem, la Rome et la Mecque de l'Anabuac, était célèbre par la foule des pèlerins qui s'y donnaient rendez-vous à l'époque de sa fête. Cholula possédait autant de temples qu'il y a de jours dans l'année, et un Téocalli, pyramide immense de mille trois cent cinijuante-cinq pieds de largeur à la base, et de cent soixanteieuî d'élévation, surmontée d'une plate-forme de quatre mille deux cent mèlres carrés, sur laquelle avaient lieu les sacrifices et où s'élevait un temple de forme ronde, qui plus tard fut remplacé par une église. Le culte de Quetzalcoalt était souillé par des sacriliees humains, el le temple qui lui avait été consacré à Mexico ét,ait revêtu d'une iiuantité prodigieuse de têtes de morts, dont Gomara portail le nombre à cent trente mille, calcul, il est vrai, fort exagéré. Les violimes humaines qu'on immolait en son honneur étaient toujours nombreuses ; le grand prêtre seul avait le droit de les frapper; on leur arrachait le cœur pour l'offrir aux dieux, et leurs membres palpitants étaient coupés par morceaux et distribués aux assistants. l'ai mi ces victimes, destinées à cette sainte hourbcrie, on choisissait le jeune homme le plus beau et le mieux fait, on le lavait dans le lac des Dieux, on le parait du plus magnili(|ue costume de Quetzalcoalt, on lui rendait les mêmes hommages qu'au dieu lui-même, cl le jour de la fête on l'immolait en grande pompe ; on offrait son cœur

à la lune, cl on précipitait son corps du haut du Téocalli, autour duquel la foule dansait pour témoigner sa joie. — Quetzalcoalt était aussi regardé comme' présidant à la guerre et à la prophétie, quoique ces deux attributs appartinssent plutôt à Vitslibochtli.

QUIAI. C'est le nom générique qu'on donne aux dieux dans la péninsule Transgangétique. Il précède ordinairement le nom spécial de chaque divinité.

RA, BE, RI. C'est le nom que les Egyptiens donnaient au soleil- 11 faut remarquer toutefois que cette syllabe était oriliniirement précédée de l'article Pi. (Vôy. FnÉ.) Souvent, en outre, elle suit le nom de Ciicph. etsuitout d'Amon, car Cneph-Amon est encore le soleil, ou le premier Démiurge se localisant dans le soleil. Nous avons eu souvent occasion de parler du soleil comme générateur universel, et précisément en copte Ré signifie l'arroseur, celui qui répand sur la nature les torrents de la lumière fécondatrice. (Voy. Po.)

RADCAili'l'. Dieu slave, adore surtout par les Varégnes, dont il protégeait la capitale. Il avait une lance ;'i la main gauche, un coq aux ailes déployées sur la tête, et sur la poitrine un bouclier orné d'une tête de bœuf. On lui immolait les prisonniers chrétiens ; le prêtre buvait de leur sang, cl, dans sa surexcitation, rendait des oracles respectés. Le sacrifice était suivi d'un joyeux repas. Radgast était placé sur la même ligne et peut-être au-dessus dcProno et de Seva.

BADUA. Voy. Krichna.

RADIEIW-ATUCIÉ: est le Rralim et le Piromi des Japons. Comme ces deux hautes divinités, il vil dans un repos absolu, et délègue son pouvoir à son fils Radien- Kieddé. Mais ce dernier lui-même est trop élevé pour être souvent invoqué. Le peuple veut des dieux qui soient plus près de lui, aussi les Lapons adorent-ils presque exclusivement les Noaida ou hommes du ciel, qui habitent le Vérald (l'espace ou même l'univers). Les justes vont après la mort habiter le séjour de Radien. Les méchants appartiennent aux Saivos ou génies infernaux.

RACiUlNIM ou RACilNIS, sont dans l'Inde Ircnic nymphes qui président à la musique. Elles sont des personnifications des dilVérents systèmes musicaux, et quatre surtout ont de l'importance. Tout en elles est rhythme, harmonie, cadence el mélodie. On les représente souvent, répandant des eaux limpides, qui forment une nier dont les Ilots miroitants, frémissants et murmurants représentent l'océan des sons. Elles ont ,i la main une balance, symbole de la pondération musicale, et sont en rapport à la fois avec les eaux, les astres, et même avec les vents

Tiimourti, ou Tiiuilé indienne, représcnlaiil Siva debout sur la vache sacrée.

A s:i droite est Vichnou et à sa gauche Brahma, au-dessous duquel on voit

le cvcne-aicle namta.

Une foule de tableaux les représentent, et des oiseaux, à la voix mélodieuse et parés des couleurs les plus vives, se balancent au-dessus ou autour d'elles. (Voy.MAnAcoDAnwBAMA.) La musique hindoue est aussi porsônniliée dans les Rasas, représentant les sons, dont le nombre est incalculable, et qui même peuvent être multiplii'S à l'infini. Six de ces Ras^as ont été divinisés.

RACllVAB 1.0DBR0K, fils de Sigurd Hrini;, roi de Danemark. Ragnar était grand de taille, spirituel, généreux envers ceux qu'il aimait, et terrible dans les batailles. C'est assez dire que Ragnar était un prince accompli. A la même époque régnait en Jutland un roi nommé Ilerrand, dont la fille, Tliola, joignait à une beauté ravissante, à une taille souple, élevée, élégante, toutes les qualités imaginables. Thola était la perle des princesses. Ilerrand, toujours en extase devant elle, lui offrait chaque matin un cadeau, et il avait juré d'en faire autant toute sa vie. Un jour, il lui apporte un dragon jeune et beau. Les femmes, depuis noire mère Eve, ont toujours aimé les serpents ; les matrones romaines en portaient

dans leur sein aux fêles de la Bonne Déesse, et nous qui ne datons pas de si loin, nous en avons vu souvent former un bracelet vivant autour des bras de nos élégantes Parisiennes. Thôla donc raffolait de son dragon.' Elle le mit dans une cage magnifique et lui fit un lit d'or. Le serpent, ainsi choyé, grandissait à vue d'œil ; l'or grandissait avec lui , et bientôt il enveloppa de ses replis immenses l'appartement mémo de Thola. Le dragon s'était épris de la cnarmante jeune fille, et, jaloux de son trésor, il ne permettait à personne, pas même à son père, de pénétrer jusqu'à elle. L'amour pourtant ne lui avait point fait perdre l'appétit, et il mangeait à chaque repas un taureau qu'il avalait d'une bouchée. Le roi était désespéré. Il ne se trouvait pas dans le Jutland un seul guerrier qui osiit se mesurer avec le monstre. Ilerrand lit publier de tous côtés qu'il donnerait sa fille en mariage à l'homme, quel qu'il fut, qui la délivrerait, et que l'or qui servait de couche au dragon, serait la dot de la princesse. Ragnar, à cette nouvelle, se fait faire des culottes et un capuchon de peau d'ours, dont les poils épais étaient bouclés de

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manière à ce que rien ne pût pénétrer à travers, ce qui lui fit donner le nom de Lodbrok; il trempa ensuite ce singulier accoutrement dans de la poix bouillante, qu'il laissa durcir, et, l'été venu, s'embarqua pour le Julknid avec une escorte de guerriers. Laissant tous ses compagnons sur le navire, Ragnar descend sur le riv.ige, se roule dans le sable, arrive des les premières lueurs de l'aube matinale au palais de Ilerrand, pénétre jus(iu'à l'apparlement de Thôla, s'élance vers le dragon, le frappe avec fui'eur, et le fer de sa lance pénètre si avant dans les lianes du reptile énorme, qu'il demeure fixé dans la plaie. Le serpent s'agite avec rage, une gerbe de sang empoisonné jaillit de sa blessure ; mais Ragnar avait tout prévu, il tourne le dos avec rapidité, et reçoit sur son manteau de peau d'ours le venin mortel, qui' ne lui porte aucune attemte. Il se retire alors, et regagne son navire. Le dragon, en se débattant dans les angoises de la mort, avait fait trembler le palais tout entier ; Ilerrand accourt : 11 peut enfin serrer dans ses bras sa fille bien-aiméo ! Mais le guerrier libérateur ne vient point réclamer le prix de son exploit. Le roi pourtant veut tenir sa promesse. Il invile le vainqueur à se présenter à un jour fi^é, avec le bois de lance auquel appartient la pointé qu'on a retirée du corps du dragon. Uue foule de guerriers arrivent pour

élre témoins de cette grande solennité. Ragnar apporte le bois de la lance. Le fer s'y adapte ; il épouse la belle Thôla, et son vaisseau, fendant les flots écumants, le ramène bientôt avec sa compagne sur les côtes du Danemark.

BAiiCHA€AS>. Voyez Daïtias.

RAKTAVIDJA. Géant qui avait obtenu de Brahnia le privilège dp voir, en cas de blessure, sortir des milliers de soldats de chaque goutie de son sang. La déesse Tchandi le blessa; une armée surgit pour le défendre. Tchandi invoque alors la noire Kali, qui vient recueillir le sang du géant ; et la déesse, après avoir exterminé les défenseurs ile Raktavidja, le fait tomber lui-même sous ses coups.

KAMA. Huitième incarnation de Vichnou. Il eut pour père Déçaraden (voy. ce mot) et pour mère Kaouçalia. Le corbeauKaka-Bhouçouda, qui est Brahma lui-même, le servit pendant les cinqpremières années de sa vie, exécutant ses moindres volontés et se prêtant à toutes ses fantaisies enfantines. Un jour, l'oiseau divin, dans une extase d'adoration, se précipita dans la bouche du jeune dieu, et demeura un nombre infini d'années dans ses entrailles, qui renfermaient les Souargas, les astres, la terre, l'univers entier. Il en sortit enfin ; mais ce voyage était un rêve, et

ce rêve, pourtant, une réalité. Rama fit des proi^ros merveilleux dans toutes les sciences, sous la direction du sage Vaciciila. Arrivé à l'âge de la puberté, il suivit le célobi'e pénitent Viçouamitra, qui avait besoin de son assistance pour triompher de Ravana, roi de Lanka (Ceylan), et de deux Daïtias qui l'empêchaient d'accomplir un sacrifice. Rama tua le démon femelle Taralia, une foule de parti-ans de Ravana, et mit en riéroute Maricha. son ^ém'ral. Viçouamitra offre alors son sacrifice tant de fois interrompu, et se rend avec Rama à la cour de Djanaka, père de la belle Sila. Ce dernier s'éprend bientôt de la jeune princesse; mais Djanaka ne la donnera qu'au héros assez robuste pour bander l'arc dont les dieux lui ont fait présent. Une foule de radjahs se présentent; ils échouent; Rama s'approche le dernier, saisit l'arc énorme, et le tend avec une vigueur telle que l'arme se brise entre ses mains. Lejcune vainqueur retourne, accompagné de Sila, à la cour de son péro. Mais Déçaraden (voy. ce mot), lié par un serment, l'exile pendant quatorze ans. Rama, suivi de l.akchmana, un de ses frères, s'enfonce dans la forêt de Dandaka, extermine les géants, et, les quatorze ans expirés, revient à la cour d'Aoude. On lui offre la couronne; il la cède à son frère Bharata , et va recommencer contre les mauvais génies une guerre d'extermination. Il triomphe; il fait mordre aux uns la poussière et repousse les autres dans le Dekhan. Mais une guerre jdus terrible va s'engager. Ravana, à l'instigation de Smoiirianaka, sa sœur, irritée contre liama, qui a dédaigné sa passion, enlève Sita, son épouse bien-aimée, et l'emmène dans l'ile de Lanka. Rama marche contre le ravisseur; une armée formidable d'ours, de singes, s'élance à sa suite (voy, Hanouman, Jambavan) et pénètre dans Ceylan ; le sang coule dans vingt batailles; Rama parvient,! gagner Bhavani, qui jusqu'alors avait combattu contre lui; Ravana périt dans un combat, Sila est délivrée. Rama police alors les peuples, leur enseigne les arts et les sciences, règle le culte, et, laissant l'empire à son fils Koucha, remonte dans le Vaikounta, son pahiis divin, d'où il veille encore avec Sila sur les hommes, qu'il protège; mais avec lui se termine le Trétaïouga, 1 âge d'argent des Hindous.

«.ÏVOC-IiAOUir-HIBlOUIL.. Si nous vivions sons le règne du polythéisme, nul doute qu'on ne vît s'élever à Périgueiix, au Mans, à Rayonne, à Strasbourg, des divinités juésidant à la récolte des truffes, à l'engraissement des chapons, à la fumigation des jambons et à la fabrication des p.îtés de foies gras. Les indigènes de Batavia, qui ne sont pas moins friands des nidsd'hirondelles de mer que nos gourmets des mets délicieux que nous venons dénumérer, les mettent sous la protection de Ratoc-Laout- Kidoul, ou la Princesse de la mer du Sud. Les en blàmerez-vous, ces braves Bataviens? Lecteur, vous ne l'oserez pas, et surtout lorsque vous saurez que ceux des nids qu'ils ne mangent pas ils les vendent aux gourmands de l'Inde et de la Chine au prix de ISt) francs 1,-i livre.

BAVA, c'est-à-dire le Vieux. Dieu suprême des Finnois, qui lui donnent pour fils Ilmarénen, le dieu de l'air, et Vainamoinen, le dieu du feu. Au-dessous de lui se rangent encore, et peut-être comme simples émanations, louniala, le bon principe, et Perkel, le génie du mal.

UAVANA et UUOUMBU AÙAKMA. Ravana, le plus redoutable des adorateurs de Siva, s'il n'est Siva luimême, était un géant à dix têtes qui régnait sur l'ile de Lanka (Ceylan). 11 avait osé attaquer les dieux jusque dans les Souargas; mais, vaincu par Indra, il se fil pénitent, consacra à Siva cent ans d'austérilés, et poussa l'abnégation jusqu'à sacrifier à ce dieu si s dix têtes et dix de ses

mains. Siva, pour le récoriq ser, lui accorda le privilège

de n'être tué que lorsqu'on lui aurait ahaltii un million de têtes. Sa force était telle, qu'un jour, ayant trouvé Siva endormi dans l'ile de Ceylan, sur le mont Kaïlaca, il enleva montagne et dieu, qu'il déposa sur le mont Himalaya, au nord de l'Ilindouslan. Il avait pour IVèrc ce vorace Khoumbhakarna , qui, dés le moment de sa naissance, avait dévoré cinq cents Apsaras, les femmes de cent Moiinis, sans compter une multitude de vaches et de Bialimes. A l'instigalion perlide de Saïaçonati, Khniimbhakarna demanda un jour à llrahma , comme récompense de dix

mille ans d'austéiités qu'il venait d'accomplir, le privilège de dormir jour et nuit. Brahms lui accorda ce qu'il souhaitait; mais, mettant en ligne de compte la supercherie de Saraçouali, il lui accorda un demi-jour de réveil à la fin de chaque période de six mois. Vous vous imaginerez facilement l'appétit du géant après ce jeune d'une demi-année; aussi, quand il se réveilla, dévora-t-il six mille vaches, dix mille brebis, dix mille chèvres, cinq mille cerfs, cinq cents buffles, le tout arrosé de quatre mille tonneaux do liqueur fermentée. Ravana avait été son pourvoyeur, et Khoumbhakarna, irrité de sa parcimonie, voulut le tuer, La Grèce a vraiment bonne grâce à nous vanter son Milon de Crotone, auquel il arriva de manger un bœuf à son souper. Il est vrai que Milon de Crotone aurait paru bien petit dans un lit comme celui de Khoumbhakarna, qui n'avait pas moins de vingt mille lieues de long. Sa force égalait celle de son frère, et, pendant ses douze heures de veille, il trouvait, après son repas, le temps de faire la guerre aux dieux, dont toute la puissance échouait devant un si rude adversaire. — Ravana et Khoumbhakarna sont une pure allégorie du culte sivaïtc, de sa puissance et de sa majesté sauvage et barbare. C'est pourquoi ils ont pour adversaire Viclinou lui-même, qui, sous le nom de Rama, fait sa huitième incarnation pour triompher de Ravana, qui avait étendu son autorité sur tout l'univers (voy. Rama, Jambavan, Uakouman), et c'est pour assurer le triomphe du vichnouïsme que Saraçouali avait fait demander à Khounibhakarna un sommeil presque éternel.

itKaaruAW, Voy. Po.

BUIW. A l'article DnoiDEs, nous avons parlé de la vénération de nos ancêtres pour les lacs , les rivières , les fontaines. Au pied d'une montagne du Gévaudan, était un lac particulièrement consacré à la lune (Hélanus ou Hélalus), où, chaque année, les habitants du pays venaient jeter des habits, des toisons, de la cire, du pain, etc., chacun suivant ses moyens. La fêle durait trois jours , pendant lesquels on se livrait à la joie et aux festins. Le quatrième, au moment où les dévots s'apprêtaient à se retirer, un orage terrible s'élevait tout à coup et des torrents de pluie mêlée de pierres tombaient du ciel (Grég. de Tours, Glor. Conf., cap. 2). Le lac situé dans les environs do Toulouse, et dont les flots engloutissaient tant d'or et d'objets précieux, était plus célèbre encore (voy. Druides, El- FiNEs); mais le Rhin, surtout, recevait les hommages des anciens Celtes; et ce grand fleuve , qui, à toutes les époques de l'histoire, a joué un rôle si important dans les juttes sanglantes des peuples; ce fleuve que l'Allemagne invoquait naguère dans un chant de guerre devenu fameux, recevait, dés la plus haute antiquité, les hommages des guerriers de la Gaule et de la Germanie. Des armées entières venaient implorer son secours et lui demander à grands cris la victoire. La seule vue de ce fleuve, ou de quelqu'un de ses rameaux, dit Tacite {Ànn., liv. v, ch. 18), suffisait pour inspirer du courage aux soldats. Le Rhin même, dieu juste autant qu'il était puissant et redoutable, prononçait sur les contestations les plus délicates qui pouvaient s'élever entre les époux. Un nomme doutait-il de la fidélité de sa femme, avait-il des doutes sur la légitimité du fruit qu'elle portait dans son sein, il attendait le moment de la délivrance, et l'enfant était précipité dans les flots ; si l'enfant allait au fond, la mère était coupable. C't'tait le jugement de Dieu, jugement respecté , sur lequel nul n'aurait osé élever un doute, et la femme coupable expiait par la mort sa faute publiquement dévoilée. Les Romains, à l'exemple des Gaulois, divinisèrent le Rhin. Des méilaillcs de César et de Drusus le représentent sous la figure d'un vieillard à longue barbe assis au pied d'une nionlagiie, l.mlôl s'aiipuyiint sur un navire, symbole du Cdininèree qu'il ilévclcjiqii', tantôt tenant à la main des rosciux ou peiaiiiinl une corne pleine d'eau.

UICiaiM. Génies de la mythologie hindoue, dont le earaet're est fort obscur. Ils paraissent être de grands pénitents ou Mounis , on les conf(uul même avec'lcs Pradjapatis. On en compte ordinairement sept: Kaciapa (l'cspaee), Atri, Vacichia, Viçouamitra, Golama,Rharadouadja, l)ianiadagni. lis ne différent point sans doute des Dcvarcdis (divins Richis), Radjarchis (rois Ricliis), Moharcliis

(grands Richis) et Saptarchis (sept liicliis). cjui ne soniblenl rire que des noms d'honneur de ces génies, ninis (iiii parailrnient indiquer d'autres Richis inférieurs. Les Richis hahilent à quatre millions quatre cent mille liciics par delà la plnm'tc Saturne, et ils forment, dit-on, la constellation de la Granilc-Ourse.

RISIAK. Dieu tics Péruviens qu'on allait consulter avant de s'engager dans une entreprise. Il passait pour rendre par la bouche de ses prêtres des oracles infaillibles.

BIMEB est dans la mythologie Scandinave le géant qui, à l'époque du crépuscule des dieux, c'est-à-dire à la un du monde, conduira le grand vaisseau >'aglcfare.

RIUMOX. Dieu de la ville de Damas en Syrie, qui ne nous est connu que par un passage de l'Ecriture. Selden, qui fait venir sou nom de Rim (élevé), croit qu'il est le même qn'Elioun |voy. ce mot), le Très-Haut. D'autres l'identifient avec Vénus, parce que Rinimon, en Uébreu, signifie grenade. Rircher opine pour Pomone. ?sous préférons, avec M. Parisflt, le rapprocher d'.\mon-Ra.

ROTH. Déesse gauloise adorée par les Véliocasses et

3ui parait avoir été uiu; Vénus. On retrouve son nom ans Rothmag (Rouen), le Rotlioniagusdes Romains Quant à la syllabe Mag, vient-elle, comme l'ont pensé quelques historiens, du nom de Mag. Ois du plus ancien roi de la Gaule, Gamothés'? Nous ne voudrions point causer préjudice à ce royal rejeton ; mais nous nous sentirions assez jorté à voir dans Mag ce nom si respecté dans les religions de tant de peuples depuis l'Inde et la Perse jusque chez les anciens habitants dis iles Canaries, de la Sarmatie, de la Saxe et des iles Britanniques. (Voy.M.^c.*.) L'histoire même nous apprend que Ch.arlemagne fit abattre le temple longtemps respecté d'une déesse saxonne, appelée Magada (c'est-à-dire fiUe, vierge), mot dont la dernière syllabe ne représente sans doute qu'un élément étranger. Ne se pourrait-il pas jue Roth-Mag (la vierge rouge) fut le nom même de la divinité adorée par les anciens habitants de Rouen ?

BOUIMAVIXU ou ROUGIAVITH. Le dieu de la guerre chez les anciens Slaves. Il était représenté avec sept visages. Son nom est probablement le même ([ue celui des Rugii.

BOUCi^'OUR. Géant Scandinave dont la lance était de pierre à aiguiser. Thor. d'un coup de sa massue redoutable brisa l'arme de Rougnour. Depuis cette époque, les pierres à aiguiser semblent dans tous les pays n'être que les fragments d'une mas-e fracassi'c par un choc violent.

B01ISKAL.KIS. Voyez Lécihes.

SABAJÎHJS. Dieu phiygien qui passait pour fils de Cybàlc et de Saturne, et auquel on donnait pour nourrice

Ilippa ou même Ny^a, ce qui fait nécessairement penser à Bacchus. 11 parait hors de doute en effet que ces deux divinités n'en faisaient qu'une. Nous savons d'ailleurs que le cri Sabo'i était un de ceux qui retentissaient le plus fréquemment dans les cérémonies bachiques. Les Sabazies, comme les Orgies, étaient des fêtes délirantes accompagnées de danses convulsives et de gestes désordonnés. Les prêtres ou les dévols ne s'y épargnaient pas plus que dans les solennités d'.\naïtis, de Baal, de la Grande Déesse syrienne, etc. Les mots mystérieux Evoï. Saboï. Ilyès, .Vttés, .\llcs, Hyès, v étaient mille fois répétés. M.Parisot, qui rapporte Bacchus à Siva, explique ces mots par Gloire à toi Siva, fils père, père fils, — et Fréret par: Heureux puissent être les initiés, Sabase père, ô père Sabase! Sikler croit que ces paroles étaient prononcées par deux chœurs, l'un de Mystes et l'autre de prêtres, et il les traduit ainsi :

Les mystes. Evoï, Saboï (mon père, mon nourricier) I

Les prêtres. Ilyés lil est le feu ou la lumière)!

Les mystes. .\tlés (lu es le feu ou la lumière)! Attès (lu es le feu ou la lumière)!

Les prêtres. Uyès ^il est le feu ou la lumière) !

Sabazius est se'Ion toute probabilité le même dieu qu'.\donis (le seigneur) et qu'.^lys, ce qui ne contrarie point ce que nous avons dit plus haut, puisque Plutarque confond .\donis et Bacchus. Ces divinités, en effet, ne sont que le soleil, le soleil arrivant à son déclin, ce que Macrobe dit positivement de Bacchus {Saturn.. liv. I"^, eh. xvm.i Une opinion singulière est celle de Plutarque, qui prétend que c'est du dieu Sabazius ou Bacchus que vient le sabath des Hébreux, et qui veut en conséquence que le dieu des Juifs ne soit que ce même Bacchus appelé d'ailleurs lao, comme lui.

SAISÉISUE. Vovez Soleil.

SAGARA. [Myth. mdoue.) Voyez Gawga.

SAKTI. L'énergie divine, femme de Brahm l'irrévélé, et par conséquent la même que Maïa. Sakti pourtant diffère de Maïa. Celle-ci n'est que le monde extérieur, le monde des phénomènes illusoires et trompeurs; Sakti est la force qui les produit, la vie latente. On donne souvent à celle déesse le nom de Parasakti (la grande Sakti), pour la distinguer des trois déesses de la Trimourti, qui prennent souvent l'épithète de Sakti, et qui ne sont que des dédoublements ou des émanations de la haute épouse de Brahm, comme Brahma. Vichnou et Siva sont des émanations de Brahm lui-même. Les livres sacrés mentionnent souvent huit Saktis ou Matris (voy. ce mot), dédoublement de Parasakti.

StAliAllA^'DRES. Génies élémentaires qui vivent d.ms le feu comme les Sylphes dans les airs, les Gnomes dans les entrailles de la terre et les Ondines dans les eaux. Les Salamandres sont tantôt favorables et tantôt funestes aux hommes. Le feu qui réchauffe n'est-il pas aussi le feu qui brûle et qui tue'? Us prennent sous leur protection spéciale les animaux qui portent leur nom, et auxquels ils ont accordé le privilège de traverser les flammes sr.ns en éjirouver l'atteinte.

SAE/AMBO. Déesse babylonienne en l'honneur de laquelle on célébrait une fête de deuil. On la prend pour une Vénus.

SAHOUIVDO. Femme d'Erlik-Rhan (voy. ce mot); elle est représentée à côtj de lui. Son corps est bleu clair, tandis que celui d'Erlik est bleu foncé. Héla, dans l'enfer Scandinave, est bleue et blanche.

SAMI ou SASf.A. Génie hindou qui passe tantôt pour le frère d'Iama, tantôt pour le fils du Soleil et pour une des sept planètes. Il préside à la conscience, aux destinées futures et à la transmigration des âmes. C'est un génie funeste dont le regard est mortel. Le corbeau, symbole de la métempsychose, est son attribut le plus ordinaire ; on .y joint lesserpeuls représentant les remords. Le septième jour de la semaine, samedi (jo\ir de Saturne), lui est consacré et porte pour cette rai.son le nom de Sanidinani (jour de Sani.) Sani est représenté avec quatre bras, monté sur un corbeau et couronné de serpents. Ses chairs sont de couleur bleue.

SAîVKABA-AVCHARIA. Le bouddhisme a subi

aillant de perscculions que le clirislianisme. Saiikara-Atcliaria fut un de ses ennemis les plus acliarnés. 11 anéantit la loi de Bouddha dans l'Inde et entreprit de la détruire également dans le Népaul et le Thibet. Le grand Lama lui posa des objections qu'il ne put résoudre. Pour se débarrasser d'un si rude dialecticien. Sanknra, par un pouvoir magique, s'élança dans les airs. Le Lama planta, la lame en haut, son couteau sur l'ombre que faisait le corps de l'impie, qui, tombant tout à coup, se fendit la gorge sur le fer vengeur.

SA!*I-PAll. Dieu adoré par les Mongols, les Thibétains et les Kalmouks. 11 est représenté avec trois têtes et assis sur un tabouret. Un arc, symbole de la puissance, est placé auprès de lui, une mitre surmonte sa tète

du milieu, qui s'élève au-dessus des deux autres. Cellesci ont pour coiffure une espèce de calotte. 11 lient un cœur enllammé dans sa main droite et un sceptre dans sa main gauche. Nul doute que San-Pau ne soit une personnilicalion trinitaire identique à llopamé, s'émanant en Sangh-Kie-Kontsioa, Tsio-Kontsioa et Kedoun-Kontsioa ou en Giani-Ciang, Tsiliana-Tortsrh et Tsenrési.

SARAÇOCATI. Sœur et fille dcBrahma, qui, embrasé pour elle d'une passion incestueuse, la poursuivit longtemps de sou amour. Saraçouati cherchait en vain à éviter sa présence. De quelque coté qu'elle se tournât, une nouvelle tête rtonssait sur les épaules du dieu, qui bientôt put étendre à la fois ses regards aux quatre points de l'horizon, qu'il embrassait jusqu'aux extrémités du monde. Ne

pouvant échapper à sa vue, Saraçon:ili s'élance dans les cieux ; une cin(|uièmc tête vient tout à coup se joindre aux quatre que possédait déjà Brahma, et la dcnicuro niênie des Immortels n'est plus un refuge pour la déesse. Siva, inilé, abat la tète audacieuse (jui ne craignait pas de souiller la sainteté des cieux. Brahma estalors précipité dans l'abime et condamné à subir une longue série d'incarnations. (Voy. BnAHMA ) Saraçouati n'en fut pas moins sa femme. On se demande tout d'abord quel sens est caché sons cette allégorie si grandiose, même dans son apparente brutalilé. L'explication est facile à donner. Brahma est l'énergie créatrice, l'esprit qui vient organiser, animer cl vivilicrja matière chaotique. Mais celle œuvre inagnili(|iie ne s'accomplira (lue par la grande loi de l'harmonie, de la science, de la sagesse. Et Saraçouati, poursuivie jiar Brahma avec tant d'ardeur et d'obstination, Saraçouati. qu'il parvient à forcer jusque dans son dernier refuge, Saraçouati, comme son nom l'indique, est l'harmonie ;

elle est la science ; elle est la sagesse ; elle esl le Verbe. L'Egypte nous offre dans Isis el Ùsiris un mythe absolument semblable. Isis, en effet, est la lllle. la sœur et l'épouse d'Osiris. Isis est la sagesse divine, elle est en même temps la nature, et la déesse hindoue, dans son essence infinie, embrasse elle-même l'universalité des choses. — Saraçouati, déesse de l'harmonie divine, préside naturellement à la musique, el, par suite, au langage el à l'éloquence. C'est pourquoi elle reçoit les noms de Vatch (la voi.x), de Ghi (l'éloquence), de Vakervani (rectricc de la iiarole). de Bhavali (l'histoire). Elle est mère de Narcda, le dieu de la sagesse; de Dakcha, père de Savilri (le soleil: Isis est aussi mère du soleil); des six Ragas, qui |uésideui aux modes musicaux. (Voy. BAdiimis ) Saraçouati est ordinairement représentée à côté de Brahma ou seule, el tenant à la main une lyre ou vina, instrument inventé |iar Nareda.

SAUIAriNCi. Les habitants de l'ile Formose le

croient comme nous, l'homme est né parfait, l'iiomme est né beau. Tamagisanliach, qui Ta créé, eu a voulu faire un ciief-d'œuvre. un micrOLOsmc, comme disaient autrefois nos philosoplies , c'est-à-dire un abrégé de tout ce qu'il y a de plus admirable et de plus ravissant dans la nature. Lisez Mllton, même n travers Delillc, et vous verrez qu'Adonis aurait cédé la pomme à notre père .\dam. Telle était donc la volonté de Tamagisanliach. .Mais Tamagisanhach n'est pas seul mailre dans le monde. 11 est à tout moment contrecarré par un mauvais génie qui a choisi le Nord pour demeure, et qui a nom Sarialing. Il suffit que le premier ait voulu les nommes charmants et beaux, pour que le second les veuille disgracieux et laids. Or, Sariafînç, afin de combattre son adversaire, a choisi pour arme Ta petite vérole, et son plus doux passe-temps, depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin, est de cribler le visage des pauvres habitants de l'ile Formose. Pour l'hon neuf de Tamagisanhach, j'aime à penser qu'un jour ou l'autre il inventera la vaccine.

S.4TÉ ou SATI. Déesse égyptienne de second ordre qui, sur les monuments, est appelée Dame de la région in-

férieure. On voit souvent son image sur les monuments funéraires. Elle est ordinairement à genoux; sa coiffure est blanche ou bleue , et sa tète est ornée tantôt du pschent, tantôt d'une palme. Elle tient dans ses mains la croix ansée et le sceptre à tleur de lotus. Tantôt elle est vêtue d'une tunique, et tantôt le vautour, emblème de la maternité, couvre de ses ailes ses jambes et ses cuisses. Le serpent LVcEus lui était particulièrement consacré.

SAVIAVRATA. Le Xissutr. le Deucalion de l'Inde. Brahma dormait. Les Védas coulèrent de sa bouche, et le démon Haïagriva les dévora. La loi sainte se trouva perdue pour les hommes. Saliavrata, au milieu de la corruption générale, se faisait remarquer par sa sainteté. Il s'acquittait scrupuleusement de ses ablutions dans le lleuve Kritamala. Un jour, un petit poisson se présente devant lui; il le prend et le dépose dans un bocal. .\u bout de quelques heures, le poisson avait tellement grandi, que le vase pouvait à peine le contenir. Satiavrala le place dans une cuve ; le même miracle se renouvelle. Il le porte successivement dans un clang. dans un lac, dans le fleuve, et le poisson, grandissant toujours, se trouvait partout à l'étroit. Le pieux radjah le met enfin dans l'Océan. « Encore sept jours, lui dit le poisson, qui n'était autre que Vichnou, et tout sera submergé; mais au sein des vagues dévastatrices, un grand vaisseau t'apparaitra; entres-y, muni de toutes les plantes, de toutes les graines, accompagné des sept Richis et entouré des couples de tous les

animaux. » ku bout de sept jours, en effet, la mer déborda sur la terre ; des pluies immenses tombèrent du ciel. Satiavrata lui-même allait périr, lorsque le navire apparut. 11 s'y renferma, après y avoir fait entrer les Ricnis. les animaux, et y avoir réuni les graines de tous les végétaux. Vichnou , toujours sous la figure du poisson, s'éleva à la surface des eaux, au moment où dej.à elles commençaient à décroître, tua le démon H,aïagriva et recouvra les livres saints. Saliaviata fut cnsiiile mis au nombre des Menous, et devint le septième d'entre eux sous le nom de Vivaçouata.

SAVIXBI. X ce nom se rattache un des plus charmants épisodes de la grande épopée sanscrite connue sous le nom de Mahabarata. Nous ne connais-ons, en aucune langue, rien de plus gracieux, de plus tendre, de mieux senti. C'est, comme le dit M. Pautnier, un diamant sans tache enchâssé dans une riche parure, une étoile chaste et pure rayonnant au milieu d'un ciel orageux. Nous allons en donner un extrait d'après la traduction de ce savant indianiste. Malheureusement , nous sommes obligé d'effeuiller sous nos doigts les fleurs délicates de cette guirlande de poésie pour la plier au cadre de ce recueil.

Asvapati, roi de Madras, n'avait point d'enfants. C'était, pour le puissant monarque , un chagiin que l'éclat du trône ne pouvait lui faire- oublier. Pour fléchir les dieux, il vécut dix-huit ans dans les austérités de la pénitence, et fut enfin récompensé par la naissance d'une fille, qu'il nomma Savitri, en l'honneur de la déesse qui lui avait accordé cette faveur précieuse. Savitri était belle comme Lachmi; Savitri avait de gi-ands yeux couleur de lotos, et lorsqu'elle fut parvenue à l'âge "brillant de la jeunesse, les hommes disaient, en voyant .sa taille élancée, ses formes arrondies et son front éblouissant : Elle est belle comme une fille des dieux. Et pourtant, nul jeune homme ne la demandait en mariage, la vierge aux yeux de lotos! Asv.v pati, plein de tristesse, lui ordonna de chercher elle-même le mari qu'elle désirait. Elle part sur son char d'or, visite les anachorètes dans leurs déserts, les sages dans leurs ermitages, les étangs consacrés où les religieux se réunissent pour faire leurs ablutions, revient enfin àMadras, et apprend à son père qu'elle a fait choix de Salyavan, le Véridique, jeune nomme beau comme elle, et fils de Dyoumatsena, roi de Salva, qui, après avoir perdu la vue et le trône, vivait retiré dans un ermitage. Salyavan était sage, instruit, patient comme la terre, religieux, libéral, magnifique, d'un a.spect agréable comme la lune; Salyavan était un modèle de toutes les ))erfeclions. Mais Narèda, le dieu musicien, le dieu prophète, qui se trouvait alors à la cour d'.\svapati, lui apprit que le fils de l'ancien roi de Salva devait mourir au nout d'uu an. Va, Savitri, va, ma belle, faire un autre choix, lui dit son père. — On ne subit qu'une fois sa destinée, répondit Savitri. Qu'il ait une vie longue ou qu'il ait une vie courte, une fois qu'un époux a "été choisi par moi, je n'en choisis pas un second. Le roi de Madras, accompagné de sa fille, va trouver Dyoumatsen;; dans sa retraite, "et bientôt Savitri est unie à l'élu de son cœur. Dépouillant ses ornements royaux, elle se couvre d'un vêtement d'écorces d'arbres, et partage la vie solitaire de Satvavan. Dans l'humble ermitage, elle se sent heureuse, là fille du roi de Madras ! Sa douceur, sa piété, ses qualités, la font aimer de tous ceux qui l'environnent. Mais le temps s écoule; une trislcsse profonde s'empare de la jeune épouse; elle songe a la préaiction de Naréda. L'année arrive enfin à son terme, (jualre jours encore la séparent du moment fatal ! Dans l'espoir de fléchir les dieux, elle fait vœu de rester debout, immobile, et sans prendre de noumture, pendant trois jours et trois nuits, et remplit sa promesse. Le quatrième jour, Salyavan se dispose à aller couper du bois et cueillir des fruits dans la lorêt, car son père aveugle n'a que lui pour soutien. Savitri, malgré son jeune de trois jours, malgré sa fatigue, malgré sa douleur et ses angoisses, Savilri veut le suivre. Us partent; les voilà dans la forêt; les grands arbres arrondissent sur leurs tètes leurs rameaux chargés de fleurs; les paons, aux couleurs éclatantes, passent en troupes autour d'eux; ils côtoient les fleuves aux flots transparents. Salyavan marche léger et joyeux ; Savitri le suit la douleur

dans l'âme el le sourire sur les lèvres. Le jeune liomiiK' remplit sa corljeille; les branches tombent avec fracas sous sa hache; mais tout à coup sa vigueur l'abandonne; il vient poser sa tête sur le sein palpitant de Savitri. et un sommeil invincible ferme ses paupières. Au mémo instant, Savitri voit, debout à cote de lui, un homme qui le regardait d'un œil avide. L'inconnu était couvert de vêtements rouges ; ses cheveux étaient frisés ; son visage, noir et ja\me, brillait comme le soleil, et il tenait une corde à la main. C'était lama, le dieu de la mort. Plein de compassion pour Savitri suppliante, il lui apprend le motif de sa présence, et fait sortir du corps de Satyavan un esprit de la grandeur d'un pouce (c'est l'âme sensitive, siège de la vie, et différente de l'âme spirituelle), le lie avec sa corde et se dirige du côté du midi. Il ne rcst.iit plus de Satyavan qu'un cadavre inanimé. L'épouse éplorée suit lama. Retourne sur tes pas, va-t'en, Savitri, lui dit-il, va accomplir le sacriQce funèbre. — Là où mon époux est conduit, répond Savitri, là aussi je dois aller; c'est mon devoir éternel; ne me défends pas de te suivre. lama, louché, lui promet d'exaucer le vœu (pielle formera, quel qu'il .soit, pourvu qu'elle ne demande pas la vie de Satyavan Saviiri le prie de rendre la vue à son beau-pére. Le dieu continue sa marche; Savitri le suit encore, elle le suit toujours, et obtient de lui tour à tour que le trône soit rendu à Dyoumatsena , cent iils pour couronner la vieillesse de son père, cent fils pour elle-même et dont Satyavan sera le père. Elle obtient enlin la vie même de Satyavan, et une existence de quatre cents ans pour elle (t pour lui. Yama délie alors l'esprit qu'il avait attaché; Savitri court auprès du corps inanimé, replace sa tête sur son sein, et le réchauffe sous ses mains délicates. Satyavan se réveille, et toutes les promesses d'Iania sont ac- Con)))lies.

SCHAKA. Déesse babylonienne que l'on a comparée il l'Ops des Latins, et dont le nom rappelle à la fois la terre sacrée des Saces et l'épithète de Sakli (l'énergie), donnée aux hautes déesses de l'Inde. Schaka est la même divinité, sans doute, qu'Ana'itis, comme le prouverait cette fête des Sacées, qu'on célébrait, suivant Athénée {Dypnosoph., liv. xiv), en l'honneur de cette derniorc. Les Sacées duraient cinq jours, pendant lesquels les esclaves commandaient à leurs maîtres, ce qui avait lieu à Rome dans les Saturnales. On choisissait, en outre, un prisonnier condamné à mort. On lui accordait toutes les grâces, toutes les faveurs, tous les plaisirs (|u'il pouvait désirer, et, la fêle accomplie, on le conduisait au supplice. On retrouve chez les Mexicains un usage analogue. (Voy. Quet-

ZACOALT.)

SEIT. L'.Vhrimane des Lapons , le roi des mauvais génies. Il était adoré dans les forêts, au milieu des rochers, et on lui sacrifiait des chats, des chiens, des coqs, et rarement des rennes. Il était représenté par une |)ierre à laquelle on donnait la figure d'un homme, d'un quadrupède ou d'un oiseau, selon qu'elle se prêtait à l'une ou â l'autre de ces formes. On choisissait de préférence les pierres déjà creusées et bizarrement taillées par les eaux des cascades. L'ile de Darra, dans le lac Tornéo, était son sanctuaire principal. Seit formait une sorte de Irinité avec Tiermes (voyez ce mot) et Paive , déesse du soleil. Tous les ans, on interrogeait le sort pour savoir auquel des trois on offrirait le grand sacrifice. Un anneau tournant sur un tambour, autour des trois signes afi'ectés aux trois divinités, décidait, en s'arrêtant ilevant l'un ou l'autre, à qui devait èchcoir le sacriliie. Mais à eùli' de ci's signes on en traçait un i|ualrii'inc, (jni n'apparlenait à personne. Si l'anneau s'y arrêtait, c'èlail nu relus formel de la iiarl de Seit, de Tiermes et de Paive , et tout le peuple était plongé dans la désolation.

sËkaPIS. Un des dieux les \<\m célèbres de l'Egypte snus la domination étrangère. Ptolémée Soler, le fondateur de la monarchie des Lagides, voulut faire d'Alexandrie la capitale religieuse de l'Iigypte. Il déclara un jour qu'il avait vu en songe un dieu qui lui ordonnait d'aller chercher sa statue à Sinopc, dans le Pont (Tacite, liv. iv, ch. 83 et 84). Il envoya immédiatement des commissaires charges d'apporter à Alexandrie la divine image. Le dieu

de Sinope avait trois têtes , une de chien , une de loup ou de chacal et une de lion. Ces trois têtes rappelaient le Cerbère de la mythologie grecque et le monstre correspondant de l'Amenthi égyptien. Le dieu de Sinope fut assimilé à Pluton, ou plutôt, comme le dit Plutarque (Isis et (3siri.<), au Sérapis de l'Egypte , dans lequel les Grecs avaient reconnu le sombre époux de Proserpine. Son templeniême fut élevé sur l'emplacement d'un antique sanctuaire consacré à Sérapis et à isis (Tacit(' , passage cité\, et c'est pour cette raison qu'il reçut le nom de Sérapis, sous lequel il n'était point connu a Sinope, suivant le témoignage de Plutarque. Cet auteur, dans la Vie d' Alexandre, parle positivement du culte qui lui était rendu à une époque antérieure aux Ptolémées. Diogéne Laërce rapporte que Diogéne le Cynique ayant appris qu'Alexandre se faisait adorer comme étant Baccluis lui-même, s'écria : Qu'on me fasse donc Sérapis! Pausanias (in .4«icis) dit même que le plus ancien sanctuaire de Sérapis était celui de Memphis, et plusieurs écrivains de l'antiquité ont prétendu que c'était de Memphis et non de Sinope que Ptolémée Soter avait fait venir la statue de Si'rapis. C'est donc à tort que beaucoup d'auteurs ont cru que ce dieu était inconnu â l'Egypte avant la domination des Ptolémées.

Le temple, ou Sèrapeum, qui lui fut consacré par le premier des monarques de cette dynastie, ou, selon d'autres, par le deuxième, ou même par le troisième, était un des monuments les plus magnifiques de l'univers. Ammicn Marcellin dit qu'il ne "le cédait qu'au Capitole de Rome. Un sacerdoce largement rétribué fut créé en l'honneur du dieu, dont le culte éclipsa bientôt celui des autres divinités de l'Egypte. 11 se répandit avec rapidité dans la vallée du Nil, d'où il passa en Grèce, en Asie, et, plus tard, en Italie. Du ti mps d'Aristide l'Orateur, au deuxième siècle de Jésus-Christ, l'Egypte ne comntait pas moins de quarante-trois temples dédiés à ce dieu. Celui de Canone, à vingt-quatre kilomètres à l'ouest d'Alexandrie, rivalisait avec le Seropeum de cette dernière ville, et attirait une foule prodigieuse. Nuit et jour, selon Strabon (liv. xvn), le canal qui conduit d'.AIcxandrie à Canope était couvert de bateaux remplis d'hommes et de femmes qui se livraient à des danses lascives accompagnées dédiants d'allégresse. Le sanctuaire était une véritable académie de médecine. Les malades y accouraient des provinces les plus éloignées; les cures merveilleuses opérées par les prêtres de Sérapis, ou par Sérapis lui-même, étaient consignées sur des registres, et le temple était encombré des ex-voto consacrés au dieu par les persomies qui lui devaient la santé ou la vie. Les boiteux étaient redressés, les aveugles recouvraient la vue. Tacite (liv. iv) rapporte niênie que, par la vertu de Sérapis , l'empereur Vespasien guérissait les écrouelles et rendait la vue aux aveugles. — Un ancien écrivain ecclésiastique rapporte qn'un rayon de soleil pénétrant, a certaine époque, par une fenêtre pratiquée dans le mur oriental du temple, venait écl.iirer la bouche de Sérapis. On approchait en même temps une statuette, représentant le soleil, qui, attirée par une pierre d'aimant cachée dans la voûte , s'élevait vers le dieu comme pour le saluer, et retombait au moment au le rayon lumineux disparaissait. On croyait, selon cet auteur, que le soleil, après avoir rendu son hommage à Sérapis, retournait dans les cieux pour y continuer sa course bienfaisante.

Il nous reste à déterminer la place de Sérapis dans la hiérarchie divine de l'Egypte. Nous avons déjà vu, à l'article Canope, que le dieu-Vase ne différait point de Sérapis; nous avons dit, en outre, que Canone était Cneph. « Qui suis-je'? » répond à Nicocreon, roi (le Cypre, l'oracle de Sérapis, (|u'il venait consulter. « La voûte des cieux est ma tète ; la mer est mon ventre; mes pieds sont sur la terre; mes oreilles sont dans les régions élhérées; mon œil est le soleil, ce divin llambeau (|ui porte au loin ses regards. » Et quel pourrait être le dieu qui se définit ainsi lui-même, sinon Cne|ili , l'âme universelle qui pénètre le monde, qui le soutient <t(|ui l'anime? Mais Sérapis n'est pas toujourr considéré à ce point de vue transcendantal. Il se confond ordinairement avec Osiris, le soleil s'abaissant pour parcourir les signes de l'hémisphère austral. Il est alors le dieu de la région inférieure, le mo-

narque du sombre pmpire, Pluton, comme les Grecs l'appelaient. Diodore (liv. i, chap. 55) et Macrobe iSaturn.. liv. 1, ch. 19) le reconnaissent. Callisthéne et Platon lui donnent en ce sens le nom à'invisiblc. une des épithèlcs du Pluton ^rec (Adés) ; plusieurs médailles même s'accordent avecMarlianus Capella pour l'identifier avec le soleil. De plus, il est le Nil comme Cnepli (voyez ce mot), et il affecte en même temps le rôle de Climoun. ou Esciilape ; de sorte qu'on peut dire, avec Creuzer, que Jupiter, Esculape et Pluton se sont donné rendez-vous dans Sérapis.

Les monuments ne nous ont transmis aucune image de ce dieu avec les trois têtes qu'il avait apportées de Sinope. Il est ordinairement représenté enveloppé depuis le cou jusqu'aux pieds. Sa tète est surmontée du modius ou boisseau, et on voit quelquefois à ses pieds un monstre à triple tête. Son image la plus curieuse est celle qui nous le montre environné d'un serpent énorme, qui fait autour de de lui quatre replis entre chacun desquels on voit le taureau, le lion, le scorpion et le verseau, qui correspondent aux quatre points équinosiaux et solsticiaux; la queue du serpent se trouve à son épaule et la tête à ses pieds.

SBVA, SIVA ou SIBA. Déesse adorée par les Slaves Varégues. Elle présidait à la végétation, et on lui sacrifiait des animaux ou même des prisonniers. On la représentait, tenant une pomme dans une main et une grappe de raisins dans l'autre.

SiICHOi;PAL.A ou SIÇOUPAJLA. Radjah (roi) de Tchédi dans le B'har, et parent de Djaraçandha (voy. ce mot). Sichoupala, géant à cinq têtes et d'une force prodigieuse, fut l'un des plus rudes antagonistes du vichnouîsme. ce culte doux et pacifique qui préparait la voie au bouddhisme, en ruinant le sivaîsme et le brahmanisme par les atteintes qu'il portait au système des castes. Sichoupala devait épouser la belle Roukmini ; mais la princesse aimait Krichna, et bientôt ce dernier, à la tête d'une armée, vint la disiiuter au géant pentocéphale. La lutte s'eiigage ; autour de Sichoupala se range la caste des Kchalrias ou guerriers, ennemis nés du progrés, partisans par instinct et par intérêt du culte barbare de Siva et du régime abrutissant des castes. Mais le peuple est pour Rnchna ; le dieu triomphe après une longue suite de batailles et de victoires, et Sichoupala périt sous ses coups. (Voy. Krichs.^.)

SICJÉAMI. Dieu qui dans l'Indo-Chiue préside aux éléments, et tient dans ses mains la foudre et les éclairs.

SICi^IR iiujth. scandin.). Voy. Loke.

SIUZEBEiA. Les poètes se sont plu à chanter Flore ou Chloris. La brillante allégorie des Grecs a ébloui les hommes du Nord. Ils ont oublié les trésors de leurs traditions; ils ont dédaigné les perles de l'imaginalion de leurs ancêtres. Que de" poésie pourtant dans les mylhologics de l'Europe barbare 1 Nous avons vu dans la Scandinavie le génie Kolua présider au mariage des ûeurs. Chez les Slaves nous voyons Simzcrla, l'amante de Pogoda, le dieu du printemps, jilaner dans les airs au milieu des brises folâtres auxquelles elle abondonne les boucles dorées de sa blonde chevelure. Un parfum de lis s'exhale de sa bouche charmante ; sa ceinture est parsemée de roses, et elle répand à pleines mains sur la tei-re les Qeurs aux mille couleurs et aux senteurs balsamiques. Simzerla est-elle inférieure à Flore et à Chloris?

SIONA. Déesse Scandinave qui jette dans le cœur ces vagues pressentiments et ce trouble indéfinissable (|ui le disposent à recevoir les douces émotions de l'amour.

SKADA. Femme de Niordr et mère de Freir. Les Scandinaves l'invoquaient comme présidant à la chasse et aux tempêtes.

SKAWDA, SOUBRAIIANIA ou CARVIf AIA. Fils de Siva et de Bbavani, et dieu de la .f^uerre. On verra ,i l'article Ga>êça sa rivalité avec ce dieu, qui était son frère, et au mot .\ses, comment, dans son désespoir d'avoir été vaincu par Ganéea, il quitta le Kailaça et s'exila dans le pays de Kraouchna (la terre de grues)'. On le voit cependant plus tard figurer, comme auxiliaire de Ravana, dans la guerre soutenue par ce géant contre Vichnou. On le représente avec six têtes et monté sur un paon. Suivant Rhoile, Skanda et sou paon sont le symbole

de l'année solaire, et Ganéça, sur son rat, celui de l'année lunaire. C'est ainsi que Riiode explique la rivalité de ces deux dieux, et le triomphe de Gnneça, qui fait plus tôt que son frère le tour du monde. C'est'pourquoi aussi, dit-il, l'Inde honore Ganéça, et néglige Standa, car l'année lunaire est l'année sa'cerdotale oui règle toutes les fêtes. Skanda est quelquefois appelé Uarakoula. nom qui se rapproche beaucoup de celui d'IIercule (Uéraklès).

SKI»:VBR. Voy. FREI.

!$KOli. Loup monstrueux de la mythologie Scandinave, et le pondant de Fcnris. Fenris, ci) effet, à la fin du monde, doit cugloulir le soleil, et Skol dévorera la lune.

SIi.4TA BABA. Hérodote parle d'une Vieille d'or, adorée dans les contrées hypcrboréennes. Crtte vieille d'or n'était probablement autre que Slata Baba, dont le nom, en effet, a celle signification, et qui reçoit les hommages des Tarlares des sources de l'Obi. On ia représente tenant un enfant sur son sein, remarquable par sa volumineuse abondance, .\utour d'elle le vent agile sons cesse des instruments en cuivre, et des trompettes qui rendent des sons prophéliques. Ou invoque .^urlout Slata Baba aux époques de calamités publiques, et elle révèle l'avenir. Ces détails rappellent les vases d'airain, les boules de métal et la statue suspendus aux rameaux des chênes de Dodone, et qui, agités par le vent, prédisaient également l'avenir par la variété des sons. La tradition grecque, il est vrai, lait venir Dodone de la Crète ou de l'Égvpte. Mais le culte des chênes, qui se liait au culte de Jupiter dodonéen, n'est ni égyptien ui crétois.

S!VOBB.4. Déesse Scandinave qui présidait à la sagesse et aux sciences. Elle donnait son nom à toutes les personnes, hommes ou femmes, qui se distinguaient par leur sagesse et leur prudence.

SIVA. La troisième personne de la Trinité hindoue. Nous avons dit à l'article Du.vvam comment il naquit avec Brahma et Vichnou. D'autres traditions l'élévent au-dessus de la Trimourti et le substituent à Parabrahma lui-même. La religion hindoue, en effet, n'a pas toujours existé telle que nous la voyons aujourd'hui. La Trimourti parait résulter de la fusion de trois cultes différents, on pourrait même dire de quatre, en comptant celui de Bhavani, qui peut-être a précédé les autres. Le sivaîsme viendrait alors après le bhavanisme. 11 ne faut plus dans ce cas voir dans Siva le destructeur, opposé, dans la série des évolutions do la nature, à Brahma le créateur, et ,i Vichnou le conservateur. Son rôle est plus haut. 11 est l'àme du monde, l'énergie éternelle qui pénètre l'univers. Il est le dieu des formes; il les chaiigj et les renouvelle, il déiruit pour créer; il fait de la mort le marchepied de la vie. .^ côté de lui il n'y a place ni pour Brahma, ni pour Vichnou, car le créateur, c'est Siva, et qu'est-ce que le tonservaleur au milieu de ces perpétuelles variations et transformations de la matière et des formes? Ramené aux principes cosmogoniqucs. l'élément qui domine dans le sivaîsme, c'est le feu, le feu qui réchauffe, qui crée, qui anime. Siva est donc le feu dans la plus grande extension de ce mot, le feu qui produit et qui détruit; c'est pourquoi Siva nous apparaît sous deux faces absolument opposées, mais toujours actif, ardent, rapide, énergique, indomptable. Son rôle de destructeur a prévalu dans les croyances populaires, et surtout depuis le triomphe du vichnouïsmc quiétiste. Monté sur un tigre, il parcourt le monde, la rage dans le cœur. Sa bouche crispée laisse entrevoir une double rangée de dents aiguës et tranchantes, des crânes liiimains couronnent sa quintuple tête, sa chevelure flamboie comme le cratère d'un volcan, des serpents s'entorlillent autour de son corps et de ses bras ; ses quatre mains sont armées de glaives, de lances et de flammes; ses yeux dévorent et foudroient, el son corps est couleur de cendre. Son culte était terrible et sanglant, et quand une loi plus douce se formula pour régénérer l'Inde, ses adorateurs le défendirent avec l'acharnement du fanatisme. Le récit de ces luttes, qui pendant si longtemps ensanglantèrent les fertiles contrées de riliudoustan, nous est parvenu sous des enveloppes mythiques, et on en trouvera des épisodes aux mots Krichn;, Rama, Ravana. SicuocfAiA, Djaracandua, J.vga>xatha, Jas.- BAVAS, IIasouuas. — Sïva habite ordinairement le mont

Kailaça.(Voy.MÉnouetRAVANA.) Il a pour femme Blmvani, déesse eau-maliére-primordiale, qui lui est souveut opposée. Parmi ses enfants, nous citerons Ganéça etSkanda. (Voy. ces mots.) La nomenclature seule de ses noms remplirait des pages entières de ce recueil. Nous nous contenterons de citer quelques-uns des plus caractéristiques, qui contribueront à le faire connaître : Baghis, Bhava (qui fait exister); Pochouvati (le maître de la vache); Gangliadara (qui a le Gange sur sa tcte, voy. GA>r,A); Ûugra (l'horrible); Rouilra^(qui fait pleurer); Ilara (le destructeur); Boudecha (seigneur des sages); Viomagécha (seigneur du ciel) -, Mah'adeva (le grand dieu) . — Comme dieu bienfaisant, Siva est représenté sur une haute montagne, d'où sortent une foule d'aDimau.i et de plantes. Souvent le

taureau Naiidi est couché à ses pieds. Il tient dans une de ses mains le trident, dans une autre le padma (lotus) ou le chevrotain des Indes.

SOIiKIlf. La première phase religieuse de l'humanité fut le fétichisme (voy. ce mol), que nous définirions volontiers un éblouissement de la raison au milieu du spectacle magnifique de l'univers. On peut, en effet, appliquer-à l'humanité naissante les éloquentes paroles que Budbn met dans la bouche du premier homme : « Je me souviens de cet instant plein de joie et de trouble, où je sentis pour la première fois ma singulière existence. Je ne savais ce que j'étais, où j'étais, d'où je venais. J'ouvris les yeux. Quel surcroit de sensations! La lumière, la voûte céleste, la verdure de la terre, le cristal des eaux, tout

Siva Langaiiadrisouriii.

m'occupait, m'animait et me donnait un sentiment inexprimable ae)ilaisir. Je crus d'abord que tous ces objets étaient en moi et faisaient partie demoi-nièmc.Tout à coup j'entends des sons. Le chant des oiseaux, le murmure des airs, formaient un concert dont la douce impre-sîon me remuait jusqu'au fond de l'àme. J'écoutai longtemps, et je me

Ecrsuadai bientôt ((ue celte harmonie était en moi. » 'homme vit bientôt que tout cela n'était pas en lui, et, trop nouveau sur la terre pour remonter des ofTcts à la cause, se sentant d'ailleurs dans la dépendance de tous les objets qui l'environnaient, troublé, alarmé par le sentiment de sa propre faiblesse, il se prosterna devant les arbres (|iii le nourrissaient, devant les rochers qui faisaient saigner la plante de ses pieds, devant les animaux qu'il craignait, devant la tempête qui ployait sur sa tète les rameaux des hêtres et des chênes. Levant les yeux vers le ciel, il vit le soleil éclatant et radieux, et, selon la belle et naïve expression de Job, il porta sa main à sa bouche

et lui envoya un baiser. Fétichisme cl sabèisme se trouvèrent confondus dans son expansive adoration. Des siècles sans doute s'écoulèrent; la raison ilc l'hoiiimosc développa; il se sentit supérieur à la n.ilure iningaiii(|ne au milieu de laquelle il vivait; les aniniiuix devinrent ses esclaves; la terre était à lui ; c'était donc plus haut qu'il fallait chercher la puissance mystérieuse qui présidait à tous les phénomènes encore inexpliqués qui se succédaient devant ses yeux. Le fétichisme (voy. Jos) fit place au sabéismc. Telle fut la seconde phase du pro,grès de l'humanité. L'homme dès lors eut les yeux tournés sans cesse vers le ciel. Il étudia les mouvements des astres, qu'il regardait comme les dispensateurs de tous les biens et de tous les maux ; il leur donna des noms ; à chacun d'eux il attribua des influences particulières ; mais, au-dessus d'eux tous, il plaça le .soleil, le soleil qui réchauffe et qui féconde, le soleil! qui n'a qu'à paraître dans les cieux pour obscurcir les milliers d'astres qui gravitent dans les profondeurs do

l'espace. Le soleil fut donc le roi des cicux. le souverain du monde, et les peuples, dans leur effusion d'admiration, de reconnaissance et de joie, trouvaient à peine des noms assez magnifiques à décerner à l'astre bienfaisant. On l'appelait Baal (voy. ce mol) et Melech {le roi) : Adonée. Adonis, Adonaî (le seigneun; El (le fort); Allah-Taalaî (le très-haut, voy. ce mot) ; El-Roï (le fort qui voit) ; Elion ile trés-haul); B'aal-Samen (le monarque du cieli ; lladad (l'unique! ; Re (le roi, l'arroseur, le fécondateur) : lao, leou, lou, lov, lov, jov. Div (d'où Or.;, deus] (l'être, la vie, voy. Iao). Les Grecs même avaient écrit sur le temple d'.\pollou delphien ce fameux monosvllabe : El (lu es. tu es par toi-même). Nous voilà bien loin du fétichisme ! L'homme était arrivé par l'adoration du soleil aux idées les plus sublimes .sur là divinité. On détacha bientôt l'idée de l'objet; le soleil eut un génie identique à lui. mais placé au-dessus de lui; encore un pas, et les philosophes ne tardèrent pas a le faire, on appliqua à un être éternel, invisible, source de toutes

choses, père du soleil lui-même, tous les noms que la reconnaissance humaine avait primitivement attribues à cet astre. L homme avait conquis Dieu I Telle fut la troisième phase du développement religieux dans l'humanité. C'est à Celte époque seulement (|ue peuvent commencer i. se formuler les grands systèmes cosmogoniques de l'Inde et de l'Egypte, composés d'une triade dont le soleil (Fre, Vichnou) est un des membres, pure émanation de la divinité suprême Brahni, Bouddha, Piromi , et réabsorbable en elle. Mais celle conquête de Ihumanilé devait rester longtemps^ ensevelie dans l'ombre des sanctuaires. Les nations étaient trop jeunes encore pour en profiter. Nous voyons un législateur, pourtant, devant lequel pâlissent toutes les gloires humaines, initier à ce dogme sublime un peuple tout entier. Ce peuple profite de l'absence de son chef et de son libérateur, et, ne pouvant adorer un Dieu pur esprit, il s'en fait une représentation matérielle, et celle image grossière, c'est le taureau même, le sjtiibole solaire dans toute l'.Asie occidentale et dans l'Egypte!

Das-relief dn temple des quarante colunues à Persépolis.

On connaît les infidélités continuelles des Hébreux On pourrait dire que la masse du peuple resla toujours idolâtre, et Jéroboam même ne parvint à consommer la scission de la nation qu'en faisant dresser à Bèlhcl cl à Dan le veau d'or d'.Aaron. Franchissons neuf siècles pour arriver à la grande époque de J. C, et nous verrous encore les spiritualistes esséniens adorer le soleil, comme le prouve le texte positif de l'historien Josephe. {Guerre des Juifs, liv. u, ch. •2-2.)

Tout ce que nous pounions dire ici du rôle attribué au soleil, comme principe actif et mâle de l'univers, serait une répétition. U en serait de même pour ce qui a rapport aux différents aspects sous lesquels il était considéré; nous n'avons qu'a renvoyer le lecteur aux mots Cmph, Eac, Cdaos. Fta, Li'se,'Bocto, Po. Ormouzd, Chaîios, Adoms, Isis, Ositus, Baider, Fré, Harpocrate. IIaroéri, DRctDEs, Héscs, etc., etc.

SOMHA^VOKODOll. Nom que les Siamois et une jiartie des habitants de l'Indo-Chine donnent à Bouddha. Ce nom signifie le dieu samamcn ou le dieu soleil. Une légende le représente sortant d'un lotos épanoui sur le nombril d'un enfant, qui, replié sur lui-même, se mord l'orteil sur les eaux primordiales. Une autre le dit fils du soleil et d'une vierge qui, honteuse de sa grossesse invo-

20 fin?. — imp. Simon Rîçon et Cotnp., rue d'Erfiirlli, l .

lontaire, s'enfonce au milieu des forêts, et le met au nioaJe sur les bords d'un lac. Une fleur à large corolle était épanouie sur le cristal limpide ; la jeune mère y dépose le nouveau-né; la fleur se referme aussitôt ; l'enfant grandit, loules les qualités, toutes les beautés, toutes les sciences, se développent spontanément en lui ; bientôt il étonne le monde par ses pénitences et ses miracles, donne sa chair à manger i des brahmes qu'il a secourus, passe par cinq cent cinquante corps différents, et enfin s'évapore comme une étnile, ou, selon d'autres, meurt pour avoir mangé de la chair d'un porc animé par l'âme d'un de ses ennemis qu'il avait tué précédemment. (Voy. BoLDDDA.) On montre à Siam la trace de son pieJ comme on montre â Ceylan celle du pied de Bouddha. U s'incarnera sous le nom de Fra-Narotté à la fin de l'à^e actuel pour ramener les hommes dans la voie du bien. Plus d'un imposteur a déjà usurpé le nom de Fra-Narotté.

MKrms élnil chez les Egvptiens le génie de l'étoile Sirius. qu'on appelait l'étoile d'isis. On le regarde comme identique à Tholn et à Anubis.

SOTOKTAIS. Le grand apôtre du bouddhisme au Japon. Il mourut paisiblement eu 621, 11 était né la troisième année du ret;ne de l'empereur Finlats.

SOUAUf, SAOVEi« ou SE\'e:V. Lucine ég\p-

tienne, dont ChanipoUion a retrouvé le nom sur ljeaiicou|i de nioiiumenl». On avait cru longtemps que l'Egypte n'avait point de divinité correspondant à Lucine ou à llylhie, malgré le témoignage formel de Diodore de Sicile (liV. l", cil. 12), mais l'assertion de cet auteur est aujourd'hui |ilcinenient conCrmée. Le magnifique bas-relief d'IlermoQlhis suffirait seul pour lever tous les doutes. Sur le temple d'Alhor, à Tentvra, Souan est représentée coiffée du vautour, emblème cle la maternité. Un autre vautour enveloppe son corps de ses ailes plusieurs fois repliées. Champollion l'a aussi trouvée avec une tête de vautour. 11 croit qu'elle est une des formes deNeith.

SOUnRA. Quatrième fils de Brahma et le père de la classe servile. (Voy. Chadma.)

SOUK, SOVK, SOUCUOS. Dieu dynaste égyptien, représentant la planète Saturne en tant qu'astre funeste et pernicieux. Le crocodile lui était consacré et portail son nom.

SOUHfWA. Le soleil déesse chez les Scandinaves. Le loup Fenris, qui doit l'engloutir à la fin du monde, la poursuit sans cesse ; parfots il parvient à la happer, et de li les éclipses. Avant d'être dévorée tout à fait, elle donnera naissance à une fille aussi belle et aussi brillante qu'elle, qui éclairera les nouveaux cieux et la nouvelle terre après le crépuscule des dieux.

iSOdRADKVA. La déesse de l'ambroisie aux Indes. (Voy. .\miiita.) On la regarda plus tard comme déesse du vin. De son nom, les dieux sont souvent appelés Souras, parce qu'ils boivent l'Amrita. et les démons, géants, etc., Açouras, c'est-à-dire privés d'Amrila. (Voy. Daïtias.)

SOCRIA est, aux Indes, le soleil, et en même temps un des douze Aditias ou soleils mensuels.

SOUROT ou StJROT. Nom de la planète Vénus chez les Egyptiens, et le quatrième dieu dynaste.

SRI, c esl-à-dire Vheurcuse, la fortunée, est un des noms les plus connus de la mythologie hindoue. 11 est appliqué à Lakchmi (voy. ce mot) et quelquefois à Saraçuiiati.

SXORIOLTKKAR. Dieu lapon qui passe pour le jiremier ministre de Thor. Il protège les hommes, les animaux, et en particulier les chasseurs. Les lieux solitaires, et surtout les montagnes, passent pour son séjour. Chaque Laponais a sa statue, qui consiste eu un bloc de pierre qu'on va chercher sur la montagne et qu'on entoure de |iierrcs plus petites représentant la femnie, les enfants et toute la famille du dieu, qu'on peut d'ailleurs nuiltiplier ;i volonté. Le bloc représentant la divinité est ordinairement assez gros. Quand un Lapon veut entreprendre quelque chose d'important, il va remuer la statue de Sloriounkar. S'il la soulève avec difficulté, le dieu ne lui est

tias propice. Il parait que son nom signifie Freluquet. ieau freluquet en vérité qu'une pierre sur laquelle le ciseau même n'a jamais passé !

SUCCOTH-REIVOTH. Idole apportée de Babylone à Samarie par une des peuplades qui vinrent s'établir dans ce pays après la dispersion des dix tribus. Selden pense que Succoth-Benolh, qu'il explique par Maisondc l'inus, était non point une idole, mais le temple ou plutôt la lente dans laquelle les jeunes filles donnaient à Mylitta le témoignage singulier de leur dévotion. Gesenius a adopté celte opinion en supposant que Succoth-Benoth pouvait être aussi le char, l'arche, la bari (barque sacrée) dans lai|uelle les nomades transportaient les objets de leur vénération. David Kimclii et les rabbins soutiennent, au contraire, que Succoth-Benolh était une déesse représentée sous la forme d'une poule, et font venir son nom de Succui, qui réchauffe, et de lienotli, filles, et par extension, poussins. Le savant père kirchcr partage le sentiment des rabbins. La partie du zodiaque, dit-il, dans laquelle se trouvait le signe du taureau passait pour pleine lie vie. Sous ce signe, en effet, tout est amour sur la terre, et la vie coule à Ilots dans le monde comme la sève sous l'écorce des arbres ; aussi l'appclait-on la maison des dieux, la maison de la lune (la lune présidait à la fécondité, voy. Lune), la maison propre de Vénus. Cosigne, en outre, est éclairé par la constellation des Pléiades, ciui portait le nom de Poule chez les anciens, parce qu'elle

représente une poule entourée de ses petits. Les Uébrcux, pour la même raison, la nommaient Asch. mot qui exprime l'action de la poule rassemblant ses petits sous ses ailes. Les Arabes l'appellent encore Aldagageh, c'est-à-dire poule, et en France même elle reçoit le nom de Poussinière. Kircher cite encore, à l'appui de son opinion, d'anciennes médailles des Mamerlins et de Sélinonte, où Vénus était représentée sous la forme d'un coq ou d'une poule.

SVAMTCVITCH, c'est-à-dire lumière douce. Haute divinité des Slaves, qui présidait au soleil et à la lumière. Il avait un temple à Ilugen dans la forteresse Arkona, où on entretenait en son lionncur un cheval blanc, qui était son symbole identique, .\vant d'entreprendre la guerre, on enfonçait dans la terre six lances rangées deux à deux, c'est-à-dire sur trois rangs et disposées de manière que le cheval put les franchir sans sauter. S'il arrivait du pied droit, l'augure était favorable. Le prêtre seul avait le privilège de monter une fois l'an le divin coursier, à l'époque de la fête de Svantovitch, qui avait lieu à la fin de la moisson. De nombreuses victimes étaient immolées en l'honneur Je ce dieu, quelquefois même on lui sacrifiait un prisonnier, qu'on brûlait après l'avoir attaché sur un cheval, allnrhé lui-même à quatre poteaux. Svantovitch était représenté par un colosse à quatre têtes, sans barbe, revêtu d'un habit court, et soigneusement frisé. Il tenait un arc dans sa main gauche et dans la droite une corne qu'on remplissait de vin tous les ans. Si le vin n'avait que faiblement diminué, on était certain d'une abondante récolle. Le tiers de toutes les dépouilles faites à la guerre appartenait à ses prêtres. Sa statue fut détruite en 1168 par Valdemar, roi de Danemark.

SYIiPRES, S1XPBIDES. Les mylhologies orientale, Scandinave, germaine el gauloise même, ont révélé à noire imagination tout un monde de génies bienfaisants ou funestes. Les airs, la terre, les mers el le feu qui bouillonne dans les entrailles du globe, tout en est peuplé. Les traditions de tant de pays el de tant de nations viennent, dans les siècles de barbarie, converger dans l'Europe occidentale, à la suite des grandes invasions qui vomissent sur le monde romain les légions guerrières du monde barbare. La cabale qui, le long de l'Euphrale el du Tigre, avait enté sur un rameau juif les superslilions de la Perse et de l'Inde, pénètre elle-même dans la Gaule, dans l'Espngne el dans l'Italie. Elle est gravement commentée dans les écoles, et la mythologie du" moyen âge s'échappe, bizarre cl fantastique, de cette fusion de tant de croyances, comme le phénix du bûcher aromatique où il s'est consumé pour renaître plus jeune et plus vigoureux. Chacun des quatre éléments reçoit sa population de créatures mystérieuses et invisibles. La terre est peuplée par les Giïoines, génies laids, difformes cl de petite taille, qui, avec leurs femmes, appelées Gnomides, habitent les fissures métalliques du globe, où ils gardent, comme les Griffons des Arimaspes, l'or et l'argent, les diamants et les pierres précieuses enfouis dans ces mystérieuses profoiiileurs. L'eau est peuplée par les Ondiues. le feu par les Salamandres (voy. ces mots), et l'air par les Sylphes el les Sylphides.

Les Sylphes sont doués d'une jeunesse presque éternelle. Beaux, svclles et gracieux, et portés sur deux ailes plus brillantes que cclle's des papillons, plus légères que celles des demoiselles au cuiselet d'azur et d'emerauilc. ils se balancent dans les airs, glissent dans l'atmosphère sur les rayons du soleil, s'enivrent du parfum des ileurs que la brise leur apporte, viennent faire rêver d'amour les jeunes filles et se baignent dans les perles que la rosée matinale dépose sur le calice éblouissant des lis el des roses. Ces tendres murmures, ces mélodieux accords, celle harmonie suave que vous entendez les beaux soirs d'élc lorsque vous vous égarez dans les prairies éniaillées, sur les bords des ruisseaux limpides, sur la lisière des forêts touffues, vous les atlribuez peut-être au souflle du zéjdiyr, au bruissement léger des insectes, aux ailes frémissantes des oiseaux '.' Si un Sylphe daignait vous apparailre, il vous apprendrait que ces bruits, sur lesquels vous vous méprenez, sont les propos charmants des habitants du

monde aérien. — Les Sylphes occupent un degré intermédiaire entre les hommes et les purs esprits. Mais leur corps est composé d'une matière si léjçére, si ténue, si transparente, que nos sens grossiers sont impuissants à la voir ou à la toucher. Quelquefois cependant, revêtant une enveloppe plus rapprochée de la nôtre, ils se rendent visibles à des mortels privilégiés. Mais ces apparitions sont rares, et elles n'ont lieu qu'en faveur d'une jeune fille qui a su captiver un Sylphe par l'attrait de sa beauté, ou d'un jeune homme dont une Sylphide s'est éprise. Mais le génie alors perd le privilège de l'immortalité ; ses ailes radieuses se détachent de ses blanches épaules, et son destin''se confond avec celui de la créature humaine qui l'a fait déchoir de sa splendeur primitive.

TACirrEB, c'est-à-dire l'astre par excellence. Ized de la religion zoroastrienne qui préside à la planète Tir ou Mercure, au treizième jour du mois et à la région orientale. Il pompe les eaux terrestres et envoie les plaies sur le globe. Le Zend-Avesta lui donne mille bras pour combattre les Devs

TAWE ou TÉ-HÉDOUA, c'est-à-dire le père, est une des plus hautes divinités de l'archipel de la Société à laquelle se rattache tout un système cosmogonique. Tane pourtant, selon quelques-uns, n'est que le fils d'Elouahaliai, et forme une triade avec ce dieu et Oro ou Malliou. — Tane eut, de sa femme Tarra, Po (la nuit, voy. Po), .Vrié (le ciel), Avié {l'eau douce), Atié ou Te-.Mide (la mer). Matai (le vent). Taunou-Mahanna (le soleil sous la forme d'un homme appelé Euroa Taboa). A la naissance de ce dernier, tous les eufants de Tane descendirent du ciel. Taunou, sa sœur, y resta seule jusqu'à ce qu'elle lui eût douné treize fils, qui sont les treize mois, et vint rejoindre le reste de sa famille. Mahanna s'unit alors à l'énorme rocher Poppoharra-ilarèha, et mourut après avoir vu naitre Tétouna-Amatou-Hatou. Ce dernier épousa le sable de la mer, qui le rendit père de Ti et d'Opira. Son rôle de générateur accompli, il cessa de vivre, et Ti prit pour femme sa sœur, qui devint mère d'une fille nommée Oliira- Rine-Mouna et mourut. Ti alors épousa sa fille, d'où trois fils, Ora. Vanou et Titéri, qui s'unirent à leurs trois sœurs Hennatou-Mourrourou, Henaroa et Nouvia. A cette époque commença l'espèce humaine. (Voy. Etou.\s.)

TAXFAWA. Déesse germaine qui avait un temple fameux chez les Marses entre l'Ems et la Lippe. Son nom parait venir des mots saxons Tan (en allemand Teen). baguette, et de Fana, maîtresse. Tanfana, comme le pensent la plupart des auteurs, était donc la déesse qui présidait n la divination par la baguette. La rhabdomantie était une des superstitions les plus répandues chez les nations bar-

bares de l'Europe. Tacite, qui dans ses Annales nous parle du temple de Tanfana (i, SI), nous apprend ailleurs que les Germains pratiquaient cette sorte de divination. {German. 10.)0n la retrouvait aussi chez les Scythes (llérod.,iv,67), chez les .\lains (Ammien Marcellin, xxxi, 2), et même chez les Orientaux, comme on le voit dans Ezéchiel (xxi, 21) et dans Osée (iv. 13). — Dans l'ancienne langue des L'clles. Tan signifie feu, et Wachler, pour cette raison, a pris Tanfana pour uneVesta.

TABAM. Dieu des Gaulois, appelé jiar les Romains Taranis. Dans la théologie druidique, il vient immédiatement après Teulhatès et Ilésus. Son nom en gaélique signifie tonnerre. Taran, en effet, est le dieu qui lance la foudre ; mais c'est là son rôle le moins élevé ; il est le feu se manifestant par la foudre, rètincellc électrique, le fluide vital, l'énergie divine qui fait explosion dans le monde, et qui communique à toutes les créatures l'étincelle de la vie. (Voy. Driides, Uéscs et Teuthatîs.) Taran a été pris souvent pour Jupiter. Il ne peut lui être comparé que comme dieu fulgurant. Souvent aussi on l'a confondu avec Mars. Dans un sens fort restreint, il peut, en effet, comme dieu de la foudre, présider aux combats; le Thor Scandinave, dont on a tant de fois rapproché le nom du sien, réunit ces deux attributions. Mais on comprend difficilement comment Fenel a pu regarder Taran comme le principe du mal, et l'opposer à Tuiston, qu'il appelle le génie du bien.

TCHAiVDRA ou SOUA. Le dieu-lune chez les Indiens. Toujours mâle lorsqu'il est en opposition avec le soleil, il devient femelle quand il est en conjonction avec cet astre, et prend alors le nom de Tchandri. Il est un des neuf recteurs des neuf sphères célestes, et il préside aux eaux fécondantes, aux pluies, à la fertilité ite la terre et surtout aux herbes médicinales. Fils d'Atri, il épousa les vingt-sept filles de Dakcha et de Praçouli, qui sont les vingt-sept jours que l'on attribuait au mois lunaire. Tchandra, ayant enlevé la femme de Vrihaspati, la rendit mère de Rouddha (voy. ce mot' , et donna ainsi naissance aux Tchandra-Vansi ou enfants de la lune. Ce que nous aurions à dire sur son rôle transcendanlal se trouve à l'article Lu^e.

TERI-KA-DAI. Dieu qui rend au Japon des oracles, célèbres comme ceux d'.Vpollon et de Sérapis l'étaient jadis dans la Grèce et dans l'Egypte. Chaque mois on lui amène une jeune fille, qui sort de son temple revêtue d'écailles de poissons, et qui, éclairée par le dieu, répond à toutes les questions qu'il plait aux Bonzes de lui poser.

TEX-SIX-SITSI-DAI. C'est le nom que les Japonais donnent à sept grands çénies qui ont gouverné leur pays pendant des milliers (le siècles, et dont ils tirent leur origine. Après eux vinrent les cinq Tsi-Sin-Go-Dai, ou les cinq dieux terrestres, dont le premier eut pour père Isanagi-No-Mikolto, le dernier des Ten-Sin-Silsi-Daï, qu'on peut regarder, avec sa femme Isanami-No-Mikotto, comme l'Adam et l'Eve du Japon. L'oiseau Sekir avait aiipris à ce couple divin le moyen de propager sa race. — Mikotlo est le nom générique de tous les grands dieux du Japon, et Mikado celui des divinités de second ordre. Les empereurs portent aussi ce dernier nom.

TE:V-SIO-DAI-TSIjV. La plus haute divinité du sintoïsme japonais, qui est tantôt mâle et tantôt femelle, parce qu'elle concentre en elle toutes les énergies de la nature. Ten-Sio-Daï-Tsin a créé le monde. Le soleil existait déjà; alors parurent les sept Ten-Sin-Sitsi-Daï, puis les cinq Tsi-Sin-Go-Daï. (Voy. l'article précédent.) Le règne terrestre de Ten-Sio-Daï-Tsin dura deux cent cinquante mille ans. Ce dieu est regardé comme le patron du Japon, et on l'honore dans tous les temples ou Mia de l'empire, mais plus particulièrement à Itsoumi, son ancienne résidence, dans la province de Goknaï. On ne l'invoque jamais directement; mais ses adorateurs lui font parvenir leur prières par l'intermédiaire des anges gardiens appelés Sion-God-Sin. Son plus beau temple est celui d'iedo; mais les plus célèbres sont ceux d'icié, qui pourtant sont de fort petite dimension et couverts de chaume. Ils sont environnés d'une multitude de chapelles ou Macias, consacrées à des divinités inférieures. On ne voit.

dans rintérieur qu'un miroir en fonte polie, symbole de la justice divine, en qui se refli'tent les plus secrètes pensées de notre cœur. Non loin des temples d'Icié, on voit, sur une colline d'oii la vue s'étend sur la mer, une grotte plus sacrée encore que le temple où le dieu alla un jour se réfugier. Des qu'il y fut entré, dés que sa présence fut enlevée au monde, le soleil et les étoiles disparurent tout à coup.

TBOTIj. L'être suprême chez les Aztèques ou Mexicains. Invisible, éternel, irrévélé comme Piromi, Bralim, Jchovah, il n'avait ni temples ni statues, ni légende.

TEUSAR-POUIiAT. Génies des anciens Armoricains. Ils apparaissent sous forme de chiens, de chèvres, de vaches et d'autres animaux domestiques.— LesTeusar- Poulat, en nous ramenant sur la terre bretonne, nous imposent l'obligation de parler ici des Nains et des Korrigans.

Les Scandinaves, qui donnaient à quatre nains le poids de la voûte des cieux à supporter, faisaient naître la foule innombrable de ces génies de vermisseaux formés sur le corps du géantYmer. La Scandinavie n'a ]i(iint exilé les nains; ils défrayent encore la conversation drs paysans de l'Angleterre, de l'Irlande, de la Belgique, de l'Alleiuagne, de la terre slavone, etc. Les Flamands el les lldllaiid lis raeoiileiil sur leurs apparitions les histoires les |dus luerveilleuses, et leur donnent les noms de Hahrrnuinnrlicns ou diini- \ommes, de Jean qui n'est pas né, de Georges aux ehasses, etc. Les Suédois et les Bretons insulaires ne tarissaient pas jadis sur les espiègleries de Puke ou Pulii, le plus fin, le plus dégourdi, le plus rusé, le plus futé le tous les habitants du royaume de nainerie. Mais, hélas! il n'est plus, le pauvre Puki ! Quelque méchant géant l'aura tue, pour lui voler ses trésors; Thor peut-être, le grand batailleur, l'a brutalement assommé d'un coup de sa massue, pour le punir de quelque malice inofTensive ; à moins que les Ases, réunis en cour de justice, sous le chêne ygdracil. ne l'aient condamné à une prison perpétuelle, pour avoir enlevé la boite à parfums de la déesse Frigga, ou détaché la bandelette d'or dont Foulla orne sa flottante chevelure. Rendons grâce au moins à Perrault de l'avoir immortalisé sous le nom du Petit-Poucet !

Un trait important à noter, c'est que partout les nains sont en rapport avec les cavités souterraines du globe; ils sont métallurgistes, ils sont gardiens d'or, ils sont revêtus du caractère d'initiateurs et de civilisateurs, et ,i tous ces titres ils se rapprochent des Curetés de la Phénicie et de la Crète, des Cabires de la Samothrace, etc., avec lesquels on peut les identifier sans efforts. On en verra des preuves tout à l'heure. Parlons d'abord des nains de la Bretagne.

Les fées armoiicaines portent les noms de Gan, Cwen, Korr ou Korrig. dont la réunion forme celui de Korrigan ou Korigwen, sous lequel elles sont plus particulièrement connues. Tacite {Mœurs des Germ., ch. vin) fait mention de la déesse celte Gan. Pomponius Mcla appelle Gallinguen et Barringuen les neuf prêtresses de l'ile de Sein ; Vopiscus donne aux Druidesses le nom de Galligan. Ce noui est une altération de Korrigan ou Korigwen, et le fait devient évident lorsque l'on sait que les bardes cambriens (du pays de Galles) révéraient la déesse Koridgwcn, à laquelle ils donnent neuf vierges pour suivantes. Fées, déesse et piètresses. voilà ce que nous trouvons sous la dénomination Korrigan. Il y a plus, c'est aussi lin des noms des nains, appelés tour n tour Korr, Korrig, Korrigan, Kornandou, Gwazig-gan (petit homme génie) el Du/, ou Duzik. lutin, qu'on retrouve dans saint Augustin (Cité de Dieu, ch. xxiu) sous la forme Dusii. Ils passent pour les (ils des fées, et comme celles-ci se plaisent à enlever les enfants nouveau -nés pour perpétuer leur race ; il leur arrive quelquefois de mettre des nains à leur place. La nourrice trompée a beau apnorlcr à ce nourrisson étranger tous les soins imaginables, il ne grandit pas, il est méchant, il mord, il égratigne. Si elle s'a])ercoit de la supercherie, elle n'a qu'un moyen pour se faire rendre son enfant et se délivrer du démon (lui l'obsède : elle prenil des coques d'œufs et fait semblant d'y préparer à dincr pour les moissonneurs. Si le uain mani-

feste son étonnement, elle le fouette jusqu'au sang; et la fée. le cœur déchiré des cris de sa progéniture, accourt, ramène l'enfant enlevé, et emporte le sien. On trouve dans les chants populaires de la Bretagne, recueillis par M. de la Villemai-qué, nn curieux morceau à ce sujet.

« Marie, la belle, est affligée. La Korrigan a emporté son cher petit Laoïk ; elle a mis à sa place un nain, dont la face est aussi rousse que celle d'un crai)aud ; déjà il y a sept ans qu'elle le garde; il égratigne, il mord toujours sans dire mot, et toujours il demande à tetcr.» Un sorcier indique à la pauvre mère le moyen que nous avons fait connaître. — «Que faites-vous là, ma mère? disait le nain avec étonnement, que faites-vous là, ma mère? — Ce que je fais ici, mon cher fils? je prépare à dîner dans une coque d'œuf pour dix laboureurs de la maison. — Pour dix, chère mère, dans une coque!... J'ai vu l'œuf avant de voir la poule blanche; j'ai vu le gland avant d'avoir vu l'arbre ; j'ai vu le gland et j'ai vu la gaule; j'ai vu le chêne au bois de BrizaI, et n'ai jamais vu pareille chose ! — Tu as vu trop de choses, mon fils : clic! clac! clic! clac ! petit vieillard, ah ! je te tiens ! — Ne le frappe ]ias, dit la Korrigan, accourue aux cris de son enfant; rends-le-moi ; je ne fais aucun mal au tien ; il est notre roi dans notre pays. Et l'enfant enlevé se retrouva dans son berceau. Et comme Marie le regardait toute ravie, et comme elle allait le baiser, il ouvrit les yeux, il se leva sur son séant, et lui tendant ses petits bras : — Eh ! mère, j ai dormi bien longtemps. »

Les nains sont aussi puissants que les fées ; mais, au lieu d'être blancs comme elles, ils sont en général noirs, velus, hideux, ridés, trapus, ont les mains armées de griffes de chat et les pieds de cornes de bouc. Leurs cheveux sont crépus, leurs yeux, creux et petits, brillent comme des escarnoucles; leur voix est sourde et cassée par l'âge ; ils habitent sous les dolmens massifs qu'ils passent pour avoir élevés, et là, suivant la croyance des Bretons, des Gallois, des Irlandais, des Ecossais, ils forgent le fer et les autres métaux, et font de la fausse monnaie, ce qui ne les empêche pas d'avoir des trésors immenses. Ils sont sournois, devins, magiciens et prophètes. Les caractères magiques qu'on voit sur quelques monuments druidiques, ce sont les nains qui les ont tracés, et le mortel qui parviendrait à les lire connaîtrait tous les lieux du monde où il y a des trésors cachés. Les nains dansent toutes les nuits autour des pierres gigan-

tesques qui leur servent d'habitation ; c'est une punition qu'ils subissent, et, dans leur ronde magique, ils ciiantenl des chansons dont chaque couplet est terminé par ce

icfi-ain: Lundi, mardi, mercredi, qu'on a plus lanl nlloiiç;é de jeudi et vendredi. Mais jamais ils n'y joindront samedi, jour consacré à la Vierge, ni dimanche, tant ils ont en liaine la religion chrétienne. On les a vus même autour lies crois plantées au milieu des carrefours exécuter en dansant les gestes les plus impies, et même, dit-on, les plus cyniques. Un voyageur attardé, que, suivant leur cruelle hanitude, ils avaient par force conduit à leur danse, répétait avec eux le refrain : Lundi, mardi, mercredi, et jeudi et vendredi. Tout à coup il ajoute samedi et dimanche. Un explosiondecris, de colère, de menaces, éclate autour de Ini. Et pourtant sur l'heure même la punition des Duz aurait fini, si le voyageur eût ajouté encore : Et voilà la semaine terminée ! — Ces malins génies tiennent toujours à la main une grande bourse de cuir pleine do belles et brillantes pièces d'or. Parfois il leur arrive de la perdre; le passant la ramasse; il l'ouvre avec avidité. Mais l'or a disparu, et la bourse ne renferme que des crins sales, quelques poils et une vieille paire de ciseaux. Le mercredi est leur jour de fête, et c'est le premier mercredi du mois de mai qu'ils célèbrent avec chants, danse et musique leur grande fête annuelle. Les paysans bretons les craignent moins que les fées; il osent même s'en moquer lorsqu'ils ont pu s'asperger d'eau bénite.

Une chose qui aura sans doute frappé l'esprit du lecteur, c'est la dénomination de Korrigan, appliquée en même temps aux fées, aux nains, aux neuf prêtresses de l'ile de Sein et à une haute déesse celtique. Celte identité de noms implique nécessairement d'étroits rapports entre ces différents êtres mythologiques. Parlons d'abord de la déesse qui occupe tout naluellement le sommet de celle hiérarchie divine. Les anciens Bardes l'associent à un personnage mystérieux qu'ils appellent Gwion (l'esprit) et qu'ils surnomment le Nain. La aéesse avait placé dans le vase mystique les différents ingrédients, les six plantes sacrées sans doute, dont la mixtion et la décoction produisent l'eau de la divination et de la science. Gwion veillait au vase sacré; trois gouttes de la liqueur bouillaule tombent sur sa main, qu'il porte à sa bouche, et, soudain, tous les mystères de l'avenir et les arcanes de la science se révèlent à lui. Roridgwen, irritée, veut le mettre à mort; il s'enfuit et se métamorphose tour à tour en lièvre, en poisson, en oiseau. La déesse, pour le poursuivre, se fait levrette, loutre et épervier; Gwion, serré de près, se change en grain de froment et s'enfonce au milieu d'un tas de blé de la même espèce. La déesse devient poule noire, et, d'un coup de bec assuré, saisit le gi'ain de froment, l'avale, devient grosse, et pond, au bout de neuf mois, un enfant charmant qui s'appelle 'Taliêsin, nom qui paraît avoir été commun aux chefs des Druides, des Bardes et des devins. (De la Villemarqué, Chants populaires des Bretons.) Ecartant les détails, nous voyons la déesse qui veut concevoir, la déesse qui veut être mère, et, en effet, le dernier terme de ses métamorphoses est la poule, un des symboles les plus frappants de la maternité, de l'incubation, de l'amour maternel. En d'autres termes, nous voyons ici la matière nui veut s'unir à l'esprit, à l'énergie, à la force fécondatrice. Or, qu'est-ce que cette puissance dans les anciennes cosmogonies'? Le feu. Koridgwen sera donc pour nous le principe passif, l'humide, l'eau, la terre, la lune, toutes choses identiques au point de vue transcendantal des cosmogonies anciennes. (Voy. Lune, Eau, Bouto, Isis, Neith, Diiavani, etc.) Si nous cherchons à établir des rapports entre cette déesse et celles des autres peuples, nous verrons en elle Cérés, Junon, Diane, llithie, pour nous en tenir à la Grèce et à l'Italie. Par son nom déjà elle est Cérés, Rorè, et Proserpine, fille de Korê. Héra même (Junon), c'est encore Korè fortement aspiré, et, dans l'ancien dialecte ionien, Héra voulait dire la terre. Chez les Sabins, Junon était appelée Curis, mot dont la parenté avec Korè ou Korii est assez évidente ; et, chose plus curieuse, si nous voyons la Celtique donner pour suivantes, à sa grande Korrigan, neuf prêtresses qui portaient le même nom, nous trouvons, à Rome même, un usage absolument semblable. Tous les ans, trois groupes de neuf jeunes filles chacun, parcouraient la ville et venaient se réunir à un endroit

indiqué où les vierges chantaient un hymne à Junon, en exécutant une danse sacrée. N'oublions pas qu'un bassin mystérieux, le même sans doute que le vase mystique de Korrigan, jouait un grand rôle dans cette cérémonie (Tite- Live, décad. m, liv. vu), et ajoutons que la Grèce avait aussi ses nymphes de Korê ou Corycides. Quant au nombre neuf, il n'est pas de nature à nous embarrasser. Il s'agit ici d'une déesse force-productrice, d'une llithie, et la durée delà gestation est de neuf mois. Voilà déjà bien des preuves. Si l'on doutait encore que Koridgwen fût la lune, dont le rôle est si éminemment humide et passif dans les mythologies, nous ne croyons pas que cette hésitation pût tenir devant le fait suivant : Arlhémidore, cité par Strabon (liv. iv), dit que, dans une ile voisine de l'Armorique, on rendait un culte à la lune, sous le nom de Korè ou Kori; or, au milieu du dix-septième siècle, il était encore d'usage, dans l'ile de Sein, de se mettre à genoux devant la nouvelle lune et de réciter en son honneur l'oraison dominicale. C'est donc, comme le pense avec toute probabilité M. de la Villemarqué, de l'ile de Sein qu'a voulu parler Arlhémidore. Dans cette même ile et à la même époque, on avait conservé la coutume de faire, au premier de l'an, une offrande aux fontaines, en y jetant un morceau de pain couvert de beurre, représentant, selon nous, les productions végétales et animales que nous devons à la grande Koridgwen. (Voy. la Vie de Michel le Noblet::, par le P. de Saint-André.) Ne voyons-nous pas aussi dans le curieux chant breton intitulé les Séries, les neuf Korrigans danser avec des fleurs dans les cheveux et vêtues de robes de laine blanche, autour de la fontaine, à la clarté de la pleine lune? Bornons-nous à ces rapides aperçus, et passons à Gwion et aux nains.

Dans la cosmogonie samothracienne, le premier rang appartient à Cérés, comme il appartient ici à Koridgwen. La grande déesse cabirique poursuit de son amour Jasion, le chef des Curetés, car Curetés et Cabires se touchent et se confondent. Ils s'unissent enfin, disent Homère et Hésiode, dans un guéret qui avait reçu trois labours, et de leur union nail Plutus, c'est-à-dire l'abondance et la richesse. Ainsi, les rapports de Jasion et de Gwion sont frappants. Le chef des Curetés représente tous les Curetés, comme tous les Faunes et tous les Paniques sont compris dans Faunus et dans Pan, dont ils sont des dédoublements II en est de même de Gwion, il est le nain primitif, le Korrigan typique, et nous en trouvons une preuve dans l'ouvrage remarquable de M. de la Villemarqué, où nous voyons que dans le pays, de Galles, ou appelle indifféremment herbe de Kor et herbe de Gwion une plante médicinale que les nains passent pour affectionner. — Les Curetés, dont le nom est formé de Korê (la terre), aussi bien que celui des Korrigans, etqui, pour cette raison, sont appelés enfants ou ministres de îthée, parDiodore et parStrabon, étaient adorés particulièrement en Crète et en Phénicie. Hérodote les dit même originaires de ce dernier pays. Ils exécutent, comme les Korrigans, des danses animées et bruyantes ; comme eux, ils sont métallurgistes, inventeurs, médecins, sorciers, agriculteurs. Or, la métallurgie, c'est la chaleur, c'est le feu, c'est Vulcain, c'est Fta. Curetés et Korrigans président, en outre, au commerce et même à la navigation ; en eux, par conséquent, s'unissent Vulcain et Mercure. Tout le monde sait que Vulcain était un dieu contrefait, difforme; il se rapproche même beaucoup du nain, et Mercure, la plus grande divinité des Gaulois et des Bretons insulaires (voy. Tedthat), était représenté, chez nos aïeux, sous la forme d'un nain, tenant une bourse à la main, comme les Korrigans. Les anciens Bardes bretons appelaient aussi Gwion, le nain à la bourse, et une inscription découverte à Lyon prouve qu'on donnait au dieu du commerce et de la navigation, dans la Celtique, le nom de Korig (petit nain). Si l'on se rappelle en outre que Mercure, sous le nom de Cadmille, jouait un rôle trés-élevé dans la théogonie cabirique, on ne pourra nier l'identité des nains de la Celtique avec les Curetés et les Cabires, et, ce fait admis, on ne sera pas surpris de trouver d'autres points de contact entre la Gaule et la Phénicie, dont les vaisseaux sillonnaient nos côtes jusqu'à l'ile de Thulé. L'introduc-

lion des Curetés dnris la Gaule, par les navigateurs de Tyr ou de Sidon, est d'ailleurs un fait attesté par Slrabon (liv. IV, liv. x) et par Diodorc de Sicile (liv. iv, p. 56.)

TBUTHAT, et, avec la terminaison latineougrccque, TEUTHATÈS. C'est-à-dire père des nations eu des hnmmcs {teuth. nations, tad ou tat, père). Dieu suprême des (Gaulois, Mu'on trouve aussi appelé Tlicut,Thoys,Thoyt, Thol, Tuis, tis. Les Gaulois s'intitulaient ses enfants, et une de leurs peuplades n'est connue dans l'histoire que sous le nom de Teuthsah (fils de Teuth) ou Tectosages. Tout ce que nous savons de son culte, c'est qu'on l'adorait sous la forme d'un javelot quand on lui demandait la victoire, et sous celle d'un chêne pour le prier d'inspirer de sages avis. On lui immolait quelquefois des hommes. Les victimes les plus ordinaires étaient, dit-on, des chiens; c'était le taureau à la grande fêle du gui (voy ce mot). Si nous cherchons dans les mythologies des autres peuples un dieu analogue à Teuthat, nous le retrouverons dans leTaautde laPhéniciedeThoth égyptien), nommé Theuth par Platon, Cicéron elLactancc.TaautouThoth, au premier abord, nous apparaît dans une sphère bien inférieure. Mais sur les monuments égyptiens il est qualifié de dieu grand, de seigneur suprême, et dans la cosmogonie de Sanclioniaton, toute déligurée qu'elle ait été par Philon ou par Eusèbe, il précède Elioun (le Três-llaul) et Beruth (les eaux primitives) qui produisent le ciel et la terre. Alors se déroule un eiganlesmie épisode. De l'union du Ciel (Ouranos) et dela'terre (Gliê) naissent mille créatures difformes et raonslrueuses, premières ébauches de la nature, qui, toujours se développant, toujours se perfectionnant, revêtent enfin la forme qu'elles doivent définitivement conserver. Le Temps (Rronos), par les conseils de Taaut, la sagesse divine, met un terme à l'inépuisable fécondité d'Ouranos, son père. Il le mutile. Or, qu'est-ce gu'un dieu antérieur au ciel et à la terre, un dieu qui dit a la nature : Tu ne produiras plus? Ce dieu n'est-il pas l'Absolu, rirrévélé? Et en effet, dans l'ancienne théologie de la Grèce, Hermès n'est pas autre chose, et affecte "en conséquence les noms de Tricéphale (dieu à trois têtes, dieu triple), et de Paramon ou grand Amon. Hermès, par son nom même, se confond avec Brahm (Birmi, Biroumi) et Piromi. (Voy. TnoTii.) 11 est donc la pensée divine à l'état d'irrévélation. Mais dieu veut enfin se manifester par la création, et, dans toutes les cosmogonies, ce désir d'où va jaillir le monde est Eros, l'Amour, aussi Hermès porta-t-il le nom de llerm-Eros. Tout est en lui ; il est androgyne, el voilà pourquoi on lui donne pour femme Hermaphrodite, et ensuite Harmonie, parce que l'harmonie c'est la création même. Tel était Mercure dans cette cosmogonie antique, qui, originaire de l'Asie centrale, se répandit tour (i tour avec le cabirisme dans l'Asie occidentale, dans l'Egypte, à Snmothrace, en Grèce, en Afrique, en Sardaigne, dans la Gaule et jusque dans l'Irlande, où M. Pictet a retrouvé non-seulenienl la doctrine, mais encore les noms cabiriqucs. Nous sommes donc pleinement autorisé à identifier Teuthalès et Mercure, comme le faisaient les écrivains de la Grèce et de l'Italie. Quelle était d'ailleurs la plus grande divinité des Gaulois loris de la fusion qui s'oiiêra entre le culte national et celui de Rome victorieuse? C'était Mercure. A l'iiuitation des Romains, les Gaulois lui élevèrent une multitude de statues. Mais ils le re|irésentaicnl presque toujours sans sexe, parce que Dieu renferme tout dans son essence infinie, et qu'en lui sont concentrées toutes les énergies de la nature. Cette ideiililii-ation de Teulh cl il llfriiiVs nous paraît incontestable. César dit piisilivcuLcnl i|ui' les Bnlons adoraient Mercure et le regardaienl (■(iniiiii' riiivcnleur des lettres, de la poésie, de la musi(iue, de tous les arts, et comme le protecteur des voyages et du commerce. Un ancien poëte gallois appelle pays de Mercure l'Angleterre, regardée comme le séjour des Ames après la mort (Pro- •rop(!, de liello goth., liv. IV. cap. xx. — Claudien, In Rufm., liv. I. — Les bardes gallois et armoricains, etc.), ce (pii fait songer nécessairement au Mercure psycliopompe des Grecs. Les bardes donnent aussi a la Bretagne insulaire le nom do royaume de Merzin. Or Merzin, coiiiine nous le voyons dans le chant des Séries, était un dieu bre-

ton, et son nom {Mers-en) en gaélique signifie homme de négoce, comme celui de Mercure signifie seigneur du commerce. Allons plus loin. L'Angleterre, pays de Mercure, ou de Merzin, était aussi le pays de Gwion, d'où le nom d'Alhion, qu'on trouve écrit Alwion dans Eustathe et dans Agathémère. Mais Gwion, c'est encore Mercure. Sur un bas-relief gravé par Montfaucon, il est représenté avec une bourse à la main ; les bardes l'appellent le nain à la bourse; il est le nain ou Korrigan prototype, cl une inscription trouvée à Lyon nous apprend que Korig (le petit nain) était le dieu du commerce dans les Gaules. Merzin, Gwion, Korig, sont donc trois noms appartenant au même dieu. Si l'on réunissait les deux premiers, on aurait le nom même de Mercure. Il y a plus. Dans la théologie cabirique. Mercure aide dans ses opérations la grande déesse Gérés, qui travaiUe à l'œuvre du monde, et le nom même de Cérés, Korê, forme la dernière moitié de celui de Mercure. 11 en est de même de Gwion ou Korig, qui joue un rôle absolument semblable auprès de la haute déesse Koridgwen, dont la dénomination nous offre le même mot Korê. Nous aurions bien d'autres développements à ajouter, mais le cadre de ce recueil nous impose des limites. Nous renvoyons du reste le lecteur à l'article Teisar- Pour.AT.

Mercure, Hermès, Thoth, Teuth, Cadmile, quelque nom qu'on lui donne, était le dieu Energie. C'est pour cette raison qu'à Parium et à Lampsaque il se confondait avec Priape ; c'est pourquoi Itiphalle était une de ses épithètes les plus ordinaires; c'est pourquoi il avait pour synibole la colonne. Athènes lui en avait élevé une multitude ; la Grèce en était couverte ; et nous voyons là l'origine des innombrables Menhir et des pierres fichées qui se dressent encore sur le sol de la Gaule, et que nous croyons identiques à ces nombreuses tours qu'on trouve sous le nom de nuraghs dans la Sardaigne, où la doctrine cabirique avait pénétré, comme nous l'avons dit. Le Menhir et la pierre fichée étant l'emblème de Tcuthatés, on comprend pourquoi les Tumulus, toujours accompagnés de la colonne symbolique, avaient reçu le nom de colline, de Teuthat ou de Mercure.

Remontons à l'essence même deTeuthatès. Les Druides le regardaient comme le principe vital du monde, et audessous de lui vient se grouper à titre d'émanation une triade composée de Hès, le feu-lumière, de Taran, la foudre ou la lumière électrique, et deBélen, le feu-lumière localisé dans le soleil. La place de Taran dans cette théogonie nous reporte encore au système phénicien, et nous croyons pouvoir ainsi formuler paranalogie la cosmogonie des Druides. Teuthat incréé, irrévclé, absolu, existe seul dans l'espace sans bornes ; il veut se révéler ; il devient Ilermeros (Teutbat-Amour). De ce désir nait le dieu feulumière, liés, qui débrouille la matière chaotique ; il classe les éléments; il agrège toutes les molécules similaires ; les plantes déjà sont enracinées dans le sol vierge ; les arbres étendent dans les airs leurs rameaux noueux ; insectes, poissons, reptiles, oiseaux, animaux de toute espèce, de toute forme, de toute grandeur, sont répandus sur la terre par milliers et par millions. Mais plantes, arbres, animaux, tout est inerte encore! Pas un cri! pas un bruissement! pas un soupir ! pas une haleine ! nul indice de vie! Hès s'émane en Taran; la foudre gronde: l'étincelle électrique, le lluide vital, fait explosion dans le inonde! La sève coule, le sang circule, toutes les créatures se révcilloiil avec les instincts qui leur sont propres. L'oiseau étend si's ailes; le poisson essaye ses nageoires; le taureau puissant bondit dans la plaine. Bien ne manque à l'œuvre iiiagniliquc de la création ! Le feu-lumière, sous le nom de Bèlen (le seigneur, le maitre, le recteur), se localise alors dans le soleil, qui règne sur la création nouvelle, la réchauffe, la féconde et la perpétue ! (Voy. DiiuiDEs, 11és,Tahan, et, pour la cosmogonie phénicienne, Koi.riA.)

TËVETAT, UEVEUnAT ou UEVAnDET.

Frère et adversaire de Somanakodom ou Bouddha. Tévclat possédait toutes les sciences, et il ne fit usage de ses vastes connaissances que pour persécuter Somanakodom. Lorsque ce dernier, absorbé par le Nivritta {nirvana, non-

êlre), dans le sein de l'être suprême, fui devenu dieu même, Tévelat nia sa divinité, et le mit en demeure de la prouver par un miracle. Somanakodom Tit tout à coup apparaître dans les nirs un trône resplendissant d"or et de pierreries , autour duquel des ansçes descendus du ciel chantaient ses louanges. Tévetat «Tlors forma contre lui une coalition de tous'les animaux. Ne pouvant parvenir à le vaincre, il voulut au moins affaiblir son autorité, et, par la force de son clo(|uence, il parvint a rendre la moitié du monde schismatique. L'ançe qui préside à la terre vengea enfin Somanakodom. De la chevelure de Tévetat il fit sortir une mer immense dans laquelle l'impie trouva la mort. Précipité au fond des enfers, Tévetat y est rôti, crucifié, couvert de plaies et couronné d'épines. Somanakodom descendit ensuite dans les huit régions de l'empire des ténèbres, et, touché dos souffrances de son frère, il lui oflVit sa grâce à condition qu'il adorerait ces trois mots : Ponthang (dieu). Tamang (verbe de dieu), Saougkang (copie de dieu). Tévetat prononça bien le premier, balbutia le second et ne put articuler le tniisième. Telle est la tradition des Siamois. Ce qu'il y a de positif, c'est que le nom de Tévetat a profondément divisé le bouddhisme. Une partie du Thibcl cl de la Mongolie lui rend le culte que les orthodoxes ne croient dii qu'à Somanakodom. Ses partisans portent le nom de Chara-Malahhai (bonnet jaunei, par opposition à leurs adversaires, dont la secte est connue sous celui d'Oulansallaté (bonnet rouge). Les bonnets jaunes ont pour souverain pontife le Dalaï- Lania, qui réside à Lahsa, et les bonnets rouges, le Bogdo- Lnma iBogdobentchang, Boffdoïeïenn, en thlbétain et en langui , qui a établi sa résidence dans le grand couvent de Dacnilumpa. présdelavilledeTsengtchsa,ausuddeLahsa. Dans les relations les plus récentes, la secte jaune est appelée Gillonkpa, et la secte rouge, Chammar. Le mariage est permis aux prêtres de celte seconde division du bouddhisme.

VEZPI ou TESiPIE. Le Noé mexicain, dont l'histoire se rapporte plus qu'aucune autre au récit du déluge tel que Moïse l'a consigné dans la Genèse. Lorsque le grand cataclysme vint punir les hommes de leurs crimes, Tezpi s'embarqua dans un vaisseau en forme d'arche ou de coffre, avec sa femme, ses enfants, des animaux et des fruits. Les eaux baissèrent enfin, et alors il lâcha l'aura, ou vautour, qui, voyant le sol jonché de cadavres, resta pour les dévorer; et. successivement, tous les autres oiseaux, dont aucun ne revint, excepté le dernier parti, le colibri, qui apporta dans son bec une petite branche.

THAHUOUZ. Dieu adoré dans l'Asie occidentale, avant la diffusion du christianisme et de l'islamisme. Les savants s'accordent, en général, à le regarder comme identique à Adonis. (Voyez ce mot.) Ezéchiel (vui, 14^ dans sa vision, parle des" femmes de Jérusalem qui célébraient dans les larmes la fêle de Thammouz, ce qui se rapporte, en effet, au culte d'Adonis. Maïmonide, rapportant une tradition sabéenne, dit que Thammouz était un prophète assyrien qui fut mis à mort par le roi de Babylone, auquel il avait enjoint de venir adorer les sept planètes et les douze signes du zodiaque. La nuit suivante, les slalues de tous les dieux adorés dans toutes les parties du monde s'assemblèrent dans le temple de Baal, autour de h statue de ce dernier. Baal se jeta la face contre terre, les autres idoles l'imitèrent , toutes se mirent à pleurer Thammouz en racontant sa fin malheureuse, et toutes s'en retournèrent dans leurs temples dès les premières clartés du jour. C'est en mémoire de cet événement, ajoute Maïmonide, que, tous les ans, les Sabéens pleuraient Thammouz et célébraient en son honneur une fêle de deuil le premier jour du mois de Thammouz.

TUUÉI, c'est-à-dire justice et vérité. C'est le nom d'une déesse égj'ptienne, fille du soleil, qui préside aux quarante-deux juges infernaux, et qui reçoit dans son palais les âmes suppliantes qui vont comparaître devant Osiris. Dans la planche xxvi du Panthéon égyptien de Champollion , Thméi a la tête ornée d'une plume d'autruche fixée à sa coiffure par un riche diadème; elle obombre de ses deux ailes, bariolées de bleu et de blanc, le dieu Re-Tmou.

THOR, ASA-THOR (l'Asc Thor) ou .IKE-THOR

(l'aigle Thorj . Dieu Scandinave, fils aine d'Odin et de Freia. Il préside aux saisons, aux vents, aux tempêtes, à la foudre et à la guerre , et habite Trodouangour (asile contre la peur), où il a un palais composé de cinq cent quarante salles. Sa massue lolncr, qui lui fut enlevée par son domestique, combattait, une fois lancée, sans que la main eût besoin de lui imprimer un nouvel élan; mais Thor ne pouvait, sans risquer de se brûler, la toucher qu'à l'aide de son gantelet d'acier. Comme la Vénus grecque a la ceinture do beauté, de même Thor possède le baudrier de la vaillance, qui double ses forces. 11 est sans cesse en guerre contre les géants, et a pour antagoniste perpétuel le grand serpent formoungandour, qu'il terrassera à la fia du monde. Mais il périra lui-même asphyxié par les Uots de venin vomis par l'épouvantable reptile. Sef, ou Sefia, sa femme, l'a rendu père de deux fils, Mod et Magour, qui survivront à la destruction du monde. Dans le temple d'Upsal, Thor était placé à la gauche d'Odin, avec une couronne sur la tête et une massue dans la main droite. On le représentait souvent dans un chariot attelé de deux boucs, qu'il conduisait avec des rênes d'argent, et la tète couronnée d'étoiles. On célébrait, au solstice d'hiver, sa fête, ajipelée Juul, qui servait de point initial à Tannée; c'est pour cette raison que les Scandinaves donnaient à la nuit qui suivait le nom de nuit mère. De véritables Bacchanales signalaient cette fête. On sacrifiait à ce dieu des bœufs et des chevaux gras. Mais tous les neuf ans, au mois de janvier, on immolait en son honneur, dans un lieu appelé Lederun, en Zélandc, des hommes, des chevaux, des chiens et des coqs. On a comparé Thor au Taran des Gaulois. Payne Knight le met même en parallèle avec Baal- •Thurz, dieu phénicien représenté avec une tête de bœuf, parce que les statues de Thor étaient souvent taurocéphales.

THOTH. Dieu éoyptien qui, suivant Philon de Byblos, dans sa traduction de Sanchoniaton , était appelé Taaut en Phénicie, Thoyth en Egypte, Tlioth par les habitants d'Alexandrie, Hermès par les Grecs. Platon, Cicéron et Lactance lui donnent le nom de Theuth. — 11 passait pour avoir civilisé l'Egv'pte. C'était à lui qu'on attribuait l'institution du culte, l'invention de l'agriculture, des caractères alphabétiques, delà grammaire, de l'astronomie, des mathématiques, des périodes du temps, de la géographie, de la musique, de la Utc, du commerce, des monnaies, de la magie, etc. Les tvehméristcs se sont obstinés à voir dans Thoth un personnage purement humain. Beaucoup même se sont attachés à" prouver son identité avec Setn, Chanaan, Eliézer et Moïse même. Mais les savants ont abandonné ces ridicules assimilations. Thoth n'a jamais vécu sur la terre, Thoth est un dieu. Il reste néanmoins beaucoup d'incertitudes à son sujet, et la diversité des légendes ne permet pas d'apprécier d'une manière satisfaisante la place qu'il occupait dans la hiérarchie divine. La plus ancienne de ces traditions est celle qui nous est transmise par Sanchoniaton. Thoth, ou Taaul, y figure comme antérieur au ciel, à la terre et à Kronos (le Temps), dont il fut le conseiller; ce qui revient à dire que, dans la cosmogonie, Thoth est la sagesse divine présidant aux évolulions du temps. Nous n'avons pas â développer ici celte idée, que nous avons déjà exposée au mot Teituatés. Thoth fut le conseiller d'Osiris et d'Isis, comme il avait été celui de Kronos. Isismême, cette haute déesse qui s'identifie quelquefois avec Neith, la sagesse et l'énergie divines, est représentée comme son élevé. Manélhon, dans le Syncelle, dislingue trois personnages du nom de Thoth. Le premier, ou Hermès Trismégiste, avait inscrit les principes de toutes les sciences sur des colonnes, avant le déluge; le second Hermès, fils d'AgalhoJœmon, traduisit les écrits du premier; le troisième, Hermès deux fois grand, fut le conseiller d'Osiris et d'Isis, et c'est à ce dernier qu'il fait honneur des inventions utiles dont nous avons parlé. Mais, pour peu qu'on soit initié à la théologie de l'antiquité, on comprendra que ces trois Thoth ne sont que trois formes du même être, et si le second est fils d'Agathodœnion ou Cneph, le premier se confond nécessairement avec Piromi, le dieu incréé , absolu, irrévélé.

Si maintenant nous cherchons à forniulcr le rôle des trois Thoth de Manéthon, nous verrons d'abord rintelliçence, c'est-à-dire Dieu, se manifestant dans l'humanité pour lui révéler les principes des sciences. Cette grande conquête de l'homme est effacée en partie par un épouvantable cataclysme ; l'intelligence vient reconstruire l'édifice à moitié détruit; le monde dés lors n'a plus qu'à progresser, qu'à se développer, et c'est le troisième Thoth, Hermès deux fois grand, qui préside à ce mouvement ascensionnel : attribution sublime qui fait de Thoth le génie protecteur de l'humanité. C'est par lui que l'homme grandit, s'élève, se met en communication avec les dieux. Il ne l'abandonne pas, même après la mort; et dans l'Amenthi, c'est Thoth à tète d'ibis qui écrit le résultat de la pesée

des âmes, qu'il présente ensuite à Osiris. (Voy. Enfer.) Les nombreuses représentations de Tholh sur les monuments ne laissent aucun doute sur le rôle divin qui lui est attribué dans la mythologie égyptienne. La tète a'épervier, le disque rouge ou rayonnant d'où sort l'uneus, les deux plumes droites , la palme, la rroix ansée, sont des symboles alVoetés aux hautes divinités. On le trouve aussi représenté avec la tète d'ibis, celle de cynocéphale, et quelquefois avec la tète humaine.

Manéthon attribiie à ïholh l'invention des colonnes ou stèles, sur lesi|uellcs on écrivait les lois et les découvertes de la science. Ces colonnes portaient son nom , et c'est probablement ce qui aura dcmné lieu d'attribuer à ce dieu, pure manifestation de la sagesse dans le monde, tous les écrits conservés par les prêtres égyptiens. Ceux dont les Egyptiens mêmes le regardaient comme l'auteur étaient au nombre de quarante-deux, suivant Clément d'Alexandrie. Quatre étaient relatifs à l'astrologie, c'est-à-dire à l'astronomie; douze à riiiériiglyphique, à la rosmographic, à la géographie, à la nirinhc du snlcil, de la lune et des planètes, à la chorogiaphic dr l'iigypte , à la description du ciel, aux cérémonies religieuses, n la mesure et à la nature de tous les objets cmnloyés pour les sacrifices , aux lieux consacrés par le culte; dix traitaient des honneurs que l'on doit aux dieux, des pratiques du culte; dix autres, appelés sacerdotaux, traitaient des rois, des dieux. et de toute la doctrine du sacerdoce; les six derniers enfin étaient consacrés à la médecine, à l'anatomie, anx instruments de chirurgie, aux maladies des femmes, etc. On a même porté jusqu'à trente-six mille cinq cents le nombre des livies allVibués à Tluilh.

TIAMAAItATAAO. L'Adam des habitants de l'arrlii|iel des Amis. 11 apparut sur la terre après le reste des mamniirèrcs, à l'entrée d'une grotte d'abord liMiéhreiise et bientùt inondée de lumière. iS'esl-il pas curieux de re-

trouver chez les sauvages la création de l'homme telle que la rapporte la Genèse, confirmée par la science moderne, c'est-à-dire postérieure à la formation des autres animaux?

TIE!¥. Le dieu suprême des Chinois, qui est pris tantôt pour le ciel, tantôt pour le soleil. Il a un temple magnifique à Pékin

TIERSIES. Dieu lapon qui présidait à la nature et qui la protégeait. 11 était représenté par un tronc de bouleau, à l'extrémité supérieure duquel on fixait une racine du même arbre, de forme ronde, pour représenter la tète. On renouvelait chaque année cette image, adorée autour des tentes et des cabanes. Tiermes était un dieu essentiellement bon. On lui immolait des rennes mâles et adultes. Il était opposé à Seit (voy. ce mot), le chef des mauvais esprits.

TI-KAl%fC Dieu chinois qui préside aux enfers, où il commande à cinq juges et à huit ministres, dont on voit les statues dans les temples autour de la sienne. Aux côtés de son autel sont placées les deux tables de la loi. De véritables panoramas représentent des scènes infernales. On y voit des coupables précipités dans des chaudières d'huile bouillante, d'autres, coupés en morceaux par des diables, sciés en deux, dévorés par des serpents ou des chiens, étendus sur des grils au-dessus de brasiers ardents, etc. Pour reconnaître la culpabilité de ceux qui arrivent dans la sombre demeure, un des cinq juges place le coupable dans le plateau d'une balance et clépose dans l'autre les livres de prières qu'il a répétées pendant qu'il était sur la terre. Dire des prières, en effet, voilà le moyen d'éviter les peines de l'enfer. Celui tmi est venu mille fois faire son oraison devant l'autel de Ti-Rang. a conquis le paradis, où il jouira d'un bonheur plus ou moins grand, selon les présents qu'il aura faits aux Bonzes et aux pagodes. Lorsque le mort est déclaré coupable, trois des juges délibèrent sur le châtiment qu'il convient de lui imposer; le cinquième est chargé, lorsque le criminel a accompli son temps d'épreuve, de flésigner le corps d'homme ou d'animal dans lequel son âme sera renvoyée. Dans le prétoire infernal aboutissent deux ponts, l'un d'or et l'autre d'argent, qui conduisent les âmes aux célestes béatitudes si elles ont suffisamment prié pour être pures et si elles apportent avec elles un laissez passer délivré par les Bonzes ; d'où vous pouvez conclure, ami lecteur, que les Bonzes entendent bien leur métier.

TITURAMBO. Isis souterraine, qui était assimilée par les Grecs à Hécate. Son nom, selon quelques savants, signifie : qui inspire la terreur.

TliAÇOUEiTHUTli. Déesse mexicaine qui présidait à l'amour. On la nomme aussi Ichcouina, c'est-à-dire la belle femme. Au-dessous d'elle se groupent quatre autres déesses inférieures qui présidaient plus spécialement à la reproduction. 'V'oici leurs noms: Tiacapan, Teigou, Tlaco, Clioucosti.

l'LAI^OCH, 'jrKSCAl<IPCIl<TZA ou TESKAT- IiIBOCIITI>I, était, après l'irrévélé Téotl, le plus grand dieu des Mexicains. Il présidait à la pénitence, à i'aflliction, à la vengeance, et punissait les hommes en envoyant sur la terre les famines, les épidémies, etc. Sa statue, d'un granit noir et luisant, était ornée de rubans, avait à la lèvre inférieure des anneaux d'or et d'argent avec un tuyau de cristal d'où sortait une plume verte ou bleue. Un gros lingot d'or brillait sur sa poitrine; ses bras étaient chargés de chaînes du môme métal et une grande émerande formait son nombril ; il tenait à la main droite quatre flèches, et à la main gauche un miroir orné de plumes de toutes les couleurs. Les flèches étaient quelquefois remplacées par un javelot et le miroir par un bouclier sur Icqiiel cinq pommes de pin, entourées de quatre flèches, formaient une croix rectanguliire à branches l'gnles. A ses cheveux, dorés et tressés, pendait une oreille d'or, symbole de l'attention avec laquellt^ il écoutait les prières de ses adorateurs. Derrière le trône sur lequel il était assis s'étendait un grand rideau garni de tètes de morts et d'ossements humains. La plus célèbre de ses fêtes, celle des purifications générales, avait lieu le 19 mai. Les grands de Ténochtitlan apportaient h

veille, au grand prêtre, un cosliime mngnili |uc [loiir la cérémonie. La nuit se passait en préparatifs ; dès l'aurore, on ouvrait les portes du temple, et le prêtre sonnait dn cor en se tonrnant vers les quatre points de l'iiorizon, comme jour appeler les fidèles des quatre coins du monde. Les dévols se précipitaient en foule dans le temple en se couvrant le visage de poussière. Les plus fervents se Qajrellaient avec des cordes garnies de nœuds ou de pointes et se déchiraient le corps avec des lames de couteau ; les autres jonchaient de tleurs et de rameaux verts les parvis du temple et les alentours du Téocalli. Les prêtres, le visage teint en noir et les cheveux tressés avec des cordons hlanc5, faisaient ensuite le tour de la pjTamide en portant sur un palanquin la statue du dieu, ornée de guirlandes nouvelles. Devant le palanquin marchaient deux prêtres, l'encensoir à la main ; la foule suivait en imitant tous les mouvements de l'encensoir. La procession accomplie, de jeunes vestales préparaient dans le temple, sur la table de Tlaloch. un grand festin qu'il partageait avec les dévots qui s'étaient fait remarquer par leurs macérations ou par la richesse de leurs offrandfes. A la fin du repas, on offrait au dieu, dans un bassin, le sang d'un homme égorgé devant lui. Lorsque les grains ensemencés commençaient à germer et à poindre au-dessus de la terre, on sacrifiait encore à Téotl, sur une colline, un garçon et une fille, âgés de trois ans et nés de Sarents libres ; lorsque la moisson avait atteint la moitié e sa hauteur, une cérémonie pareille avait lieu avec cette différence que les victimes étaient choisies parmi les esclaves; quand la récolte était parvenue à sa maturité,

Tlaloch se contentait d'une offrande de maïs et de gomme copale. — L'immolation des victimes humaines était suivie d'une cérémonie bizarre que nous devons mentionner, et dont on verra l'origine à l'article Tozi. Un homme, revêtu de la peau de la victime, p"rcourait les rues de la ville pendant plusieurs jours en demandant l'aumône et en battant ceux qui refusaient leur offrande. Le résultat de la quête sacrée était remis aux prêtres pour les besoins du culte, et le frère mendiant ne quittait la peau de la victime que quand elle rendait une odeur infecte et insupportable. La même pratique signalait les sacrifices humains accomplis en l'honneur de Quetzacoalt et de Vilzlipultzi.

TMOIJ ou ATMOU. Dieu égjqitien dont le nom nous a été révélé par Champollion qui l'a retrouvé sur une foule de monuments, et qui l'assimile à Fré, gouvernant l'Amenti ou l'enfer. Fré et Tmou, en effet, sont associes sur plusieurs stèles et tableaux. Leurs noms même se

trouvent combinés. Tmou est ordinairement représenté assis sur un trône avec les chairs rouges ou vertes.

TOXA'TIOUH. C'est le nom soùs lequel les Mexicains adoraient le soleil. Ils donnaient a la lune celui de Metsli. On avait consacré ;i ces divinités deux magnifiques Téocalli dans les environs d'Otiiiiha.

TOZI , c'est-à-dire la grande mère. Déesse mexicaine qui, avant d'être admise à siéger parmi les immortels, porli, dit-on. le sceptre sur le plateau d'Anahuac. C'est une belle et grande chose que l'apothéose. Mais les dieux mexicains faisaient payer cher l'honneur de leur compagnie. Vitzlipultzi. le ûieu de la guerre, pour procurer cet avantage ,i Tozi, avait, en effet, ordonné aux Aztèques de la tmr, de l'écorcher ensuite et de couvrir de sa peau le corps d'un jeune homme. On fait remonter jusqu'.i cette époque l'usage d'immoler des victimes humaines à Vitzlipultzi et sans doute aux autres dieux, et les singuliers usages dont nous avons parlé à l'article Tlaloch.

TPÉ. Déesse égyptienne qui est le ciel même, comme Poliri et Imooiith oii imuthis. mais à un point de vue différent. On voit en elle le ciel fomelle. fécondé par Imoouth, qui est le ciel mâle et actif. Sur les zodiaques rectangulaires, elle est représentée avec quatre bras et quatre jambes, des mamelles pendantes et un scarabée aux ailes d'épervier (symbole de la puissance créatrice) sur la poitrine. La longue robe qui la couvre est formée de lignes ondulées, signe hiéroglyphique de l'eau, et entourée d'une guirlande de lotos, qui désigne ésalement l'élément humide. Tpé est donc le ciel femelle fiuniide, ce qui rappelle les eaux d'en haut dont il est question dans la Genèse. Cette déesse figure aussi sur les monuments funéraires.

TROflTÉ. Nous avons dijà fait connaître les croyances trinifaires des Egyptiens, des Indiens, des Océaniens, etc. Pour ne pas faire de redites, nous renvoyons tout d'abord le lecteur aux mots Aaum, Bhavawi, Bouddha, BocDDnisME, Brahm, Brahma, Maïa, Siva, VicH>'on, Chame- PHis, Cnïph, Fta. Divo>cAnRA, L.KO-TsEU, Sa>--Pas, Seit, Dbcioes, IIès, Gn. Tecthat. etc. — La trinité a été formulée dans toutes les parties du monde, depuis la Nouvelle-Zélande jusqu'au Pérou. Comment les hommes sont-ils arrivés à cette idée si singulière en apparence de la multiplicité dans l'unité.' On a beaucoup discuté à ce sujet. Les uns ont soutenu, et soutiennent encore, que le dogme trinitaire n'a été connu que par suite d'une révélation d'en haut ; d'autres voient dans la triade les trois grandes manifestations de la divinité dans le monde : création, conservation, destruction. Dans la religion hindoue, Brahma, en effet, est le créateur, Vichnou le conservateur et Siva le destructeur. Lorsque les trois dieux de la Trimourti apparaissent ,i Atri, « Apprends, lui dit l'un d'entre eux. apprends qu'il n'y a entre nous aucune différence; l'être se manifeste dans la création, la conservation et la destruction, ses trois formes. Penser à une d'elles, c'est penser à toutes, c'est-à-dire à un seul dieu très-haut. » Ainsi s'expriment les livres sacrés. Mais ces trois formes n'étant que trois attributs, nécessitent un être supérieur. Au-dessus de la Trimourti trône en conséquence Brahm, Parabrahma ou Adibouddha. La triade égyptienne est également dominée par Icton ou Piromi, et celle des anciens Celtes par Teuthat ou Merzin. La religion chrétienne seule reconnaît une substance une et triple, qui, étant la source primitive de toutes choses, ne voit rien au-dessus d'elle. L'origine de la trinité. telle que la donnent les li\Tes hindous, est déjà tres-satisfaisante. Nous croyons cependant qu'il faut remonter plus haut pour s'en rendre tout à fait raison. Le caractère le plus frappant de la divinité suprême chez tous les peuples de l'Orient, depuis l'Egvpte jusqu'à l'extrémité du continent asiatique, c'est l'immobilité. Absorbé en lui-même, il a conçu un jour le désir de n'être plus seul dans l'espace infini qu'il remplit. Il produit alors dans l'Inde et dans l'Egypte les eaux primordiales ou la matière humide. Mais trouvant indigne de lui de sortir de son repos pour donner au chaos "l'organisation qui lui manque, il se délègue en dieux identiques à lui-même, auxquels il confie le soin de créer et de gouverner l'univers. (Voy. Brahm, Brabua, Bouddhisme, Ormouzd, Kolfia.) Ces dieux,

CCS trois principes actifs du nioiulR, renlerment fii eux toutes les énergies; c'est pourquoi, parun simple ili'doublcmentde leur substance, ils pioiluisi'iil trois disiuilrs femelles, qui jouent auprès d'eux le rôle de nile-s(eur-i'pouse. (Voy. Maïa, Sakti, Saraçouati.) Nous voyons dans celle liaule cosmogonie le principe passif ou élément femelle tout à fait subordonné nu principe actif. Il semble pourtant en avoir élé autrement à l'époque reculée où le dogme trimourlique commença à se formuler. Dans l'Inde une tradition remarquable fait naître les trois personnes de la triade de la déesse Bhavani (voy. ce mot et Vaghouta) dont le culte parait avoir sinon précédé, du moins dominé ceux de Brahma, de Siva et de Viclinou. Peut-être en fut-il ainsi de la déesse Koridgwen chez les Celtes. En Egypte le principe passif conserva même une place dans la triade, et c'est dans cette contrée que Platon avait puisé ses idées sur la trinité, et, comme le dit Plutarque (lais et Osiris), son fameux triangle éqnilatéral qui avait pour base la nature féminine, ctpour côlés la ririlité et la progénituri'.

Plusieurs auteurs ont voulu prouver nue Moïse avait consigné dans le Pcntateuquc. et surtout dans le premier chapitre de la Genèse, le dogme de la trinité. Ils ont cru en trouver, après les rabbins, la preuve dans le nom pluriel d'Elohim. que Moïse donne à la Divinité. Mais cette assertion est dénuée de tout fondement. Les rabbins, aussi bien quePhilon, n'ont commencé à se livrer à ces conjectures que sous l'empire des doctrines égyptiennes et de la philosophie platonicienne. Moïse, initié à la science de l'Eiïypte, connaissait certainement le dogme trinitaire, mais, comme le dit Gœrres, « il rejeta entièrement les idées répandues à ce sujet parmi les Egyptiens et les Chaldéens, pour ne pas altérer chez les Juifs le grand principe de l'unité de Dieu, et tout ce qu'on a pu trouver dans l'AncienTestament relativement à cette croyance ne repose que sur une interprétation arbitraire. » C'est pour un motif analogue que Moïse ne voulut pas enseigner l'immortalité de l'àme, soit parce qu'il n'y croyait pas non plus qu'à la trinité, soit plutôt dans la crainte de faire tomber le peuple dans les superstitions de la métempsycliose et de la nécromancie.

Arrivons aux Celtes et aux Bretons. Ils admettaient aussi la trinité, comme nous l'avons vu aux articles DncuiEs, IIès, Teuiuat, Gui. Leur triade était composée de liés (le feu sous toutes ses puissances), de Taran (le feu électrique) et de Belen (le feu localisé dans le soleil). C'est du moins ce que nous avons cru entrevoir. On nous accusera peut-être (le faire jouer au feu dans la théologie celtique un rôle transcendantal qui ne lui appartient pas. Notre justification sera facile. Ecoulez le Barde Avaon, fils du grand Taliésin, dans son hymne au soleil. « II s'élance, dit-il, il s'élance impétueusement, le feu aux Qunimes, le feu au galop dévorant ! Nous l'adorons plus que la terre! Le feu ! Le feu ! Comme il monte d'un vol farouche ! Comme il est au-dessus des chants du barde ! Comme il est supérieur à tous les autres éléments ! Il est supérieur au Grand-Etre lui-même !» Ne sentez -vous pas à ce fougueux élan, à cette énergique etsiiblimc explosion de crainte, de respect et d'admiration, le Druide en extase devant le dieu qu'il adore! Zoroaslre a-t-il trouvé des paroles plus passionnées pour louer l'éternelle Lumière? Moïse et David sont-ils plus émus devant le tabernacle de Jéhovah.' — II est important d'ajouter ici quelques mots à ce que nous avons dit ailleurs des hautes divinités celtiques. Iles parait être le même dieu que ce IIu, père de l'abime, soutien de la Bretagne, auquel une victime humaine, avant de tomber sous le couteau sacré, chante l'hymne remarquable dont M. de la Villemarqué a donné la traduction, dans son livre des Chants de la lirctagne. « llu, dit le poi'te, ô toi dont les ailes fendent l'air, ô toi dont le fils était le protecteur des grands privilèges, le héraut bardique, le ministre... soutiens-moi! » Le fils dont il s'agit ici doit être Belen ou le soleil, car partout le soleil a été regardé comme la source d(j l'inspiration poétique. Le Barde d'ailleurs s'écrie plus loin : « Gloire à toi, victorieux Beli, et à toi, roi Manogan.» t)r, ce Beli, les Triades nous apprennent qu'il était un des trois bardes primitifs, c'est-à-dire sans doute une incarnation du dieu Belen j bardes et prêtres se confondaient.

et aujourd'hui encore Belek signifie prêtre. Quant à ce roi Manogan, dont le nom termine et couronne l'iiymne de mort, et qu'on invoque comme le défenseur des libertés de l'ile de Miel (ancien nom de l'Auglelerrc) et de Beli, il ne parait pùiiit différer de Teulh, Gwion ou Merzin, dont les deux derniers noms étaient appli(|ués à la Bretagne insulaire. (Voy. Teutiiat.) Gan même est synonyme de Gwion (esprit, génie), et Manogan signifie peut-être l'hommeesjuit, ce qui ne doit point nous surprendre, puisque Brahma, considéré sous la forme la plus élevée, porte aussi le nom d'homme (Pouroucha). Man, qui a la même signification, était aussi une haute divinité germaine. (Voy. Manou.)

La Trinité druidique, se réabsorbanl en Teulhat, était l'image mêmede l'univers. Les Téménes, selon les Triades, étaient aussi le symbole du monde. Ces enceintes sacrées étaient donc en rapport avec la doctrine trinitaire. Les monuments druidiques, en effet, paraissent avoir été environnés de trois cercles de pierres, correspondant en même temps aux trois cercles d'existence de la théologie druidique et aux Irois transmigrations de l'àme. « Il faut cjue tous meurent trois fois avant de se reposer enfin, » dit la prédiction de Gwenc'hlan (de la Villcmarqué, Chants pop. de la Bret.]. «Je suis né trois fois, dit Taliésin; j'ai été mort; j'ai été vivant; je suis tel que j'étais. J'ai été biche sur la montagne ; j'ai été coq tacheté ; j'ai été daim de couleur fauve ; maintenant je suis Taliésin. » Ainsi, de même que les Téménes rappellent les grands cercles du mont Mérou, la montagne du monde, de même aussi les Druides nous reportent à la triple naissance des Brahmes (Manou, liv. ii, SloUas 26, 109 et 170). L'idée trinitaire dominait le système druidi(|ue tout entier ; voilà pourquoi le nombre des transmigrations est fixé à trois; voilà pourquoi on nous parle de trois royaumes de Merzin ; voilà pourquoi on comptait trois Bardes primitifs, voilà pourquoi dans le Stone-Henge le diamètre du grand fossé de circonvallatiou contient trois fois celui du monument même. Trois avec ses multiples joue un rôle immensedans les croyances druidiques. Nous n'en citerons qu'un exemple. Merlin le Sauvage, dans son curieux poème de la Pommeraie, fait une description ravissante de son hois sacré de pommiers, représentant les forêts druidiques. Mais ses arbres chéris ont été en partie renversés à l'époque de celte fameuse bataille d'Arderiz, où 80,000 hommes périrent, dit-on, à propos d'un nid d'alouelte. Merlin pleure son malheur, le malheur du druidisme, et tout à coup il nous apprend que son bois sacré renfermait sept, pins sept fois vingt pommiers, c'est-à-dire cent quarantesept. Ou ne s'attendait guère à voir figurer dans ses vers le nombre de ses arbres, aussi est-on naturellement porté à y chercher quelque mystère. Cent quarante-sept, en effet, renferme une multitude de combinaisons du nombre ternaire; si du second chiffre vous retranchez le premier, il reste trois; si du troisième vous retranchez le second, il reste encore trois, etc. ; si enfin vous divisez le nombre total par trois, vous trouvez au dividende quarante-neuf, et là sans doute était un grand mystère, car quaranteneuf est précisément le nombre des pommiers détruits, pleures parle vieux Druide.

TMl-!<ii:>l-(>0-UAI. Les cinq dieux terrestres chez les Japonais. Ils suivent immédiatement les sept dieux supérieurs. Comme ces derniers, ils régnent sur la terre, mais les règnes des premiers sont plongés dans un infini qui ne permet aucune appréciation numérale, tandis (rue ceux des Tsi-Sin-Go-Daï, précédant immédiatement les lemps humains, sont déjà exprimés par des nombres.

TUISTOW. Dieu gaulois et germain, annuel on donne pour mère Tuis (la terre) cl pour fils Mann (l'hommedieu), d'où sortent les nations germaines. On ne sait rien sur son culte, si ce n'est que les bardes chantaient des vers en son honneur, privilège qu'il partageait avec toutes les autres divinités. Beaucoup d'auteurs ont voulu voir en lui un analogue du Pluton grec. D'autres l'ont opposé à Taran. (Voy. ce mol.) Quelques-uns l'ont pris pour un législateur, pour un régulateur du culte dans la Gaule ou la Germanie. On a souvent comparé son nom à celui des Teutons ou à celui des Allemands, Teutsch ou Deutsch.

TI'PHOX. Le mauvais génie, h personnification du mal chez les Egyptiens. Il avait pour femme Neplité (voy. ce mot et Anubis), et, selon la tradition vulgaire, Osiris était son frère. Lorsque ce dernier partit pour sa grande expédition, il lui confia le gouvernement des déserts situés à l'orient de l'Egypte. On verra, aux articles Isis et Osims, comment Typhon mit à profit l'ahsence de son bienfaiteur pour usurper la couronne, comment il fut battu, et de quelle manière il se défît d'Osiris. Vaincu ensuite et fait prisonnier parUaroéri (voy. ce mot}, il dut sa liberté aux prières d'Isis, à laquelle il avait, dit-on, fait commettre une autre faiblesse, se révolta de nouveau, et, défait une seconde fois, se métamorphosa en crocodile pour ne pas tomber entre les mains de son adversaire, reprit bientôt sa forme primitive, et, monté sur un àne, marcha pendant sept jours vers le nord et alla s'ensevelir pour toujours dans le lac Sirbon (aujourd'hui marais Menzaieh). Fourraont, qui prend Tliotli pour Eliézer et Osiris pour Esaû, a cru retrouver dans 'Typhon le patriarche Jacob, parce que ce dernier supplanta Esaû comme Typhon supplanta Osiris. D'autres ont vu en lui Moïse, un roi de Sicile qui vient là on ne sait comment, le fameux Gg, roi de Bazan; aux yeux du savant le Clerc, il n'est qu'une personnification de l'embrasement de Sodomeet de Gomorrhe. 11 serait oiseux aujourd'hui de combattre ces opinions. Typhon, comme nous l'avons dit en commençant cet article, est le génie du mal, mais dans un sens tout à fait local et égyptien. On peut voir tour à tour, en lui, le sol aride de l'.Xrabie, opposé à l'humus fécond de la vallée uiliaque ; la mer cjui engloutit le Nil bienfaisant, et pour laquelle les Egyptiens ont longtemps conservé un tel sentiment d'horreur, que les prêtres s'abstenaient du sel marin, qu'ils appelaient l'écume de Typhon; les chaleurs dévorantes; le vent brûlant du midi; les miasmes pestilentiels qui s'échappent des marais; les populations nomades de l'Arabie qui si souvent ont fait trembler l'Egypte. Typhon même représente les ténèbres opposées à la lumière, et, pour nous résumer en une pnrase, il est tout ce que n'était pas Osiris, c'est-à-dire le mal sous toutes les formes. -A côté de sa femme N'ephté, que nous avons fait connaître à son article, il avait deux concubines, Thouéri et Aso, personnification des déserts du Sud. L'ourse, appelée chien de Typhon, l'hippopotame, le verrat et surtout l'âne, le scorpion et le crocodile, lui étaient consacrés. On lui avait même bâti, sous le nom de Typhonium, un certain nombre de temples; mais ces édifices contrastaient toujours, par leurs dimeusions exiguës, avec les grands et magnifiques monuments qui s'élevaient à côté en l'honneur des dieux bienfaisants. On a prétendu qu'on immolait à Typhon des hommes roux ; si ce fait est exact, il ne devait se produire que fort rarement. Plutarque nous apprend qu'aux époques des calamités publiques, on lui offrait des sacrifices d'animaux, et que les prêtres l'injuriaient et battaient sa statue, lorsqu'il ne faisait pas cesser le fléau. C'était sans doute un moyen de raffermir le courage du peuple. Sur les monuments on le voit représenté, selon ChampoUiou, avec uu corps humain, monstrueux par l'exagération des traits de sa ligure et de son ventre ; sous la forme d'un hippopotame au ventre énorme, etc.

■rzOHÉ ou PAYE-TOME. C'est, dans les traditions de Rio- Janeiro, un vieillard blanc ou vêtu de blanc qui, un bâton à la main, aborda sur la côte. Il venait du pays des Guaranis, c'est-à-dire de l'Orient, et il parcourait le'pays. apprenant aux hommes à se vêtir, à construire des maisons el à cultiver le manioc. Il s'arrêta enfin au cap Frio, et, maltraité par les habitants, se retira vers le Nord. De-

fuis, on n'entendit plus parler de lui. Les peuplades qui avaient forcé à prendre la fuite ne tardèrent pas à se repentir de leur cruauté, et prirent le nonr de Tzomiéos, qui fut ensuite remplacé par celui de Tupinambac. — Suivant une tradition rapportée par l'auteur du poëme épique intitulé Caramuru. ce personnage, appelé Sumé, était blanc, barbu, et venait de l'Orient à travers l'Océan. Il commandait aux vents, aux animaux, à la nature entière, et marchait sur la surface des eaux comme sur la terre même. Il quitta le pays pour échapper à la colère des Caboclos,

qui voulaient le tuer. — Les jésuites, se fondant sur la ressemblance du nom de Tzoïné ou Paye-Tome avec celui de saint Thomas, n'ont pas hésité à prendre le civilisateur brésilien pour cet apôtre. Ils ont prétendu même que la chaussée de Vhomme blanc s'était miraculeusement élevée pour lui faciliter les moyens d'échapper à ses persécuteurs.

VAÇOUSS. Ce sont, dans la mythologie hindoue, huit génies qui régissent chacun une des huit régions du monde. et président à divers élémeuts, phénomènes, etc. On les a souvent regardés comme les époux des Matris.

VACiHbUTA et PRIHAA'DA sont deux géants que Bhavani créa pour sa défense dans ses guerres avec Siva. Ce dieu, en effet, lui est diamétralement opposé. Il est le feu et Bhavani est l'humide. A cette déesse même paraît se rattacher un culte fort ancien. On comprend, dès lors, ses luttes contre Siva. Bhavani pourtant est sa femme. Mais ce mariage mythique n'indique qu'une fusion entre deux croyances longtemps rivales. Les uns faisaient de la matière humide l'élénient de toutes choses; d'autres attribuaient ce rôle au feu ; plus tard, on combina les deux cultes; le feu fut considéré comme le principe mâle et fécondateur, et Bhavani devint la femme de Siva, sans cesser de lui être souvent hostile. Vaghouta et Prihanda furent les deux plus terribles champions qu'elle opposa à Siva et à ses partisans. Le premier était grand comme une montagne, et sa bouche était semblable à un abime. Le second était armé de bras innombrables, et, dés qu'un ennemi se présentait, il le saisissait et le précipitait dans la gueule de son compagnon, qui l'engloutissait comme Rabelais faillit engloutir ces pauvres moines qui, dans leur effroi, s'étaient réfugiés dans les feuilles de sa salade.

*'AICIA. Quatrième fils de Brahnia et père de la troisième caste, celle des artisans. (Voy. Brah.ma, BR.iHMAS.)

VAIXAMOIXEX. Dieu slave, fils de Rava et frère aîné dllmarénen. Il est le créateur du feu. etc'cst lui qui, après cette bienfaisante production, civilise les hommes, invente les arts et la Ivre ou Randéla. Le premier navire sort ensuite de ses mains. On le dépeint domptant, aux sons de l'instrument mélodieux qu'il a façonné, les ours et les rennes qui viennent faire cercle autour de lui ; la mer abaisse sa erande voix pour l'écouter, les arbres se meuvent en carence, et les meules de foin accourent en dansant dans les granges. Vainamoineu lui-même, ravi des divins accords qu'il produit, tombe dans un délire extatique et verse au lieu de larmes un torrent de perles éblouissantes. Ainsi dans ce dieu slave nous retrouvons tout à la fois Vulcain, Apollon, Amphion et Orphée, une poésie gracieuse que la Grèce elle-même pourrait envier,

et dos conceptions profondes comme celles des anciens sages.

VAliKIRIES. Déesses Scandinaves, (jîii, sur les champs de balaille, tranchent la vie des guerriers auxquels elles ouvrent ainsi les portes du Gimle. Dans le Vallialla elles leur servent la chair du sanglier toujours renaissant (voy. Gimle), et versent dans leurs coupes "écumantes l'hydromel et la bière. Elles ont sons leurs ordres six héroïnes. Les Valkiries sont des Nornes inférieures.

VAliHAIiliA Grande salle du paradis des Scandinaves. (Voy. Gimle.)

VAWES. C'est le nom que l'on donne dans la mythologie Scandinave aux dieux du second ordre. Beaucoup d'entre eux sont fils des Ases.

VICHMOU. Le second membre de la trinité indienne. On le représente avec quatre bras. Sur sa tète étincelle la couronne à trois étages, et sur sa poitrine le magnifique diamant Rastrala, dont les feux illuminent l'univers entier. Dans une de ses mains il tient une massue, dans la seconde le Tchakra, ouroue ll.iniboyante et dentelée, dans la troisième une conque ou plutôt le mollusque Sankra. et dans la quatrième une Heur de Padnin ou lotos. Ces emblèmes, du reste, varient fréquemment. Dans beaucoup de peintures, il enlace de ses uras Lakchmi, sa femme; dans d'autres, la déesse est assise ou debout devant lui, et presque confondue avec lui. On le dépeint aussi flottant sur les eaux primitives, et couché sur le vaste serpent Adicécha, dont les têtes innombrables forment un dôme au-dessus de la sienne. Son corps est bleu foncé, et ses vêtements de couleur jaune, ce qui lui a fait donner le nom de Pitambara. Son séjour ordinaire est le Vaikounta demeure éblouissante de lumière et de richesses, et, lorsqu'il parcourt le monde , il a pour monture l'aigle, l'épervier ou le fantastique Garoudha, le roi des oiseaux. Vichnou s'est neuf fois incarné. La première de ses incarnations ou avatar, est connue sous le nom de Matsya,saram. Il prit alors la forme d'un poisson (voy Satiavrata ; dans la seconde (Rourmavataram), il apparut sous celle d'une tortue, pour soutenir le Mérou à la surface de la mer de lait, tandis que les dieux et les génies faisaient tourner la montagne immense, afin d'obtenir par ce grand barattement l'ambroisie qui devait leur donner l'immortalité. (Voy. Amiiita.) Sa troisième incarnation est celle du sanglier (Varahavataram). (Voy. EBDUVAKcnA.) Dans la quatrième (Naracinghavataram), il emprunta les formes combinées du lion "et de l'homme. (Voy. Ertovakcha.) Il accomplit la cinquième (Vamanavataram) sous la ligure d'un Brahme nain (voy. Mahabali), et la sixième sous celle d'un Brahme parfait. (Voy. Paraçoc-Rama.) La septième fois il se montra parmi les hommes sous le grand nom de Rama (voy. ce mot), et, s'incarnant )iour la huitième fois, il fut Krichna. Bouddha enfin, le divin réformateur, complète la série de ses avatars, (|ui offrent ce caractère remarquable que Vichnou revêt dans ses incarnations des formes de plus en plus nobles, de plus en plus élevées, de plus en plus parliiites, ce qui nous rappelle ce principe de la philosophie hindoue consigné dans le livre de Manou, que le dernier venu dans la série réunit en lui toutes les (jualités de ceux qui l'ont précédé. Une dixième incarnation aura lieu encore, et Vichnou clora l'âge actuel et procédera par la destruction de l'univers à l'avènement d'un nouvel âge d'or. Toutes ces apparitions de Vichnou si célèbres dans la mythologie indienne, ont eu lieu de mille en mille années divines, dont chacune comprend trois cent soixante mille des nôtres. — Le culte pacifique de ce dieu, qui parait postérieur au sivaïsme cl au brahmanisme, après avoir eu des luttes terribles à soutenir contre les adorateurs de Siva, finit par opérer une fusion entre les sectes rivales (voy. Jacamsatha), et par conquérir l'Inde prestpie tout entière. Il fraya la voie à la grande réforme de Bouddha, et c'est à ce point de vue qu'on a fait de ce dernier un avatar de Vichnou, quoique le bouddhisme ail combattu le vichnouïsine, comme le sivaïsme et le brahmanisme, et qu'il lui ait enlevé des contrées immenses. C'est ainsi que Mahomet a pour prédécesseurs Moïse et Jésus-Christ, dont les musulmans ont si crueliemcnl persécuté les disciples. Le vichnouïsme

est divisé en trois sectes. La plus nombreuse est celle dont les membres portent sur le front trois ligues pcrpen diculaires réunies par la base et tracées avec le limon sacré du Gange ou de la poudre de bois de saudal. Vichnou, par rapport aux deux autres membres de la Trimourti, passe pour le dieu bienfaiteur et conservateur. Mais il s'abaisse jusqu'au rôle de Souria, le soleil, ou même d'Adilia, le soleil mensuel, pour s'élever ensuite jusqu'à l'ara-Brahma lui-même. On le voit llollant sur les eaux primordiales, et donnant naissance à tous les autres Dévas. C'est alors qu'il prend le nom de Naraïana (qui se meut sur les eaux). (Voy. Brahma.) ^'ous ne pouvons mieux terminer qu'en donnant une citation d'un auteur qui fera parfaitement apprécier le caractère de Vichnou. « Il est descendu sur la terre, dit Creuzer, par un sacrifice dont lui seul était capable, pour la sauver d'une perte trop certaine. 11 s'est soumis à toutes les faiblesses, à toutes les misères de l'humanité, à une mort cruelle, pour abattre l'empire du mal et relever l'empire du bien. Il s'est fait pasteur, guerrier et prophète, pour laisser aux hommes, en If s quittant, un modèle de l'homme. Mais il n'en est pas moins le dieu par excellence, le représentant de l'être invisible, duquel il a reçu sa mission, puissant comme lui, juste comme lui, bon et miséricordieux comme lui, répandant ses griàccs même sur ses ennemis, et n'exigeant de ses adorateurs que la foi et l'amour, qu'un culte en esprit el en vérité, que le désir de lui être unis, le mépris de la terre et l'abnégation deux-mêmes. Lui seul fait les véritables saints, lui seul peut donner leMoufcMou la béatitude éternelle, car il est Naraïau, il est Bhagavan, il est Brahm, il réside au centre des mondes, et tous les mondes sont en lui. Il est l'unité dans le tout. »

yiÇOUAMITRA ou VIÇOCJAKARHA. L'architecte des dieux, le peintre, le décorateur, le forgeron, l'artiste par excellence. C'est lui qui a tracé le plan des palais magnifiques des S luargas (voy. Ciel), et qui les a fait construire sous sa direction par les Tchoubdaras, les ouvriers célestes. C'est lui encore qui, lorsque sa fille Nikchouba, femme du soleil , ne put supporter l'éclat éblouissant de son époux, coupa les rayons du dieu sur une roue de potier dans le Sakadouipa (pays des Saces). Cent ans lui suffirent pour celte grande opération, et après avoir ainsi barbifié son gendre amoureux, il employa les divines rognures à accomplir sur la terre toutes les merveilles que nous admirons. Les Indiens croient même que chaque soir, au moment où le soleil se couche, Viçouaniilra rafruichit sa barbe rayonnante.

VIDAR. Un des dieux secondaires de la mythologie Scandinave et le plus puissant de tous. Il écale pres(jue en force et en courage l'invincible Thor. Fils d'OJin, il tuera Fenris, lorsque le monstrueux animal aura mis en pièces le souverain des Ases et des hommes. Vidar préside au silence et à la discrétion. Chaussé de souliers de peau de buffie, il traverse les plaines du Gimle, les airs, les mers et la terre sans être entendu.

VITZliIPdliVZI ou VITSIilBOCnTliI. Le soleil personnifié, le dieu de la guerre au Mexique. On ne doit pas s'étonner de voir ce dernier rôle attribué au soleil. Le feu, élément essentiellement actif et énergique, affecte ce caractère terrible et sombre dans la plupart des religions. Siva, dans l'Inde, est à la fois créateur et destructeur; Fta, en Egypte, n'est pas toujours bienfaisant; Mars fut primitivement identique à Vulcaiu, etUésus,dans les Gaules, correspond, sous ce point de vue, au Mars des Grecs et des Latins. — Vitzlipultzi joue un grand rôle dans l'histoire primitive des A2tè(|ues. C'est lui qui promet aux Mexicains la possession du pays auquel ils donnent ensuite leur nom; lorsqu'il les envoie à la conquête de la terre promise, c'est lui qui précède leur année dans un coffre de roseaux nattés porté par quatre |irêtres ; il leur donne le signal du campement et du départ, rend des oracles, dicte lui-même son culte , désigne ses adorateurs, établit les cérémonies religieuses , enjoint à son peuple de laisser, après chaque station, sur le lieu où s'esl reposée l'arche sainte, les vieillards et les infirmes pour y fonder des colonies. Lorsque les Mexicains s'impatientent, murmurent, refusent de marcher plus loin, il ranime leur

courage par d'éclatants miracles , et apparaît on songe a un de SCS prêtres, auquel il ordonne de dire à son peuple qu'il doit s'arrêter enfin et s'établir sur un lac, à l'endroit ou l'on trouvera un aigle tenant un serpent (ou un oiseau) et perché sur un figuier enraciné dans le roc. Mexi, le chef du peuple émigrant , arrive enfin sur les frontières de la terre de promission. Vitzlipultzi le conduit à la victoire et disperse devant lui les Navaltécas, qui avaient eux-mêmes enlevé le pays aux sauvages Chichimécas. Les Mexicains rencontrent ensuite l'aigle et le figuier, y jettent les fondements de la grande ville de Ténochlillan (Mexico), et, obéissant à un nouvel avertissement du dieu, la divisent en quatre quartiers et placent au centre l'arche nationale.

Vilzlipullzi devait le jour à la vertueuse Koatlikoé, qui habitait Koalepek, dans le voisinage de Toula. Elle le conçut miraculeusement d'un bouquet de plumes qui voltigeait dans l'air et qu'elle déposa sur son sein. Ses fils, les Ceutsonhouilsnahouis, irrités de cette inexplicable grossesse qui déshonorait la famille, et excités par leur sœur Koïolklia&uqui , résolurent de la tuer. « ^'e crains rien, ma mère, lui dit le dieu qu'elle portait dans son sein; moi, ton fils, je sauverai ton honneur et ta vie. » Déjà, pourtant, le glaive parricide était levé sur elle, Vilzlipultzi apparut tout à coup armé de pied en cap, le visage courroucé, mit à mort les frères impies, sans épargner Koïolkhaouqui, pilla leur maison, et déposa le trésor aux pieds de sa mère. — C'est à Mexico surtout que ce dieu était adoré. Le téocalli (maison de Dieu) qui avait été érigé en son honneur, était une immense pyramiile tronnuée au sommet de laquelle on montait par un escalier qc cent vingt degrés, qui occupait tout un des côtes. Sur la plateforme, pavée de carreaux de jaspe de différentes couleurs et environnée d'une balustrade élégante, s'élevait une chapelle couverte d'un toit de bois précieux. Là, sur un trône soutenu par un globe d'azur, placé lui-même sur un autel entouré de rideaux, apparaissait Vilzlipultzi, coiffé d'un casque de plumes de diverses couleurs ; son visage affreux et terrible était encore défiguré par deux raies bleues, l'une sur le front, l'autre sur le nez; sa main droite s'appuyait sur un bâton en forme de couleuvre, et, dans la main gauche, il portait quatre flèches et un bouclier couvert de cinq plumes blanches disposées en croix. Dans une autre chapelle de la même grandeur, placée à gauche de celle-ci, on voyait le dieu 'l'ialoch (voy. ce mot), dont le culte se confondait avec celui de Vitzlipultzi. Quelques auteurs donnent à ce dieu des pieds de chèvre et des ailes de chauve-souris. D'autres disent qu'au lieu de nombril il avait une tête de lion. Son téocalli était environné d'une vaste enceinte carrée dans laquelle, selon Fernand Corlez, aurait tenu à l'aise une ville de cinq cents maisons. Cctlc enceinte était fermée d'un mur de huit pieds de hauteur, couronné de ser^ients sculptés, ce qui lui avait fait donner le nom de Coatépantli (muraille des serpents). On y pénétrait par quatre portes répondant aux quatre points cardinaux. Le sanctuaire de Vitzlipultzi occupait le rez-dechaussée du téocalli ; on y entretenait un feu perpétuel dans deux réchauds de cinq pieds de haut. L'enceinte contenait une multitude d'autres temples et plus de six cents feux sacrés. On y voyait aussi des maisons de retraite, où se retiraient l'empereur et les grands pour prier et jeûner à certaines époques de l'année, un très-bel élifice où l'on hébergeait les étrangers de condition, des étangs où les prêtres se baignaient, des fontaines sacrées, des volin-es pour les oiseaux destinés aux sacrifices, des jardins pleins (le fleurs pour la décoration des autels, un bois avec des collines artificielles, des val'ées, des cascades, des précipices, une maison en forme de cage où les Mexicains retenaient prisonnières les idoles des nations vaincues, des édifices où étaient entassées les têtes des victimes sacrifiées, rangées symétriquement sur des perches ou fixées autour des parois , où elles représentaient des figures bizarres et monstrueuses. Le plus grand de ces édiiices, appelé lluitzompan, était un énorme môle de terre, de forme carrée, surmonté de soixante-dix poteaux reliés par des perches couvertes de têtes. Aux quatre coins de cette pyramide s'élevait une tour construite d'ossements assujettis avec de la chaux. C'est ce monument qui, d'après l'éva-

luation, d'ailleurs bien exagérée, de certains auteurs, renfermait cent trente-six mille têtes de victimes humaines. Mexico, comme on le voit, était une ville sacerdotale dans toute l'acception du terme. Elle contenait, dit-on, deux mille temples et trois cent soixante téocalli ; mais ici, comme tout à l'heure, nous devons nous mettre en garde contre l'exagération.

La vie monastique occupait une large place dans les monirs mexicaines. Mexico possédait des couvents de filles et de garçons. Les jeunes gens y entraient dès l'âge de sept ou nuit ans, et n'en sorl.iient que pour se marier. L'âge prescrit pour l'admission des jeunes filles était de douze à treize ans; elles quitt.iient aussi le couvent pour se marier, l'taieiit vêtues de blanc et prenaient le nom de Fillfs de la pinitcncc L'entréi' en religion avait lieu ordinairement par suite d'un vœu fait par les parents. Les historiens se sont plu à donner aux religieuses mexicaines le nom de vestales. Mais ce nom, auquel se rattache l'idée de chasteté et de virginité, n'a jamais été plus mal appliqué. — Décrivons maintenant la fête de Vitzlipult2i. On la célébrait au mois de mai. Dés l'avant-veille, deux vestales pétrissaient, avec de la farine de maïs et du miel, uue statue du dieu, que l'on parait avec magnificence. Le jour de la fête, aux premiers rayons du soleil , les vestales, qui, dans celte solennité, prenaient le titre de sœurs de Vitzlipultzi, montaient deux à deux sur le téocalli, ornées de plumes, de couronnes et de bracelets de maïs ; elles enlevaient de la chapelle la statue du dieu et la déposaient sur un brancard; des jeunes gens la descendaient au pied de la pjTainide, et le peuple venait en foule l'adorer en se jetant de la terre sur la tête. Une grande procession se dirigeait ensuite vers le mont Chapultépéque ; les prêtres faisaient un sacrifice ; on rentrait dans la ville, et l'idole de Vilzlipultzi était hissée sur le téocalli, au moyen de cordes et do poulies et au bruit des instruments de musique. Le peuple alors redoublait de ferveur et jonchait le sol de ileurs et de verdure. Les vestales présentaient aux prêtres des morceaux de la pâte qui avait servi à faire l'image du dieu, et ces morceaux avaient la forme d'os humains disposés en croix. Les prêtres bénissaient ces saintes reliques ; les vestales dansaient et chantaient des hymnes ; on immolait les victimes, et chaque assistant recevait un morceau de la pâte consacrée , qu'il mangeait avec la ferme persuasion de manger le corjis même de Vitzli- ]iultzi.

V01(A. On a donné à une prophétesse Scandinave ce nom, qui était la dénomination générique de toutes les sibylles duNord. Les uns font venir ce mot du Scandinave vol, plainte, et d'autres de l'étrusque vola, la paume de la main. On sait, en effet, que les Etrusques donnaient à leurs villes saintes le nom de Vola. Uue des parties les plus fameuses de VEdda est intitulée Voluspa, c'est-à-dire parole de la Vola.

VOTAW. Dieu ou héros américain, qui nasse pour le père des Chiapanésieus. Il était, dit-on, chef cle vingt hommes illustres qui donnèrent leur nom aux vingt jours du mois. Votan, par l'ordre de son oncle, bâtit une tour qui devait monter jusqu'au ciel, et fut chargé par dieu de diviser le pays d'Anahuae. La dernière partie de cette tradition rappelle la tour de Babel el le partage du inonde entre les Noachides. Il faut aussi remarquer qu'Odin, le dieu suprême des Scandinaves, portait le nom de Votan ou Voilon.

VRIHASPATI est, dans la mythologie hindoue, le dieu de la planète Jupiter. Il préside ;iu cinquième Souarga (ciel). Tchandra, le dieu de la lune, lui enleva sa femme, qu'il rendit mère de Boudha, dont Vrihaspati devint le Gourou (instituteur). (Voy. Bouddha.)

VRIKCHA. tJéant qui, à force d'austérités , obtint de Siva une force dix fuis plus grande que celle qu'il avai d'abord, et le don de changer en cendres tout ce qu'il toucherait. Le privilège vous paraîtra peut-être exagéré, mais vous comprendrez la munificence du dieu, lorsque vous saurez que Vrikcha avait en son honneur déchiré son corps en lambeaux et détaché sa tête de ses épaules pour la jeter dans un brasier. Il y avait là certainement de quoi décourager tous les pénitents de la Thébaïde, qui pourtant n'y

HO

allaient pas, dil-on, de main morte. Malheureusement, on peut être dévot sans être sage. Vrikcha nous en offre la preuve, et il trouve son pendant en Midas, qui avait obtenu le don de changer en or tout ce qu'il toucherait. Midas en fut quitte pour des oreilles d'âne; le gi'ant hindou fut moins heureux. Enorgueilli de sa puissance nouvelle, il veut, comme le serpent de la fable, en faire l'essai contre son bienfaiteur. Siva s'esquive ; Vichnou, pour sauver de ce mauvais pas son confrère trimourtique , prend la forme de Parvati-Bhavani et se présente aux regards de Vrikcha. Voilà notre pénitent amoureux ; le cœur lui rnanque, la tète lui Lrùle ; la déesse lui jure qu'elle hait Siva, Siva ivrogne , laid el toujours entortillé de serpents, et

3u'en revanche, elle adorel'invincible Vrikcha. « Comment onc, réplique le géant, as-tu consenti à le prendre pour époux? — C'est qu'il danse à ravir, répond l'artificieuse Parvati ; j'oublie sa laideur ouand je le vois livré à cet exercice, une indescriptible beauté rayonne alors dans toute sa personne. — 0 fille de l'Iliniavan, enseigne-moi cette danse qiii t'a séduite ! que Siva n'ait pas sur moi cet avantage ! » Et Parvati de danser, et le géant d'imiter ses pas et ses gestes. La présence de la déesse l'enivre ; il ne voit qu'elle ; le monde entier a cessé d'exister pour lui ; Parvati, au milieu de ses gracieuses évolutions, recourbe ses bras charmants, les arrondit de mille et mille manières; Vrikcha fait comme elle; la déesse tout ii coup pose sa main sur sa tête, le géant obéit au mouvement perfide; il avait oublié le privilège même qu'il venait de recevoir de Siva, el son corps n'est plus qu'un monceau de cendres.

XIXOUTROK, XI^UTRUS Ou XISITURUSS.

Jules Africain, Abydéne et Apollodore mentionnent, d'après Bérose, dix l'atriarchcs antédiluviens, dont les règnes, suivant ces deux derniers auteurs, forment un total de cent vingt sares (quatre cent trente-deux mille ans). Xixoutros, lils cl successeur d'Otiartès, fut le dixième de ces patriarches. Pendant son régne eut lieu le déluge. Voici les détails que Bérose nous a transmis à ce sujet. Kronos apparut en songe ;i Xixoutros, l'avertit que le

Quinzième jour du mois Dœsios, le genre humain serait étruit par un déluge et lui ordonna ilc mettre par écrit l'origine, l'histoire et la fin de toutes choses, etd enterrer cet écrit dans Siiqiara, la ville du soleil. Il lui ordonna en outre de construire un vaisseau, d'y réunir toutes les provisions nécessaires, d'y renfermer des oiseaux et des quadrupèdes, cl d'y entrer lui-même avec ses parents et ses amis. Si on vous demande où vous allez avec votre vaisseau, lui dit ensuite Kronos, vous répondrez : Nous

allons vers les dieux, pour les prier de rendre le genre humain heureux. Xixoutros se mil à l'œuvre et construisit un vaisseau long de cinq stades et large de deux. Le déluge étant venu" et ayant cessé peu de temps après, Xi.xoutros lâcha certains oiseaux qui, ne trouvant aucune nourriture, ni lieu pour s'appuyer, revinrent bientôt au navire. Quelques jours après, il en lâcha d'autres qui revinrent avec un peu de boue aux pattes. Il les lâcha encore une troisième fois, et, ne les voyant plus revenir, il en conclut que les eaux étaient écoulées. Il fît alors une ouverture sur un des côtés du vaisseau, vil qu'il s'était arrêté sur une montagne, en sortit avec sa femme, sa fille et le pilote du navire, adora la terre, érigea un autel, offrit un sacrifice aux dieux et disiiarut avec les trois personnes qui l'avaient accompagné. Ceux qui étaient restés dans le vaisseau, inquiets de leur longue absence, les cherchèrent de tous côtés sans pouvoir l'es trouver, mais une voix, qui paraissait sortir du ciel, leur ordonna d'être religieux el leur apprit que la piété de Xixoutros l'avait fait transnorler dans le séjour des dieux avec sa femme, sa fille cl le pilote. Vous, continua la voix, vous êtes maintenant en Arménie; allez au lieu où fut Sippara, déterrez les livres saints que Xixoutros y a déposés, faites-en part au genre humain, bâtissez Babylone el adorez! Nous ne pouvons entrer ici dans des discussions scientifiques. Nous ferons remarquer seulement la ressemblance frappante de la tradition chaldéenne avec la tradition des Hébreux originaires de la Chaldée. Les Hébreux, en effet, comptent, comme Bérose, dix patriarches antédiluviens, dont Noé ferme la série. Si, de plus, comme on y est fortement autorisé, on prend le Sare pour la fameuse période de 222 ou 225 mois lunaires, établie par les Chaldéens pour faire concorder les révolutions de la lune et du soleil, les 120 sares des patriarches chaldéens donneront un total de 2,222 ans, ce qui se rapporte parfaitement à la chronologie des septante, qui place un intervalle de 2,242 ans entre la création d'Adam cl le déluge.

"l'AUMCi-COOMPOSI. L'être suprême chez les habilants de la Cùtc-d'Or. Lorsqu'il tonne, dit William Hutton {Voyafie en Afriqtic), c'est Yaung-Coompon qui se promène en voilure dans les airs. Ses prêtres, appelés hommcsfélichcs, sont des sorciers cl des jongleurs d'une immoralité dégoûtante. Ils offrent leurs sacrifices en cassant des œufs (ju'ils laissent par terre, et qu'ilsconsacrentâ celui de leurs fétiches qu'ils ont voulu honorer. Souvent ils attachent une pierre à une ficelle el la laissent sur la voie publique; cette pierre alors est une divinité; quelquefois les nègres sculptent en bois une image grossière, l'alta-

in

chent à leur porte et viennent tous les matins lui rendre leurs devoirs religieux. Leurs temples consistent en cabanes de branches et de feuilles, dans lesquelles ils déposent des œufs, des pierres et des vases de terre en invoquant Yaung-Coompon avec des gémissements et en invoquctnt leur père (Majeh) ou leur mcre (Minnach). Les divinités, d'ailleurs, varient selon les localités. .\ Dixcove, on adore surtout le crocodile; à Accra, la hyène; à Dahomey, le serpent. Le vautour est honoré sur toute la côte. Les sacrifices humains forment une partie importante des cérémonies religieuses, et solennisent la mort des rois et des grands "personnages. Dans le royaume d'Ashanti ou Achanli, des centaines et quelquefois des milliers de malheureux sont immolés dans les mêmes circonstances ou à la saison des ignames. .\ Dahomey, on a vu soixantecinq personnes torturées et mises en pièces au commencement de la récolte. Souvent aussi, on empale une Vestale pour obtenir des dieux une navigation favorable sur la rivière et l'activité des relations commerciales. M. Bowdich décrit ainsi le sacrifice d'un homme à Coomasie. Cet infortuné avait les mains liées derrière le tlos. Un couteau traversait ses joues; on portait devant lui une de ses oreilles; l'autre ne tenait plus à sa tète que par un filet de chair; son dos n'était qu'une plaie; un coutelas traversait chacune de ses épaules, et des hommes, coiffés d'immenses ciiapeaux de peau noire, le conduisaient avec nue corde passée dans ses narines. Des tambours précédaient le cortège. L". fête du mois d'Adai, au commencement de janvier, est particulièrement célèbre par les sacrifices humains qu'elle exige. M. Hutchinson, chargé des intérêts britanniques à Coomasie, raconte que, pendant dix-sept jours, le roi de cette contrée fil tomber des centaines ou des milliers de têtes sous le couteau sacré, pour rendre la divinité propice à sa mère et à deux de ses sœurs mortes depuis qu'il était sur le trône. La musique accompagnait le barbare sacrifice; lorsqu'elle s'arrêtait, un bruit strident de cornets retentissait, et la foule répondait : Mort! mort! mort!

Les Ashantèes croient à l'immortalité de l'âme, mais ils n'admettent point d'enfer. Yaung-Coompon les protège on les punit pendant celte vie; mais, dans l'autre monde, il se contente d'avoir des rapports avec des personnages éminents, auxquels il accorde, comme sur la terre, pleine autorité sur les hommes vulgaires qui coulent dans les cabanes des fétiches une vie faible, languissante, et, pour ainsi dire, somnolente. (Voy. E^FER.) Terminons en rapportant la tradition sans doute assez moderne de ces peuples, sur l'origine de l'espèce humaine. Dieu, disentils, créa trois hommes noirs et trois hommes blancs, à chacun desquels il donna une femme de sa couleur. Il leur laissa la faculté de choisir le bien ou le mal, et fit placer sur le sol, d'un coté une énorme calebasse, et de l'autre un papier plié et cacheté. Les hommes noirs curent le privilège de choisir les premiers ; ils prirent la calebasse, qu'ils supposaient pleine d'une multitude de choses précieuses. Il n'y trouvèrent qu'un morceau d'or. un morceau de fer et plusieurs fragments d'autres métaux dont ils ignoraient l'usage. Les hommes blancs, à leur tour, décachetèrent le papier plié et y apprirent toutes les sciences. Dieu nlors laissa les hommes noirs dans les bois et conduisit les blancs du côté de l'eau. Chaque nuit, il communiquait avec ces derniers ; il leur conseilla enfin de construire un petit navire, qui les conduisit dans un autre pavs, qui pourtant était encore une portion de l'Afrique, à'où ils ne revinrent qu'au bout d'une très-longue période.

YIHER. Au milieu du Nillheim (mont des nuages) se tient le daim colossal Eskthirnir, et de sa corne puissante s'échappe la fontaine Houergelmer, qui donne naissance à tous les fleuves. Ces Ueuves ne tardèrent pas à se glacer ens'éloignant de leur source; les gouttes empoisonnées qui tombaient du front du daim se congelaient elles-mêmes en roulant dans l'espace, et le vide (Ginnoungaga) se trouva couvert de montagnes de glace. Au milieu de cette croûte épaisse étaient les nuages ou le Nillheim, et à l'extrémité le feu ou Muspelheim (mont de feu). Un vent chaud, venu de celte dernière partie du monde, fil fondre

peu à peu les montagnes, et de l'eau qui en découlait se forma un géant androgync d'une grandeur prodigieuse, nommé Ymer. La vaeiie primordiale Audoumbla 'naquit bientôt delà même manière, et de ses mamelles énormes sortaient quatre grands fleuves de lait qui servaient de nourriture à Ymer. Quant à la vache, elle se nourrissait en léchant les blocs ramollis couverts de givre et de sel. Après les avoir ainsi léchés tout un jour, elle y vit poindre des cheveux ; le lendemain une tête entière, et le surlendemain un homme beau, jeune et vigoureux nommé Bure. Ymer, accablé par un sommeil invincible, s'étant ensuite endormi, une sueur abondante mouilla tout son corps; de son bras gauche naquirent un homme et une femme, souche de la race des géants appelés Rinthoussar ; de ses deux pieds sortit un autre géant plein de sagesse, tige d'une autre race. Un de ces géants, Aourgelmer (extrêmement vieux), fut père de Throudgelmer (robuste-vieux). Un aulre, Berglhorer, donna le jour à Belsla, qui épousa Bore, fils de Bure, et mit au monde Odin, Vile et Vé. Ceux-ci se liguèrent un jour contre Ymer, le tuèrent, roulèrent son corps au bord de l'abimeet l'y précipitèrent. La terre fut formée de sa chair ; les eaux et les fleuves de son sang; la mer de son bassin; les montagnes de ses os ; les rochers de ses dents ; les nuages de sa cervelle ; la voûte du ciel de son crâne, dont quatre nains furent chargés de supporter l'énorme fardeau. Avec ses sourcils, les dieux, fils de Bore, bâtirent ensuite dans le Gimie la forteresse de Midgard, deslinée à repousser au besoin les attacjues des géants issus d'Ymer. Ils en avaient, il est vrai, noyé la plus grande partie dans le sang de leur père, mais Uun d'entre eux. Bergelmer (montagne vieille), fils de Throudgelmer, s'était sauvé avec sa famille dans une barque, et avait perpétué la race des géants de la gelée. Celle cosmogonie, si sauvage à la fois et si grandiose, louche aux religions orieiitales. C'est d'abord le feu, principe actif et fécondateur, ((ui dote la terre humide de sa première création ; vient ensuite la vache Audounibla, ([ui rappelle le taureau Aboudad de la Perse et la vache hhamadéuou des Indiens. Le corps et le crâne d'Ymer, qui servent à former la terre et le ciel, offrent un rapport frappant avec l'œuf des cosmogonies orientales. Le sang du çéant enfin noyant toute sa race, à l'exception d'une famille qui se sauve dans une barque, reproduit dans la Scandinavie la grande tradition du déluge.

Z.4HBI. Dieux des habitants du Congo, dontles images portent le nom de Mokissos. (Voy. ce mol.) Au-dessous'du Cliilomé, leur souverain pontife, se rangent les prêtres supérieurs ou Atombalas, qui commandent les uns aux vents, les autres à la pluie, qui ensorcellent les eaux, qui

inénie se vaillent de rcssiiscitev les morts, et les Nquil, confrérie sacrée qui vit au fond dos forêts et s'y livre à toutes sortes de superstitions. Le Cliitomé reçoit une dime qui se compose des prémices de tous les fruits de la terre. Un feu sacré est perpétuellement entretenu dans sa demeure. S'il vient à tomber malade, on l'assomme, parce 3ue, s'il mourait de mort naturelle, le pays serait frappé es plus grandes plaies. Les missionnaires n'ont fait que de faibles progrés parmi les Congues. Ils n'ont pu les détacher de leurs fétiches, même en faisant rôtir et en mangeant devant eux un de leurs boucs sacrés. Quant à la prétention des Atombalas de ressusciter les morts, les missionnaires assistèrent à une de leurs opérations et virent le cadavre remuer les lèvres. Il rendit même des sons inarticulés. Les bons pères expliquèrent sans hésiter ce miracle par l'intervention du démon. N'est-il pas plus naturel de penser que le sacerdoce congue connaît le galvanisme?

XEMBKIVO ou DISATOU. Un des Bourkhans femelles des Kalmouks. Cette divinité n'a pas moins de trois cent soixante-dix mains.

XÈHEfS. Anciens dieux des habitants des Antilles,

Sui les représentaient en général sous des formes hideuses, n leur offrait des gâteaux, des fruits, des Ueurs, du tabac, et on accomplissait en leur honneur des processions dans lesquelles flguraient les Incas, et où les lilles marchaient dans une nudité complète. La fêle était accompagnée de danses sacrées, pendant lesquelles les insulaires chantaient des hymnes patriotiques. Les prêtres des Zemes rendaient des oracles, et distribuaient aux assistants les gâteaux offerts à leurs dieux, dont le moindre fragment était regardé comme un préservatif contre tous les maux. Les dévots ne s'approchaient de la statue d'un Zérae qu'après s'être enfoncé une baguette dans le gosier pour provoquer des vomissements.

KÉ!¥ITCH. Dieu slave adoré à Novgorod. Il passait pour le feu vital, et son nom semble sigùilier le destructeur (zniszeze, détruire). C'est ainsi que Siva, aux Indes, est tout à la fois le feu qui crée et le feu qui détruit.

ZEOU, et, avec l'article égyptien, PI-ZEOU. Dieu dynastc qui parait présider à la planète Jupiter. Guigniaut croit qu'il ne diffère point du Soou, Sou ou Gaou, lu sur les m(muments par Cnampollion, qui le prend pour Sem, Djom ou Klion, l'Hercule égyptien. Quant au nom même de Zeou, qui ne diffère point sans doute du Zeus grec, il n'a point été retrouvé sur les monuments.

a!EKllI,4ft;ijA. Le dieu de l'hiver dans la mythologie des anciens Slaves. On le représentait avec un manteau de neige bordé de givre, une haleine de glace et une couronne de grêle.

ZERVAIVE AKÉRËWE, c'est-à-dire le temps sans bornes, est le dieu suprême de la religion zoroastrienne. 11 correspond au Sarvam-Akiaram de l'Inde, dont le nom a la même signilication. (Voy. Obmouzd.)

XHRAl.1^ ou DHRAIili. Dieu .Scandinave, fils d'Heimdall. Heimdall a trois fils, Zhrall, Asi, Fadir, qui eux-mènies donnent naissance à Aï, Karl, larl ou Rigr. Ces trois petits-fils d'Heimdall sont eux-mêmes pères chacun de douze fils. Ceux d'Iarl sont la tige de la caste noble; ceux de Karl, de la caste libre, et ceux d'Aï, de h caste des esclaves. C'est là parmi tant d'autres un grand trait de ressemblance entre la religion Scandinave et celles de l'Inde, de la Perse, etc.

Nota. — On trouvera au mot Teus.\b-Poiilat l'article Nains,

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