‹ La mythologie (volume 2)Chapitre 13 sur 77 · L OCÉAN ET THÉTIS · texte numérisé non relu

L OCÉAN ET THÉTIS

L'Océan, le plus grand des dieux de la mer après Neptune , eut pour épouse Thétis , sa sœur , qui , mûre de Nérée et de Doris, est Taïeule de la jeune Thétis. Jupiter s'éprit de la beauté de cette dernière ; mais le Destin lui ayant révélé qu elle donnerait le jour à un fils qui effacerait la gloire de son père , il renonça à son amour et la maria à Pelée ; elle mit au monde Achille, dont on lui avait prédit et les exploits et la mort sanglante. Pour préserver son fils d'un si funeste sort , Thétis le trempa dans Tonde du Styx en prononçant la puissante formule qui conférait l'immortalité. Mais elle le tenait par le talon , et l'invulnérabilité ne fut pas complète. Pelée, abandonné parla déesse, confia l'éducation de son fils à Chiron; et voici en quels termes Achille raconte lui-même sa vie près du Centaure :

Quand , du sein maternel , porté dans ce séjour Où mes premiers regards se sont ouverts au jour. Ce vieillard vertueux , qui m'a servi de père , Eut daigné m'accueillir, on dit qu'un soin sévèn» De ma bouche écarta ce nectar nourricier, Doux tribut qu'une mère aime tant à payer.

Et tous ces aliments , vulgaire nourriture ,

Qu'offre aux faibles humains Tindulgente nature ,

Aux cris de mes besoins sans cesse renaissants ,

Ni Cérès, ni Bacchus, n'apportaient leurs présents,

Mais des lions, des ours, mes lèvres dévorantes

Suçaient le sang , pressaient les chairs encor vivantes ;

Et ce repas sauvage, il fallait l'acheter !

Sur les pas du Centaure , il fallait affronter

D'une mer en courroux l'effrayante menace ,

Le fracas d'un torrent qui, sur des monts de glace,

De rochers en rochers , tombe , écume et mugit ;

Rire au tigre qui gronde, au lion qui rugit;

Ou seul , d'une forêt profonde , spacieuse ,

Contempler sans pâlir l'horreur silencieuse.

D'une armure, bientôt, mon corps soutint le poids.

Mon bras un bouclier, mon épaule un ran|uois ;

Bientôt je marchai ceint de ma première épée ,

Et je la rapportai d'un noble sang trempée ;

Je bravais des saisons les outrages divers.

L'air brûlant des étés, la glace des hivers.

Sur un lit de duvet, bercé par la mollesse,

Jamais un doux concert n'endormit ma paresse :

Sur la pointe d'un roc j'aimais à sommeiller.

Et le bruit des torrents ne pouvait m'éveiller.

Ainsi coulaient, pour moi, les beaux jours de l'enfance

Ainsi je préludais à mon adolescence.

J'appris alors à vaincre un coursier indompté :

Sur sa croupe rebelle avec orgueil monté ,

Tantôt je devançais les cerfs ou le Lapilhe

Qui , d'un pas effrayé , précipitait sa fuite ;

Et tantôt je suivais, d'un élan aussi prompt,

Le vol d'un trait ailé qu'avait lancé Chiron.

SouvonI , dans la siiison au repos consacrée ,

Quand du fleuve cMigourdi le souHlo de Boréo

A |MMno avait fixé le (Tîstal frémissant , Un regard de Chiron sur ce miroir glissant M'ordonnait de courir, sans que mon pas agile Bleânât, en Teffleurant, son écorce fragile. C'étaient là mes plaisirs; dirai~je mes combats. Mes dangers , Pélion dépeuplé par mon bras , El ces bois étoimés de leur vaste silence? Je n'aurais point osé déshonorer ma lance En frappant ou le lynx qui me voit, tremble et fuit, Ou le c«rf innocent qu'effarouche un vain bruit : Il fallait braver l'ours à la forme effravante ,

Le sanglier armé de sa dent foudroyante ,

D'un carnage récent le tigre ensanglanté ;

Ce n'était rien : d'Alcide émule redouté ,

Il fallait terrasser une lionne mère.

De son corps hérissé défendant son repaire.

Roulant d'un air affreux ses regards menaçants,

Épouvantant l'écho de ses rugissements ;

Enfin l'âge m'ouvrit une digne carrière :

J'appris, je dévorai la science guerrière :

Tous les secrets de Mars furent bientôt h*s miens :

Bientôt je maniai l'arme des Péoniens ,

{jc dard que , d'un bras sûr, lancent les Massagètes .

El le fer recourbé qu'ont inventé les Gèles ,

El l'arc, dont le Gélon marche toujours armé.

Aux jeux sanglants du ceste enfin accoutumé,

J'aurais pu défier le Sarmate intrépide.

J'appris jus(}u'à cet art vulgaire, mais perfide .

De lancer un caillou qui, trois fois balancé,

S'(»chappc, sitlle, et vole au but qu'on a lixé.

Mais, tout récents qu'ils sont, à peine ma mémoire

Peut rappeler, vous-même à peine pourriez rroin»

A quels travaux divers je me sui> exercé.

Chiron parle, et soudain d'un immense fossé

Mon vaste élan franchit et joint les deux rivages;

Chiron parle , et courant sur ces rochers sauvages

Où croit la ronce, où vit le repUle odieux.

Je m'élance au sommet d'un mont voisin des cieux,

Aussi rapidement que je rase une plaine.

D'un éclat de rocher, qu'il soulève avec peine ,

Chiron arme sa main, me défie au combat,

Il le lance; j'attends, intrépide soldat,

Et sur mon bouclier solide , impénétrable ,

Je reçois, en riant, le choc épouvantable.

J'arrête, seul, à pied, quatre coursiers fougueux

Faisant, d'un vol égal, rouler un char poudreux....

Chiron, qui daigne aussi cultiver ma mémoire,

Aux talents d'un soldat ne borne point ma gloire :

Il m'explique le monde, et les ressorts divers

Par qui tout est, se meut, agit dans l'univers ;

Des peuples, avec lui, déroulant les annales,

J'y vois leurs mœurs, leurs lois, leurs discordes fatales.

Leurs succès, leurs revers et leur chute... j'apprends.

Mais pour I(»s détester, les noms de leurs tyrans.

Sa prudence a voulu m'initier encore

Aux utiles secrets que le dieu d'Ëpidaure,

Pour le soulagement des malheureux humains,

A confiés, dit-on, à ses savantes mains.

Il m'apprend , et lui-même est mon premier modèle,

A consulter toujours la justice éternelle,

A dompter mon orgueil et mon ressentiment,

A ne trahir jamais les lois ni mon serment,

A choisir mes amis, à leur être fidèle;

A chérir ma patrie, à m'immoler |)our elle;

Surtout à révérer, par de pieux tribuls.

Le ciel qui fait, soutient, couronne les \erlus.

LrcE DK Lancivai-, Achille à Sn/ros, chant ii.

LA MYTHOLOtilK.

RITON, PROTÉE, PORTUMNUS, GLAU- CUS, ÉOLE, LESSYRÈiNES,CHAnYBDE ET SCYLLA, CIRCÉ, LES HARPIES.'

Nous avons parlé ailleurs de toutes ces divinités , {Di composaient la cour de Neptune. Nous n'en dirons ici que peu de mots.

Triton , fils de Neptune et de Salatia , avait la Içare d'un homme jusqu'à la ceinture, et le reste do corps terminé par une double queue de poisson. Il précédait le char du dieu îles mers en sonnant de bconque. Les Tritons, ses 6\n , lui ressemblaient.

Protée, fils de l'Oiéan et de Tliétis, était le gar- •iifii des troupeaux de Neptune. Il lisait dnns l'avo-

1 j.' I \ M^ TIIOLOlill-:

ilir; mais, pour obtenir de lui la moindre revclali» il fallait lui faire violence. Le berger Aristée, ay perdu ses abeilles, pria sa mère Cyrène de Taid réparer ce malheur, et elle lui répondit :

Protée, ô mon cher Bis, peut seul Gnir tes maux. C'est lui que nous voyons , sur ces mers qu'il habite , Atteler à son char les monstres d'Araphitrite. Pallènc est sa patrie; et, dans ce même jour, Vers ces bords fortunés il hâte son retour. Les Nymphes, les Tritons, tous, jusqu'au vieux Nérée Respectent de ce dieu la science sacrée. Ses regards pénétrants, son vaste souvenir, Embrassent le présent, le passé, l'avenir; Précieuse faveur du dieu puissant des ondes, Dont il paît les troupeaux dans les plaines profondes. Par lui tu connaîtras d'où naissent tes revers. Mais il faut qu'on l'y force en le chargeant de fers. On a beau l'implorer; son cœur, sourd à la plainte, Uésisto à la prière et cède à la contrainte.

Je guiderai les pas vers une grotte sombre ( )ù sommeille ce dieu sorti du sein des flots. Là , tu le surprendras dans les bras du repos. Mais à peine on l'attaque, il fuit, il prend la forme D'un tigre furieux, d un sanglier énorme; Serpent, il s'entrelace; et lion, il rugit; C'est un feu qui pétille , un torrent qui mugit : Mais plus il t'éblouit par mille formes vaines, Plus il faut resserrer Tètrointe de tes chaînes, Kedoublor tes assauts, épuiser ses secrets. Et forcer ton captif à reprendre ses traits.

ViRGn.R. iraduction (h Delille.

l^ortuiDDua ou Palémon veillait sur tes ports. Il s appelait d'abord Mélicerte. Ido , sa mère, troisième épouse d'Athamas, roi de Thèbes, accabla de sa haine Phryius et Hellé, enfants qu'Athamas avait eus d'une autre union. Ils s'enfuirent, emportant avec CQj un superbe bélier dont la toison était d'or. Hellé se noya dans la mer qui reçut le nom d'Hellespont, Phryxus, arrivé en Golchîde, sacrifia à Mars son bélier , qui fut placé parmi les ^signes du zodiaque. Atliamas, regrettant i> la fois ses fils et son trésor, menaça luo et Méricerte , qui, pour lui échapper, se précipitèrent dans les tlots. Ino, admise au nombre des divinités marines, prit le nom de Leucothoé, et Mélicerte celui de (*alémnii, ijue les Romains changèrent un celui de V^ortumnus.

12i LA MYTHOLOGIE.

Glaucus , pécheur d'Aultrioiie, en Béotie, remarquant un jour que des poissons qu'il avait jetés sur l'herbe s'élançaient aussitôt dans l'eau , s'avisa de manger de cette herbe , et sauta aussi dans la mer. Les dieux marins l'admirent parmi eux.

I<)ole, dieu des Vents, régnait dans les ties Vulcanies et était soumis à Neptune , qui lui ordonnait de donner la liberté aux Vents ou de les rappeler dans leurs cavernes.

Les Vents principaux sont :

Borée, qui vient du septentrion . Il enleva Orythie, iille du roi d'Athènes, et en eut Zétès et Calaîs, qui avaient des ailes et dont les épaules étaient couvertes d'écailies dorées, Auster est le vent du midi; Eurus, celui de l'orient^ Zéphire, le plus agréable et

le plus léger de tous les Vents, naît vers le couchant. Compagnon de T Amour, il a la figure d'un adolescent et les ailes d'un papillon.

Alcyone était fille d'Éole. Un jour qu'elle épiait le retour de son époux Céyx, elle aperçut son cadavre sur les dots. Elle s'élança aussitôt pour le rejoindre ; mais les Dieux, touchés de sa fidélité, la métamorphosèrent en oiseau.

Elle frappe les airs de ses ailes naissantes ,

Oiseau léger rasant les vagues blanchissantes ,

Elle exhale trois fois un cri plaintif et doux ;

De son flexible corps enlace son époux ;

Palpite , et sur son sein étroitement pressée ,

Joint son bec caressant à sa bouche glacée.

0 prodige ! il paraît s'animer de ses feux î

Ou Céyx a senti ces baisers amoureux ,

Ou par le choc des flots sa tète se soulève ! . . .

Il les avait sentis! le prodige s'achève.

Céyx renaît oiseau , s'élance dans les airs ,

Et, près de sa compagne, il plane sur les mers.

Destinés à s'aimer sous leurs formes nouvelles ,

A leurs premiers penchants ils sont toujours fidèles.

Sur l'onde, dans son nid, bercé pendant sept jours,

L'Alcyon couve en paix le fruit de ses amours.

Quand l'hiver règne encor, à l'abri de l'orage ,

Alors le nautonier s'éloigne du rivage.

Éole , renfermant les vents dans leurs cachots ,

Laisse ses petits-fils éclore au sein des flots.

Ovide, trad. de M. de Pongerville.

Les Syrènes étaient au nombre de trois : Leu

cosie , Ligée et Parthénope. Ces nymphes , compagnes de Proserpine , au moment de son enlèvement, demandèrent aux Dieux des ailes pour unir leurs efforts à ceux de Cérès. Puis, désespérées de l'inutilité de leurs recherches, elles se retirèrent sur les bords de la mer, au milieu des rochers,*où elles s'efforçaient de faire périr ceui qu'attirait la beauté de leurs chants. Le Destin avait annoncé qu' elles seraient changées en poissons de la ceinture au bas dés qu'un mortel parviendrait à résister à leur séduction. Ulysse accomplit cet arrêt. Il avait fait boucher les oreilles de ses compagnons avec de la cire et s'était fait attacher au mât de son vaisseau.

Charybde Fut tuée par Hercule , dont elle avait volé les bœufs , et devint une des divinités de la

Scylla , fille d'Hécate et de Phorcys , dieu marin , était une belle nymphe qui fut aimée de Glaucus. Gircé, sa rivale, empoisonna la fontaine où elle avait coutume de se baigner : à peine Scella se fut-elle plongée dans ces eaux dangereuses que sa forme changea : elle eut dix têtes, six queues, trois rangées de dents et douze bras armés de griffes. Elle prit en même temps fies instincts féroces : elle avalait des vaisseaux entiers , ii avait à sa ceinture des chiens sans cesse aboyants. Les nautoniers qui voulaient éviter Charybde étaient souvent entraînés dans le gouffre de Scylla. De là vient ce proverbe : tomber de Charfbde m Scylla.

Épouse d'un roi des Sarmates, Circé empoisonna la coupe nuptiale, et se réfugia sur un promontoire de la Campanie.

Fille de la Nuit et du Jour, Et favorite de sa mère , Par ses enchantements Circé Gt tour à tour Gronder les cieux , trembler la terre , Frémir la Nature et l'Amour, Et pâlir le front de son père.

Demoustier.

Les Harpies étaient des monstres qui avaient un visage de vieille femme , des ailes et un corps (!(» vautour, des oreilles d'ours et des griffes aux pieds et aux mains ; elles causaient la famine partout où elles passaient.

DIVIMTÉS DES ENFERS.

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