L ENÉIDE
Chargé de sauver les débris de Troie et d'accomplir Tarrét du Destin , Énée s'embarque avec une petite armée sur vingt navires , que Junon poursuit aussitôt de sa colère. Ëole , obéissant à la déesse , disperse la flotte et la menace d'une com-
plète destraction. Neptune parait , et les vents se taisent. Le (ils d'Anehise n'a plus autour de lui que sept de ses navires. Il débarque sur une terre înconnae , et Vénus lui apprend que le reste de sa flotte est en sûreté dans un port voisin. Suivi du fidèle Acheté, Énée, caché dans un nuage, se rend au palais de Didon , veuve de Sichée. Elle le reçoit au milieu de Carthage , ville naissante où s'élèvent déjà de somptueux édifices. On lui sert un festin splendide , et il fait à la reine le récit du siège de Troie et de ses aventures.
Après s'être arrêté en Thrace, à Délos, dans l'ile de Crète , en Épire , en Sicile , il a touché à Drépane et y a vu mourir Anchise. Il avait rendu à son père les derniers devoirs et faisait route vers l'Italie, lorsque la tempête l'a forcé de chercher un abri dans le port de Carthage.
Ainsi parle Énée :
La reine cependant, atteinte au fond de Tâme, Nourrit d'un feu secret la dévorante flamme : Le héros, sa beauté, j-on grand nom, sa valeur. Restent profondément imprimés dans son cœur; La voix d'Énée encor résonne à son oreille, Et sa brûlante nuit n'est qu'une longue veille.
L' Enéide, trad. par Delille.
Didon découvre sa passion à sa sœur Anne. Junon , en se montrant favorable aux projets d'union
LA MYTHOLOGIE. lil
de la reine , feint de protéger Énée , mais elle espère le soustraire ù ses glorieuses destinées; elle s'unit à Vénus pour faire triompher la passion du prince , et Didon commet une faute.
Jupiter, qui voit le héros enchaîné par T Amour, envoie Mercure pour lui ordonner de quitter Carthage et de se diriger vers T Italie, où rappellent les Destins. Énée est indécis ;
Mais soD esprit flottant se détermine enfin. II convoque les chefs, leur ouvre son dessein : Qu'on équipe la flotte et qu'on arme en silence ; Que d*un prétexte adroit la trompeuse apparence Colore les apprêts.
L Enéide, trad. par Delille.
Il S* agissait en effet de tromper Didon et de sortir sans violence d'un port que gardaient ses soldats ; mais la Renommée avertit la reine , qui accable Énée de reproches et cherche encore à le retenir. Vains efforts!... Il s'éloigne!... Alors Didon fait préparer un bûcher.
Dans un lieu retiré , mais ouvert au soleil ,
Des rameaux du sapin, des longs éclats du clu^no.
On forme le bûcher; il s'élève, et la reino
Du sacrifice affreux fait les tristes apprêts.
Suspend en noirs festons les feuilles de cyprès:
Elle place au sommet la dépouille d'Énéo,
Et ci^ lit nuptial qu'a maudit THyménée .
m LA HVTHULUUIE.
Et le Ter du |)arjure el son iinage, hélas! (nstrumenb et témoins du plus cruel trépas.
L'Enéide, trad. par Dblii.i.e.
Didon y monte, et, avant de se frapper d'uo a mortel, elle e\hale ea ces termes sa fureur :
Ah! barbare! ah! pfrfidfi!
Et voilà co héros dont le ciel est le guide, Ce guerrier magnanime et ce mortel pieuj! yni «>uva de la (Inmme et son père et les Dieux!
Le parjure abusait de ma faiblesse extrême ; Et la gloire n'est point à trahir ce qu'on aime ! Du sang dont il naquit j'ai dû me défier, Et de Laomédon connaître Théritier.
Cruel y tu t'applaudis de ce triomphe insigne ; De tes lâches aïeux , va , tu n'es que trop digne Mais tu me fuis en vain, mon ombre te suivra. Tremble, ingrat, je mourrai, mais ma haine vivra. Tu vas fonder le trône où le Destin t'appelle ; Et moi je te déclare une guerre immortelle. Mon peuple héritera de ma haine pour toi : Le tien doit hériter de ton horreur pour moi. Que ces peuples rivaux , sur la terre et sur l'onde , De leurs divisions épouvantent le monde 1 Que pour mieux se détruire ils franchissent les mers ; Qu'ils ne puissent ensemble habiter l'univers; Qu'une égale fureur sans cesse les dévore , Qu'après s'être assoupie , elle renaisse encore ; Qu'ils violent entre eux et la foi des traités, Et les droits les plus saints et les plus respectés! Qu'excités par mes cris, les enfants de Carthage Jurent, dès le berceau, de venger mon outrage; Et puissent en mourant mes derniers successeurs Sur tes derniers neveux être encor mes vengeurs ! Le Franc de Pompignan, Didon, scène dernière.
A ces mots, la reine se frappe avec Tépée qu'elle avait ofTerte en présent à Énée, et elle expire dans les bras de sa sœar Anne et de ses femmes.
Cependant le prince troyen , assailli par la tempête, est poussé vers Drépane. Il s'y arrête, et, pendant qu'on y célèbre en l'honneur d'Anchise des jeux funèbres , les femmes troyennes , espérant re-
teoir leurs époux sur ces bords , mettent le feu a la flotte. Jupiter fait tomber uoe pluie qui arrête le progrès des flammes , et quatre vaisseaux seulement sont brûlés. L'ombre d'Anchise apparaît à Énée pendant son sommeil , et lui ordonne de laisser à Drépane les femmes et les vieillards et de n'emmener que les hommes en état de combattre. H lui recommande aussi de voir la Sibylle de Cumes et de descendre aux Enfers. Le héros obéit et touche enGn les rivages d'Italie. La Sibylle , nommée Déiphobe , reçoit ses premiers hommages et lui dévoile l'avenir. Puis elle l'engage à chercher dans les feuillages d'une sombre forêt le rameau d'or qui doit lui ouvrir les portes de l'empire des ombres. Énée trouve ce rameau , présent destiné à Proserpine , et, guidé par la Sibylle , il descend aux Enfers par le lac d'Averne. Là il revoit les ftmes de ses anciens compagnons. Anchise lui montre celles qui puiseront l'oubli du passé dans les ondes du Léthé et iront habiter les corps des héros de Rome.
Énée quitte les Enfers et revoit la lumière. Il dirige ses vaisseaux vers l'embouchure du Tibre. Le roi de cette contrée se nommait Latinus. L'Oracle avait déclaré que la fille unique de ce prince serait l'épouse d'un prince étranger.
Malgré la volonté des Dieux , Amate , sa mère , l'avait promise à Turnus, roi des Rutules. A la nou-
velle de l'arrivée d'Énée , le vieux roi se souvient de roracle et lui offre la maio de sa fille. Aussitôt Junon envoie Alecto vers la reine , qui cache Lavinie dans les montagnes , tandis que Turnus lève une armée et appelle aux combats les princes ses alliés. Les Troyens reçoivent d'Évandre, qui habitait le mont Palatin , uu secours de quatre cents cavaliers conduits par son fils Pallas.
La guerre dura long-temps. Lassé lui-même de prendre part à ces démêlés entre les mortels, Jupiter en abandonna T issue au Destin. Les deux partis , épuisés par leurs pertes , virent avec joie les deux princes rivaux terminer la querelle par un combat singulier. Enée et Turnus s'avancent au milieu des deux armées et s'attaquent avec fureur. Énée , vainqueur, arrache la vie à son ennemi. Il épouse Lavinie et hérite des états de Latinus.
Ainsi les oracles s'accomplissent.
En insistant sur la guerre de Thébes et sur les poèmes d'Homère et de Virgile , nous avons voulu mieux faire sentir l'utilité de la mythologie. On voit par ces exemples quelle place importante elle occupe dans ces ouvrages classiques , qui ont inspiré si souvent les peintres et les statuaires.
DIVINITÉS ALLÉGORIOUKS.
Les anciens , suivant les inspirations d'une ima- ^nation déréglée, divinisèrent les vérins, les vices et les maux. Ces divinités, dont le nombre se niiil* tiplia à l'infini, eurent des antels et des temples. Leurs statues avaient on caractère particidier et étaient entourées d'attributs qui prouvaient qu'en les adorant , on obéissait tout k la fois à la crainte et à l'espoir.
Ces sortes de divinités ont servi aux poètes , aux peintres et ani statuaires à exprimer d'une manière figurée des idées auxquelles l'allégorie prête de nonveaux charmes.
Nous parlerons de quelques-unes d'entre elles.