L'AMITIÉ
Les Grecs la représentaient vêtue d'une robe agrafée , la tête nue , la poitrine découverte jusqu'à la place où bat le cœur, embrassant de la main gauche un orme sec autour duquel s'enlaçait une vigne chargée de grappes. A Rome, c'était une jeune fille vêtue d'une robe blanche , le sein à moitié nu , la tête ornée de myrte et de fleurs de grenadier entrelacés. Sur la frange de sa tunique on lisait ces roots : « La mort et la vie ; » sur son front étaient gravés ceux-ci : t L'été et Thiver *, » enfin sa poitrine était ouverte et laissait voir le cœur avec ces mots : «r De près et de loin. »
Au fond d'un bois h la Paix consacra . Séjour lii?un»u\ do la cour ij^noré.
S'élève un temple où l'art et ses presli«j;es N*étaleDt point Torgueil de leurs prodiges, Où rien ne trompe et n'éblouit U^ yeux, Où tout est vrai, simple et fait pour les Dieux. De bons Gaulois de leurs mains le fonderont; A l'Amitié leurs cœurs le dédièrent.
Las! ils pensaient, dans leur crédulité, Que par leur race il serait fréquenté.
En vieux langage on voit sur la façade Les noms sacrés d'Oresle et de Pylade, Le médaillon du bon PirithoUs, Du sage Achatc et du tendre Nisus , Tous grands héros , tous amis véritables : Ces noms sont beaux , mais ils sont dans les fabl(»s. Les doctes S(turs ne chantent qu'en ces lieux , Car on les sillle au superbe Empyrée.
On n'y voit point Mars et sa Cythérée , Car la Discorde est toujours avec eux : L'Amitié vit avec très-peu de dieux.
A ses côtés , sii fidèle interprète , La Vérité, charitable et discrète, Toujours utile à qui veut l'écouter.
Attend en vain qu'on l'ose consulter :
Nul ne l'approche, (»t chacun le regrette. l^dr contenance un livre est dans ses mains, Où sont écriu les bienfaits des humains, Doux monuments d'estime et de tendresse , Donnés sans faste, aa*eptés sans bassesse, Du protecrleur noblement oubliés , Du protégé sans regret publiés.
C'est des vertus l'hisloinî la plus pure. L'histoire est courte, et le livre est réduit A deux feuillets de gothique écriture Qu'on n'entend plus, et qiie le Temps détruit.
Voltaire.