ILXJS DlShASDE
sopha , au milieu de ses femmes , quand ce dernier entra. La comtesse en i*apercevant fit un mouvement de répaguance qu'elle cacha soudain sous un sourire bienveillant L'extérieur du messager ne semblait pourtant pas repoussant au premier abord : c'était un homme plutôt petit que grand, et dont Tembonpoint annonçait toute autre chose qu'un messager. Cependant, en l'examinant, son visage paraissait ouvert jusqu'à l'impudence , et la gaieté de son regard avait quelque chose de diabolique et de sinistre. U s'inclina profondément devant la comt(esse , et lui présenta un paquet scellé avec des ûis de soie.
— Noble dame, dit-il, daignez me permettre d'oser déposer à vos pieds un précieux message de sa grâce votre illustre époux , mon vénéré maître.
— Kst-ce qu'il ne vient pas lui-même? et comment vous prend-il pour messager? demanda la comtesse.
— Des soins ini|K)rtants diffèrent l'arrivée de sa grâce, cette lettre est pour vous en informer , madame la comtesse : pom* moi , je dois , d'après l'ordre de mon noble maître , jouir de l'insigne honneur d'un entretien particulier avec vous.
La comtesse pâlit; ellle s'écria d'une voix tremblante :
— Moi! un entretien secret avec vous, Musdœmon?
— Si cela affligeait en rien la noble dame , son indigne serviteur serait au désespoir.
— .Al'affliger ! non sans doute , reprit la comtesse s'efforçaut de sourire; mais cet entretieu est-il si nécessaire?
Le messager s'inclina jusqu'à terre.
— Absolument nécessaire ! la lettre que l'iUustre comtesse a daigné recevoir de mes mains doit en contenir l'injonction formelle.
(î'était une chose singulière que de voir la fière conUesiC d'Ahlefeld Uembler et ^Kilir devant un servilem* qui lui
rendait de 1^ profonds respects. Elle oiiTrit lentement le paquet et en lut le contenu. Après l'avoir relu : — Allons, dit-elle à ses femmes d'une voix faible , ({u'on nous laisse seuls.
— Daigne la noble dame , dit le messager fléchissant le genou , me pardonner la liberté que j'ose prendre et la peine que je parais lui causer.
— Croyez au contraire, repartit la comtesse avec im sourire forcé, que j'ai beaucoup de plaisir à vous voir.
Les femmes se retirèrent.
— Elphège, tu as donc oublié qu'il fut un temps où nos t^le-à-tète ne te répugnaient pas?
C'était le messager qui parlait à la noble comtesse, et ces paroles étaient accompagnées d'un rire pareil à celui du diable lorsqu'au moment où le pacte expire il saisit l'âme qui s*est donnée à lui.
I^ puissante dame baissa sa tête humiliée.
— Que ne Tai-je en effet oublié ! mummra-t-elle.
— Pauvre folle ! comment peux-tu rougir de choses que nul œil humain n'a vues?
— O que les hommes ne voient pas , Dieu le voit.
— Dieu, faible femme I tu n'es pas digne d'avoir trompé ton mari , car il est moins crédule que toi.
— Vous insultez peu généreusement à mes remords, BInsdœmon.
— Kh bien! si tu en as, Elphège, pourquoi leur insultes-tu toi-mOine chaque jour par des crimes nouveaux?
La comtesse d'Ahlefeld cacha sa tète dans ses mains; le messager poursuivit.
— Elphège , il faut choisir : ou le remords et plus de crimes , ou le crime et plus de remords. Fais comme moi , choisis le second parti, c'est le meilleur, le plus gai du moins.
64 HV\ D'lftr.\^DE.
-*-PuiHsicz>\ous, dit la comtesse à voix basse, ne pis reiroavcr ces |)arolcs dans rélernité !
— Allons, ma chère, quittons la plaisanterie.
Alors Musdœmon s'asscyant près de la comtesse, et passant ses bras autour de son cou :
— Eiphège, dit-il, tâche de rester, par Te^prit da moins, ce que tu étais il y a vingt ans.
L'infortunée comtesse, esclave de son complice, tâcha de ré|)ondrc à sa repoussante caresse. Il y avait dans cet embrasscmcnt adultère de deux êtres qui se méprisaient et s'exécraient mutuellement quelque chose de trop révoltant, même pour ces âmes dégradées. Les caresses illégitimes qui avaient fait leur joie , et que je ne sais quelle horrible convenance les forçait de se prodiguer encore, faisaient maintenant leur torture. Étrange et juste changement des affections coupables ! leur crime était devenu leur supplice.
La comtesse , |X)ur abréger ce tourment adultère , demanda enfm à son odieux amant, en s'arrachant de ses bras, de quel message verbal son époux l'avait chargé?
— D'Ahlefeld, dit Musdœmon, au moment de voir son pouvoir s'aiïermir par le mariage d'Ordener Guldenlcw avec notre fille....
— \otro fille! s'écria la hautaine comtesse, et son regard fixé sur iMusdœmon reprit une expression d'orgueil et de dédain.
— Eh bien, dit froidement le messager, je crois qu*ririque peut m'a))partenir au moins autant qu'à lui. Je disais donc que ce mariage ne satisfaisait i)as entièrement ton mari , si Schumacker n'était en même temps tout à fait renversé. Du fond de sa prison, ce vieux favori est encore presque aussi redoutable que dans son i)alais. Il a à la cour des amis obscurs, mais puissants, peut-être parce qu'ils
Il \N I» ISI \M)[ . I').')
sont obscurs; et W roi, apprenant il y a un mois cpic» les n4'*<;ociations du grand-chancelier avec le duc de Ilolsteinrlœn ne marchaient pas, s'est écrié avec impatience : Griffenfeùi à iui seul en savait plus qu'eux lims. Un intrigant nommé Dispolscn, venu de Munckhoim à Copenhague, a obtenu de lui plusieurs audiences secrètes, après lesquelles le roi a fait demander à la chancellerie, où ils sont dé|X)sé8 , les titres de noblesse et de propriété de Scbumacker. On Ignore à quoi Schumacker aspire; mais ne désirerait-il que la liberté, pour un prisonnier d*État c'est désirer le pouvoir. — Il faut donc qu'il meure, et qu'il meure judiciairement ; c'est à lui forger un crime que nous travaillons.
Ton mari, £lphège, sous prétexte d'inspecter incognito les provinces du nord , va s'assurer par lui-même du résultat qu'ont eu nos menées parmi les mineurs, dont nous vouions provoquer, au nom de Schumacker, une insurrection qu'il sera facile ensuite d'étouffer. Ce qui nous inquiète , c'est la perte de plusieurs papiers importants relatifs à ce plan, ei que nous avons tout lieu de croire au pouvoir de Dispolsen. Sachant donc qu'il était reparti de Copenhague pour Munckhoim, rapportant à Scbumacker ses parchemins, ses diplômes, et peut-être ces documents qui peuvent nous perdre ou au moins nous compromettre, nous avons aposté dans les gorges de Kole quelques fidèles, chargés de se défaire de lui, après l'avoir dépouillé de ses papiers. Mais si, comme on l'assure, Dispolsen est venu de Bcrghen par mer, nos peines seront perdues de ce côté-là. — Pourtant j'ai recueilli en arrivant je ne sais quels bruits d'un assassinat d'un capitaine nommé nis|>olseu. — Mous verrous. — Nous sommes eu attendant à la recherche d'un brigand fameux, Han, dit d'Islande, que nous voudrions mettre à la tête de la révolte
des mines. Et loi , ma chère , quelles nomrelies d*id me donneras-tu ? Le joli oiseau de Munckholm a-t-il été pris dans sa cage? l^a fille du vieux ministre a-t-elle enfin été li proie de noire faico-fuivus , de notre fils Frédéric?...
La comtesse , retrouvant sa fierté , se récria encore : — Notre fils I...
— IVla foi , quel âge pent-il avoir? Vingt-quatre ans. H y en a vingt-six que nous nous connaissons, Elphège.
— Dieu le sait, s*écrla la comtesse, mon Frédéric est l'héritier légitime du grand-chancelier.
— Si Dieu le sait, ré|H)ndit le messager en riant, le diable peut l'ignorer. Au reste , ton Frédéric n'est qu'on étourneau indigne de moi, et ce n'est pas la peine de nom quereller pour si peu de chose. Il n'est bon qu'à séduire une fille. Y est-il parvenu au moins?
— Pas encore, que je sache.
— Mais, Elphège, lâche donc de jouer un rôle moins passif dans nos affaires. Celui du comte et le mien sont, tu le vois, assez actifs. Je retourne dès demain vers ion mari. Pour toi, ne te borne pas, de grâce, à prier pour nos péchés, comme la Madone que les Italiens invoquent en assassinant — 11 faut aussi que d*Ahlefeld songe à me récompenser un peu plus magnifiquement qu'il ne l'a fait jusqu'ici. Ma fortune est liée à la vôtre; ma's je me lasse d'être le seniteur de l'époux , quand je suis l'amant de la femme, et de n'être que le gouverneur, le précepteur. If pédagogue, quand je suis presque le |>ère...
En ce moment minuit sonna , et une des femmes entra, rap|>clant à la comtesse que, d'a))rès la règle du |)alals, toutes les lumières devaient être éteintes à cette heure. I-a comtesse, heureuse de terminer un entretien pénible, rap- I>ela ses suivantes.
— ^le permette la gracieuse comtesse, dit ^lusdœmon
ti\y ii*iftL\%DF. 67
91 se retirant, de consencr rcspéraucc de la revoir denain , et de déposer à ses pieds Thommage de mou profond respect
Il tliut alMOlument qiic tu 1*ai«i maMacré; tu as 1c regard d'ua meurUrlerf un air sinistre et farouche.
SiiAKSPEAKE, le Songe d'f.té.
— En honneur, vieillard, dit Ordener à Spiagudry, je commençais à croire que c'étaient les cadavres logés dans cet édifice qui étaient chargés d*en ouvrir la porte.
— Pardonnez, seigneur, répondit le concierge ayant encore dans Toreillc les noms du roi et du vice-roi et répétant son excuse banale, je.... je dormais profondément.
— £n ce cas, il paraît que vos morts ne dorment pas, car c'était etix sans doute que j'entendais tout à Theuro causer distinctement.
Spiagudry se troubla.
— Vous avez, seigneur étranger, vous avez entendu?...
— £h! mon Dieu, oui; mais qu'importe? je ne suis pas venu ici pour m'occuper de vos affaires , mais |X)ur vous occuper des miennes. Kntrons.
Spiagudry ne se souciait guère d'introduire le nouveauvenu pr^s du corj)s de Gill; mais ces dernières paroles le rassurèrent un peu , el d'ailleurs, i)ouvait-il résister?
Il laissa donc passer le jeune homme , et refermant la porte :
— Benignus Spiagudry, dit-il, est à votre service |X)ur tout ce qui concerne les sciences humaines. (>\\eTv^w^\.^^\^
68 liA^ D'jfti..\:«DF..
comme votre visite nocturne semble l'annoncer, vooscrayn parler à tin sorcier, vous avez tort, ne famatn cre^hi; je ne suis qu'un savant. — Knlrons, seigneur étranger, dans mon laboratoire.
— Non pas, dit Ordcner, c'est à ces cadavres qu'il faut nous arrêter.
— A ces cadavres! s'écria Spiagudry, recommençant! trembler. 3]ais, seigneur, vous ne pouvez les voir.
— Comment, je ne puis voir des corps qui ne sont dfpos^^ là que pour être vus ! Je vous répète que j'ai des resseîgnements à vous demander sur l'un d'eux ; votre dem est de me les donner. Obéissez de gré , vieillard , ou tqos obéirez de force.
Spiagudry avait un profond respect pour les sabres, et il en voyait briller un au côté d'Ordener. — Nihilmn arrosât artnis, murmura-t-il, et fouillant dans If trousseau de ses clefs, il ouvrit la grille à hauteur d*appui , et introduisit l'étranger dans la seconde section de la salle.
— iMontrez-moi les vêtements du capitaine , dit celui-ci. En ce moment, un rayon de la lampe tomba sur la tète
sanglante de Gill Stadt.
— Juste Dieu! s'écria Ordener , quelle abominable profanation !
— Grand saint Hospice, ayez pitié de moi ! dit à voix basse le vieux concierge.
— Vieillard, poursuivit Ordener d'une voix menaçante, étes-vous si loin de la tombe , pour violer le respect (fu'on lui voue , et ne craignez - vous pas , malheureux , que les vivants ne vous apprennent ce que Ton doit aux morts?
— Oh ! s'écria le pauvre concierge, grâce, c^ n'est pas moi... si vous saviez!... et il s'arrêta, car il se rappela re«
mois du petit hommo : Sois fitièie et mttet. — Avez- vous ¥U qnolqu'iin sortir |)ar cette ouvcrliire? demanda -t-il d'une voix éteinte.
— Oui. Est-ce ion complice?'
— Non, c*est le coupable, le seul coupable! j*cn jure par toutes les réprobations infernales, par toutes les bénédictions célestes, par ce corps même si indignement profané !... Et il s*était prosterné sur la pierre devant Ordener. Tout hideux qu'était Spiagudry, il y avait cependant dans son désespoir, dans ses protestations, un accent de vérité qui persuada le jeune homme.
— Vieillard, dit-il, reléve-toi, et si tu n'as point outragé h mort , du moins n'avilis point la vieillesse.
Le concierge se releva. Ordener continua :
— Quel est le coupable?
— Oh ! silence , noble jeune seigneur , vous ignorez de qui vous parlez. Silence! et Spiagudry se répétait intérieurement : Sols fidèle et mxiet,
Ordener reprit froidement.
— Quel est le coupable? Je veux le connaître.
— Au nom du ciel, seigneur ! ne parlez pas ainsi, taisezvous, de peur...
— La peur ne me fera point taire et te fera parler.
— Excusez-moi, pardon, mon jeune maître ! dit le désolé Spiagudry, je ne puis...
— Tu le peux, car je le veux. Tu nommeras le profanateur !
Spiagudry chercha encore à tergiverser.
— Eh bien ! noble maître, le profanateur de ce cadavre est l'assassin de cet officier.
— Cet officier est donc mort assassiné ! demanda Ordener, ramené par celle transition au but de sa recherche.
— Oui , sans doute, seigneur.
70 n%N DIflt\KDC.
— Ft par qui ? par qui ?
— Au nom de la sainte qao votre m^re inyoqoait m vous donnant le jour , ne cherchez pas à savoir ce nom, mon jeune maître, ne melTorcez pas à le révéler.
— Si rintérét que j*ai à le savoir avait besoin d'être accru, vous y ajouteriez, vieillard, Tintérêlde la cnriosité. Je vous commande de me nommer ce meurtrier.
— Fh bien , dit Spiagudry , remarquez ces profondes déchirures produites par des ongles longs et tranchants snr le corps de ce malheureux... Files vous nomment l'a»' sassin.
£t le vieillard montrait à Ordener de longues et fortfs égratignures sur le cadavre nu et lavé.
— dominent? dit Ordener, est-ce quelque Wle fauTo?
— Non , mon jeune seigneur.
— Mais , à moins que ce ne soit le diable...
— Chut ! prenez garde de trop bien deviner. N'avezvous jamais entendu parler , ))oursiiivit le concierge à \oi\ basse, d'un homme ou d'un monstre à face humaine, dont les ongles sont aussi longs que ceux d'Astarolh qui nous a ])erdus, ou de TAntéchrist qui nous i)erdra ?...
— Parlez plus clairement.
— Malheur! dit T Apocalypse...
— C'est le nom de l'assassin que je vous demande.
— L'assassin... le nom... seigneur, ayez pitié de moi, ayez pitié de vous.
— La seconde de ces prières détruirait la première, cpiand bien même des motifs graves ne me forceraient pa> à l'arracher ce nom. N'abuse pas plus long-temps...
— Fh bien , vous le voulez , jeune homme , dit Spiagudry se redressant et d'ime voix haute, ce meurtrier, ce profanateur est Hau d'Islande,
HAAi D^ISLA^DK. 71
i:c iioiu redoutable n*était pas ignoré d'Ordencr. — Coulaient ! reprit-il , Han I cet exécrable bandit !
— Ne rappelez pas bandit , car il vit toujours seul.
— Alors, misérable, comment le connaissez- vous? Quels crimes communs vous ont donc rapprodiés ?
— Ob! noble maître , daignez ne pas croire aux apparences. Le tronc de chêne est-il vénéneux parce que le serpent s'y abrite 7
— Point de vaines paroles , un scélérat ne peut av(Hr d'ami qu'un complice.
-— Je ne suis point son ami , et moins encore son complice; et si mes serments ne vous ont pas persuadé , seigneur , veuillez de grâce remarquer que cette profanation détestable m'expose , dans vingt- quatre heures , quand on viendra relever le corps de Gill Stadt , au supplice des sacrilèges , et me jette ainsi dans la plus effroyable inquiétude où innocent se soit jamais trouvé.
Ces considérations d'intérêt personnel firent encore |dus sur Ordcncr que la voix suppliante du pauvre gardien, auquel elles avaient probablement inspiré en bonne partie sa pathétique, quoique inutile résistance au sacrilège du petit honmie. Ordener parut méditer un moment , pendant lequel Spiagudry cherchait à lire sur son visage 8Î ce repos déciderait la [mx ou ramènerait la tempête.
Enfin il dit d'un ton sévère, mais c^lnic : — Vieillard, »yez véridique. Avcz-vous trouvé des papiers sur cet officier?
— Aucun, sur mon honneur.
— Savez-vous si Han d'Islande en a trouvé?
— Je vous jure i)ar saint Hospice que je l'ignore.
— Vous l'ignorez ? savez-vous où se cache ce Ilan d'Islande ?
— Il ne se cache jamais, il erre toujuuib.
73 1IAA D'lSLA^DE.
— Soit; mais cufin quelles sout ses retraites?
— Ce païen , répondit le vieillard à voix basse , a aaUM de retraites que l'Ile de Hitteren a de récifs, que l'éloîk de Sirius a de rayons.
— Je vous engage de nouveau , interrompit Ordener, à parler en termes positifs. Je vais vous donner rexempk; écoutez. Vous êtes mystérieusement lié avec an brigaal dont vous soutenez ne pas être le complice. Si vomie connaissez, vous devez savoir où il s'est maintenant retiié. — Ne m'interrompez pas. — Si vous n'êtes pas son corn* plicc, vous n'hésiterez pas à me conduire à sa recherche...
Spiagudry ne put contenir son effroi.
— Vous , noble seigneur , vous , grand Dieu ! plein de jeunesse et de vie, provoquer, rechercher ce démoniaque! Quand Ingiald aux quatre bras combattit le géant Nyctolo, du moins avait-il quatre bras...
— £h bien , dit Ordener en souriant , s'il faut quatre bras , ne serez- vous pas mon guide ?...
— Moi ! votre guide ? Gomment pouvez- vous vous railler ainsi d*un pauvre vieillard qui a déjà presque besoin d'mi guide lui-même ?
— Écoutez , reprit Ordener , n'essayez pas vous-même de vous jouer de moi. Si cette profanation , dont je veux bien vous croire innocent , vous expose au châtiment des sacrilèges , vous ne pouvez rester ici. Il vous faut donc fuir. Je vous offre ma sauvegarde , mais à condition que vous me conduirez à la retraite du brigand. Soyez moi guide , je serai votre protecteur : je dis plus; si j'atteins Han d*lslande, je l'amènerai ici mort ou vif. Vous pourra prouver votre innocence, et je vous promets de vousfûre rentrer dans votre emploi. — Voilà , en attendant , plos d'écus ro\au\ (|u'il ne vous en rup|K)rle |)ar an.
Oixlener , en gardant la l)ourse |H)ur la lin , avait ob-
UAK J>^18LAKDE. 7.i
dans ses arguments b gradation voulue par les saiues B la logique. Cependant ils étaient par eux-mômes forts pour faire rêver Spiagudry. Il conunença par re l'argent.
NoUe maître « >ous avez raison , dit-il ensuite y et sil , jusqu'alors indécis , se releva sur Ordener. Si je suis , je m'expose quelque jour à la vengeance du laUe Han. Si je reste , je tombe demain entre les du bourreau Orugix... Quel est donc déjà le sup^^ les sacrilèges?... N'importe. — Dans les deux cas , luvre vie est en péril ; mais comme , d'après la juste ration de Sxmond-Sigfusson, autrement dit ic sage^ duo pevicuia œquaiia, mintts iminiiieiis nduni est, je vous suis. — Oui, seigneur , je serai guide. Veuillez ne pas oublier toutefois que j'ai fait e que j'ai pu pour vous détourner de votre aventulessein.
Soit ,' dit Ordener. Vous serez donc mon guide, ird , ajouta-t-il avec un regard expressif, je compte ïtre loyauté.
Ah! maître, répondit le concierge, la foi de Splaest aussi pure que l'or que vous venez de me donner cieusement.
Qu'il n'en soit pas autrement , car je vous prouve'^ lie le fer que je porte n'est pas de moins bon aloi ion or. — Où pensez-vous que soit Ilaii d'Islande ? Mais , comme le midi du Drontheimhus est plein de 3S qu'on y a envoyées sur je ne sais quelle réquisition Mid-chancelier , Han doit s'être dirigé vers la grotte alderlong ou le lac de Smiasen. \olre roule est par ;en.
Quand pouvez-vous me suivre?
Après la journée qui commence , quand la nuit sera
74 lUAi D^lSLAMDE.
close et le Spladgest fermé , votre pauvre serviteur mencera près de vous les fonctions de guide » pour kh quelles il privera les morts de ses soins. Nous cherchefw un moyen de cacher pendant tout le jour» aux yeux di |)euple, la mutilation du mineur.
— Où vous trouverai-je ce soir?
— Sur la grande place de Drontheim, 8*il conviait m maître , près la statue de la Justice, qui fut jadis Freya, et me protégera sans doute de son ombre en reconnaisance du beau diable que j*ai fait sculpter sous ses pieik
Spiagudry allait peut-être répéter verbalement à Onkner les considérants de son placet au gouverneur « si ceWci ne Teût interrompu.
— Il suffit , vieillard , le traité est conclu.
— Conclu , répéta le concierge.
H achevait ce mot , lorsqu*une espèce de grondement se fit entendre comme au-dessus d*eux. — Le concicr^ tressaillit : Qu'est cela ? dit-il.
— N'y a-t-il ici , dit Ordener également surpris , d*autre habitant vivant que vous?
— Vous me rappelez mon vicaire Ogljpiglap , reprit Spiagudry rassuré par cette idée ; c'est lui sans doute qui dort bruyamment, lu La{)on qui dort, selon Té^éque Arngrim , fait autant de bruit qu'une femme qui veille.
En parlant ainsi , ils s'étaient approchés de la porte do Spladgest.- Spiagudry l'ouvrit doucement.
— Adieu , mon jeune seigneur, dit-il à Ordener, le ciel Vous mette en joie. A ce soir : si votre chemin vous conduit devant la croix de saint Hospice , daignez prier pour votre misérable serviteur , IH;nignus Spiagudry.
Alors refermant en hâte la porte, autant de crainte d'être aperçu (|ue pour garantir sa lampe des première» briR*> (lu matin, ii revint près du cadavre de GUI, et s*occu|)si
ii\.\ D'isr\%DE. 75
ilVii toiirnor la i^.io do nianièro à on cachor la blossiirc.
Il avait fallu bien des raisons pour (K*rid<T le timide concicrçc à accepter TolTrc aventureuse de Tétranger. Dans les motifs de sa téméraire détermination entraient : 1° la crainte d'Ordener présent ; 2° celle du bourreau Orugix ; 3" une vieille haine pour Hau d'Islande , haine qu'il osait \ peine s'avouer à lui-même, tant la terreur la comprimait: A" l'amour |K)ur les sciences , auxquelles son voyage serait si utile ; 5° la confiance en son esprit rusé, ]H)ur se dérober aux regards de Han; 6" un attrait tout spéculatif pour certain métal que renfermait la bourse du jeune aventurier , et dont paraissait aussi remplie la boîte de fer volée an capitaine et destin<'*e à la veuve Stadt, message qui maintenant courait grand ris(iue de ne jamais quitter le messager.
Une dernière raison enfin , c'était l'espérance bien ou mal fondée de rentrer tôt ou tard dans la place qu'il allait abandonner. Que lui importait d'ailleurs que le brigand tnât le voyageur ou le voyageur le brigand ? A ce point de sa rôverie , il ne put s'emi>ôcher de se dire à haute voix : fc Cela me fera toujours un cadavre. »
l'n nouveau grondement se fit encore entendre, et le malheureux concierge frissonna. — (le ne sont vraiment point là les ronflements d'Oglypiglap, se dit-il; ce bruit vient du dehors. — Puis , après un moment de réflexion : — Je suis bien simple de m'efl'rayer ainsi , c'est sans doute le dogue du port qui se réveille et qui aboie.
Alors il acheva de disposer les membres défigurés de Cill; puis, refernjanl toutes les portes, vint m* délasser sur scm grabat des fatigues de la nuit qui s'ache\ait, et prendre des forces pour celle qui s<» préparait.
6 H\N I>^i8l.:\KDF..
JLLIETTI.
Ah I crolstu qtie nous nous revoyions januilt?