‹ La mythologie (volume 2)Chapitre 77 sur 77 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

ce que J'avais dit par piaiiaiiterie, Yow l'avea pria sérieusement.

Bomaneeê e$pagnoteSj te roi Alplionse à Bernard.

Depuis quinze joars les éyénements qae noas venons de raconter occupaient toutes les conversations de Drontheim et du Drontbeimhus, jugés selon les diverses faces qu'ils avaient présentées au jour. La populace de la ville , €|ui 8*était vainement attendue au spectacle de sept exécutions successives, commençait à désespérer de ce plaisir; et les vieilles femmes, à demi aveugles, racontaient encore qu'elles avaient vu , la nuit du déplorable embrasement de la caserne, Han d'Islande s'envoler dans une flamme , riant dans l'incendie et poussant du pied la toiture brûlante de l'édifice sur les arquebuners de Munckbolm; lorsque , après une absence qui avait semblé bien longue à son Étbel , Ordener reparut dans le donjon du Lion de Slesvig, accompagné du général Levin de Knnd et de Tau* mônier Âthanase Munder.

Schumacker se promenait en ce moment dans le jardin, appuyé sur sa fllle. Les deux jeunes époux eurent bien de la peine à ne point tomber dans les bras l'un de l'autre ; il fallut encore se contenter d'un regard. Schumacker serra affectueusement la main d'Ordener et salua d'un air de bienveillance les deux étrangers.

— Jeune bomme , dit le vieux captif, que le ciel bénisse Votre retour !

456 U\K D*lSLAftl»E.

— Seigneur, répondit Ordencr, j'arrive. Je viens de voir mon père de Berghen , je reviens embrasser mon père de •Drontheim.

— Que voulez-vous dire? demanda le vieillard étonne.

— Que vous me donniez votre fille , noble seigneur.

— Ma fille! s'écria le prisonnier, se tournant vers Éthd rouge et tremblante.

— Oui , seigneur, j*aime votre Éthel : je lui ai consacre ma vie : elle est à moi.

Le front de Schumacker se rembrunit :

«^ Vous êtes un noble et digne jeune homme , mon fib ; quoique votre père m*ait fait bien du mal, je le lui pardonne eu votre faveur, et je verrais volontiers cette union. Mais il y a un obstacle...

— Lequel, seigneur ? demanda Ordener presque inquiet.

— Vous aimez ma fille; mais ôtes-vous sûr qu'elle vous aime?...

Les deux amants se regardèrent , muets de surprise.

— Oui , poursuivit le père. J'en suis fâcbé ; car je vous aime, moi, et j'aurais voulu vous appeler mon fils. C'est ma fille qui ne voudra pas. £llc m'a déclaré dernièrement sou aversion pour vous. Depuis votre départ ^ elle se tait quand je lui parle de vous, et semble éviter votre pensée, comme si elle la gênait. Renoncez donc à votre amour, Ordener. Allez , on se guérit d'aimer comme de liaîr.

— Seigneur, — dit Ordener stupéfait...

— Mon père!... dit Éthel joignant les mains.

— Ma fille , sois tranquille , interrompit le vieillard : ce mariage me plait, mais il te dôplaît. Je ne veux pas torturer ton cœur, Éthel ; depuis quinze jours je suis bien changé, va. Je ne forcerai pas ta répugnance pour Ordener. Tu es libre.

.\lhauase Munder souriait : — Elle ne re>l pas, dit-iL

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— Vous VOUS trompez, mon noble père, ajouta Éthel enhardie. Je ne bais pas Ordener.

— Comment ! s*écria le père.

— Je suis , reprit Éthel. .. Elle s'arrêta. Ordener s'agenouilla devant le vieillard.

— Elle est ma femme, mon père ! Pardonnez-moi comme mon autre père m*a déjà pardonné , et bénissez vos enfants.

Schumacker, étonné à son tour, bénit le jeune couple incliné devant lui.

— J'ai tant maudit dans ma vie, dit -il, que je saisis maintenant sans examen toutes les occasions de bénir. Mais à présent expliquez-moi...

On lui expliqua tout. Il pleurait d'attendrissement , de reconnaissance et d'amour.

— Je me croyais sage, je suis vieux, et je n'ai pas compris le cœur d'une jeune fille !

— Je m'appelle donc Ordener Guldenlew , disait Éthel avec une joie enfantine.

— Ordener Guldenlew, reprit le vieux Schumacker, vous valez mieux que moi ; car, dans ma prospérité, je ne serais certes pas descendu de mon rang pour m'unir à la fille pauvre et dégradée d'un malheureux proscrit.

Le général prit la main du prisonnier et lui remit un rouleau de parchemins.

— Seigneur comte , ne parlez pas ainsi. Voici vos titres que le roi vous avait déjà renvoyés par Dispolsen. Sa majesté vient d'y joindre le don de votre grâce et de votre Uberté. Telle est la dot de la comtesse de Danneskidd , votre fille.

— Grâce!... liberté! répéta Éthel ravie.

4S8 n\rt d*i8landr,

— Comtesse de Danneskioid ! ajouta le père.

— Oui, comte, continua le général, vous rentrez dans tous vos honneurs, tous vos biens vous sont rendus.

~ A qui dois- je tout cela? denumda Tfaeureux Scbumacker.

-^ Au général Levin de Knud , répondit Ordeoer.

— Levin de Knud t Je vous le disais bien , général gouverneur, Levin de Knud est le meilleur des hommes. Mais pourquoi n'est-il pas venu lui-même m'apporter mon bonheur? où est-il?

Ordener montra avec étonnement le général, qui souriait et pleurait : — Le voici I

Ce fut une scène touchante que la reconnaissance de ce» deux vieux compagnons de puissance et de jeunesse. Le cœur de Scbumacker se dilatait enfin. En connaissant Han dlslandc , ii avait cessé de haïr les hommes ; en connaissant Ordener et Levin , il se prenait à les aimer.

Bientôt de belles et douces fêtes solennisèrent le sombre hymen du cachot. La vie commença à sourire aux deux jeunes époux qui avaient su sourire à la mort. Le comte d'Ahlefeld les vit heureux, ce fut sa plus cruelle punition.

Athanase Munder eut aussi sa joie. Il obtint la grâce de ses quatorze condamnés , et Ordener y ajouta celle de ses anciens confrères d'infortune , Kennybol , Jonas et Norbith , qui retournèrent libres et joyeux annoncer aux mineurs pacifiés que le roi les délivrait de la tutelle.

Schumacker ne jouit pas long-temps de Tunion d'Éthel et d'Ordener ; la liberté et le bonheur avaient trop ébranlé son âme : elle alla jouir d*un autre bonheur et d'une autre liberté. 11 mourut dans la même année 1699, et ce chagrin vint frapper ses enfants , comme pour leur apprendre qu'il n'est point de félicité parfaite sur la terre. On l'in-

f M'ai J" -• f"^' ^ a^ ri -li t^n ^C^là^' ., ^^•^ -, >

huma dans Ti^lise de Yeer, terre que son gendre possédait dans le Jutland , et le tombeau lui conserva tous les titres que la captivité lui avait enlevés. De Talliance d*Ordener et d'Éthel naquit la famille des comtes de Danneskiold.

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