SALADIN
Qu'altendMu?
LK MAMBLODCK.
II n'y a rien de plus pour le messager du bonheur ?
LESsiNG, Natkan le Soffe.
Pâle et défait , le comte d'Ahlefeld se promène à grands pas dans son appartement ; il froisse dans ses mains un paquet de lettres qu'il vient de parcourir, et frappe du pied le marbre poli et les tapis à franges d*or.
A Fautre bout de Tappartement se tient debout , quoique dans Tattitude d'une prostration respectueuse, Nychol Orugix , vêtu de son infâme pourpre et son chapeau de feutre à la main.
— Tu m*as rendu service , Musdœmon , murmure le chancelier entre ses dents , resserrées par la colère !
Le bourreau lève timidement son regard stupide : — Sa grâce est contente?...
— Que veux-tu toi ? dit le chancelier se détournant brusquement.
Le bourreau , fier d'avoir attiré un regard du chancelier, sourit d'espérance : — Ce que je veux , votre grâce ? La place d'exécuteur h Copenhague , si votre grâce daigne payer par cette haute faveur les l)onnes nouvelles que je lui apporte,
454 HAN d'islande.
Le chancelier appelle les deux hallebardiers de garde à la porte de son appartement : — Qu'on saisisse ce drôle qui a Finsolence de me narguer.
Les deux gardes entraînent Nychol stupéfait et consterné , qui hasarde encore une parole : — Seigneur...
— Tu n'es plus bourreau du Drontheimhusl j'annule ton dif^mel reprend le chancelier poussant la porte avec violence.
Le chancelier ressaisit les lettres , les lit , les relit avec rage , s'enivrant en quelque sorte de son déshonneur, car ces lettres sont l'ancienne correspondance de la comtesse avec Musdœmon. C'est récriture d'Elphége. Il y voit qu'Ulrique n'est pas sa fille , que ce Frédéric si regretté n'était peut-être pas son fils. Le malheureux comte est puni par le même orgueil qui a causé tous ses crimes. G*est peu d'avoir vu sa vengeance fuir de sa main ; il voit tous ses rêves ambitieux s'évanouir, son passé flétri , son avenir mort. Il a voulu perdre ses ennemis , il n'a réussi qu'à perdre son crédit, son conseiller, et jusqu'à ses droits de mari et de père.
Il veut du moins voir une fois encore la misérable qui l'a trahi. Il traverse les grandes salles d'un pas rapide, secouant les lettres dans ses mains, comme s'il eût tenu la foudre. Il ouvre en furieux la porte de l'appartement d'Elphége. Il entre...
Cette coupable épouse venait d'apprendre subitement du colonel Wœthaiin l'horrible mort de son fils Frédéric. — La pauvre mère était folle.
UAN u'iSLANDE. 455