APOLLON
La belle Latonc , Glle du Titan Cœus, fut aimée de Jupiter, et en eut Apollon et Diane. Astérie , sa sœur, plus vertueuse, se déroba aux poursuites de ce dieu, tomba dons la mer, et fut changée en une ilc du nom de Délos , oij Latoiie alla chercher un asile pour se soustraire aux fureurs de Junon. Cette épouse irritée suscita contre elle le serpent Python , qui la poursuivait sans relâche. C'est duns l'île de Délos qu'elle mit au jour Diane, dont les secours l'aidèrent à enfanter Apollon. Puis elle voulut revenir chez sou père Cœus. Arri-
vée en Lycie , elle demanda un peu d*eau à des paysans, dont elle punît les cruels refus en les changeant en grenouilles. Plus tard, Niobé, épouse de Tantale et fille d'Amphion, roi de Tbèbes, orgueilleuse de ses richesses et de la beauté de ses enfants , excita , par ses dédains , la baine de Laione. Apollon et Diane percèrent de leurs flèches le fils, les filles et l'époux de Niobé, qui, accablée de douleur, devint une froide statue de marbre sur laquelle on voyait encore couler des larmes.
Cependant Apollon fut reconnu par Jupiter, et Junon sembla oublier sa haine. Il devint le dieu de la lumière et prit le nom de Phœbus. Puis il inventa la médecine et donna a sou fils Esculape les secrets de cet art miraculeux. Esculape
Ne marchait point escorté D'un leste et brillant équipage ; 11 ignorait le doux langage Des Nestors de la faculté.
Il parlait sans point, sans virgule ; On comprenait ce qu'il disait ; Et, pour comble de ridicule, Presque toujours il guérissait.
Demoustier.
Il alla jusqu'à ressusciter les morts, et notamment Hippolyte, fils de Thésée. Jupiter, mécontent de ses empiétements, le frappa de la foudre.
M, I.A .MVTII(II.O(>lK.
filles d'Orchame, roi de Bahylone. Les deux sœurs, rivales, furent bientôt ennemies. Clytie dénonça la faute de Leucothoé à Orchame, qui ta Gt enterrer vive ; et Apollon , passant sans s'en douter sur cette alTreuse tombe, entendit les plaintes de son amie, qu'il métamorphosa en l'arbre qui porte l'encens. Clytie , tourmentée par les remords et dédaignée par le dieu , fut changée en tojrnesol , plante qui se dirige sans cesse vers le soleil.
Ces eiemples malheureux déterminèrent Apollon à se réfugier dans les bras de l'Amitié. Il s'attacha au jeune Hyacinthe, et, comme il jouait au disque avec lui , Zéphire , poussé par la jalousie , poussa le disque d'Apollon vers le front du jeune homme, qui fut tué , et son sang produisit la fleur à laquelle il donna son nom.
LA MVTHOLOGIE. 37
Plus tard, il soupira pour la nymphe Perséis, lillfi
d« rOcéan, et eut d'elle cette magicienne célèbre,
Circé , qui rendit les oracles.
Et qui. parsGsenchaDtemeDts,
En bêles changea les gens.
Sans opi!'rcr de grands miracles.
Bolina, voulant échapper à ses poursuites, se précipita dans les flots et fut reçue parmi les nymphes d'Amphitrile. Il perdit en mt'inc temps le jeune Cyparis , qui avait remplacé Hyacinthe , et gardait ses troupeaui;. Ce jeune berger, ayant tué
par mégarde un cerf qu'il chérissait , expira de douleur; il fut changé en cyprès, \pollon s'attacha à la sibylle de Cumcs et lui accorda, pour prix de sa faiblesse, de prolonger sa vie pendant autant d'années
qu'il y avait de grains dans une poignée de sable qu'elle tenait. Elle se repentit cruellement de ce
vœu funeste; car
Sur les ailes du Temps les amours s'envolèrent,
La vieillesse arriva , les charmes s'éclipsèrent.
Sa génération passa les sombres bords ;
Elle n'eut bientôt plus d'amis que chez les morts.
Enfin, après mille ans, souffrante, misérable,
Seule dans l'univers, elle disait aux dieux :
Faite&-moi grâce au moins du dernier grain de sable,
Ou donnoz-moi quelqu'un jM)ur me fermer les yeux.
Cassandre, fille de Priam, consentit à écouter ses vœux s'il voulait lui accorder le don de deviner. Apollon le promit en jurant par le Styx. A peine eut-il fait ce serment , dont les dieux même ne pouvaient se délier, que Cassandre le railla de sa crédulité. Alors il ajouta au don, qu'il ne pouvait lui retirer, la restriction que l'on ne croirait jamais à ses prédictions. Puis, renonçant à cet amour, il sut plaire à la belle Climène, qui fut mère de Phaéton. A cette nymphe succéda la chaste Gastalie, qu'il poursuivit jusqu'au pied du Parnasse , où les Dieux la métamorphosèrent en fontaine. Un jour qu'Apollon se lamentait sur ses rives, il entendit une douce mélodie s'échapper du fond des bois. Il s'approcha et reconnut les neuf Muses , filles de Jupiter et de Mnémosvne. Ces nobles sœurs accueillirent un dieu dont les goûts répondaient aux leurs ; elles le
reçurent dans leur palais , et , lorsqu'ils se réunissaient pour parler des sciences et des arts :
Par un discours semé de fleurs , Calliope ouvrait l'assemblée.
Melpomène , triste et voilée , Des héros plaignait les malheurs , De l'amour déplorait les charmes, Et, par ses aimables douleurs, Faisait naître dans tous les cœurs Le plaisir du sein des alarmes.
Thalie , avec un air malin , Des traits aigus de la satire Criblait le pauvre genre humain ; En piquant elle le faisait rire.
Polymnie des héros racontait Les faits, les vertus, la mémoire.
Clio sur l'aile de la gloire Portait ces héros vers les cieux , Et les plaçait au rang des dieux.
Uranie ouvrant ses tablettes Lisait intelligiblement Le svstème du mouvement Des tourbillons et des planètes.
Enfin la champêtre Érato Chantait les amours du hameau Sur l'air plaintif de la romance.
Euterpe de son flageolet L'accompagnait; puis en cadence Terpsichore , par un ballet , Terminait gaîment la séance.
Demoïtstier.
Les Muses et Apollon eurent, pour parcourir tous
les lieux de la terre, un cheval ailé, nommé Pégase. Ce coursier, né du sang de Méduse, s'abattit un jour sur le Parnasse, et, d'un coup de pied, Gt jaillir THippocrène.
Cette iK)étique fontaine , Dont quelques écrivains badauds Se vantent de -boire les eaux En buvant les eaux de la Seine.
Dëmolstier.
Pégase s'arrête. Apollon saute sur son dos, fait placer les Muses en croupe, et le coursier, déployant ses ailes, les transporte soudain à la cour de BaccIms.Marsyas le Phrygien prit une flûte, et annonça qu il surpasserait la mélodie de la lyre divine. Vaincu dans la lutte , il fut attaché à un pin et écorcbé vif. Ses pleurs et son sang formèrent le fleuve qui porte son nom.
Pan, favori de Midas, roi de Lydie, voulut également se mesurer avec Apollon. Il chanta le premier, et Midas répétait avec enthousiasme ses chants, sans accorder la moindre attention à son céleste rival.
Tel un Ane, près d'un buisson, Éroutant la veux de son frère, Enchanté de l'entendre braire. Comme lui brait à l'unisson.
Demovstier.
Midas chantonnait encore, lorsqu il sentit pousser
SOUS sa chevelure une paire d'oreilles longues et velues. Pan pnl la fuite, et le prince, désolé, cuntia à son barbier le soin de dissimuler son inrortuue , mais en lui recommandant la discrétion. Celui-ci ne put long-teoips garder un si curieux secret. Il avait besoin de parler et n'osait le faire. Pour se soulager, il alla creuser lu terre dans un lieu écarté, et dit en s'incliuant : Le roi Midas a des oreilles
d'âne. Puis il referma le trou et s'éloigna. Peu de temps après des roseaux s'élevèrent à cette place , et ces roseaux agités répétaient sans cesse : Le roi Midas a des oreilles d'âne. I'a'. prince offrit alors des sacrifrces à Bacchus, qui, pour le consoler, lui accorda une faveur spéciale, celle de changer en or tout ce qu'il toucherait.
Au-dessus luil des cieux la rayonnante image ; Et le cercle des mois , sous des signes divers , D'une ceinture oblique embrasse l'univers.
Delillb y les Géorgiques.
Vôtu de la pourpre royale,
Le Soleil , sous un dais d'émeraude et d'opale , Au milieu de sa cour, rassemble sous ses lois Les Siècles et les Jours, et les Ans et les Mois, Et les Heures aussi, ses légères suivantes, L'une de l'autre en cen'le également dtstantt»s. Là i>arait couronné d'une tresse de fleurs Le Printemps au front jeune, aux riantes couleui>; L'Été robuste et nu, ceint d'une gerbe mûre; L'Autouuie (jui de jwimpre orne sa chevelure, Tout souillé des raisins que ses pieds ont pressés; Et l'Hiver aux cheveux blanchis et hérissés.
Demoustier.
Le culte d'Apollon est peut-ôtre celai qui fut le plus répandu dans rantiquité. On appelait pœans les hjmnes chantés en son honneur. C'était son cri de guerre contre le ser|)ent Python. On immolait sur ses autels un taureau ou un agneau blanc. On ajoutait à ces sacrifices des libations d'huile et de lait; on lui oflrait le corbeau, qui lit dans TaveDir; Taigle , qui fixe le soleil ; le coq, dont le cri salue son retour; et la cigale, qui chante son empire.
Le dieu était représenté sous la figure d'un jeune homme sans barbe , les cheveux blonds et flottants
et le front ceint de lauriers. H tenait de la main droite un arc et des traits ; de la gauche ', une lyre à sept cordes, emblème des sept planètes dont il entretient la céleste harmonie. Quelquefois il portait un bouclier et était accompagné des trois Grâces qui animent le Génie et les Beaux-Arts. On mettait un cygne à ses pieds.
Il avait une foule de temples; les plus fameux sont : celui de Délos , où se célébraient les jeux Pythiens ; celui du mont Soracte , dont les prêtres traversaient nu-pieds des brasiers ardents; et celui de Delphes, où les adolescents lui offraient leur chevelure : Apollon y rendait ses oracles par l'organe de la Sibylle. C'était une femme que Ton nommait aussi Pythonisse, parce qu elle avait pour siège un trépied d'or massif recouvert de la peau du serpent Python. L'histoire de ce trépied offre quelque intérêt. Des pécheurs, qui l'avaient trouvé dans leurs filets, consultèrent l'Oracle. Il leur dit de l'offrir à l'homme le plus sage de la Grèce. Ils le présentèrent au savant Thaïes , qui disait que de toutes les connaissances humaines la plus difficile était celle de soi-même. Thaïes envoya le trépied à Bias. Au moment où l'ennemi réduisait en cendres Priène, sa patrie, ce sage s'éloigna sans ses richesses, en disant : — J^empoi'te tout avec moi. Bias eut la modestie de refuser le trépied et de le
faire présenter û Pittacus, qui le fît passer à Cléobule, et celui-ci- à Périandre. Ce dernier l'oOrit à Soloa , qai , à son tour , le fit, porter à Chilon , dont la philosophie était : iiicn de trop. Enfin le trépied revint a Thaïes, qui le déposa dans le temple d'Apollon, où il servit à la Sibylle. Ce trait permet de juger en un moment les principes et la conduite des plus grands philosophes de la Grèce. Ces suges faisaient consister la philosophie dans la science de
livre heureux en pratiquant la verlu ; ils variaient dans ta marche à suivre, mais le but était toujours le même.
Lu Sibylle avait l'adresse de rendre les oracles en leur donnant toujours un sens équivoque, de sorte que l'événement, favorable ou contraire, se trouvait
d'accord avec la prophétie. Elle ne parlait qu'au milieu d'une agitation convulsive et d'une sorte d'extase. Les meilleures sibylles étaient celles qui savaient le mieux jouer les convulsions et modifier la vérité. Aussi ou disait de celle de Cumes :
Qui sait ressusciler mieux qu'elle? Qui sait mieux suffoquer, pâlir, Baisser sa mourante prunelle , Palpiter, chanceler, faiblir, Tomber, enfin s'évanouir?
Et qui jamais posséda mieux Les équivoques , la magie , Et le dédale insidieux De ladroite amphibologie?
Qui jamais sut avec plus d'art Peser la crainte et l'espéranci^ , Donner double face au hasard , Déguiser même l'évidence?
Qui sut mieux, en dépit du sort.
Avoir raison et donner tort?
Demoustirr.
D'autres temples fort célèbres d'Apollon étaient ceux d' Héliopolis et de Palmyre, construits dans de gigantesques proportions : rien n'avait été épargné pour leur donner une magnificence inouïe.
L'ivoire et l'argent pur, I or, présent do Vulcain , Font briller leur éclat sur les portes d'airain. La porte s'ouvre; on entre. Au fond du sanctuaire, Véhi de fiourpre et d'or, le dieu do la lumière
Sur son tronc d'opale apparaît radieux :
Tel il traîne à son char, dans le cercle des cieux ,
Le Jour au vol si prompt , les Heures plus rapides ,
Les vieux Siècles, le front chargé d'épaisses rides;
Des amours et des fleurs la riante Saison ,
Et le pompeux Été , père de la moisson ;
Les derniers fruits cueillis sur le sein de TAutomne,
Et le stérile Hiver que la vie abandonne.
I^ zone, sur Tautel, brillant et léger dais,
Enferme chaque signe en son vaste palais.
Là le Taureau superbe y proclame la guerre,
Les fatigues du soc, les bienfaits de la Terre.
Le Bélier, dans l'éclat de sa riche toison ,
Des arts industrieux figure la moisson.
Les doux (jémeaux, parmi les chants et l'allégresse,
Enchantent de l'Amour réternelle jeunesse.
Le Qmcer est l'espoir du hardi nautonier.
Le Lion dans les cœurs verse l'instinct guerrier.
Excite au repentir, au meurtre, à la colère.
La Vierge des Beaux-Arts fait briguer le salaire,
Inspire la pudeur, réprime les penchants.
Quand Bacchus de ses dons vient enrichir nos ch«nmps,
Celui que, sous son astre, enfante la Balance,
Fait révérer les lois, qu'il médite en silence.
DoiuoN, Valmijro conquise, ch. 1.
Auguste, qui préteudait (Mrc le fils d'Apollon, lui éleva un temple sur le mont Palatin. Les Délies étaient des HHes que les Athéniens et les autres États de la Grèce venaient célébrer tous les quatre ans à Dé- /os. Ceux qui faisaient partie de la députation sacrée s'appelaient Théores ou Déliastes.
L'histoire des Muses est tellement Hée à celle
LA MYTHOI.UCilE. 49
d'Apollon, que nous placerons ici qiiciques-anes de leurs aventures.
La première est in lutte qu'ollt's soutinrent contre les neuf filles de Piérus, roi de Mnci^doine, qui osèrent leur disputer le prix du chuiit. Les Piérides, vaincues , furent changées en pics.
Et <lopiiiâ lour mi>tiimur|ih(KiC , Eiles ont conserva tour volubilité ,
Et le lalonl, ^i rlii'r à lu licaiili!' , De (lire en bien des iiuils rJL'ii ou lrès-ivi>ii lii' i-Ih)so. Dehihstikh.
Un jour que les Muses s'étaient éloignûes de leur demeure, un ora^c les surprit l't clli's cliorcbùrent un nsilv dans le palais ilc Pyr<'ni'>i>, qui récitait on Phocide; mais elles v étaient à peine entréi-s, que
5U LA HYTHOLOGrE.
ce tyran ferma les portes et voulut leur Taire le plus grand des outrages. Aussitôt elles prirent des ailes et s'envolèrent. Pyrénée, qui voulut s'élancer après elles, tomba et fut brisé dans sa chute. Malgré la réputation de vertu «ju'avaient les Muses, on a prétendu i|ue Rhésus était fils de Terpsichore ; Linus, de Glio; et Orphée, de Culliope. Arion et Pindare étaient aussi enfants des Muses.
Les Romains leur avaient élevé un temple et consacré une fontaine.
LA MYTIIOLOGIK. 31