‹ La mythologie (volume 2)Chapitre 9 sur 77 · DIANE · texte numérisé non relu

DIANE

Diane était Glle de Jupiter et de Latone , et sœur jumelle d'Apollon. Au ciel elle porte le nom de Phœbé, et conduit le char de la Lune; sur la terre elle préside à la chasse et s'appelle Diane ; dans les enfers on la nomme Hécate, et elle est révérée des magiciens. Déesse de la chasteté , elle changea en cerf, et (it déchirer par ses propres chiens le chasseur Actéon , qui avait eu le malheur de la voir, par hasard, au bain. Calisto, Tune de ses nymphes, séduite par Jupiter, devint mère d' Arcas et fut métamorphosée en ourse. Son fils, devenu un chasseur habile, allait la percer de ses flèches, lorsque Jupiter, pour prévenir ce parricide, les plaça parmi les constellations. Calisto est la Grande Ourse et Arcas la Petite Ourse.

iEneus , roi de Galydon , négligeait le culte de Diane, la déesse envoya dans ses états un sanglier monstrueux. Les princes grecs lui firent aussitôt la chasse. Atalante, fille du roi d'Arcadie, le blessa la première, mais elle eût péri sous les coups de l'animal furieux, sans l'intrépidité de Méléagre, fils d'iEneus, qui tua le sanglier. Une querelle s'étant élevée pour la possession de la hure de ce monstre , Méléagre tua ses propres frères. Althéc, épouse d'iïlneus, indi-

:>2 LA MYTIIOLOUIE.

gnée de ce crime, jeta au feu un lison auquel la vie de Méléagre était attachée ; aussitôt ce prince sentit un Tfu i]ui le dévorait , et il expira au milieu des tourments les plus cruels. A cette vue, Althée se tua de désespoir, et les sœurs de la victime, nommées les Mé/éitgrides , furcint changées en poules.

Le bel Eudymion, petit-lils de Jupiter, avait osé porter des vœu\ coupaliies sur Junon; il fut condamné à un sommeil éternel dans les Enfers. La sévère Hécate, éprise des charmes de ce berger, l'arracha au pouvoir de Pluton et le plaça dans une grotte du mont Latmos , où elle le visitait toutes les nuits.

Un nuage aux mortels dérobail son absence. Au milieu do la nuit, dans ces vastes déserts, La nature à l'Amour semblait prêter silence ; Tout dormait, leurs cœurs seuls veillaient dans l'univers. Dehoiibtibh.

Ua représente Diane dans son costume de chasse : elle a le carquois sur les épaules , un arc est dans sa main ; sa robe est relevée , et elle retient son chien qui s' élance. Ses cheveux sont noués sur son front. Quelquefois on place sur sa tête un croissant dont les pointes sont tournées vers le ciel. Souvent elle est dans un char traîné par des cerfs, et dans sa main est un llambcau qui lui sert à effrayer les, bêles fauves.

ë-^-..- Elle recevait ^^ des mortels de "^^;. nombreux homfL mages. Le plus A- célébredesestemples était celui d'Éphèsc, qui a été mis au nombre des sept merveilles du monde , et qui i fut brûlé par Érostralc, le jour nu>mo do lu iiaissaii€i<

5i LA MYTHOLOGIE.

d'Alexandre-le-Grand. Cet insensé n'avait d'autre but que de rendre son nom à jamais célèbre, et il y réussit malgré les Éphésiens, qui défendirent que Ton prononçât son nom.

Les poètes ont chanté la sœur d'Apollon.

Éloigne tes pavots, Morphée, et laisse-moi Contempler ce bel astre aussi calme que toi , Cette voûte des cieux mélancolique et pure , Ce demi-jour si doux levé sur la nature , Ces sphères qui , roulant dans l'espace des cieux , Semblent y ralentir leur cours silencieux ; Du disque de Phébé la lumière argentée En rayons tremblotants sous ces eaux répétée , • Ou qui jette en ces bois, à travers ces rameaux , Une clarté douteuse et des jours inégaux ; Des différents objets la couleur affaiblie , Tout repose la vue et l'âme recueillie. Reine des nuits, l'amant devant toi vient rêver. Le sage réfléchir, le savant observer.

11 tarde au voyageur, dans une nuit obscure. Que ton pâle flambeau se lève et le rassure. Le ciel d'où tu me luis est le sacré vallon , Et je sens que Diane est la sœur d'Apollon.

Lemierre, les Fastes,

Ainsi qu'une jeune beauté

Silencieuse et solitiûre ,

Dos flancs du nuage argenté

La Lune sort avec mystère.

Fille aimable du ciel, à |)as lents et sans bruit, Tu glisses dans les airs où brille tii couronne,

Kt ton passiige s'environne Du lorlége jh)U)|h»u\ d(»s soleils de la nuit.

LA MYTHOLOGIE. 5r.

Ouc fui^lu loin <Je nous, qtianil l'aube bltincliiésanii'

Elface à nos yeux attristés Ton sourire charmant et l«s molles clartés^ Vas-Ui, plaintive et gémiasantc, Dans l'asile de la douleur Ensevelir ta beauté iangiiissanle?

Kille aimable du ciel. connai»-tu lo malheur? Maintenant revêtu de toute sa lumiôrn, Ton char voluptueux roule au-dessus des ntonts : Prolonge, s'il se peut, le cours de ta cambre. Et verse sur les mors les paisibles rayons. Baouh-[x>r)iia.^.

Diane avait, dans la Chersoiièse Taurique, un autel où l'on immolait tous ceux que le naufrage jetait sur ses l)ords inhospitaliers.

St'inélé, lille de Caclnius , roi de Thèbes, était enceinte de Jupiter; Juiion lui suggéra Ih désir de voir le roi des dieux dans tout l'appareil de sa gloire. Jupiter promit par le Styx, et Tut Forcé de tenir son serment : il apparut à Semblé, qui fut brûlée par la foudre. Cependant Jupiter prit l'enfaDt et le garda dans sa cuisse le reste des neuf mois ; puis i) le roiilin aux soins des nym|ilies de la moula-

gne de Nysa, qui furent transportées plus tard au ciel sous le nom d'Hyades. Au sortir de leurs bras, Silène devint son précepteur.

Son caractère était la bonhomie; 11 buvait sec, mais il avait le vin Joyeux et tendre; il eût, le verre en main, Fait rire en chœur toute une académie.

Auprès de lui , jamais lo noir chagrin N'osa rider le front de la Folie.

Nymphes, Bergers, Dryades et Sylvains, De ses chansons répétant les refrains.

L'environnaient de leur bruyante orgie.

Ht promenaient le meilleur des humains Sur le meilleur des coursiers d*Arcadie.

Dehoustier.

Malgré le genre d'éducation que recevait Bacchus, Tamour de la gloire se glissait dans son cœur. Après avoir vaillamment combattu pour Jupiter contre les Géants, il partit à la tête d'une armée innombrable pour faire la conquête de l'Inde; il soumit ces peuples a ses lois et leur enseigna à cultiver la vigne et à faire le vin.

Il revenait triomphalement sur des vaisseaux couronnés de pampres verts, lorsque, passant près de l'île de Naxos, il crut entendre une voix plaintive, et bientôt une femme éplorée vint lui demander son appui; c'était Ariane, fille de Minos, que Thésée, vainqueur du Minotaure, avait abandonnée après

3S LA MVTHOLUGIE.

l'avoir séduite. L« dieu Tut si touché de la candeur

et des qualités de cette jeune fille, qu'il l'épousa;

il lui oilVit une couronne , qui Tut changée en constellation.

Bacchus parvint à se Taire aîmer d'Érigone, (îllo d'icarius, en prenant la forme d'une grappe de raisin. Elle eut à peine exprimé sur ses lèvres le suc des premiers grains , qu'elle ressentit les elTets d'une douce ivresse. Plus tard, les pasteurs des environs d'Athènes, étnnt venus sous la treille d'icarius, burent avec excès ; puis , dans leur fureur, ils tuèrent leur hôte et te jetèrent au fond d'un puits. Les jeiia- Icitricns furent institués pour expier ce crime : on les célébrait en se balançant sur une corde attachée à deux arbres; c'est ce qu'on nomme escarpolette. Méra, petite chienne d'icarius, avait

LA MYTHOLOGIK. 59

conduit Érigone jusqu'au bord du puits fatal ; cette fille infortunée se pendit de désespoir, et Méra mourut de douleur. Icarius devint la constellation de Bootès; Érigone, le signe de la Vierge; et Méra, celui de la Canicule.

Le dieu des raisins alla , pour se consoler, rendre visite à Proserpine. La brune épouse de Pluton ne fut point insensible à ses vœux ; mais , après une absence de trois ans, Bacchus revint près d'Ariane, dont la fidélité et la douceur le touchèrent.

Près d'un mari volage ,

Patience, vertu, douceur, tendre langage, Sont de grands points

DsMOrSTIKR.

Ariane fut récompensée de sa sagesse et de sa fidélité par une constance qui ne se démentit plus.

lorsque les glaces de Tâgo Ont refroidi les amours, Près du fou , dans son ménage , En rappelant ses boaux jours.

Souvent un couple fidèle,.

Malgré ses cheveux grisons , Fait jaillir quehjue étincelle En rapprochant ses tisons.

Dans rhistoire mutuelle Qu'ils se font de leurs soupirs.

Chaque héritier leur rappelle L'é|KM|ue de leurs plaisirs.

DemoiStikr.

On immolait j) Bacchus le bouc, qui détroit les bourgeons de la vigne , et la pie , parce que le vin rend indiscret. Il est représenté avec des cornes, pour indiquer la Torce et l'audace de ceux qui sont ivres. On lui consacre le lierre, dont la froideur dissipe les fumées du vin. Il portait une javeline entourée de lierre et de pampres, et que l'on nommait tJiyrsv. Les Bacchantes, ses prêtresses ordinaires, brandissaient aussi le thyrse. Ses fêtes s'appelaient Tiiélériques , parce qu'on les célébrait

tous les trois ans, et Oi-ffics , d un mot qui signilifî fureur et impétuosité. Les Latins les appelaient LihfVdIiii ou BttcchiiiKihs. Dans l'Altiquc, elles se nommaient .Vscolios. Los Bucckantes , que Ion nommait aus.«i Mc'ii/ifles^ erraient dans les

montagnes avec des torches à la main , couvertes de peaui de tigres et de panthères.

Cependant fiacchus inspirait parfois des sentiments profonds et tendres. Corésns, l'un de ses favoris, était épris de Callirhoé. Le dieu, irrité delacruaulé de ses dédains, aUligea les Calydoniens d'une ivresse qni les conduisait à la mort. L'oracle déclara que le sacrifice de Callirhoé seul apaiserait Bacchus , à moins qu'une autre victime ne se présentât pour elle. La jeune fille allait être immolée lorsque Corésus se poignarda sur les marches de l'autel. Callirhoé, émue de douleur et de pitié , versa de si abondantes larmes qu'elle fut changée en fontaine.

6i LA MYTHOLOGIE.

Nous citerons ce passage des Géorgiques, C'est un Romain qui parle :

Un bouc était le prix de ces grossiers acteurs

Qui, de nos jeux brillants barbares inventeurs,

Sur un char mal orné promenaient dans rAltiquc

Leurs théâtres errants et leur scène rustique ,

Et, de joie et de vin à la fois enivrés,

Sur des outres glissants bondissaient dans les prés.

Nos Latins, à leur tour, ont des fils de la Grèce

Transjwrté dans leurs jeux la bachique allégresse :

Ils se forment d'écorce un visage hideux ,

Entonnent pour Bacchus des vers grossiers comme eux ,

Et de l'objet sacré de leurs bruyants hommages

Suspendent à des pins les mobiles images.

Soudain Taspoct du dieu fertilise les monti> ,

Les arides coteaux , les humides vallons.

Gloire, honneur à ce dieu! célébrons ses mvstères,

CJiantons jx)ur lui les vers que lui chantaient nos |H»res;

Qu'un bouc soit par la corne entraîné vers Tautel;

Préparons de ses chairs un festin solennel ;

Kt que le coudrier, de Si»s branches sanglantes.

Perce de l'ennemi les entrailles fumantes.

Delille, Géorg., liv. ii.

On représente toujours Racchus sous les traits d'un jeune homme au visage blond, frais, vermeil et réjoui. Il est sur un char attelé de tigres et de panthères, et porte une couronne de pampres.

J.-R. Rousseau a décrit, dans une cantate célèbre, la vie et les exploits de ce dieu, qu'on a chanté lanl de fois :

(ye>! l(»i, i\\\\n Uacchus, dunl je chante la gloire.

Nymphes, faites silence, écoutez nos concerts.

Qu'un autre apprenne à l'univers Du fier vainqueur d'Hector la glorieuse histoire ;

Qu'il ressuscite dans ses vers Des enfants de Pélops l'odieuse mémoire : Puissant dieu des raisins, digne objet de nos vœux,

C'est à toi seul que je me livre; De pampres, de festons, couronnant mes cheveux, En tous lieux je prétends te suivre.

Cest pour toi seul que je veux vivre Parmi les festins et les jeux !

Des dons les plus rares Tu combles les cieux , C'est toi qui prépares Le nectar des Dieux.

La céleste troupe , Dans ce jus vanté , Boit à pleine coupe L'immortalité.

Tu prêtes des armes Au dieu des combats, Vénus sans tes channes Perdrait ses appas.

Du fier Polyphéme Tu domptes les sens.

Et Phébus lui-même Te doit s<»s accents.

Mais quels ti*ansports involontaires Saisissent tout à coup mon esprit agité? Sur (juel vallon sacré, dans quels bois solitaires

Suis-jc on ce moment transporté?

Baœhus à mes regards dévoile ses mystères. Un mouvement confus de joie et de terreur M'échauffe d'une sainte audace ; Et les Ménades en fureur

N'ont rien vu de pareil dans les antres de Tlirace. Descendez, mère d'Amour; Venez embellir la fête Du dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour. Descendez, mère d'Amour; Mars trop long-temps vous arrête.

Déjà le jeune Sylvain , Ivre d'amour et de vin , Poursuit Doris dans la plaine ; Et les Nym[>hes des forêls, D'un jus pétillant et frais, Arrosent le vieux Sylène.

Descendez, mère d'Amour; Venez embellir la fête Du dieu qui fit la conquête Des climats où naît le jour.

Descendez, mère d'Amour; Mars trop long-temps vous arrêti».

Profanes, fuyez de ces lieux !

Je cède aux mouvements que ce grand jour m'inspire ! Fidèles sectateurs du plus charmant des dieux, Ordonnez le festin , apportez-moi ma lyre : (Célébrons entre nous un jour si glorieux. Mais, parmi les transports d'un aveugle délire, Éloignons loin d'ici ces bruits séditieux Qu'une aveugle vapeur attire.

Laissons aux Scvlhes inhumains Mêler dans leurs bancfuets le meurtre et le carnage;

Les dards du (>nt<mre sauvage Ne doivent point souiller nos innocentes mains. Biinnissons l'affreuse Bellonc De l'innocence des re[)as.

Les Satyres, Bacchus et Faune Détestent l'horreur des combats.

MaUiour aux mortels sanguinaires, Quif par de tragiques forfaits, Ensanglantent les doux mystères D'un dieu qui préside à la paix !

Bannissons Taffreuse Bellone De rinnocence des repas; Les Satyres, Bacchus et Faune Détestent Thorreur des combats, Veutron que je fasse la guerre ?

Suivez-moi, mes amis; ac<*ourez, combattez. Remplissons cette coupe; entourons-nous de lierre. Bacchantes, prêtez-moi vos thyrses redoutés. Que d*athlètes soumis! que de rivaux par terre! 0 fils de Jupiter, nous ressentons enfin

Ton assistance souveraine.

Je ne vois que buveurs étendus sur Tarène , Qui nagent dans des flots de vin.

Triomphe! victoire!

Honneur à Bacchus!

Publions sa gloire.

Triomphe! victoire!

Buvons aux vaincus!

Bruyante trompette.

Secondez nos voix , Sonnez leur défaite , Chantez nos exploits.

Triomphe! victoire!

Honneur à Bacchus !

Publions sa gloire.

Triomphe! victoire!

Buvons aux vaincus !

J.-B. Rousseau , Cantate i\.

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