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manière que se produisent les rois illustres et les peuples puissants. C’est en se faisant nationalité ou dynastie que le passé d’un empire devient fécond et peut produire l'avenir. Aussi c’est une chose fatale quand les peuples brisent des dynasties ; c’est une chose plus fatale encore quand les princes brisent des nationalités.
Messieurs, la nationalité polonaise était illustre ; elle
eût dû ètre respectée. Que la France en avertisse les
princes, qu'elle mette un terme et qu’elle fasse obstacle aux barbaries. Quand la France parle, le monde écoute; quand la France conseille, il se fait un travail mystérieux dans les esprits, et les idées de droit et de liberté, d’humanité et de raison, geriment chez tous les peuples.
Dans tous les temps, à toutes les époques, la France a juué dans la civilisation ce rôle considérable, et ceci n’est que du pouvoir spirituel, c’èst le pouvoir qu'exercait Rome au moyen âge. Rome était alors un État de quatrième rang, mais une puissance de premier ordre. Pourquoi ? C’est que Rome s’appuyait sur la religion des peuples, sur une chose d’où toutes les civilisations dé-
.coulent,
Voilà, messieurs, ce qui a fait Rome catholique puissante, à une époque où l’Europe était barbare,
Aujourd’hui la France a hérité d'une partie de cette puissance spirituelle de Rome; la France a, dans les choses de la civilisation, l’autorité que Rome avait et a encore dans les choses de la religion.
Ne vous étonnez pas, messieurs, de m’entendre mêler ces mots : civilisation et religion; la civilisation, c’est la religion appliquée. |
La France a été et est plus que jamais la nation qui préside au développement des autres peuples.
Que de cette discussion il résulte au moins ceci : les princes qui possèdent des peuples ne les possèdent pas comme maîtres, mais comme pères ; le seul maître, le vrai maître est ailleurs ; la souveraineté n’est pas dans les dynasties, elle n’est pas dans les princes, elle n’est pas dans les peuples non plus, elle est plus haut : la souveraineté est dans toutes les idées d’ordre et de justice, là souveraineté est dans la vérité.
Quand un peuple est opprimé, la justice souffre, la vérite, la souveraineté du droit est offensée; quand un prince est injustement outragé ou précipité d'un trône, la justice souffre également, la civilisation souffre également. Il y a une éternelle solidarité entre les idées de justice qui font le droit des peuples et les idées de justice qui font le droit des princes. Dites-le aujourd’hui aux têtes couronnées comme vois le diriez aux peuples dans l’occasion. Que les hommes qui gouvernent les autres hommes le sachent, le pouvoir moral de la France est inmense, Autrefois, la malédiction de Rome pouvait placer un empire en dehors du monde religieux ; aujourd’hui, l'indignation de la France peut jeter un prince en dehors. du monde civilisé.
Il faut donc, il faut que la tribune française, à cette heure, élève en faveur de la nation polonaise une voix désintéressée et indépendante ; qu’elle proclame, en celte occasion, comme en toutes, les éternelles idées d'ordre et de justice, et que ce soit au nom des idées de stabilité et de civilisation qu’elle défende la cause de la Pologne opprimée. Après toutes nos discordes et toutes nos guerres, les deux nations dont je parlais en commençant, cette France qui a grandi et müûri la civilisation de l’Europe, et cette Pologne qui l’a défendue, ont
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subi des destinées diverses : l’une a été amoindrie, mais elle est restée grande ; l’autre a été enchatnée, mais elle est restée fière. Ces deux nations aujourd’hui doivent s'entendre, doivent avoir l’une pour l’autre cette sympathie profonde de deux sœurs qui ont lutté ensemble, Toutes deux, je l’ai dit et je le répète, ont beaucoup fait pour l’Europe : l’une s’est prodiguée, l’autre s’est dévouée, |
Messieurs, je me résume et je finis par un mot. L’intervention de la France dans la grande question qui nous occupe, cette intervention ne doit pas être une intervention matérielle, directe, militaire, je ne le pense pas. Cette intervention doit être une intervention purement morale; ce doit être l'adhésion et la sympathie hautement exprimées d'un grand peuple, heureux et prospère, pour un autre peuple opprimé et abattu : rien de plus, rien de moins.
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