L'ÉTAT DE SIÉGE
(2 septembre (848.)
Débat sur la proposition de M. Liechtenberger, représentant de Strasbourg, demandant que l’état de siége soit levé avant Ja discussion de la Constitution. — :Combättu par le général Cavaignac. — Explication demandée par M. Victor Hugo sur la manière dont le général Cavaignac entend l’état de siége.
M, VICTOR HUGO. — Au point où la discussion est arrivée, il semblerait utile de remettre la continuation de la discussion à lundi, (Non! non! Parlez! parlez!) Je trois que l’Assemblée ne voudra pas fermer la discussion avant qu’elle soit épuisée, (Von ! non!) ;
Je ne veux, dis-je, répondre qu’un mot au chef du pouvoir exécutif, mais il me paraît impossible de ne pas replacer la question sur son véritable terrain.
Pour que la question soit sainement discutée, 1l faut deux choses : que l’Assemblée soit libre, et que la presse soit libre, (Zrterruption.)
Ceci est, à mon avis, le véritable point de la question : l’état de siége implique-t-il la suppression de la liberté de la presse ? Le pouvoir exécutif dit oui; je dis non. Qui a tort? Si PAssemblée hésite à prononcer, l’histoire et l’avenir jugeront.
L'Assemblée nationale a donné au pouvoir exécutif l’état de siége pour comprimer l'insurrection, ét des lois pour réprimer la presse : lorsque le pouvoir exécutif confond l’état de siége avec la suspension des lois, il est dans une erreur profonde, et il iniporte qu’il soit averti. (A gauche : Trés-bien !)
Ce que nous avons à dire au pouvoir exécutif le voici :
L'Assemblée nationale a prétendu empècher la guerre civile, mais non interdire la discassion; elle a voulu désarmer les bras, mais non bäillonner les consciences. (Approbation à gauche.)
Pour pacifier la rue, vous avez l'état de siége: pour contenir la presse, vous avez les tribunaux. Mais ne vous servez pas de l’état de siége contre la presse: vous vous trompez d'arme, et en croyant défendre la société, vous blessez la liberté. ( Mouvement.)
Vous combattez pour des principes sacrés, pour l’ordre, pour la famille, pour la propriété; nous vous suivrons, nous vous aiderons dans le combat; mais nous voulons que vous combattiez avec les lois.
UNE VOIX. — Qui, nous?
M. VICTOR HUGo. — Nous, l’Assemblée tout entière.
(A gauche : Trés-bien ! très-bien!) - Il m'est impossible de ne pas rappeler que la distinction a été faite plusieurs fois et accomplie et accueillie par vous tous, entre l’état de siége et la suspension des lois.