LA PEINE DE MORT
(156 septembre 1848.)
Je regrette que cette question, la première de toutes peut-être, arrive au milieu de vos délibérations presque à l’improviste, et surprenne les orateurs non préparés.
Quant à moi, je dirai peu de mots, mais ils partiront du sentiment d’une conviction profonde et ancienne.
Vous venez de consacrer l’inviolabilité du domicile, nous vous demandons de consacrer une inviolabilité plus haute et plus sainte encore : l’inviolabilité de la vie humaine.
Messieurs, une constitution, et surtout une constitu-
4. Ce discours fut prononcé dans la discusion de Particle 5 du projet de Constitution.
Cet article était ainsi conçu : La peine de mort est abalie en matière politique.
Les représentants Coquerel, Kœnig et Buvignier propossient par amendement de rédiger ainsi cet article 6 :
La peine de mort est abolie.
Dans la séance du 48 septembre cet amendement fut repoussé par 498 voix contre 216. (Note de l'éditeur.)
tion faite par la France et pour la France, est nécessairement un pas dans la civilisation. Si elle n’est point un pas dans la civilisation, elle n’est rien. (7rés-bien! très bien!)
Eh bien ! songez-y, qu'est-ce que la peine de mort? La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. (Mouvement.) Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne. (Sensation.)
Messieurs, ce sont là des faits incontestables. L’adoucissement de la pénalité est un grand et sérieux progrès. ‘
Le dix-huitième siècle, c’est là une partie de sa gloire, a aboli la torture ; le dix-neuvième siècle abolira la peine de mort. (Wive adhésion. — Plusieurs voix : Oui ! oui!)
Vous ne l’abolirez pas peut-être aujourd’hui; mais, n’en doutez pas, demain vous l’aboliréz, ou vos successeurs l’aboliront: (Les mêmes voix : Nous l'abolirons ! Agitation.)
Vous écrivez en tête du préambule de votre constitution : « En présence de Dieu, » et vous commenceriez par lui dérober, à ce Dieu, ce droit qui n'appartient qu'à lui, le droit de vie et mort! (Trés-bien ! très-bien !)
Messieurs, il y a trois choses qui sont à Dieu et qui n’appartiennent pas à l’homme : l’irrévocable, l’irréparable, l’indissoluble. Malheur à l’homme s’il les introduit dans ses lois! (Mouvement.) Tôt ou tard elles font plier la société sous leur poids ; elles dérangent l’équilibre nécessaire des lois et des mœurs; elles ôtent à la justice humaine ses proportions, et alors il arrive ceci, réfléchissez-y, messieurs, que la loi épouvante la conscience. (Sensation.)
Je suis monté à cette tribune pour vous dire un seul mot; ce mot, le voici. (Ecoutez! écoutez!)
Après février, le peuple eut une grande pensée : le lendemain du jour où il avait brûlé le trône, il voulut brûler l’échâfaud. (Tres-bien !)
Ceux qui agissaient sur son esprit alors ne furent pas, je le regrette profondément, à la hauteur de son grand cœur. ( A gauche : Trés-bien!) On l’empécha d'exécuter cette idée sublime.
Eh bien! dans le premier article de la constitution que vous votez, vous venez de consacrer la première pensée du peuple : vous avez renversé le trône. Maintenant consacrez l’autre : renversez l’échafaud. ( F'if assentiment sur tous les bancs.)
Je vote l'abolition pure, simple et définitive de la peine de mort. (Trés-bien ! trés-bien !)
POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE ET CONTRE L'ÉTAT DE SIÉGE AU POINT DE VUE DE CETTE LIBERTÉ.
(14 octobre 1848.)
Si je monte à la tribune, malgré l’heure avancée, malgré les signes d’impatience d’une partie de l’Assemblée (Non! non! Parlez!), c'est que je ne puis croire que, dans l'opinion de l’Assemblée, la question soit jugée. (Non! elle ne l’est pas!) En outre, l’Assemblée considérera le petit nombre d’orateurs qui soutiennent en ce moment la liberté de la presse, et je ne doute pas que ces orateurs ne soient protégés, dans cette discussion , par ce double respect que ne peuvent manquer d’éveiller, dans une assemblée généreuse, un principe si grand et une minorité si faible. (Trés-bien !)
Je rappellerai à l'honorable ministre de la justice que le comité de législation avait émis le vœu que l’état de