‹ La mythologie racontée aux enfants (volume 2)Chapitre 1 sur 11 · La mythologie racontée aux enfants · texte numérisé non relu

La mythologie racontée aux enfants

bien davantage dans les contrëes de l'Orient, c'est-à-dire dans les pays qui sont du côté où le soleil se lève. Là, toute l'atmosphère paraît enveloppée d'un voile de lumière : les flots de la mer, en s'agitant, semblent se couvrir d'étincelles ; les regards sont frappés d'une riche végétation ; une vapeur douce et rafraîchissante à la fois se glisse sous le feuillage des arbres ; les fruits que Ton y cueille paraissent plus exquis, les moissons y sont plus abondantes , et non loin de là , comme pour mieux faire apprécier, par le contraste , les bienfaits dont la Providence a comblé cet heureux coin de la terre , s'étendent des marais fétides ou de vastes déserts desséchés par le soleil, sans arbres, sans verdure, où jamais une goutte de pluie ne désaltère le sol , et sur lesquels soufflent par intervalles des vents violents qui soulèvent des montagnes de sable.

Aussi c'est dans l'Orient, mes petits amis, que l'aspect de cette nature si variée et si féconde a comniencé à frapper les peuples, qui, comme nous , n'avaient point le bonheur de connaître et d'aimer le vrai Dieu ; ces hommes , tout grossiers qu'ils étaient , comprirent bientôt que ces merveilles, qui leur paraissaient si sagement réglées, ne s'étaient pas créées d'elles-mêmes, et ne se conservaient point par hasard; mais, comme ils étaient fort ignorants , ils imaginèrent que toutes les choses qui excitaient leur admiration étaient l'ouvrage de mille dieux différents.

Ce fut ainsi qu'ils se persuadèrent que la terre qui les nourrissait était une bonne déesse, mère commune de tous les hommes, que la mer n'était

contenue dans son lit que par un dieu qui la gouvernait à sa volonté ; que les fleuves qui arrosaient leurs prairies étaient autant de divinités bienfaisantes.; que le soleil surtout, ce grand astre qui nous donne la lumière et fait mûrir les moissons, était le dieu suprême, dont la lune, avec son disque d'argent , devait être la femme ou la sœur. Enfin il^n'y eut pas d'extravagances qu'ils ne s'imaginassent, et qu'ils ne crussent fort raisonnables.

Une fois qu'ils curent conçu cette idée, ils ne s'arrêtèrent pas là 2 les bois , les champs, les profondeurs de la mer, les étoiles qui brillent au ciel et qui forment ce que l'on nomme des constellations, furent peuplés de divinités qu'ils multiplièrent ainsi h l'infini. Chaque arbre eut sa déesse qui devait vivre et mourir avec lui ; chaque ruisseau fut consacré par une naïade, ou nymphe de l'onde. Il y eut une déesse qui présidait aux fleurs, une autre aux fruits; un dieu pour les troupeaux. Enfin il n'y eut bientôt plus un seul bienfait de la Providence qui ne lut placé sous la protection de quelque divinité, à laquelle on se hâta de donner une figure , et de consacrer des autels.

Or, jusqu'alors la reconnaissance seule avait créé des dieux; la crainte et la souffrance en imaginèrent d'autres; on éleva des temples a la mort , à la poste , à la guerre, à la tempête, à tous les fléaux qui désolent l'humanité et ravagent le monde. On adora des dieux méchants, comme on avait adoré des dieux bons.

C'est l'histoire de ces dieux difl'ércnts, du culte

qu'on leur rendait ^ de la figure sous laquelle ils étaient représentés , que l'on nomme la Mytholo^ gie, et que je veux vous raconter à présent, pour que vous puissiez mieux comprendre plus tard quelques-uns. des récits que vous trouverez dans d'autres livres* Cette histoirc«Ià ne sera point vraie, je vous en préviens, et on lui donne avec raison le nom de Fable; mais elle n'en est pas moins indispensable à connaître, pour des enfants bien élevés, et je vous engage à l'écouter averî attention, parce qu'elle n'est pas moins instructive qu'amusante.

IiM «lYlnlIéfl de l'Inde.

On tous dirait, mes bons petits amis, qu'il y a dans le monde un pays où les rivières roulent un sable mêlé de paillettes d'or; où les montagnes produisent des pierres précieuses et des mines inépuisables d'argent; où l'on trouve les animaux les plus rares et des plus belles espèces ; où les hommes mêmes ont la peau de différentes couleurs, depuis celle du cuivre rouge le plus brillant, jusqu'à celle du. bronze le mieux poli; vous vous imagineriez sans doute , non sans apparence de raison, que Ton vous fait un conte, plus incroyable que ceux du Petit Poucet ou de ï Adroite Princesse.

Eh bien ! ce pays merveilleux, ce pays qui offre des choses si extraordinaires, existe en effet en Asie, et on le nomme YInde. Les, habitants de cette contrée s'appellent les Indovs.

11 y a bien des années, oh ! mais un si grand nombre d'années, que jamais personne n'a pu les compter , cette belle contrée n'existait point en-

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core, et tout l'onivcps ne formait qu'une immense étendue d'eau couverte de ténèbres.

Or voilà que tout à 'coup une jeune et belle créature, h laquelle on donne ordinairement dans rinde le nom de Bhavani^ parut sur la surface des flots, et d'abord elle fut effrayée de se trouver ainsi ballottée par les vagues dans une profonde obscurité; puis, peu à peu, s'accoutumant à cette existence toute nouvelle pour elle, elle se livra â une joie naïve, et se mit à sauter de gaieté, à peu près comme un jeune enfant à qui l'on vient de donner un beau joujou, ou plutôt comme un petit poisson qui saute le soir à la surface d'un étang pendant les grandes chaleurs de l'été. Mais •tandis que dans sa joie elle faisait ainsi mille extravagances, elle laissa échapper trois œufs qui , en se brisant , firent éclore trois jeunes dieux , nommés Brahma , Vichnou et Shiva , c'est-à-dire le créateur., le conservateur et le destructeur.

Maintenant il faut que vous sachiez que ces trois personnages sont les grandes divinités de l'Inde, où ils sont adorés quelquefois sous une seule figure à trois tètes, que l'on nomme la Tri" mourti. J'aurai plus d'une fable à vous raconter sur chacun d'eux, en commençant par Brahma, qui fut le créateur de toutes choses , à l'exception de la mer, car il y avait avant lui un dieu inconnu et tout-puissant qui avait créé l'eau, sans le secours de personne.

Brahma ddnc, qui devint à l'instant même de sa naissance un personnage raisonnable, se trouva assis au mih'cu des eaux sur une fleur de loiuSp

DIVINITÉS DE l'iNDE.

pladte qui croit assez fréquemment dans les fleures sous les climats chauds; et il faut eonve-

[Drahma, Vichnou et Shiya.]

nir que sa figure eût été effrayante à voir en ce moment , s'il y avait eu quelqu'un pour le regarder, puisqu'il avait quatre têtes sur un seul corps, et autant de bras.

Autour du dieu régnaient d'épaisses ténèbres que les yeux de ses quatre têtes ne pouvaient percer^ et il demeurait frappé d'étonnement de sa naissance mystérieuse, lorsque tout h coup^ne voix se fit entendre h ses oreilles, et lui ordonna d'implorer celui qui lui avait donné l'être. Alors Brahmây se prosternant, vit s'ouvrir devant lui

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toutes les merveilles de la création, qui semblaient assoupies , et après être resté cent ans en contemplation devant ce prodigieux spectacle, il se mit à créer l'univers , c'est-à-dire le ciel , la terre, les astres, les plantes, les arbres, les rochers, et enfin tous les animaux. Le globe fut placé par lui sûr le sommet d'une haute montagne, que les Indous nommaient le mont Mérou.

Cependant, mes enfants, la terre demeurait déserte ; le soleil chaque jour se levait et se couchait, sans qu'il y eût personne pour admirer son éclat, et les moissons qui croissaient naturellement n'étaient point récoltées , lorsque Brahma résolut de tirer de sa tête un homme qu'il nomma Brahman^ ce qui signifie prêtre, auquel il donna quatre livres , appelés les rédas ou la parole jde SCS quatre bouches, dans lesquels il lui ordonna d'étudier jusqu'à la fin du monde. Puis comme le prêtre, redoutant les bêles féroces dont les forêts étaient remplies, ne pouvait se livrer paisiblement à la lecture, le dieu tira de son bras droit un guerrier pour défendre le prêtre.

Mais tandis que ces deux hommes étaient occupés, l'un à étudier les Védas, l'autre à combattre les animaux féroces, il n'y- avait personne qui cultivât la terre, et leur fournît leur nourriture ; ils se plaignirent donc à Brahmn, qui tira de sa cuisse un troisième homme , pour être à la fois laboureur et commerçant. Enfin comme ces trois hommes ne pouvaient encore tout faire à eux seuls, le dieu consentit à tirer de son pied un nrtisan, qui fut chargé de travailler pour ses frères.

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