DIVINITÉS DE L INDE
Ceci doit nous apprendre, mes enfants, que tous les hommes sont nécessaires les uns aux autres, que leuï^ devoir est de s'aimer et de se servir mutuellement; c'est pour cela que les égoïstes sont détestés de tout le monde, et en vérité on a bien raison de ne pas aimer ceux qui ue veulent obliger personne.
Brahma donna ensuite une femme à chacun de ces personnages, et ces quatre familles devinrent la source d'autant de castes , c'est-h-dire de races d'hommes qui subsistent encore aujourd'hui dans l'Inde : ce sont celles des prêtres , des guerriers, des laboureurs et des artisans. Mais ce qui distingue ces différentes castes encore plus que les états qu'elles exercent, et qu'elles ne peuvent abandonner, c'est la diversité de leur couleur.
Les prêtres et les guerriers ont la peau presque aussi blanche que les habitants de l'Europe; les laboureurs et les marchands sont de la couleur du cuivre poli ; et enfin les artisans et les ouvriers ont presque celle de ces écritoires de bronze que vous avez vues quelquefois sur les bureaux. H y a encore dans l'Inde une cinquième caste , qui est celle des parias. Les hommes et les femmes de cette race sont tellement détestés de tous les Indous, qu'ils vivent relégués dans des habitations isolées , et que chacun aurait horreur de les toucher. Ces malheureux parias sont d'ailleurs reconnaissahles à la couleur de leur peau, qui est d'un noir sale.
Après cela, Brahma devint si orgueilleux d'avoir inventé les Védas et créé le monde, qu'il se crut supérieur à ses frères Vichnou et Shiva;
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mais comme vous savez que l'orgueil est un trèsgrand défaut, il ne tarda pas à en être puni, et fut précipité du haut des cieux jusqu'au fond de Tabime sur lequel la terre est suspendue. Il fut oblige, avant de remonter au ciel, de paraître dans le monde sous quatre formes différentes ci'animaux ou d'hommes méchants, et les Indous croient encore aujourd'h,ui qu'il n*a repris sa place auprès de ses frères qu'après avoir subi cette pénitence.
Gomme je vous ai prévenus, en commençant, que toute la Mythologie n'est qu'une suite de fables , je n'ai pas besoin de vous répéter ici que cette histoire de Brahma , ainsi que tantes celles qui la suivront, n'est absolument qu'un conte; mais ces sortes de contes sont fort instructifs, parce qu'ils ne sont pour la plupart que d'ingénieuses allégories, sous lesquelles les hommes les plus éclairés des anciens temps prétendaient cacher aux ignorants les secrets de la nature et de la toutc-*puissance de Dieu.
liCii mélamorphoses de TIehmoa.
Quoique le dieu Vichnou ne fût pas moins puissant que Brahma chez les Indous, il ne fut point employé, comme son frère, h la création du monde , mais il demeura chargé de veiller à la conservation de ce merveilleux empire, et des trésors qu'il renferme. Toutes les fois que quel*
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que catastrophe a menace le globe ou ses habitants, disenMes adorateurs de ce dieu, il s'est montré sur la terre sous une forme différente : c'est ce que l'on nomme les métamorphoses de Viehnou, et le récit de quelques-unes de ses aventures est assez singulier pour que je vous engage à l'écouter.
La première fois que Vichnou descendit du ciel , c'était pour retrouver les livres sacrés des Védas, qu'un géant enhemi des dieux avait emportés; après les avoir cherchés pendant longtemps dans tous les coins de la terre, le dieu découvrit enfin que le ravisseur les avait cachés au fond de la mer; aussitôt, prenant la forme d'un poisson, il plongea dans les flots, atteignit le géant, et lui arracha les livres précieux que Brahma avait autrefois confiés à ses prêtres.
Un jour, les dieux ayant inventé un breuvage mystérieux qui devait donner Timmortalilé à tous ceux auxquels ils permettraient d'en goûter , de mauvais génies se présentèrent et voulurent en avoir leur part. Alors il s'éleva une violente querelle entre les dieux et ces génies , qui se livrèrent un si furieux combat que le mont Mérou, qui soutient la terre, fut précipité dans la mer, et le globe entier allait périr, lorsque Vichnou prit la forme d'une immense tortue, et supporta le monde sur son dos jusqu'à ce que la terre eût repris sa place. Mais il ne put empêcher qu'une partie du breuvage divin ne se répandit sur la surface des eaux, et ne les changeât en une mer de lait, d'où sortirent alors plusieurs choses merveilleuses, telles qu'un éléphant blanc h trois
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trompes , et un sopeAe cheval h trois têtes.
Cependant , mes petits amis, quoique les mauvais génies, qui se montraient ordinairement sous la forme de géants monstrifeux, eussent été vaincus par les dieux , ils ne renonçaient pas à détruire l'ouvrage de Brahma ; et Tun d'entre eux, ayant roulé la terre comme une feuille de papier, l'emporta sur ses épaules jusqu'au fond de l'abime. Mais Vichnou, l'ayant appris, se métamorphosa en sanglier, d'autres disent tout simplement en pourceau , et , attaquant le géant , il ramassa la terre sur son groin et la remit à sa place.
Vichnou reparut encore plusieurs autres fois sous diverses formes d'animaux, et chaque fois ^il sauva le monde de quelque grand péril; mais il se lassa enfin de se cacher sous ces métamorphoses ignobles, et ne voulut plus se^montrer que sous la figure humaine.
Dans ce temps-là il y avait un roi nommé Bali, dont le royaume était si étendu , qu'il possédait, dit-on, le ciel, la terre et les enfers; aussi sa puissance lui inspirait-elle tant d'orgueil, que Vichnou indigné résolut de le punir. A cet effet, le Sieu^ ayant pris la figure d'un brahman, si petit, si petit , qu'il pouvait passer pour un nain , se présenta devant le roi , et , après l'avoir amusé par quelques tours de gentillesse, le pria de lui donner pour récompense trois pas de terrain dans son vaste empire. Bali se mit à rire en entendant cette demande, car les trois pas que le brahman aurait pu faire avec ses petites jambes ne valaient point un demi-pas d'un homme ordinaire ; et il lui accorda aussitôt ce qu'il désirait. Mais le dieu,