‹ La mythologie racontée aux enfants (volume 2)Chapitre 11 sur 11 · L'EMPIRE DE NEPTUNE · texte numérisé non relu

L'EMPIRE DE NEPTUNE

Montons ensemble sur ce joli navire que noua voyons sur le bord de la mer, et laissons-nous porter par les flots au milieu de cette plaine liquide. Nous allons faire connaissance avec quel** ques divinités qui ne se montrent guère hors de leur élément et sur lesquelles la Mythologie rapporte plusieurs fables fort curieuses. >

Vous savez que Neptune reçut en partage rem*** pire des mers, qui couvrent une partie du globe; il aurait donc pu se contenter du lot qui lui était échu ; mais il parait qu'il aurait désiré quelque autre domaine, car il ne tarda pas à se brouiller avec Jupiter, qui lui ôta son sceptre et l'exila mâme ^ur la terre.

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Ce dieu^ ne sachant qlie devenir, prit un singulier métier pour une divinité déchue : il se fit maçon 1 et alla offrir ses services à Loùmidùn, roi de Troie, qui s'occupait' alors de faire bâtir les murailles de sa ville^ Ce prince agréa le dieu banni, qui se mit aussitôt à l'ouvrage ; mais lorsque le travail fut achevé , il refusa de payer à l'ouvrier le prix dont il était convenu, et celui*ci, indigné de cette mauvaise foi, suscita contre la nouvelle ville un monstre marin qui eu ravagea les environs, et renversa les murailles mêmes qui venaient d'être achevées. 11 fallut que, pour apai^ ser le courroux du dieu, Laomédon , par le conseil d'un oracle, exposât sa propre fille à être dévorée par le monstre^ ce qui certainement serait arrivé ^ si cette princesse n'eut été sauvée de ce péril par le courage d'un demi-dieu nommé B^t^ cule, sur lequel j'aurai plus d'une fable à vous raconter. Mais vous allez me demander peut-être ce que c'était qu'un demi-dieu , et je dois vous dire que l'on donnait ce nom à des héros qui , après avoir rendu de grands services aux hommes pendant leur vie , recevaient les honneurs divins après leur morte

Heureusement pour Laomédon, Neptune, ayant été rappelé dans son empire par Jupiter, dont la colère était apaisée, ne songea plufjju'à gouverner sagement ses États, et la vengeance du dieu marin no fut pas poussée plus loin.

Or, il faut que vous sachiez, mes bons amis, quç, dans ce temps-là, la mer était peuplée d'une miàtitude de belles nymphes, nommées Néréides, parce qu'elles {msaient pour les filles du

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plus vieux des dieux de la mer, que Ton appelait Mèrée.

Un jour que ces nymphes se montraient k la surface des eaux, assises sur le dos argenté des dauphins, et la tête ornée de perles et de corail, Neptune, qui n'avait pas encore songé à prendre une femme, remarqua parmi elles la jeune Am^ phitritej dont la beauté surpassait celle de toutes ses sœurs, et il se hâta de la demander en mariage ; la belle Néréide parut d'abord peu disposée & partager l'empire de la mer avec ce dieu, qui avait la réputation d'être un peu bourru, mais ensuite, par le conseil d'un dauphin de ses amis, elle consentit enfin à épouser Neptune. En reconnaissance de ce service* signalé, le dieu plaça ce dauphin parmi les signes célestes, tandis qu'Amphitrite, devenue reine des mers, reçut tous les honneurs attachés à sa divinité.

Lorsque la déesse se mettait en voyage pour parcourir son empird^ elle prenait place sur une conque de nacre d'une blancheur éclatante, que surmontait une grande voile flottante, couleur de pourpre, des chevaux plus blancs que la neige traînaient son char, environné de Tritons, sorte de monstres, moitié hommes, moitié poissons, qui s'avançaient en sonnant de la trompette ((ans de grands coopillages recourbés. Quelquefois sur son passage,*^ présentait le rusé Protée, bergef des troupeaux marins de Neptune , qui chassait devant lui des plioques et des marsouins, au lieu de grasses génisses ou de timides brebis.

Ce dieu Prêtée, mes enfants, jouissait chese les anciens d'une singulière réputation : on assurait

que Neptune, en récompense de ses services, lui avait donné la connaissance du passé, du présent et de l'avenir ; mais il n'était pas ai^éde l'obliger à dire ce qu'il y voyait , car lorsque quelqu'un venait le consulter, il prenait soudain toutes sortes de formes épouvantables pour éloigner ceux qui le questionnaient. : tantôt il se montrait sous la figure d'un lion , d'un tigre , d'un sanglier furieux ; tantôt il se changeait en eau ou en un feu ardent. Il n'y avait pas d'autre moyen de l'obliger à parler que de le surprendre pendant son sommeil, et de le lier de manière k ce qu'il ne pût pas s'échapper.

Cependant Amphitrite n'était pas la seule souveraine de la mer, et Téthys, fille du Ciel et de la Terre, et femme de l'Océan, partageait avec elle le sceptre de l'empire humide. Cette déesse avait, dit-on, un palais où le soleil descendait se reposer chaque soir.

Vous voyez que dans ce^emps-là la mer, qui ne contient aujourd'hui qirc ^des poissoiis et des coquillages, ne manquait pas de divinités pour veiller à la conservation de ses flots ; mais tous ces ' dieux divers, et Neptune lui-même, n'étaient pas toujours les maîtres de maintenir la paix dans cet empire mobile.

Lorsque le vieux Éole^ père et gardien des vents, laissait échapper quelques-uns de ses turbulents enfants des outres où il les tenait habi- . tueliement enfermés, leur souffle impétueux soulevait les vagues et excitait d'effroyables tempêtes ; il fallait quelquefois que Neptune, s'élevont sur les flots, leur imposât silence en Icf^ menaçant de

MYTHOLOGIB

sa colère. Les plus terribles de ees Tenlt étaient l'Aquilon et l'Àuster, image des vents du nord et du midi, si souvent funestes aux navigateurs. Un jour même,^Eolc ayant oublié de fermer la porte de la caverne où ces furibonds étaient couitenus, il^ occasionnèrent dans le monde une si affreuse tempête, que c'est depuis ce temps, dit* on, que la Sicile fut séparée de l'Italie par la vio^^ lence do la mer.

[Neptune]

Lé cbar de Neptune, trainé par quatre chevauK éeumants, dont le corps se terminait en queue de poisson, avait la forme d'une large coquille; les roues en étaient d'or et semblaient voler sur la flilMrfttoe des flots; le dieu y paraissait assis, et te-

naît eh maîn un tpîdcnt, c'est-à-dire une fourche à trois pointes; son visage était barbu, et sa tète courounëe de plantes marines. Le cheval et le taureau étaient consacrés à ce dieu et on les lui offrait en sacrifice.

C'était en l'honneur de Neptune que se célébraient à Gorinthe les jeux Isthmiqucs, où le consul Flaminius fit proclamer par un héraut la liberté de la Grèce , ainsi que vous vous souvenezisans doute de l'avoir lu dans l'Histoire ancienne.

[Minerve.] I«a nalsMmee de MUnerve.

Un jour Jupiter (c'est un des noms que les poètes

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donnent quelquefois à Jupiter), é. rouvnni*. un mal de tête insupportable, ordonna à VulcaiiA de lui fendre le cerveau d'un coup de hache; le remède, me direz-vous, était pire que le mal, mais iX produisit un effet merveilleux,; car la Sagesse, sous les traits d'une jeune et belle femme armé^^ de pied en cap, sortit du cerveau du maître desdietix^ qui lui donna le nom de Minerve.

C'est une grande et ingénieuse idée, mes p13tits amis, que de faire naître Minerve de la cciN velle du souverain maître qui doit nécessairemen t posséder la sagesse éternelle, puisqu'il règle les' merveilles de cet univers.

Vous concevez aisément que cette fille de Jupiter fut le modèle de toutes les perfections ; aussi belle que le jour, car il n'y a rien d'aussi beau que la sagesse, elle s'adonna dès sa naissance à inventer les arts, qui manquaient encore au genre humain dans ee temps-là ; ce fut h elle qu'on attribua la découverte déÉ^écriturc, de la peinture et enfin celle de la broderie à l'aiguille, dans laquelle elle excellait. "

" A la vérité, Mii^erve n'était pas exempte de quelques petits défauts qui ne semblent pas trop compatibles avec la sagesse, c'est-à-dire qu'elle s'offensait aisément des plaisanteries qu'on lui faisait, ce qui n'est certainemient pas la marque d'un bon caractère; avec cela oUc se montrait quelquefois sévère et grondeuse, et les dieux évitaient souvent sa présence pour ne pas essuyer ses reproches.

Un jour une "habile brodeuse, nommée Arachné^ se vanta en plaisantant de surpasser Minerve dans

son Art; aussitôt la déesse, se fâchant, lui donna tin coup de navette sur les doigts, et la métamorphosa en araignée; c'est pour cela, disaient les Grecs, habiles à tout expliquer par des fables, que cet insecte est encore si adroit, pour tisser ses toiles/

Min^e qui, eomme vous vous en souvenez sans doute, passait chez les Athéniens pour la protectrice de leur ville, eut h cette occasion une violente querelle avec son oncle Neptune : ce dieu prétendait qu'il devait être le parrain de cette ville naissante, parce qu'elle était située sur le bord de som empire , et que d'ailleurs r£gr4>tien Gédiops, qui l'avait fondée v était venu par mer dans le pays des Pélasges. Minerve, au contraire, assurait que la sagesse seule pouvait faire prospérer la cité nouvelle, et qu'à elle seule apparte-* naît le droit de lui donner un nom. Cette discussien s'échauffa tellement que Jupiter, appelé pour arbitrci, décida que celui de%deux qui produirait la chose la plus utileaommcrait la ville de Cécrops* Aussitôt Neptune, frappant le sable d'ua coup de âoa trident, en fit sortir un cheval fougueux, qui s'enfnit en hennissant; Minervç, à son toor, ayant légèrement touché la terre ^u bout de sa lance , pd^oduisit un bel olivier chargé de fruits murs. Les dieux s'écrièrent alors tout d'une voix que la déesse avait remporté le prix, et Minerve donna son nom k la ville d'Athènes. Je crois avoir dit ailleurs que cette déesse .en grec était nommée. Athéné. ^

Un des temples les plus fameux de Minerve était le Parûiénon, que la reconnaissance des

Athéniens lui avait élevé dans la citadelle de leur ville; un serpent consacré k la déesisc y était nourri sous Taotel , parce que , chez les anciens , ce reptile était Timage de la prudence. Ce fut dans ce temple que furent égorgés les partisans de Cylôn, qui .s*y étaient réfugiés; vous devez même vous rappeler de quelle manière Minerve punit ee sacrilège ^ et. le service que rendit alors Epiménide aux Athéniens obsédés de leurs justes remords. s

La vengeance, qui semble si contraire à la sa-" gesse, dont l'indulgence doit toujours être le pre« mier caraetère, anima Minerve contre trois jçunes sœurs, nommées les Gorgones, dont Méduse était la plus belle.

Cette jeune fille , qui s'enorgueillissait de son admirable chevelure, avant eu Te malheur d'offenser la déesse dans son temple, celle*ei, pleine d'un vif ressentiment, changea les cheveux de la pauvre Méduse en ferpents, et donnas à cette figure, si belle auparavant, la funeste propriété de changer en pierre tous ceux qui la regarderaient en face. Cette terrible vertu fit un grand nombre de victime^, jusqu'à ce qu'un héros grec nommé Persée, conduit par Minerve elle-même, saisit h Gorgone par les cheveux, en évitant de la regarder, et lui coupa la tète. Du sang de Méduse naquit un cheval ailé auquel on donna le nom de Pégase^ que nous retrouverons dans d'autres fables, et dont Persée fit usage en plusieurs circonstances.

Cette fiction de Persée protégé par Minerve pour vaincre la Gorgone nous apprend, mes bons

enfants , que celui qui se laisse conduire par la sagesse doit être certain d'échapper aux plus grands dangers. ^

Minerve est presque toujours représentée sous les traits d'une femme belle et modeste, dont le TÎsage est grave et majestueux; sa tête est ornée d'un casque surmonté d'une chouette, et sa main droite armée d'une lance; son bras gauche porte un bouclier, nommé ordinairement son égide^ sur laquelle est gravée la tète de Méduse en souvenir de sa victoire.

[Ccrès.]

Xi^enlèvemeiit de Proserplne.

Parmi les enfants de la vieille Gybèle, mes bons amis, on distinguait CérèSj déesse des moissons

et en o£Fet rien n'était plus raisonnable que de donner la terre pour -raère à la déesse qui la couvre des trésors dont Tbomme se nourrit.

Cérès, en raison de son ministère, paraissait couronnée d'épis et de fleurs des champs., tenant en main une faucille avec laquelle les moissonneurs font leurs récoltes, et quelquefois portant dans ses bras une gerbe de blé. Chaque année, au, retour du printemps, les peuples grecs, conduits par des prêtres de la déesse, promenaient aujfcour des champs un porc, qu'ils immolaient ensuite,pour rendre cette divinité favorable aux travaux de l'agriculture, parce que cet animal, en fouillant la terre avec son groin, empêche le grain de germer.

Or Cérès avait une fille chérie , nommée Proserpine, qui était aussi bonne que belle; mais voilà qu'un jour, pendant que cette jeune personne s'amusait dans les belles campagnes de Sicile h cueillir quelques-lines des fleurs dont elles étaient couvertes, pour en offrir un bouquet à sa mère, Pluton, dieu des enfers, Taperçut, l'enleva sur son char, attelé de deux chevaux plus noirs que rébèoe, et la conduisit dans le royaume des morts.

Ce dieu, depuis que Jupiter lui avait abandonné les enfers, n'avait pas encore pu trouver de femme qui consentit à venir partager son triste empire; et de peur que' quelqu'un ne découvrit le chemin qu'il avait pris avec sa proie, il frappa la terre de la fourche. qui lui servait de sceptre, et ouvrit ainsi un abime qui se referma aussitôt que l'équipage noir s'y fut précipité, emportant la belle . ^roserpinc.

Cependant, mes petits amis, Cérès, inquiète de ne pas voir sa fille revenir des champs , où elle lui avait permis d'aller cueillir des bouquets , se • mit à l'appeler de tous côtés, et comme personne ne pouvait lui en donner des nouvelles, elle s'abandonna au plus violent désespoir. Après avoir bien pleuré, elle comprit pourtant que sa douleur ne lui ferait pas retrouver Proserpine, et se mettant en route, elle résolut de parcourir la terre entière jusqu'à ce qu'elle l'eût retrouvée , ce qui était

[Pluton.]

devenu fort difficile , puisque piuton l'avait emmenée aux enfers.

Dans ce pénible voyage, la pauvre Cërès ent bien des mtux h soufiPrir : tantôt il fallait gravir de hautes montagnes, tantôt traverser des plaines stériles , accablée de chaleur et de fatigue ; mais rien n'arrêtait cette mère désolée, car il n'y a rien d'aussi tendre et d'aussi courageux que le cœur - d'une mère.

Un jour qu'épuisée de besoin, la ^éesse n'avaU pu .trouver sur sa roule un seul fruit qui pût la nourrir, ou seulement la désaltérer, elle aperçut une chétive chaumière, où une vieille femme lui offrit de bon cœur une excellente bouillie qu'elle faisait cuire, et qui était tout ce qu'elle possédait, f ]érès accepta avec plaisir ce mets , tout commun qu'il était, et se livrait dcja à tout son appétit lorsqu'un petit garçon, nommé Stellio^ s'étant moqué de l'avidité avec laquelle elle mangeait, m/)Igré les signes que lui faisait sa grand'mcre, la déesse, pour le punir de sa malice et surtout de sa désobéissance, lui jeta au nez le reste de sa bouillie, et le changea en lézard.

Je soupçonne fort^ mes petits amis, ce méchant marmot d'avoir vu avecrdéplaisir sa grand'maman donner h une étrangère la bouillie dont il comptait se régaler, et ce fut sans doute par dépit qu'il voulut se moquer de sa voracité; mais cela n'était ni poli ni raisonnable, et il fut justement puni de sa faute. C'est ainsi que la gourmandise devient souvent la cause de bien d'autres défauts, et je connais certain enfant qui n'aurait jamais étémen* teur ni grogron s'il n'avait pas été gourmand.

La déesse. n'éprouva pas pourtant de semblables avanies dans tous les lieux où elle pa^sa ; au con-

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traire , le roi Céléus^ qui régnait alors à Eleusis en Grèce, l'ayant reconnue, la reçut avec les plus grands égards, et lui demanda la permission d'élever un temple en son honneur, ce que Gérés lui accorda. Ce temple d'Eleusis devint par la suite un des plus fameux de la Grèce, et l'on y célébrait, tous les quatre ans, des fêtes qui devinrent l'occasion de l'une des plus grandes solennités religieuses de l'antiquité. En mémoire de ce bon accueil, Cérès enseigna à Triptolème^ fils de Géléus, l'usage de la charrue, cet utile instrument qui rend la terre féconde.

Après avoir quitté Eleusis , la déesse retourna en Sicile dans l'espoir d'y apprendre enfin quelque nouvelle de sa chère fille, et en effet, son espoir ne fut pomt trompé, car une naïade^ c'csl-à-dire la nymphe d'un ruisseau qui coulait, dit-on, dans les profondeurs de la terre, lui apprit qu'elle avait vu passer Proserpine dans le char de Pluton, à travers les vastes souterrains que ses eaux.tra versaient dans leur course. Cérès remercia Aréihuse^. c'était le nom de cette bonne nymphe , et allumant aussitôt un flambeau au fèu du mont Etna, qui, comme vous sayez, est un volcan effroyable, elle s'enfonça bravement dans les entrailles de la terre, et parvint ainsi jusqu'aux enfers , où elle aperçut enfin Proserpine assise à côté de Pluton, sur son trône, mais dont la beauté avait déjà pris un air grave et sinistre.

Dans sa douleur , la pauvre mère espérait fléchir ce dieu impitoyable, et l'engager à lui rendre sa fille bien*aimée ; mais Pluton déclara qu'il ne eonsentirâit jamais à s'en séparer, et Cérès fut

réduite à s'adresser à Jupiter pour obtenir jus-" tice. . .

Le père des dieux et des hommes , après avoir consulte Rîinerve, décida que Proserpinc ne serait rendue à sa mère que si elle n'avait pris ngcune nourriture depuis son arrivée aux enfers. Malheureusement Ascalaphe, cuisinier ou maître d*h6tel de Piuton , affirma que le matin même il avait servi à sa jeune maîtresse une excellente grenade qu'elle avait sucée tout entière. Cérès fut telle* ment irritée en entendant cela, qu'elle changea Ascalaphe en hibou, ce triste oiseau qui ne sort que la nuit de son trou, et fut réduite à supplier le maitre des dieux de lui accorder au moins le retour de sa fille sur 1^ terre pendant la moitié de chaque année. Jupiter y consentit malgré les plaintes de Piuton, et il fut décidé que Gérés pos* séderait sa fille six mois par an, mais que pendant les autres six mois, elle irait tenir compagnie à Piuton aux enfers, pour le désennuyer.

Si vous voyez quelquefois Cérès représentée avec une torche allumée, et ayant à ses pieds un lézard et un hibou , vous- vous souviendrez à quelle occasion ces. divers attributs lui furent accordés.

Olane.

Lorsqu'on vous montrera une statue ou un tableau représentant une jeune femme belle et d'une taille élancée, dont la robe, déji courte, est encore retroussée sur un genou, les cheveux

Bouëd par derrière, le front surmonté d'un croissant, la main droite armée d'un arc, et ayant à ses pieds une biche ou un joli lévrier, vous pourrez dire à coup sur : Cette figure est celle de Diane j fille de Jupiter et de Latone, et déesse de la chasse.

[Diane.]

Latone, sa mère, ayant ajqi^ris que Timplacable Junon la poursuivait- pour la faire mourir^ se précipita dans la mer, où, au lieu de la noyer, Neptune la reçut dans une ilc flottante nommée DéloSf qu'il avait fait sortir tout exprès des flots, d'un coup de son trident. Ce fut là que naquirent le même jour Diane et ApoUon, doux divinités

extrêmement célèbres, puisque chez les Grées elles représentaient le soleil et la lune.

Latone éleva donc dans llle de Délos ses deux petits enfants, qui étaient si beaux et«i spirituels, que Ton en parlait dans tous les pays voisins* Une reine des environs, nommée Niohéj ayant entendu vanter leurs grâces et leur amabilité, lorsqu'ils commençaient à grandir, voulut yoir si tout ce qu'on disait de ccijs jeunes gens était véritable, et les fit amene%devant elle; mais comme les mères préfèrent toujours leurs enfants k tous les autres , elle déclara que les siens étaient infiniment plus beaux que ceux de Latone, et fit chasser honteusement cette déesse; mais celle-ci, justement irritée des dédains de Niobé, arma Diane et Apollon de flèches aiguës , dont ils percèrent tous les enfants de cette reine jusque dans ses bras. I^a malheureuse mère, exaspérée de cette perte cruelle, se livra à un désespoir si lamentable que Jupiter, touché de pitié, la changea en marbre, afin qu'il ne restât plus en elle rien qui fût sensible.

Diane et son frère étant devenus grands, Jupiter les appela dans l'Olympe, où il les admit au nombre des dieux ; Hebé leur versa le nectar qui donnait Timmortalité, et Diane fut chargée de présider k la chasse, qu'elle aimait passionnément, tandis qu'Apollon reçut la direction du char du ■ soleil.

Diane était si laborieuse et si vigilante qu'elle n'aurait pas eu assez d'occupation si son seul em« ploi eût été de poursuivre les hôtes des forêts, et Jupiter, qui s'en aperçut, lui donna en mémo

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temps le soin de conduire leehar de la lune; c'est pour cela qu'elle porte sur son front remblëm^ du croissant, qui caractérise cet astre; mais cette ehargc lui en procura une autre qui ne fut peutêtre pas autant de son goût, ce fut de présider aux enchantements, auxquels les anciens peuples ajoutaient une foi superstitieuse*

En effet, comme la nuit est le temps où Ton eroyait autrefois que les magiciens se rassemblaient pour préparer leurs sortilèges, et que la lune se fait voir pi^lsément pendant la nuit, on supposa que Diane devait prendre part à leurs mystères, et on lui donna le nom d'Hécate, sous lequel elle était adorée aux enfers. Les voyageurs, avant de se mettre en route, lui sacrifiaient un ehien noir pour qu'elle les préservât de mauvaises rencontres pendant la nuit, et dans les grandes occasions, on lui faisait un saerifice de cent boeufs, ni plus ni moins , ce que l'on appelait une hétacombe , d'un mot grec qui veut dire cent. •

Ainsi, lorsqu'on vous parlera de Diane, vous vous rappellerez que cette divinité était adorée sous trois noms différents : la Lune au ciel, Diane sur là terre, et Hécate aux enfers.

Cependant, mes petits amis, Diane ayant obtenu de Jupiter la permission de ne jamais se marier, passait sa vie à parcourir les1>ois et les montagnes, 'à la poursuite des bétes fauves, dirigeant elle-même ^cs chiens de chasse, et suivie d'une troupe de belles nymphes armées comme elle d'un arc , et portant sur l'épaule un léger earquols garni de flèches»

7S MYTflOLOGIS

Un. jour qu'après une longue chasse^ pendant une forte chaleur, elle se baignait avec ses nym*phes dans un bosquet écarté, où coulait un ruisseau limpide ) ActéoUf l'un des plus intrépides chasseurs du pays,s'étant égaré/ à la poursuite d'un cerf, traversa le feuillage, et aperçut la déesse au moment ou elle sortait du baio; mais Diane, pour le punir de sa tëoiérité, lui jetaat de l'eau au visage , le changea aussitèt en cerf, et ses propres chiens , le prenant pour Tanimal même qu'ils poursuivaient, se jetèii|pit sur lui et le dé-<* chirèrentv

Ce fut un terrible châtiment, n'e5t->-U pas vraî^ mes enfants? que subit là le' pauvre Actéon pour une simple indiscrétion , et son effroi dut étro aussi grand que sa surprise, lorsqu'il sentit son front se couronner d'un énorme bois de eerf;, son visage s'allonger en museau, et ses braSi, se cou« vrant de poils fauves , prendre la Ibriiie des jambes minces et déliées de ce léger ftniauik II faut croire pourtant que Diane ne l'eut point traité aussi sévèrement si cette i^urtosité ne lui eût pas semblé volontaire; car il n'y a pas da dcfauj; qui donne plus mauvaise opinion de ceim qui s'y abandonne»

Diane, qui avait refusé de prendre un mari parmi les dieux, se repentit plus tard de cet engagement, et choisit pour époux un simple berger du mont Laùnos^ nommé Endtjmion^ qui était beau et aimable; mais comme elle ne pouvait lui donner l'immortalité et Tappélcr dans l'Olympe^ elle venait souvent pendant la nuit le visiter dans sa chaumière. Les aUcietts croyaient

que lorsque la luse se Toilait de ^uages^ tfest^' qu'elle deseeadait . aujprès d'Ëndymioa [)eQdaht son soaimeiL

Le plus fameux des temple» où Diane fut adorde était celui A'Èphèse en lonie , réputé pour l'une des sept merveilles du monde ^ et qu'Ërostrate incendia le jour même où Aie^andre le Grand • naquit en Macédoine. Je vo«$ ai dit ailleurs par quelle extravagance £rostratc commit ce crime^ qui réduisit en cendi'ès l'un des plus formidables monuments de lantiquité. La statue de la déesse, que l'on y adorait^ était en bols d'ébèneetdu travail le plus précieux^

Ap0ll«ii et BAlilhtté.

Le frère de Diane ne fut pas placé par Jupiter dans un rang moins élevé que sa sœur : le front ekitouré de rayons éblouissants , il fut chargé de diriger le char du soleil, et de conduire dans les plaines de l'air quatro beaux chevaux, qui chaque Jour recommençaient leur course sans en être jamais fatigués* 4»

Uiie jeune déesse couronnée de roses, et nom* méii {Aurore^ ouvrait l« matin les portes de l'orient, où était situé le palais^ lumineux du soleil ; le soir, le dieu et son équipage allaient se reposer dans le palais de Téthys, situé à l'occt-* dent du monde, tandis que la Nuit^ sombre divinité, portant une couronne de pavots et des ailes de chauve-*souris^ étendait sur tout l'uniyers uià long voile noir parsemé d'étoiles.

80 ' MTTHOLOaiB

Vous reconnaîtrez aisément , dans ce tableau fabuleux, le trajet que parcourt chaque jour sur l'horizon l'astre qui nous éclaire ; vous savez que l'orient est le côté où le soleil je lève, et où les nuages, dans les beaux jours , commencent à se colorer de cette teinte rougeâtre qui s'appelle Vaurore. Quant à l'occident, vous n'ignorez pas que l'on nomme ainsi le point où le soleil disparaît à nos yeux.

Les anciens , pour expliquer la disparition de cet astre à la fin du jour, supposaient qu'il se plongeait dans la mer pour faire place aux ombres de la nuit, et déguisaient ainsi sous d'ingénieuses fictions les causes véritables des grands phénomènes de la nature.

Apollon avait un fils nommé EseulapefquipBS" sait pour l'inventeur de la médecine; il avait cousacré sa jeunesse à étudier les propriétés des plantes et des minéraux, et réussissait à guérir le plus grand nombre des malades qui le consultaient. Pluton alla un jour trouver Jupiter , et se plaignit que depuis qu'Ësculape avait découvert la médecine , le nombre des morts que Mercure devait ]<§ amener chaque jour était considérablement diminué. Le père des dieux , indigné que ce petit médecin osât i%pposer aux volontés du ciel et de l'enfer , le frappa de la foudre, et fit perdre ainsi un grand nombre de bonnes recettes qu'Ësculape n'avait pas eu le temps d'enseigner à ses élèves.

^ Mais Apollon, ayant appris le malheur de S9n fils , entra dans une fureur que rien ne put apai« ser, et, descendant aussitôt dans les volcans de

Lemnos où travaillaient les Cyclopes , il les perça de ses flèches , pour les punir d'avoir fabriqué la foudre dont Esculape avait été frappe.

Cepeiidant, mes petits amis , Vulcain n'entendant plus retentir les marteaux de ses ôuvriei^s dans leurs forges de Lcmnts, fut bientôt informé de la vengeance d'Apollon, et, montant vers TO^ lympe aussi vite que cela lui fut possible, boiteux comme il était, il porta plainte k Jupiter contre l'audacieux qui avait osé percer de ses traits les Cyclopes, qu'il regardait comme ses plus habiles forgerons.

Le père des dieux ayant froncé le sourcil , ce qui fît trembler fout l'Olympe, manda devant lui l'imprudent Apollon, et, après l'avoir sévèrement réprimandé , le chassa du ciel. Le dieu fut obligé ,^ par cet arrêt , de descendre sur la terre , où il se fit berger, comme Neptune s'était fait maçon. Pendant ce temps, comme la terre ne pouvait se passer du soleil , le char brillant de cet astre conti* nua de parcourir, comme d'habitude , sa course journalière, sans que ses excellents chevaux s'écartassent d'un seul pas de la route qui leur était tracée. •

Apollon, devenu berger, ne tarda pas à s'accoutumera sa disgrâce ; fetîré dans les montagnes de la Thessalie en Grèce, il prenait plaisir k garder un beau troupeau de brebis, et a instruire les pâtres grossiers qu'il rencontrait dans les pâturages. Le dieu déchu était bon musicien, il jouait de * la flûte encore mieux que Mercure, rendormeur d'Argus. Ce dieu lui-même, dans une de seç cour* ses habituelles, étant venw visiter son frère, reçut

1^9 HYTHOLOGII

de lui eti cadeau une baguette de ctnidrier, doiift il fit son caducée ^ et en retour il fit présent à Apollon d'une belle écaille de tortue^ dans laquelle celui-ci plaça quatre cordes tendues^ qui sous SCS d&igts rendaient les sons les plus niéid-»dicux. Cet instrument reçut le nom de lyte^ et lorsqu'on lui eut donné pbr la suite une fotme plus élégante et un plus grand nombre de cordes, ce fut celui dont les Grecs se servirent pour accdmpngner les chants d'Homère et de leurs abtrés poëtcs. £n peu de temps les pâtres thcssaliens, auparavant rudes et grossiers , ne furent plus re-^ connaissable^; la plupart d'entre eux étaient devenus musiciens h l'exemple d'Apollon^ et chaque soir le dieu s'amusait à faire danser sur le gazon, au son de la flûte ou de sa^lyre , les jeunes bergères du voisinage qui se rassèmblaieiit pour Fentendrc.

De toutes les nymphes du mont Ossu^ où Apol^lon menait souvent paître des brebis ^ il n'y en avait pas de plus belle et de plus aimable que Daphné^ fille du fleuve Pénée^ dont les eaux fertilisaient les ridies campagnes de la Thessalic. ApollA l'avait souvent rencontrée dans les prairies, conduisant elle-même un joli troupeau de brebis plus blanches qum la neige. Il aurait bien voulu lier conversation avec elle, pendant que leurs agneaux paissaient tranquillement sous la garde de leurs chiens fidèles ; mais Daphné savait 4 qu'une jeune fille bien élevée ne doit pas faire la conversation avec un jeune homme qu'elle ne eonnait pas. D'aUleors, elle était ^ je crois, une des nymphes de Diane ^ et sa miitrease lui ftyaU

DES GRAGS ET Dit LATINS* 68

fdil pl'oimettre d^ ne jamais prendre un* mari* Aussi évita-t*clle pendant bien longtemps la ren^cobtrc d'Apollon ^ et du plus loin qu'elle entendait sa flûte^ elle su cachait .dans les bosquets les plus écartés , où elle savait bien -qae ce berger n'oserait pas la suivre*

Un jour pourtant le dieu j l'ayant rencontrée au détour d'un bois , se mit à lui parler d'une voix si touchante f que Daphne eut bien envie de s'arrêter un moment à l'écouter , mais se rappe>îant aussitôt que cela lui était défendu , elle se niit à courir de toutes ses forces pour éviter ce jeune berger, dont le langage l'intéressait malgré elle ; car Apollon^ avant son exil ^ passait pour Te plus spirituel des dieux de l'Olympe.

Celte fois le dieu entreprit de , la suivre ^ et quoique Daphné fût presque aussi légère que tes biches qu'elle perçait quelquefois de ses traits dans les chasses de Diane , il était près de l'atteindre ) lorsque la jeune nymphe^ arrivant sur les bords du Pénée^ s'écria d'une voix lamentable 9 en tendant ses bras vers le fleuve : « mon père , ne viendras-tu p^s au secours de ta fillel «

Comme elle achevait ces paroles, elle sentit tout à coup ses pieds se fixer à la terre , et ses hras, qu'elle tenait élevés, se roidir; ses doigts s'allongèrent en branches flexibles , garnies d'un beau feuillage vert ^ et tout son corps se couvrit d'une écorce légère. Daphné avait été changée en laurier.

Apollon ne la rejoignit que pour être témoin de cette métamorphose : pénétré de douleur , il

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cueillit quelques feuilles de ce bel arbre, dont le feuillage est éternel, et en forma une<ïouronne qu'il posa sur sa tête. Depuis ce temps le laurier lui fut consacré, et le dieu ordonna que désormais une couronne semblable serait la récompense des grands poètes et des grands guerriers.

Le dieu banni, pendant son séjour sur la terre, ne fut point heureux dans ses affections : le chasseur Cyparisse^ qu'il avait préféré à tous ses autres compagnons, ayant tujé un jour par mégarde une jolie petite biche qu'il avait élevée, en éprouva un si cuisant regret , qu'il supplia les dieux de lui ôter la vie ; Apollon , le voyant se consumer de chagrin, le changea en cyprès, qui depuis ce temps fut regardé comme l'arbre du deuil. C'est pour cela que cet arbre funèbre ne se plante, guère que sur les tombeaux, où sa présence est un si* gne de ti*istesse et de regrets.

Un jeune berger, nommé Hyacinthe^ dont l'amitié semblait devoir consoler Apollon de la perte de Cyparisse, n'eut pas un sort plus prospère que cet infortuné chasseur. Un jour que le dieu banni, oubliant les soucis de l'exil , s'amusait avec Hyacinthe an jeu de palet , qui consistait à lancer avec adresse de pesants disques de plomb, Apollon fut assez malheureux pour atteindre au front son cher compagnon qui , tombant inanimé dans ses bras, fut bientôt aux portes du tombeau. En vain le dieu lui prodigue les noms les plus tendres, en Vain il essuie d'une main tremblant^^ le sang qui coule à flots de sa blessure, rien ne peut le rappeler h la vie , et le paUvre Hyacinthe expire sous ses yeux. Apollon , inronsolable d'un malheur

dont il était la cau^s involontaire, voulut que le souvenir de son ami devînt éternel comme sa douleur , et il donna le nom d'hyacinthe à une belle fleur qui naquit à l'instant même du sang de ce jeune infortuné , .fleur triste et pâle comme celui dont elle consacre la mémoire.

Pendant ce temps , mes petits amis , les dieux qui étaient deyenus tout soucieux depuis l'exil d'Âpolion, conjurèrent Jupiter de le rappeler dans l'Olympe, où son absence faisait un vide immense ; Jupiter, qui regrettait aussi son fils , «e rendit sans peine à leurs prières , et cet aimable dieu reprit parmi les immortels sa place, qu'aucun autre n'aurait pu remplir. Esculape fut également appelé à l'immortalité, et dans un temple que lui élevèrent les habitants de l'Ile de Gos, l'une de celles de l'Archipel grec, les malades avaient cou* tume d'écrire sur les murailles les remèdes au moyen desquels ils avaient été guéris ou soulagés de leurs maux; ce fut pendant plusieurs siècles la seule école où les médecins de la Grèce, sans en excepter même le grand Hippocrate, vinrent étudier cet art si précieux à l'humanité.

ïïjtk Chute de Phaéton.

Tandis qu'Apollon était exilé sur la terre, il lui était né un fils, nommé Phaéton^ qu'il avait doué de mille bonnes qualités ; ce jeune homme était aimable, spirituel , et d'une beauté remarquable ; mais tous ces avantages précieux étaient obscurcis par une vanité mal entendue, le plus dange-

86 MTTHOLOOiB

*reux 4e tous les défeuts , puisila'elle est ordinal* rement la compagne de la sottise. Quoique fils d'un dieu, Phaéton n'était qu'un simple mortel , et ses eamarades se moquaient quelquefois , avec raison , de çon ridicule amour-propre ; car il ne cessait de parler à tout propos de son pi6re le So** leil, et de son aïeul Jupiter.

J'ai rencontre quelquefois des enfants, qui, ainsi que Pbaëton, faisaient parade du mérite ou de la richesse de leurs parents, comme si cela les ren-* dait meilleurs ou plus instruits, çt j'ai remarqué que ces petits orgueilleux no devenaient jamais que des sots , parce qu'ils s'imaginaient que les avan^ tages de leur famille devaient leur tenir lieu de savoir et de sens commun.

Or donc, un jour que Phaéton jouait avec quel-* ques-unsr de ses eamarades à je ne sais quel jeu en usage dans ce temps 4à, ce jeune homme, selon sa coutume, vanta de nouveau sa généalogie eé-'* leste; et ses compagnons, pour le taquiner, se. mirent à,rire aux éclats do sa prétention ridicule. Un autre que Phaéton eût profité de la leçon pour se corriger, mais au lieu de cela, l'orgueilleux en<^ tra en fureur, et quand il vit que personne ne voulait croire à l'illustration de sofi origine, il jura qu'il irait trouver §aa père, çt lui demander la faveur de conduire tout un jour le cnar du soleil, afin quo personne ne doutât plus qu'il ne fût le fils de cette éclatante divinité. Ses eamarades Ton défièrent ; et voilà notre étourdi parti pour gravir les hautes montagnes qui conduisaient au palais du soleil.

Le trajet n'était ni court ni facile pour arriver

à cette demeure éblouissante où Apollon était assis sur un trône rayonnant de lumière, au milieu d'une multitude de colonnes d*or, dans lesquelles étaient incrustés des millions de diamants et d'escarboucles. Cependant Phaéton y parvint ave© Paîdo de quelques divinités fiivorables, mais ses yeux furent tellement çblouls lorsqu'il se trouva au milieu de cette enceinte merveilleuse d'où jaillissaient des torrents de clarté, que ce ne fut qu'avec bien de la peine qu'il put envisager le dieu, qui lui souriait, environné de toute sa gloire.

V mon père ! s'iScria-t-il , laisseras-tu outrager ton fils par de jeunes insensés qui lui contestent sa noble origine?

» -^ Mon fil9, répondit Apollon en lui tendant la main, je jure par le Styx que tout ce que ta me demanderas pour confondre l'audace de tes railleurs, je te raccorderai à l'instant : demande donc, Phaéton, ce que tu désires et tu seras satisfiait. n

Maintenant il faut que vous sachiez que le Styx était njï fleuve des enfers, par lequel les dieux juraient quelquefois, mais que ce serment, dans leur bouche, devenait une promesse à laquelle il leur était impossible de manquer, soùs peine d'être privés pendant de loBgues années du nectar et des honneurs divins.

Phaéton, rassuré par la bonté de son père, le supplia alors de lui permettre de conduire un seul jour le char du soleil ; le dieu, en entendant lu prière de ce jeune insensé , comprit , mais trop tard, la faute qu'il avait commise do se lier par ce serment épouvantable que les dieux craignaient

ordinairement de prononcer, et il s'eiTorça de le dissuader de cette folle entreprise, en offrant toute autre satisfaction h son âmour-propre.

u Imprudent! ajouta le dieu en retenant à peine ses larmes, ne sais-tu pas qu'un pareil dessein est au-dessus des forces d'un simple mortel? Tu ignores donc les périls auxquels tu t'exposes ! La route que lu prétends parcourir est hérissée de monstres et bordée de précipices qui peuvent effrayer mes coursiers, accoutumés à être dirigés par une mainliabiie. Penses-tu qu'ils ne sentiront pas que ce n'est pas leur maître qui les guide, et que tu trouveras moyen de les rendre dociles? Songes-y bien, Phaéton , tu te perds en voulant trop t'élever, et le monde entier peut périr avec toi. »

Si nous ne savions pas, depuis longtemps, que de tous les défauts qui nuisent aux jeunes gens, il n'y en a pas de plus dangereux que la vanité^ qui les rend sourds aux conseils de la prudence et de l'amitié, l'exemple de Phaéton, meâ petits amis, suffirait pour nous l'apprendre. Aussi le malheureux persista*t-iLdans son entêtement , et son père se vit contraint, par son redoutable serment, de lui confier ce jour-là la direction de son char. Apollon, prévoyant ce qui devait arriver, ne le vit pas partir sans lui renouveler ses sages avis, et lui indiquer la route qu'il devait suivre; mais l'insensé, tout entier à la joie d'un triomphe si éclatant, ne Fécouta seulement pas, tant il avait de confiance en lui-même : ce qui est toujours le propre des sots.

Dans les premiers instants, les chevaux du so»

leil saÎTirent leur route accoutumée, sans s*aperceyoir qu'une main novice les guidait , parce que le chemin était^ facile, et Phaëton ne se sentait pas . d'aise ; mais dès qu'il se présenta quelque difficulté sur son passage, l'imprudent, au lieu de les ralentir et de les modérer, ne fit que stimuler^ leur ardeur, et bientôt il ne fut plus maître de les arrêter. Alors quittant la route qui leur était connue, et se jetant tout effl'ayés parmi les astres qui les environnaient ^ tantôt ils conduisaient le char du soleil si près de la terre qu'ils la mettaient en feu et desséchaient en un instant les plus grands fleuves; et tantôt ils s'en éloignaient avec tant de rapidité, qu'un froid subit envahissait le globe. Ce jour-là les hommes ne surent quel effroyable bouleversement s'opérait au ciel, et les astronomes eux-mêmes, fatiguét de regarder dans leurs télescopes, ne doutèrent pas que la fin du monde ne fût arrivée.

Cependant Cybèle, qui, comme vous savez, était la déesse de la terre, voyant lés fontaines se tarir, les moissons consumées par la chaleur en "quelques instants , les arbres tomber desséchés avec leurs fruits , et la mer abandonner ses rivages, éleva vers Jupiter une voix plaintive, et le dieu, apercevant Pbaéton sur le char céleste, abandonné à lui-même, ne voulut pas souffi*ir plus longtemps que cet orgueilleux jeune homme bouleversât ainsi l'univers; plein d^indignation, il saisit sa foudre, et k lançant à tour de bras sur l'insensé, il le précipita dans l'Eridan, fleuve d'Italie que l'on nomme aujourd'hui le Pô.

CycnnSf seul ami peut-être que Pbaéton put

9Ù HTTHOiOGIS

avoir, car il y a bien peu de pèrscmnea qui puis*sent aimer l,eg vaniteux, fut si affligé de 8a perte, que, sYtant penché sur le bord du fleuve pour voir si les flots ne lui apportaient pas le corps de riniprudcnt jeune homme, il y mourut de douleur ; Apollon , qui la partageait, le changea en cygne, ce bel oiseau blane qui fréquente encore les rivières, où il semble toujours chercher quelque chose. Les anciens croyaient qu*à l'approche de sa mort, cet oiseau, qui est presque muet ordinairement, faisait entendre un ehant triste et harmonieux dont rien n'égalait la douceur.

Les Héliades, sœurs de Phaéton, également inconsolables de 9on sort funeste, le pleurèrent pondant quatre mois entiers ; les dieux, touchés de leur douleur, les métamorphosèrent en peupliers, arbres qui se plaisent sqrtt^ut au bord des fleuves, et changèrent les pleurs qu'elles avaient versés en larmes d'ambre, en souvenir de leur amitié fraternelle.

L'une des plus ingénieuses allégories de la Fable, mes petits amis, est celle qui suppose les arts ot les sciences enfants de Jupiter et de la Mé^ moire , personnifiée dans une déesse appelée Mnémosyne, Neuf belles nymphes, sous le nom de Muses j présidaient à ces ,dons précieux de l'iiitelligcncc humaine, et Apollon, en sa qualité d'inventeur de la l;re çt de musicien, passait pour

dbyGOOgI(

leur frère et leur ami. GMtait au milieu d'elles qu'il venait oublier sur le mont Parnasse, où elles habitaient, les ennuis de l'Olympe et les chagrins que lui avait causés l'orgueil de Phaéton.

Ces Muses, à la vérité, devaient former une eompagnic fort agréable : CalHopë^ leur aînée, était déesse de l'éloquence, c'est-à-dire de l'art de la parole; Melpomène présidait h la tragédie; Thalie^ à la comédie; Folymnie^ k la rhétorique, qui est l'art d'écrire avec élégance; Clio était la Musc de l'histoire ; Uranie^ celle de l'astronomie; Erato était invoquée par les poëtes, Buterpe par les musiciens, et Terpmchore par les danseurs.

. Ces déesses étaient toutes représentées avec les attributs de leur art, c'est-à-dire avec quelqu'un des sigifes du talent qu'elles inspiraient s ainsi Clio tenait des tablettes sur lesquelles elle se disposait à écrire l'histoire; Melpomène paraissait richement vêtue , parce que la tragédie ne retraçait que les. malheurs des rois ou des héros ; chez les anciens, cette sorte de représentation théâtrale était ordinairement accompagnée de musique , et cette IHuse indiquait en grée qu'elle ne s'exprimait qu'en chantant. Thalie , au contraire, était figurée un masque à )a main, pareo qu'autrefois les comédiens avaient coutume de se couvrir le visage d*un masque , imitant le personnage qu'ils représentaient. Euterpe avait auprès d'cllo des instruments de musique ; et la savante Uranie des globes et des compas, instruments en usage pour l'astronomie. Il n'est donc |;uère difficile de s'accoutumer à reconnaître

au premier coup d'œil la Muse oue représente un tableau ou une statue, et il suffit de remarquer les attributs qu'on lui a donnés, pour la désigner par son nom.

En formant cette réunion de nymphes habiles et savantes, les Grecs n'avaient eu d'autre but que de mettre en honneur les arts et les sciences, qui élèvent Thomme au-dessus de lui-même et le rapprochent de la Divinité. Maintenant vous concevez, je pense, pourquoi Apollon se plaisait au milieu de sers neuf soeurs, qui, toutes aimables, instruites et spirituelles, formaient la plus agréable société que Ton put imaginer.

Un jour, ce dieu ayant appris qu'un concert devait avoir lieu chez un roi voisin , qui avait invité tous les musiciens des environs à venir faire assaut de talent à sa cour, décida ses sœurs à l'accompagner à cette fête où elles devaient être sures d'obtenir toutes les couronnes qu'il leur plairait de disputt^r. L'embarras fut un moment de trouver une voiture qui pût transporter à la fois toute la famille, car la troupe savante ne possédait qu'un seul cheval ailé ; mais ce merveilleux animal, qui n'était autre que Pégase, né du sang de Méduse, comme je vous l'ai dît il n'y a pas longtemps, les transporta rapidement, l'une après l'autre , à la cour où elles étaient annoncées, et Apollon s'y trouva rendu en méine temps qu'elles.

Le plus fameux musicien de ce pays-là se nommait Marsyas; c'était un satyre, sorte de divinité des forêts, qui avait des pieds de bouc, et qui ayant trouvé par hasard, au fond d'une fon*

laine, une flûte dont Minerve s*ëtait servie quelquefois, était parvenu à tirer de cet instrument les sons les plus hftrmonîeux.

Ce Marsyas ne connaissait point Apollon, mais apercevant qu'il jouait de la lyre, ri proposa à ce dieu un défi, à condition que le vaincu serait à la disposition du vainqueur. Apollon consentit à cet arrangement, et un-grand cercle d'amateurs se forma autour des musiciens, pour juger auquel des deux appartiendrait la victoire.

D'abord Marsyas fit entendre les accords les plus délicieux ; tantôt il imitait le chant du rossignol dans une belle soirée du printemps et le roucoulement de la tourterelle; tantôt il faisait mugir sa flûte comme les flots de la mer dans une tempête, ou siffler cet instrument comme les vents au milieu d'une vaste forêt agitée par l'orage. Tous les auditeurs «harmés rougissaient de plaisir ou pâlissaient d'effroi tant l'illusion qu'il produisait était complète : déjà même les couronnejs étaient prêtes pour J'habile Auteur, et personne ne pouvait croire qu'Apollon osât lutter avec lui, lorsque le dieu, saisissant sa lyre, en tira la plus suave mélodie, et chanta des paroles douces et harmonieuses et qui firent tomber en extase toute l'assemblée. Chacun s'écria alors que la voix d'Apollon l'emportait sur la flûte de Marsyas, et le pauvre satyre eut la douleur de se voir arracher la victoire dont il se croyait' certain.

Ce ne fut pas là pourtant le seul châtiment que lui attira son amour-propre , et il faut croire que le 'dépit lui arracha quelque parole insultante contre son vainqueur, car Apollon , irrité, eut la

•4 HTTflOLOOIB

bfeirbarie de le lier k un a^bre et de lè faire écoï*'* cher tout vif* Les plainteé de ce malheureux tou<* chèrent les dieux , qui le changèrent en fleuve^ dont SCS pleurs et son sang formèrent les premiers flots.

Une autre fois cependant ^ en pareil cas, Apollon mit plus de générosité envers ses adversaires ou les juges qui l'avaient condamné. Midas^ roi de Phrygie , choisi pour arbitre dans un défi du même genre, eut la sottise de décerner le prix à des musiciens dont le tnient n'était pas com{^arable à celui du dieu de la lumière ; Apollon parut se soumettre de bonne grâce à cet arrêt, et abandonna la couronne a ses rivaux; mais quelque ^ temps après^ le barbier de Midas s'aperçut que les oreilles 4c ce prince devenaient d'une lon-^ gueur extraordinaire, et que peu à peu elles avaient pris fa forme d'oreilles d'âne. Le barbier fit part de cette fâcheuse découverte au roi luimême, qui lui recommanda le secret 60U8 les peines les plus sévères \^ en même temps il se fit faire une perruque dt un bonnet qui cachaient entièrement ses longues oreilles.

Or je dois vous dire qu'il y a des gens auxquels il est impossible de garder un secret, et de ne pas publier tout ce qu'ils savent ; le barbier était de ce nombre^ et le pauvre homme ^ combattu entre la |)romesse qu'il avait faite & son maître et le besoin de parler, en perdit tout à fait le sommeil et Tappétit. Entin, n'y pouvant plus tenir, et craignant d'étouffer s'il se taisait davantage , il se sauva dans la campagne, où il fit un trou, et se mettant i plat ventre, il dit à haute voix : Le

DES GRBGS BT DES LATINS. 05

roi Utidoê a des ereilles d'ânei puis il s'en alla satisfait et soulagé d'un poids énorme«

Mais Tannëa d'après^ comme ce barbier passait par Icn même endroit ^ il s'aperçut avec douleur que des roseaux, qui avaient poussé dans le trou qu'il avait creusé, murmuraient distinctement, lorsqu'ils étaient agités par le moindre vent, ces paroles désespérantes : Lé roi Midas a des oreilles d'âne. Bientôt dans toute la contrée il n'y eut personne qui ne voulût être témoin de ce prodige, et le secret du pauvre prince fut connu de tout le monde. C'est ainsi que les babilLlrds, malgré leurs promesses , ne peuvent pas s'empêcher de divulguer tout ce qu'on leur confie. Quant à moi, s'il n'y avait pas dans le inonde des menteurs et des curieux , je crois qu'il n'y aurait rien de plus à craindre que les indiscrets*

L'indiscrétion, mes* petits amis, n'est que trop souvent un défaut de Votre âge, mais il est facile à des enfants bien 'élever de s'en corriger, et je suis certîtin qu'il suffirait de vous en faire apercevoir pour vous empêcher d*y jamais retomber.

Le plus fameux des temples d'Apollon était ^elui de Delphes, où se trouvait la fameuse Pythie dont je vous aï parlé dens 1 histoire grecque; cette prêtresse^ lorsqu'elle montait sur le trépied sacré pour rendre ses oracles ^ portait une couronne de laurier, et les avenues du temple étaient bordées d'arbres de cette espèce j en souvenir de la métamorphose de Daphné.

Apollon qui était tantôt adoré comme le dieu do la lumière^ tantôt comme celui des arts et de la po^sie^ porte quelquefois le sumom de Phébuê^

et par ressemblance on donne & sa sœur Diane celui de Phébé, Ce dieu était représenté sous liien des formes différentes , mais le plus souvent (m lui donne la figure d'un beau jeune homme couronné de lauriers et tenant une lyre; quelquefois

[L^ApoUon du Belvédère.]

aussi on le retrouve sur un >char attelé de quatre chevaux fringants , le front environné de rayons lumineux.

La plus célèbre des statues de ce dieu est connue sous le nom de l'Apollon du Belvédère parce qu'on la voyait k Borne dans un palais que Ton nommait ainsi. Vous avez pu remarquer à Paris, -dans plusieurs jardins publics, des copies de cette

belle Statue, qui est encore aujourd'hui Fun des ch<ifs-d'œuvrQ les plus admirables que l'art de la scufpture ait produits. '

Baccha* et Silène*

Cadmus , ce fameux aventurier phénicien qui, devenu roi deThcbes, introduisit parmi les Pëlasges la connaissance des lettres de Falphabet, avait une fiile nommée Séméléj qui était d'une si grande beauté que Jupiter, l'ayant aperçue, résolut de la demander en mariage, mais sans lui dire qu'il était roi du ciel et de la terre.

Junon, toujours occupée h guetter ce que faisait son mari sur la terre, apprit bientôt les projets du dieu ; pour se venger, elle prit Ja ligure de la vieille nourrice de Sémélé , qui avait nom Béroé , et se présenta devant cette princesse, appuyée sur un bâton , comme si elle eût été courbée par les années.

« Est-il bien vrai, ma chère enfant, dit fa perfide a la jeune fiile, que votre père veuille vous marier k cet étranger qui se fait passer pour un prince? Je sais bien, moi, que cet homme-là n'est pas ce qu'il paraît être, et je vous conseille d'exiger de lui qu'il se montre à vos yeux avec. toute sa gloire, ce qui ne lui sera pas difficile, si, comme il le dit, il n'est rien moins que l'un des plus puissants ro!5 du monde. »

Après avoir dit ces paroles, la fausse Béroé quitta la princesse en l'embra«sant tendrement,

98 f MTTBOtOGlE

et remonta yers l'Olympe, bien certaine ^'elU œ tarderait pas à être vengée de 6a rivale.

En effet;, mes bons amis, depuis ce moment-là, Sëmélé n'eut pas de repos qu'elle n'eût obtenu de JupiW qu'il se montrât à ses yeux dans toute sa splendeur *, le dieu n'y consentit qu'à regret, mais la jeune dame y œil tanVdiiasUince, qu'il se fit voir à elle entouré de ia foudre et des éclairs. H4Ias! ia pamvre princesse fut bien punie de sa curiosité, car les flammes dont Jupiter était environné embrasèrent son palais , et Sëmélé dieioiéme périt dans l'incendie ; tout ce que Jupiter put faire, ce fut de sauver un petit garçon qu'elle uvait, et de l'enfermer dans sa cuisse, jusqu'à ce que le moment de sa naissance fût arrivé. Ce petit garçon reçut alors le nom de RacchtMj et devint par la suite un des dieux les plus célèbres de l'antiquité^

Des que Baccbus eut vu le jour, Mercure, par l'ordre de Jupiter, le porta à de bonnes nymphes qui rélevèrent avec le plus grand soin : aussi pour les récompenser, lorsqu'il put se passer de leur tendresse, le jeune dieu les changea en étoiles, et les plaça au ciel, où elles sont connues sous le nom des Hyades.

Aussitôt que l'enfant fut en âge d'étudier, Jupiter, pour que son éducation ne laissât rien h désirer, lui donna pour institutrices les Muses ciles-mémes*, qui s'évertuèrent à lui apprendre tout ce qu'elles savaient, et en peu de temps le jeune Baccbus se trouva le meilleur poëte, le plus savant astronome, le plus habile musicien, et le plus excellent danseur que Ion pût trouver dans

le moada eolier : c'était meFTeiUe de yoir les prO"» grès qtie faisait le di«u sous de pareilles maî» Iresses, et Silène ^ son vieux préeepteur, que Jupiter Uvait placé auprès de Iiti pour lui faire étudier ses leçons , recevait chaque jour des complimeQta sur son élève.

A propos de Silène, mes petits amis, il faut que je vous dise que ce précepteur de Bacchos avait une si&gulière figure : son front chauve était surmonté de deux petites cornes de bouc ; il avait le nez rouge et retroussé , le ventre énorme, les jambes courtes et le plus souvent mal assurées, mais comme, malgré cette figure ridicule. Silène était le meilleur homme de k terre, son élève Taimait beaucoup et ne voulut jamais s'en séparer.

Bacehus, étant devenu grand, prit tout à coup lé goût des voyages, et se mît en route avec une armée d'hommes et de femmes couronnés de ver^ dure, et portant des tambours, des cymbales et 3es instruments de toute espèce ; car, pour des laneea et de» épées, cette troupe n'en avait pas besain, parce que Baechus n'avait l'intention de faire la gueireà personne.

he boa Silène, qui eût été trop vieux pour faire une longue route à pied, monta sur l'âne le plus pacifique que l'on pût trouver; malgré soa embonpoint ^ il ne resta jamais en arrière d'un seul jour, quoiqu'il s'airétât volontiers dans les cabarets qu'il rencontrait sur son chemin parce^ que, je dois en convenir, Silène, en prenant de l'âge, était devenu ivrogne. Ce fut sans doute par* son conseil que Bacehus propagea partout sur soa

passage la culture de la vigne, ce qui le fit ado- P€P dans toute l'Asie comme le dieu du vin, quoiqu'il ^ut un profond dégoût pour l'ivresse , qui dégrade les hommes et les rend semblables aux animaux.

, Je me souviens, à ce propos, que ehez'les Lacédémoniens, dans cette école de Lycurgue où les jeunes gens apprenaient à devenir des citoyens forts et courageux, on exposait k leurs regards un misérable esclave que Ton avait eni^rré, pour leur faire voir h quel état d'abrutissement l'ivresse peut conduire un homme : aussi les Spartiates avaient-ils horreur du vin , qu'ils regardaient ^ comme le plus dangereux des poisons , parce '^ qu'il fait perdre la raison h ceux qui en abusent.

Quoique Bacchus fàt lui-même trop sage pour s'abandonner k côttc dégoûtante passion, il ne put empêcher que son armée ne s'y livrât , et alors les hommes et les -femmes qui la compo-^ saient se transformèrent en de và'itables insensés. Les Bacchantes ou Ménades , sorte de prétresses qui formaient son cortège, se revêtaient j de peaux de tigre et de panthère, pour exprimer i san^ doute que l'ivresse rend les hommes sera- K ]>lables a des bêtes féroces , et erraient ^sur les f montagnes en poussant dos hurlements ; elles : avaient les cheveux épars, et la main armée d'un flambeau ou d'un îhyrse; c'est-à-dire d'un bàMm entouré de feuilles de lierre et de pampre, èorte . de plante grimpante qui s'attache aux branches de la vijçne. Dans cet état violent elles exécutaienl mille danses bizarres autour du dieu, monté sur

un chariot que traînaient des panthères on des éléphants, et à la suite duquel se voyait le vieux Silène, ivre et chancelant sur son âne, et le front couronné de lierre.

Ce fut avec ce cortège étravagant, qui ressemblait h une véritable mascarade du mardi -gras, que Bacclius fit, dit-on^ la conquête de Tlndc; de là , revenant sur ses pas , ^ travers TAsic, il se rendit en Egypte, où il introduisit encore l'art de cultiver la vigne. Partout où il passait, les peuples lui élevaient des autels, et le proclamaient le bienfaiteur de l'humanité.

Ne remarquez-vous pas ici, mes petits amis, une ressemblance frappante entre ces voyages fabuleux de Bacchus et ceux que les Indous attribuaient à Vîchnou, sous la figure de Crlchna , et les Egyptiens à leur dieu Osiris? Tous troisentreprlrent des voyages, suivis d'une troupe nombreuse, mais sans armes ; tous trois furent adorés pour avoir appris aux hommes dés arts utiles,

et l'on doit croire qae la fable de Bacchuâ iï'e«t autre que celle du Criohna indien et de TOsirid de l'Egypte, transformes par les Grecs en une divinité de leur pays.

D'autres ont regardé Bacchus dans ses voyages comme Timage du soleil , qui , paraissant du côté de l'orient, où l'Inde est située, s'élève ensuite sur riiorizon et éclaire successivement tout l'univers de ses rayons. Quoique l'explication de ces fables mythologiques soit très-difficile, il y a cependant aujourd'hui des savants laborieux qui s'efforcent d'en découvrir la clef, et peut-être vicndra-t-il un moment où, sans être beaucoup plus avancé dans ses études que vous ne Tètes à présent, on pourra comprendre quelles réalîtéâ^se cachaient sous ces fictions ingénieuses.

Les fêtes de Bacchus, que l'on nommait les BacchamUes, étaient une sorte de représ^tation des fureurs auxquelles s'abandonnèrent les bac-^chantes pendant les voyages de ce dieu. Tout le monde, dans les villes^ grecques , était obligé d'f assister, et l'on raconte à ce sujet que les filles do Minée ^ roi de Thèbes; ayant refusé d'y prendre part, à cause du spectacle repoussant que prë^^ sentait alors la populace enivrée, le dieu, irrité du mépris qu'elles affectaient pour son culte , les «changea en chauves-souris, dans le moment même <{u'elies travaillaient à un magnifique ouvrage de tapisserie. C'est pour cela, disaient les Grées, qoe ce hideux oiseau , qui ne se montre que la nuit, tapisse les caves où il se retire, de toiles imitant encore la tapisserie, dans laquelle excellaient les Minéides.

DES GRECS Et DES LATINS. 103

Le même roi Midàs, kqtti Apollon aralt, comme vous savez, fait cadeau d'tittc si belle paire d'oreilles d'âne , oe fut point , à ce qu'il parait , dëgoûtë par cette aventure d'avoir affaire avec les dieux. Bacchus , dans le cours de ses voyages , ayant reçu de lui une hospitalité bienveillante , lui offrit , en le quittant , de lui accorder tout ce qu'il demanderait.

Le stupide Midas, n'imaginant pas qu'il y eût au monde rien de préférable à la richesse , obtint du dieu la faveur de convertir en or tout ce, qu'il toucherait. Ce vœu téméraire fut exaucé, mais le malheureux prince ne tarda pas h s'en repentir ; car^ dès ce moment , tout ce que ses mains atteignaient devenait métal, et environné de monceaux d'or, il mourait de faim , parce que l'or ne se mange pas* Alors Midas* comprit qu'au milieu de ses richesses, il allait périr de misère, et ayant supplié les dieux de lui retirer ce don funeste qu'il avait tant souhaité, ceux-ci lui ordonnèrent de se baigner dans le Pactole, l'un des fleuves de Phrygie, où il perdit enfin cet avantage qui le menaçait d'une mort prochaine; mais depuis ce temps , le Pactole roula dans son sable des paillettes d'or que l'on y trouve encore quelquefois.

Cette nouvelle fable de Midas, déjà si fameux par son aventure avec Apollon, est une leçon donnée aux avares , qui se laisseraient vobntiers mourir de faim pour ne point entamer leurs trésors ; c'est une juste punition de ce vice honteux, cpïi leur feit oublier que l'argent n'a point de valeur lorsqu'on ne sait pas en faire un bon usage.

Bacchus était habituellement i^présenté sous .

la figure d'un jeune homme riant et sans barbe, quelquefois assis sur un taureau , et alors il avait beaucoup de ressemblance avec le Mithras des Perses que nous connaissons ; mais le plus souvent on le voyait élevé sur un char attelé de bêtes féroces, comme si l'on supposait que le vin, qui rend les hommes furieux, avait le pouvoir de dompter les animaux sauvages. Il tenait d'une main une grappe de raisin ou une coupe , et de l'autre .un thyrse. On lui sacrifiait une pie, parce que l'ivresse rend babillard , et un bouc , animal qui détruit les bourgeons de la vigne. Le lierre et le pampre, qui lui étaient consacrés, passaient pour dissiper les fumées du vin.

!•• Jagenenl de Pàrto.

Il n'y avait pas encore une année tout entière que l'univers existait , mes petits amis , et déjà Ton était arrivé au premier jour du printemps. Le ciel était pur et sans nuage ; la terre, couverte de verdure, commençait h laisser paraître quelques fleurs; le soleil s'élevait brillant et radieux sur l'horizoa, les oiseaux faisaient entendre mille concerts, et la mer elle-même présentait l'aspect d'une glace unie, lorsque tout a coup du milieu de ces flots si calmes , une vague blanche et écu* meuse se souleva et vint se briser sur le rivage, où elle déposa un lit de mousse.. • Vous ne devineriez jamais ce que cette vague apporta ; eh bien I ce fut une Jeune fille, plus belle que toutes les nymphes du eial, de la terre et de l'onde; enun

mot, ee ftit Vénus, que Jupiter, en l'aperoevant, proclama tout d'abord la déesse de la beautë.

Cette ilouTelle, aussitôt répétée dans l'Olympe par la Renommée^ déesse fort indiscrète^ que Ton représentait emboucbant une trompette, et portée par des ailes rapides, mit en émoi toutes les divinités du céleste empire. L'orgueilleuse Junon apporta plus de soin qu'à l'ordinaire à sa toilette ; la sage Minerve ne put s'empêcher de rougir de l'idée de trouver une riv«le, et toutes les autres déesses, ce jour^U, consultèrent plus de vingt fois leur miroir pour savoir si leur coiffure ne s'était pas dérangée. Mais Jupiter, ne voulant pas que la nouvelle déité porut ainsi aux yeux de toute la cour des dieux, sans avoir reçu l'éducation qui convient h une jeune personne bien élevée, confia, le soin d'instruire Vénus h douze sœurs nommées les Heures^ qui présidaient aux divers instants de la journée. Le temps de ces diligentes institutrices était compté de telle manière, et elles employèrent si utilement leurs leçons, qu'en peu de jours elles firent de la jeune déesse une véritable perfection ; et Jupiter, satisfait de leurs soins, ordonna que leur jeune élève paraîtrait sans plus tarder dans l'Olympe, où Hébé lui verserait le nectar de Timmortalité. Ce jour-lÀ , mes bons amis , fut une véritable fête pour la cour des dieux , et je crois même qu'il y eut, à cette occasion, un concert où Apollon et Ëuterpe firent de la musique, suivie d'un petit ballet, dans lequel Terpsichore se montra aussi légère qu'un oiseau.

Cependant, dès le lendemain, il fallut que Ju« piter pensât à donner un mari k sa nouvelle fille,

fm VYTHOtOGiB

dkr t^m le$ dieux qui n'avait p^int enoore de femme s'étaient déjii mis sur les rangs^ et ebacun faisait valoir ses avantages pour obtenir la préférence»

Apollon i*8préseiita modestement qu'il était le plus aimable et le plus savant de . tous les dieux i il rappela qu'il savait la musique ^ la rhétorique^ l'astronomie , un peu de médecine ejt bien d'au*^ très cboses encore. Bacchus, ce gros garçon de bonne nune, s'efforça de faire entendre à Jupiter que la main de Vénus lui revenait de droit pour les services qu'il avait rendus au monde en propageant la culture de la vigne ; Ilf ars lui-même| malgré son visage bruni par le soleil , et la brus« querie de ses manières, prétendit que la déesse de la beauté devait appartenir au dieu de la guerre , comme une juste récompense de ses exploits; Mercure lui-même, s'il n'eût point été aussi œ^ cupé, aurait réclamé la préférence pour son exactitude k faire les commissions dont on le char* geait ; mais Jupiter , pour les mettre d'accord , fit un autre choix auquel personne ne .s'attendait, car il ordonna que la jeune déesse deviendrait la femme du boiteux Vulcain, pour prix de la peine qu'il avait de fabriquer la foudre ; celui-ci arriva donc clopin*clopant, et après avoir épousé Venus à la face de l'Olympe, il l'emmena dans son palais noir et souterrain, où la belle mariée ne fut pas longtemps sans se déplaire, parce que son teint blanc y était gâté par la fumée des forges de Vulcain. Elle remonta donc vers TOlympe, avec le consentement du maître des dieux, et l'on dit que Jupiter lui permit de ne descendre que rare-

DBS 6RE«9 ^¥ tm LATINS. t07

ment chet «on mari, dont la êodéU d'ailleurs nV vait rien de bien agréable.

A quelque temps de lii , mes enfants , il y eut une noce célèbre & laquelle tous les dieux du ciel 9 de la terre, de la mer et des enfers même , furent invités ; ce fut celle d'un jeune et aimable prince nommé Pelée, arec une belle lymphe appelée Thétis^ qu'il ne faut point confondre avec la déesse marine chez laquelle le soleil avait coutume de se reposer chaque soir.

La Discorde seule, divinité hideuse dont la tète était hérissée de serpents, fut exclue de cette fête, que sa présence eût troublée; mais cette mécnante déesse s'en vengea d'une (Quelle manière , car au beau milieu du festin , au moment où Bacchus faisait goâter aux convives le meilleur vin de sa cave , la Discorde , s'éfançant de dessous la table où elle s'était cachée, jeta dans l'assemblée une pomme sur laquelle étaient écrits ces mots : A la plus belle l certaine que cette pomme-là deviendrait le sujet d'une violente querelle, qui ne manquerait pas d'occasionner du trouble.

fin effet, dès que les déesses eurent lu cette inscription , elles prétendirent toutes à disputer le prix de la beauté , et quoiqu'il n'y en eut guère dans toute l'assemblée qui ne pût élever quelque prétention, il fut décidé, d'un commun accord, que Junon, Minerve et Vénus seraient seules admises k concourir. Il ne restait plus maintenant qu'à trouver un juge^assez impartial pour prononcer entre les trois concurrentes^ que chacun des dieux aurait craint de fâcher, lorsque Mercure ,

108 KYTHOLOGUS

qui venait de parcoiirir les quatre coins de la terre, engagea les dëesscs à s'en rapporter à Un jeune berger, nommé Paris, qui était le fils de Priant , roi de Troie. Cet avis fut adopté , et un simple pâtre fut choisi pour arbitre d'un différend qui intéressait tant de divinités.

Junon parut d'abord devant son juge, vêtue de ses plus beaux atours, et resplendissante d'or et de pierreries de toutes couleurs; le berger, ébloui de son air majestueux, allait lui adjuger la pomme, lorsque Minerve se présenta^ avec toute la gravité de la sagesse tempérée par un sourire doux et bicnveiUant : la déesse était armée de pied en cap suivant sa coutume, mais elle avait eu soin de caciier son égide pour ne point efTaroucber le juge. Celui-ci se trouvait si embarrassé tle prononcer eiifre les deux rivales, qui lui paraissaient toutes depx également belles, qu'il était bien tenté de leur partager la pomme, lorsque Vénus, sans autre parure qu'une guirlande de roses et une merveilleuse ceinture dont Jupiter lui avait fait présent, s'avança avec modestie, et frappa d'admiration Paris, qui aussitôt, tombant à ses pieds, déclara que Junon lui avait paru trop fière, et Minerve trop grave, mais qu'à Vénus seule appartenait le prix de la beauté.

Ce jugement célèbre fut accueilli de l'Olympe par des applaudissements unanimes; Junon et Minerve se retirèrent avec dépit, et Vénus triomphante, montant sur un petit char fait d'un seul coquillage de nacre, et attelé de deux jolies tour* tereileSy s'enleva dans les airs.

Cette ceinture merveilleuse que Jupiter avait

donnëc à Vénus, et qui lui avait mérité le prix, n'était antre, mes enfants, que remblëme de la modestie, de la grâce, de la douceur, sans lesquelles la beauté n'est qu'un faible ayantage. Rappelez-vous surtout qu'une jolie figure n'est un don précieux que lorsqu'elle est accompagnée d'un bon, cœur et d'un caractère aimable ; autrement elle est plus nuisible qu'utile, parce qu''e]le fait mieux ressortir les défauts là où l'on s'attendait à trouver de bonnes qualités.

Les anciens assuraient que le jugement de Pâ« ris avait été la cause de la ruine de Troie, que je vous ai racontée dans l'Histoire grecque, et quo c'était pour se venger de ce berger devenu prince, que Junon et Minerve avaient soulevé toute la Grèce contre celte' ville célèbre. Le vaillant Achilic, dont il est question dans la même Histoire , était fils de Thétis et de Pelée , dont la noce avait été troublée par la pomme de la Discorde.

La belle Vénus eut plusieurs enfants, dontquelqucs-uns sont extrêmement célèbres ,: on comp-^ tait parmi eux Cupidon ou V Amour , représenté sous la figure d'un enfant ailé, les yeux couverts d*un bandeau, et armé d'un arc et de petites flèches; VHymenj divinité qui jjrésidait aux mariages, et enfin les trois Grâces, Aglaé^ Tlialic et Eitphrosine^ qui élaient les compagnes inséparables de leur mère.

Venus étciit le plus souvent représentée sous la figure d'une belle femme debout, ou assise sur un char attelé de deux colombes ou de deux moineaux', sorte d'oiseaux qui lui étaient consacrés,

MO

mWOluOQK

Les fin» famieux de $e$ temples étaient ceux de GnÙe^ de Paphos eid'Idalie, où ses autels $'éle^ voient dans des bosquets de myrtes et de rosiers. On lui donne quelquefois le surnom de Cypr%& ou de Cyihérée, à cause du culte qu'on lui rendait particulièrement dans les iles grecques de Cypre et de Cythcre,

La Vénus de Mèdick est la plus eélèbre statue de, cette déesse que nous ait léguée l'antiquité ; elle fut longtemps un des ornements du palais d'une famille souveraine de ce nom , qui régnait autrefois à Florence, en Italie, et dont j'aurai sans doute occasion de vous parler dans d'autres livres.

Mj^m travaux d'Hercule.

Voye25-vous , mes bons, amis , cet homme ro-

DES 6REG9 BT mS LATINS. fU

bufite, doQl les épaules sont couvertes d'une peau de lion, tandis que sa main s'appuie sur une pesante massue ? C'est Hercule^ c'est encore un fils de Jupiter, c'est lé dieu de la force et du courage, i'histoire de ce dieu-là est remplie d'événements merveilleux, et toute sa vie ne fut qu'une suite de travaux et d'entreprises glorieuses. *

Au moment même de la naissance d'HereulCi Junon, qui haïssait sa mère Alcmène, alla trouver le Destin pour le prier de préparer à cet en- £ant l'existence la plus dure et la plus périlleuse.

Or il faut que vous sachiez, mes petits amis, que le Destin était une divinité aveugle et inflexible, dont les dieux mêmes n'avaient pas le droit de changer la volonté ; son visage sévère ne se déridait jamais, et lorsqu'il avait écrit sur son livre éternel le sort que chaque homme devait suhir, Jupiter lui même était s^ns puissance pour effacer ses arrêts. On le représentait sous la figure d'un vieillard austère, le front environné d'étoiles, un pied sur le globe terrestre, et tenant dans s^ main l'urne qui renfermait le sort des mortels.

Ce fut à ce dieu redoutable que Junon s'adressa pour connaître la destinée d'Hercule ; mais elle ne put empêcher qu'une carrière glorieuse lui fût xouverte, et qu'il ne fût écrit qu'il triompherait dé tous les dangers qu'il affronterait. Tout ce que la déesse put obtenir, c'est que le Destin le soumit aux ordres à'Eury$thée, roi de Thcbes, son frère aîné, qui était un prince dur et impitoyable, sans qu'il lui fût permis de s'y soustraire. La haine de Junon ne fut qu'à demi satisfaite, mais elle ne s'en montra pas moins active.

lis MYTHÛLOGIfi

En effet, Hercule n'était encore qu'un enfant, lorsque la déesse envoya contre lui deux énormes serpents qui, se glissant dans son berceau, étaient au moment de Tétouffer ; mais le dieu, les saisissant de ses petitejs mains , les écrasa tous les deux/ On pouvait juger par là ce que deviendrait un jour un pareil enfant, chez lequel cette force prodigieuse ne fit que s'accroître h mesure qu'il grandissait.

Lorsque Hercule fut devenu grand , son frère Eurysthée, pour éprouver son courage, le chargea de garder ses troupeaux dans un pays où un lion -énorme faisait depuis longtemps un affreux carnage des brebis et même des hommes qu'il pouvait atteindre. Cet animal redoutable se retirait dans un bois voisin, que l'on nommait la forêt de Némée. Le jeune berger n'attendit pas que le monstre vînt attaquer son troupeau, et se munissant d'une pesante massue de fer, et de quelques flèches, il se mit à sa poursuite. Mais lorsqu'il eut atteint le lion, il eut beau lui lancer des. flèches et le frapper de sa massue, la peau de cet animal terrible se trouva si impénétrable, que le héros, malgré tous ses efforts, ne put parvenir à le blesser. Alors, comme son courage n'était pas moindre que ses forces , il saisit le monstre dans ses bras nerveux et l'y serra jusqu'à ce qu'il l'eût étouffé.

Ce premier triomphe du jeune Hercule, mes bons amis, devint pour lui l'Qcoasion d'un trophée glorieux; car ayant dépouillé aussitôt l'animal qu'il venait de vaincre, il se revêtit de cette peau remarquable, qui lui servit de vêtemcîlt, ou plu-

DES GRECS ET DES LATmS. US

tAt de cuirasse dans tous les travaux qu'il entreprit par la suite. Eurysthée, informé de cette Victoire, comprit alors qu'un si vaillant homme n'était pas fait pour passer sa vie à garder des troupeaux ; mais comme il ne pouvait s'empêcher de Te craindre, il lui imposa l'obligation d'aller combattre tous les monstres qui dévastaient la terre, en lui défendant de reparaître à sa cour, qu'il n'eût accompli douze travaux qu'il lui indiquerait. Le jeune héros se mit donc en route, im* patient déjà de signaler son courage et ses forces dans d'autres combats.

Dans ce temps-là , mes enfants , il y avait en Grèce un serpent monstrueux que l'on nommait

- Yhydre de Leme, parce qu'il se retirait ordinairement dans un marais de ce nom, dont il ravageait tous les environs. Ce reptile avait sept têtes, et chaque fois qu'on lui en coupait une, il en renaissait sept nouvelles. Ce fut par la défaite de ce monstre qu'Hercule voulut commencer ses travaux; mais il ne put y parvenir, après l'avoir combattu, qu*en mettant le feu aux roseaux qui lui servaient de retraite. Le sang de ce serpent était un poison si subtil, que le héros y ayant trempé la pointe de ses jSèches , toutes les blessures qu'elles faisaient devenaient incurables. Nous verrons plus tard combien cette propriété de ces traits terribles deviiit fatale à Hercule luimême.

Armé de ces flèches funestes, de sa redoutable massue*; et surtout de son courage indompta'ble,

. Hercule poursuivit le eours des travaux qui devaient l'immortaliser.

114 MrrnoLOGiB

D'abord il prit te saùgliei^ do thonî Birgnmnthe, -ttûimal furieux qui ^ chaque îoïé qu'il descendait de sa tanière, dévastait toutes les contrées voi-sines ; Hercule l'ayant atteint , le chargea Tirant '6u^ 9e$ épaules ^ et l'apporta ainsi aux pieds 'd'Eul*ysthée, ({m fut tellement effrayé de cette Vue qu'il faillit en mourir de saisissementi Une autre fois il amena encore au même prince une jôlié biche, dont les pieds étaient d'airain et les eornes d'or, et qub jamais personne û'aTsit pu approcher^ tant elle était légère à la course.

11 n'y^vait pas encore longtemps que le héros se reposait après ces deux vietoires, lorsqu'il ap« |>rit que sur le lac Siynifkale^ Toisin du pays on il so ti'ouvait, on reiicontrait des oiseaux terHbles dont les ailes et le bec étaient éfo fer, «Mes on<gles extrêmement crochus. Tous ceux qui avaient lïmprUdcnoe de s'approcher de ce lac étaient aussitôt mis en pièces par Ces oiseaux formida^ blés ; mais Hercule, les ayant épouvantés en faisant frapper à coups redoublés sur des bassins d'argentj les perça de ses flèches au moment où ils tentèrent de s'envoler. Cette victoire du héros lui fît beaucoup d'honneur dans toute la Grèce ; et Eurj'ëthée^ voyant bien que désormais rien ne lui était iinpossible^ l'envoya au secours d'un de ses voisins, nommé MinoSj roi de l'île de Crète, contre lequel [ieptune avait suscité un taureau dont les Uifiseaux soufflaient des tourbillons de flémméi Hereûle^ toujours invincible, ie saisit encore dé ce monstre , qu'il amena tout dompté devant son frère^ qui cette fois fut fort embai*'rassiS pour lui orilonner de nouvelles cntri3 prises.

DES GBBGd fit t>fiB LATINS. 115

Cependant, h quelque temps de là, ËUrjrsthée ayatft entendu parler d'un|arbre merveilleux qui, dans un pays inconnu, produisait des pommes d'or, conçut uii dësîr immodévë de les posséder, et presorivit k Hercole de les lui chercher par toute la t-crre, eu le prévenant toutefois que ces fruits précieux étaient placés sous la garde d'un dragon & cent tétcs, qui vomistsait des torrents de flammes et de fumée.

Il ercuie ne savait pas tvù^ où trouver cet arbre prodigieux^ mais comme itnefiouvait faire autrement* que d'obéir à Eurysthée, d'après la loi du Destin, il se mit en marche, et arriva ainsi jusqu'au royaume d'Atlas^. toi d'Afrique , qui était père de trois belles filles, nommées les ffespérideSy auxquelles appartenait précisément le jardin où se trouvaient les fameuses pommes d or que gardait le dragon à cent têteç.

Or il faut que je vous dise, mes bons amis, que le roi Atlas ayant autrefois aidé les Titans dans leurs guerres contre les dieux, Jupiter lui avait infligé pour punition de sputenir le ciel sur ses épaulés ; ce qui veut dire que dans le royaume d'Atlas, il y avait de hautes montagnes dont la cime semblait toucher a& èicL Hercule, qui avait grande envie de pénétrer daUs le jardin des Hespérides, offrit à Atlas de le soulager de ton pesant fardeau pendant quelque temps, s'il Voulait lui indiquer le fameux arbre aUx pommes d'ot*, et eelui-'ci y ayant consenti avec joie , le héros soutmt seul pendant plusieurs jours tout le poids ' de la Voûte céleste, après quoi, pour prix de sa complaisance, At|as lui buvrtt l'entrée du jardin

1t6 MYTBOtOGIB

de SCS filles, où Ilercule tua le dragon, et dont il enleva le trésor.

Comme il revenait chez son frère , chargé de ce butin précieux, un roi, nommé ÂvgiaSj qui possédait un troupeau de trois mille bœufs , lui ayant demandé d'enlever le fumier de ses étables, qui depuis trente ans n'avaient pu être nettoyées, et infectaient toute la Grèce , le héros , pour y parvenir, fît sortir tous les bœufs , et détournant un fleuve voisin, en fit passer les eaux dans ces établcs , dont les fiots emportèrent toutes les immondices.

Voilà, me direz -vous avec raison, une singulière occupation pour un héros comme ïlercule, que de nettoyer des étables; cette observation de votre part me fait plaisir, parce qu'elle prouve que vous m'écoutez avec quelque atteution : mais vous savez qu'Hercule obéissait à un sort rigoureux, auquel il lui était interdit de se soustraire, et sans doute le Destin, en lui imposant ce travail, n'avait eu .d'autre but que d'éprouver s'il avait autant de soumission que de courage.

Un des derniers travaux d'Hercule fut de tuer un vautour qui dévorait le cœur de Prométhée, dont l'histoire est aussi fort curieuse. Ce Prométbée était un statuaire grec fort habile, qui, ayant achevé une statue d'homme de la plus grande beauté, eut la fantaisie de la rendre animée, en dérobant au ciel quelques étincelles du feu sacré de Jupiter, pour donner la vie et le mouvement à son ouvrage. l\Iais le dieu, irrité de l'audace Ae Prométhée, le frappa de sa ibudre, et ordonna à Yulcain de l'attacher avec des chaînes indes*

tructibles sur le sommet du Caucase , où un \autour dévorant lui rongerait le cœur éternellement. Hercule , ayant tué cet animal vorace , brisa les chaînes de Prométhée et lui rendit la liberté.

Je n'en finirais pas, mes petits amis, si je you<lais vous raconter toutes les aventures merveilleuses dont Hercule sortit victorieux; mais îl faut que je vous parle d'un voyage que ce héros fit aux enfers, h la recherche d'un de ses amis, nommé Thésée, qui avait eu l'imprudence d'y pénétrer, pour enlever Proserpine à Pluton. Cette faille est vraiment surprenante, et d'ailleurs elle nous fera connaître bien des choses intéressan- . tes que les anciens racontaient sur ces tristes lieux.

Hereiile aux enfer*.

Thésée et Piriîhoûs étaient deux Athéniens que la plus grande amitié unissait depuis leur enfance ; ils avaient tous deux passé leur jeunesse, comme Hercule, à combattre les monstres et les tyrans qui désolaient la Grèce, et leui courage était connu de toute la terre ; mais ces deux imprudents ayant conçu la folle pensée de descendre aux enfers pour enlever Proserpine h son mari , furent bien punis de leur audace : car Pirithous fut dévoré par Cerbère, chien terrible à trois têtes qui gardait la porte des enfers; et

Thésée fut plongé vivant da|i8 le cachot le plus soinhre de l'empire des morts , «ù il perdit bien» tôt Tespoir de jamais revoir la lumière.

Or Hercule, qui était Tami de Thésée, apprit dans ses voyages la faute et^le châtiment de cet imprudent, et n'écoutant que son indomptable valeur et son amitié, il résolut de Tarracher au supplice éternel qui lui était réservé^, et de descendre lui-même aux enfers pour le soustraire k la colère de Pluton. -^

Hercule, comme vous le savez, n'était pas homme à reculer devant un danger ; mais il ne put s'empécber i)e ffémir en approchant de la caverne qu'on lui avait indiquée comme le plus court chemin pour descendre dans le royaume de Pluton. Autour de cette caverne on ne voyait ni fleurs ni verdure^ la terre, desséchée par des vapeurs empestées, y lang;uissait san^ végétation; et si quelques faibles arbrisseaux autres que des cyprès s*y montraient de loin en loin , leur tige .était dépouillée de feuillage. Les oiseaux mêmes fuj'aient ces tristes campagnes , et les troupeaux s'éloignaient avec horreur de ces plaines funestes qui ne produisaient que des ronces et des épines malfaisantes. De temps en temps, des tourbillons de flamme et de fumée s'échappaient de l'ouver-* ture de la caverne , et l'on eut dit de l'atelier d'un forgeron, si le plus profond silence n'eût régné alentour. Ce fut par cette porte sinistre que le héros pénétra dans le royaume des morts.

Gomme il n'était pas la premier vivant qui eût visité cette triste demeure , on l'avait prévenu qu'il fallait prendre certaines précautions pour

DES GRECS ET DBS LATINS. IIAI^

se pendre favorables les divinités infernales; pluf sieurs personnes l'avaient engagé à offrir le sa-^ crifice d'un chien noir à Hécate, et k se munir d'un gâteau pour apaiser Cerbère; mais le héros, qui avait déjà vaincu tant de monstres , ne crut pas à ces contes de bonnes femmes; et lorsqu'il se trouva en face de ce terrible animal, qui, ou* vrant à la fois ses trois gueules , faisait retentir un triple aboiement, il entreprit de le dompter par la force, le terrassa , et l'enchaina avec de si fortes chaioes, que Cerbère, étonné, se tut en léchant ses pieds.

Après cette victoire , mes bons amis , Hercuii^ poursuivit son chemin, et parvint bientôt sur les bords d'un fleuve noir et bourbeux , qui se nommait VAchéron et formait une^remièrc barrière entre le séjour des vivants et celui des mânes : c'était ainsi que l'on nommait les âmes des morts, lorsqu'elles descendaient dans Fempire de Plufon. Quelques peuples de l'antiquité en avaient fdit des divinités particulières , pour honorer la mémoire de leurs ancêtres, et le culte qu'ils leur rendaient dans 1 intérieur de leurs maisons se confondait quelquefois avec celui des dieux Lares, dont je vous ai parlé dans la fable de Janus.

L'iicAeron n'avait pas toujours coulé sous ces voûtes funèbres ; autrefois il roulait sur la terre des flots clairs et rapides , mais lorsque les Titans entreprirent d'escalader le ciel, il eut le malheur de les désaltérer de son eau transparente, et Jupiter, pour le punir, le précipita dans les enfers, on ses flots dormants et fangeux allèrent se perdre dans le Slyx, le plus grand des fleuves souterrains^

iSO MYTHOLOGIE

qui faisait neuf fois, dit-on, le tour du séjour des morts..

En arrivant sur les bords du Styx, Hercule fut étonné de voir voltiger autour de lui une multitude d'ombres désolées qui ne pouvaient obtenir la faveur de traverser ce fleuve, d'un vieux batelier, nommé Caron, dont le devoir était dépasser dans son bateau tous les mânes qui lui remettaient une petite pièce de monnaie, que Ton nommait une obole. ^

C'était pour cela que les anciens avaient cou» tumc de mettre une pièce de monnaie dans la bouche des morts, pour qu'ils pussent payer le prix de leur passage à l'avare Garon , qui n'était jamais d'humeur à faire crédit à personne. Ces ombres inconsolables qui erraient ainsi sur les bords du Styx étaient celles des morts privés de sépulture , ou qui n'avaient pu payer au batelier l'obole qu'il leur demandait.

Je vous prie de remarquer à ce propos, mes petits amis , que le vieux nocher n'exigeait jamais de personne plus d'une obole, que ce fût un roi ou un esclave qui se présentât à sa barque, parce que, dans le royaume de Pluton, il n'y avait plus de distinction entre les hommes, que la mort rend tous égaux.

Le farouche Caron fronça le sourcil en apercevant Hercule, car il craignait que le poids du héros ne fit enfoncer son bateau d'écorce d'arbre , qui ne portait ordinairement que des ombres légères, mais^ lorsque le fils de Jupiter se fut nommé, il se radoucit, et lui permit de prendre place à ses côtés.

DES GRECS ET DES LATINS. lîl

Pendant que le héros traverse ainsi le Styx, au grand étonnement de tous les raânes qui accouraient sur les deux rives, pour contempler comme une merveille un homme vivant , je dois vous rappe-r 1er que c'est précisément par ce fleuve q[ue]es dieux craignaient de jurer, et que ceux qui violaient ce serment étaient sévèrement punis par Jupiter.

Aussitôt que la barque eut touché le rivage , Hercule s'avança vers le palais ténébreux de Pluton, où N distingua, non sans peine, à travers l'obscurité, le dieu assis sur son tràne d'ébène, à càté de sa ch^ Proserpine. PJuton n'aimait point h voir un homme vivant; cette vue lui était ai^ssi odieuse que la clarté du jour l'est aux yeux des animaux qui ne sortent que la nuit. Son visage devînt encore plus pâle et plus sévère que de coutume h l'aspect d'Hercule ; mais lorsque celui-ci se fut fait connaître à lui, il lui accorda la permission de parcourir son triste empire, et consentit même, à sa prière, à rendre au coupable Thésée la liberté qui* lui avait été ravie.

Au pied du trône de Pluton^ Hercule reconnut la Mort : elle était vêtue d'une robe noire parsemée d'étoiles, et sa main décharnée portait une faux tranchante , avec laquelle ^lle était censée moissonner les hommes. ,

Le héros s'éloigna avec joie de ce palais funèbre; et comme il ignorait encore dans quels lieux il devait chercher son ami Thésée, il se mit à parcourir les enfers, où il aperçut beaucoup de personnages dont il avait souvent entendu parler sur la terre, et avec lesquels il est bon que nous fasaions* aussi connaissance.

Il y avait dëjà quelque temps qu'il erpâît presque au hasard sous ces voûtes sinistres, que ja-* raais les rayons du soleil n'avaient éclairées, lorsqu'il aperçut, dans une salle obscure, trois 'vieilles sœurs, pâles et amaigries, qui filaient & la lueur d'une lampe bleuâtre : c'étaient les Pat' qûes y^âiviûiiés infernales dont le devoir était, dit^on , de filer les jours de tous les mortels qui paraissaient sur la terre , ne fût-ce que pour un instant.

C/o*o, la plus vieille des trois , tenait une quenouille chargée de laineNblanche et noire, à laquelle étaient mêlés quelques brins d'or et de soie. Cette laine grossière , mes petits amis , était l'image de la vie dos hommes , dans laquelle For et la soie figuraient lés jours heureux, qui s'y trouvent toujours en plus petit nombre que les au** très.

Lachésis, la seconde des Parques , tournait rapidement de la main gauche un fuseau ,. tandis que sa droite conduisait un fil léger, «que la troisième sœur , nommée À tropos^ était chargée de couper avec des ciseaux tranchants, lors du trépas de chaque mortel. Vous pouvez juger, d'après cela, combien ces trois sœurs étaient occupées, puisque notre fil à tous devait passer entre leurs doigts. Hercule avait bien envie de leur demander si elles fileraient encore longtemps pour lui , mais ellea^n'avaient pas le temps de lui répondre, et le héros passa son chemin.

 quelques pas de là. Hercule s'arrêta devant trois vieillards vénérables qui, assis sur un tribu« nal^ paraissaient ju|;er un homme nouvelleraent

arrivé dans le royaume de Pluton ; c'étaient en effet Minas, Eacus et Rhadamante^ les trois juges, des enfers, charges par*ce dieu de punir leâ coupa* blés, en les précipitant dans le Tartare, dont ils ne devaient jamais sortir^ et de récompenser les hommes vertueux, auxquels ils ouvraient un lieu de délices appelé les champs Elysées. Ces juges ne pouvaient jamais se tromper , parce que Thémi^, déesse de la justice , tenait auprès d'eux une balance dans laquelle elle pesait les actions des hommes, et leurs arrêts étaient exécutés & l'instant même par une déesse impitoyable, armjSc d'un fouet sanglant, et que l'on nommait Némésis , ou la Vengeance.

Il est bon do vous rappeler, h l'occasion de ce tribunal desjenfers, 'mes petits amis, cette coutume des Egyptiens que rapporte l'Histoire an-> cienne, et qui consistait à juger publiquement la mémoire de chaque homme aussitôt après sa mort, avant de lui accorder les honneurs de la sépulture. C'était sans doute dans cette sage institution des anciens Eg^'ptiens que les Grecs avaient puisé Tidée de ces juges des enfers qui assuraient aux bons une récompense éternelle , comme aux méchants un châtiment qui devait être sans fin.

Aussitôt après avoir quitté le tribunal des trois juges , Hercule vit s'ouvrir devant lui un gouffre

t^4 % v'' MYTHOtOGIE

immense d'où s'élevaient des tourbillons d'une fumée noire et épaisse. Cette fumée couvrait un fleuve de feu appelé lePhlàféthoUy qui roulait ses flots enflammés avec un bruit effroyable; non loin de là coulait aussi le Cocyte, autre fleuve intarissable, formé des larmes des malheureux enfermés dansjc Tartare ; car il venait d'entrer dans le séjour des tourments éternels.

Les souveraines de ces tristes lieux étaient les Furies j qui, les cheveux hérissés, et armées de fouets, tourmentaient impitoyablement les criminels, en leur présentant sans cesse l'image de leurs crimes.

C'était là qu'étaient précipités à jamais les mânes des traîtres, des ingrats, des parjures, des enfants dénaturés, des meurtriers, des hypocîWtes qui, pendant leur vie, avaient fait semblant d'être bons et honnêtes, pour-mleux tromper les autres hommes. Mais ces misérables n'étaient pas les^ seuls habitants du Tartare, et l'on y distinguait aussi les grands scélérats qui avaient, épouvanté le monde par quelque crime eiTroyable : pour chacun de ceux-là Plu ton, avec l'aide des Furies, avait inventé quelques supplices extraordinaires, dont quelques-uns valent bien la peine d'être racontés.

Parmi ces scélérats si justement atteints par la vengeance divijif , Hercule reconnut un roi grec , nommé Saltnônée ^qu^iï avait autrefois rencontré sur la terre. Cet insensé, à qui l'orgueil avait fait perdre la raison, se persuada qu'il était dieu et l'égal du maître du tonnerre. Pour imiter au loin le roulement de la foudre , il se faisait trai*

DES GRECS ET DES LATlIfS. 125

ner la nuit dans un char sur un pont d'airain, d'où il lançait des torches enflammées sur de malheureux esclaves rasseinblës sous ce pont, et que ses gardes assommaient pour imiter les effets du tonnerre.

Jupiter, indigné à la fois de son orgueil et de sa cruauté, le foudroya lui-même en réalité, et le précipita dans Je Tairtare, où il fut condamné & brûler éternellement d'un feu qui le dévorait sans te consumer.

Le frère dç Salmonée, nommé Sisyphe y ne valait pas mieux que lui : c'était un fameux brigand de l'Attique, qui attirait les voyageurs dans son antre, où il les faisait périr par d'effroyables supplices; le même Thésée qu'Hercule venait arracher aux enfers, l'ayant rencontré, le lua dans un combat, et Jupiter infligea à ce misérable, pour sa punition dans le ïartare, de rouler incessamment, avec de pénibles efforts, un rocher énorme vers la cime d'une montagne. Ce n'était qu'après de longs et incroyables travaux qu'il pouvait parvenir à approcher de ce but, qu'il se croyait toujours près d'atteindre; mais au moment où, couvert de sueur et épuisé de fatigue, il voyait le bloc près de prendre son aplomb, soudain le rocher chancelait, et, roulant jusqu'au pied de la montagne, l'obligeait à recommencer sans relâche un nouveau travail.

Cette fable du brigand Sisyphe, mes bons amis, est l'image pîtrfaite de tous les hommes qui ont le malheur d'être ambitieux,, ou envieux du mérite des autres. Ils consument leur vie dans des travaux continuels qui épuisent leurs forces, et lors-

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qu'ils se eroient près d'atteindre le btil qu'ils se proposaient 9 la pierre retombe > et ils se voient condamnés à de nouveaux efforts^ Je ne crois pas quïl y ait parmi vous un seul de ces caractères malheureux, et vous devez vous-mêmes compren-dre la différence qui existe .entre la louable émulation que Ton éprouve pour mériter les louaoges de ses maîtres et do ses camarades, et la basse jalousie qui ne peut supporter sans colère le succès que d'autres, plus heureux, peuvent obtenir* Le ' travail et Tapplication ne sont d'ailleurs jamais perdus pour personne, et c'est déjà profiter que d'en connaître le prix.

A quelque distance du brigand Sisyphe , Hercule aperçut Tantale j roi de Phrygie, qui, toujours dévoré d'une faim insatiable , et desséché par une soif ardente, était éternellement plongé dans une eau limpide, qui se retirait de ses lèvres dès qu'il cherchait à s'en abreuver; en même temps des branches chargées de fruits exquis, et parfaitement murs, s'abaissaient jusqu'à la por*téc de ses mains ; mais aussitôt qu'il étendait les bras pour les saisir, les branches se relevaient, et le malheureux Tantale s'abandonnait à un désespoir inextinguible comme la soif qui le dévorait'.

Ce roi cruel, à la vérité, avait bien mérité ce supplice : un jour les dieux, ayant fait un voyage sur la terre , vinrent lui demander l'hospitalité; il Ht semblant de les recevoir avec grand plaisir, mais pour éprouver leur divinité, dont il doutait, il ordonna a son cu»inier de leur servir en «ragoût les membres de son propre fils PHaps-^ qui

DBS GHISC8 ET DBS LATINS. 197

iisâi un jeune prince bon et aimable. Les çenVi-» Tes dûvinèl^ent ce mets exécrable, et refusèrcat de prendre part au festin, à l'exception pourtant de Minerve ^ qui , par mëgarde sans doute , mangea une des épaules du {>aavro Pélops; Jupiter fut si indigné de la barbarie de ce père dénaturé, qu'il . le frappa de la foudre et le précipita dans les enfers, où il fut condamné à l'aiîfreux supplice que je viens de vous raconter. Quant au jeune Pélops j les dieux touchés de pitié , le ressuscitèrent; mais ne pouvant lui rendre son épaule que Minerve avait mat)gée , ils lui en donnèrent une d'ivoire, ce qui ne le dédommagea pas enUèrement, comme vous pouvez croire, de celle qu'il avait perdue.

Her(}ulé se disposait à quitter ces tristes lieux , où il avait vainement cherché son ami Thésée , lorsque sOn attention fut attirée par des gémissements d'une foule de femmes échevelées, qui étaient condamnées à verser incessamment de Teau dans un tonneau sans fond. Il reconnut alors les Dancitde^, c'est-à-dire le&fiiles d'un roi d'Argos, nommé Z^à/iat«^, dont il avait souvent entendu p^arler dans sa jeunesse.

Les Danaïdes étaient cinquante sœurs, et leur père, ayant été tfvcrti par un oracle qu'un de ses gendres le tuerait pour régner à sa place, leur persuada d'égorger dans la même nuit leurs cinquante maris, avec de, petits poignards qjû'il leur 'distribua secrètement le jour de lc,ur noce. Cet horrible complot fut exécuté par ces femmeç cruelles, à l'exception d'une, seule, nommée ^ypermne»trG^ qui «ut le courage de désobéir h son •

père, mtlgsé ses menaces , et de sauver la vie de son mari Lyncée^ avec lequel elle prit la fuite. , Peu de temps après, l'oracle qui avait tant effrayé Danaûs se trouva vérifié ; car Lyneée , ayant déclaré la guerre à ce roi perfide, le tua dans une bataille. Jupiter, en punition du crime des quarante«neuf sœurs d'Hypermnestre, les précipita dans le Tartare, où leur supplice fut de remplir éternellement un tonneau sans fond* Quant à cette princesse, les habitants d'Argos , pour honorer sa piété conjugale, instituèrent une fête solennelle, que l'on nommait la. Fête des FlatH" beauxy parce qu'elle s'était servie d'un flambeau pour soustraire son époux au sort funeste qui Fat* tendait.

Hercule sortit enfin de ce séjour de douleur, et aperçut devant lui un fleuve paisible qui séparait le Tartare des champs Elysées, c'est-à-dire le lieu des châtiments du lieu des récompenses éternelles. Ce fleuve avait nom le Léthé.

Les eaux du Céthé, que le héros traversa sans difiiculté, jouissaient d'une singulière propriété :elles faisaient perdre la mémoire à ceux, qui s'en abreuvaient : ce qui signifie que les hommes vertueux, en entrant daps les champs Elysées, oubliaient toutes les misères de l'humanité.

Un feuillage toujours vert , des bosquets odoriférants, des prairies émaillées de fleurs , et tout cela éclairé par une lumière douce et éclatante à la fois, formaient ce lieu de délices^ où les hommes qui avaient été bons et sages sur la terre étaient seuls admis après leur mort. Jamais la nuit ne venait assombrir ces beaux, lieuxi^ et les

mânes vertueux y goûtaient une joie pure et sans mélange.

Hopcule reconnut sous ces ombrages divins une foule de rois, de hëros ou de simples mortels, qui avaient autrefois rendu de grands services à leurs semblables. 11 y aperçut Cécrops l'Egyptien, ce fondateur d'Athènes , qui avait enseigné aux Grecs la culture de la terre ; Erichthon , qui le premier inventa l'usage de la monnaie, pour faciliter le commerce entre les peuples de la Grèce : Triptolème, à qui Cérès elle-même apprit à se servir de la charrue; CodruSy ancien roi d'Athènes, qui, ayant été averti par un oracle, pendant une guerre qu'il eut ft soutenir, que la nation dont le roi périrait dans le combat serait triomphante, se travestit en simple soldat, et alla s'offrir aux premiers coups des ennemis, pour assurer la victoire à son peuple; et enBn un autre prince , qui, pendant une peste effroyable, supplia les dieux de ne frapper que lui seul et d'épargner ses sujets. Ses vœux furent exaucés; mais après sa mort, Jupiter le plaça dons les champs Èlysées pour récompenser son humanité.

11 ne faut pas croire pourtant, mes enfants, que ce lieu ne fût réservé que pour les rois et Icô héros; c'était là que descendaient également les mânes de tous les hommes qui avaient été bons et vertueux* sur la terre, dans quelque condition qu'ils fussent nés. Je crois d'ailleurs vous avoir déj V dît que tous les mortels devenaient égaux dans le royaume de Piuton ; et souvent l'esclave patient et fidèle habitait les champs Elysées, tandis que son raailre orgueilleux et impitoyable éfait précv-

f50 HTTH0L06IB

pité dans les profondeur» dli Tartare^ 6Ù les flemmes du Phlég^thon le dévoraient.

., Hercule ayant enfin retrmiisé Théeëe i l'iuiè des extrémités des enfers^ sortit àVec lui de l'Eljsée par une porte d'ivoire dont Pluton lui avait eOnfié la clef, et tous deux se retrouvèrent avéo plaisir sur la terre ^ ou ils racontèrent les spectacles étranges qui tes avaient frappés pendant leiilr «é^ jour chez les morts.

, . liA tunlqiie du eeniaiive iVeMnip.

Il y avait. alors dans les montagnes de k ÎTheasaiie^ province de la Grèce dont jo vous ai parlé en racontant la fable d'Apollon et do Daphnéi un peuple étrange composé de personnages monstrueux qui avaient la tête et les bras d'homme, et le corps d'uncheval. On leur donnait le nom 4e Centaures^ et plusieurs de ces monstres ont été célélres. L'un d'eux, appelé ChifoUf avait été le précepteur d'Hercule, et lui avait enseigné la médecine; d'autres excellaient dans plusieurs arts; mais étant devenus méchaiits et orgueilleux, Hercule et Thésée les tuèreiit-presque tous à coups de flcjoiies, et il ne resta bientôt plus qu'un petit nombre de cé^ôtres fabuleux.

Un jopr Hercule, ayant résolu de se marier, prit pour femme une jeune princesse, nmnm^e Dijimiré, qui était la fille d'un roi puissant du voisinage» Après la cérémonie du mariage^ il se mit en route avèe sa nouvelle épouse, et arriva

DÈS .GRBG8 BT DfiS LATINS. ISl

ain6f au bord d'ube rivière qu'il ne Bâratt dômment lui faire traverser^ lorsque tout k «oup un centaure, nomme Néssus^ se présenta^ el lui offrit de prendre Déjanire sih* son dos et de la passer de l'autre oèté du fleuve. Mais b peine le monstre se fut^il chargé de ce f^ëdeiix fardeau, que se lançant au grand galop, il tenta d'enlever D^anire, et de la conduii^e au pajs dos oeûtaures. Hercule, s'étant aperçu de cette perfidie, lui décocha une de ses terribles flèches, qui traversa le traître Nessus de part eh part. Le centaure expira dussite t; mais auparavant il eut encore le temps d'offrir à Déjanire la tunique qu'il portait, et qui

(te centaure Nessus.]

était teinte de son «ing^ en l'assurant qtie si jamais Hercule voulait prendi*e une autre femme,

eeUe tumque rcn empêcherait. La crédule Dëjanire accepta ec présent funeate, et voua allez ydr, mes bons amis, ce qui en résuita»

A quelque temps de là, comme si Nessus eût pressenti j^avenir, Hercule voulut épouser une «itrc princesse ntHnmée Me, qui n'était pas moins belle que Déjanire ; et celle-ci, qui fut secrètement infonnée de ce dessein, en conçut une si affreuse f jalousie, qu'elle résolut de faire usage ^u fatal ca^deau de Nessus.

Je crms avoir eu occasion do vous dire dans d'autres livres, mes petits amis, que la jalousie est un horrible défaut qui peut en un instant corronn prèles meilleurs naturels, et Déjanire, en s'y abandonnait, était extrêmement répréheusible; mais elle était loin de se douter du malheur qu'elle allait causer; car elle aimait Hercule, et aurait pré* féré mourir cent fois plutôt 'que de lui faire le moindre mal.

Or, vous vous rappelez sans doute que les flèches d'Hercule avaient été trempées dans le sang de l'hydre de Lerne, et que toutes Jes blessures qu'elles faisaient étaient incurables, c'est-à-dire qu'aucun remède ne pouvait les guérir ; c'était de ce poison venimeux que la (unique du centaure Nessus s'était imprégnée en même temps que de son sang. Déjanire l'ayant envoyée à Hercule comme un présent qu'elle voulait lui faire, le héros s'en . revêtit sans défiance.

Mais à peine eut-il endossé ce funeste vêtement,' qu'il sentit un feu dévorant se glisser jusque dans •la moelle àe ses os. D'effroyables douleurs pénétrèrent à la fois tous ses membi^es, et lorsqu'il s'ef-

força d'arracher dc^es épaules cette fatate tunique, il arracha en même ternes des lambeaux de sa chair. Bientôt la douleur le rendit entièrement furieux, d'affreux rugissements s'échappèrent de sa large poitrine, et firent trembler, dit-on, les dtvitiités de la mer jusque dans les retraites profondes qu'elles habitaient.

Tout à coup on le vit arracher de sa main puis- santé d'immenses rochers ou de hauts sapins des montagnes, qu'il lançait avec fracas dans les vallées. Le mnjkeureux Lyçhas, domestique de Déjaoirc, qui lui avait apporté le cruel présent de cette dame, devint la victime dé son dévouement; car ayant voulu s'approcher du héros pour le secourir, celui-ci le précipita dans la mer, où il fut aussitôt changé en un roc qui conserva encore longtemps la figure humaine.

Cependant cette douleur furieuse qui avait égaré un moment le grand cœur d'Hercule commençait & se calmer, et le héros était redevenu ce qu'il avait toujours été, intrépide et majestueux ; mais le poison qui le consumait continuait ses ravages, et il prit la résolution soudaine de mettre fin à sçs jours.

Alors, appelant de sa voix forte et retentissante son ami Philoctètej qui ne l'avait quitté qu'à la vue du malheur de Lychas, il voulut l'embrasser encore une fois avant de mourir; mais se souvenant aussitôt jqu'il pourrait lui communiquer l'affreux poison qui le consumait : «( Hélas ! s'écriat-il avec amertume, il ne m'est plus même permis de fembras^r ! »

Tout en parlant ainsi, il assemblait les arbres

154 HYTH0L0GI6

qu'il venait d'arràcher, et en formait un immense bûcher, semblable à ceux sur lesquels les anciens brûlaient les morts, ainsi que vous avez pu le lire dans l'Histoire romaine. Ôès que ce triste travail fut termine, il monta lui-méjnc sur le bûcher, y étendit la peau du lion de Nëmée, qui ne Favait jamais quitté, et s'appuyant sur sa massui;, il or** idonna à Pbiloctète d'allumer ]« feu qui devait le réduire en cendres. En r etonnaissance de ce detv nier service, il fit présent à ce Grec d'un carquois, rempli de ces floebes trempées du sang de l'hydre de Lerne, qui lui avaient été si funestes j en lui; défendant de jamais révéler le lieu où il avait cessé de vivre, aGn que la crainte de le voir reparaître c»npéchét de nouveaux monstres et de nouveaux brigands de se montrer sur la terre.

Après cela, mes petits amis, le héros parut plus tranquille, et lorsque la flamme l'eut presque entièrement enveloppé, Philoctète aperçut encore son visage aussi serein que lorsqu'il parcourait la terre armé de sa massue. Après sa mort, Jupiter l'appela dans l'Olympe, pour qu'il y reçut les^on*^ neurs divins, qu'il méritait par ses travaux et son courage; il lui donna pour épouse la jeune Hébéf et ordonna que les mortels lui élevassent des autels*

Quoique je sache fort bien que vous avez trop de jugement, mes bons amis, pour croire qu^I ait jamais existé des> monstres moitié hommes, moitié chevani^ , je dois vous faire remarquer que ces prétendus centaures dont Nessus faisait partie , n'étaient autres que d'anciens habitants de la Tbessa-iOy auxqueb on attribuait l'invention de

réquitftIioD, qui est l'art de dompter les chevaux. Alexandre le Gr^nd comptait dans son armëe une troupe nombreuse de cette cavalerie thessaliernie, que la crédulité des peuples avuît tranaibrm<^ en personnages tout à fait mensongers.

Cette fabie d'Hercule, sur laquelle fious nous soxpiaes arrêtés fort longtenfps, mes enfants, est eertainement une des plus intéressantes que je puisse vous raconter ; mais comme il eat nécessaire' que vous Qoanaissiez l'explication la pins naturelle ^ que l'on en ait donnée, je dois vous dire qu'il y a beaucoup de ressemblance entre THercule des Grecs et l'OMris des Egyptiens, qui furent tous deux d'ingénieuses personnifications du soleil : les douze travaux d'Hercule représentaient les dduse mois de Tannée, que le soleil rrcommenoe sans cessa^ et lorsqu'on vous aura dpiiiié quelque idée de la marche des signes célestes, vous oompren-^ drez pluç aisément encore les principales aventures de ce personnage fabuleux.

I«e labyrinthe de Crète*

Puisqu'on vous racontant la fable d'Hereule, je vous ai parlé de Thésée , mes bons amis , il faut que je vous fasse connaître une des aventures de ce béros grec qui vous donnera une grande idée de son courage et de sa résolution.

Minps, roi de l'ile de Crète, et te même qui après sa mort deyint un des trois juges des enfers,

ayant déclare la guerre aux Athéniens, avait fait voeu de sacrifier chaque année un magnifique taureau blanc à Neptune, si ce dieu voulait bien lui accorder la victoire, iia effet, le roi do Crète vainquit ses ennemis, et pendant plusieurs années il tint sa promesse envers le dieu ;' mais ensuite trouvant apparemment qu'un si beau taureau lui coûtait trop cher, il voulut en substituer un autre d'une couleur moins remarquable. Neptune, irrité contre lui de son ingratitude et de $a mauvaise

, foi, fit sortir du sein de la mer un monstre moitié homme, moitié taureau, auquel on donna le nom de Minotaure , parce qu'il appartenait à Minos, et imposa à ce roi l'obligation de nourrir chaque

' année pendant un jour ce mcmàtre avec de la chair hunuiine.

Cette obligation , mes enfants , parut bien hor-

~rible i Minos , qui se voyait alors à la veille de faire dévorer tous les ans au Minotaure quelques-* uns de ses sujets, lorsqu'il lui vint une idée de contraindre les Athéniens, pour prix de sa victoire, à lui envoyer, ehaque année, sept jeunes garçons et sept jeunes filles pour assouvir la rage du monstre. Cette coutume cruelle fut observée pendant bien longtemps, et une fois paran un navnre couvert dévoiles noires sortait du port d'Athènes, et portait dans Tile de Crète les quatorze victimes que le Minotaure devait dévorer.

Or Minos, ne sachant où renfermer un animal aussi féroce que le Minotaure, avait fait construire par Dédale j le plus habile ouvrier du pays, un jardin nommé le Labyrinthe, où il y avait tant de détours , d'allées , de chemins ^e toute espèce ,

DBS GRECS ET DfiS LATINS. U7

qu'une ibis qu'on y était entré, il devenait impos* sible d'en sortir.

Ce n'est pas la première fois, si j'ai bonne mé-* moire, que vous rencontrez dans vos lectures ce mot labyrinthe; ^Histoire ancienne parle aussi d'un palais égyptien auquel on donnai]; ce nom, et qui se composait d'un si grand nombrâ d'appartements , qu'il était difiScile de s'y recon* naître.

Quoi qu'il en soit, le labyrinthe de Crète, où le Minotaure' fut enfermé , avait été tracé avec tant d'art, que Dédale lui-même, qui l'avait construit avec l'aide de son fils Icare ^ ne trouva d'autre moy^n d'en sortir que dé fabriquer, pour Icare et pour luï-mîême, des ailes de plumes d'oiseaux réunies avec de la cire , avee lesquelles ils s'élevèrent dans les airs, et s'échappèrent ainsi de File de Crète, dans la crainte que Minos ne les enfermât de nouveau dans le Labyrinthe; malheureusement, dans cette fuite miraculeuse, le jeune Icare ayant eu l'imprudence de se trop approcher du soleil , pour le contempler à son aise,*4a cire qui retenait les plumes de ses ailes se fondit par la chaleur de cet astre, et l'imprudent tomba dans la mer, qui depuis ce temps reçut le nom de mer Icarienne» Dédale, plus heureux ou plus prudent, atteignit seul le but de son voyage, et se retira en Sicile, où il mourut bientôt après de douleur dé la perte de son fils.

Je n'ai pas besoin sans doute de vous faire remarquer, mes petits amis , que cette fable d'Icare est, comme celle de Phaéton, une utile leçon pour ceux qui oiil^rosgueil de s'élever plus haut qu'ils

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ne doiYenl; l'imprudence de qe jmuie Grec. est celle de beaucoup d'enfants, qui,. en voulant par^ hf de choses an^dessus de la'portée de leur âge, font voir à tout le^iond^ qu'ils ne sont que des perroquets mal avisés.

Cependant Thésée, fils d'Egée, roi d'Athènes, ayant appris que le vaisseau qui devait condqire au Minotaure ses quatorze victimes était prêt à. mettre à la voile, se plaça , malgré les prières de son père, ati nombre des jeunes garçons destinés au sacrifice, et cacha soigneusement sous sa robe une épée avec laquelle il se proposait de combattre le monstre ; mais sc»n courage lui eât été inutile, si Ariane, propre fille de Minos, qui se trouvait au bord de la mer, au moment où les jeunes Athéniens débarquèrent sur le ri^ vage, prenant pitié de sa jeunesse, no lui e4t fait prés^t d un peloton de fil avec lequel il put débrouiller les inextricables détours du La^ byrintho.

Ce fil précieux devint entre les mains de Thésée la cause du salut de ses compagnons et de la mort du Minotaure; car aussitôt que le héros aperçut le monstre , il se précipita sur lui et le perça da mille coups d'épée; puis^ à l'aide du fil d'Ariane,' qu'il avait eu soin d'attacher^ la porte du Laby<^ rinthe, il retrouva sans difficulté le chemin du rivage, et regagna son vaisseau, sur lequel il fit monter cette princesse pour la soustraire au res*^ sentiment de son père*

Pendant la traversé^, qui fut longue, pour retourner k Athènes, tout l'équipage ayant débarqué, je no sais par quel motif, dan» l'ile de Naxogy

Thésée eut l'ingratitude d'abondonner pendant son sommeil, sur ce rocher désert, la bonne Ariane , k laquelle il devait la vie. Peu de temps après eette lâche trahison, Baoehus, qui revenait de ses voyages de l'Inde, ayant aussi abord(6 ft Naxos, y trouva encore cette princesse, qu'il parvînt à consoler, et qu'il épousa ; il lui donna^ pour cddeaa de noce, une magnifique couronne d'or , l'un des plus précieux ouvrages dcT* Vuleain , qui , après U mort d'Ariane , Ait placée parmi les astres, ou elle figure une constella** tion que l'en nomme aujourd'hui la Couronne d^ Ariane»

Quant k Thésée , mes entants ^ il fut bien cruellement puni de son ingratitude; car ayant oublié, dans sa préeipitation, de changer les vo^ noires du vaisseau qui le portait, son vieux père Egée reconnut de loin ce triste navire, et ne doutant V pas qu'il ne lui apportât la nouvelle de la mort de son fils , il se précipita dans la mer. Depuis ce t^mps, eette portion de la Méditerranée qui baignait le rivage d'Athènes fut nommée /a

Hercule et Thésée, dont vous connaissez à pressent les aventures les plus mémorables, mes petits aneds, ne furent pas les seuls héros que la mytho* logie grecque ait rendus célèbres par ses fables, et je vais vous raconter maintenant une des plus

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merveilleuses expëditions daBt le rëcit i$oit parvenu jusqu'à nous»

Il y atait autrefois, dans le^ montagocs de la , Thessalte, un bon vieillard nommé £son, qui avait été autrefois roi A'Idchos , Tune des villes de ee pays^là, mais qu'un usurpateur, nommé PéliaSj avait chassé de son trène. Eson avait un fils, appelé JasQH, qui était jeune et vaillant, et auquel un oracle avait prédit , dans son enfance, qu'il deviendrait un jour un des plus puissants princes de la Grèce.

Or Eson ayant engagé son fils & se rendre dans le royaume de Pélias , pour voir si le temps était venu où cet oracle devait s'accomplir, ce jeune homme se mit en route couvert de la peau d'un léopard , qu'il avait tué lui-même à la chasse, et armé de deux lances, dans l'espoir de trouver une occasion favorable pour s'emparer de la couronne de Pélias.

Chemin faisant, Jason arriva sur le bord d'une rivière, où il rencontra une pauvre vieille femme qui paraissait bien embarrassée, parce qu'elle ne voyait point de bateau qui pût la passsr sur l'autre rive : aussitôt le jeune homme, quittait bon et compatissant, s'approchant d'elle, lui offrit avec politesse de la prendre sur ses épaules, et de lui faire traverser le fleuve. La Vieille parut enchantée de cette proposition , qu'elle accepta ; mais à peine Jason l'eut-il déposée sur J'atitre rivage, que, se transformanf tout à coiip en une femme belle et majestueuse, elle parut devant lui sous sa forme véritable, car c'était une déesse, et l'une des plus puissantes encore , • eu un

mot, la fiére Junon elle-même, qui avait pris celte jigtire de yleiUe pour ëprourer le bon eœur de JasoD. Gelui-ei, pénétré de respect^ tomba à ses pieds, et la déesse ne le quitta pas sans lui avoir promis sa protection dans, tout ce qu'il entrefNTcndrait.

Vous allez trouver peut-être que cette fable ressemble beaucoup aux contes de Peau-d'Ane et de la Belle au Buis dormant y où les fées se montrent ^presque toujours sous la figure de vieilles femmes, pour éprouver le cœur des jeunes gens. Mais cela ne doit pas vous surprendre, puisque les contes de fées ont été faits par des personnes qui savaient la mythologie^

Cependant , mes bons amis , Jason étant arrivé à la cour de Pélias, ce prince, averti par un songe que ce jeune homme lui deviendrait fatal un jour, eut bien envie de le faire mourû* ;, mais n'osant pas en venir à cette extrémité, il chercha une bonne occasion de s'en d^aire, et proposa à Jason de lui confier un vaisseau, avec lequel il pourrait aller dans un pays éloi^é conquérir la toison d'un bélier d^or, qui était suspendue à un arbre, sous la garde d'un dragon dont la gueule vomissait des flammes.

- Jason était trop brave et trop entreprenant • pour reeulcr'devant les périls de cette expédition ; il accepta donc la proposition de Pélias, et appelant auprès de lui les plus vaillants guerriers de la Grèce, il leur proposf&t cette entreprise, comme un exploit digne db leur courage et de leur résolution. Le vaisseau que le roi leur donna avait été construit, disatt*on, sur les dessins de Minerve

èlle-^émoç il m nommail Argo, ^'ed-k^ûite pimnpl oa «gile^ et k cause de edla e60X qtii le numl^iit reeumht.lé nom û'Argonamtes, mot qutsifnifie nautooiers de l'Argo*

Heroule/ qui vivait encoce dans et tcnnpS'^M, fut un des premiers à accourir, aitisi que «on ami' Thésée -; puis vinMnt deux frires^ nommes Castor ^PêUuaCy ou les X^îèseurvs, qui passaieiit pour les fils de Jupiter, et étaielit frêles de là belle Hélèiîe, dont l'étilèvemeBt par PArls oausa le siège de Troie. .On assurliil que Castor et Polluic ëtaiest' liés l'un, à Tautre par ui(ie amitié si tendre ifcie l'tia des dôuk ayant 'pëH danâ un cdmlNit/Bon frère avait obt^u des dieux de partager avec lui Je tewapB qui lui restait ene6re à vivrè^ pour ne jamais être séparés.

Après tes Diosoul^es se présentèrent 7y})A«i»^ le pfus habile pilote de s^n teihps, et que pour cotte Maison On disiaitfils de PïeptUnè^ et Lymée, dont les yeux étaient si {>erçatttè qu'il découvrait jusqu'au ibnd de la mer les écudls êl les mon»- . très marins^ Plusielir^ autres héros noé moins fai&eux vinrent s'associer à l'eatrepHsé dé Jasoti; maîjs ce qui les chatata toils égàlotnent^ oef«t de recevoir parmi eux, pour leur faire ollbliër rènnui de. la longue navigation q^l'ils ellëicnt entreprendre^ Orphée^ fils. d^ApoUon^ qui était certainement le pli» habile musicien que l'on eât Jamais entendu^ puisque ^lorsqu'il j^ait de la lyre, les rockers et les forêts semblaient s'émouvoir^ et que les botes féroeés venaient lécher ses piedSé

On racontait à. ce propos qû'O^hée iityant

DBS GEIGS ET DM LATINS. 145

p^u, par la morBure d'un êttfexA^ el^. le jour jnémp de sos aocos^ sa femme Eurydicû^ qu'il aimait plus que la vie, desoendil aux enfers peur la redemander à Pluton, et que Cerbèr^^ obarmé des aceords de sa lyre» s'était couché deyanl lui pour ks mieux entendre* Le dieu des morts, également attendri par l'harmonie qu'Orphée tirait de. son instrument, lui accorda sa demande, et permit à Eurydice 4e retourner avec son ipori sur la terre, soûs la^eule condition que celui-ci .aurait assez de confiance en sa parole pour ne .point regarder si plie le suivait avant d'être paryéau aux portes du JQur^ Orphée , au comble de la joie, approchait déjà des limites de l^empire .de Pluton, lorsque^ oubliant sa promesse, il tourna ta tête pour s'assurer qu'Eurydice ne l'avait point quitté, et l'impitoyable tyran des morts reprit sa proie, sans qu'aucune prière pût désormais l'attendrir.

Ce . ^ut avec cette petite, troupe de h^ros que Jason aborda en Coichiês, qui était le pays où se trouvait la fameuse toison d'or ; Hercule était le seul qui les eût quittes pendant Ja traversée, pour aller achever les douze travaux auxquels il était condamné : quoique sa massue et ses flèches eussent pu être d'un grand secours dans une entreprise si périlleuse, il n'y eut aucun de ces vaillants guerrieri! qui doutât du succès.

En arrivant à Colchos, le premier soin de Jason fut de se rendre au ptilfiis du [roi de ce pays , " qui se nommait jÈétès^ pour lui demander la permission d'enlever la précieuse toison; mais iEétès regardait èq trésor comme sa {jirinoipale richesse ,

etf pour Infîmider Xason, H^ui répondit irVec dureté que la toison d'or lui ap])artlcDdrail , s'il voulait se soumettre aux conditions qu'il alkft lui dicter. / ,

C'était do dompter dcu;c taureaux dont les pieds et les cornes étaient d'airain, et quij^oufflaicnt par les naseaux des tourbillons de feu ; de les atteler à une charrue de diamant, avec laquelle il fallait labourer un champ consacré au dieu Mars 9 dont la terre avait la singulière propriété de produire des hommes armé^ lorsqu'on y semait des dents de serpent. Il fallait cn'outre qm Jason , combattant ces hommes armés , les tuât tous l'un après l'autre, et de plus que ces travaux, presque insurmontables, fussent accomplis entre le lever et le coucher du soleil, c'est-à-dire dans l'espace d'un même jour.

En entendant cette proposition , Jason et ses compagnons den;ieurèrent muets et , interdits , tantxïette entreprise leur paraissait au-dessus des forces humaines; mais comme ils avaient un grand courage, ils acceptèrent les conditions (i'^étès, sans savoir pourtant comme ils pourraient s'en tirer.

.Maintenant je dois vous dire, mes petits amis, quclepays.de Colchos « où les Argonautes venaient de débarquer, était célèbre par les enchantements de toute espèce dont on supposait

DES GRECS ET Dfi^ LATINS. 115

qùll ftyait éié le théâtre : la terre y produisait un grand nombre d'herbes vénéneuses avec lesquelles les anciens étaient persuadés que les magiciens pouvaient accompih* toute sorte de prodiges; et la plupart des femmes de ce pays possédaient une multitude de secrets qui les faisaient passer auprès des gens crédules pour des êtres iMirnaturels.

Je crois déjà avoir eu occasion de vous faire remarquer, dans Un autre livre; ce qu'il faut penser des prétendus sorciers et de leurs sortilèges ; vous savez comme moi que les ignorants seuls peuvent ajouter foi aux sottises que débitent ces charlatans, et qu'à présent il n'y a plus guère que les gens qui ne savent ni lire ni écrire qui puissent croire qu'il y a jamais eu des magiciens. C'est pour cela que je n'aime pas que les bonnes racontent aux petits enfants, pour les endormir, ces contes absurdes qu'elles savent tontes sur le bout du doigt , parce que de semblables récits laissent pendant longtemps une fâcheuse impression dans leurs jeunes esprits.

Or Tune de^ plus fameuses magiciennes de Colchos était Médée, fille d'JEétès : le plus souvent, mes enfants , on se figure les sorcières comme de vieilles femmes bien laides, bien ridées, dont les cheveux blancs se hérissent, et dont la maili tient une petite baguette avec laquelle elles font mille jongleries. Mais Médée était bien loin de ressembler à ce hideux portrait : au contraire, elle avait la tête ornée d'une jolie chevelure blonde ; elle était jeune et belle, et ne se livrstit à la magie que pour satisfaire ses passions violentes et iras-

eil^Iosy^AP eUc %Hfà% eficorc plue du luèliee <|ue de bleuté.,

Cette priiiçeise ayant a)>ei*çH lason ati «dlîeift de «^ ci^pupiaoN»^, comme il aortait da polats de sâflt père , conçut- anei^ii^t l'idée dd l'avosp pour up^ri, tant elle le trouva beeu et aimaUe, et elle inésoidt de le sou^itmire à bt mort qui ratteodait d'il avait l'imprudence de se soumeltre aus «oodition^^ qWi£él^il luj i]U^o$^it«.£Ud évoqua donc tous les moyens que son, art lui présentait po>iir assurer la victoire ^ujeime liérosi à qui elle offrit secrèteineiit ses secoiurs^ et qui les aceepta aveo reconnaissance^

En effet , secondé par Médée» et ayant reçu d'elle une liqueur quiv» répandue sur son eorps et sur ses armes , devait le rendre invutnéf able , c'est-à-dire empêcher qu'il pût être blessé ^ le fils d'Ëson accomplit rapidement tous les travauJi qu'iSétès lui avait imposés. 11 dompta les deux taureaux ^ les attela i le charrue de diamant, la^ boura le champ de Mars , et sema les deats du serpent, d'où naquirent aussitôt dîes géants armés qui s'entre-tuèrent presque tous les uqs les autres; Jason n'eut que la peine de combattre les deraiers, et toute la race de guerriers fut exterminée.

Il ne restait plus à Jason qu'un seul obstacle à vaincre pour s'emparer de la fameuse toison d'or : c'était le terrible dragon qui la gardait.; mais Médée remit encore au héros une liqueui^ qu'elle tenait de Morpbée lui-même, pour a9i80U«pir le momsire , et en effet Jason n'eut pas plus tôt secoue une petite branche trempée dans cette

DBS GEBCi Kf IMB0 LATINS. 149

drogvo mxr !• serpent , qei*û le vit se rpulier eoi mille replis et* s'epdormir profoo<lém0ot4 Au$si<t^, profitaat de ce sommeil , le guerrier coupe avec son épée le noçud qui jtçiieit le toisoo ifor ^ suspendue à Farbre, et courant yers son vaisseau, ^ o& l'atjteDulaieot ses compagnons , il j monta avec Uiédée, chargée d'une cassette, qui, disait-elle, reoferiBait un trésor. VArgo s'éloigna du rivage ayaat que ie soleil put éclairer leur fuite.

Peu 4e temps après cette glorieuse expédition, les Argonautes se dispersèrent sur toute la terre, où plusieurs d'entre eux s'illuslrèrent par de nou* veaux travaux. Orphée, toujours inconsolable de la perte d'Eurydice , se retira dans la Thrace , le pays le plus sauvage de la Grèce, où des bacchan* te3 en délire le mirent en pièces parce qu'il n'avait pas voulu adorer leur dieu; sa tétc fut jetée dans un fleuve dont les Grecs racontaient que, pendant longtemps, les flots produisirent des sons harmonieux- Castor et Pollux, après avoir combattu sur terre et sur mer pour délivrer le monde de plusieurs brigands fameux, moururent tous deux le même jour, et furept placés parmi les asti^es sous le nom des Gémeaux* Les matelots les invoquaient comme des divinités favorables i la navigation, et leur consteUation, en paraissant sur l'horizon, était oiHltnairement le présage du beau t^mps* Aux îfinx Olympiques , les athlètes q'ii se prépa-*, raient à disputer le prix de la lutte ou de la course des chevaux, leur offraient un sacrifice, parce ^e Castor passait pour l'inventeur de la lutte, et Pollux pour le plus hahile écuyer de son

118 «^ MYTfiOLOGiB

tomps» On rcpi'ésentait le plttg souTeM les Dios« cures montés sur de beaux chevaux blancs^ ou sous la figure de deux jeunes hommes se tenant embrassés, et ayant la tète surmontée d'une étoile brillante.

Cependant^ mes petits amis,Médée, après aroir échappé & la colère d'iïlétès , était devenue la femme de Jasoti, et lui^ avait donné deux jolis petits garçons. Par un des secrets magiques que renfermait la précieuse cassette qu'elle avait emportée de Colchos , elle était parvenue à rendre au vieil Eson toute la vigueur de la jéuneâse. Les fillea du roi Pélias lui ayant aussi demandé de rajeunir leur père, elle imagina , pour se venger de ce prince, de leur persuader que, si elles coupaient son corps par morceaux , et le faisaient bouillir dans une chaudière avec des herbes qu'elle leur indiqua, Pélias redeviendrait également jeune et vigoureux. Il n'est pas dijQîcile de croire qu'un ])areil remède ûe fut point suivi de succès , et les malheureuses Péliades n'eurent que lé regret d'avoir, par leur crédulité , abrégé les jours de leur père.

Cette atroce vengeance de Médée n'était que le préhide des fureurs auxquelles elle se livra contre sou mari lui-même. Ayant appris que Jason se préparait & prendre une autie femme, nommée Glamé , ce qui se voyait quelquefois dans ce temps-là, elle se promit d*empêchèr ce nouveau mariage, et de perdre cette fille infortunée. Tirant encore de sa redoutable cassette les poisons les plus subtils , qu'elle réservait contre les ennemis qu'elle détestait le plus, elle prépara secrè-

DES GRECS ET DfiS LATINS. (%^

(emcntjvne dsogue non nK^ns ftmio^tQiqiiç leêmg de rbydrc de J^epoc, et en ayant, trempé ime.robe parsemée de magnifiques diami^iits , elle l'envoya en présent à Glaucé^ qui eut rimprudeaee de s'en revêtir «Aussitôt cette malheureuse dame éprouva toutes les angoisses qu'avait fait eodurer à Herr cule la tunique du centaure Nessus, et auscquelles une mort terrible put seule mettre un terme*

Jason, au désespoir, courut au palais de Médée, d'où elle avait disparu, montée sur un dral^n ailé, après avoir égorgé elle-même ses deux enfants, en lui faisant dire que l'Argo serait ebargé de sa vengeance.

Depuis ce temps on n'entendit plus parler de la magieienne Médée^ et Jason , inconsolable de tous les malheurs que cette fcmoié. eruelle avait causéîs, étant allé un jour visiter le vieux navire r^érga, que Ton avait tiré k sec sur le rivage, une pièce de bois se détacha de ce vaisiseau.et lui fracassa la téte^ Ainsi fut accomplie la prédiction de l'odieuse Médée,dontla fable mérite certainement de n'être point oubliée.

L'agriculture et les travaux de la campagne, comme vous avez pu le remarquer jusqu'à présent, mes bons amis , jouent un grand rôle dans la mythologie des Grecs et des Romains. Cérës apprît aux hommes l'art de cultiver les champs et de recueillir les moissons ; fiacchus leur en-

190 «TirHOiOdiE

àeigAU U icniltfire de U tigHè; A|>dItoti, éàûé M^ exil, se mit k garder des troupeaux : enfin ce ftit m jugement d'an sirtiple bcs^ger (jftie )e^ trois déesses se soumirent aux noees, de Thëtis et de Pëlëew Vous ne serez donc pas surpris que je tous ^rle maintenant des divinités auxquelles étaient -eonfiés la garde des boiS) des prairies, des rë^ •eoltes, et le soin des fleurs, des fruits et dé^ au^ ires bienfaits de la naftire^ Pour mieux foire con^ iiaissancè^ avec elleSji nous allons les visiter dans les retraites qu'elles ^ Sont eboisies; nous ap* prettdi<ons ainsi k distinguer leùt figtfre et leurs attributs, lorsque nous leS i<eneonti*el*ons qtiielque autre part»

Gommençons notre promenade en paroouriant ee parterireoù mille fleurs plus bi^illantés les unes que les autres, par la variété de letii*s couleurs, forment un véritable émail. L'aimable FtoHpré^ -sidflit h la naissance de ces roses éié|(anles, de ces liks parfumés, de ces violettes si suaves^ s^n règne sur 1» terre commençai! avec le printemps s elle avait pour mari Zéphire^ le plus doux et le plus léger des enfants d'EoIe. Ce couple charmant parfumait l'air de mille odeurs délicieuses dans les beaux jours de l'été ; et Zéphire, que Ton représentait si»Uér les traie» d*uti jeune homme vermeil , portant des ailes de papillon , ne se reposait qu^au^rèsde Flore, figurée pdi* une Jeune nymphe couronnée de roses, et tenant de la main gauche une corne d'abondance renversée, d'où s'échappait une multitude de iteurs*

Entrons en passant dans ce rtrfftsr dont les arbres sont eouvcrtB d'excellentes poired^ de pomoies

sticoulentes^ de magoifiifttés |»êched velmitées, 0| des productions exquises de Paatotune; c'est le séjour de Pomone^ déesse des fruits, dont Ver*' tumne, dieu des Jardins, était Tépoux. Ce dieu , dont le nom rient d'un mot latin qui veut dire ehomger^ était censé changer sottrelat de figure^ «eion Icft diverses saisons de Tannoe, qui varient {plusieurs fois avant de produire la maturité des fruits. Flore, Pomone et Vertumne n'étaient pas e<^nus chez les Grecs, mais ils finiraient parmi W divinités des £tposques, dont k» Romains avaient adopté le culte.

Flore et Pomone eurent des temples & Rome,

. où cette derni^ déesse était repréacntéo assise

suit un grand panier rempli de fmîte ; elle tenait

de la main gauche qaelqtias pommes, et de la

droite une branche d'arbre.

En (entrant dtms ce beequefi; oi nous allons trouver de l'ombre et nous asseoir nn moment, afcntendefiB-vous pas les sons (Funeftôte? C'est Dans doute celle de Pan^ dieu, dea bergers, la plus célèbre des divinités ehampétraa et dont le devoir était de veiller à la conservation des trou* peaux. ,

Ce di^u^ qui n'^ivait rien de' beau ni d'aimable, puisqu'il était représenté avec des cornes et des pî0dsde bûue, ayçnt un jour aperçu la jeune %rmx^ Pune des n)^mphes de Diane, la trouva si belle, qu'il lut proposa de l'épiiMiser. Cette nym-^ pbse, effrayée d'un eompliraent qui s'accordait aussi mai avec la figure du personnage qui le lui adressait, s'enfuit aussi vite que Daphné devant ilpoUoo, et se pf écipila dans le La^on^ fleuve qui

151 MVTHOI-OGIB

passait pour être son père. Les dieux, touchés ée pitié, la changèrent en roseau, et Pan, pour se consoler de sa perte, coupa quelques brins de cette plante, dont il forma une flûte à sept tuyaux que l'on nomme encore aujourd'hui 1» flûte de Pan» Cet instrument , facile à imiter, fut adopté par les bergers, ainsi que la houlette dont le dieu se servait pour garder son troupeau. Il était aidé dans ce soin par la déesse PcUès, dont les fêtes se célébraientli Rome avec une grande pompe, vers le milieu du printemps. Les bergers qui s'y rendaient de toutes parts couronnés de branches d'olivier et de romarin, dont l'odeur purifie les étables, y apportaient un grand nombre d'instruments bruyants , tels ^ùe des tambours et des cymbales. Ces fêtes avaient été instituées par Romulus le jour même de la fondation de Rome, et continuèrent à être observées dans cette ville pendant nombre de siècles.

En approchant de cette grotte tapissée de mousse que forment ces rochers, évitons, mes enfants, d'élever la voi^c; elle est peut-être habitée par une nymphe qui a l'habitude de répéter les derniers mots de tout ce qu'elle entend dire. On lui donne le nom d'Echo, et la fable dont elle est l'objet est assez curieuse.

Un jeune chasseur^ nommé Narcisse, qui n'avait jamais eu occasion de voir son propre visage (car les miroirs n'étaient pas communs dans ce temps-là), s'étant approché du bassin d'une fontaine limpide, aperçut son image, et se trouva si beau , si beau , qu'il ne put détacher ses regards de ce ruisseau, sur les bords duquel il

DBS GRBGS ET DBS LàTWS. 153

mourut de langueur. Lcsdienx ayant pitié, je ne sais pourquoi, de cet insensé qui s'imaginait que sa jolie figure l'emportait sur tout ce qui existe de plus aimable, le changèrent en narci$$e, sorte de fleur qui se plaît au bord des ruisseaux, et y demeure penchée. La nymphe Echo, amie de Nar* cisse, fut tellement a£Oiigée de sa mort funeste, qu*elle sécha de douleur et ne conserva plus exactement que la voix. Depuis ce temps elle s'est retirée dans les rochers les plus déserts, dont il lui est interdit de s'éloigner. Je n'ai pas besoin, je pense, de vous expliquer que cette fable n'est qu'un moyen par lequel les anciens prétendaient attribuer à une divinité ce son vague que répètent certains rochers, lorsqu'on s'en approche en élevant la voix.

Quoique tous les peuples de IVintiquité aient honoré les dieux qui présidaient aux travaux de la campagne, on doit remarquer que les Egyptiens et les Etrusques furent ceux qui leur rendi- , rent les plus grands honneurs. Ces derniers peuples comptaient un nombre infini de divinités jBhampétreSfdont les principales étaient \c3 Faunes et les SylvatMj chargés de la garde et de la végétation fiies forêts; les TVapée^, nymphes parées des fleurs des champs , qui veillaient à la conservation des prairies ; les Oréades^ autres déesses cou* ronnées de mousses, dont la demeure était placée dans les- grottes des montagnes, et enfin les Dryades^ le front orné de violettes, parce que cette petite fleur croit dans les bocages, dont la garde leur était confiée. Outre cela, l'existence de chaque arbre était placée sous la protection d'une

i84 MYTHOLOGIB tE% ÛRECS ET DES UT1N8,

nymphe nommée JSf(M»KKfryaifo^ qui devait rit^re et mourir aveé lui*

En finissant notre promenade, mes petits amis, nous alkms passer auprès de cette borne grossière qui sert de linûte entre ce ehamp et celui du voisin^ lEh bieni celte borne est Picore l'image d'une divinité : c'est le dieu Terme , qui veille à , la garde des propriétés^ Lorsque Tarquin l'Ancien, fît commencer à Rome le €apitole, on trouva la statue de ce dieu, telle que vous la voyea aujonr^ dfliui, sur le Ijeu raédie où l'on avait entrepris de l»*euser les fondations de œt édifice» Les augures, consultés sur ce qu'on devait faire de ce dieu ebampétre , déclarèrent qu'il ne pouvait être enlevé de la place qn41 occupait, et qu'il devait conserver cette place au Gapitoje. Les Romains, toujours habiles à tout interpréter en leur faveur, condurent de cette circonstance que le dieu Terme étant placé dans le Capitale devait être sûrement Vun des prinoipaus gardiens des frontières de leur em|)[îre. Lorsque vous appre^dreM leur bisitoire, vous pourrez me dire si ce'dieu^là remplit son devoir à leur égard.

Le eulte des divinités ohampétres, menîtjenfants, était aussi simple que leurs adorateura|tie9jeur offrait quelques jattes de lait , du miel, dà viî^y et quelques jolis petits agneaux, que Ton ridait ensuite à leur mère , car le sang coulait rarment en l'honneur de ces dieux bienfaisants. C'est que la reeonnaiasanee conduisait les hommes au pied de l0ura autels, tandis que le plus souvent la peur élevait des temples magnifiques aux dieux qu'il fallait craindre.

■TTffOIiOGIB DSS SCANDINA VE&

tA^it ûien± du WôYd.

Nous allons quitter maintenant le ciel efaale»* rem de l'Orient pour voyager solis les climats glaces du Noord , ou Ton raoonlait d^autres fables fort diffâreates ^ mais que des enfants, bien élevés ne doivent pas non plus iguorer.

Ces fables, tout extraordinaires qu'elles vont^ voua paraitrây mes petits amis, sont pourbmt dignes de tout vedre intérêt , parce qu'elles for^ maient la, religion de oea peuples barbares dont U est si souvent question dans l'Histoire romaine ^dans oetta du moy^n âge. Les dieux dont elles rapportent les aventures, étaient d'ailleurs eeux des £ranesy qai furent les aneétoes de la nation française.

'Lh ^ noua n'allons plus trouver les images riantes des divinités de la Grèce el de l'Italie; leurs jeux, leurs danses, leurs conéerts, leurs 'métamorphoses en fleurs et en arbre& : un ciel sombre et chargé de brouillard? épais va rempla-^ cer le ciel étincelant des climat» asiatiques; les fleuves et la mer elle-même vont s'offrir à nous . couverts de montagnes de glace, les arbres chargés de* frimas , les forêts et les cavernes peuplées de monstres et de géants , et au milieu de tout cela des dieux terribles qui né respirent que les horreurs do la guerre , et n'exigent de leurs ado- . rateurs d'iiutre vertu qu'un courage féroce et sanguinaire.

Cela va voâ9 parailrc sans doute |4tiâ elfrayant qu'instructif 9 mes chers enfants^ mais rhistoirede ces dteux-là est en même temps fort curieuse, et quelquefois mdme très;*amusante : aussi je serais fâché que vous ne voulussiez pas l'apprendre.

Avant que le âionde fût créé, disaient les peuples du Nord, que Ton nomme ordinairement les Scandinaves, il n'existait que deux divinités, dont Tune, appelée le Père universet^ habitait un palais de lumière et de feu , et l'autre, connue sous le nom de Surtur le Noir^ était renfermée dans les enfers , séjour des ténèbres , où coulaient plusieurs fleuves bouillonnants et empoisonnés. Entre le palais de feu et la demeure de Surtâr , il . n'y avait qu'un vide immense qui n'était autre que Tabime.

Or il arriva que. les fleuves empdsonnés des enfers, à mesure qu'ils s'éloignaient de leur source , se refroidissaient et formaient depuis longtemps des montagnes de glace, lorsqu'un souffle de chaleur fut envoyé par le Père univerr. sel pour fondre les vapeurs gelées qui, tombant goutte à goutte , prirent la forme d'un homme ou plutôt d'un géant si énorme, si' énorme , que nous ne pouvons aujourd'hui nous en faire une idée : les Scandinaves donnaient à ce géant le nom d'Fmer.

Ymer donc se trouva tout seul au milieu de»

frimas qui l'environnaient, et comme il ne trouvait rien qui pût remplir le gouffre de son immense estomac, le géant était en grand danger de mourir bientôt de faim, lorsque les gouttes d'eau

que la chaleur continuait à faire fondre formèrent une vache merveilleuse , dont les mamelles faisaient couler quatre grands fleuves de lait dont Ymer fit sa nourriture. De cette manière ce personnage extraordinaire put vivre, et devenir le père d'une race de géants presque aussi grands que lui-même , que Ton nomma les Géants de la Gelée , à cause de leur origine. Quant à la vache prodigieuse, elle se nourrissait en léchant des pierres couvertes de sel e^ de givre, à défaut d'herbes et de fourrages : aussi , probablement, mes petits amis, devint-elle en peu de temps maigre à faire peur.

Mais pendant que cet animal léchait ainsi les rochers, Ymer vit tout à coup ces pierres se couvrir de cheveux d'homme , j)uis former à l'instant même une tête , iin corps , et enfin un homme tout entier, beau , jeune et vigoureux. Cet homme reçut le nom de Bure, -et il eut un fils nommé Bore. €e fut celui-là qui devint le père des dieux du Nord, dont l'histoire va nous oceuper à présent.

Or voilà qu'un jour les fils de Bore^^ qui étaient des dieux , se réunissant contre Ymer, le tuèrent je ne sais comment, et ayant trainé son corps sur le bord de l'abittie, le jetèrent dans le creux immense qui séparait des enfers le palais du Père universel. .La terre fut formée de sa chair, la .mer de son sang, les montagnes de ses os, les arbres de ses cheveux, et les rochers de ses dents. Einsuite ils prirent son crâne, c'est-à-dire le sommet de sa tête, pour en faire la voûte du ciel, et ils chargèrent quatre naiiis d'en soutenir les

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quati>e e^ins. Ces aMi^s indiqiiaie^l l«8 qiMi(|P0 piNiiU cardioduX) que tous avez sans doute «ppri^ à connaître dans la géographie $ qnfin il» lancèrent sa cervelle dans les «irç ppi^ir «tu fonnei* I^ naées.

Après cela les fils de Bore se canstruisireat» avec les sourcils du géant, nn fort redoutable qu'ils nommèrent JUidgard^ c'<est*à-dire la ville du Miliev, où ils se retirèrent pour éviter la colère *dos enfants dTmer, qui, étant devenus trés^nom*breux, furent toiyours depuis ce temps les enne* mis des dieux.

Voilà , me direz-vous , mes enfants | un conté bien bizarre , et que jamais certainement aucune personne raisonnable n'a pu croire : je suis tout à fait de votre avis; mais autrefois les Scandinaves éteient si grossiers que, i^ pouvant concevoir un dieu assez puissant pour avoir eréé le ^el et la terre, ils s'imaginèrent d'expliquer ainsi les mer« veilles de k création.

^ ii. présent , si quelqu'un de vous me demandait une ini«u*prétation de ces fables, je lui dirais que les géants d^^nt Ymer fut le père ne sont auti*es que les hommes du Nord, farouches et ignorants, et que la race des di^ux fut sans doute celle de quelques étrangers venus dei'Oricnt , qui apport tèrent dans ces contrées reeulées plusieurs dès idées religieuses en usage parmi les peuples de l'Asie ; le Père universel» et le noir Surtvr des Scandinaves, ress^smblent beaucoup aux dieux Ormuzd ^ Ahriman des Perses , dont je vous^t raconté la mythologie au commeneement de ce livre, «t ce ne sera pas le seul point d^ rapproche*

DE"} fiOiNOIIliVBS. «M

deux nations. . -

Après &y^k aioâi vaincu Iegë«ai Ymer, et s'être aji^roprié sas dépouilles ^ mes petits amiSf Odin^ qui était ]o plus vaiUtat des fiU de Bore^ contruisit un pont luiiiineiix de tmis cpukura pour moïiter «tt eiel, et engagea s^ fr^s à le suivre dans cette demeure divine, où ils.$ebàti^ rent plusieurs villes. £n même temps, de peur que les enfants d'Ymer ne poursuivissent les dieux jusque dans cette retraite sacrée, il chargea Hiemdul, Tua d'entre eux^ de se tenir constam« m^nt è l'extrémité du grand pont, et de défendre l'entrée du ciel contre les géante, €e^po9t mer-» yeilleux, placé entre le ciel et k terre, doitrap^ peler celui qui conduisait ii^la demeure d'Ormued, la divinité bienfaisante des Perses, et dont il avait con&é la garde à son chien fidèle.

. Or ce dieu Hiemdal avait l'oreille si fine quïl ^entendait l'herbe croître dans 1^ prairiesi et la }ainc ^ur le dos des brebis; son somflaeil était plus léger que celui d'un oiseau, et il était doué d'une v«e si pejrçante qu'il voyait nuit et jour tout ce qui se passait k cent lieues de distance. Il ieind0l était armé d'une épée flamboyante* et il possédait une trompette dont le son était tellement aigu, qu'elle pouvait étra entendue à la fois aiix quatre eoios du monde. Ce dieu était donc la portier et U

gardien en ciel , et persmme ne pouvait y entrer sans sa permission. . j *

Les compagnons d'Odin, qui n'étaient qu'au nombre dé douze, sans compter les déeâses dont ils avaient fait leurs femmes, avaient trop de courage et d'habileté pour s'abandonner à une honteuse oisiveté. i

Ils commencèrent par construire une salle magoifique dans laquelle furent placés douze sièges , où ils s^asseyaient pour rendre la justice, et au milieu desquels s'élevait le trène d'Odin. Cette salle, qu'ils nommèrent le Séjour de la joie, était éblouissante de pierreries et de ciselures admirables qui ne leur avaient rien coûté, parce qu'ils savaient composer eux-mêmes, sur une enclume, avec des marteaux, l'or et les autres métaux; aussi possédaient -lis une si grande quantité de cette matière précieuse , qu'ils en fabriquèrent tous les meubles de leur palais et Jusqu'aux harnais de leurs chevaux. C'était là que les dieux se réunissaient, lorsqu'ils voulaient juger les nains, c'est-à-dire de petits monstres à . figure humaine qui vivaient cachés dans le creux des rochers , où ils s'occupaient à tailler les cristaux et à fabriquer des épées et des armures pour les géants et les autres ennemis des dieux. ^ .,.

Cependant ceux-ci ne s'assemblaient pas toujours dans cette çalle céleste , et quelquefois leur tribunal était tranéporté sous un arbre prodigieux qui s'élevait dans le ^el , et qui était certainement beaucoup plus gr^nd que tous ceux dont nous pouvons nous faire une idée.

I>SS SCAN9ftKAVES« 161

Le feuillage de eet arbre, que L'eii nenniait le frêne Ygdragilf s'étendait sur le gkbe entier comme un vaste jMiraplttie ; il aTiût trois racines, dont l'une était chez les dieux, la seconde sur la terre, et la troisième enfin aux enfers, où elle était rongée par un serpent monstrueux. Les plus petites branches du frêne étaient si grosses, que quatre cerfs y couraient continuellement, et un joli écureuil ne cessait d'y monter. et d'en descendre , pour raconta à un aigle qui était perché tout en haut de l'arbre ce que faisait le serpent des enfers. £nfin, de peur que ce frêne, qui était aussi ancien que le monde, ne yint à sécher tout à coup, trois fées, nommées Urda, Vérandiet Skulda^ c'est*&-dire le passé, le présent et Tayenir, n'étaient occupées qu'à l'arroser avec de l'eau qu'elles puisaient dans une claire fontaine placée sous sa racine céleste.

C'était là, vous en conviendrez, an arbre bien merveilleux, et auprès duquel les gros chênes de nos forêts ne sont que de légers brins d'herbe ; mais vous penserez , comme moi , que ceux qui ont imaginé ces contes ont voulu plutôt étonner ceux qui les écoutaient que les obliger à les croire.

Puisque je vous ai parlé des trois fées qui ar« rosaîent le frêne Ygdrasil, il faut que je vous dise que, chez les Scandinaves, rien n'était si commun que ces personnages febuleux , sur lesf quels vous connaissez sans doute déjà beaucoup de contes . Il y avait de bonnes fées et d'autres qui étaient fort méchantes, et bien des gens autrefois croyaient qu'à la naissance de chaque enfant

1H HYTWMiOOIB

H s'ètt tfOtty,ul toujoim i|«ieif«i'tf ne iii f pdur le douer liMfélemtot de b^eë ou de lii6tt?ai«M quelitée; e'esl ee que nous «yoos tout lu dans k ÈeUe uu Bois dotmanê^ el dans plusleun eutree coûtes que les aourrioes reeeutaieiàt autrefois em eafiintSk

Quoique Odin eût foudë dans le dd plusieurs villes éblouissantes de lumi^ et de richesse^ celle qu'il préférait k toutes les autres était bâtie de pur argent, et c'était là qu'était placé son tràne^ d'où 11 pouvait d'un seul regard embrasser tout l'univers. Cette ville se npiol&âit A$gardj et c'était là qu'il habitait <H*diiiairement avec sa femme Fiigga, la plui^ bdle et la plus puissante des déesses , dout la principale occupation était de connaître l'avenir; et Son fils aine, Thar^ le plus Vaillant et le plus terrible des dieux après Odin.

A quelque distance de cette ville, s'élevait le Widhallà^ palais magnifique^ où l'on pouvait entrer et sortir par cinq cent quarante portes; c'é-* tait dans ee palais merveilleux qu'Odin^ qui^ à cause de ecla, était surnommé le Père des eom^ 6al8, admettait après leur mort tous les guerriers qui avaient succombé dans les batailles , pour en former une armée innx>mbrable qu'il destinait à combattre les géants, lorsque eeux-«ci viendraient attaquer le cioL Le Walhalla était véritablement l'Elysée des braves^ et je n'ai pas besoin de vous dire que les peureux ne pouvaient jamais y être admisk

Une des plus graves occupations d'Odln était d exercer continuellement cette armée de Ibéroa

DBS SOAlflNlIATBi. ^ IM

(e%t»l k nmi qut iMdrtàimt les guemén du WaliiaUa) Mx combats dans lesquels ik avaieill brillé sur la tefrCk OiaqiMs matin, dès q«\in coq éMinel, qui était dans le del^ avait ohantë, on voyait s'ouvrir en même temps les cinq ceDt qua**rente portes du palais^ et sortir eette troupe in^ nombrable couverte de fortes armures , pour se livrer des combats, où leur plus grand plaisir était de se mettre en pièces. Mais ^ès que l'heure du repas avait sonné , chacun d'eux remontait à cheval sain et sauf, comme s'il n'avait iamais combattu, et rentrait dans le Walhalla , ou Odin kur faisait distribuer, pàr^trois déesses nommées les P^alkyrieSy la chair d'un sanglier merveilleux, qui étant cuit et dépecé tous les matins , se retrouvait tout entier chaque soir , pour servir au repas du lendemain.

Les Valkyries, dont l'emploi était aussi d'aller sur la terre, dans les batailles, désigner les guerriers qui devaient périr de la mort des braves, avaient soin de leur verser dans le ciel une boisson délicieuse, appelée l'hydromel, dent les peuples du Nord sont encore très-friands aujourd'hui*

Quant il Odin, il prenait place k la même table que les héros , et tout ce que les Valkyries lui . servaient à manger était abondonné par lui à deux loups énormes qui ne quittaient jamais ses eàtés. Pendant ces repas, deux corbeaux, perchés sue ses épaulés, lui racontaient è l'oreille tout ce qu'ils avaient vu dans le monde, car ces corbeaux étaient nommés l'Esprit et la Mémoire j et chqgue jour Odîn les envoyait sur la terre pour rapporter ce qui s y passait.

KtTflOLOOIB

Le pins filmeiix temple d'Odin était cdiii de la ville à'Upsal en Suède , où il était adore avec sa femme Fngga et leur fils Thor; cette déesse y était représentée assise sur des coussins, non loin de son mari et de son fils, celui-ci portant une épée nue, Tautre ayant une couronne sur la tête un sceptre dans une main et un foudre dans Fautre.

. [Odin, Frigga et Thor.]

Frigga était aussi quelquefois figurée sous la forme d'une belle femme couronnée de mjrrte , (cnant un globe dans la main 'droite , et trois pommes d'or dans la gauche; derrière elle, on ^ voyait les trois Grâces sur un char traîné par des cygnes; elle présidait à l'abondance et'à la fécondité de la terrc^ et elle avait alors beaucoup de ressemblance avec les déesses Junon et Gérés de ^ mythologie grecque , puisqu'elle était , comme elles, la mère des dieux et la nourrice des homiÀes.

DBS SCANDINAVES. 165

Le culte qae Ton offrait & ces divinités , à Upsal, se ressentait de la barbarie de leurs adorateurs : on leur sacrifiait des chevaux , des coqs , des pores , et enfin des hommes , des enfants de rois, ,et des rois même. La manière la plus ordinaire d'accomplir ces sacrifices affreux était de coucher là victime entre deux pierres énormes , où elle était écrasée, et Ja force avec laquelle le sang jaillissait sur les assistants indiquait le mérite du sacrifice aux yeux de la divinité.

Les Scandinaves attribuaient & Odin Finvention des runes^ sortes de caractères mystérieux dofit on trouve encore aujourd'hui quelques traces sur plusieurs rochers de la Suède et de la Norwége. Ils supposaient à cette écriture magique la propriété de guérir certaines maladies, dd faire con-« naître Favcnir, d'apaiser ou d'exciter des tempête»^ et même de rappeler les morts \ la vie. Je n'ai pasr besoin de vous dire , mes petits^ amis , qu'une pareille croyance ne peut appartenir qu'à des peuples sauvages, qui, dans leur simplicité, imaginent qu'il existe des moyens secrets pour changer les lois de la nature, et s'opposer aux décrets de la Providence.

I<e cheval d'Odta.

Cependant, mes petits amis, le vaillant Odin, qui était le général de l'armée des héros que renfermait le Walhalla, n'avait pu encore trouver un cheval capable de le porter d'un bout du

fe« ■YTHQtOGIII

monde à l'f^^tre, l<»rsqu'il M pilait fantiiisie d'aller 8UP la terve 9e mêler aux eoml>aU des aimples mortels, ccoame eela lui ari^iiait quelquefois.

Un jour les dieux, voulaot eonstroire daa« leur ville de Midgard iiiie citadelle où ii$ {uisseat trouver uu refuge eoutre les assauts des gëaota, firent venir ud arebitecté qqî leur prooiil de bAtir une belle Ibrteresse k lui tout seul, dans l'espace d'uB seul hiver, à condition qu'on lui donnerait pour récompense la déesse Frigga , ^t 4e plus, le soleil et la lune, si son travail était terminé le premier jour du printemps suivant.

Or cet architecte, sans qu'il y parut, était de la raee des géants, et, de plus, un fort habile magîeicn qui voulait par là priver les dîeuK de leurs principales richesses; car l'empire d'Odin aurait été perdu sans ressource, dès que ses ennemis auraient possédé la déesse qui rend la terre féconde, et les deux astres qui l'éclairent.

Les dieux consentirent pourtant k ee traité, auquel ils s'eng<)gÂrent même par serment-, tant ils avaient le désir d'avoir une citadelle; mais oomme ils n'étaient pas de très-lMmne foi , ils se flattaimt secrètement que l'architecte n'aurait pas ini son travail en si peu de1;emps, et que, par conséquent, ils ne seraient point obligés de lui payer le prix convenu.

Cependant le magîeleB possédait un cheval merveilleux qui valait mieux à lui tout seul qu'une mi^llitude d'ouvriers ; dès la première n«it, cet animal, qui était d'une force prodigieuse, tratna dans Midgard une si grande quantité de pierres et de malàriaux de toute espèce, qu^en peu de

DU màxmikvEs. ter

joim ou vit ft'éltvcr le$ murdllea d« h nraveHe intaddle;le maitre et le cheyal eoatiauirent ainsi à travailler avec tant d'ardeur que l'hiver appro<ehait & pelae de sa fin que l'arebitecte, dont la tÂcbe était presque terminée, parlait déjà de réelamer sa récompense au jour fixé : oe qui mettait les dieux di^ns un ^ruel embarras.

Je vous laisse à penser, en effet, ce que serait devenu le monde, si tout i coup le géant eût emporté sous son toas le soleil et la lune, et emmené le déesse Frigga dans le pays des Gelées. Les bosnmes aur^M^t eru d^aborîd qu'ils se trompaient d'heure, et que la lumière du jour n'était point eno«re arrivée jusqu'à eux; mais bientôt, lorsque kfi jours se seraient suoeédé sans clarté, et les nuits sans la lumière blanche de la lune, ils se^ rai^n* tombés dans un désespoir affreux. La terre, que le soleil n'aurait plus échauffé^ de ses rayons, serait devenue glacée et stérile ; les plantes se aéraient flétries sur le sol : la mer «urait été frappée d'immobilité, et un froid mortel aurait envahi tout le globe : alors les hommes, pour échappGt à la froidure, auraient été réduits à brûler les foréU, les vaisseaux , les maisons, les villes, et tout ce qui les entourait; ils se seraient réunis autour de ces foyers ardents pour se^ voir encoreune fois avant àe mourir, et ils auraient été épouvantés de contempler, à cette clarté sinistre, leurs visages pâles et amaigris ; enfin lorsque tout aurait été consumé, l'espèce humaine aurait péri éie £roid et de misère.

Heureusemenli un si grand malheur n'arriva point, et ce fut uA des cUeux, nommé Loh, qui

Id8 HTTHOLOGIfi

trouva un expédient pour Tempécher.. Ce dieu Loke était le plus méchant de tous les habitants de Midgard, mais en même temps le plus rusé, et les autres le supplièrent d'inventer quelque moyen d'échapper à cette épouvantable catastrophe.

Il ne restait déjà plus qu'un seul jour pour terminer 1q travail, et le prodigieux cheval de l'ar^ chitccte semblait redoubler d'efforts pour obéir à son maître, lorsque Loke imagina de faire sortir tout à coup de la forêt voisine ?car il y avait aussi dès forêts dans Midgard), un cheval sauvage qui, par ses hennissements-, semblait appeler qudque compagnon ; celui dé l'architecte n'eut pas plus tôt écouté ce cri, qu'il n'avait pas entendu depuis longtemps, que, rompant sa bride et ses liarnais, il se mit à courir du côté de la forêt, et échappa à son maitre, qui ne put ainsi terminer au jour fixé le travail qu'il avait Uint avaneé.

Les, dieux profitèrent alors de l'adresse de Loke, et pour mettre fin aux justes plaintes du géant, l'un deux, l'assomma d'un coup de massue, et le précipita dans les enfers; délivrés de cette crainte, ils s'occupèrent sans\ relâche d'achever leur citadelle, ce qu'ils firent en peu de jours, et sans qu'il leur en eut rien.eoûté.

A quelque temps de lï, mes enfants, Odin re* grettant vivement de n'avoir pas gardé pour lui l'excellent cheval du géant, Loke lui en amena un , qui était , dit^il , le fils de ce cheval même, et qui avait huit pieds pour être plus agile. Le dieu l'accepta avec empressement, et lui donna le nom de'Skipfier^ ce qui tôgnifie l'éclair.

C'était avec ce cb<i^val merveilleux qu'Odin paa-

DBS SCAN0INAyBS. 169

sait dHin bout Au monde à Tautre, et traversait les espaces, sans que les mers pi les montagnes pussent l'arrêter.

lie «!•« Ii^ke et m« «ifiittte.

Ce dieu Loke,dont je viens de vous parler , était beau de visage et très-bien fait de corps, mais il avait aussi un très-mauvais caractère , et son unique'plaisir était de mentir et de tromper les autres dieux , pour les attirer dans quelque piège : aussi le nommaient-ils entre eux le calomniateur et l'artisan des tromperies ; titres qu'il avait bien mérités, comme vous le verrez bientôt par plusieurs histoires.

Loke avait donc une si mauvaise réputation parmi les* dieux, que, n'ayant pu trouver h se marier dans Midgard ni dans les autres villes célestes , il s'était vu contraint de prendre pour épouse une femme de la race des géants^ appelée Angerbode , dont le nom signifiait « messagère de malheur. »

Maintenant, il faut que vous sachiez, mes petits amis, que la géante Angerbode ne tarda pas à donner le four h trois monstres , que les dieux ^ regardèrent avec raison, comme leurs ennemis les plus dangereux , parce que Frigga avait lu dans l'avçnir qu'ils causeraient un jour la ruine de i'empire d-Odin.

Le premier de ces trois monstres était un loup énorme que Ton appelait Fenrisf il était aussi

géwitQ) ^ j'^v'i^i plM0 cl'u«e fftbUk vans v*cAQt«r sur son compte.

Le second était le grand serpent de Midgard.

A l'instant même de sa naissance , Odin , épouvanté de son aspect, qui était hideni, le précipita dans la ««p^m il prit nat«latHW«lsi«nènt qu'il entourait de son corps tout le globe de la terre , saitô que cela l'empécbât de se mordre la qiieue.

Enfin , le troisième nmistre était i£^ , o'e«t*à^dipe la mort , & l«queU« Odip donna le gf^Wf^r^ nemei^^ de^ enf^rs^ pour y reeev^r loua \m bom^ mes qui mouraient de yieillesse ou de maladie, car le Walballa n'était destiné qu^aux guerri^i^ glorieusement toinbés sur les champs de bataillOf

Il lui assigna dàoa ces tristes lieux, qui étaieia<^, dit-on, neuf fois aussi étendus que le monde, de yastea appartements solidement construits, fer-mes par des griUes inébranlable», dont il n'étatf permis k per^nne de sortir aprè^ y être entré.

$a table ét^it la Famille , sa cbambre h coucher la Douleur, son couteau la Faim, sa errante la lenteur , sa porte le Précipice, aQo veatibule la Langueur, son lit la Maladie , sa tente la Blalédich tion , et ses compagnes habituelles toutes les Calamités qui désolent les hommoaetlefifont mourir*

C«ttefuneate divinité était représentée sous une forme hun^aine , ayant la moitié 4u corps- de cou«> leur bleuç et l'autre moitié couleur de^chair. Maia ce qui la rendait svrti^ut ejQfrayaatet c'était son regard terrible , qu'aucun homme vivant ne pou^ vait aupporter. Quantau loup Fenris , mea petits amis, 4ea son enfance, il parut si r^doutsblfi à

DBS AGAimiiiAyBs. , m

\m» h» diiAtx, qu%ii seul d'eatiie eux, ii«iiaië 7yf , 4Hit «8$t4 de cmf nge pour lui d^Attet k naag«r, tout jeune qu'il élait eiieoro. Mais bientôt les dieuiSy a'appreevuni que e^t aoimal en gvaiidiisaat ;deT^n«it iodojnptable et féroce, réaelurcait de s'en défaire , comme ils s'étaieoi débits de» deux autres mouâtiea. A la v^ité, refttrepriae n'était pas facile, ca^r le loup était plus maliu que son frère et -^a 8<9ur, et d'ailleurs il était doué d'une force si prodigieuse, que son moindre mouvement brisait Jes fers les piieux forgés ) iUrésolnreutdone^ d'Ufser d'adresse enyers lui , et voici eo qu'Us imi^-^ nèrent pour ne pas lui inspirer de défiance : ^ Qn jour ils lui présentèreat une belle p^ire de .^baines , bien fortes et bien conditionnées, et lui proposeront d'eç^ayer s'il pourrait les rompre lorsqu'on lui e^ aurait lié les quatre pattcsi.

Le loup, qui comprit aussitAt que eela ne serait qu'un j^u pour lui, ne fit aucune difficulté do se laisser enchaîner; on 1^ garrotta donc fortement , <^t il fit seinblant d'être accablé du poids de tant do (ers, mais lor^u'il vit les dieux se féliciter de l'avoir fait tomber dans un piège , il roidit sini<plement ses quatre membroa, et les ohaiqes volèrent en éclata* Voua pouvez jvger quel fui l'étonnement des dieux, qui se décidèrent à employer d'autres moyqns pour se défaire d'un monstre dont la forc^ était (^u delà de tout oo qu'ilsavaîent pu iuMiginerf

Dans ce temps^ii , il y avait au pays des génies noirs, c'est^à<*dire dans les entrailles de la terre, des nains assez semblables aux, Cabires de l'Egypte, qui étaj^t li^ineux psr \\ ^fl^ité des liens

172 BYTHOLOGIE

qu'ils savaient fabriquer; les dieux àvaieul sou^ vent entendu parler de rhabtieté de eos nains, et ils leur envoyèrent un messager pour les j^rier de forger, en leur faveur, une ehaine que rien ne pût rompre; ce que ees excellents ouvriers leur donnèrent aussitôt.

Alors ils engagèrent le loup Fenris à venir avee eux dans une lie agréable , située au milieu d'uli lac, et lui proposèrent .de se laisser garrotter avee ce nouveau lien , qui était souple et léger comme un simple cordon de soie, mais le loup était encore plus rasé qu'eux tous , et il leur r^ pondit :

« Cette eha!ne-là me parait bien mince pour que vous ci'oyiez si difficile de la rompre,si quelque encbantement secret ne lui donne pas une force surnaturelle : aussi , comme j*ai de bonnes raisons pour me défier de vos intentions , je ne consentirai à me laisser attacher cette fois que si quelqu'un de vous se soumet h mettre sa main dans ma gueule, pour me convaincre entièrement que ce n'est point un nouveau piège que vous cherchez à me tendre. »

Les dieux, se regardant aussitôt les uns les autres ^ se trouvèrent fort embarrassés , car aucua d'eux ne se souciait de confier au loup Fenris le gagp qu'il demandait, sachant bien que le monstre ne manquerait pas cette occasion de se venger dès qu'il se verrait trahi. Eulin le courageux Tyr se dévoua et fourra sa main droite dans la gueule du loup, qui aussitôt se laissa entièrement garrotter, espérant encore quil lui serait aisé de briser un si faible lien ; mais il s'aperçut bientôt de la

DES BGAllOllfAVES. 173

perfidie, et, malgré d^iocroyabks efforts, il do jmt parveair à le rompre.

Lés dieux alors éelatèrent de rire, à l'exception du paoTJre Tyr y dont la main lut tranchée d'un seul coup de dent, et qui, depuis ce temps, demeura manchot, tandis que le loup, se roulant de i»ge et poussant d'affreux hurlements, ouvrit une gueule énorme qui semblait devoir tout dévorer ; mais on lui jeta une épée qui lui traversa les deux mâchoires , et tous ses efforjts ne purent Tempécher d'être attaché par rextrémité de sa cbftine k un immense rocher que les dieux enfoncèrent jusqu'aux entrailles de la terre.

Les Scandinaves croyaient que ce loup terrible devait être enchaîné jusqu'au crépuscule des dieux , e'est*à-dire jusqu'à la fin du monde , où il dévorerait le soleil et le puissant Odin lui* même..

Ii«i vey«9e« d^ Vlior.

Les dieux du Nord, comme ceux delà Grèce et de ri Ulie , mes bons amis , aimaient beaucoup à voyager; souvent au^i , comme ces derniers, ils ne dédaignaient jpas de paraître sur là terre sous la forme de simples mortels , et entreprenaient ainsi de longues courses qui n'étaient pas toujours sans danger pour leur divinité.

Parmi ces dieux voyageurs, il faut mettre tu premier rang le puissant Thor , fils aîné d'Odin et de Frigga , qui avait le tonnerre pour massue^

Îf4

(wMdail aitt:. lMi{)èleB ^ ef. r^aH tes teisoaii. Ce dieu se servait pour ses eovrses fréquentas d'tti ^ fort jolî.ëqtiipage à deux places^ attelé de detix bonds de bois, portant un frein d'al^gent < deoiî boucs de bois 9 me direz^Toiis , ne devaient pas mareher bien vite^ 2i moins que la voiture no fut eomnM ces petits cabriolets i Iressort qui courent tout seuls sur nAe table ; mais, lorsqu'il se mettait en roule, le dieu remplaiçait cet s^^lage par une véritable paire de boucs agiles qui le trainalent rapidement partout où il voulait aller.

Outre sa twribie massue, k laquelle rien ne pouvait résister, Tiior pioésédait eneoire une oei»* ture nerveiUeuse doqt Teffèt était de doubler sa foroe. lorsqu'il la mettnit autour de son 0(H*ps, et de plue des^^telets de fer^ sans lesquels il ne pouvait saisir Je âianche de sa massue , i moins. de risquer de se brûler les doigts.

Un jour donc , ce dieu ayant résolu de foire un long voyage sur la terre, et craignant de s'ennuyer pendant la route, prit pour compagnon le rusé Loke , à aause des bons tours que celui-ci savait mettre en œuvre pour se tirer d'^nbarras : tous deus ilantèrent sur le chariot attelé de deux boucs bien fringants, et les voilà partis.

Lorsque le soir fut arrivé, les dieux, qui étaient fatigués d'avoir roulé toute la journée , entrèrent dans la maison d'un paysan , h oui ils demandèrent pour cette nuit seulement Thospitalité, que ceiui-ci leur accorda de bon cœur, quoiqu'il ne sut pas qu'il eût affaire h des dicux% Mais « lorsque avMit de se €o«eb«r ils voulurent se. mettre i table, ilae se trouva rien à mang^ dans k maison

DBS êoàjmmkns. 175

et Tfaor w é6Mà k luor «et deuxlieiiei 4 l}u*il fit gotttbr à itB héle et à seé enfants) ear le dieu était un excellent cuisinier.

Or, le paysan avait un fils nomme Tialfe^ et une fille nommée Raska, à qui Thor recommanda de recueiUir soigneusement tous les os des boucs dans leur peau> qui était resté étendue auprès de la table. Mais le jeune Tialfe ne tint pas compte de cette recommandation^ et cassant avec son couteau l'os de la jambe de Tun des boucs, il en suça la moelle, sans «(ue personne s'en aperçût. Vous allez voir maintensnt comment il fut puni de sa gourmandise et surtout de sa désobéissance.

Le lendemain de grand matin, Thor, voulant se remettre en rputo, étendit sa massue, et rendit aussitdt aux deux boucs leur première forme, car vous savez que lei j[)rodlges ûe coûtaient rien aui dieux ; mms lorsqu'il voulut les atteler h sOn cber, il s'aperçut que l'un de ces «nimaiix boi» tait ^ et e'était précisément celui doùt Tialfe avait cassé la jambe par gourmandise.

Or^ le dieu Thor ki'était pas d'une humeur trèsaccommodante^ et dès qu'il eut reconnu qu'on lui avait désobéi, il fronça le sourcil , et, serrant dans sa main sa redoutable massue, peu s'en fallut qu'il ne réduisit tout en poiissière; mais le paysan et sa famille s'étant jetés à ses pieds en pleurant, il consentit à leur pardonner eetle fattte^ pourvu que Tialfe et Raska le suivissent dans seS voyages, en échange de son ImMic boiteux^ qu'il abandonna à leur f^» Quant h lui^ montant sur l'aMre ankaâl» il p^mmûVit son ehenfai.

176, MYTAOLOGIfi

11 fallut done que ees pauvres jeunes gens s'attelassent au chariot, et accompagnassent les deux

[Thor, Tialfe et Raska.]

étrangers. Mais bientôt Tialfe, qui était fort et agile, prit sur son dos la valise de Thor : tous les quatre traversèrent a la nage plusieurs mers, et se trouvèrent enfin dans un pays qui leur était entièrement inconnu.

Un soir, les voyageurs arrivèrent dans une vaste plaine qui ne leur offrait pas un arbre pour s'abritera Gomme la nuit était fort obscure, ils ne savaient de quel cdlé diriger leurs pas, lorsque le hasard les conduisit devant un édifice qui leur parut si grand , qu'ils ne doutèrent'pas que ce ne fût la maison de quelque personnage considérable du pays. Personne , k la vérité, ne se présentait pour leur en ouvrir la porte, mais comme il était fort tard, et qu'ils éti|i^t très-fatigués, ils y entrèrent sans oéiHimonie, et passèrent , dans une des

DES SCAN»INAYES. 177

chambres qui s'offrirent à eux , une partie de Ta nuit, non sans quelque inquiétude parce que de temps en temps la maison leur semblait agitëe par un léger tremblement de terre, accompagné d'un bruit semblable au roulement du tonnerre. Thor, qui était le plus vaillant des quatre, ne dormit guère que d'un œil; il prit sa ceinture et ses gantelets de combat, et se garda bien de quitter sa redoutable massue.

Lorsque le jour fut venu, le dieu sortit de h maison, et le premier objet qui s'offrit à sa vue fut un homme immense couché par terre , pro^ fondement endormi, et ronflant encore de toutes ses forces; c'était là ce bruit étrange que les voyageurs avaient entendu pendant la nuit comme un orage lointain, et qui les avait frappés de terreur.

Thor avait bien envie de profiter du moment pour casser la tète au géant, pendant son sommeil; mais celui-ci s'étant i*éveillé, le dieu craignit d'avoir affaire à un ennemi de cette taille, et se contenta de lui demander comment il se nommait.

Le géant lui répondit aussitôt : « Je me nomme Shymmer, et je sais que tu es le petit dieu Thor ! Qui t'a permis, je te prie ^ d'entrer avec tes compagnons dans mon gant, et d'y passer 'la nuit dans mon petit doigt? » Et, en effet, mes enfants, cette maison qui avait paru 4 grande aux voyageiu*s n'était autre que le gant du ^éant, dont la chambre dans laquelle ils avaient couché n'était que le petit doigt : ils demeurèrent stupéfaits du danger qu'ils avaient couru , et pensèrent quQ si

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178 HTTHOLOGIB

pendant la nuit le géant, eût voula mettra son gant) il les aurait tous étouffés sans s'en aperoe*voip.

Cependant rimmense Skynuner n'était pas méchant, et il proposa à Thor et à ses compagnons de faire route ensemble, ce à quoi ils consentirent : pour lui, prenant sous son bras une énorme valise qui paraissait renfermer son bagage, il se mit à marchei: devant eux en faisant de si grands pas, que, quoiqu'il n'eut pas des bottes de sept lieues, comme l'ogre du Petit^Poucet^ il était souvent obligé de s'arrêter pour qu'ils pussent le rejoindre.

La nuit suivante, les voyageurs ayant voulu se reposer, l^ymmer alla se coucher sous un grand chêne après avoir permis aux voyageurs de, prendre leur sojiper dans sa valise , où il les assura qu'ils trouveraient plus d'un bon morceau ; mais lorsque ceux-ci se mirent en devoir de le faire, cette valise, qui probablement était l'ouvrage de quelque magicien, ne put jamais s'ouvrir, quelque effort qu'ils fissent, et il fallut que ce soir-là ils se passassent de souper. Thor, qui avait un fort bon appétit, entra dans une stgrande âireur en voyant que le géant s'était moqué d'ent, qu'il résolut de le tuer cette nuit même pendant son sommeil.

^ Lorsqu'il fut environ minuit, Thor prit sa massue, et, assenant un eoup effroyable sur la tète de Skymmer, il crut l'avoir assommé ; mais celui-> ci, se réveillant à moitié, appela tW pour lui demander s'il ne lui était pas tombé quelque grain dépoussière derrière l'oreille; le dieu feignant

DES SGANDINATES. 179

de dormir, par le eoasell d« Leke^ se garda bien de lui répondre, et le géant se mit à ronfler de plus b^lle.

Un mbment après ^ Thor se releya j et bien décidé pour eette fois à ne pas manquer soii coup, il prit si bien ses mesures, qu'il enfonça sa massue jusqu'au manche dans la jolie du géant; mais celui-ci partit k peine s'en apercfevoir. « Oh ! oh ! murmura-t-il sans se réveiller entièrement, il y a donc des oiseaux dans cet arbre^ car je Viens de sentir une plume sur ma figure. »

Pour cette fois^ Thoi* vit bien qu'il fallait renoncer à se défaire de cet invulnérable géant, et }orsque l^ccasion s'en présenta ^ ses compagnons et lui se séparèrent de Skymmer, en lui souhai-^ tant un bon voyage.

Celui-ci, pourtant, qui les avait pris eii amitié, les prévint^ avant de les quitter, qu'ils allaient bientôt entrer dans la ville à'Dtgard^ qui était la capitale du pays des géants , et qu'ils se gardassent bien pendant le séjoiA* qu'ils y feraient de se trop'vatiter^ parce que, clans cet endroit*Ià^ leur dit-il, on ne souffrait pas volontiers l'orgueil des petits hommes.

Le géant Skymmei^, mes chers amis, donnait à Thor et à ses ednlpagnons de voyage uiQ avis qui ne manque pas d'une grande utilité pour tout le monde, et surtout pour de jeunes enfants , car il les prévenait par là que l'orgueil n'eèt bon à rien, et que, quelque mérite que l'on puisse avoir, il faut bien se garder d'en tirer vanité;

I<a Tille des ^émnim.

Les voyageurs continuèrent donc leur route verstsctte fameuse ville dIJtgard, dont Skymmer leur avait parle; et comme ils avaient déjà oublié le sage conseil du géant, vous allez voir ce qui leur, arriva par leur imprudence*

Du plus loin qu'ils aperçurent la ville des géants, ils reconnurent qu'elle était entourée de grilles, et fermée par d'énormes barreaux; il leur semblait donc impossible d'y pénétrer; mais en approchant ils reconnurent qu'il leur serait facile, à eux qui n'étaient pas plus grands que des hommes ordinaires, de s'introduire h travers le grillage, ce qu'ils firent aussitôt.

Cette ville-là ne ressemblait guère h celles que nous habitons ^ les maisons y étaient si hautes, que l'on ne pouvait en voir le faite sans élever les yeux vers le ciel; avec cela, les personnages, que fl'on rencontrait dans les rues étaient tous d'une taille prodigieuse, et le palais du roi , vers lequel on conduisit les étrangers, paraissait toucher aux nuages. ^

Le roi , qui reçut les voyageurs dans cet immense palais, n'était pas plus petit que ses sujets; en voyant les étrangers, il leur fit pn sourire amical qui avait quelque chose d'effrayant, car il se tordit la bouche pour ne pas l'ouvrir trop grande, et fit ainsi une épouvantable grimace ; heiu*eusement que le dieu Thor et ses compagnons n'étaient point peureux, et quoiqu'il y eût e,u de quoi tomber h la renverse, ils firent bonne contc-^ nancc, et le roi les entretint avec une grâce toute

particulière; il les prévint pourtant qu'aucun étranger ne pouvait demeurer dans la ville d'Utgard, à moins qu'il ne surpassât tous les autres hommes dans un art quelconque.

Tout géant qu'il était, il me semble que ce roi- Ik avait établi une bonne police dans son royaume ; car s'il était ordonné dans chaque pays que chacun s'appliquât à quelque travail où il s'efforçât de surpasser ses camarades, on ne verrait bientôt plus autant de fainéants et de paresseux, qui ne sont bons qu'à faire du chagrin à leurs parents.

Ces paroh3S causèrent une certaine inquiétude aux voyageurs, qui se regardèrent les uns les autres : ils se rappelèrent alors le conseil du géant Skymmer, mais il n'était plus temps de reculer.

(c Voyons, dit d'abord le roi au dieu Loke, quel est ton talent? » Avons parler franchement, Lokc, malgré sa ruse habituelle .et sa malice, ùe s'était jamais exercé à aucune profession utile, parce qu'il n'avait point le goût du travail et de l'application ; cependant il répondit avec assurance que ^ son art , à lui , était de manger plus que personne au monde, et qu'il était prêt à soutenir un défi de ce genre contre le premier qui se présenterait.

En entendant ce petit personnage tenir un pareil discours, le roi eut peine à ne pas éclater de rire, et, appelant aussitôt un de ses courtisons, nommé Loge (ce qui, dans la lapgue du pays, voulait dire la flamme), il lui ordonna de se mesurer avec l'étranger dans l'art de la gloutonnerie.

On apporta aussitôt un énorme bassin rempli de V viande, qui fct placé au milieu de la salle, et les

182 HYTHOLOGIB

deax chfimpions se mirent à dévorer, à qui mieux mieux, tout ee qui ^^ trouvait devait eux. Loke n'était pas moins prompt à avaler que son adversaire, et à' le voir travailler de }a sorte, on eût dit qu'il avait emprunté pour ce moment les terribles mâchoires de son fils le loup Fe^ris. Mais lorsque tous deux se rpncontrèreut au milieu du bassin, on s'aperçut que Loke n'anait mangé qu^ h viaade, tandis que son concurrent n'avait pas même laissé des os. Chacun des assistants déclara aussitôt qui; Loke était vaincu, et celui-ci se retira tout bonteum de s'être montré si glouton devant tant de moode, sans compter peutrétre une bonne ipdigestioQ que pouvait lui causer son sot orgueil.

« £t toi, jeune homme, dit h l'instant le roi géapt à Tialfe, n'as-tu pas aussi quelque talent? »

u Oui-dà , répondit celui-ci ssins se déconeer-: ter ; mon art à moi est de devancer sur des patins les p)us habiles coureurs. » * ,

En entendant cette réponse, le roi appela un autre de ses courtisans, qui avait nom Hugo (ce^ qui, dans la langue des géants, voulait dire 1^' Pensée), et lui enjoignit de se mesurer à la course avec Tiâlfe ; mais à peine tous deux se furent-ils élancés dans une vaste plaine couverte d'une glace bien unie, que Hugo laissa son concurrent bien loin derrière lui, et le pauvre Tialfe, tout haletant et tout rouge de honte, s'arrêta au milieu de9 éclata de rire de l'assemblée.

Le roi , se tournant alors du côté de Thor, lui demanda dans quel art il voulait faire preuve de son habileté, lui qui était connu de toute la terre pour sa force et son courage; le dieq lui répondit

DES SCANMNATBS. 18S

qo'il subirait volontiers plusieurs épreuves ; maïs qu'il désirait d'abord disputer à quelque géant à qui boirait le mieux et le plus longtemps.

Vous trouverez sans doute, comme Inoî , mes bons amis, que Thor avait cboiai là un singulier genre de mérite pour se faire valoir, car il n'y a rien de louable pour un bomme h se remplir comme un tonneau ; mais je suppose que le dipu voulait se moquer des géants en leur proposant un pareil déa.

Le roi fit aussitôt apporter une longue corne qui paraissait pleine jusqu'aux bords d'une certaine liqueur, et prévint Tbor que les meilleurs buveurs du pays la vidaient d'un sçul coup, un très-grand nombre en deux, mais qu'il n'y avait pas dans tous ses Etats un si petit buveur qui ne la vidât en trois coups. Thor ne tint aucun compte de cet tivis, eroyaot que le géant voulait l'intimider par cet ayertissement, et comme il avait extrêmement soif, il s'imagina qu'il allait vid^ la corne sans reprendre haleine ; mais quand il l'eut éloignée de sa bouche, il demeura stupéfait en voyant qu'à peine la liqueur qu'elle contenait élait descendue de quelques lignes,

Th^r, alors, sans s'avouer vaincu, rendit la corne à l'échanson qui l'avail apportée, se doutant bien qu'dl^ cachait quelque sortilège, et pria le roi de vouloir bien lui donner une occasion de prendre sa revanche en faisant preuve de sa force et de son adresse. Il avait eu soin de mettre sous ses vêtements sa ceinture merveilleuse, et ne doutait pas que tous les assistants ne demeurassent stopéfaits en voyant combien il était robuste.

« Nous avons ici , lui rebondit le roi, iin jeu de peu d'importance au^el nous exerçons nos enfants dès qu'ils commencent à marcher, et je suis bien sur ^ue tu le trouveras très-facile; il consiste uniquement à soulever mon chat, de manière à eé qu'aucune denses pattes n» touche à terre. »

Comme il adievait ees paroles, un gros chat couleur de feu sauta au milieu de la salle, et Thor, faisant semblant de le caresser, voulut lui passer la main sous le ventre et Tenlever de terre ; mais, quelque effort qu'il fit, il ne put y parvenir, parce que ce chat, iaisant le gros dos, ne levait jamais qu'une patte à la fois. Thor demeura encore tout déconcerté, et le roi lui dit en riant , pour le consoler, que ce petit jdg était au-dessus de la force des hommes de sa taine.

«( Si je suis petit, repartit Thor avec colère (vous savez déjà qu'il n'était pas très-endurant par caractère), je n'en suis pas moins courageux, et je défie qui que ce soit , dans ce pays, do lutter avec moi. » Vous vous souvenez sans doute que la lutte était chez les anciens un exercice où deux athlètes .cherchaient à se terrasser l'un l'autre; mais le géant, se mettant à rire de nouveau, appela aussitôt sa nourrice Héla, qui était très*- vieille, et lui ordonna de lutter contre Thor.

D'abord le dieu , ci^yant que le roi voulait se moquer de lui, eut bien envie de se retirer; mais ensuite craignant qu'on ne l'accusât d'avoir eu peur de cette bonne vieille, il consentit k se mesurer avec elle, et ils' commencèrent à se porter mfituellement de rudes coups. Le combat paraissalit même devoir s^ prolonger sans que ni l'ua ni

l'autre semblât disposé à céder, Iwsque «Thor, ayant glissé, tomba sur un genou, et le géant fit cesseir la lutte en déclarant que personne dans toute sa cour ne consentirait plus à s'exercer avec un athlète qui s'était laissé vaincre par une vieille femme. €e fut cette défaite qui humilia le plus le dieu Thor, qui aurait voulu se cacher sous terre tant il était honteux. •

Après cela , les étrangers furent conduits par le roi dans la salle à manger de son palais, où un festin magnifique les attendait; ils y passéi*ent la nuit entière, et le lendemain de grand matin, lorsqu'ils annoncèrent l'intention de se remettre en route, le roi les accompagna jusqu'aux portes de la ville, où il leur tint ce discours :

« Comme vous êtes très-orgueilieux, leur ditil, j'ai voulu humilier votre vanité devant tout le monde pour que vous vous en corrigeassiez , si cela était encore possible ; mais à présent je vais vous expliquer par quels moyens vous avez été vaincus dans tout ce que vous avez entrepris.

» Celui qui a disputé avec Loke le pUx de la gloutonnerie était la Flamme, qui dévore tout et que rien ne peut arrêter.

» Celui qui a dei%ncé TIalie à la course, malgré son agilité, -était la Pensée, qui est plus rapide que l'éclair lui-même.

» Quant à toi, ajouta-t-il en se touriiant du côté de Thor, l'extrémité de la corne que tu as inutilement essayé de vider s'étendait jusqu'à la mer, et il aurait fallu boire l'Océan tout entier pour la mettre a sec.

iH »YTBQtO«IB

n Mon «kat ,. que tu n'as pas su aottlevee de terre, est le grand serpent de Midgard^ qui enveloppe le globe entier des replis de sa queue; et ma vieille nourrice Héla, dont Lt victoire t'a rendu si honteux, n-est autr&que la Mort elle-même qui, tôt ou tard abat les hommes les plus intrépides et les plus robustes. »

En entendant ces paroles , Thor ne fut pas maître de sa colère, il leva sa massue pour frapper le géant ; mais celui-ci avait déjà disparu ainsi que sa ville, et les voyageurs se trouvèrent au milieu d'une belle campagne couverte de verdure, d'où ils se dirigèrent vers Midgard pour se reposer.

Le sens de cette fable est siQlair,mes bon9amis, que je n'aurai pas besoin de vous l'expliquer; je vous recommande^i seulement de ne pas l'oublier dans les moments où de petits succès cnfl^ ront votre amour-pEO|M*e : cela vous préservera, pour Favenîr, des humiliations qu'une vanité toujours mal entendue ne manque pas d'attirer sur ceux qui s'y abandonnent.

|4i morf fie Ba|f|e|?.

Le divin Thor, mes bons amis, ne composait pas seul toute ia famille du puissant Odin et de la déesse Frigga; ils avaient encore un autre fils nommé Balder^ gui était doux et bienfaisant et ne partageait nullement rhumeur belliqueuse de son frère, ni son goût pour les aventures.

DES gGANpiPf^VES. 197

Xe dieu était aussi beau qu'aimable : on le r«r présentait sous la figure d'un jeune homme blonde dont la této était environnée de rayons, et la bouche ouvcvte, parée qu'il était en mémo temps lo dieu de Féloquenee xOt de la paix.. Son palais était placé au milieu de la paisible elarté qui brille aux cieux pendant une belle nuit d'été , et e^était là qu'il habitait avee sa femme Natma^ sans se mêler aux eômbats ni aux festins bruyants du Walhalla.

Mais yoiià qu'un jour le bon Balder fit un réye qui, lui causa beaucoup d'inquiétude ; car vous sfrv^z que ces dieux-lft, qui étaiept sujets à toutes les faiblesses des hommes, avaient besoin de mangev et de dormir comme nous. Il lui se^ibla qu'il était menacé d'un grand malheur, et que sa .vie était en danger,

Aussitèt , tout effrfiyé , il alla trouver sa mère Frigga, et lui raconta tristement le mauvais rêve qui le tourmentait, en lai priant de détourner, s'il était possible, le malheur dont il était menaeé : ce qui devait lui être facile , puisque , comme je vous l'ai dit , cette déesse lisait dans l'avenir, et prévoyait clairement tout ce qui devait arriver un jour, quoique cependant elle n'eût pas le pouvoir de changer la destinée.

Frigga ne fut pais moins épouvantée que son fils de ce sombre présage, et, pour en détourner l'effet, elle prépara des runes favorables, et ordonna à sa messagère Gna (qui était l'Iris de cette aulre Juncu)) de prendre dans son écurie un cheval merveilleux qui fendait l'air et les eaux, et d'aller dans toutes les parties du monde conjurer

188 ttYTHOLOGlB

tout ce qui existe de ne point faire du mal à son' cher Balder.

A pr<^â de ce cheval prodigieux que Frigga prêta k sa messagère pour traverser les airs, mes petits amis, il faut que je vous dise que les Scandinaves étaient persuadés que leurs déesses, k défaut d'aulres montures , pouvaient voyagai* «n l'air, à cheval sur un bâton : c'est pour cela que^ dans les contes de fées, on voit souvent des enchanteurs et des magiciennes se transporter de cette manière d'un bout à l'autre du monde.

Cependant la commission de Gna fat bientôt exécutée, et Frigga reçut le serment du feu , de l'eau, du fer, et des autres métaux, des arbres, des pierres, de la terre, des oiseaux, des animaux , des poissoQs , des serpents , et des maladies elles-mêmes, qui s'engagèrent k ne jamais nuire en auciine manière 9 Balder; celui-ci se crut donc si bien assuré contre toute espèce de péril, que lorsque les dieux se réunissaient dans le palais d'Odin pour se livrer à leurs jeux ordinaires, c'était à qui d'entre eux lancerait au jeune dieu des flèches et des pierres, ou le frapperait k grands coups d'épée , parce que chacun savait qu'il ne pouvait en éprouver aucune incommodité. '

Cependant le méchant Loke , qui n'avait point ignoré les craintes et les précautions de Frigga, ne douta point que la messagère Gna , dans la rapidité de sa course, n'eût négligé quelque précaution qu'elle avait pu regarder comme inutile, et , prenant la figure d'une vieille femme , il feignit de féliciter la déesse sur son bonheur de n'a*

voir plus rien k appréhender pour son fils bienaimé. Celle-ci s'en réjouit avec lui, mais elle ajouta : « Les armes de toute espèce et les maIa-< dies même m'ont bien promis de ne point atteindre mon fils, et je puis être à leur égard parfaite* ment tronquille ; mais je le serais encore plus si ma« messagère n'avait oublié d'obtenir la mémo promesse d'une j)etite plante qui lui a paru si faible, à la vérité / qu'elle ne vaut pas la peine qu'on s'en occupe. »»

Le rusé Loke n'en demandait pas davantage ; il s'en alla satisfait , et ne tarda pas à découvrir que cette plante si faible , que Gna avait dédai* gnée , n'était autre que le ^rui, espèce^ de petit arbuste qui croît sur les grands arbres, et particulièrement sur les chênes. 11 se hâta d'en couper une branche qu'il tailla en pointe aiguë, après quoi il revint se mêler aux jeux des autres dieux.

Or il y avait parmi ceux-ci un dieu , nommé ffoder, qui présidait, dit-on, aa hasard, maisqu^ se tenait à l'écart parce qu'il avait le malheur d'être aveugle, et que d'ailleurs «a présence étiiit ordinairement d'un mauvais augure* ^'

Ce fut de celui-là, précisément , que Loke s'approcha en lui demandant pour quel motif il ne participait point aux jeux dont Balder était le héros et le but. « Hélas ! lui répondit Hodeîr, ne sais-tu pas que je suis aveugle, et que je ne sau^ rais rien lancer à Balder, puisque je ne puis voir où il est. — Prends cette baguette , lui dit Loke en lui présentant la branche de gui, je (dirigerai ta main; et si tu atteins Balder, cela te fera beaucoup d'honneur, n

190 VYTHOliOGIB

Le tiiittre n'eut pas plutôt aehevë ces pànrfës^ qtl'Heder, laiiçànl le trait, atteignit, ean» s'en âoù« teil^^ le pmivre fii^lder^ et le tua sur la {ilace.

Ainsi ^t réalisé ^ mes enfants, le sohge du jeune éîeu^ malgré tout oe que sa mère Friggà avait pu faire pour détourner ce sitiistre présage^ et tonte la famille des dibux tomba dans la douleur et la consternation; Loke fut le seul qui s'en réjeuit, parce qu'il était le plus inéehailt de tons ; mais comme les dieux apprirent bientAt son jhfôme trahiton, il fut nbligé de se réfbgier, sous la forme d'un saumon ^ dans les eaux d'un grand fleuve , où eenx-ti ne tardèrent pas à lé décou«« vrir, malgré tout ce qu'il put faire pour leur échapper. Ce fut Thor, qui , l'ayant saisi par la queue, l'obligea à t*eprcndre sel figure naturelle ; puis le traînant dai^ une caV^^ne profonde, avee le secours des autres dienx^ il le chargea de chai* nés indestructibles^ et plaça au-'dëssus de sa tête un seipent dont le venin lui tombait goutte à goutte sur le visage.

Cependant on permit à une déesse^ nommée' Signio j^ qu'il avait prise pour femme après la géante Angerbode^ dé reeevoir le venin dâuGl un vase d'argent iy qu'elle allait vider chaque fois qu'il se trouvait rempli. Pendant l'absenee de cette déesse , Loke éprouvait de si affreuses doiileurs, qu'il poussait des cris lamentables, et secouait ses chaînes avec tant de furie , que les Scandinaves lui attribuaient les tremblements de terre.

Après cette judie vengeance <, 1^ dieux s'oecu* pèrent des funérailles du pauvre Balder^ dont la

DES. SÛ&romAVES. t91

feUiiaie Nàûna était mm «ftert» de* doakiir^ et ils débidè^etit que' sdfl ^rp)i>6é1^a brûlé é»tts un vaisseau tivec lequel ee dieu fniksîl quelquefois des voyages; mais, lorsqu'ils vooltii^nt mettre ee navire à flot, ils he purent jamais ën^vedir à bout ^ns le «eeOurs d'une puis$ânte magicienne qui vint à leur aide ^ du pays des géants , à che Val sur un fbilp monstrueux, qu'elle conduisait avce des serpents en guise de bride; Lé corps de Bâlder et celui de Nanna furent placés sur le triste navire, en présence de tous les dieUx et d'un grand nombre degéantsi Lorsque la flammo commença à s'élever, Thdr y préoipiita un joli petit nain qui oourait ordinairement devant Balder; ainsi que le cheval dont il se Servait pour faire des promenadeâ^ et Odin déposa sur le bûeher un gros almeau d'or^ en signe d'adieu et de souvenir*

Je vous ai raconté avec détail cette cérémonie des funérailles de Baldei*, mes enfanta, parce que c'était avec un appareil h peu près seniblable que se célébraient habituellement Scelles des rois et des chefs de guekre, chez les peuples du Nord, où la femme, l'esclave et le cheval du mort étaient lo plus souvent consumés avec lui;

14'eitf er . éem Seandliuivefl*

Cependant , mes petits amis , à peine ce triste devoir fut<«il accompli , que Frigga fit publier à son de ti*ompe , daiis tout l'univers , qu'elle don-

199 MYTHOLOGIB

nerait iloe forte réooppense k cebii qui voodrak desceadre aux enfeis pour supplier la cruelle . Héla de permettre à Balder de revenir habiter parmi les dieux.

ffermode, saroommé V Agile, qui était aussi Tun des Qls d'Odin, se chargea de cette commission périlleuse ; car vous savez qu'il n'était permis à personne de sortir des Etats de la Mort après y étrê^entré. Son père lui prêta son excellent cheval Sleijmerj pour qu'il fit plus prompte- " ment ce voyage, et rapportât la réponse que chacun attendait avec impatience.

Sleipner, avec ses huit pieds, était c^taineraent le plus j*apide de tous les coursiers, et Hermodc l'Agile le plus léger de tous les cavaliers; mais il y avait si loin du ciel aux enfers^ que, pendant neuf jours et neuf nuits, le voyageur parcourut des vallées profondes et ténébreuses avant d'arriver au premier fleuve de Fempire d'Héla ; parvenu au bord de ce fleuve, qui était large et profond , Hermôde ne savait comment passer sur i'aufare rive, lorsqu'il aperçut à peu de distance un pont coHvert d'un brillant toit d'or, dont la garde était confiée à une guerrière armée de toutes pièces. Cette guerrière fit d'abord beaucoup de difficultés pour laisser pénétrer Hermode dans cet empire , où les morts seuls étaient admis ; mais elle lui permit de continuer sa route lorsqu'il lui eut assuré qu'il venait du ciel eu droite ligne pour réclamer Balder auprès d'Héla, de la part d'Odin et de Frigga.

Cependant Hermode, ayant poursuivi son chemin, ne tarda pas à arriva dans un endroit qui

^ . K DBS SOAlf DINATES. i9Z'

ii( ëlftit le séjcmr des hommes lâches et p^eifiques, le après leur mort ; car je vous ai dit que les braves gf -seuls étaient admis dans le Walhalla, et il fut épouvanté du spectacle que ces tristes lieux offrirent sj à sa vue.

j« • Il y avait au milieu de cet enfer une source . d'où coulaient ces fleuves empoisonnés qui I avaient autrefois produit le puissant Ymer et la race des géants de la Gelée. On les distinguait J entre eux par des noms sinistres, tels que l'An-* 3 goisse, l'Ennemi de la Joie, la Perdition, le Tourbillon, le Rugissement et la Tempête; le dernier . . de ces fleuves, que l'on nommait aussi le Bruyant^ l à cause du retentissement effroyable que produisaient SCS flots en se précipitant , environnait les [ grilles du palais de la Mort.

Hermode , toujours intrépide , d'un seul bond

l de son cheval franchit le fleuve et la barrière qui

le. séparaient encore de la hideuse Héla, qu'il

[ ; n'eut point de peine à reconnaître k son corps

, I moitié bleu j moitié couleur de chair ; elle avait à

ses pieds un coq noirâtre, qui, de temps à autre,

L poussait un cri lugubre, et son cortège était formé

des sombres divinités qu'Odln lui avait autrefois

données pour compagnes.

A quelques pas de là, Hermode reconnut son frère, assis paisiblement dans le palais de la Mort, à côté de sa femme Nanna, et le dieu fit k jléla le compliment le mieux tourné qu'il lui fut possible, pour obtenir d'elle que Balder remontât avec lui vers le ciel, où son absence avait plongé toute la famille des dieux et l'univers entier jians la douleur; et, en effet, cela devait être vrai,

ft4

piii8f»e Balder figurait le soleil, dont la disparition enveloppe toujours ia nature d'une véritable tristesse.

D'abohd l'impitoyable Héla parut ne tenir aucun compte des compliments ni des plaintes d'Hermode, tant elle était habituée h entendre chaque jour de semblables paroles; mais enfin, se ^laissant tout à coup attendrir par ses prières, elle lui répondit que puisque tout l'univers était aussi affligé qu'il le disait de la mort do Balder, elle p^*mettrait à ce dieu de retourner vers Midgard, si toutefois dans le monde entier il ne se trouvait pas une seule diose animée ou inanimée qui ne versât des larmes sur sa perte.

Ce fut la seule réponse qu'flermade put d>tenîr de cette inexorable divinité, et, remontant sur son excellent cheval , il retourna vers les dieux, emportant un anneau d'or de ia part de «Balder,

rmr Odin, et un dé d'or «que Nanna envoyait la déesse Frigga^ comme un témoignage de souvenir et d'amitié«

Chemin faisant, il s'aperçut qu'il traversait neuf mondes qui formaient autant de dépendances du royaume d'Héla, et ne put se défendre d'un grand effroi en passant auprès d'un enfer plus terrible encore que le Nifleim, mais où il crut deviner qif il no se trouvait encore personne. La porte de ce lieu terrible, que l'on nommait le iViistroiirf^ était construite de têtes de serpents tout prêts à vomir des torrents de venin sur les parjures etks assassins, à qui, à la fin du monde, ceVea funèbre était destiné pour prisas; un hnip mont-»

DES 8GA!f]>mA¥E8. t99

trueux les j aUendail, en poussant dliorrftha hurlements.

Aussil&t que k réponse d'Hék M connue pntaî les dieux , ehacun se mit en eamp«gne penr sup-* plier tout ce qui existe de pleurer la moH de Baldcr, puisque ce n'était qu'à ce prix qtie cet aimable jeune homme dettiît être rappelé à la yîe. Les hommes 9 les bétes, les arbres 5 les métaux^ les rochers eux^^mémes, se prêtèrent à cette dou*» leur g^érale, et Imrsque toutes ce» choses pleo-^ rèrent à la fois, ce fut absolnraent comme un déluge unîvarseL

Les dieux ne doutaient dé^ plus que Bélder ite leur fût bîentêt rendu^ tant 1^ lueurs du monde entier coulaient avec abondance, lorsque l\in d'eux découvrit au fond d'une eavenié obscure une vieille mâgiel«»ne à laquelle personne lî'avait encore songé. Je soupçonne, à la vérité, que eelte sorcière n'était autre que le dieu Loke ^ quî^ dan» sa prison, avait pris cette figure pour tromper les dieux ; mais lorsqu'on s'adressa à elle pour la supplier de se joindre à la douleur commune , elle répondit avec aigreur qu'elle ne pleurerait'pointy parce qu'elle Voulait que BerMer restât aux enfers. Rien ne put attendrir ce mauvais cœur, et la cruelle fiâa gsrda sa proie.

Si, en vous enseignant la gé<^[r»pbie^ mes pelHs amis, oa ne vous a pas laissé ignorer que, soiid les, climats du Noard, le sok&l reste uûe partie de l'année cacbé sou» l'iHkrizon^ vous e oft i pr en ^ drez aiséœeat cette fable de^Balder deecendu aux eafei^ Le deuil universel estk tea^M de Iliîvery si triste et si long dane ces eenCipéetf, eè le dégel

«ft le prâttde da retour de la ehaleur et de la lainière.

Je TOUS prie de remarqaer, k ce propos, que ce n'est pa» la première fois que nous voyons dans les fables mythologiques celte descente des dieux dans le palais de la. Mort. Chez les Egyptiens Osiris, chez les Grecs Hercule, ont fait le même voyage que Balder dans ce triste séjour, d'où ils sont tous deux sortis radieux et triomphants; BOUS verrons tout à l'heure, mes amis, que celui-ci ne fut pas plus malheureux que les dieux des autres pays, et cela nous apprendra qu'une même idée a donné lieu aux mêmes images chez les différents peuples de la terre.

Vous voyez par là qu'il n'y a presque aucune de ces fables qui ne cache un sens raisonnable, et c'est ce que des enfants bien élevés doiveùt savoir, afin d'éviter des erreurs qui n'appartien* nent qu'aux ignorants et aux paresseux.

lie crépnacule dem dteux»

Je n'ajouterai plus qu'une fsCble, mes petits amis, à toutes' celles que je viens de vous raconter, parce que je n'en^sais plus d'autre qui puisse vous intéresser ; celle-ci vous fera connaître quel devait être le sort de ces dieux du Nord, si sau-* vages, si terribles dans leurs jeux et dans leurs combats, suivant ce que racontaient aut peuples ^ Scandinaves les |foëtes de leur pays»

DÇS, SGANDIlUVfiS. 197

Ces poètes barbares se nommaient icê sealdes^ et leur emploi était de réciter dans les villes, dans les camps, et jusque dans le palais des rois, dont iîs partageaient la gloire et les périls, à la guerre, à la chasse, et dans leurs navigations lointaines^ les aventures des dieux et les louanges des héros qui étaient tombés sur les champs do bataille. Ces sealdes avaient beaucoup de ressemblance avec les rapsodes, qui, comme vous vous en souvenei sans doute, parcouraient autrefois la Grèce en chantant les poésies d'Homère, et plus encore peut-être avec les ménestrels, IftHivères ou trmh' hadourSj qui, à une époque bien plus récente, allaient en Europe de ville en ville, de château en château , répétant les exploita des guerriers , et les ehants païfs qu'Us avaient appris dans leurs voyages.

^ Or voici ce que racontaient les sealdes sur la destinée de la âimille d'Odin, qui ne devait pas être étemelle, toute puissante qu'elle était au ciel.

Un jour viendra, disaient ces poètes, et, ce jour sera nommé le Cr^scule des dieux j où lès hommes devitodront si méchants que le monde en* tier sera en guerre et en discorde; alors l'être éternel, qui régnait avant que le géant Ymer eût été produit par la glace des enfers, se décidera à détruire les hommes, l'univers, et tout ce qui existe. D'abord il y aura un hiver sans fin, et les tempêtes ne s'S^aiseront plus ; les liens du loup Fenris seront brisés, et ce monstre s'ékncera de la caverne sombre où les dieux l'ont enchaîné, pour dévorer le soleil ; il paraîtra si grand qi*''

1M «mdLOflii

9^ giaote ouv»le touchera & la fois le ciel et la terve : un autre monstre emporta» la. lune, et le gr^nA serpent de dlidgard ^'échappant de la meff dont Ic^ flots sortiront de leur lit, vomira sur le inonde entier des torrenbs de venin qui in** feeteront les airs et les eaux.

En même temps, Surtur le Noir sortira des én«* fers, armé d'une épëe flamboyante; il montera flveo les mauvais génies sur un vaisseau immense, nommé le ^aglefare^ entièrement construit des ongles des morts, et dont Tapparition fera trem-* bler les boolmes et les dieux $ il deviendra lo chef des^géants d^ la Gelép, et marchera ai^ec eux vers le pont du^iel, qui s'écroulera sous leurs pas; le frêne Ygdrasil sera ébranlé par le serpent qui ronge sa racine; le coq funèbre du paiais de la Mort redoublera ses cris, et le ciel d'Odin se fondra.

Aussitôt le dieu Hiemdal fera retentir les sons aigus do sa trompette, et les dieux^ conduits par Odin, se précipiteront à la tête des héros pour combattre les géants. Les deux armééi se rencontreront dans une plaine immense où il y aura de terribles batailles, au milieu desquelles Thor et les autres dieux succomberont. Le puissant Odin lui-même sera dévoré parle loup Fenris, qui pé-» rira aussitôt après sa victoire, ainsi qun Loke, le grand serpent et l'affreuse Héla.

Alors Balder sortira du séjour des morts, plus brillant et plus radieux que jadtis; ses rayons éclaireront un monde nouveau et éclatant 'de lumière, où seront réunis tous les hommes justes et bons, tandis que les méchants tomberont daii«

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te Nmtrond, oè ils serèni ëtenidcA|p(it déflMrft par le loup monstraeiix qui les y attend*

N'est-il pas vrai, mes chers enfants , que cette fable de la fin du monde est encore plus bizarre qu'elle ne devait être effrayante pour les Scandinaves, et que les scaldes étalent bien hardis d'annoncer de semblables contes à ceux qui les écoutaient? Cependant il ne faut pas croire que tout fût ridicule dans les récits de ces poëtes, puisqu'ils prédisaient par là aux bons une récompense à venir, et aux méchant un châtiment éternel ; cette croyance, d'ailleurs , leur était commune avec les Perses, chez lesquels, à la fin des temps, Ormuzd et Ahriman devaient se livrer un dernier combat qui' renouvellerait le monde, et établirait le règne du brillant Mithras.

Mais ce qui doit le plus nous étonner dans ces récits, auxquels se trouve mêlée la' description de quelques-unes des grandes catastrophes du globe, c'est de retrouver chez ces nations barbares, longtemps avant qu'elles eussent embrassé le christianisme, cette idée consolante, aujourd'hi^i commune & tous les peuples de ia terjpe , d'une vie à venir où chacun sera, jugé selon ce qu'il aura mérité.

Tâchons donc, mes bons amis, de remplir exactement tous les devoirs que la Providence nous impose , selon la place qu'elle assigne sur la terre à chacun de nous. Ceux de vos parents et de vos maîtres sont dTc vous donner de bons exemples et d'utiles leçons ; mais aussi les vôtres , mes chers amis, sont de vous montrer dociles et bienveillants envers ceux qui vous aiment et vous instruisent.

SWQ MTTROLCfeiE DE9 SCANDINAVES.

et de ne jamais oublier surtout que ce sont les '

enfants sages qui deiviennent un jour des hommes l| vertueux.

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