DES- ÉGYPTIENS
[Première figure d*Isis.]
Osirîs et Isis étaient souvent pris pour le soleil et la lune, et alors les cornes que nous voyons l cette dernière divinité dans ses images ne sont autres que celles du croissant de cet astre.
Quant au perfide Typhon, comme si la laideur annonçait toujours la méchanceté , il est presque toujours représenté sous la forme d'qn homme laid et à cheveux roux, ou d'un personnage monsti:jueux à plusieurs têtes barbues. C'est aussi par la même figure que sont indiqyiés les étrangers sur les monuments des Egyptiens, qui haïs* saient leurs voisins et les regardaient comme des ennemis.
HTTROLOCie
Typhon ëtait encore adoré sous la forme d'un crocodile, d'un hippopotame, d'un loup ou de quelque autre animal nuisible; les peuples de TEgyplc lui attribuaient tous les malheurs de leur pays, tels que la peste, la sécheresse et la famine, qui en était ordinairement la suite; et pour l'apaiser on lui sacrifiait un lièvre, le plus peureux des animaux, ou un âne roux, à cause de l'entêtement et de l'indocilité de cette bête.
[Seconde figure d'Isis.] '
Osiris, Isis, Horus, Anubis, Harpocrate, Typhon, n'étaient pas les seules divinités auxquelles les Egyptiens rendissent un culte ; ils adoraient encore les Cabires^ sorte de dieux inférieurs, mais
DBS I^GTPllENS. 89
encore puissants, auxquels on arail élevé un temple magnifique dans la ville de Memphis. Ces dieux, qui étaient au nombre de sept, étaient figurés par des nains à gros ventre et à tête monstrueuse, et armés de marteaux, que l'on supposait être les gardiens de l'Egypte.
Maintenant si quelqu'un de vous me demandait une explication de ces fables, je lui dirais qu'Osiris figurait le Nil, bienfaiteur de l'Egypte, dont sa femme Isîs était Tiroage, et que Typhon, ee dieu malfaisant, véritable Ahrimane des Egyptiens, représentait le vent d'Afrique, souffle dévorant qui, dans cette contrée, dessèche les moissons et détruit Tespérance du laboureur.
Saliirne et J«iia«.
Puisque vous avez lu l'Histoire grecque, mes petits amis, vous vous souvenez sans doute en- corc de Cécropsiet de Cadmus, qui portèrent dans le pays des Pélasges les arts de l'Egypte et de la Phénicie; mais la culture des champs, celle de la vigne et de l'olivier, ne fureftt pas les seuls dons que ces courageux aventuriers firent & la .Grèce, car ils y introduisirent en même temps les dieux de leur patrie.
A la vérité, Isis, Osiris, Typhon, Anubis, les Cahires, ne conservèrent point dans ces contrées étrangères leurs noms, et encore moins leurs figures bizarres, mais les récits que l'on faisait sur leur compte devinrent la source d'unemythologie plus variée , et bien autrement intéressante que celle que je vous racontais tout à l'heufe. Ce fut de la Grèce que le culte de ces dieux se répandit^^promptèment en Italie, où les Romains, et avant eux les peuples du Latium , leur élevèrent successivement une infinité de temples et d'autels.
. Cette mythologie grecque et latine , mes bons amis, doit être étudiée avec soin, parce que c'est aux divinités qu'elle met en scène, ou doùt elle raconte l'histoire, que se rapportent presque <ous les tableaux, toutes les statues dont les palais et les jardins publics sont ornés. Si vous allez vous
promener dans les parcs cl les jardins publics , vous y voyez l'image d'un grand nombre fle ces dieux et de ces déesses, que vous apprendrez facilement à distinguer, lorsque vous aurez écouté les fables dont ils sont l'objet, et remarqué les attributs qui les caractérisent. Mais, comme vous ne savez peut-être pas encore ce que l'on nomme un attribut, je vais tâcher de vous l'expliquer.
Chaque divinité, pour se faire reconnaître, était pourvue de quelque «signe particulier; ainsi nous avons déjà vu Isis et Osiris porter la clef du Nil, un fléau ou un bâton qui leur servait de sceptre. D'autres dieux sont armés de la foudre, d'une lance , d'une épée , d'un bouclier ; quelques déesses portent des couronnes de fleurs et des branches de verdure, ou soutiennent de grandes cornes renversées, que Ton nomme des cornes d'abondance , parce qu'il s'en échappe une infinité de fruits, de fleurs, de pièces de monnaie, de pierres précieuses ; quelques autres q^t à leurs pieds les animaux qui leur sont consacrés , tels que le hibou, le chien, le lion, l'aigle, et cent autres encore de différentes espèces; ch bien, ces arpes, ces couronnes, ces fleurs, ces animaux, ce sont les attributs des diverses divinités auprès desquelles ils sont placés. Maintenant, lorsque devant vous on emploiera cette expression , j'espère que vous pourrez la comprendre, et que vous saurez même bientôt vous en servir à propos;.
Le plus ancien de tous les dieux, disaient les Grecs, était le Ciel ; il avait pour femme Cybèle ou Veslu^ qui n'était autre que la Terre, et qu'il
MTTROLOfflB
caii9e de tseki on représentait sons la JSglire d'une femme rdnérablc, assise sur an chariot traîné par des lions , et ia tète <eouronnée de tours et de créneaux de mui^aiiles : elle tensit dans sa main unie elef , pour indiqua que la terre renferme des trésor».
[1L« Terre.]
Cette déesse^ lorsqu'on l'edorait sous le nom de Vesta, présidait au feu sacré qui rend la terre féconde, et c'est pour cette raison qu'à Rome des prétresses nommées Viestafos étaient chargées d'entretenir dans son tcnqde un feki qui ne devait ja** mais s'éteindre, *•
DES GRBaS BT DIS UTINS. 4S
On raeoote, à ee sujets que la peste ayant éclaté dans Rome , peu de temps après l'expulsion de Tarquin le Superbe, si j'ai bonne mémoire, les Romains consultèrent un oracle, qui déclara que le fléau ne cesserait que lorsque la statue deVesta aurait été apportée dans un temple, qui venait de lui être consacré. Mais le vaisseau qui portait cette statue, étant entré dans le Tibre, resta engagé dans le sable, sans qu'aucune force put l'en arràcbcr, jusqu'à ce qu'une vestale nommée Claudia, ayant attaché sa ceinture au navire, l'amenât ainsi jusque dans la ville, sans paraître employer le moindre effort. Tout le monde cria au miracle, et en effet cela eût été vraiment miraculeux, si toutefois une pareille fable pouvait être crue des personnes raisonnables.
Le Ciel et Vesta eurent un grand nombre d'enfants, dont les deux principaux furent Titon et Saturne. Titan, qui était Faîne de la famille, devait être roi du monde entier ; mays Cybèle , . qui lui préférait son autre frère, parce qu'il était d'un caractère plus docile , fit tant , par ses caresses et ses prières, que Titan consentit à céder son empire à Saturne, pourvu que celui-ci , de soD edtë 5 s'engageât à ne janiais élevdr d'enfant mâle , et promit de dévorer aussitôt tous les pe^ tits garçons que sa femme Rhéa mettrait au monde*
Je n'ai paç besoin de vous dire que tout ceci n'est qu'une fnble bizarre, car il n'y a jaioais eu de père assez dénaturé pour manger ses enfants ; mais vous comprendrez mi«iix le sens de ee coate singulier y lorsque vous saurez que Saturne était
riioage du Temps, qui dëvorc en effet ses enfants, puisqu'il n'y a pas d'Iiommc qui puisse vivre éternellement.
[Saturne ou le Temps.]
Cependant Rhëa, qui était une bonne'mère, nc*f)ouvait voir san» douleur son mari d<^vorcr tous ses petit» garçons et ne lui laisser que ses petites filles ; elle imagina donc de sauver trois de ces enfants , qu'elle nomma Jupiter^ Neptune et P/tifon; et quand Saturne, leur père, qui sans doute, comme l'ogre du Petit Poucet^ sentait la chair fraîche, lui demanda ces pauvres innocents pour son souper, elle lui servit trois grosses
pierres, dont le dieu feignit sans doute de se contenter. Les trois enfants furent confies h des personnes discrètes et charitables, qui les élevèrent secrètement, de peur que Saturne ne parvint à les découvrir.
A quelque temps de là Titan, ayant appris la supercherie dont Rhéa avait usé envers son mari, déclara aussitôt la guerre à Saturne, et le chassant de rO/ympè(rune des plus hautes montagnes de la Grèce, où les anciens supposaient que la demeure des dieux devait être placée), il le força de se retirer en Italie, où le dieu banni fut accueilli à bras ouverts par le bon roi Janus, qui régnait alors dans le Lâtium.
Là, Saturne, avec l'aide de son ami Janus, s'étant aussi approprié un petit royaume, rendit les habitants de ce pays si heureux, que le temps où ces deux princes régnèrent sur la terre est ordinairement appelé Yâge-d'or, parce qu'alors tous les hommes étaient doux et vertueux, et que personne ne^ pensait à faire le moindre mal à ses semblables.
Lorsque tout à l'heure, mes petits amis; je vous ai nommé le roi Janus, vous vous serez sans doute souvenus de ce dieu à double visage, dont le temple à Rome restait ouvert pendant la guerre et se fermait en temps de paix, ainsi que le raconte l'Histoire romaine. C'était en effet ce bon prince lui-même, qui après sa mort avait reçu les honneurs divins des peuples de l'Etrurie et du Latium^ où il avait régné; il avait donné son nom au mois de janvier, le premier de l'année ; le mont Jani- Gule, l'une des sept collines de la ville de Rome,
lui était coDsaerë, et comme il passait pour Vnn des dieux les plas doux et les plus pinidents , il
[Janus.]
était ehargé de veiller h la porte dç chaque maison, que l'oD nommait en latin Janva, pour préserver de malheur ceux qui l'habitaient.
 la vérité, mes bons amis , Janus n'était pas seul parmi les dieux occupé de ce soin conservateur, car il y avait, dans chaque habitation romaine, de petits dieux nommés Lares et Pénates , qui avaient, dit-on, quelques rapports avec les Gabires de l'Egypte.
Les premiers étaient les gardiens de la maison,
DES G^BCS BT OBft LATINS. 43
elCA les reppàientail quelquefois sous la tc^me d'uu cbien, ptirce que ce fidèle animal, par sa vigilancç et ses aboiements, tient les voleurs éloignés. Les seconds étaient (es dieux du foyer domestique, c'est-à-dire du lieu où la famille entre-
^ tenait le feu saioré. Ils étaient figurés par deux jeunes hommes assis, armés chacun d'une lance^ et aux pieds desquels était couché un gros chien* On les plaçait oj^dinairement dans l'endroit le plus
^ retiré de la maison, où une lampe constamment allumée brûlait devant eux. Chaque famille romaine avait ses Pénates particuliers, qu'elle trans« portait avec elle lorsqu'elle changeait de demeure; mais les Lares ne quittaient point l'habitation à laquelle ils étaient attachés. Il y avait, en outre, des Lares chargés de la garde des chemins publie^, des carrefours, des campagnes, des vaisseaux; leurs statues se voyaient partout , et les^ esçlaves^ qqe leurs maîtres avaient affranchis y suspendaient leurs chaînes en actions de grâces, . A présent, lorsque tous trouverez dans quelque livre d'histoire qu'il y est question des dieux do« mestiques, vous saurez que les Lares et les Péna* tes étaient ceux auxquels on donnait ce nom«
Jàjpllerf
Bhéay craignant que Saturne ne déeouyrit qf qu'étaient devenus les petits garçons qu'elle avait SQUi^traits à sa voracité , les avait mis en nourrice
chez de bonnes nymphes, qui halntaient le JDMat Ida dans l'ile de Crète , Tune de cdics de TApchipel grec. Ces nymphes, qui étaient de sages et discrètes personnes, eurent grand soin de ces enfants, qu'une chèvre nommée Amalthée nourrit tous les trois de son lait ; et comme ils pleuraient fort souvent, elles inventèrent une espèce de danse dans laquelle elles frappaient & coups redoublés sur des vases d'airain , afin d'empêcher par ce bruit étourdissant Saturne et Titan d'entendre les cris des trois marmots; mais nous avons vu tout à l'heure que cette précautipn devint entièrement inutile , puisque ce dernier , ayant découvert la tromperie, chassa Saturne du ciel, et Jupiter, Neptune et Pluton se virent réduits à chercher une autre retraite.
Cependant, mes bons amis, Jupiter étant devenu grand, s'empara de l'Olympe, et devint le maître du tonnerre ; il fit la guerre contre les fits de Titan, géants énormes qui avaient entassé l'une sur l'autre plusieurs montagnes pour escalader le ciel; -le jeune dieu les foudroya , et plusieurs de ces monstres furent engloutis sous les montagnes qu'ils avaient soulevées. Cette victoire fit d'autant plus d'honneur h Jupiter, que les autres dieux, ses frères et sœurs, à l'approche des Titans, l'avaient abandonné pour se sauver en Egypte, où, pour ne pas être reconnus, ils avaient pris la forme de divers animaux, selon ce que racontaient les Grecs; et il eut ainsi le mérite d'avoir sauvé seul l'empire céleste.
Mffis h peine la victoire eut-elle fié assurée , que les dieux , oubliant leur frayeur, se hâtèrent
devoir troarer le vainqueur dans l'Olympe , où ils loi firent mille compliments dé sa bravoure. Ces félicitations plurent à Jupiter, qui avait i'àme grande et généreuse, et pour montrer qu'il leur pardonnait de l'avoir abandonné dans le péril dont, après tout, il s'était-bien tiré sans leur secours, il prit pour femme sa sœur Junon^ ce qui n'était pas sans exemple dans ce temps-là, et partagea l'einpire du monde entre ses deux frères Neptune et Pluton. Au premier il donna l'empire de la mer, et au second celui des enfers à gouverner. Quant à lui, Jupiter ne se réserva pas la plus mauvaise part, car il se chargea de régir le ciel, dont il fit le séjour des dieux , et la terre , où il afmait à faire souvent de petites excursions sous la forme d'un simple mortel , ainsi que nous le verrons par la suite.
Puisque je viens de parler de la foudre dont Jupiter frappâmes Titans , il faut que vous sachiez quels étaient les* ouvriers qui fabriquaient cette arme terrible^ que tenait toujours la main droite de ce dieu. On les nommait Cyelopes, et on les croyait fils de Neptune. Ces Gyclopes étaient des géants monstrueux ,habilcs^ forgerons , qui n'avaient qu'un œil au milieu du front; on supposait que les ateliers de ces terribles ouvriers étaient placés dans les entrailles de la terre , et que les tourbillons de flamme et de fumée que vomissaient certains volcans étaient produits par les ^fourneaux de leurs forges. Je crois d'ailleurs vous avoir expliqué dans l'Histoire grecque comment il faut entendre cette fable des Cyclopes, et je pense bien que vous ne l'avez point encore oublié.
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Jupiter, fie Irouvant mnsî le phis puissuil das dieux, youlut avoir un éclianson , c'est-à-dire ua serviteur assez adroit pour lui verser le nectar ^ qui était la liqueur deg dieux de l'Olympe. Ua jour, du haut dû ciel , il apex^ut £ur une m/onta-* gne d'Asie ua jeune garçon d'une rare beauté, nommé Ganymède, qui était le fils d'un roi de Troie, et qui se livrait au plaisir do la chasse. Aussitôt le dieu, prenant la forme d'un aigle, s'abattit sur cette mjontagnei, et, enlevant GanymMe, le transporta dans l'Olympe , où il en fit son écbanson. Mais quelque temps après , Ganymède s'étant mal acquitté de son emploi , Jupiter le plaça dans unç constellation que l'on nomme en«* core à présent le Verseau; Hébéj déesse de la Jeuinesse,fut chargée de remplir les mêmes fonctions à la table des dieux.
Jupiter était représenté sous la figure d'un homme maje^tueux^ à longue barbe, assis sur un trône et tenant d'une main la foudrp , tandis que l'autre portait un sceptre , symbole de la toute-^ puissance.
A ses pieds on voyait \ï^ aigle, oiseau qui lui était consacré, comme le plus fort et le plus courageux des animaux de son espèce. Un grand nom^ bre de temples lui étaient dédiés sous diffà*ents nom^, dans les divei:s pays de l'Europe et de l'Asie,
Vous vous souvenez sans doute du temple d'0« lympie, où l'on admirait cette célèbre statue de Jupiter, ouvrage du sculpteur Phidias; et do celui que Romulus lui éleva dans Rome, sous le nom de Jupiter Stator, c'est-à-dire qui arrête ^-à l'ocea*^
DES GRB09 fiT DBS LATINS.
sion de cette bataille contre les Sabins, dans laquelle il avait obtenu de ce dieu d'arrêter la fuite de ses soldats.
. C'était encore la même divinité que les Égyp-
[Jupiter.^
tiens adoraient sous le nom d'Ammon , dans ce temple fameux qu'Alexandre le Grand visita au milieu des déserts de l'Afrique ; le dieu y était représenté avec des cornes de bélier, parce que, disait-on, dans la guerre des dieux contre les Titans, il avait revêtu un moment la forme de cet animal ; mais il faut croire plutôt que ce Jupiter Ammon n'était autre que le dieu Osiris des £gyp
tiens, dont, commejeTOOsle disais il n'y a pas longtemps, la téta était quelquefois sunnontéc de cette coiffure , symbole de la force' et du courage.
Il me serait impossible, mes petits amis , de TOUS rappeler ici tous les autres temples et tous les surnoms de ce dieu célèbre ; mais je ne dois pas oublier de vous dire que ses prêtres, nommés Corybantes ou Dactyles^ dans les cérémonies du culte qu'ils lui rendaient , imitaient la danse bruyante que les nympbcs du mont Ida avaient inventée, pour dérober à Titan les cris de Jupiter et de ses frères.
Telle était la puissance de ce dieu, que les anciens appelaient le père des dieux et des hommes, qu'il lui suffisait de froncer le sourcil pour faire trembler FOlympe, et que, lorsqu'il éternuai^ le monde entier était ébranlé jusque dans ses fondements.
Cette divinité suprême , sujette à s'enrhumer comme vous et moi, va vous sembler sans doute fort extraordinaire; mais je vous ai avertis que la mythologie n'était qu'un tissu de fables ingénieuses^ dont vpus comprendrez mieux le sens caché , lorsque vous serez plus avancés dans vos éludes.
J»on et Merevre.
Cependant, mes petits amis , cette déesse Ju-^ non, que Jupiter avait prise pour femme, n'avait
pas un très-bon caractère : elle était défiante, jalouse, orgueilleuse, médisante, colère surtout, et tourmentait souvent son mari par son humeur acariâtre.
Un jour Jupiter, fatigué de tant de tracasseries, résolut de choisii^ une autre femme parmi les simples ifiortelles , et jeta les yeux sur la jeunelo, fille d'un roi d'Argos , nommé Inachus. Cette princesse était aussi belle et plus aimable que Junon, quoiqu'elle ne fut pas déesse; mais Junon, ayant appris le dessein de lupiter, poursuivit cette pauvre fllle avec' tant d'acharnement, que Jupiter fut obligé de la métamorphoser en génisse^ pour la dérober à la fureur de la reine des dieux.
A '«quelque temps de là Junon, qui d'abord avait ignoré ce que sa rivale était devenue, découvrit enfin sa métamorphose, et supplia Jupiter avec tant d'instances de lui donner cette petite Vache, que le dieu n'osa pas la lui refuser.
Mais a peine Junon eut-elle lo en sa puissance, que de peur que son mari ne la lui enlevât pour lui rendre sa première forme, elle la plaça sous la garde d'un homme qui avait cent yeux, doi^t cin-v quante au moins demeuraient ouverts taudis qu'il dormait des cinquante autres. Cet homme-lè se nommait Argus j et il n'y eut jamais un gardien plus fidèle et plus vigilant.
Alors Jupiter ordonna à son messager Mercure, qui était un garçon adroit et întelligeiit, de tuer cet infatigable surveillant, et de soustraire lo à la colère de Junon.
L'entreprise n'était pas facile , puisqu'il fallait
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trouver le moyen de surprendre Argus; mais Mercure, qui avait des ailes à la tête et aux gieds, pour exécuter plus promptemeut les ordres de son maître , possédait en outre une fouie d'autres talents* Par exemple , il jouait de 1» flûte daizts la perfection, excellait h faire des tours d'adresse en tout genre; et Ton dit même que les voleprs l'avaient adopté po«ir leur patron ^ à eause de son ^habileté reconnue k tous les exercices qui eiLigent de la finesse. Mercure, à la vérité, était de tons les ditfÊLX le plu& occupé, car il était chargé en même temps d'assurer la bonne foi des marchands , de veiller à la sûreté des chemios pu*blics , et enfin de conduire chaque jour aux enfers les âmes des morts. "
Ce fut de ce dieu, dont l'image chez les tarées était souvent placée dahs les rues, comme celle du dieu Janus chez les Romains^ qu'Alcibiade fut accusé par ses ennemis d'avoir brisé les statues dans les earri^ours d'Athènes ; et je n'ai pas besoin devons rappeler ici ce que raconte à ce sujet l'Histoire grecque.
Mercure done, malgré son habileté, ne sachant quelle ruse employer pour tromper la vigilance d'Argus, imagina d'aUcr trouver le dieu du Sommeil , qui se nommait Morphée , et de lui deorander quelque moyen -d'endomUr à la fois les cent yeux de cet infatigable gardien,
Morphée, tout dieu qu'il était, -ne faisait pas grand bruit dana le monde ; il avait établi sa demeure dan§ un pays où régnait continuellement le silence le plus absolu , et son palais était impé-» ' nétmble aux rayons du sôlfiL Jamais avtour de
cette retraite on n'^atendait le chmit des coqft ni les aboiements des chiens ; une souris même en trottant y aurait fait trop de bruit , et Mercure, maigre la légèreté de ses pieds ailés, n'y entra pas sans précaution, de peur d'éveiller en sursaut le dieu dont il venai(; réclamer le secours.
Morphée était couché sur un lit d'ébène audessus duquel étaient suspendues des touffes de pQTOts, plante qui a la propriété de procurer le sommeil. Sa tète portait une couronne de fleurs de la même eëpèce, et il semblait ploflgé dans un profond repos. Autour de lui voltigeaient soùs diverses fcM^mes les Songes légers, espèce de dieux ^qui causent, aux hommes des rêves doux ou pénibles, et dans un coin Mercure crut apercevoir le Cauckemary le plus hideux de tous les Songes, sous la figure grimaçante d'un singe accroupi.
Le cauchemar, mes petits amis, ne Visite guère les personnes sobres, et dont la conscience est tranquille; mais il trouble souvent le sommeil de ceux qui se livrent à la gourmandise, ou qui ont qfuelque mauvaise action à se reprocher.
Mercure adressa bien djoucement sa prière à MDrphée, et le dieu, ouvrant à peine les. yeux, étendit les bras, et après avoir bâillé trois fois, lui fit présent d'une poignée de pavots, dont l'effet devait être d'endormir Argus, dès que cela lui conviendrait. Puis il se retourna' de l'autre côté, et se rendormit sans attendre seulement qu'on le remerciât. Mercure, qui aivait autre chose à faire, se faèta de quitter ce fàkis silencieux où le sommeil ednmençatl h le gagner^ et se dirigea
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rapidement vers la prairie où le clair-voyant Argus gardait la vache lo.
Du plus loin que le farouche surveillant aperçut le dieu, il lui cria de s'éloigner ; mais celui-ci, sans tenir compte de cet avertissement, se mita jouer sur sa flûte un air fort à la mode dans ce temps-là, qui causa tant de plaisir à Argus qu'il permit à lûercure de s'approcher pour mieux entendre sa musique, mais le rusé personnage, tout en tenant sa flûte d'une inain, secouait de l'autre les pavots que Morphéc lui avait donnés, et Argus, dont les cent yeu^ étaient tout grands ouverts un moment auparavBnt, se mit à les fermer tous l'un après Fautre. A peine le dernier de ses yeux était-il fermé, que Mercure, s'élançantsurlui, lui coupa la tête, et faisant reprendre à lo sa forme naturelle, il la conduisit en Egypte, où pour cette fois Junon perdit ses traces.
Cette déesse, au désespoir de la mort d'un si excellent serviteur, et plus encore de la disparition de sa rivale, changea Argus en paon, et répandit sur la queue de ce bel oiseau les cent yeux de cet introuvable gardien. Depuis ce temps le paon fut consacré à Junon, et souvent on la représente sur un char léger traîné par deux de ces oiseaux.
Avant de quitter Mercure, que nous retrouverons sans doute quelque auti^e part dans une de ces courses qu'il ne cessait de faire d'un bout de Tirnivers à l'autre, il faut que je vous fasse remari|uer le bâton ailé qu'il tenait dans sa main droite, et que l'on nommait le caducée : ce bâton avait la propriété de rapprocher tout ce que la colère avait
DES 6BBGS BT DBS LATINS.
diTtsé I uki jour, pour en éprouver la pul'ssànoo^ l6 dieu, ayant aperçu deux serpents qui se bat* talent, les frappa de cette baguette, et les serpents
[Junon.]
s'y étant attachés en devinrent inséparables. C'est pour cela que nous les voyons enlaces au caducée dans toutes les statues de Mercure.
Cependant Junon, voyant tout l'avantage que Jupiter avait tiré de l'adresse de son messager, voulut aussi avoir une messagère qu'elle pût charger do ses comn^issions secrètes. :
Ce fut une jeune fille,, nommée /m, qui était «âge et docile^ qu'elle choisit pour cet emploi
MTTHOLOGIB
difficile,, qui exige de l'exactitude et de la discrétion; elle lui fit présent d'une belle robe de trois couleurs, dont l'éclat traçait dans les airs ce sillon de lumière que nous nommons Varc-eU' cieL
[Mercure.]
Je n'ai pas besoin , je pense, de vous expliquer ici que cette prétendue robe d'Iris n'est autre chose qu'un phénomène naturel et facile à observer ; et l'on a sans doute pris soin de vous faire comprendre , à l'aide d'un prisme de verre, que l'arc coloré qui se montre au ciel après un orage est l'effet produit par les rayons du soleil en se
jouant à travers les nuages encore charges de pluie.
^ La déesse Junon eut plusieurs enfants, qui tous ont été extrêmement célèbres ; su, fille ainée fut ffébé, déesse de là Jeunesse, que Jupiter chargea, après Gânymède, du soin de verser le nectar à la table des dieux. Un jour que , dans un accès de colère contre Jupiter, Junon frappa la terre du pied, il en sortit tout & coup un beau jeune homme tout armé, et la tête couverte d'un casque d'or; sa mère lut donna le nom de Mars^ei il fut reconnu pour le dieu de la Guerre.
Mars est ordinairement représenté sous la figure d'un guerrier armé de pied en cap, auprès du-quel se trouve un coq, le plus vigilant des animaux, parce que la vigilance est une des premières qualités de l'homme de guerre. Quelquefois aussi Mars est assis sur un char traîné par des chevaux fougueux- que conduit BellotiCj déesse qui partageait avec lui l'empire des combats.
Le culte de Mars était peu répandu parmi les Grecs; mais chez les Romains"^ on lui avait élevé plusieurs temples magnifiques, parce qu'ils supposaient que Romulus était fils de ce dieu. Les anciens Etrusques l'adoraient sous la forme d'une lance plantée en terre.
Junon eut encore un autre fils, nomméTt^fcam, qui était si laid, si laid, lorsqu'il vint au monde , que Jupiter, en le voyant, le précipita du ciel sur la terre. Depuis ce temps , le pauvre dieu demeura boiteux de sa chute , et son père , pour le dédommager de cet accident, le fit roi des Cy-
6Q HTTHOlOail
elopes, en le chargeant de faire fahnquer la fou*dre par ces habiles forgerons. De cette manière Vulcain se trouva confiné dans les souterrains où les Cyclopes avaient établi leurs ateliers , et 11 ne se montrait que rarement dans TOlympe , où lea autres dieux ne l'auraient pas vu avec plaisir^ tant il était malpropre ot noirci de fumée»
Junon était adorée en Egypte sous la forme d'une vache , ou d'une feiçme dont la tête était surmontée de cornesi mais alors les Egyptiens la confondaient évidemment avec la déesse Isis, dont rhistoire fabuleuse vous a été racontée dans leur mythologie*