INTRODUCTION XVII
grante de la mythologie. Je m'en défle à priori. Il serait trop long de rechercher dans quelle mesure il a pu être modifié par les légendes chrétiennes* par les empinints faits aux peuples voisins (les Grecs et les Albanais, chez les Slaves méridionaux ; les Finnois, les Varègues, les Tatares, chez les Russes ; les Allemands, chez les Tchèques ou chez les Polonais). Je me refuse à recommencer sur de nouveaux frais le livre tout ensemble utile et dangereux d*Afanasievû.
Si j'ai écarté par principe le folk-lore — sauf dans certains cas nettement déterminés, — j*ai également par esprit de prudence ou par scepticisme, comme on voudra, résolument laissé de côté la mythologie lithuanienne sur laquelle je ne sais rien. Je repousse à dessein toutes les théories, tous les systèmes; je néglige tous les rapprochements — si séduisants qu'ils puissent être — avec la mythologie des peuples orientaux, du monde classique ou germanique. Je ramasse des fragments épars dans les textes avec lesquels m'ont familiarisé plus de trente ans d'études assidues; mais je ne prétends pas les grouper en système.
Tel quMl est, ce livre comblera une lacune de notre littérature scientifique, j'oserais dire de la littérature scientifique européenne. La sympathie avec laquelle mes confrères Slaves ont accueilli les essais qui l'ont précédé me permet d'espérer qu'ils feront également bon accueil à ce volume; ils y trouveront des détails qui ne figurent point dans les ouvrages antérieurs et un certain nombre d'hypothèses ou d'interprétations, que je ne prétends pas imposer mais dont je revendique nettement la responsabilité. La lecture de ces pages sera certainement pour beaucoup de lecteurs non slaves une révélation ; elle fera, je l'espère, disparaître définitivement de nos livres, de nos répertoires les erreurs qui les ont jusqu'ici déparés et que Ion va sans cesse répétant. Cet essai inspirera peut-être à de plus savants ou de plus habiles que moi le désir d'approfondir encore ces délicates recherches. Mais hélas ! tant que les textes et les monuments de l'époque païenne s'obstineront à nous faire défaut, il sera bien difficile de mettre la mythologie slave sur le même pied que celles des autres peuples indoeuropéens.