CHAPITRE PREMIER
Les Sources de la Mythologie slave.
Les chroniqueurs indigènes; la Chronique russe dite de Nestor, les Chroniques tchèques de Cosmas, du prétendu Dalimil, la Chronique polonaise de Diugosz. — Les chroniqueurs étrangers; Adam de Brème, Ilelmold, Thietmar, Saxo Grammaticus, la Knytlinga Saga, les historiens d'Otto de Bamberg, les Byzantins. — Les monuments figurés. — La langue. — Documents apocryphes.
Les sources de la mythologie slave sont assez nombreuses; mais chacune d'elles ne nous fournit qu'un petit nombre d'indications; elles ne nous permettent pas de nous faire une idée complète de l'ensemble de cette mythologie; elles nous éclairent cependant sur la nature d'un certain nombre de divinités, sur le culte dont elles étaient l'objet, sur les rites et les superstitions des Slaves païens.
Nous n'avons pas de monuments figurés de ce culte, du moins de monuments d'une authenticité
incontestable; ceux qu'on a longtemps considérés comme tels, les idoles de PrilIwitZy le lion de Bamberg ont été reconnus apocryphes. Quelques vagues fragments du temple d'Arkona dans Tile de Rugen, une idole — un peu suspecte — découverte en Galicie, quelques sculptures conservées au Musée de Dantzig et qui ne sont peut-être ni slaves ni mythologiques, voilà tout ce qui nous reste de ce culte si riche, dont Adam de Brème, Helmold»
Saxo Grammaticus, Thietmar, les biographes d'Otto de Bamberg, la Chronique russe dite de Nestor se sont plu à nous décrire les temples et les idoles (1). Nous n'avons aucun texte slave de la période païenne. Les chants, les contes populaires dont l'origine se perd dans la nuit des temps se sont modifiés insensiblement sous l'influence des idées chrétiennes ou des littératures étrangères.
Les principaux textes relatifs à la mythologie sont dus à des prêtres chrétiens, parfois slaves, comme l'auteur de la Chronique russe, le plus souvent étrangers, et qui pis est, prêtres allemands. Ils ont une profonde horreur pour le paganisme
(1) « Invaluitque indiebus illis pcr universam Sclaviam multiplex ydolorum cultura... Mira autcm diligentia circa fani diligentiam affccti sunt » (Helmold, T, 52) : « Prêter pénates enimetydolaquibus singula oppidaredundabaiit...»(i&.,I,83). Helmold note comme une particularité remarquable : « Prove deus Aldenburg quibus nulle sunt effigies expresse. » a Quot regiones sunt in his partibus, tôt templa habcntur et simulacra demonum singula ab infidelibus coluntur... » ^Thietmar, VI, 24). Je pourrais multiplier à Tinfini ces citations.
slave et n'y font guère allusion qu'à leur cœur défendant, pour retracer les abominations des paîenSy la chute de leurs idoles, la ruine de leurs sanctuaires (IJ.
Les textes relatifs à la mythologie slave doivent être cherchés :
1* Dans les chroniques primitives des pays slaves rédigées par des écrivains nationaux;
2* Dans les chroniques latines allemandes ou danoises, comme Thietmar, Adam de Brème, Saxo Grammaticus, la Knytlingasaga, ou dans les hagiographes allemands (par exemple les biographes d'Otto de Bamberg) ;
3* Dans les textes byzantins : Procope, Constantin Porphyrogénète, qui ne fournissent que des indications très brèves ;
4* Dans les textes arabes (Masoudi, Ibn Pozlan) qui sont très vagues et qui demandent à être très sérieusement contrôlés ; car il faut déterminer s'ils entendent parler des Slaves de l'ancienne Russie ou des Varègues Scandinaves ;
bf" Dans le folklore actuel, dans les rites, contes ou chansons, en tant que ces faits ou ces documents confirment les indications des textes ;
(i) CL Thietmar : a Quamvis autem de hiis aliquld dicere perhorrescam, tamen ut scias, lector amate, vanam eorum superstitionem inanioremque populi istius executionem, qui 8unt vel unde hue venerint [dii Liuzicorum] strictim eno» dabo. » (VI, 23.) Cf. p. 9.
6*" Dans les écrits théologiques du moyen âge qui font allusion à des usages païens interdits par r Église;
T Enfin dans la langue qui, sous ses formes les plus anciennes et même sous ses formes modernes, sert de témoin aux siècles passés et qui notamment par la toponomastique nous permet de retrouver ou de soupçonner des lieux de culte, et qui nous apprend quelles idées s'attachaient aux personnages, aux idoles, aux rites, aux phénomènes de la vie religieuse chez les Slaves païens.