‹ La MythomanieChapitre 16 sur 25 · LEUR PE · texte numérisé non relu

LEUR PE

16 avril 1901, étendue sans mouvement sur son lit. Elle émettait des plaintes confuses et portait à la partie antérieure du cou une plaie transversale peu profonde ; sa chemise étaittachée de sang, ses pieds étaient liés et une corde enserrait son cou. La porte de la chambre était fermée intérieurement, la fenêtre était ouverte et les carreaux en étaient brisés. Il semblait bien que le malfaiteur avait suivi cette voie pour pénétrer dans la chambre et s’enfuir, son forfait une fois consommé. Dès qu’elle parut en état de parler, Louise G... fut invitée à fournir des indications sur le drame. Tout en continuant à gémir, elle raconta péniblement qu’elle avait été victime d'un viol et d’une tentative d’assassinat... Un homme masqué, vêtu d'une redingote, coiffé d’un chapéau demi-forme, avait pénétré en pleine nuit, dans sa chambre, par la fenêtre. Réveillée en sursaut, saisie d'effroi, elle n'avait pas eu le temps de crier à l’aide que déjà l'individu masqué s’était jeté sur elle, lui mettant la main sur la bouche, lui couvrant la tête avec l'oreiller.. Puis il avait sorti de sa poche une bouteille qui devait

contenir un narcotique. À peine ce flacon avait-il été placé sous ses :

narines qu'elle perdait connaissance, etc. etc. Une enquête futouverte,

mais, bientôt, de nombreux indices décelèrent vite la supercherie et

des demi-aveux furent obtenus. Louise G... s'était blessée et attachée

afin de faire croire à un attentat. Le but de cette simulation ? Un jeune homme, en dépit de ses avances, avait fait le dédaigneux à son égard. Sans le désigner tout d'abord très nettement, Louise G... donnait vite à comprendre que l'agresseur ne pouvait être que lui.

De père et mère inconnus, Louise G... est une fille de très petite taille, d’allure timide et gauche, de mise simple et sans apprêts, de physionomie ingrate et d'intelligence bornée ; c’est avant tout une dégénérée très faible d'esprit.

Le roman élaboré par ce cerveau en quelquesorteinfantile ne devait

être qu'un produit mort-né. Louise G... fut dirigée par moi sur l'asile Sainte-Anne où j'eus l'occasion de l’observer longuement dans le service de M. Magnan.

Comme on le voit la vengeance a été ici le mobile de ce

raptus mythopathique qui réunit dans sa .symptomatologie :

différents des éléments rencontrés -déjà au cours de cette étude : dramatique mise en scène, fabulation active, auto-

mutilation, hétéroaccusation, rien ne manque à ce tableau.

Ces hétéroaccusations mythopathiques se retrouvent

dans l’histoire. À l'heure actuelle, parmi les peuples civilisés, le développement des moyens de contrôle s’est considérablement accru avec les progrès de l'instruction et la diffusion de la science; il n'en a pas toujours été ainsi et combien d'exemples sont fournis par tels ou tels procès célèbres échaffaudés sur les accusations de débiles mythopathes d'autant plus dangereux qu'ils évoluaient däns un cadre particulièrement riche en superstitions et en croyances au merveilleux ! Sans nous altarder aux procès de sorcellerie qui nous fourniraient bon nombre de cas intéressants par les terribles conséquences qu'avaient la plupart de ces dénonciations, nous citerons, dans un passé plus rapproché, comme un des plus classiques à cause du retentissement qu'il a eu et des déplorables conséquences judiciaires qu'il a entrainées, le cas de Mile de Morel : - Celle-ci en 1835 accusa le lieutenant de La Roncière d’une tentative de viol dont elle simula dans sa chambre la mise en scène nocturne et dramatique et dénonça la criminelle horreur à sa famille, aux magistrats et devant le tribunal. Le malheureux lieutenant complètement

innocent fut condamné à dix ans de réclusion, effectua sa peine entière

à Clairveaux et ne fut réhabilité qu’en 1849.

Nous ne nous étendrons pas sur l'étude de certains simulateurs qui mettent au service d'intérêts de première importance de véritables aptitudes mythopathiques constitutionnelles. La simulation de la folie en est une forme fréquente avéc toutes ses manifestations démentielles. Certains accusés par exemple font preuve dans cet ordre d'idées de dispositions extraordinaires qu'il est difficile d'interpréter autrement qu'en leur supposant une tendance innée de l'esprit vers l’activité mythopathique. Mais souvent c’est un acte épisodique qui ne rentre pas absolument dans le cadre de notre étude par le fait de l’intérêt considérable S'y rattachant, cause principale, venue, en quelque sorte accidentellement, mettre en jeu les données d’une prédisposition peut-être

existante.

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