DIAGNOSTIC
De l’étude clinique précédente découlent les éléments qui permettront de reconnaitre la mythomanie « tendance pathologique plus ou moins volontaire et consciente au mensonge et à la création de fables imaginaires ».
Comme nous l'avons vu ces créations. imaginaires s’extériorisent sous forme soit de récits oraux ou écrits, soit de simulations d'états anormaux qu’on peut considérer comme des mensonges objectifs, des fables en action. C’est par la collaboration inégale de l'erreur spontanée et provoquée. du mensonge et de l’activité subjective de l’imagination créatrice, que la mythomanie aboutit à la genèse des situations que nous avons rencontrées. La présence de ces caractères auxquels viennent s’ajouter les différents éléments de vanité, de malignité ou de perversité, l'examen du degré de débilité et de dégénérescénce mentales du sujet, constituent autant de facteurs du diagnostic positif.
Quant au diagnostic différentiel, il ne présente pas le plus souvent de grandes difficultés. On éliminera facilement les altérations de la vérité fonctions de certaines formes d’aliénation mentale dont l'essence même est de rompre le lien logique qui rattache l'individu à son milieu. Bien des formes de vésanie ou de démence sont en effet susceptibles d’entrainer les malades à altérer la vérité, à créer de toutes pièces des situations imaginaires et à vivre des romans d’origine purement subjective. La plupart des processus
psychopathiques, dont les éléments sont représentés par la
stupeulr', là confusion mentale, lamnésie, le délire halluctinatotre et ontrique, livrent notre personnalité au jeu désordonné des opérations mentales les plus illogiques et les plus absurdes. Il en est de même de la déviation logique des psychoses systématisées, du déséquilibre émotif et volontaire des états de doute et d'obsession qui constituent autant de facteurs pathologiques d'erreurs sensorielles et de mythes absolument étrangers au cadre de la mythomanie et dont le diagnostic de cause sera facilement posé.
Certains états mélancoliques peuvent se traduire par des phénomènes d’autoaccusation qui seront distingués des manifestations mythopathiques de même ordre. Les mélancoliques sont des délirants ; les mythomanes ne délirent pas : conscients de la fausseté de leurs déclarations, ils sont lucides, s'appliquent à donner la plus orande vraisemblance à leurs assertions, déploient avec artifice et quelque ingéniosité toutes les ressources de leur imagination pour démontrer leur culpabilité. Tandis que le mélancolique autoaccusateur est sincère, le débile est menteur. Le premier, convaincu de sa faute, se confesse en coupable anxieux, le second, conscient de son mensonge, narre en mystificateur plus ou moins habile, indifférent et, le plus souvent même, satisfait ou glorieux, de l'acte criminel.
Dans les états de rêve, comme le dit M. Dupré, l'essor anarchique de l'imagination libérée de toute contrainte, aboutit à des créations fantastiques dont la croyance s’impose à l'esprit du dormeur dépourvu de contrôle, de critique et de volonté. Ces états de rêve que l’on rencontre surtout dans les psychopathies toxiques, dans le syndrome de Korsakow, dans le morphinisme chronique et dans le somnambulisme, sont des processus d’autosuggestion imaginative; les créations de l'esprit, par suite de leur intensité anormale et de la faiblesse des éléments correcteurs, arrivent
à s'imposer à la croyance du sujet. Ces états qui prédis-
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posent au mensonge et à la fabulation seront néanmoins distingués grâce à leurs caractères propres.
Il en sera de même des idées fixes post-ontriques Si bien étudiées par Régis et de la presbyophrénie de Wernicke dans lesquelles Pactivité intellectuelle se manifeste par une incessante confabulation.
Le mensonge et la simulation épisodiques seront aussi distingués de la mythomanie avec laquelle ils ne cadrent pas plus que les épisodes de peur, de paresse ou de colère avec la phobie, l’aboulie ou la fureur. Il est en effet des mensonges et des simulations nécessités par l'instinct de la conservation ou les divers sentiments altruistes de la vie sociale. On distinguera donc facilement le sujet qui, sous
des influences cupides ou passionnelles, devient épisodique-
ment un menteur de celui qui, né mythomane, manifeste dans les occasions les plus diverses, sans utilité le plus souvent, parfois même contre son intérêt, les tendances mythopathiques. Dans un cas le phénomène psychologique normal est motivé, épisodique et proportionné à sa cause, au contraire dans les cas qui nous intéressent le phénomène psychologique morbide se montre non ou insuffisamment motivé, persistant dans sa durée, et disproportionné dans son intensité. |
Néanmoins entre le mensonge-moyen, épisodique, et le mensonge-tendance, habituel, existent des affinités qui expliquent toutes les transitions : l'emploi facile et fréquent du premier trahit la tendance au second, car la loi du moindre effort incline l’homme à utiliser dans la lutte pour la vie larme qu'il manie le plus aisément. Si cette arme est le mensonge, la formule psychique du sujet est plus ou moins entachée de mythomanie. :
[l'est une autre affection, souvent associée au syndrome mythopathique, dont le diagnostic différentiel présente de grandes difficultés : c’est l’hystérie.