‹ La MythomanieChapitre 6 sur 25 · TL · texte numérisé non relu

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M. Garnier, ceux-ci furent mis en présence de leur enfant, qui, changeant de thème et d'attitude, était revenu sur ses déclarations de l'avantveille. Ils parurent étonnés de ces contradictions, et encore plus surpris lorsque M. Garnier leur démontra l'impossibilité médicale de tels attentats, et, d'accord avec le résultat négatif de l'enquête administrative, l’inanité absolue de toutes ces histoires.

Il ressortit d'ailleurs de l’interrogatoire des parents que ceux-ci avaient été poussés à favoriser les déclarations de leur enfant aux autorités administratives et médicales, pour faciliter l'admission du garçonnet dans un asile ou une maison de correction, où on l'aurait corrigé de ses habitudes invétérées de masturbation.

Cette curieuse observation d’'autohétéroaccusation constitue un instructif exemple de la valeur du témoignage des enfants en général et de la puissante influence exercée sur leurs dépositions par les conversations de l’entourage et les questions des parents. C’est souvent celles-ci qui constituent le dossier des accusations portées par les enfants.

. Cette remarquable suggestibilité acceptant les conceptions familiales n’est pas seulement due à la crainte du châtiment. Si cela était, il y aurait moins de tenue dans le débit, on n'aurait pas à noter ce révoltant cynisme de l’aveu, cette crudité de termes, la fanfaronnade vicieuse avec laquelle l'enfant se vante des exquises sensations ressenties alors qu'il n'existe aucun commencement de réalisation des actes incriminés. De plus, le fouillis de détails, la précision, la vraisemblance remarquable qu’il leur donne, la persistance invariable de son récit, la fidélité qu'il garde à ses dires jusqu’au moment où la contresuggestion intervient et où il avoue enfin l’inanité de ses assertions, tout représente fidèlement le schéma de la fabulation mythopathique avec les

éléments pathogéniques que nous lui avons reconnus.

Observation VI

BourpiN. — Observation résumée.

Une petite fille de cinq ans, abandonnée, d’ailleurs gentille et gracieuse, fut adoptée par M. et M X.., et bientôt admise par eux dans

nie

leur intimité. Un jour, à l'occasion d'un procès à grand scandale, les parents adoptifs firent à haute voix la lecture et le commentaire de ce procès, en présence de l'enfant, qui jouait avec ses poupées et semblait incapable de comprendre la conversation.

Quelques jours plus tard, M®° X.., surprit sa petite fille qui, dans le salon, se livrait sur sa poupée à des démonstrations obscènes. Interrogée, l'enfant répondit sans s’émouvoir qu'elle faisait à sa poupée ce qu'on lui avait fait à elle-même ; et, la confidence allant son train, la petite déclara qu'étant en nourrice, elle jouait au petit mari avec son frère de lait, âgé de 10 ans, puis plus tard avec son père nourricier, puis son grand-père, etc... Et le récit fut épicé de détails sur les douleurs ressenties par elle, l'innocente victime, etc... Emoi des parents adoptifs, enquête, protestations, etc... L'examen médical démontra l'inanité des affirmations de l'enfant qui, finalement, avoua son mensonge et confessa qu'elle avait voulu faire comme les dames que l’on avait mises dans le journal,

Cette observation met, elle aussi, en lumière les différents facteurs qui déterminent ces enfants, faibles d'esprit mais: malins d’instinct, à accuser leurs parents ou leur entourage de délits odieux qui apitoient la crédulité publique et font de ces êtres malfaisants de faux enfants martyrs.

Ces caractères de la fabulation pathologique infantile nous les retrouvons tous, comme nous allons le voir, chez l'adulte. Mais, malgré le véritable infantilisme intellectuel de ces malades, cette fabulation fantastique revêt ici un intérêt psychologique et médico-légal bien plus grand en raison des qualités de logique et de vraisemblance, de systémati-. sation et de durée que présente parfois le roman mythopathique. Celui-ci s’improvise et se développe comme toutes les autres formes de mythopathie sur un fond de vanité, de malignité ou de perversité, et il débute sous l'incitation occasionnelle des mobiles les plus variés, souvent les plus insignifiants.

A un premier degré le roman morbide démontre plus les tendances mythopathiques de son auteur, le tour inventif

de son esprit, la fertilité de son imagination, qu'il ne trahit

des tendances vaniteuses, malignes ou perverses, L’obser-

vation suivante en est une preuve :

Observation VII (Inédite) Due à l’obligeance de M. Dupré.

P..., fils d'alcoolique, est financier et jouit d'unéréputation d'honorabilité très grande. Il est père de trois enfants qui ont été élevés par la même bonne, Marie. Un jour P...arrive en boîtant faire une visite à une amie de la famille; celle-ci lui démandant pourquoi il boîte, il raconte avec détails qu'il vient de congédier la bonne des enfants coupable d’avoir trop fortement ciré leur chambre dans laquelle il est tombé et s’est grièvement blessé.

Quelques jours plus tard, l'amie arrivant chez Mme P... est toute surprise de voir Marie dans la maison; elle interroge la femme de P... qui, est fort étonnée d'apprendre l'histoire inventée de toutes pièces par son mari qui avait eu quelque temps auparavant une assez forte crise de rhumatismes.

Ici aucun mobile utilitaire n’explique cette manifestation absolument désintéressée.

Parfois ce mobile doit être recherché dans.le domaine affectif :

Observation VIII

(Personnelle)

De N... a une mère qui passe pour bizarre, violente et irascible.

Lui-même, actuellement garde général des Eaux et Forêts, a la réputation de mentir sans raison.

Dernièrement, sur le point de se marier, après avoir longuement prétendu qu'il lui était nécessaire, vu ses occupations, d'habiter un quartier éloigné de celui de la famille de sa fiancée, il propose subitement à cette dernière de louer un appartement qu’elle connaissait et qui se trouvait vacant dans une maison du voisinage, mais il prie la jeune fille de ne pas en parler à ses parents, voulant, dit-il, leur ménager une surprise. Pendant plusieurs semaines, il la tient au cou= rant des pourparlers qu'il dit avoir avec le propriétaire, puis, les

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choses semblant traîner en longueur, comme sa fiancée le presse un jour d'arriver à une entente, il proteste n'avoir jamais dû louer cet appartement et ne pas comprendre ce qu'elle veut dire.

Une série de faits analogues conduisit à une rupture.

Le désir de plaire semble ici avoir occasionné cette manifestation morbide.

Observation IX (Inédite) Due à l'obligeance de M. Durré.

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