‹ La MythomanieChapitre 8 sur 25 · ROUE · texte numérisé non relu

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lequel sa fortune ne lui permet pas de vivre ; il passe pour un menteur, on ne lè croit plus, mais il amuse.

Avec cette observation de raptus mythopathiques successifs nous entrons dans le domaine de la fabulation par besoin instinctif de mise en scène, par vanité.

On peut reconnaitre chez ces débiles vaniteux plusieurs variétés de manifestations mythopathiques.

La plus fréquente est celle à laquelle peut convenir le nom de hdblerie fantastique : le mythomane débite à son entourage le récit fabuleux d'aventures romanesques où il a joué un rôle décisif, parfois héroïque. Comme le fait remarquer M. Dupré, cette variété de mythomanie parfois très précoce, n'acquiert un véritable développement qu'aux limites de ladolescence et de l’âge adulte. Elle peut se rencontrer chez de jeunes sujets intelligents, à la fantaisie exhubérante et à la faconde facile, naturellement portés, par l'excès de leur imagination, l’hyperbole de leur langage, à ce jeu du mensonge et de la fabulation. Ces caractères plus fréquents dans les races du midi ont donné naissance aux types classiques de Numa de Roumestan et de Tartarin

de Tarascon,

Observation X

(Personnelle)

Un professeur d'histoire dans un de nos grands lycées parisiens ne pouvait traiter la guerre de 1870, à laquelle il avait participé comme engagé volontaire, sans affirmer avoir combattu dans de multiples rencontres ; malheureusement pour lui il lui arrivait fréquemment d'émettre à plusieurs jours d'intervalle ces prétentions au sujet d'engagements ayant eu lieu en des points très différents et sensiblement au même moment. La richesse des détails qu'il donnait, l'émotion avec laquelle il semblait revivre Îles phases de ces combats, rendaient

impossible le discernement des actions auxquelles il avait réellement

pris part.

Désir de paraitre, gloriole éclatent dans cette manifestation mythopathique; à la base de ces récits, ils en constituent les éléments principaux ; mais il paraît évident qu'à force de répéter ces fables, l’auteur, par le processus habituel que nous avons déjà étudié, s'autosuggestionnait ; il arrivait ainsi à croire siens les actes dont il tenait peutêtre le récit de tel ou tel de ses contemporains ; ces faits étaient peut-être même les produits de son imagination exaltée, placés dans un cadre réel mais vécu par d’autres.

Il existe aussi chez les débiles véritablement indigents au point de vue intellectuel, des häbleurs fantastiques ; mais la niaiserie de leurs propos et Flinvraisemblance de leurs fables enlèvent à ces derniers l'intérêt qui s'attache aux créations des premiers.

Une autre variété de mythomanie vaniteuse est celle de l'autoaccusation criminelle avec ses conséquences médicolégales. Ces conséquences sont plus ou moins restreintes chez certains grands débiles qui empruntent aux faits sensationnels de l’actualité les éléments de leur fable, et se dénoncent aux autorités, parfois sous l'influence d'un véritable raptus. M. Dupré dans son rapport sur les autoaccusateurs, expose le cas de deux débiles qui vinrent, à quelques mois d'intervalle, se constituer prisonniers, se dénonçant chacun comme l’auteur de l'assassinat dela rue des Plâtrières où fut trouvé l’homme coupé en morceaux ; c'était alors un crime retentissant dont l’auteur restait introuvable et qui occupait toute la presse. Un autre débile dans un raptus de dévouement pathologique chercha à se substituer à Thomas Hocker au moment où l'assassin de M. Delarue allait expier son crime. .

L'influence des excès de boissons doit aussi être souvent incriminée dans la production de ces manifestations mytho-

pathiques. L'observation suivante en témoigne :

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