‹ La MythomanieChapitre 9 sur 25 · CARTES · texte numérisé non relu

CARTES

Observation XI Un inculpé auto-accusateur.

Rapport médico-légal par M. GILBERT BALLET.

Le B..., est âgé de vingt et un ans. C’est un garçon de taille moyenne, de figure pâle, à front bas, à voûte palatine très nettement ogivale,

Les renseignements que nous avons recueillis sur sa famille nous apprennent : qu une sœur de sa mère a été affectée de crises de somnambulisme, qu'il a perdu un frère et une sœur morts en très bas âge de convulsions, et qu'un second frère a succombé à l’âge de six ans à une « fièvre cérébrale ».

L'inculpé a l'air très doux, ses réponses sont naïves et quelquefois enfantines. Il s'exprime d’ailleurs avec une certaine difficulté ; sa conversation est un peu décousue, et on n'arrive qu'avec certains efforts à lui faire préciser les mobiles de sa conduite. C’est un garçon d’une intelligence certainement très faible, et il assure qu'il est ainsi depuis

l’âge de six ans, âge auquel, comme l'un de ses frères, il aurait été

affecté « de fièvre cérébrale »,

Diverses dépositions mentionnées dans les rapports de police témoignent d’ailleurs de la faiblesse intellectuelle de Le B...

On le considérait, dit l’un de ces rapports, comme peu intelligent : il avait beaucoup de difficultés à faire son travail et était pour ce fait quelque peu tourné en ridicule par ses collègues.

Le sieur Le H..., qui connaît très bien l'inculpé, « l’a toujours con-

sidéré comme un niais ex comme ayant le cerveau mal équilibré. »

Le 26 juillet 1894, une lettre anonyme signée : Un ancien inspecteur, était -adressée au chef de la Sûreté. Cette lettre était ainsi conçue :

« Monsieur,

« J'ai l'honneur de venir vous exposer les faits suivants :

« J'ai appris il y a deux mois par un de mes anciens confrères que « vers la fin du mois de mars dernier, le service de la Sûreté avait eu « entre ses mains le meurtrier de Louise L.., qui fut assassinée le « 28 janvier 1893.

« On trouva par luile nom et l'adresse de la victime ainsi que l'heure « d’un rendez-vous fixé deux ou trois jours avant le crime.

« Malgré ces preuves accablantes on le relächa ; il est vrai qu'il « s'était habilement défendu ; mais cette décision surprit tellement

mon ancien camarade qu'il m'en fit part et je me suis mis en campagne pour faire enquête sur cet individu. Les renseignements que j'ai obtenus ne disent rien de bon. J'ai appris que le « Milord » ou | « Américain des Batignolles » faisait pendant avec « mes zigues » ou la « Terreur des femmes » et qu'il était en relation avec les habitués du « Baromètre de Montmartre ».

« Ilavait ces derniers temps projeté le cambriolage de plusieurs appartements de la rue d'Athènes, mais il faut croire qu'il aura eu vent de quelque chose, car je ne l'ai pas revu dans le quartier, Je ne serais pas éloigné non plus de croire qu'il pratique avec succès le vol à l’américaine car il a maintenant le type de l'emploi. Demandezlui donc ce qu'il faisait le 8 juillet dans le hall du Crédit Lyonnais où je l'ai surveillé deux heures durant.

« Bref, sous les aspects du correct gentleman vous n’avez que le portrait d'un dangereux malfaiteur, habile dans le métier, il faut le reconnaître,

« Ma mission étant terminée, agréez, Monsieur le chef de la Sûreté, mes respectueuses salutations.

« Un ancien inspecteur. »

Il à été reconnu que cette lettre était l’œuvre de Le B... lui-même,

qui se dénonçait ainsi à l'attention de la police. Le dossier renferme

d’ailleurs plusieurs autres lettres signées de noms divers notamment : G. Wiliams, Henri Albert.

Dans ces diverses lettres il est question de Le B... et de méfaits,

vols ou tentatives de vols, que ce dernier aurait commis.

Nous y trouvons notamment la lettre suivante :

« Mon cher camarade, « Je viens te demander un service et te faire quelques observations en même temps. Tu sais que j'avais à travailler à Paris dans le quartier Gaillon ; javais tout préparé, et mardi je me rendais avenue de l'Opéra, quand je ne sais par quelle distraction j'ai oublié mes clous dans le bateau d'Auteuil; donc je n'ai rien pu faire. Alors procure-moi donc deux ou trois pinces, des coins et puis dis à Jules qu'il me fasse quatre rossignols, modèle queje lui ai donné. Tu apporteras tout çà, là où nous avons pris un verre lundi, où loge Marton ; on s'arrangera après, Maintenant voici les reproches que Je te fais, c’est d'être un peu froussard, tu te ramollis, on dirait que tu imites Fauchay ; voilà plusieurs fois que je te donne rancard et

tu ny viens pas; serait-ce la peur? Sois comme moi, vieux, ne

Page 1