‹ La naissance de l'intelligenceChapitre 2 sur 56 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je dédie ce livre à la mémoire de mon regretté maître, le professeur Alfred Giard, qui, encore quelques jours avant d'être frappé par le terrible mal qui l'a enlevé, me donnait des conseils précieux pour la rédaction des pages qui suivent, et dont les idées appliquées dans le domaine de la psychologie se sont montrées si fécondes.

Il y a vingt ans, Giard luttait pour l'introduction de la notion d'évolution en biologie, et cherchait à faire connaître en France l'œuvre oubliée de Lamarck et celle si mal comprise de Darw^in. Depuis quelques années, Giard avait reconnu la nécessité de lutter à nouveau en France : cette fois pour la conquête scientifique de la psychologie animale ; la lutte était d'ailleurs déjà engagée en Amérique, et son champion n'était autre que l'illustre biologiste américain Jacques Loeb. Alors il m'est venu l'ambition de contribuer à mon tour à

la rénovation de cette science qui, à mon sens, offre tant d'atlraits pour un biologiste, car elle tient à la fois de la morphologie et de la physiologie, de l'éthologie et de la science de l'évolution.

Dans cet ouvrage, j'ai été conduit à exposer le? premiers résultats acquis; mais pour le moment il s'agit encore plus de démolitions que de reconstructions. Peu importe d'ailleurs. Un autre lutteur des temps modernes, le docteur Gustave Le Bon, a dit justement dans son beau livre, V Évolution des forces : (( L'homme moderne détruit plus vite qu'il ne bâtit. Les legs du passé ne sontquedes ombres. Les dieux, les idées, les dogmes et les croyances s'évanouissent tour à tour. Avant que puissent s'élever de nouveaux édifices capables d'abriter nos pensées, bien des ruines devront s'amonceler. Nous sommes encore dans un âge de destruction et par conséquent d'anarchie. Rien heureusement n'est plus favorable au progrès scientifique que celte anarchie. »

Ici nous nous désintéresserons du passé de la psychologie comparée qui, d'ailleurs, est une science très vieille. De tout temps, on s'est préoccupé en effet du problème de l'intelligence des animaux ; on a essayé de le résoudre, en recourant tout d'abord au raisonnement pur, puis à l'observation des faits, enfin à l'analyse expérimentale de ces faits ; en même temps, on a élargi le champ des investigations qui était, au début, limité à quelques animaux supérieurs; les êtres inférieurs se sont montrés particulièrement précieux pour

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