‹ La naissance de l'intelligenceChapitre 39 sur 56 · RECHERCHES EXPÉRIMENTA1.ES · texte numérisé non relu

RECHERCHES EXPÉRIMENTA1.ES

séries de fils électriques, qui permettaient d'envoyer des décharges dans le corps de l'animal, quand celui-ci s'engageait dans le couloir fermé ; sous l'influence de la secousse, la grenouille prenait Ihabitude de rebrousser chemin, et, au bout d'un certain temps, il lui suffisait même de toucher le fil : une association s'était produite entre la sensation déterminée par l'attouchement du fil et celle provoquée par la secousse électrique.

D'une façon générale, une association nouvellement formée dure en moyenne un mois.

Voyons maintenant les résultats obtenus avec récrevisse par le même auteur associé à G.-E. Huggins.

Le procédé employé a été celui du labyrinthe On a choisi celui-ci aussi simple que possible (fig. 36) . Une boîte plongée dans l'eau présente à une de ses extrémités une annexe :

petite chambre triangulaire (E) communiquant avec l'intérieur de la boîte par un seul orificë; à l'autre extrémité se trouvent deux petits couloirs (F et S) de sortie : une glace ferme l'un d'eux (F). Une écrevisse est placée cinq minutes hors de l'eau, puis dans le compartiment

Fig. 36.

Labyrinthe pour l'étude de l'acquisitioa des habitudes chez l'écrevisse (Yerkei). — L'animal qui s'échappe de E doit passer par S et non par F, couloir fermé par une glace.

triangulaire ; elle ne tarde pas à en sortir et gagne l'autre extrémité de la chambre; arrivée là, elle doit choisir entre les deux portes de sortie.

Des expériences préliminaires avaient montré que le cruslacé a plutôt tendance à passer à droite ; aussi a-t-on placé la glace de façon à fermer le passage de droite. En un mois, on a fait effectuer à l'écrevisse soixante essais, c'est-à-dire en moyenne deux par jour : on a observé une progression constante dans le nombre des choix convenables, 50 p. 100 au début, 90 p. 100 à la fin. Deux semaines après la fin de l'apprentissage, l'habitude s'était conservée en partie (70 p. 100).

Dans une autre série d'expériences, on a employé une boîte à sec, dont le fond formait une pente aboutissant à un bassin plein d'eau ; quatre cent cinquante expériences ont été effectuées en tout, à raison de dix expériences par jour ; les résultats ont été du même ordre.

Il ressort du travail des auteurs américains que l'écrevisse est capable d'apprendre en formant des associations, où peuvent intervenir le sens chimique, le toucher, la vision, le sens musculaire. (Pour éviter l'intervention du premier sens, on nettoyait les boîtes avec soin après chaque expérience.)

Un fait particulièrement intéressant au point de vue des associations ; après deux cent cinquante expériences, le crustacé avait pris l'habitude de s'échapper par la sortie de droite ; quand il venait heurter, par les antennes, la glace qui fermait la

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sortie de gauche, il se mettait à effectuer un mouvement tournant vers la droite, et gagnait assez rapidement la sortie; on plaça alors la glace à droite : quand les antennes vinrent toucher cette glace, l'animal tourna encore vers la droite, et ne trouva qu'après un temps assez long la nouvelle 6orlie.

On voit qu'un grand nombre d'expériences, au minimum cinquante à cent, sont nécessaires pour la formation d'une association parfaite. C'est faute d'en avoir fait un nombre suffisant que le physiologiste allemand Bethe, — si populaire depuis qu'il a été le promoteur du mouvement qui a abouti à la négation de la psychologie animale, — a pu nier l'existence d'une « mémoire associative » chez des crustacés voisins des écrevisses, les crabes (1898).

Quand on lâche des crabes dans un grand bassin, ils se rendent rapidement dans le coin le plus obscur. Une élédone, sorte de pieuvre, occupait ce coin ; Bethe lâche dans le bassin un Carcinus : il, va rejoindre l'élédone et se fait prendre ; on dégage le crustacé ; lâché de nouveau, il retourne vers la pieuvre qui le saisit. Cela se répète six fois de suite, et cela suffit à Bethe pour dire que le crabe ne profite pas de l'expérience.

C'est alors que Bethe a eu une idée singulière pour un antianthropomorphiste, — décidément il y a bien des contradictions dans la pensée des adhérents de l'école « mécaniste » allemande, — celle d'appliquer à ses crabes une méthode qui,

quoique mauvaise, réussit parfois dans l'éducation des hommes : celle des châtiments corporels. Au moyen de la viande, le professeur allemand attire les crabes ; chaque fois qu'un crabe la saisit, il le frappe à coups de bâton ; malgré cela ces animaux n'apprennent pas que la main doit être évitée.

La conclusion de Bethe est la suivante : le (7arcinus n'a pas de qualités psychiques, car il est incapable de profiter de Texpérience : il est une simple « machine réflexe ».

Cette conclusion n'est pas justifiée, car le procédé d' « intimidation » est mauvais et le nombre des essais successifs insuffisant. Au contraire, des expériences ingénieuses de Anna Drzewina, — qui ont porté il est vrai sur une autre espèce de crabe, le Grapsus varius, — viennent de montrer que ces animaux sont capables d'apprendre, en formant des associations.

Les crustacés ont été placés dans une grande cuve de verre (fig. 37), contenant une mince couche d'eau, et partagée en deux par une cloison transparente, munie elle-même d'une petite porte latérale P. Le soir venu, on plaçait une bougie en B, les crabes occupant les positions C. Ces animaux se dirigeaient en ligne droite vers la source de lumière, et venaient heurter contre le pian de verre ; ils rebroussaient chemin, puis venaient de nouveau heurter contre la cloison. Dans les mouvements irréguliers qui succèdent aux mouvements réguliers du début, les crabes finis-

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