HE LA BOBO
TI9SERANDOT.
font, rédacteur dû Haro d$ €a$n.
garnaux, caissier du journal.
petit, employé aux abonnements.
jeanty sarre, copiste de M. Etienne Arago.
augier, coupeur du journal.
v allier, capitaine en retraite.
gras, commis voyageur.
bocqtot, instituteur.
boivin, tourneur en cuivre.
joseph ledoux, carreleur de souliers.
ZAMMARETTI, fumiste.
gaulier, vidangeur.
boileau, mécanicien.
gervais, maçon.
DUPUI9, corroyeur.
PELpech, fondeur.
tissot, charpentier.
Il y avait , en outre , plusieurs rédacteurs subalternes, un commis aux écritures et les garçons de bureau.
A l'instant même on entra en séance» car le temps pressait, et il ne fallait pas , comme fit observer un brave homme, laisser escamoter la révolution... par d'autres. Les trente palatins se tenaient rangés, debout, le fusil au poing, autour du tapis vert. II fut convenu qu'on représentait parfaitement le peuple français , et qu'on allait lui faire cadeau d'un gouvernement. M. Flocon lut la liste du National qu'on renaît de lui remettre, et en donna lecture.
< Bon ! » s'écria le capitaine en retraite, « les intrigants du National sont déjà en mouvement. »
Intrigants pour intrigants , ceux de la Réforme avaient tout l'air d« marcher de pair avec leurs rt-
vaux ; mais le vieux soldat n'y regardait pas de si près.
Au nom de M. Odilon Barrot , qui était sur la liste , les crosses de fusils résonnèrent sur le parquet en signe de colère. La trahison était-elle déjà dans le camp républicain ? Telle fut la demande qu'adressa M. Baune. En quoi donc , s'écria-t-il, M. Odilon Barrot a-Ml mérité de la révolution? Tout le monde sait que l'imprudence de l'ancien chef de la gauche est la principale cause de la catastrophe ; mais il ne s'agissait pas alors de savoir qui avait fait la révolution ; il s'agissait de savoir qui en profiterait.
Le nom de M. Odilon Barrot fut biffé à l'unanimité. Les illustrations du parti, tels que MM. François Àrago , Ledru-Rollin, Louis Blanc, furent acceptés par acclamation. D'autres célébrités, en moins bonne odeur à la Réforme : MM. de Lamartine » Garnier Pages, Marie, Grémieux, Bethmont, Recurt, furent l'objet de contestations plus ou moins vives ; cependant on daigna faire la part des nécessités du moment, pour ne pas trop effrayer les gens simples; qn décida d'admettre ce qu'on nomma l'élément bourgeois. C'est à ce titre que MM. de Lamartine, Marie et Garnier Pages furent tolérés.
La liste du National portait naturellement en tête son rédacteur en chef, mais tout naturellement aussi, elle ne faisait aucune mention du rédacteur ea chef de la Réforme. C'est une omission qui parut de la plus haute insolence, mais qui n'étonna pas de la
part des feux patriotes de la rue Lepelletier. Les membres de la diète s'empressèrent de réparer cet injurieux oubli. M. Flocon fut proclamé avec enthousiasme.
Il restait une lacune non moins grave. Le Gouvernement jusque là ne comptait que des habits noirs, on jugea indispensable de lui adjoindre une blouse. Un membre déclara que là seraient le cachet et la force de la révolution. Jusqu'alors on avait pu croire que de braves gens, absorbés dans l'étude de la chapellerie, de la maçonnerie et autres arts tout manuels, n'étaient pas trop à leur place dans les conseils politiques; mais une pareille erreur devait être détruite. Cette sentence fut gravement débitée. Non pas que les hommes de la Réforme entendissent appeler sérieusement le peuple au pouvoir ; une chose bien entendue c'est qu'ils le gardaient pour eux ; mais le moment était bon pour les balivernes populaires; et puis un ouvrier leur donnait une force dans la masse» sans rien retirer à leur omnipotence. Ils se réservaient parfaitement d'en faire un mannequin.
M. Albert se trouvait là, ses antécédents dans les sociétés secrètes étaient connus , M. Baune le proposa, l'assemblée l'accepta,, et ce fut une affaire faite. M. Louis Blanc déclare, dans un livre, avoir accueilli cette nomination avec des larmes de joie et une émotion indescriptible; c'est possible, mais nul ne s'en est aperçu ; il ne souffla mot à la proclamation du nom de l'ouvrier. Quanta l'ovation que H. Albert aurait reçue dans la grande cour de la Réforme, couverte de phalanges, c'est une hâblerie pure et simple,
il n'y eut pas de manifestation dans la cour, les phalanges n'y ont jamais existé et cette fameuse cour où on entendait des milliers de voix enthousiastes , n'a pas plus de soixante pieds de long sur quarante pieds de large; c'est-à-dire que trois cents personnes n'y tiendraient pas.
La liste, expurgée de quelques noms, augmentée de quelques mitres , se trouva définitivement corn- • posée de la manière suivante : HH. Fr, Arago, Louis' Blanc, Ledru-Rollin, Flocon , Albert, de Lamartine, Marie, Recurt et Marrast. On voit que la Réforme, sans s'arrêter à l'affront du National, faisait à M. Marrast la galanterie de le comprendre dans son gouvernement.
Lecture ayant été donnée des noms de ces divers personnages , on tomba d'accord que le gouvernement de la France leur revenait de droit; on les proclama donc solennellement en présence des électeurs souverains, y compris les comtois et garçons de bureaux du journal. On n'oublia qu'une chose : de dresser procès- verbal de cette majestueuse opération.
L'assemblée s'occupa ensuite du service des principales administrations. Elle nommait le pouvoir suprême, c'était bien le moins qu'elle pût nommer des. agents inférieurs ; on convint de fabriquer à l'instant même un préfet de police et un directeur des postes. Pour le premier emploi on proposa M. Caussidière, qui se faisait remarquer dans le groupe par ses grosses épaules et son grand sabre de 93. Comme il étaitfparvenu à nourrir la Réforme par une série
d'expédients de diverses natures , on le tenait pour un homme très expert, et très apte à remplir une mission délicate. Il se fit bien prier un peu, alléguant que la police n'était pas un métier de son goût, mais cette considération ne l'arrêta pas longtemps. On connaît la sincérité de ses scrupules : pour garder cet emploi dont il semblait faire fi, il se retranchait le jour même à la préfecture, avec un corps de janissaires dont les exploits sont connus. Afin d'alléger le fardeau , il fut question de lui donner un aide ; M. Sobrier s'avança bruyamment, bouscula la foule, et déclara qu'il se proposait. Le premier venu est le premier pris en révolution ; M. Sobrier fût proclamé préfet de police en second.
Quant à la direction des postes, l'idée de l'offrir à M. Etienne Ârago ne souleva aucune objection; surtout de la part de ce dernier qui se sentit trèscapable de signer des arrêtés administratifs avec sa plume de vaudevilliste. Un patriote agréable fut trèsapplaudi en disant que la place d'un homme de lettres était à la poste.
La cérémonie était terminée. On poussa un cri de: vive la République, et les nouveaux dignitaires coururent au plus vite à leurs emplois.
Mais ce n'est pas tout, il y eut le 24 une troisième plaisanterie de ce genre.
Les deux premiers jours de la lutte, M. Ledru- Rollin , on s'en souvient, se comporta d'une façon médiocrement héroïque ; on ne l'aperçut nulle part dans la rue; il se glissa deux ou trois foie à fe
Réforme pour avoir des nouvelles» mais n'y fit guère sentir son autorité de chef de parti. Rien ne se dessinait , ce qui empêchait le tribun de se dessiner lui-même. Le soir du 23, après le drame sanglant du boulevart , il commenta à se reconnaître ; évidemment cette affaire changeait la condition des - choses. Toutefois, il ne sortit pas encore de sa prudente réserve.
Le lendemain , vers deux heures, la bataille du Palais-Royal était gagnée, et les Tuileries s'étaient rendues. La révolution était faite. Pour le coup, le moment de se montrer était venu. Le tribun arriva fièrement à la Chambre. Mais en face de M** la duchesse d'Orléans et du comte de Paris, que sa-
i ' luaient de vives acclamations , il ne sût que faire.
M e Marie avait déjà proposé la nomination du
/ ■* Gouvernement provisoire; M* Crémieux avait fait
w^i/>o^£mJL/\ un plaidoyer contre la famille , dont il escortait la I voiture un instant auparavant, que le chef des patriotes n'avait pas encore desserré les dents ; ce fut seulement à l'apparition d'une bande d'hommes armés, que son grand cœur se réveilla ; en voyant la révolution dans la Chambre, il jugea qu'il n'y avait plus à hésiter. Il se leva, fit ronfler quelques phrases contre le projet de régence et s'occupa tout de bon à mettre la main sur le pouvoir abandonné. La scène qui se passa alors est du comique le plus lamentable. L'idée d'aller à la Chambre provenait d'un Monsieur Bussy et de quelques gardes nationaux de la Yillette ; ils firent appel à une bande de routiers qui
passait et partirent avec l'intention de jeter les députés par les fenêtres. On sait comment ils s'introduisirent de force et firent un bivouac de la représentation nationale; ils étaient cent cinquante à deux cents. Tous les députés avaient disparu à l'exception de ceux qui étaient républicains auparavant, ou qui l'étaient devenus tout-à-coup au glorieux tableau de la populace souveraine ; donc, les deux cents insurgés, parmi lesquels il s'en trouvait peut-être qui avaient grillé les soldats du Palais-Royal, allaient à leur tour disposer des destinées de la France.
M. Ledru-Rollin est au milieu de cette bande sinistre y il la constitue en arbitre de la situation et l'invite à nommer un gouvernement. Des noms ont été proposés un instant auparavant par M. de Lamartine, pauvre papillon empêtré dans cette vase; mais il y a eu des réclamations et M. Ledru-Rollin, homme de palais, veut que les choses se fassent en règle.
c Citoyens, dit-il, vous comprenez que vous faites » ici un acte grave en nommant un gouvernement i provisoire. Ce que tous les citoyens doivent faire, » c'est d'accorder silence et de prêter attention' aux » hommes qui veulent se constituer ses représentants;
> en conséquence, écoutez-moi. Nous allons faire » quelque chose de grave. Il y a eu des réclamations » tout à l'heure. Un gouvernement provisoire ne » peut pas se nommer <func façon légère. Permettez - » moi de vous dire les noms qui semblent proclamés » par la majorité. À mesure que je les lirai, suivant
> qu'ils vous conviendront, ou ne vous conviendront
• pas, vous crierai oui ou non. (Très^bien 1 écou-
* tez!) et pour faire quelque chose (Coffkiel, je prie > MM. les sténographes du Moniteur de prendre note » des noms à mesure que je les prononcerai , parce » que nous ne pouvons pas présenter à la France des » noms qui n'auraient pas été approuves par vous. »
Gela sembletiré d'une pièce d'Odry ; mais c'est authentique et littéral ; le Moniteur est là pour l'attester.
M. Ledru-Rollin, homme politique fort grave, n'entend pas qu'on nomme un gouvernement à la légère. Il est en présence de quelques douzaines d'aventuriers qui représentent très-fidèlement le peuple français, c'est au mieux ; mais il faut que ces mandataires procèdent régulièrement; sans quoi le pays aurait droit de se plaindre. Pour que l'opinion de la France soit bien exprimée, il y a un moyen : que les deux cents insurgés crient : oui ou non 9 lorsque M. Ledru-Rollin appellera les noms ; de cette manière tout sera légal et la nation trop heureuse de ratifier des choix aussi solennels. Elle IeTera avec d'autant plus de plaisir que le Moniteur f averti de prendre note, proclamera le lendemain cette décision souveraine. M» Ledru-Rollin réclame l'intervention du Moniteur, parce qu'elle donne aux nominations un cachet officiel , et que ce caractère appartiendra , comme il le dit très-bien, aux choix approuvés par la poignée d'individus qui ont envahi la Chambre.
Donc, la question étant posée de cette grave manière, M. LednirRolln procède dans Tordre suivant à l'appel des nctttt :
sssmr — TŒ ■ .J
Dupont, de l'Eure. (Oui! oui!)
Arago. (Oui! oui!)
Lamartine. (Oui! oui!)
Ledru-Rollin. (Oui! oui!)
Garnier Pages. (Oui ! oui ! — Non !) ,
Marie. (Oui! oui! — Non!)
Oémieux. (Oui ! oui !)
Une voix dont la foule. — Crémieux! mais pas Garnier Pages. — Si ! si ! — Non ! — Il est mort le bon !
M. Ledru-Rollin. — Que ceux qui ne veulent pas lèvent la main. (Non! non! — Si! si!)
Il se fait un tumulte; les si et les non s'entre-croisent. Les destinées de la France sont fort ballottées. Mais sans s'arrêter à ce léger désaccord, H. Ledru- Rollin reprend la parole en ces termes : (toujours textuel ).
< Messieurs, le Gouvernement provisoire, qui vient i a* être nommé, a de grands , d'immenses devoirs à
> remplir. On va être obligé de lever la séance pour » se rendre au sein du Gouvernement, et prendre
> toutes les mesures nécessaires pour que les droits
> du peuple soient consacrés. »
La séance est levée effectivement et le tribun part en triomphe pour l'Hôtel de Ville.
Certes ! la nomination des Empereurs d'Allemagne était mesquine auprès de ces scrutins à coups de crosses de fusils et de votes avinés; en fait d'élection aussi extraordinaire, on ne trouve g uèr#s que celle du roi des Ribauds,
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