CHAPITRE V
A là suite de la journée du 22, une incertitude grave avait saisi le pouvoir, la garde nationale était-elle pour son système? Je ne dis pas pour la monarchie, l'immense majorité de la classe moyenne était sans contredit pour la royauté, garantie d'ordre et sauvegarde des intérêts commerciaux. Dans la soirée, le rappel n'avait réuni que peu de monde, on s'inquiéta, et de là le manque de mesures éner* gigues qui étonna dans la mâtiné du 23; on avait jugé prudent de temporiser de nouveau.
Les gens au fait du Paris révolutionnaire ae pouvaient douter que les scènes de la veille ne se renouvelassent ; il y a dans la capitale du monde civilisé une légion de paresseux, de vagabonds et de malfaiteurs que toute commotion fait lever et met aux ordres de quelques GatUinas en blouse ou en habit. Cette bande disparaît vite devant un pouvoir résolu
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et expéditif, mais elle redouble natureUementjd'audace devant une résistance incertaine. Les faubourgs recommencèrent donc leur irruption dans le centre de la ville. Des groupes se portèrent aux Champs- Elysées, théâtre des événements de la veille; s'y voyant isolés, ils gagnèrent les champs classiques de rémeute, les quartiers Saint- Martin et Saint-Denis. La troupe gardait ces points, non sérieusement comme il l'eut fallu, c'est-à-dire en les cernant de toutes parts et en crevant les rassemblements à mesure qu'ils se formeraient; elle se contentait de rester l'arme au pied dans les positions découvertes* laissant les petites rues à l'abandon. Maîtres de ces défilés, qui sont les plus importants, car l'insurrection y a tout l'avantage, tandis qu'ailleurs elle est aussitôt écrasée par la tactique et la discipline, les hommes des faubourgs se mirent aux barricades, puis songèrent à trouver des instruments de défense.
Pour avoir des armes, il existe un procédé qui date de 1832 et qui a été employé depuis dans toutes les révoltes, c'est d'entrer de gré ou de force dans les maisons et de forcer les gardes nationaux à livrer leurs fusils. On se présente en nombre, d'un air farouche, jurant, sacrant, proférant des menaces, et la famille du garde national, tremblante de terreur, le force à s'exécuter. C'est ainsi que s'arment toujours les premiers corps d'insurgés. Il y a des mesures à prendre à ce sujet, que l'autorité y songe.
Yers deux heures, toutes les ruelles enchevêtrées
du centre étaient occupées par l'émeute, coupées de barricades et garnies de défenseurs. Les troupes ne bougeaient pas. La garde municipale, seule, apparaissait de temps en temps, et sa présence était généralement le signal d'une décharge. La situation des esprits, depuis le matin, était fort perplexe. J'ai dit que, dans tous les alentours des points stratégiques, le peuple n'était pas inquiété ; il se barricadait et s'armait sans obstacles. Hais cette indolence de l'autorité ne s'expliquait pas et faisait redouter un piège. On savait que des canons étaient braqués sur plusieurs points, et on s'attendait à une attaque soudaine et meurtrière. L'énigme de la mollesse des troupes se devina enfin. Quelques pelotons de la garde nationale s'engagèrent dans les rues barricadées, ils étaient suivis d'une escorte de faubouriens criant à tue-tête : Vive la réforme ! Salués de ces cris par les hommes (tes barricades, les gardes nationaux y répondirent en levant les mains en signe de paix. Les émeutiers se regardèrent tout étonnés, et des paroles d'espoir s'échangèrent. Dès ce moment, l'idée d'une révolution entrait dans les têtes, elle se fortifia des nouvelles qui circulèrent bientôt : nonseulement la garde nationale n'était pas contre le mouvement, mais quelques compagnies avaient engagé l'action avec les troupes. On parlait d'une rencontre où quatre gardes nationaux étaient tombés en soutenant l'insurrection. Entre la place des Victoires et celle des Petits-Pères, un chef de bataillon, M. Degousée, s'était précipité sur les baïonnettes
dés municipaux prêts à faire feu et les avait arrêtés. D'autres faits de résistance ouverte étaient signalés. Cette situation, d'une extrême gravité, résultait d'une combinaison machiavélique que je vais faire connaître.
Certains qu'avec, le seul noyau des sociétés secrètes et les bandes suspectes descendues des feubourgs , il n'y avait rien à faire , et tourmentés cependant d'une inquiétude révolutionnaire bien naturelle, MM. Flocon, Et. Arago, Monginot, Lesseré et d'autres, tinrent conseil dans la matinée. Evidemment c'était à l'endroit de la garde nationale que le bât blessait le gouvernement, il fallait agir en conséquence. Une idée triomphante fut émise : la République ne comptait guère de gardes nationaux ; qui empêchait d'en faire , de chercher des habits et des armes chez les fripiers, partout où on pourrait, et d'en affubler les patriotes ? Cette milice postiche , jointe au contingent des républicains inscrits sur les cadres, formerait un noyau de quelques centaines d'hommes dans chaque arrondissement. Les vrais gardes nationaux arriveraient aux mairies les premiers ; crieraient : Vive la réforme ! et persuaderaient au quartier que toute la légion est dans le mouvement. Une partie d'entre eux resterait à la jooairie pour garder la position et endoctriner les survenants, les autres se répandraient dans les rues avec les miliciens improvisés , fraterniseraient avec le peuple et empêcheraient l'action de la troupe. Voilà ce qui fut imaginé et qui parut
merve^eux ; c'était effectivement un plan d'une assez belle perfidie., Il fut adopté et mis sur l'heure à exécution. MM. Monginot et Lesseré, en fort bons tenues avec te National , coururent à la rue Lepelletier , pour donner avis de rinvention et mettre de l'ensemble dans les manoeuvres.
^a vigilance et l'énergie des hommes d'ordre eussent facilement déjoué cette machination ; mais on s'^n rapportait au pouvoir du soin de sa défense ; les bons citoyens n'avaient pas pris la peine de se déraçger ; de son côté, le pouvoir corqptait sur ces derniers, croyant avoir besoin de teur force morale pour engager la lutte. La société , prise au milieu de ce malentendu, avait déjà les deux pieds dans l'abimç.
C'est alors que. le gouvernement fit cette faute, presque sans remède, de céder à une manifestation armée. Je dis manifestation, car les trois ou quatre petits engagements du quartier Saint-Martin n'étaient qu'un enfantillage au point de vue militaire.
Si l'on demande ce qu'il fallait faire, le voici : Il fallait aller aux mairies avec de bons détachements de chasseurs de Yincennes, demander les gardes nationaux décidés à rétablir l'ordre sur l'heure, prendre ceux qui se présenteraient et désarmer les autres; si l'on était décidé à accorder k réforme, ce qu'il eut mieux valu faire plus tôt, c'était de l'annoncer, si on le voulait, mais en déclarant bien qu'on ne s'exécuterait pas avant le rétablissement complet de la tranquillité. Quand on y pense, quelle
série de désastres eut évité» un mois plut tôt, l'abaissement du cens à 60 francs !
renouvelle du changement de ministère désarma sur le champ la multitude : preuve sans réplique que le parti républicain n'était pas l'âme du mouvement ; n'y comptait que pour la mascarade de fardes nationaux et ses quelques bandés de sacripans ténébreux. Les généraux de sociétés secrètes, les lieutenants de la Réforme, noyés dans la foule, marchaient à la suite des événements, sans y peser par aucune direction, paraucune mesure d'ensemble» A partir de ce moment, les destinées de la France pendaient au bout d'un fil tenu par la fatalité.
Parti , vers midi, de la Réforme, avec M. Albert, If. Caussidière, arrivé à la rue Grénétat, reçut, à ce qu'il raconte, une décharge de mousqueterie qui, du reste, épargna sa précieuse personne. Il a prétendu que ce cadeau venait de moi. J'aurais une assez bonne réponse à faire à M. Caussidière, c'est que, ne l'ayant pas vu de toute cette journée , il m'était fort difficile de le désigner aux sicaires de la tyrannie ; mais je préfère lui demander pourquoi on se serait amusé à le tuer plutôt qu'un autre* Je savais fort bien son importance dans le mouvement, c'était celle du premier venu ; il n'y tenait un peu plus de place que grâce à ses larges épaules.
J'avais erré dans les rues toute la journée ; je retournai vers quatre heures à la Réforme* où toute la bande des familiers rabattait. M. Ledru-RoHin était
là, ne cachant pas sa satisfaction du résultat obtenu; il croyait tout fini, et en était enchanté. Des fantômes de commissaires de police l'obsédaient. Cette partie, qui se jouait malgré lui et sans lui, n'était aucunement de son goût.
Quant à H. Flocon et à ses honorables amis, qui n'avaient rien à perdre» ils étaient furieux contre ce misérable peuple qui n'abattait pas aussitôt un pouvoir dont ils aspiraient si ardemment l'héritage. Voir aboutir à un simple replâtrage la superbe invention des gardes nationaux postiches et une. si belle apparence d'insurrection, c'était un crève-cœur affreux. Mais fallait-il perdre tout espoir? Si par quelque beau pendant au premier procédé, on réussissait à renflammer le peuple encore tiède, à le chauffer à blanc, à lui donner une de ces colères qui brisent tout, quel triomphe ! Les imaginations se tendirent; on chercha, on s'ingénia, mais sans succès. C'était à se casser la tête aux murs. Depuis que la générosité du Gouvernement laissait entrevoir la possibilité de sa perte, tous les patriotes, comme des dogues sentant la curée, hurlaient de fureur et de gloutonnerie.
Au National, dont les coryphées n'avaient pas bougé jusque-là, fort inquiets d'un mouvement qu'ils ne comprenaient pas et où leur influence était encore plus nulle que celle delà Réforme, on commençait à s'enhardir aussi ; les diplomates de la célèbre feuille, MM. Recurt et Marrast, clignaient de l'œil en ricanant :
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t Eh ! eh ! » disait l'un, c si tout cela était bien mené, on en tirerait quelque chose.
— Une toute petite république; mais cette populace deviendrait bien gênante.
— Bah! quand on est le maître, on se gare de la canaille.
— Il faut voir... Il y a peut-être moyen d'arranger tout cela. >
Et ces sages patriotes cherchaient de quelle manière ils pourraient bien engager Raton à tirer les marrons pour Bertrand.
Au National, on crie nuit et jour contre les jésuites ; nous déclarons que l'incarnation du jésuitisme est dans ce journal.
Or, pendant qu'aux deux feuilles républicaines, on se creusait la tête; pour mettre le feu au ventre du peuple, un homme prenait l'initiative sans demander conseil à personne : c'était M. Sobrier. Depuis la veille, son exaltation tenait de la frénésie. Vers six heures, il était au café des Postes, avec MM. Gahaigne, Pilhes, Boivin, Alexandre Thomas, Zammaretti; ces derniers, chefs dans les Saisons, et plusieurs autres démocrates à tous crins. Ils s'étaient installés dans une salle qu'ils avaient retenue, et qui offrait un coup d'oeil d'un pittoresque étrange. Sur les tables étaient posés pêle-mêle des pipes, des poignards, des chopes, des pistolets, des tasses, des bols, des vêtements, et enfin des feuilles de papier sur lesquelles chacun écrivait. On faisait des copies de proclamation pour le peuple et pour l'armée.
De temps en temps le travail était interrompu par quelque motion dont le génie d'un des copistes accouchait; chacun relevait la tête et on voyait les figures, harassées et enduites d'une couche de sueur, s'agiter fiévreusement comme sous une commotion galvanique. Une circonstance ajoutait au caractère du tableau ; tous ces hommes n'avaient plus de voix ; ils s'étaient enroués à force de hurlements et de vociférations. Leur gosier rendait avec peine quelques bribes de sons déchirés et sifflants. Le travail fini, M. Sobrier se leva, mit son pistolet à sa ceinture, et déclara qu'il fallait aller convoquer le peuple sur les barricades, attendu que reflet des proclamations serait insuffisant. Il était huit heures. L'illumination féerique qui avait transformé les murs en espaliers de lumières, durait encore. La troupe sortit d'un air farouche ; M. Sobrier en tête, arrêta des gamins qui passaient avec des torches, les fit aller devant pour éclairer la marche et, montant sur la première barricade, s'y arrêta et commanda le silence. Un loustic cria :
—Attention! c'est H. Thiers qui vient feire sa profession de foi.
— Non, répondit un autres c'est le directeur du Lazary, qui annonce relâche pour les événements.
M. Sobrier, sans se dérider, prononça l'allocution suivante : c Citoyens, la satisfaction donnée au peu- * pie n'est qu'une dérision. Thiers en place de Gui- » zot, peu nous importe ! Le peuple a été massacré 9 par les sergents de ville et les municipaux, il fait
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* que ces deux corps d'assassins soient licenciés ! Les » droits du peuple sont violés depuis quatorze siè- » clés, il faut qu'ils soient solennellement recon- » nus ! Citoyens» vous êtes tous convoqués demain à » la Chambre des députés pour demander justice. »
— Et allez la grosse caisse 1 dit un des gamins qui portaient les torches. Bourgeois, ajouta-t-il, continue-t-on la cérémonie?
—Oui, va plus loin, dit M. Sobrier qui, absorbé par son rôle, n'avait pas le temps de s'arrêter aux irrévérences du jeune homme. À chaque barricade, ce discours fiit répété. L'orateur, tout-à-fait à boni de voix, ne lançait plus que des sons gutturaux qui semblaient sortir d'un tuyau crevé, mais M. Pilhes et d'autres le relayaient de temps en temps et lqi faisaient reprendre haleine. On parcourut ainsi les principales rues des quartiers Montmartre, Montorgueil, Saint-Denis, Saint-Martin et du Temple. Un rassemblement considérable, qui s'était formé autour de la troupe, la suivait dans son pèlerinage. Pas un agent de la force armée ne se présenta pour mettre . ordre à cet odieux scandale.
Vecs dix heures, M. Sobrier et ses acolytes, brisés de fatigue, n'ayant plus le souffle, entrèrent dans un cabaret et ne reparurent plus. La foule, privée de ses meneurs, se dispersa en différents groupes, dont l'un gagna le boulevart et le descendit vers la Madeleine. Peu à peu il se grossit et reprit les dimensions d'un rassemblement. En passant devait le #atioiw/, U s'arrêta et se joignit à une autre troupe
qui stationnait devant les bureaux et écoutait un orateur. Le discours fini, un homme qui venait de se glisser dans la multitude, s'écria :
— Allons! mes amis, en avant!
On s'ébranla sur les pas de cet homme, mais avant de s'éloigner, beaucoup de personnes aperçurent deux tombereaux de messageries qui se tenaient près de là, et dont la présence à cette heure donna lieu à des remarques. Certes ! on était loin de prévoir alors à quel lugubre office ils étaient destinés. Le rassemblement descendit le boulevart au milieu de chants joyeux, et toujours éclairé par les flambeaux de résine. Les lampions jetaient leurs dernières lueurs aux rares maisons illuminées du boulevart. La troupe arriva devant l'hôtel des Capucines, où elle trouva le passage barré par un bataillon du 14» de ligne. Les chants avaient cessé ; des clameurs les remplacèrent bientôt : A bas Guizot! A bas l'homme de Gand! Les soldats, sur la défensive, l'arme au poing, ne bougeaient pas. Peu à peu la masse se houla sur eux et sembla vouloir les écraser. Comme ils abaissaient leurs baïonnettes pour résister, l'inconnu qui avait pris la direction du rassemblement engagea un court colloque avec un officier, puis, tirant tout à coup un pistolet, le déchargea au milieu du bataillon.
Quel était ce misérable? On a accusé M. Lagrange, et, c'est chose notoire que ce montagnard a passé pour fou les jours suivants, et qu'on attribuait son état au choc que son esprit avait reçu de cette épou-
vantable affaire. Quoi qu'il en soit, cet homme tomba aux pieds des soldats, pour éviter les balles, ou parce qu'il était frappé, et depuis il n'est resté de lui que le souvenir de son forfait.
En face d'un rassemblement considérable qui, après les insultes, en venait à l'emploi des armes, les soldats se crurent sérieusement menacés; les plus impatients tirèrent sans ordres, les autres crurent l'ordre donné et la fusillade devint générale.
Si grande qu'ait été la précipitation de la troupe , elle s'explique ; mais en est-il ainsi de l'acte du provocateur? Cet homme qui donne un signal dont la conséquence ne peut être qu'une boucherie, a-t-il agi comme les soldats sous le coup d'un premier mouvement ; a-t-il commis involontairement cette monstrueuse imprudence? Nul ne le croira. Il y avait complot pour imprimer au front du pouvoir une tache de sang horrible, et les hommes du complot ont pris ce sang dans la poitrine du peuple! Voilà la vérité.
Et la fin n'a que trop bien répondu au moyen. En moins d'une heure, l'effroyable nouvelle enveloppait Paris et y répandait la stupeur et l'indignation. Les gens les plus calmes avaient une malédiction contre ce pouvoir qui, disaient-ils, voulait se relever dans un bain de sang. L'exécration tombait surtout sur M. Guizot, à la sûreté de qui cette holocauste semblait offerte.
Le National > racontant la catastrophe, emploie une expression étrange et qui prouve un désordre d'idées
extraordinaires. La voix du sang lui grinçait-elle déjà des malédictions? « Bientôt après, > dit-il, cnous » ayons vu revenir au National un tombereau portant * des cadavres. » Revenir ! le mot y est : National du 24. On ne peut plus nier la présence des tombereaux au National avant l'affaire. Pourquoi donc étaient-ils là? Que la justice publique réponde!
Dans le même article, le National annonce qu'il vient de parcourir les rues pour s'assurer de l'impression produite par l'événement; rien de plus vrai. H. Dornès et d'autres parcoururent aussitôt Paris avec un empressement significatif.
Au reste , rien ne fut négligé pour rendre cet effet saisissant, et c'est à ce moment surtout que h National déploie son talent révolutionnaire. Qui donne l'idée au tombereau de cette promenade si* nistre, devenue un appel si poignant à l'insurrection? le National ! Qui conseille aux malheureux échappés au massacre de se répandre dans tous le* quartiers pour propager l'affreuse nouvelle? le National ! Qui crie le premier : Aux armes ! et appelle l'extermination sur le Gouvernement? le National! Dans quel quartier voit-on les barricades s'élever comme par enchantement? dans le quartier du National ! Pas un des hommes de ce journal n'a paru dans le mouvement le matin ; le soir ils y sont tous ! c'est qu'on a fait jouer la mine; une brèche est ouverte et tout le monde est envoyé à l'assaut!
Cette machination n'est-elle pas d'ailleurs dans le vrai caractère de ces hommes? Quel est le trait
frappant de leur histoire, si ce n'est un génie d'intrigue sanguinaire? Le 23 Février, ils assassinent la monarchie dans un guet-à-pens; le 23 Juin 1848, ils facilitent un épouvantable égorgement pendant lequel ils dérobent le pouvoir.
Un tombereau était revenu dans la rue Lepelletier. Un homme qui ignorait tout, honnête au fond, mais égaré dans une caverne, H. Garnier-Pagès, harangua les conducteurs du char lugubre, leur promettant de demander satisfaction à la Chambre. Pitié! A la Béforme où le second tombereau arriva à minuit, M. Flocon fut plus explicite; il annonça d'un air solennel que justice terrible serait faite !
Voilà l'histoire de cette journée. Elle se résume en deux faits : Les gardes nationaux supposés et le massacre du boulevart des Capucines ; le parti républicain en a l'honneur , je ne chercherai pas à le lui enlever ; mais c'est toute la part qu'il a droit , de revendiquer. Le reste des événements est le fait d'une bande sans nom et d'une partie de la bourgeoisie indignement abusée.
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