‹ La naissance de la république en février 1848Chapitre 4 sur 38 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Une autre croyance de la foule» c'est que la révo* Jutioa provient conjointement des sociétés secrètes et de la Réforme. L'historique de ce journal va montrer sa position au moment de Février; on jugera s'il était en état de faire des révolutions.

Un bon homme, M. Grandménil, s'occupait, depuis plusieurs années, de la création d'un organe des véritables intérêts du pays. D'abord ces intérêts lui avaient paru se résumer très-bien dans l'opinion de MM. de Malleville, Courtais, Thiard, etc. ; mais ces messieurs, à la suite de réflexions, ayant retiré leurs promesses d'argent, M. Grandménil reconnut que le bonheur du peuple n'était pas là, et attendit que des hommes plus providentiels se présentassent. Il jugea qu'un excellent moyen pour les reconnaître, serait de voir leur mise de fonds. Celui qui apporterait le plus serait sans contredit le meil-

sa

leur patriote. Il se trouva qu'on n'apporta rien d'aucun côté, ce qui fit croire qu'à ce moment personne ne comprenait le bien du pays.

Le journal se trouvant à ce point, c'est-à-dire très-exposé à ne jamais donner signe de vie, 11. Flocon, accompagné de H. Baune, vieille célébrité qui cherchait aussi à se rajeunir, le rencontrèrent un jour sur leur chemin ; ils l'examinèrent, le palpèrent comme des chirurgiens experts et jugèrent que l'accouchement était possible. Appliquant aussitôt le forceps au parti démocratique, ils réussirent, après de grands efforts, à amener les choses à bien, c'està-dire à trouver quelques patriotes qui avaient de l'argent à perdre. Le cautionnement fiât, et tous les aménagements achevés, le Parlement, rebaptisé sous le nom de la Réforme, se lança dans la publicité avec environ dix mille francs en poche ; c'était de quoi aller six semaines; mais il y a un dieu pour les journalistes patriotes, comme pour les ivrognes ; des médisants disent que c'est le ipême.

M. Flocon était donc parvenu à mettre la main sur la rédaction d'un journal, cette rareté qui va de pair avec le merle bhnc. Il est vrai que la direction fut répartie sur trois têtes, et qu'en droit M. Baune et M. Grandménil furent investis d'une autorité égale à la sienne, mais le fait détruisit promptement cet équilibre des pouvoirs. M. Baune est une figure cramoisie et vineuse , M. Grandménil une face flasque Avec des lèvres gloutonnes ; ces deux orga* nisations ne pouvaient lutter avec celle de M. Flocon,

qui a la peau décharnée et jaune. Mettez ensemble du vin, des truffes et du fiel, ce dernier aura bientôt fait tourner les deux autres.

Quelques mois ne s'étaient pas écoulés que H. Baune , relégué au second plan, avait toutes les peines à faire admettre sa prose ; on le trouvait déplorablement lourd et boursoufflé ; ce qui était juste. Il est bien vrai qu'en arrière, M. Baune avait aussi son mot sur le talent de M. Flocon, mais en face il n'osait résister à son confrère ; bientôt il subit complètement sa domination. Ayant reçu l'offre de voyager pour les affaires du journal, il partit très» volontiers, ne demandait pas mieux que de perdre de vue son fantôme. Quant au pauvre M. Grandménil, qui est bien tout l'opposé d'un méchant homme et d'un caractère altier, il fut écrasé net sous le regard citron de son co-directeur.

M. Flocon se trouva donc investi de la dictature. Demander s'il l'exerça superbement n'est pas utile ; l'empereur Napoléon, après Àusterlitz, ne gouverna pas d'un air plus^gagé. M. Louis Blanc, qui passe pour savoir écrire et? qui, à tout prendre, s'entend en politique aussi bien que beaucoup de sténographes, ayant été invité à donner sa collaboration au journal, fut soumis comme le» autres à la férule du dictateur. Un jour, on crut devoir lui faire de savantes observations sur un de ses articles ; il trouva la critique fort juste ; mais comme il se jugea incapable de collaborer avec un homme aussi fort, il se priva dorénavant de toute participation à la Réforme.

Rien ne prouve que M. Flocon eut un grand regret de cette retraite. M. Louis Blanc avait une certaine notoriété de talent qui ne laissait pas que d'avoir des côtés désagréables. Des gens mal élevés s'en venaient dire tout crûment que certains articles du socialiste avaient produit grande impression, tandis qu'on se taisait unanimement sur ceux du rédacteur en chef; c'était fort inconvenant. Il fallait éviter de donner aux sots l'occasion de pareilles impertinences.

Dans ce but, M. Flocon avisa à se créer une rédaction selon son cœur. Il la composa de la manière la plus simple : un excellent homme, M. Desloges, sourd comme une cruche, vieux paperassier fourbu, inoffensif comme un clerc d'huissier, ponctuel comme un caporal, tel fut le personnel dont il s'environna ; la Réformé , traînée par ce brave homme et son rédacteur en chef, ne faisait pas un brillant chemin. Le journal avait commencé avec deux mille souscripteurs; au bout de six mois, il en avait bien conservé

six cents. Ce résultat froissait vivement le publiciste ;

je

mais il trouvait de nombreusefraisons pour se consoler : on le craignait et on l'empêchait de percer ! à dé&ut d'abonnés il avait la France pour lui ! le présent lui faisait défaut mais l'avenir se lèverait! etc. Cependant la rédaction jaune de l'ancien sténographe, et la collaboration sourde du père Desloges ayant mis le journal au plus bas, il y eut dislocation dans l'entreprise. M. Grandménil qui avait eu la bonne foi d'y manger le. reste de sa fortune, à ce qu'il dit, fut

•congédié comme incapable, et remplacé par un pâtissier du nom de Ghanousse , lequel espérait faire prospérer ses bonbons au moyen de la quatrième page. M. Flocon crut -bien deviner ce calcul d'un patriotisme un peu suspect ; mais le pâtissier s'engageait k nourrir le journal pendant quelque temps, et cette considération parut capitale.

Malheureusement, avec le pâtissier, étaient arrivés -d'autres bâilleurs de fonds, et dans le nombre M. Ledru-Rollin qui, ne trouvant pas leur argent -suffisamment garanti par le mérite de M. Flocon, résolurent de lui donner un aide, ou pour mieux dire, un successeur. L'homme qui fut désigné pour ce rôle était M. Godefroy Gavaignac. M. Flocon, dont la très-grande fierté sait pourtant se plier aux circonstances, se rangea sous les ordres de son nouveau chef avec une indignation des plus vives, mais dès mieux contenues. Sa décadence entraînait tout naturellement celle du père Desloges qui, de rédacteur politique en second, dut battre en retraite dans les faits divers.

M. Godefroy Gavaignac, déjà atteint d'un mal incurable, mourut peu de temps après. Sans doute, M. Flocon regretta l'homme, mais il est permis de douter qu'il pleura bien sincèrement le rédacteur en chef. Quant aux actionnaires, forcés d'en revenir à M* Flocon, ils sentirent très-vivement la perte de l'écrivain démocrate.

Réinstallé dans ses fonctions premières, le sténographe prit pour second, cette fois, un professeur de

rhétorique, gasconnant effroyablement, et répondant au nom de Pascal Duprat. Tout le monde connaît le personnage ; c'est maintenant une des mouches du coche de la République.

Il ne résulta pas un effet bien satisfaisant de cette nouvelle union. Le journal, après trois ans d'exts* tence , roulait dans un cercle de mille à douze cents souscripteurs, qui menaçait beaucoup plus de diminuer que de s'accroître. Dans cet état de choses une nouvelle crise administrative se déclara: le pâtissier qui avait mangé son argent, et voyait le journal en appétit de lui croquer son fonds de commercé, se retira du patriotisme, fort satisfait de laisser la place à d'autres.

t On lui donna pour successeur, M. Léoutre, ancien maréchai-des-logis de cuirassiers, lequel ne sachant que devenir, se laissa faire directeur du malheureux journal:

Se piquant de zèle au début, il réussit à faire arriver quelques sacs d'écus à la caisse. C'était un trou de bouché ; mais la Réforme ressemblait à ces vieux 1 fonds de culottes qui ne sont pas plutôt raccommodés d'un côté qu'ils craquent de l'autre. La misère peu à peu y devint effroyable ; c'est au point que les employés regardaient les pains à cacheter d'un œil de convoitise, et que la caisse ne pouvait plus subvenir au tabac à fumer de M. Flocon.

Quelques ressources inattendues se présentèrent bien : ainsi les souscriptions dont on rendait le journal dépositaire ; mais toucher à l'argent des autres,

le pouvait-on? A vrai dire, la destination des fonds étant toute patriotique, la Réforme pouvait penser qu'elle les emploierait plus patriotiquement que d'autres ; d'ailleurs, il était bien entendu qu'il ne s'agissait que d'une avance, prise forcément, mais qu'on ne manquerait pas de rembourser. En morale ordinaire, ce procédé est peu correct ; mais, en probité patriotique, on n'y regarde pas de si près. Donc, de l'avis du comité de rédaction , composé de citoyens fort vertueux, on mit la main sur la souscription polonaise, qui se montait à 15,000 francs; on l'écorna bravement des deux tiers. Généralement, quand les démocrates tiennent l'argent du peuple, ils n'y mettent pas plus de façons; à preuve les fonds de l'Etat si lestement éparpillés après la Révolution, et dont, après deux ans, on ne peut avoir le détail. Ces messieurs, comme raison dernière, allèguent qu'après tout le peuple est de leurs amis, et qu'entre amis on ne se gêne pas.

Par malheur, l'emploi de la souscription polonaise avait été confié à une commission qui, un beau jour, s'avisa de mettre ses opérations en ordre et demanda des comptes aux dépositaires. Voilà la Réforme en bel embarras ! Il ne s'agissait pas de dire, comme le marchand de la fable, qu'un rat avait mangé le dépôt; la commission avait pour membres des hommes du National qui n'eussent pas manqué de répondre qu'ils connaissaient fort bien l'animal. Le seul parti à prendre était de retrouver l'argent, et cela sans retard, car le secret était très mal placé

entre les mains du journal rival. M. Ledru-Roliin , M. Schœlcher et certain banquier de Rouen, nommé Lemasson, comme patrons directs du journal» se virent forcés de le tirer de peine, «n réintégrant la somme. De ce coup, deux membres du cénacle démocratique, MM. François Arago et Recurt, jugèrent à propos de se retirer, ne se sentant pas tout à fait à l'aise dans un endroit où on pratiquait ainsi l'emprunt forcé.

Quand l'essieu n'est pas graissé» les roues vont mal et rendent un vilain bruit ; on était donc généralement de fort mauvaise humeur à la Réforme ; et comme les démocrates naïfs» dont le journal mangeait l'argent, s'étaient , à différentes reprises, permis des observations qui ne roulaient pas précisément sur le talent de la rédaction, on les trouva fort ridicules et on le leur fit sentir, ce qui ne les accommoda nullement. Donner du papier à noircir à M. Flocon, passe! mais recevoir des affronts de cet homme à qui on faisait une position si coûteuse, ce n'était pas la peine. Il en résulta que les patriotes, à peu d'exceptions, désertèrent la Réforme, laissant le rédacteur à la haute contemplation de sa personne.

Fort heureusement, vers cette époque, l'idée de lâcher M. Caussidière à la recherche des écus, fut arrêtée, non toutefois sans de grands scrupules, attendu qu'il passait pour fort sujet à caution. M. Baune était complètement usé ; il ne faisait plus ses frais. M« Caussidière, à l'aide do cette éloquence

dont l'Assemblée nationale a tu des échantillons, parvint à faire rentrer sous le charme un certain nombre de démocrates primitifs. Ainsi, quelques jours de plus furent assurés au journal et à la grandeur solitaire de M. Flocon.

Mais, comme on peut le penser, de ces rapports entre gens toujours occupés à tendre la main d'une part, à délier la bourse de l'autre» ne résultaient ni tin grand enthousiasme pour le présent, ni une grande confiance pour l'avenir. Un fait fort triste se détachait du fond dé ces misères : la Réforme, depuis sa naissance, n'avait pas dépassé le chiffre de quinze cents souscripteurs; dans ce nombre, les cafés et établissements publics comptant pour un tiers, il restait pour total du parti patriote, couleur ronge, juste un millier d'individus ! C'était de quoi donner lieu à des réflexions grises.

Les bonnes gens diront que. la Réforme, ayant le peuple derrière die et pouvant le soulever à volonté, tant par sa propre influence que par celle des sociétés secrètes, était, après tout, en fort bonne mesure pour dominer les événements. A cela il y a à répondre que la prétendue armée populaire dont la Réforme disposait, n'a jamais existé que dans l'imagination des badauds ou dans les gasconnades des compères. La Réforme n'avait pas d'autorité sur le peuple, par cette très-concluante raison qu'un journal tiré à qumfcë cents exemplaires, et d'un prix élevé, n'est pas lu par le peuple, et ne peut matériellement pas te tcmr tous uno influenëe sérieuse; Qfàént *àx 6&1-

Oh

ciëtés secrètes, M. Flocon les avait abandonnées, & son entrée à la Réforme. Quatre autres membres ch* journal faisaient bien partie du comité» mais M. Léoutre avait reçu ordre de né pas s'occuper de conspirations» attendu qu'il ne fallait pas crée* à l'entreprise plus d'embarras qu'elle n'en avait; M. Grandménil ne venait plus au bureau, où il était vu de mauvais œil» à cause de certaines réclamations qu'il élevait, et M. Caussidière était constamment retenu en province pour son courtage d'action^ et d'abtftttiôrttents, D'ailleurs, entre H. Caussidière et M*. Flocon il n'y avait aucune sympathie; ce dernier renlrelenait d'affairés et c'était tout. Il avait beaucoup plus de confiance dans lés deux autres membres du comité, M. Albert et moi ; mais j'avais feitcorflpréûdre à mon collègue que toute dépendantce de la Réforme nous serait nuisible. Et comme le superbe rédacteur en chef ne se dérangeait pas, et attendait qu'on vint lui donner des renseignements et prendre ses ordres, il finissait par ignorer tout ce qui se faisait dané l'assoeiation.

Voilà la position de la Réforme en 1847; grâce au charmant caractère de son rédacteur en chef, ork fuyait le journal comme un champ de chardons ; loiii de conspirer, les chefs défendaient la conspiration dans leur entourage, pour ne pas porter le dernier coup à une entreprise délabrée. On n'avait paë d'influence directe sur les hommes d'action puisqii'oh ne connaissait même pas leurs actes; on n'avait pas davantage d'influence morale, attendu

que le journal n'avait pas trois cents abonnés dans le peuple.

Quand vinrent les banquets, la Réforme les traita d'abord avec un grand dédain : c'était mièvrerie de bourgeois , simple boutade d'opposition ; les vrais démocrates n'avaient rien à voir dans cet enfantillage. U n'y avait pas de comédie dans ces paroles. Comme on le verra plus loin , nulle part moins que chez les prétendus chefs, on ne se doutait du prodigieux coup de tonnerre qui finirait ce jeu. Cependant, on ne tarda pas à se raviser; pourquoi? Parce qu'on avait entrevu dans ces manifestations un nouveau moyen de battre monnaie. Cette fois on se décidait à faire servir à la perception patriotique un personnage de premier ordre, un chef d'emploi. C'est H. Ledru-Rollin lui-même qui allait tendre la aébille.

L'odyssée de ce grand homme, à travers l'ancien gouvernement et les misères de la Réforme, est des plus lamentables. C'est une comédie mélancolique, dont il faisait tous les frais. A la Chambre, où ses collègues le regardaient comme une sorte de béte curieuse, il se battait les flancs pour paraître terrible, et ne pouvait y réussir. On ne lui répondait pas, ou bien on semblait lui dire : C'est assez, vous avez la fièvre chaude. La Réforme, il est vrai, accourait au secours de l'orateur blessé ; elle lui appliquait le .cataplasme d'un premier-Paris flatteur, et ramassant le discours tombé dans le panier du Moniteur, lui faisait les honneurs de la publicité, et le

répandait à profusion sous forme de brochures. Hais ce n'était qu'une demi-consolation ; l'amourpropre du tribun faisant maigre cas de la clientèle un peu suspecte du journal, et la susceptibilité de l'homme s'accommodant assez peu des suites de cette glorification. En effet, la Réforme, attendant chaque jour son pain de la générosité de ses patrons, ne - manquait pas de faire suivre l'apothéose de son demidieu, d'une demande de fonds. M. Ledru-Rollin, qui est une nature fort indolente, malgré son ardeur fébrile, gardait le silence, tantôt par paresse, tantôt à cause du maigre succès de ses oraisons, tantôt aussi pour ne pas donner prétexte aux visites du caissier du journal

Mortifié d'un côté, empêtré de l'autre, le chef du parti rouge jouait un rôle fort piteux. Outre la Réforme, il avait sur les bras la plupart des tripoteurs de révolutions, héros sans le sou, ayant toujours le gosier sec et faisant contribuer hardiment les démocrates dans l'aisance.

Encore si M. Ledru-Rollin eut possédé, sans conteste, son titre de patriote en chef, mais son autorité n'était rien moins que reconnue. Les députés républicains Garnier Pages, Marie, etc., lui tournaient le dos; au National on haussait les épaules à sa prétention et aux efforts de la Réforme pour prendre le haut bout du tréteau démocratique. Les gens de ce dernier journal étaient considérés comme des va nupieds, et leur patron comme un intrigant qui voulait usurper l'influence de M. Marrast et O. Il y

eut entre les deux boutiques des prises de bec fort vives : Le National reprochait à H. Ledru-Rollin de laisser protester ses billets, la Réforme traitait M. Marrast de lion édenté. C'était réjouissant.

Et voilà qu'au milieu de ces misérables chicanes, la Réforme se met à considérer le tribun, non seulement comme un bâilleur de fonds obligé, mais encore comme une espèce de réclame portative qui devait circuler à volonté. On venait de découvrir que ces banquets, d'abord dédaignés si hautainement, offraient une excellente occasion pour renflouer le journal. Entre la poire et le fromage, quand la faconde de l'orateur aurait soulevé l'auditoire» il tirerait tout doucement la sébille, en guise de péroraison, et enlèverait inévitablement la recette, C'é-

tait une idée de salut qu'il fallait bien se garder de laisser perdre.

M. Ledru-Rollin dut s'exécuter ; il partit pour la conquête de la contribution provinciale. Le travail rapporta , mais il était rude. Pour s'en affranchir, l'acteur à recettes était forcé, comme ses confrères des grands théâtres, de recourir aux indispositions. Peine perdue : journal affamé n'a pas d'oreilles. Les gens de la Réforme F allaient prendre au saut du lit, et n'avaient de repos que lorsqu'ils le tenaient solidement emballé dans la voiture, entre MM. Baune, Caussidière et Grandménil, lesquels sortaient de quelque caravansérail nocturne et le régalaient d'un doux parfum de spiritueux. Le jour du départ pour Dijon, en montant en voiture à côté

de lui, le bon M. Grandménil, pris par le frais du matin, eut un haut le cœur si violent, si soudain, qu'il n'eût que le temps de se détourner pour ne pas inonder l'orateur.

On jugera si cette vie devait plaire à un homme bien élevé, après tout; une chose certaine, c'est que les rêves du chef du parti diminuaient à vue d'œil, ainsi que sa bourse, et qu'il avait fini par voir d'un regard peu flatteur ses illustres compagnons et son avenir républicain. Tout le monde à la Réforme, au moment de Février, branlait la tête en signe de détresse, et loin de songer au triomphe, même dans un avenir lointain, laissait lire dans ses regards cette sentence du trappiste : Frère, il faut mourir !

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