‹ La naissance de la république en février 1848Chapitre 5 sur 38 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La Réforme n'était sortie de son dédain* au sujet des banquets, que par une inspiration industrielle, les faits qui suivirent : le blâme de la couronne, la discussion de l'adresse où ce blâme fut consacré» la fureur de la gauche , et même la résolution de braver la volonté législative , en patronant un nouveau banquet, tout cela parut moins que rien à la Réforme ; M. Flocon, dans des articles d'une fatuité hautaine, déclara qu'on n'avait pas à s'occuper de ces choses à la rue Jean-Jacques Rousseau ; il fatlait laisser les bourgeois à leur passe-temps.

Ce n'est que le 20 , avant-veille du fameux banquet dont les députés avaient pris la direction, que la Réforme ee ravisa. On avait appris la part que le National prenait à l'affaire ; par l'entremise de quelques-uns de ses courtiers, MM. Pagnerre, Recurt* Delestre. entre autres, il s'était emparé de la direc-

lion de l'entreprise et commençait, aux dépens de la bourgeoisie, le tour d'escamotage dont nous verrons l'effet plus loin. Cela mit les montagnards en alarmes; on essayait de leur couper l'herbe sous le pied ; ils prirent leurs mesures. Un article de M. Flocon fit savoir que la Réforme s'humanisait et daignait se mêler aux bourgeois. Outre le sentiment de jalousie contre la feuille rivale, il y avait à ce revirement une autre cause : l'opinion publique commençait à s'émouvoir ; la révolte des députés contre la censure du gouvernement et les clabauderies assourdissantes de la presse, échauffaient peu à peu les cerveaux ; les amateurs de désordre entraient en fièvre, les conspirateurs en ébullition; il fallait prendre garde d'être en retard de ce mouvement et de manquer quelque belle occasion. Le 20, au soir, en même temps qu'on envoyait à l'imprimerie l'acte d'adhésion au banquet, une lettre-circulaire était donc expédiée à tous les intimes, avec invitation d'être le lendemain soir au bureau pour tenir conseil. La teneur de cette lettre où la diplomatie de M. Flocon se révèle, est digne de passer sous l'œil du public ; la voici : c J£n présence de la condamnation du rédacteur en chef et du gérant de la Réforme, nous faisons appel à votre patriotisme ; une réunion aura lieu demain lundi , à sept heures précises du soir, au bureau du journal, pour s'entendre dans les circonstances graves, où nous nous trouvons. »

Le journal venait effectivement de subir une condamnation, et ce prétexte, ainsi que le pa r ti qu'on

en tirait, parut ravissant aux flatteurs du rédacteur en chef.

La journée dii 21 s'était passée sans rien faire prévoir de grave ; on s'attendait, pour le lendemain, à une manifestation un peu bruyante où lés sergents de ville auraient à bousculer quelques patriotes, mais c'était tout. Une pièce fort importante cependant avait paru dans les journaux ; elle réglementait officiellement la cérémonie, et entre autres dispositions exorbitantes, assignait aux gardes nationaux un rang de bataille, ni plus ni moins que l'aurait fait un général en chef. Le gouvernement, qui s'était engagé à tolérer le banquet pour avoir occasion de saisir la justice et de faire décider une question de légalité, vit qu'on le prenait pour dupe et apposa son veto. Trois proclamations furent affichées pour défendre tes rassemblements, la réunion des gardes nationaux et la marche en corps des députés vers le banquet. Grand étonnement, cris et colère de la part de l'opposition : on tyrannisait les citoyens, on faisait une insigne provocation. Chaque fois que l'autorité est réduite à un acte de vigueur par les hommes de désordre, elle provoque.

C'est sous le coup des trois proclamations que les coryphées de la Réforme arrivèrent au conseil de guerre convoqué par M. Flocon. Cette séance n'a été rapportée jusqu'ici par aucun patriote ; elle est cependant assez connue dans le parti, puisqu'elle compta une soixantaine d'assistants; mais on va voir qu'il y a de bonnet raisons pour que les prétendus

organisateurs de Février ne s'en vantent pas. A huit heures du soir, les bureaux étaient pleins, les mesure énergiques de l'autorité mettaient la République en rumeur, on voulait savoir ce que les chefs allaient décider. Donnons avant tout les noms de l'aréopage démocratique :

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