‹ La nation canadienne [microforme]Chapitre 19 sur 78 · ST ET RL · texte numérisé non relu

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constamment aux affaires par une imposante majorité dans les Chambres, — sauf une courte période, de 1872 à 1878, durant laquelle le parti libéral s’éleva et se maintint au pouvoir, — il eut le temps de développer toute son énergie et tous ses talents. Sa persévérante volonté réussit à mener à bien la grande et difficile entreprise du chemin de fer Transcontinental. C'est grâce à lui qu'en 1886, le Canadian pacific Railway, le C. P. R. comme on dit au Canada, faisait franchir à ses locomotives les cols abrupts perdus dans les glaciers des Montagnes Rocheuses, reliant par une ligue de quatre mille kilomètres la ville de Québec à celle de Vancouver !

En méme temps qu'il ouvrait de grandes voies au commerce, sir John, par une politique étroitement protectionniste, — que tous n'admirent pas, mais dont tous reconnaissent l'énergie, — s’'efforçait de développer les ressources industrielles du pays. Il n'a cessé de déployer en toute matière une infatigable activité, et sa mort, arrivée à Ottawa le 6 juin 1891, a été accueillie comme un deuil national par le parti conservateur tout entier. En mémoire de ses services, la reine Victoria a conféré à sa veuve le titre de comtesse de Earncliffe (1).

La Confédération, cet édifice tout neuf, composé

(1) Sir John A. Macdonald a été marié deux fois, d'abord à Isabelle Clarke, de Darnavert (Invernesshire), qui mourut en 1856, puis à Agnès-Suzanne Bernard, fille de l'hon. T. J. Bernard, inembre du Conseil privé de Sa Majesté à la Jamaïque. (Annual

Register, 1891.)

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d'éléments un peu hétérogèneslaborieusement réunis, survivra-t-il au puissant architecte qui l'avait construit? Ce qui pourrait inspirer des craintes à cet égard, c'est que les élections fédérales, surtout depuis la mort de sir John, semblent indiquer une diminution constante dans la majorité conservatrice, seul soutien de la Constitution, que le parti libéral s'efforce au contraire de battre en brèche.

Quoi qu'il en soit, et quel que doive être le destin du Dominion, 1il est intéressant d’en connaitre la Constitution et de savoir quel degré d'autonomie lui est laissé dans ses rapports avec l'Angleterre; quelle autonomie il laisse lui-même aux provinces, et spécialement à la province française de Québec.

La Constitution canadienne de 1867 est à la fois une imitation de la constitution anglaise et de celle des États-Unis. A l'Angleterre elle a emprunté son système de responsabilité ministérielle, aux États- Unis leur organisation fédérale.

Le pouvoir exécutif est exercé par le gouverneur général Il représente la Reine; en cette qualité il agit comme un souverain constitutionnel et garde une rigoureuse impartialité entre les partis, prenant invariablement ses ministres dans la majorité des Chambres. Toujours choisis parmi les hommes d'État les plus en vue, et parmi les plus grands noms de la pairie anglaise, les gouverneurs qui se sont succédé depuis 1867 ont été, après lord Monck, le marquis de Lansdowne, le marquis de Lorne, lord Dufferin, lord Stanley et aujourd’hui enfin lord Aberdeen.

Dans les provinces, les lieutenants gouverneurs, nommés par le gouverneur géné al, sont eux aussi les représentants du pouvoir exécutif, et agissent de la méme façon quant au choix des ministres et à l’exercice de la responsabilité ministérielle.

Ainsi, deux hiérarchies de gouvernements : le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, l’un à peu près indépendant en fait du gouvernement anglais, les autres jouissant, vis-à-vis du gouvernement fédéral, d’une large autonomie.

Sur le Dominion, l'Angleterre ne fait guère sentir sa suprématie que par la nomination du gouverneur ; tous ses droits souverains, elle les a abandonnés à sa colonie. Elle n'en a retenu qu'un seul, celui de présider à ses relations extérieures; encore l’exercet-elle avec une remarquable modération, et, bien que les agents diplomatiques et consulaires anglais soient seuls chargés, d’une facon officielle, de la représentation des intérêts coloniaux à l'étranger, le gouvernement canadien entretient cependant à Paris et à Londres deux agents, qui, avec le titre de Commissaires généraux, sont chargés de veiller, d’une façon plus directe, aux intérêts de leurs compatriotes (1).

Bien mieux encore : dans toute affaire diplomatique où les intérêts canadiens peuvent être en jeu, l'Angleterre a depuis longtemps reconnu en pratique

(1) Le conïmissaire général du Canada à Paris est M, Fabre, si sympathiqueinent connu de tous.

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le droit, pour sa colonie, d’être consultée et de participer aux négociations. Dans les népociations des traités de Washington en 1871 et en 1888, relativement aux pécheries de Behring (et dont les clauses, restées sans exécution de la part des États-Unis, ont été remplacées par celles de la sentence internationale récemment rendue à Paris), — le Canada avait chaque fois été représenté par un de ses hommes d'État les plus habiles : par sir John A. Macdonald en 1871, par sir Charles Tupper en 1888.

Tous les traités intéressant le Canada doivent être ratifiés par son Parlement aussi bien que par le Par-

lement impérial, et dans les traités eux-mêmes pré-

sentant un intérêt général pour l'empire britannique, l'Angleterre a soin, la plupart du temps, de stipuler qu'ils ne seront appliquables à ses colonies qu'autant que leurs clauses ne seraient pas en opposition avec la législation de ces colonies au moment de la signature (1).

Non contents d'avoir, à Paris et à Londres, des représentants officieux, les Canadiens aspirent à en avoir dans tous les pays étrangers, et voudraient faire reconnaître par la métropole elle-même leur caractère diplomatique. Durant la session de 1892, le Parlement canadien a adopté une résolution tendant à ce qué « des négociations soient entamées avec le «gouvernement de Sa Majesté afin de procurer au

(1) Bouninor, Federal government in Canada. John Hopkins University, Studies, Baltimore, octobre 1889,

« Canada une représentation plus complète de ses «intérêts à Washington et dans les capitales des « autres pays où cette représentation pourrait étre « avantageuse. En tant — ajoute la motion — que « cela pourra étre compatible avec le maintien des « relations qui doivent exister entre la Grande-Breta- « gne et le Canada {1). »

Depuis longtemps le Canada n’a plus de garnison anglaise, sauf dans la seule forteresse d'Halifax, où se trouve encore un régiment. Toutes les autres villes, même fortifiées, et Québec entre autres, n'ont plus dans leurs murs que les milices du pays.

Bien plus encore qu'au point de vue diplomatique et militaire, c’est dans ses relations économiques avec la métropole que se manifeste d’une façon claire l'indépendance du Canada. Lorsqu'en 1879 sir John A. Macdonald inaugura sa politique protectionniste, et fit voter un tarif douanier assez élevé, l'Angleterre s’en trouva frappée à l'égal des nations étrangères; nulle exception ne fut faite en sa faveur, et elle dut subir la loi commune.

Certes, cette politique n'a pas été sans causer en Angleterre quelque dépit; mais quand, à la Chambre des communes, un député s'adressa au gouvernement pour lui demander de désapprouver la loi et de mettre obstacle à son application, le ministre des colonies fut forcé de répondre que la mesure en question ne sortait pas de la limite des droits garantis

(1) La Patrie (journal de Montréal), 24 septembre 1892.

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Breta- Si libre, si indépendant en tout de la métropole, Fi le Dominion est en somme aujourd'hui une véritable

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ax, Où bienveillant et peu onéreux de la couronne d’Angle-

villes, terre. C'est là la meilleure et la plus exacte définition

it plus qu'on en puisse donner.

eNque (4) Bounivor, Federal government in Canada, et HaxsanD, Par-

niques liamentary debates, vol. CCXLIV, p. 1, 311.

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