CHAPITRE XIV
Les résultats de cette activité colonisatrice sont déjà fort beaux. Les Canadiens n’occupaient, il y a cinquante ans à peine, qu'une bien faible partie de leur immense et riche pays; des grands cours d’eau qui le traversent, ils n'avaient pas encore quitté les rives. Aujourd'hui, pénétrant partout, ils font gagner au loin la culture sur la forêt, et lancent, à travers les massifs montagneux, des chemins de fer qui portent la civilisation et la vie dans des lieux hier solitaires et sauvages.
En 1851, 8 millions d'acres étaient en culture dans la province de Québec; le recensement de 1881 en a élevé le chiffre à 12 millions d’acres.
La colonisation ne s’est pas portée partout d’une façon uniforme, elle s’est étendue tout d’abord dans les régions les plus fertiles, les moins accidentées et les plus douces de climat. Il est facile de s’en rendre compte à la seule inspection d’une carte : partout où les divisions administratives, les comtés, enferment dans des limites démesurément étendues de vastes
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portions de territoire, on peut être sûr que la population est, sinon totalement absente, au moins bien faible; tel est le cas du comté du Saguenay, qui s'étend depuis la rive nord de ce fleuve jusqu'aux frontières du Labrador, immense région déserte dont la côte seule est occupée çà et là par quelques rares habitations de pécheurs.
Là au contraire où, comme au sud de Montréal ct de Québec, des comtés étroits se pressent les uns contre les autres, la population s’accumule d’une façon dense, donnant au pays un aspect fort peu différent de celui qu'on peut trouver en Europe.
De ce noyau principal formé au sud des grandes cités, partent trois grandes trouées de colonisation qui s’avancent vers le Nord : l’une par la vallée de l'Ottawa, l’autre au nord de Québec, vers le lac Saint-Jean, et la troisième vers la presqu'ile de Gaspé, encore peu habitée relativement à son étendue, à cause des massifs montagneux qui en occupent le centre, mais que la culture attaque de tous côtés à la fois par sa ceinture de rivages.
Au nord de Québec, une vaste et fertile plaine s’étend jusqu'à la chaîne des Laurentides. C’est là que se trouvent tant de jolis et pittoresques villages, célèbres autant par leur histoire, mélée à celle des premiers temps de la colonie, que par la renommée que leur ont de nos jours donnée les touristes; c'est Beauport, le premier fief canadien concédé au temps de Richelieu, qui égrène, tout le long de la route conduisant aux célèbres chutes de la rivière de
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