La nation contre la race
L'ÉVÉNEMENT Capital fie l'histoire est la guerre où nous sommes engagés, corps et àme. Une fois de plus, l'histoire (lu monde se fait en France et par elle. Cette guerre ne serait pas la plus grande des guerres, si elle n'était la i^uerre de la grande nation.
Il ne s'agit pas de la Serbie. 11 ne s'agit pas de ia Belgique ni de l'Orient, quoi (ju'il semble. Le meurtre de l'archiduc
ne fut qu'un pnHexte. La possession de l'Asie même n'eût été qu'une occasion. Et ie partage de l'empire turc, s'il y avait une Europe, aurait pu se faire autour d'ua tapis, sans une inondation de sang.
L'Orient et l'Asie, le commerce et la mer, prétextes. Prétextes donc, le fer de Briey et les sels d'Alsace. Toutes ces raisons sont vraies; elles sont toutes bonnes; mais elles ne le sont qu'en fonction d'une raison secrète qui fait le lien, et la réalité de toutes les autres.
La force, qui a poussé les llimhres et les Teutons sous le couteau de Marins, est la même qui jette sous la faulx de l'Occident les Teutons et les Prussiens du Nouvel Empire. Aujourd'hui l't voilà deux mille ans, la race voulait dévorer la
nation. Gomme il y a deux mille ans, il faut aujourd'lîui saigner la race à la boucherie, pour sauver la nation de l'anéantissement.
Géants velus et vêtus de peaux, prêtres sauvages, femmes rousses dans les chariots, enfants mous aux petits yeux et aux gros os, ils criaient, avec In même jactance et une convoitise égale, les mêmes injures^ à Rome et aux Romains, que les barbares savants, les hordes des Martiens à lunettes,, devant l'Aisne et la Marne, contre Paris et la France.
Ainsi, l'événement capital, dans l'histoire du monde, est bien la guerre des Allemands contre l'Occident. Trois fois, sur les bords de la Marne, s'est joué le sort de l'Europe, et trois fois en Flandre.
(Jainze siècles à Cliàlons, ou sept à Boiivines, ou avant-hier à Valnw, la bataille a toujoufs été entre le monde classique • le rOccident et les Jîarbares. L'Europe sera-t-elle classique ou sera-t-elle barbare? Telle a été et telle est la question.
Pour la grandeur sans seconde et la j.ieine non pareille de la France, il se trouve que le sort de la France est le sort de l'Europe.
Uome a fait la France, et la France a fait l'Europe. Une Europe barbare n'a pas de sens, L'Europe livrée aux Mleinands est un parc et un verger qu'(jn passe au leu et il la cliarrue : tout ce qui n'est pas allemand sera mis dans les fers ou détruit, courlié dans sa chair, avili, méconnu el tué dans son âme, en altcndanl le l>enu
jour d'être totalement anéanli : c'est le paraclet, que s'est toujours promis la méchancelé barbare.
Car le propre des Barbares est Fextermination. Elle est aussi leur constante politique. Les nations vicliuies se dressent sur toutes les frontières du brutal empire : elles sont toutes en larmes et en sang ; on leur arrache la langue ; on foule aux pieds leurs mœurs et leurs enfants ; on les accable d'offenses et de blessures: on Aa même juscpi'à leur oter la terre; on les chasse du sol tout pétri de leurs pères ; on leur dérobe les tombeaux. Contre l'empire barbare .se lèvent tous ces témoins désespérés : la Lorraine, l'Alsace, le ïrentin, le Fi'iouK ristrie, la Bohème, les duchés danois et la plus torturée de
toute.s les victimes, la Pologne, qui a perdu If |>rivilège du parfait martyre, <lepui> que les Barbares ont prétendu faire le bonheur de la Belgique et la loi en Serbie.
Or, tous ces témoins sanglants de la barbarie sont dans les chaînes, et ils ont le bâillon. Pour ces victimes muettes, seule a toujours parlé et parle seule la France. Le temps est venu où la nation, qui a défendu tous les di-oils et toutes les iiliertés de riiomme, a du défendre sa propre chair. Le Barbare s'en est pris à elle, qui le x-pare de l'empire universel et de la mer. Il lui a, d'un coup, arraché le bras gauche ; cl l'épaule déchirée a saigné jusquaux jiorics du cœur. A la paix de Francfort coumicnce une iruerre éler-
nelle : celle qui laboure toute l'Europe aujourd'hui. La guerre de l'Europe n'est que la guerre de France : l'Europe enfin l'a compris;.
Le Barbare seul ne veut pas comprendre. Et peut-être n'en est-il pas capable, parce qu'il n'en est pas digne. Pendant quarante ans, il a cru la paix possible entre la France et lui : il la fondait sur la France écrasée et la sagesse du vaincu, qui se soumet au vainqueur qui l'écrase. Dans sa lourde arrogance d'élément qui se ment, il pensait : « J'ai vaincu. J'ai mérité de vaincre. Je suis le plus fort. Je commande. Pourquoi la France n'en prend-elle pas son parti? » Et il ric<inait : <^ Je l'eusse bien pris. » En effet ; et nous comptons là-dessus. Pourquoi la
France n'a pas pris son parti du démembrement? — Parce qu'elle n'est pas une race : parce qu'elle est une nation ; et que la nation est rnie ppi'sonnr. La plus noble personne du genre humain est sensible en tous ses membres, et l'honneur est le souffle môme de son harmonie. 11 n'y a pas d'honneur à soutîrir la violence. Contre l'injustice, la rébellion est lo gage de la dignité. La contrainte lue une ànie libre : elle meurt indignée dans le supplice, entière du moins; mais si elle s'y résigne, elle meurt déshonorée : parce que la personne la plus noble est aussi la plus libre.