‹ La Nation: Étude ThéoriqueChapitre 15 sur 70 · RAS · texte numérisé non relu

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entière n’en formera-t elle qu'une seule? et, si l’on adopte la première solution, comment opérer cette répartition des hommes, sur quelles bases, d’après quels principes ?

Cette répartition, personne ne l’a jamaisfaite et ne la fera. Elle se fait d'elle-même ; ‘nous sommes dans un domaine où l'arbitraire et les coups d'autorité ont bien moins de puissance qu’il ne semble parfois ; c’est la nature des choses qui mène les événements ; c’est elle qui nous donnera les solutions.

Avant que les hommes eussent pris conscience des liensqui les unissent, la loi de solidarité les enserrait déjà et influait sur leur vie d’une façon toute mécanique. Il y avait entre eux des associations — non pas même encore imposées, mais inconscientes; elles s'étaient formées toutes seules par le jeu normal des lois de la vie. C’est elles qui sont devenues les associations imposées que nous rencontrons aujourd’huiet dont l’existence est légitime.

Par ce dernier mot, nous n’entendons pas qu’elles doivent subsister toujours immuables et éternelles, non pas; il en est qui ont disparu, il en est qui disparaîtront encore pour se fondre avecd’autres de formes et de degrés supérieurs; toutes, elles devront peu à peu faire place à l’association libre; et: en attendant, elles iront évoluant et se transformant suivant les nécessités des temps et des lieux. Mais ce que nous voulons dire, c’est qu’il y a des groupements humains dont les membres sont unis par des liens intimes établis par la force des choses; si bien que aux yeux du plus grand nombre de leurs participants, il y a là, non pas un fait contingent qui pourrait ne pas être, mais quelque chose de fatal, d'iné-

luctable, de supérieur, qui les fait membres de tel ou tel autre groupe.

On les a appelés, ces groupes humains, et avec raison, en un certain sens, des organismes sociaux, considérant qu'ils se sont formés et développés suivant des lois naturelles; on a été jusqu'à les regarder comme des êtres qui jouissent d’une personnalité.

Cela donné, il nous semble qu'il est normal, si l’on veut que l'association imposée soit conforme à ce qu’elle doit être et blesse le moins possible la liberté individuelle, qu’elle ne s'établisse que dans les cadres de ces associations qui se sont formées toutes seules, ou plutôt que ce soient celles-ci qui subsistent, se basant sur les principes nouveaux que permet d'établir la sociologie.

Une dernière question se pose :

Quels seront en fait, ces groupes sociaux établis par la nature des choses, qui fourniront les cadres de nos associations imposées, |

Il y a deux circonstances qui créent des liens naturels entre les hommes vivant à la même epoque : la communauté de sang, la proximité dans l’espace. Ce sont elles qui, en se combinant de diverses façons, ont créé les groupements hu-. mains, tous ceux du moins qui ont eu une autorité générale et légitime.

Il serait intéressant d'étudier dans leur évolution historique ces modes de groupement, de rechercher quelles ont été les forces intérieures qui ont produit les associations qu'ils ont formé et d'examiner les lois qui, à travers des transformations successives, ont amené celles-ci au point où nous les trouvons aujourd’hui.

Mais les limites de cette étude ne nous permettent pas de

nous étendre ainsi; il nous faut nous borner à considérer ce

qui est aujourd’hui, ne jetant parfois un regard sur le passé que quand cela est absolument nécessaire afin d'éclairer le présent. S

Quelles sont donc les associations imposées dont fait partie, un citoyen français par exemple ?

D'abord la Famille; puis la Commune; au-dessus de celle-ci vient Ze Département ; enfin {a Nation (1).

A vrai dire, les trois derniers peuvent se réduire à une : la commune et le département n'existent, en somme, que par les lois de l'Etat dont ils ne sont que des subdivisions et des émanations.

Restent la Nation et la Famille. |

Nous laisserons de côté ce qui se rapporte à celle-ci; nous ne rechercherons pas si elle est subordonnée à l’État et ne possède qu’une autorité dérivée de celle de celui-ci, ou bien si elle a d’une façon absolue un pouvoir qui lui est propre; nous ne nous demanderons pas non plus si l'existence de la famille fermée et jalousement cantonnée sur sa propriété — immobilière ou mobilière — est favorable ou non au progrès humain.

Ce que nous avons dit jusqu'ici n'avait d'autre but que de fonder sur des bases à la fois rationnelles et expérimentales l'existence avec ses caractères spécifiques, de ce groupement humain qui s'appelle la Nation; c’est celle-ci que maintenant nous allons étudier d’une façon particulière. |

(1) Le canton et l'arrondissement n’ont ni budget ni personnalité civile, ce ne sont que des subdivisions administratives, Ù

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