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américaine a vu se produire le phénomène ethnique le plus considérable de l’histoire moderne; au lieu que le Yankee ne compte ses ancêtres que parmi les Européens, ou a bien peu de chose près, l’Hispano ou le Lusitano-américain au contraire est le descendant légitime de trois des grandes fractions entre lesquelles on a voulu diviser l’humanité.
Dans les plaines de l’Amazone, sur les plateaux du Mexique et des Andes, les blancs, les noirs et les rouges se sont intimement mêlés. En dépit du fort courant d'immigration qui pousse vers le Brésil et vers la Plata Espagnols, Italiens, Allemands et même Français, la prépondérance dans la plupart des républiques sud-américaines est de jour en jour mieux assurée aux métis de tous genres qui forment la masse de leur population civilisée.
Au point de vue politique, l'Amérique latine ne présente pas la majestueuse unité de l'Amérique anglo-saxonne; les peuples du midi de l’Europe y ont une fois de plus donné la mesure du défaut de caractère et de sens pratique que leur a laissé une éducation anti-libérale; pourtant y a là de vaillantes nations. Devant les tentatives des Etats- Unis pour confisquer leur autonomie, le sentiment de Jeur communauté profonde s’est réveillée et sur les deux points où le mélange des races a été le plus intime entre l’élément blanc le plus vigoureux et les plus fières des tribus indiennes, se sont affirmés deux foyers de vie et d’hégémonie morale : le Mexique et le Chili (1) seront peut-être de force
(1) Les ancêtres des Mexicains sont principalement les Toltèques et les Afzèques, c’està-dire les plus civilisés et les plus vigoureux des Indiens du Nord, unis à des colons venus des plateaux de Castille et à des Français.
Parmi ceux des Chiliens, on trouve d’abord des Araucans qui, de {ous les Indiens furent les derniers soumis au joug espagnol et dont les tribus méridionales repoussèrent même toujours avec succès les attaques des vice-rois ; on rencontre ensuite des Galiciens,
puis des Basques Espagnols ou Français, tous renommés par leur endurance, leur énergie, leur activité, enfin des-Anglo-Saxons.
à assurer l'avenir de l'Amérique des Latins, des Indiens et des Africains (1).
Arrêtons ici ces considérations historiques. Voici la conclusion que nous en voulions tirer : la race n’exisfe pas ou, si elle a existé, si la parenté, jadis, a formé des peuples, il est aujourd’hui impossible de la distinguer encore. Les peuples modernes sont les produits de vingt races diverses et les mieux constituées, les plus vigoureux sont précisément ceux qui groupent le plus d'éléments différents (2).
Si l’on tient cependant à ce mot de race, si l’on veut désigner par là l’ensemble de ceux qui présentent certains traits communs dans leur conformation physique et dans leur caractère moral, il fautreconnaître alors que ce qu’onnomme ainsi n’est pas un fait primordial sur lequel on puisse asseoir une classification des peuples ou baser l'existence desnations. La race, loin d’être une fois formée, se fait tous les jours, se forge sous nos yeux, par la lente combinaison des groupes ethniques qui se mêlent, par l’action et la réaction des hommes sur les hommes et du sol sur les individus; et comme cette action, ce mélange sont faciles surtout et leurs résultats visibles dans l’intérieur d’une même nation, ce n’est pas la race qui fait la nation : c’est la nation qui fait la race.
Nous nous sommes longuement arrêtés à réfuter cette théorie qui fait de la race la base du fait national, parce que telle fut longtemps, telle est encore la théorie généralement
(4) Le Brésil et l'Argentine, malgré leur apparence de richesse et de puissance supérieure à celles du Chili nous semblent ne posséder ni la stabilité ethnographique et politique, ni la sagesse, ni l'énergie morale, ni la valeur qui distinguent le Chili et que le Mexique acquiert.
(2) M le Dr G. Le Bon en juge autrement dans son ouvrage : Des lois psychologiques de l'évolution des peuples ; mais nous nous pérmettons de ne point toujours accepter les
faits sur lesquels il s'appuie ; pour ne donner qu’un exemple, nous ne pensons pas Comme Jui que le peuple Anglais soit au point de vue ethnique, homogène,
admise, celle surtout qui jouit du plus grand crédit aux yeux de ceux qui n’approfondissent pas ces questions. Nous avons voulu montrer ce qu'il y a de factice dans ce prétendu droit de la race à créer l’unité nationale (1).
2, La communauté de langue.
Les autres explications proposées nous retiendront moins longtemps.
Ecartons d’abord celle qui donne pour fondement à la nation la communauté de langue; elle n’est qu’une transposition peu heureuse de l’idée de race.
Pour la réfuter, il suffit de considérer quelques faits. L’Angleterre et les Etats-Unis parlent la même langue; pourtant, si elles veulent vivre en paix, ces deux nations ne songent pas à n’en former qu'une seule ; il en est de même des Républiques hispano-américaines entre elles et à l'égard de la mère-patrie ; de même dela Belgique wallone et de la France, de la Suisse de l’est et du nord et de l'Allemagne.
En sens inverse, les Etats-Unis ou toutes les langues européennes retentissent voient l'unité se former dans leur sein; Ja Belgique, la Suisse, pays bien homogènes et jaloux de leur autonomie ont deux ou trois langues officielles dont chacune est en même temps celle d’un de leurs voisins. En France enfin, Flamands du nord, germanophones d'Alsace et de Lorraine, Basques, Catalans, Provençaux et Armoricains ne songent ou ne songeaient guère à faire sécession.
(1) Tout ceci n'est point en opposition avec ce que nous avons dit plus haut des difrérences qui existent entre les fractions diverses de l'humanité. Nous disons seulement ici que ces différences ne sont point dues seulement et même principalement, si du moins on considère les nations rapprochées, à la diversité des races.
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En général, chaque nation a sa langue propre ou au moins unique qui, Comme son drapeau, est l’un dessignes extérieurs et tangibles de son individualité D'autre part, la langue nationale est un puissant moyen d’unification (1); mais àelle seule elle ne signifie rien et n'indique rien; elle n’a d’importance que comme véhicule des idées et des sentiments nationaux. Ceux-ci ont pris en elle leur forme propre et caractéristique conforme au génie national; ils se répandront sans peine là où elle sera parlée; ils pénétreront avec plus de difficulté au sein des groupes ethniques hétérophones ; la communauté de langue pourra donc aider en quelque mesure à la constitution et surtout à l'unification des nations; mais ce qui fait vraiment celles-ci existe en dehors d’elle et avant elle.